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jeudi 19 février 2015

Le Maroc contre la liberté de la presse





  Résultat de recherche d'images pour "snj"Communiqués de presse,
Paris, le 17 Février 2015

SNJ - SNJ/CGT - CFDT-Journalistes

Les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes dénoncent les méthodes utilisées par les autorités marocaines contre deux journalistes français arrêtés et expulsés simplement pour avoir fait leur métier. Jean-Louis Perez et Pierre Chautard, qui réalisaient un documentaire pour France Télévisions, ont été arrêtés et leur matériel saisi car ils ont osé effectuer une interview dans les locaux de l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH). Ils ont été expulsés manu militari du pays sous le prétexte qu’ils ne disposaient pas d’une autorisation de filmer…
Ces méthodes sont intolérables et rappellent celle d’une autre époque au Maroc que l’on croyait révolue. Les syndicats français, membres de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) appellent à ne pas laisser passer ces incidents qui sont une atteinte grave au droit d’informer. Ce d’autant que déjà le 23 janvier dernier, une équipe de la chaîne arabophone de France 24, pourtant habituée à travailler dans le pays, avait elle aussi été empêchée de tourner une émission, ce jour-là consacrée à « l'humour comme moyen d'expression » après les attentats contre Charlie Hebdo.
Paris, le 17 Février 2015
SNJ - 33 rue du Louvre - Paris 75002 - 01 42 36 84 23 - snj@snj.fr -

dimanche 28 septembre 2014

MAROC : une escalade liberticide.








repression tanger 27 09 2014« Photo d’archive. Répression d’un sit-in à rabat dénonçant la grâce royale accordée à un pédophile qui a abusé de 11 enfants ».

Depuis le début du mois de juillet 2014, le pouvoir marocain avance dans une escalade liberticide dénoncée par des observateurs tant nationaux qu’internationaux.
Cette escalade vise en particulier l’Association Marocaine des Droits Humains, créée en Juin 1979 et qui a toujours, et ce de manière pacifique, revendiqué les droits humains les plus élémentaires. Sous le règne de Hassan II, les militants de cette association avaient connu intimidations, brimades que l’on a constatées en recul depuis le début des années 90 alors que HassanII voulait redorer son blason et justifier son règne au niveau international suite aux différentes réactions dans le monde à sa politique répressive, en particulier la torture, les bagnes existants, les procés iniques… Avec l’avènement au trône de Mohamed VI, certains espéraient un changement plus important dans la pratique de gouvernance du pouvoir, espérant que le gouvernement soit plus indépendant par rapport au roi. Certes les toutes premières années pouvaient réconforter cet espoir mais le retour progressif à des pratiques antérieures rend sceptique la possibilité pour ce régime monarchique d’évoluer vers un climat de justice, de liberté et de dignité malgré les subterfuges du moment.

