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mardi 9 novembre 2010

Jean-Paul Lecoq, un député français indésirable au Maroc

Jean-Paul LecoqJean-Paul Lecoq, député communiste de Seine-Maritime, a été expulsé de Casablanca (Maroc) le 8 novembre. Il tentait de rejoindre El Ayoun, capitale du Sahara Occidental occupé par le Maroc, où la population sahraouie subit une répression qui rappelle des heures sombres.
Depuis 1993, la Ville de Gonfreville l’Orcher est jumelée avec J’Refia, une ville sahraouie réfugiée dans le désert algérien du fait de l’occupation du Sahara Occidental par l’envahisseur marocain. Ce n’est donc pas sur un coup de tête que Jean-Paul Lecoq (député-maire PCF de la commune) a tenté de se rendre à El Ayoun dimanche soir en tant qu’« observateur ». Présent au Mans fin octobre pour la 36e conférence des Comités de soutien au peuple Sahraoui (EUCOCO), le député membre de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale a été alerté sur les violences en cours dans les territoires occupés.
Lors de son arrivée dans l’aéroport de Casablanca, dimanche soir, Jean-Paul Lecoq a eu droit un comité d’accueil musclé. « J'ai été arrêté par la police qui m'a dit que la zone était interdite. On m'a demandé mon passeport. Deux heures plus tard, on me l'a redonné avec un billet de retour direct pour Paris. Il est inadmissible qu’on empêche des parlementaires d’aller voir ce qui se passe à El Ayoun », explique le député qui s’étonne aussi de ne pas avoir eu de contact avec l’ambassade de France durant son court séjour marocain. Le quai d’Orsay n’a émis aucune protestation… « Étais-je donc un député gênant pour le Maroc comme pour la France », s’interroge le parlementaire.
Pendant ce temps, des nouvelles alarmantes arrivent toujours d’El Ayoun où des affrontements auraient fait plusieurs morts. L’inquiétude est vive également pour le Campement de la Liberté de Gdem Izik (situé à l’est d’El Ayoun) où les forces marocaines sont intervenues lundi pour détruire les tentes où habitent environ 20 000 Sahraouis. Des hélicoptères ont largué des bombes lacrymogènes et des canons à eau ont agressé des personnes qui protestent pacifiquement. Il est difficile d’obtenir des informations précises. La peur et la censure jettent une chape de plomb sur la région. Comme les élus étrangers, les journalistes ne sont pas bienvenus sur place. Des reporters espagnols ont été refoulés ces jours-ci. Que veut cacher le gouvernement marocain ?
Le Sahara Occidental est occupé par le Maroc depuis 1975, date de la Marche verte commandée par Hassan II. Le Sahara Occidental est donc aujourd’hui le seul territoire non-décolonisé d’Afrique. Au-delà de la répression qui écrase le peuple sahraoui depuis des décennies, le Maroc pille illégalement les ressources naturelles du Sahara Occidental avec la complicité de pays européens, dont la France.
Le gouvernement français doit cesser son soutien inconditionnel au gouvernement marocain et doit agir pour que l’ONU organise un référendum d’autodétermination comme elle s’y est engagée en… 1991. « Ce qui se passe aujourd’hui est la conséquence du non-respect du droit fondamental des Sahraouis à choisir librement leur destin », expliquait récemment Mohamed Abdel Aziz, président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et secrétaire général du Front Polisario.
Jean-Paul Lecoq interviendra cet après-midi à l’Assemblée nationale pour demander une réunion d’urgence de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.
www.lepost.fr/article/2010/11/09/2298544_jean-paul-lecoq-un-depute-indesirable-au-maroc.html

