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samedi 13 février 2010

Sarkozy à Davos : l'insoutenable légèreté des mots

Par Attac-France, 28/1/2010 
Tout changer pour que rien ne change : tel est le message que Nicolas Sarkozy a martelé devant ses amis de Davos. 
Entonnant son habituel couplet pseudo-altermondialiste – avec un hommage inédit au « nouveau citoyen mondial » - il a stigmatisé « le rentier qui l’emporte sur le travailleur », la « flambée des inégalités » et les « profits excessifs qui ne sont plus supportés ». Dénonçant le dumping social et environnemental dû à la prédominance des règles du libre-échange sur les droits sociaux, il a reconnu la duplicité des gouvernements, le sien inclus : « nous rognons à l’OMC et au FMI ce que nous décidons à l’OIT et à l’OMS ».
Après cette douche froide, les artisans – à Davos depuis 40 ans - de cet infâme « capitalisme financier » qui « dénature le capitalisme » se sont vite consolés. Car Nicolas Sarkozy a rapidement prouvé combien il s’agissait de mots creux. Il s’est contenté de demander qu’on applique les décisions ultra-techniques déjà prises par le G20 (« c’est bien beau de prendre des décisions mais encore faut-il qu’elles soient mises en œuvre ») : révision des normes comptables, harmonisation des règles prudentielles, accroissement des réserves des banques en cas de titrisation. Au moins deux oublis dans sa liste des décisions prises et non appliquées : la limitation des hauts revenus, la suppression des paradis fiscaux...
Message subliminal du discours : la France ne propose aucune initiative nouvelle. À peine un bref coup de chapeau à Gordon Brown qui prône une taxe sur la spéculation pour financer le développement, et à Barack Obama qui propose d’interdire aux banques de dépôt de spéculer pour leur compte. Et une nouvelle fanfaronnade : un « nouveau Bretton Woods » l’an prochain pour réformer le système monétaire international quand la France présidera le G20.
En arrière-plan de ce discours, la crainte avouée des réactions populaires : « si nous ne changeons pas, les changements nous seront imposés par les crises économiques, politiques, sociales ». Mais Sarkozy est moins inquiet que Brown – à la veille d’élections législatives qui semblent perdues d’avance – et Obama – qui vient de perdre sa majorité qualifiée au Sénat. C’est pourquoi il importe de faire monter la pression sur lui avant le G20 de juin prochain à Toronto. Dominique Strauss-Kahn y présentera les propositions du FMI sur les moyens de faire payer par la finance les coûts de son sauvetage, et les chefs d’État ou de gouvernement décideront.
Dans le cadre d’une campagne mondiale en cours de préparation, Attac-France va proposer à tous les syndicats et associations qui le souhaitent l’organisation de mobilisations citoyennes pour imposer une véritable taxe sur l’ensemble des transactions financières. Pas une taxe « Canada Dry », mais une taxe qui permette de couper définitivement les ailes de la spéculation, et de financer les urgences sociales et écologiques - la lutte contre la pauvreté au Nord comme au Sud et contre le réchauffement climatique.
Crédit photo : worldeconomicforum Flickr

vendredi 12 février 2010

Les enfants arabes naissent avec des dents

par  رشاد أبوشاور Rachad Abou Chaouar, Al Quds Al Arabi, 10/2/2010. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Original :أطفال العرب يولدون بأنياب

Nous en tant qu’Arabes, en des temps de merveilles

La chose la plus étrange, c’est que nous soyons en vie et continuions à vivre malgré tout, n’étant pas complètement disparus.

Si je devais énumérer toutes les merveilles de notre existence, j’en aurais pour des jours et les pages d’Al Quds Al Arabi ne pourraient suffire à contenir toutes ces merveilles, tant elles sont nombreuses. Et elles n’arrêtent pas de se multiplier, nous submergeant au fil des jours.

Pensez-vous que les merveilles saoudiennes prendront fin avec la mise en scène de la poignée de main entre l’ancien chef du renseignement saoudien Turki Al Fayçal et Dany Ayalon, l’adjoint de Lieberman ?!
Peut-être qu’à cause de cette succession ininterrompue de merveilles, plus rien ne nous étonne ni ne nous irrite.

Quelques bizarreries commencent à promettre du bien – il est inconcevable que des miracles ne se produisent pas dans notre vie pour démontrer que nous sommes vivants.

J’ai lu il y a quelques jours, au milieu d’une cascade d’informations étranges, celle-ci : un enfant arabe, dans un pays arabe donné – je reste à dessein dans le flou pour égarer les ennemis qui guettent – est sorti de l’utérus de sa mère avec toutes ses dents. Ces dents-là ne sont pas des dents de lait ni des boursouflures de gencives comme celles qu’on voit chez des personnes d’un âge avancé. Non ! L’enfant est né avec des vraies dents, comme beaucoup d’entre nous, qui avons des dents pourries – qu’il nous arrive d’avaler quand nous les serrons de colère -, espèreraient en avoir !

Un enfant sorti de l’utérus de sa mère désireuse de le voir après l’avoir porté dans sa maison de chair - nourri-logé, dormant et jouant tout seul à sa guise, se déplaçant de manière confortable sans bouchons ni déboîtement de côtes par des coups et sans courbatures attrapées dans les minibus encombrés par dAl Quds Al Arabi, Arabes, Rachad Abou Chaouar رes créatures arabes s’asphyxiant par leurs propre souffles, souffles de rancœur, de rage tout le long du trajet, minibus dont l’étroitesse obscure évoque les tombes des Arabes pauvres et miséreux dans les pays arabes.