Il est vrai que le régime ne peut plus recourir aux bagnes, à des condamnations de 20 voire 30 années d’emprisonnement, à des disparitions forcées en nombre important… au risque de se mettre au banc des accusés au niveau international. Mais surtout le peuple marocain, une population que l’on croyait incapable de réagir, montre en particulier depuis le 20 février 2011 qu’elle a son mot à dire. Cette prise de conscience qui se lit à travers différents médias va provoquer, en réaction, une attaque bien orchestrée de la part du régime.
Le Mouvement du 20 février en fera particulièrement les frais car il s’agit d’intimider, de démobiliser les jeunes qui, assoiffés de liberté, ont exprimé dans la rue les véritables causes de la situation de dégradation au Maroc : un système autocratique qui trace les lignes rouges pour toute contestation. Ces lignes rouges sont, bien sûr, amovibles et, selon le moment sont tout bonnement anticonstitutionnelles. Le roi règne, gouverne et a le droit de les faire avancer ou reculer selon son bon vouloir…Le gouvernement, lui, ne fait que suivre la trajectoire royale et parfois aura des positions « plus royalistes que le roi ». Quant à la constitution, elle n’est qu’un décorum pour l’opinion étrangère.
C’est ainsi que, 6 mois avant l’organisation de la deuxième version du forum mondial des droits de l’homme en fin novembre prochain au Maroc, le régime marocain est rentré dans une escalade liberticide visant à interdire l’association Marocaine des Droits Humains et à réprimer ses militants actifs.
Ont été interdites plusieurs conférences à Safi, Azrou, Eljadidaqui devait organiserun sit-in dénonçant les viols dont ont été victimes des jeunes filles ; selon un communiqué de l’AMDH {à la question « sur quoi vous basez-vous pour interdire le sit-in ? », un responsable des autorités (un caïd) a répondu « sur rien, c’est comme çà. »}. A Tahla, non loin de la ville de Fes, où fut interdite une rencontre le pacha de la commune a même osé dire aux responsables de cette section de l’AMDH qu’il avait «  reçu des directives en haut lieu pour interdire toute activité de l’AMDH dans des lieux publics » et aurait précisé « il s’agit de directives à l’échelle nationale. »
Ce sont là des directives sans fondements aucuns et en contradiction avec la loi. Elles interviennent « après les déclarations du ministre de l’intérieur devant le parlement et du ministre du tourisme où ils accusent les organisations de droits humains de ternir la réputation du pays, d’entraver l’action des forces de sécurité dans leur lutte contre le terrorisme et d’œuvrer pour des agendas extérieurs ; il semble que le fait de réclamer le respect de la loi et de dénoncer les violations ( arrestations arbitraires, tortures, jugements inéquitables…) commises par les autorités soit devenu synonyme de soutien au terrorisme et de trahison envers le pays. » . (Communiqué du bureau Central de l’AMDH du 4 août 2014).
La dernière en date, ce 24 septembre 2014, est l’interdiction, à Rabat la capitale, de la conférence que l’AMDH voulait organiser le 27 septembre après avoir respecté toutes les formalités administratives sur le thème «   Médias et Démocratie ». Cette interdiction est pourtant survenue après que le ministre de la justice ait confirmé, lors d’une rencontre le 24 septembre avec le milieu associatif des droits humains, qu’il était illégal d’interdire l’organisation dans les salles publiques des activités associatives. Dans son dernier communiqué daté du 26 septembre, l’AMDH déclare que « cette décision inopportune, sans aucun fondement légal, qui reflète l’abus de pouvoir, doit interpeler toutes les instances gouvernementales afin qu’elles s’attachent à l’application stricte de la loi dans le respect des engagements du MAROC en matière de droits humains et particulièrement le respect du travail des défenseurs des droits humains et leur protection ». 
Ces interdictions successives qui nous replongent dans l’athmosphère de ce que l’on appelle « les années de plomb » sont venues s’ajouter aux arrestations arbitraires et condamnations abusives comme ce fut le cas de celle du rappeur MOUAD qui, en raison de la diffusion de sa chanson « Chiens de l’Etat »a été incarcéré pour la troisième fois et condamné début juillet à 4 mois d’emprisonnement.
Ce fut le cas aussi de l’arrestation d’OUSSAMA HOUSNI ainsi que celle de WAFAE CHARAF, militante du mouvement du 20 février et de l’AMDH, transportée à l’hôpital suite à son agression par les forces de l’ordre et incarcérée le 9 juillet. Selon l’AMDH, le déroulement du procès de leurs défenseurs « montre, de façon catégorique, une série de violations et de dysfonctionnements majeurs quant aux conditions d’équité et  d’indépendance des investigations, aux mesures saines quant à l’application des procédures législatives lors  du procès et l’instauration de bases pour un jugement équitable. »
Ils furent condamnés, l’un à 3 ans d’emprisonnement et l’autre à une année.
Cette politique têtue malgré certains subterfuges est bien loin de ce que l’on appelle « l’exception marocaine » s’acheminant vers la démocratie. Même le siège de l’AMRVT (Association Médicale de Réhabilitation des Victimes de la Torture) ce 13 septembre 2014 a été saccagé pour la seconde fois : les militants ont « constaté la fouille des bureaux qui n’ont pas été la cible de la première effraction, la dispersion des dossiers de l’association et des victimes par terre, et sans toucher au matériel médical et électronique. » (Communiqué de l’AMRVT du 13 septembre 2014).
Tout cela est le signe manifeste du renouvellement de pratiques que l’on pensait révolues mais que l’impunité des responsables des exactions multiples pendant les annés de plomb permet de faire réapparaître. Cette récidive est constitutive de l’impunité.
Cela nous confirme dans la position du mouvement progressiste marocain et des associations des droits humains dans la nécessité pour toutes les personnes éprises de liberté, de démocratie et de dignité humaine de rester vigilants de manière unitaire pour continuer la lutte contre toutes les formes d’impunité.
 
 Comment adhérer à l’AMDH-Paris/IDF?

samedi 17 mai 2014

Maroc: le pouvoir multiplie les procès contre des manifestants du 20-Février


  Par Ilhem Rachidi, 12/5/2014
Un procès, un de plus, se tient en ce moment à Casablanca : une dizaine de jeunes militants du mouvement du 20-Février sont emprisonnés pour avoir manifesté. Méthodiquement, le pouvoir réprime un à un des groupes ciblés pour faire taire une contestation qui est de plus en plus dispersée.