Bernard Kouchner condamne l'expulsion d'un élu
 (AFP) - 09/11/2010
voir_le_zoom : Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner à l'Assemblée nationale à Paris le 9 novembre 2010Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a qualifié mardi de "très graves" les heurts survenus lundi au Sahara Occidental, où l'armée marocaine a donné l'assaut à un camp de civils sahraouis, et jugé inadmissible le refoulement du Maroc d'un député français.
Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner à l'Assemblée nationale à Paris le 9 novembre 2010
"Il y a un problème d'urgence parce qu'à Lâayoune les chocs ont été très violents, les incidents très graves.(...)
Lundi matin, les forces de l'ordre marocaines ont donné l'assaut dans un camp situé à environ 13 km de Lâayoune abritant des milliers de civils sahraouis, qui protestent depuis des mois contre leurs conditions de vie. Des heurts ont ensuite éclaté dans la ville de Lâayoune, où des véhicules ont été incendiés et des bâtiments publics caillassés.
Le Front Polisario a affirmé mardi que 11 personnes ont été tuées, 723 blessées et 159 sont portées disparues après l'intervention des forces marocaines contre le campement. D'après Rabat, les heurts ont fait six morts, essentiellement dans les rangs des forces de l'ordre et aucun parmi les civils du camp.
Par la voix du porte-parole du Quai d'Orsay, Bernard Valero, la France a appelé Rabat et le Front Polisario à "s'engager résolument" dans un processus de paix, "afin qu'une solution politique soit enfin trouvée".
Le Polisario, basé en Algérie, réclame un référendum d'autodétermination sous l'égide de l'ONU. Le Maroc, qui a annexé le Sahara occidental en 1975, offre une autonomie sous sa souveraineté.
Alliée historique du Maroc, la France soutient le plan d'autonomie voulu par Rabat.
Faisant allusion aux discussions informelles entre le Polisario et le Maroc qui ont commencé lundi près de New York, M. Kouchner a observé que les affrontements avaient eu lieu juste avant et que le conflit avait "35 ans d'existence".
"La dernière proposition marocaine, qui parlait d'autonomie, a été bien accueillie à l'ONU", et elle "est l'un des éléments" d'un règlement, a-t-il dit devant les députés.(ce qui semble contredire la position de Christopher Ross, qui se montre résolument partisan du référendum d'autodétermination-NDLR)
M. Kouchner a répondu au député communiste Jean-Paul Lecoq, assis sur les bancs de l'Assemblée nationale, qui l'interpellait après avoir été expulsé du Maroc pour avoir voulu se rendre au Sahara Occidental.
"Je regrette la façon dont vous avez été refoulé du territoire marocain et nous l'avons fait savoir à l'ambassadeur du Maroc en France", a déclaré le ministre.
L'élu communiste avait raconté lundi à la presse être arrivé dimanche en fin d'après-midi à Casablanca pour se rendre à Lâayoune. Il avait alors été empêché de quitter l'aéroport par les autorités marocaines et remis dans un avion à destination de Paris lundi matin.
"Il n'est pas admissible qu'un représentant élu de la nation soit ainsi refoulé du territoire d'un pays ami", a dit M. Kouchner, en observant que la France "admirait" toutefois "les progrès vers la démocratie" du royaume chérifien.( en vérité, la belle démocratie...est-ce de l'humour ?? NDLR)

mardi 23 mars 2010

Guerre de Gaza : Pétition à Monsieur Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères


Par Amnesty International

Monsieur le Ministre,
Dans un rapport daté du 4 février, Monsieur Ban Ki-moon, Secrétaire Général de l'ONU, notait qu’il était «impossible de porter un jugement» sur la mise en œuvre, par les autorités israéliennes et palestiniennes, de la résolution 64/10 de l’Assemblée générale en date du 5 novembre 2009 relative à la guerre de Gaza.
La résolution priait instamment ces dernières d’entreprendre des enquêtes «indépendantes, crédibles et conformes aux normes internationales» ; elle demandait également au secrétaire général de rendre compte, dans un délai de trois mois, de l’application de cette résolution «afin de déterminer quelles nouvelles mesures» devaient être prises.
Les trois mois écoulés, Monsieur Ban Ki-moon, le Secrétaire Général s’est contenté de transmettre les réponses des autorités israéliennes et palestiniennes aux membres de l’Assemblée générale, sans se prononcer sur le respect ou le non-respect, par les deux parties, des critères établis.
Cependant, Amnesty International estime que les informations qu’il a reçues des autorités israéliennes et palestiniennes relatives à leurs enquêtes respectives n’ont pas été «indépendantes, crédibles et conformes aux normes internationales».
Par cette position, Monsieur Ban Ki-moon ne répond pas aux attentes des associations de défense des droits humains et a manqué l’occasion de contribuer à ce que les centaines de victimes du conflit obtiennent justice et réparations.
Je vous demande, Monsieur le Ministre, pour les centaines de victimes de la guerre de Gaza:
• de faire en sorte que la France, membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU, exige du Secrétaire Général de l’ONU des enquêtes répondant aux normes internationales avec des experts indépendants en droit international humanitaire et en droit relatif aux droits humains;
que la France appuie la participation de la Haut-Commissaire aux Droits de l'Homme des Nations unies ;
que la France n’use pas de son droit de veto au Conseil de Sécurité dans l’éventualité d’une saisine de la Cour Pénale internationale permettant des réparations aux civils tués et autres victimes ayant subi des pertes ou des dommages résultant d’actes illégaux commis pendant la guerre.
Je vous prie, d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération
La pétition est visible à cette adresse : http://www.amnesty.fr/aif_petitions/?petition=176

vendredi 11 décembre 2009

Lettre ouverte au Ministre français des Affaires étrangères

Par Amnesty International, APSO(Amis du peuple du Sahara Occidental),Mouvement de la Paix, Solidarité Maroc 05 et les participants à la soirée, signataires de cette lettre ouverte 

A Gap, le 10 décembre 2009
60ème anniversaire de la déclaration universelle
des droits de l’homme et du citoyen

Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères

A l’occasion du 60ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, nous, les associations signataires de ce courrier, sommes réunies ce soir pour commémorer cet événement important à partir de la thématique de la situation du Sahara Occidental.
Au nom des valeurs de la France, pays des Droits de l’Homme et de la liberté, nous vous demandons de bien vouloir porter toute votre attention sur Madame Aminatou Haidar, femme Sahraouie défenseure des Droits de l’Homme, actuellement en grève de la faim depuis 25 jours dans l’aéroport de Lanzarote, îles Canaries.
Aminatou Haidar a été expulsée de El Aaiun, Sahara Occidental, le 15 novembre 2009, alors qu’elle revenait des USA où elle avait reçu le prix du Courage civil, de la Fondation John Train. Elle a reçu de nombreuses autres reconnaissances internationales pour le courage de son combat pour le respect des droits de l’homme dans son pays, et pour le respect du droit international du peuple à l’autodétermination sur sa terre et ses ressources.
Elle n’a jamais changé de position malgré tortures, disparition et emprisonnements que les autorités marocaines lui ont fait subir pour ses opinions.
Depuis 1975, le Sahara Occidental est occupé et administré brutalement par le Maroc. La condition du cessez le feu signée en 1991 sous l’égide de l’ONU était la mise en place du referendum d’autodétermination. Le Maroc défie le droit international depuis 18 ans en refusant de mettre ce référendum en place, et en faisant des proposition intenables qui n’ont pour effet que de maintenir le statut quo de la situation.
200 000 Sahraouis survivent dans des campements de réfugiés dans le sud ouest algérien.
Pendant ce temps les autorités marocaines pillent les ressources naturelles du Sahara Occidental en toute illégalité ( voir H. Corell, avis de 2002 au conseil de sécurité de l’ONU, et conférence de Pretoria en décembre 2008) et organisent violemment le génocide culturel et physique de la population Sahraouie, par l’envoi massif de colons marocains dans les territoires du Sahara Occidental occupé.
La France des droits de l’Homme ne s’illustre pas dans ce dossier en soutenant le Maroc et en bloquant toute avancée visant au respect du peuple Sahraoui.
Nous faisons appel à votre sensibilité d’humain pour soutenir Aminatou Haidar.
Elle revendique de pouvoir rentrer dans son pays, ce qui est un droit international. Sa détermination est à la hauteur de la cause de son peuple.
Elle a affirmé et nous la croyons qu’elle ne céderait pas devant cette injustice et rentrerait dans son pays vivante ou morte.
Les années de détention dans des conditions non dignes de l’humanité lui ont laissé des séquelles, et sa santé est fragile, son entourage et les médecins attestent de pertes de conscience et de vision.
Nous vous demandons de prendre position et de faire pression de toute urgence sur le Maroc pour qu’il restitue son passeport à Aminatou Haidar et lui permette de rentrer dans son pays, auprès de ses enfants et sa famille.