Maroc, correspondance. Ils sont plusieurs dizaines de manifestants à être venus ce mardi après-midi 6 mai de Rabat, Casablanca ou Marrakech, pour soutenir ceux qu'on appelle désormais « les détenus du 6 avril ». Avant l'audience, dans ce procès qui va encore durer des semaines au rythme d'une séance hebdomadaire, ils crient leur colère devant le tribunal de première instance de Aïn Sbaa, un quartier situé à l'est de Casablanca. « Liberté immédiate pour les détenus politiques ! » ; « Ils sont détenus pour nous, nous militons pour eux ! » Plusieurs anciens prisonniers, dont Samir Bradley et Younes Belkhdim, condamnés par ce même tribunal en 2012, sont venus dénoncer ce qu'ils considèrent comme un procès politique.

Manifestation devant le tribunal, mardi 6 mai.Manifestation devant le tribunal, mardi 6 mai. © (dr)
Le 6 avril, onze manifestants du mouvement du 20-Février sont violemment arrêtés alors qu'ils participent à une manifestation syndicale d'une dizaine de milliers de personnes. Un homme qui prenait des photos d'un café et qui n'a aucun passé militant a été, lui aussi, embarqué par les policiers. Ils sont aujourd'hui poursuivis pour « manifestation non autorisée » et « violence contre les forces de l'ordre ». Ils encourent des peines de deux à cinq ans de prison, d'après leurs avocats.
À la surprise générale, deux d'entre eux, Amine Leqbabi et Fouad Elbaz, ont été placés en liberté provisoire à l'issue de leur garde à vue de 48 heures, après avoir signé un procès-verbal dans lequel ils nient ces accusations. Neuf autres, qui n'ont pas signé de procès-verbal, ont été transférés à la prison de Oukacha, à la périphérie de Casablanca.
« C'est un procès fabriqué, regrette Youssef Raïssouni de l'AMDH (Association marocaine des droits humains). Ils sont poursuivis pour organisation de manifestation non autorisée mais ce cortège était autorisé. Ils sont aussi poursuivis pour actes de violence à l'égard des agents de l'autorité mais il y a des vidéos qui prouvent le contraire. Les autorités cherchent à intimider le mouvement et empêcher toute action militante. »
« Nous avons été arrêtés parce que nous sommes membres du mouvement du 20-Février et le Makhzen (l'administration royale) veut se venger de nous. Ils me poursuivent parce que je suis militant », affirme Amine Leqbabi. « La stratégie du Makhzen a changé. La répression et les arrestations ont nettement augmenté. Au début du mouvement, lorsque nous avions un poids dans la rue marocaine, le Makhzen ne nous embêtait pas mais ensuite, avec l'affaiblissement de la mobilisation, le pouvoir a commencé à avoir recours aux arrestations », explique-t-il.
Trois ans après les grandes mobilisations, écho des autres grandes révolutions arabes, le mouvement du 20-Février est en effet en difficulté (lire ici notre précédent article). La structure du mouvement, ouvert à tous, sans leader ni mécanisme de décision, a rapidement laissé apparaître de profondes divisions tandis que les syndicats et les partis de la gauche institutionnelle se tenaient à distance (la gauche radicale, elle, ayant soutenu le mouvement). Les contestations se poursuivent mais de manière dispersée tandis que le pouvoir marocain a peu à peu repris en main la situation par une répression ciblée sur quelques groupes militants. D’après l’AMDH, au moins 2 000 personnes ont été arrêtées depuis février 2011. L'actuel procès des « détenus du 6 avril » est une nouvelle illustration de la pression sans relâche exercée par le pouvoir.
Parmi les accusés, il y a Mustapha Aarass, un membre de Attac-Tanger, Ayoub Boudad, membre de l'Union des étudiants pour le changement du système éducatif (UECSE), organisation créée en 2012 dans la foulée des premières grandes manifestations, Hakim Sarroukh, étudiant en philosophie et militant de l'Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM). Hamza Haddi, 20 ans, un militant connu du M20, en est à sa troisième incarcération.
« Hakim Sarroukh avait juste quitté le cortège de l'UNEM pour aller voir les militants du mouvement en queue de manifestation, et il n'est pas revenu », raconte un membre de l'UNEM qui manifestait ce jour-là. Plusieurs manifestants témoignent d'une présente policière particulièrement importante. Ils décrivent une intervention violente, avec coups de mégaphone et insultes.
Comme chaque mardi depuis le début du procès, l'entrée au tribunal est un parcours d'obstacles. Il faut convaincre à deux reprises des policiers pour pouvoir assister à l'audience. Pourtant, d'après la loi marocaine, les audiences sont publiques. « Je vais voir avec mon chef », dit un policier qui semble ignorer cette loi. Il autorise finalement des membres de l'AMDH à entrer et, par la suite, quelques militants supplémentaires.