dimanche 22 novembre 2009

La claque de Bernard Kouchner à la famille Hamouri

Par le Comité de Soutien à Salah Hamouri, 22/11/2009

Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, vient de se rendre une nouvelle fois au Proche-Orient. A la fin de la semaine dernière, sous le sceau de la « confidentialité absolue », un message verbal était transmis directement par le Consulat général de France de Jérusalem à la famille Hamouri précisant que le ministre la recevrait en personne à sa demande. La date, l’heure et le lieu étaient précisés : lundi 16 novembre à hôtel « American Colony ».
Quelques heures seulement avant la rencontre, fixée par le ministre en fonction de son agenda établi bien à l’avance, la famille Hamouri recevait un message par la même voie : le ministre était empêché, le rendez-vous prévu était purement et simplement annulé ! Comble de la désinvolture, de l’indélicatesse ou de la provocation, comme on voudra, il était précisé que si Madame Hamouri venait à passer à Paris le ministre pourrait la recevoir. S’il était là bien sûr… 

Pour couronner le tout, mercredi 18 novembre, la presse israélienne faisait état, photos à l’appui, d’une autre rencontre cette fois non annulée et non « confidentielle » du ministre français : il avait rencontré, mardi, large sourire aux lèvres et sous le feu des caméras, la famille de Guilad Shalit…
Tout est dit de la politique française et de ses « dirigeants » dans ces deux attitudes : pour la famille Hamouri c’est la claque ; pour la famille Shalit c’est la main tendue.
Comment accepter un seul instant pareil comportement inqualifiable ? Quel républicain, attaché aux principes fondamentaux de notre pays, à son « identité nationale », pourrait accepter pareil camouflet particulièrement grossier et violent jeté par le ministre à la face des droits de l’homme et de l’égalité entre les citoyens ?
C’est inacceptable et inexcusable.
Nous exprimons toute notre solidarité et notre fraternité à la famille de Salah.
Que la France défende un soldat d’un armée d’occupation capturé sur son char les armes à la main est une chose ; qu’elle se refuse à tout faire pour libérer un jeune, dont il est établi qu’il n’est « que » Français qui a été condamné à 7 ans de prison, sans le moindre fait établi constitutif d’un délit, par un tribunal militaire d’occupation tout aussi illégal que l’occupation elle-même en est une tout autre.
Que le Président reçoive à plusieurs reprises la famille du premier est une chose. Qu’il se refuse obstinément à rejeter toute entrevue avec la famille du second en est une tout autre.
A cela s’ajoute l’attitude d’associations « communautaires » qui, bien que formellement françaises, reprennent à la lettre les vues, les dires et décisions israéliennes se comportant de la sorte de manière dangereuse pour la cohésion nationale et pour la cause du soldat Shalit.
Ce n’est pas en « crucifiant » Salah Hamouri qu’elles rendront leur combat pour Shalit plus efficace car elles risquent d’allumer des contre-feux dont il n’est pas certain qu’ils simplifieront la libération du caporal israélien.
Notre « Comité de soutien » s’est toujours refusé d’entrer dans pareille « compétition » sordide et ô combien contreproductive. Ce qui l’anime, quant à lui, c’est uniquement le droit et la non-discrimination de traitement, autrement dit l’égalité.
Si notre « Comité de soutien » existe ce n’est pas contre quiconque mais pour c’est pour une égalité de traitement concernant deux de nos compatriotes dans des situations certes différentes mais dont le destin devrait être identique : la liberté.
Force est de constater qu’on déploie des « trésors » d’énergie pour l’un, les grands médias n’étant pas en reste, et qu’on ne fait rien pour l’autre qui a déjà effectué près de 5 ans de prison.
Ce nouvel épisode est indigne et effarant mais par trop significatif de toute une politique. Nous ne laisserons pas faire. On continue !
Dimanche 22 doit avoir lieu une émission sur « France 2 », le « 13h15 », consacrant un reportage à Salah. Il a été déprogrammé dimanche dernier. Ce report a-t-il à voir avec tout cela ? On peut se poser légitiment la question d’autant plus que l’avocat, interviewé le 11 novembre pour expliquer la situation « juridique » de Salah, s’est déjà entendu signifier que ses propos ne seraient pas retenus dans le reportage...
Le terrible « deux poids, deux mesures » que nous dénonçons sans relâche fera-t-il tâche d’huile au point que cette chaine de télévision devienne dimanche : « France deux poids deux mesures » ?
Pour continuer plus que jamais à exiger « justice » et « vérité », nous avons le « buzz » à notre disposition. Amplifions-la ! Rien de plus simple : il faut démultiplier au maximum les contacts pour faire connaître cette vidéo présente sur de nombreux sites. Nous en sommes à 2000.000 « clics » !
Dès dimanche après-midi, on avisera…

lundi 16 novembre 2009

Rony Brauman, un curseur dans le domaine humanitaire

renenaba.blog.fr/Par René Naba , 14/11/2009 , Paris


De la cohorte des idéalistes, opportunistes ou affairistes qui gravitent dans l’orbite de l’action humanitaire internationale, un homme se distingue: Rony Brauman, un curseur dans le domaine humanitaire, tant pour son humanisme que pour son humanité…. que pour son urbanité.
Beaucoup voient en lui le parfait représentant du médecin urgentiste de l’intervention humanitaire auprès des peuples en désespérance. Sa profession, la médecine, est une vocation qu’il vit comme une mission, et, sa judaïté, il l’assume, naturellement, comme une donnée de la naissance dont il n’éprouve aucun besoin de justification, de compensation ou de surcompensation. Une éthique de vie qui l’oblige et non un argument de vente qu’il instrumentalise pour sa promotion médiatique.

Beaucoup voient en lui une antithèse du grand gourou de l’humanitarisme médiatique, Bernard Kouchner, que ses anciens compagnons de route socialistes qualifient charitablement d’«un tiers mondiste, deux tiers mondain», pour sa flamboyance et ses extravagances, grand bourgeois parisien qui se vit comme «doublement juif parce qu’à moitié juif», comme si l’identité était quantifiable, l’engagement humanitaire conditionné par sa rentabilité politique et la solidarité humaine prédéterminée par la discrimination des critères religieux ou sociaux.

Natif de Jérusalem, Rony Brauman n’en tire aucun argument de pouvoir, mais une exigence de fidélité aux valeurs de l’universalisme, du socialisme et de la solidarité avec les opprimés dont se réclame précisément l’humanisme. Rigoureux, cohérent, exigeant, dans un pays tétanisé par les remugles de la collaboration vichyste de la France et l’accusation inhérente d’antisémitisme qui pend inévitablement sur quiconque s’écarte de la doxa officielle, il signera, en Août 2006, un appel contre les frappes israéliennes au Liban, à l’appel de l’Union Juive Française Pour la Paix (UJFP).
Son combat pour un état palestinien constitue pour lui une évidence et non un handicap politique, élément d’un combat plus général en vue de l’instauration de la justice au Moyen orient. Briseur de tabous, non sans risque, il signera la postface de l’ouvrage non conformiste du politologue américain, Norman G. Finkelstein, fils de déportés, portant sur un sujet tabou s’il en est, «L’Industrie de l’Holocauste: réflexions sur la souffrance des Juifs». Il s’insurgera contre «l’humanitaire spectacle» à propos de l’affaire de l’arche de Zoé, l’exfiltration clandestine d’enfants tchadiens sous couvert du conflit du Darfour, le point de déploiement médiatique de Bernard Kouchner dont le ministre atlantiste des affaires étrangères en a abusivement fait usage comme contre feu médiatique aux guerres israéliennes de destruction du Liban (2006) et de Gaza (2008).

Sa vision de l’humain est simple non simpliste, dépouillée des présupposés idéologiques: L’urgence humanitaire s’applique à tous sans discrimination et s’impose à tous sans hésitation, comme un devoir à l’égard de toute souffrance quelle que soit la religion, l’ethnie ou le degré de richesse de la zone d’intervention, se plaçant, là aussi, à contre courant de son faux frère particulièrement motivé, mais non exclusivement, pour les minorités ethniques des zones pétrolifères, allant jusqu’à blanchir, contre toute évidence, la junte birmane de l’accusation d’esclavage des jeunes travailleurs dans un rapport commandité par la firme pétrolière française «Total».