Protestation des syndicats

La salle est comble et la présence policière palpable. Les neuf détenus entrent en faisant le signe de la victoire, très amaigris par une récente grève de la faim d'une semaine, mais souriants. Les plaignants sont – encore une fois – absents. L'un des dix avocats présents – ils sont une quarantaine –, Mohamed Messaoudi, attire l'attention sur l'état d'un détenu qui souffre de tuberculose. Le juge n'a jusque-là pas cru nécessaire de l'hospitaliser. Il s'ensuit un vif échange sur l'accès aux soins des détenus entre l'avocat et le juge, qui refusera d'accorder un suivi médical aux détenus.
Début mai, plusieurs dizaines de militants emprisonnés ont observé une grève de la faim simultanée d'une semaine dans les prisons de Casablanca, Marrakech, El Hoceima, Taza, Fès et Kénitra, pour dénoncer les conditions de leur détention mais aussi pour appeler à la libération tous les détenus politiques.
Un autre avocat, Abderrahman Benamar, demande au juge d'ordonner aux policiers, conformément à la loi, de faire entrer tous ceux qui veulent assister à l'audience. Il passe le reste de l'audience à dénoncer les nombreuses incohérences des accusations et les irrégularités des procès-verbaux. Pour la défense, le dossier est vide et les arrestations sont illégales.
Quelques-uns des accusés photographiés durant l'audience. 
Quelques-uns des accusés photographiés durant l'audience. © (dr)
Fait défiant tout logique, les militants sont accusés d'avoir organisé une manifestation non autorisée au sein d'une manifestation autorisée. Ils auraient été arrêtés alors qu'ils scandaient des slogans contre le régime, sans qu'on sache toutefois lesquels. « Aucune loi n'interdit ce type de slogans, expliquera Me Benamar après l'audience. Cela relève de la liberté d'expression. » Les autorités justifient l'intervention des forces de l'ordre par une demande des organisateurs de la manifestation, qui auraient voulu écarter des éléments perturbateurs. Depuis, les trois centrales syndicales (CDT, UMT, FDT) ont démenti cette version dans une lettre de protestation où elles condamnent ces arrestations et évoquent un retour aux « années de plomb », la pire période de la dictature de Hassan II.
D'après l'accusation, les militants auraient ensuite frappé les policiers avec des bâtons et jeté des pierres. Pourtant, ces objets n'ont pas été présentés au tribunal. De plus, les certificats médicaux des plaignants sont datés du 6 avril à 10 heures alors que les forces de l'ordre ne sont intervenues que deux heures plus tard.
Lorsqu'ils ont été placés en garde à vue, les détenus ne savaient pas de quoi ils étaient accusés. Ils n'ont pas non plus été autorisés à joindre leurs familles. Me Messaoudi intervient alors, soulignant que « selon la constitution octroyée de 2011 », les détenus doivent être remis en liberté jusqu'à leur jugement définitif. Sans surprise, le juge refuse à nouveau toute libération. La prochaine audience se tient le 13 mai. Les accusés sont emmenés en quelques secondes, sans que leurs proches puissent les saluer.
À la sortie du tribunal, la déception se lit sur les visages. « Je n'ai pas honte de mon fils ! », crie la mère de Hamza Haddi, alors que les slogans reprennent de plus belle. Quelques manifestants pro-régime, présents à chaque audience, crient « Vive le roi ! ».

Les détenus, épuisés par leur grève de la faim, passeront une semaine de plus en prison. Hamza Haddi a perdu douze kilos. Ayoub Boudad et Hakim Sarroukh ne pourront peut-être pas se présenter à leurs examens de fin d'année. Amine Leqbabi, qui n'a pas été emprisonné, est pour sa part à la recherche d'un emploi. « Après mon arrestation, ma patronne m'a viré parce que la police le lui a demandé. Elle m'a dit : "Tu travailles avec nous et tu t'éloignes du mouvement, ou tu t'en vas." Moi, j'ai choisi le mouvement, bien sûr ! », dit-il.