La souffrance représente pour lui réalité humaine concrète et ne relève d’aucune construction intellectuelle, encore moins d’un tropisme occidental à l’égard de l’Islam, contrairement à la tendance dominante de l’intelligentsia parisienne qui conduira en France chaque notabilité intellectuelle à disposer de sa minorité protégée, comme la marque de la bonne conscience chronique de la mauvaise conscience, comme une sorte de compensation à son trop grand désintérêt pour les Palestiniens, compensant son hostilité aux revendications du noyau central de l’Islam, la Palestine et le Monde arabe, par un soutien à l’Islam périphérique: Il en est ainsi du philosophe André Glucksman pour les Tchétchènes, quand bien même son nouvel ami le président Nicolas Sarkozy, est devenu le meilleur ami occidental du président russe Vladimir Poutine; il en est de même de Bernard Henry Lévy, pour le Darfour, quand bien même son entreprise familiale est mentionnée dans la déforestation de la forêt africaine. Ill en est aussi et surtout de Bernard Kouchner, pour les Kurdes, ces supplétifs des américains dans l’invasion américaine d’Irak, pour le Darfour, le Biafra et la Birmanie.

Au point qu’un journaliste anglais Christopher Caldwell en déduira dans la prestigieuse revue London Review of Books que cette prédilection pour les zones pétrolifères stratégiques de «l’humanitarisme transfrontière de Bernard Kouchner asservit les intérêts de la politique étrangère française à ceux des Etats-Unis et que l’humanitarisme militarisé du transfuge néo sarkozyste n’est qu’une forme de néo conservatisme larvé».
«Humanitaire, diplomatie et droits de l’homme», le dernier ouvrage de Rony Brauman (Editions du Cygne) met en rapport les termes du débat contradictoire qui anime depuis près d’un demi siècle l’action humanitaire internationale, dont les deux anciens présidents de «Médecins Sans frontières», Rony Brauman et Bernard Kouchner, en ont alimenté la controverse à fronts renversés.
Mais, paradoxalement, celui qui devrait personnifier le mieux cette dualité, théoriquement complémentaire, celui qui devait par principe privilégier la diplomatie à double titre, au titre de médecin et au titre de chef de la diplomatie française, paraîtra constamment fasciner par les avantages d’un bellicisme purificateur, suscitant l’émotion de la communauté diplomatique internationale par des propos alarmistes sur l’Iran le 15 septembre 2007.

De retour d’une visite en Israël, et relayant sans doute les préoccupations de ses interlocuteurs, Bernard Kouchner, ce récidiviste en la matière, partisan auparavant d’une intervention musclée en Irak pour évincer Saddam Hussein, n’a pas écarté l’hypothèse d’une guerre contre l’Iran rejoignant en cela les thèses atlantistes de son nouveau mentor Nicolas Sarkozy, auteur d’une équation aussi sommaire que rudimentaire «la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran», seul dirigeant au Monde d’ailleurs à adopter ouvertement sur ce thème un lexique identique aux Israéliens, désignant Gaza de «Hamastan» et le Hezbollah libanais de «terroriste».

Toute honte bue, Kouchner n’hésitera pas, non plus, à revendiquer le bénéfice de la politique menée par son prédécesseur Dominique de Villepin, qu’il couvrait pourtant de sarcasme, pour son hostilité à l’invasion américaine de l’Irak.

Pis, à l’apogée de sa gloire ministérielle, au poste prestigieux de ministre des affaires étrangères de la France, Bernard Kouchner reniera ses idéaux de jeunesse et le combat de sa vie: «J’ai eu tort de demander ce secrétariat. Il y a contradiction permanente entre les droits de l’homme et la politique étrangère d’un Etat, même en France », dit-il dans le journal «Le Parisien» à propos de la création d’un pote de secrétariat aux droits de l’homme dans le premier gouvernement de la présidence Sarkozy et son attribution à Rama Yade.
« Cette contradiction peut être féconde, mais fallait-il lui donner un caractère gouvernemental en créant ce secrétariat d’Etat ? Je ne le crois plus et c’est une erreur de ma part de l’avoir proposé au président», ajoute le ministre soulignant dans cette interview en date du 10 décembre 2008, confessant qu’on « ne peut pas diriger la politique extérieure d’un pays uniquement en fonction des droits de l’homme ».
Cette déclaration de Bernard Kouchner a retenti comme un reniement, et par contrecoup, comme un désaveu de celui qui passe pour s‘être servi du combat pour la défense des Droits de l’homme comme un tremplin vers le pouvoir politique, et au delà vers le maroquin ministériel.

Dans le cas de Rony Brauman, ce risque là est inexistant. Partisan de l’ingérence sous sa forme pacifique à l’époque de la guerre froide, Rony Brauman en devient un critique constant lorsque celle-ci se transforme en justification d’invasions armées. Considérant que les mésaventures de l’Arche de Zoé sont plus un symptôme qu’une dérive, il soutient que toute forme de secours ou de solidarité ne relève pas nécessairement de l’humanitaire et toute action humanitaire n’est pas nécessairement bonne. Et Plutôt que d’asséner des principes ou réitérer des idéaux, Rony Brauman fait le choix de s’interroger sur les limites d’une forme d’action dans laquelle il reste engagé.

Une des rares personnalités à parler vrai en connaissance de cause, il n’a jamais brigué d’autres responsabilités qui ne relèvent de la médecine ou de l’humanitarisme, sans le moindre débordement sur le plan politique, sans la moindre tentation carriériste, sans le moindre soupçon d’affairisme, contrairement au «cosmopolite» Bernard Kouchner et ses contrats gabonais qui permirent au ministre français des affaires étrangères de cachetonner sans état d’âme pour une dictature corrompue (3).
En somme, le Fondateur de «Médecins Sans Frontières» et son successeur constituent les déclinaisons antinomiques d’un même brillant, celui qui démarque le clinquant fondateur de l’étincelant successeur.

Références



Editions du Cygne
ISBN: 978-2-84924-152-3

Spécialisé en pathologie tropicale, de nationalité française, Rony Brauman est né le 19 juin 1950 à Jérusalem. Ancien président de Médecins sans frontières de France (de 1982 à 1994), il est lauréat du Prix de la Fondation Henri Dunant 1997. Coréalisateur avec le cinéaste israélien Eyan Sivan d’un documentaire (1999) sur le procès d’Adolf Eichmann (1961) dont le scénario est basé sur l’essai Eichmann in Jérusalem de la philosophe Hannah Arendt, il est l’auteur de plusieurs ouvrages notamment. Penser dans l’urgence : Parcours critique d’un humanitaire, Seuil, 2006 – entretien avec Catherine Portevin.

Éloge de la désobéissance (Le Pommier, 1999, document d’accompagnement du film intitulé Un spécialiste: portrait d’un criminel moderne, réalisé à partir des archives vidéo du procès d’Eichmann, avec le cinéaste Eyal Sivan), Les médias et l’humanitaire (avec René Backmann, Victoires, 1998), Devant le Mal. Rwanda, un génocide en direct, Arléa, 1994, Le crime humanitaire. Somalie. Arléa, 1993
2. «Kouchner ou l’ambiguïté à la française», Christopher Caldwell London Review of Books 1e Août 2009
3. «Le Monde selon K.» par Pierre Péan Fayard Février 2009

dimanche 1 novembre 2009


COHEN-SEAT Vice-Présidente de la
commission des lois
Présidente du groupe CRC-SPG
Sénatrice de Paris
                                                                          
A Monsieur Bernard KOUCHNER
                                                        
Ministre des Affaires étrangères et européennes
        37, quai d’Orsay
            75007 PARIS
Paris, le 29 /10/2009 

Monsieur le Ministre,
J'apprends aujourd'hui même l'arrestation, en Tunisie, de Monsieur Taoufik Ben Brik, journaliste connu, harcelé par les autorités policières pour ses articles et reportages critiques. Cette arrestation, après un processus électoral anti-démocratique, témoigne d'un renforcement très préoccupant de l'autoritarisme du régime tunisien, et de l'accentuation d'une répression qui vise à étouffer toute opposition et plus généralement la liberté d'expression.
Deux autres journalistes sont victimes de cette inacceptable politique : Monsieur Slim Boukhdir, correspondant de la chaîne satellitaire Al-Arabya, enlevé hier de chez lui par la force, frappé, dénudé et abandonné dans un parc en plein centre de Tunis. Monsieur Slim Boukhdir a été lui aussi harcelé par la police pour les mêmes raisons. Il s'agit aussi de Monsieur Zouhaier Makhlouf, emprisonné à Mornaguia. Il fut arrêté le 20 octobre pour un reportage sur des problèmes environnementaux dans la zone industrielle de Nabeul. Ce reportage s'insérait dans le cadre de la Commission environnement liée à la liste du PDP (Parti démocratique progressiste), pour les élections.
Cette répression qui frappe des journalistes est en contradiction totale avec les pratiques les plus élémentaires d'un Etat de droit. Elle constitue une violation manifeste du sens et de la lettre de l'Accord d'association Union européenne/Tunisie, explicitement conditionné au respect des Droits de l'Homme. …/… Je vous demande instamment, Monsieur le Ministre, de réagir dans l'urgence et d'intervenir auprès des autorités tunisiennes pour que les journalistes arrêtés soient libérés immédiatement, que les harcèlements cessent et que le droit d'expression des journalistes mais aussi des opposants et de toute personne soit effectivement respecté.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de mes salutations distinguées.

samedi 31 octobre 2009

Lettre ouverte à Bernard Kouchner et Frédéric Mitterrand

Bruxelles, le 29 /10/ 2009

Lettre ouverte à Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères et Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture
Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,
Monsieur le Ministre de la Culture,

Nous pouvons comprendre, ou ne pas comprendre, que vous ayez réagi avec une extrême rapidité et que vous vous soyez indignés à l'arrestation de Roman Polanski il y a quelques semaines. En revanche, nous ne comprenons pas votre absence de réaction et votre indifférence face aux événements récents intervenus en Tunisie:
Enlèvements de Slim Boukhdhir, correspondant de Al-arabya, Mohamed Soudani, étudiant syndicaliste,
Harcèlement et actes de violence à l'encontre de Sihem Bensedrine, rédactrice en chef de Kalima, Radhia Nasraoui, avocate et Présidente de l'Association Tunisienne de Lutte contre la Torture,
Détentions arbitraires de 38 manifestants du bassin minier de Gafsa, de Zouhair Maklouf, journaliste et reporter et enfin de Taoufik Ben Brik, journaliste et écrivain,
Interdiction d'entrée sur territoire tunisien de Florence Beaugé, journaliste au Monde.

Il est vrai, qu'il est plus facile de s'empresser de saluer le score démocratique obtenu par le Président tunisien Ben Ali ce dimanche avec 89,62%, que de défendre l'exercice de la liberté d'expression et d'opinion au sein d'un pays avec lequel, la France se targue d'entretenir des relations d'amitié basées sur des principes et des valeurs qui nous unissent.
Il est plus que temps que la France, au nom de sa relation privilégiée avec la Tunisie, cesse d'empêcher l'Union européenne d'avoir une politique ambitieuse en termes de promotion des droits de l'Homme et de démocratie. Puisque vous l'ignorez encore, force est de vous rappeler que la défense des droits de l'Homme constitue un principe fondateur devant inspirer la politique étrangère de la France et de l'Union européenne. Vendre des centrales nucléaires tout en fermant les yeux sur ces violations est une attitude indigne.
Nous, parlementaires européens, vous demandons d'intervenir avec le même zèle que dans l'affaire Polanski pour les affaires Boukhdhir, Soudani, Bensedrine, Nasraoui, Maklouf, Ben Brik et les 38 manifestants du bassin minier de Gafsa.
Cordialement,
Dany Cohn-Bendit
Président du groupe des Verts/ALE
Hélène Flautre
Présidente de la délégation UE-Turquie
Eva Joly
Présidente de la commission développement
José Bové
Vice-Président de la commission agriculture et développement rural