Cet enfant a provoqué la confusion de sa mère, bien qu’elle fût contente car les dents de son enfant ne tomberont jamais, et ceci est un don de Dieu ; il est né avec des dents solides, bien qu’elles soient jaunes et sombres comme les dents des fumeurs accros.

Fumait-il dans le ventre de sa mère, écoutant les soupirs de déception de son père en train d’aspirer son narguilé en remplissant l’espace de la chambre familiale de fumée ? La famille avait-elle d’autres chambres que celle-là, et un couloir qui ressemble aux couloirs des administrations arabes ?!

L’information dans le journal s’arrête sur le fait qu’un enfant est né avec des dents et cette information n’est pas pour nous rassurer car elle ne dit rien des dispositions envisagées par les autorités concernées, qui vont certainement se pencher sur le phénomène et prendre des mesures contre la propagation et les séquelles de ce phénomène, ainsi que sur ses répercussions sur la sécurité nationale. Les médecins n’ont pas tenu de conseil pour étudier le cas, pas plus les dentistes que les généralistes ou les docteurs en psychologie, en sociologie ou en génétique.

Dans le monde « développé », les familles se contentent de donner naissance à un enfant, ou deux. Elles tiennent à vivre une vie paisible et heureuse, sans la gâcher en s’occupant d’un bataillon d’enfants et elles garantissent à la fille – ou au garçon, peu importé – une vie heureuse et un avenir sûr dans un pays dont les citoyens n’émigrent pas pour mourir en mer ou dans le désert, échappant aux bienfaits de leur patrie qui les pousse à fuir l’enfer.

Nos ancêtres répétaient : l’enfant naît et la subsistance naît avec lui. Mais dans nos pays arabes, malgré les richesses du pétrole et du gaz et les innombrables trésors dilapidés, secrètement et ouvertement, la subsistance ne naît plus avec l’enfant arabe. La seule chose qui l’attend, c’est la pauvreté de la pauvreté, et la peur de l’appareil. Il naît avec la tristesse de voir le visage jaune de ses parents déprimés et d’entendre les cris de ses frères affamés, plus forts que les cris de n’importe quelle manifestation autorisée dans un pays arabe.

Dans nos pays, lorsqu’un enfant naît, ce qui l’attend, ce sont les impôts, la police secrète et judiciaire, qui l’accueillent avec des accusations interminables, dont la première est : entrée illégale dans le pays. Car les utérus des mères arabes, dans les pays arabes, sont sous haute surveillance et celui qui en sort est redoutable et bien sûr, la liste des accusations n’a pas de fin.

Dans nos pays arabes, lorsqu’un enfant naît, ce qui l’attend, c’est une cellule, mais pas pour lui tout seul, car c’est là un luxe auquel n’ont pas droit même les opposants les plus gradés, quel que soit leur niveau de formation et de culture. Car dans la démocratie pénitentiaire arabe, ils sont égaux aux autres, et ils s’entassent avec leurs frères et camarades de lutte. Ils ne peuvent dormir qu’à tour de rôle, les uns debout, les autres couchés, sans rêves, car les cauchemars ne cessent de poursuivre le malheureux Arabe, qu’il soit endormi ou les yeux ouverts, car il dort les yeux ouverts et exorbités.
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Dans nos pays arabes, lorsque naît un innocent enfant arabe, ce qui l’attend, ce sont des matraques et des costauds montrant leurs dents. S’il pense à leur échapper pour retourner là d’où il vient, ils lui feront oublier le lait de sa mère, qu’il n’a jamais goûté – et comment les mamans arabes pourraient-elles avoir du lait, elles qui souffrent d’une malnutrition héréditaire ? – mais qu’il connaît de manière innée, car le lait maternel est un droit de tout petit d’homme ou d’animal, sauf dans les pays arabes.

Par quelque cause divine, il semble que la nature, à force de bizarreries de plus en plus répandues dans le monde arabe, a doté l’enfant arabe d’une arme d’autodéfense : les dents, pour qu’il puisse entamer sa bataille pour gagner sa croûte et défendre son existence individuelle et collective.

Et comme les dents sont susceptibles d’être mises en pièces dans le monde arabe par des muscles contractés et cruels entretenus dans ce seul but, la nature a affuté ces dents pour qu’elles deviennent des canines pointues capables de se planter dans les poignets et les biceps cultivés pour assaillir tout citoyen, avec ou sans inculpation, car les régimes arabes sont protégés par les muscles et les voyous.

Les dépêches d’agence n’ont pas communiqué ce qui est arrivé à l’enfant mais de source semi-fiable, j’ai obtenu quelques informations :

Cet enfant-là est né silencieux, il ne pouvait ni rire ni pleurer, mais regardait devant et autour de lui avec fureur ! Et quand sa maman a sorti son sein tari – elle attendait ce moment depuis les premiers mouvements dans son ventre -, il a détourné son visage. Elle s’est adressée à lui avec une affection héritée de sa mère : « Au nom de Dieu, prends, mon amour, ce peu de lait-là, je l’ai économisé pour toi pour ce jour et même s’il n’y a pas de lait, mon amour, il ya de l’affection qui te rassasiera toute ta vie. »

Elle a tenu sa tête avec douceur, l’attirant vers sa poitrine et là, elle a eu peur de ce qu’elle a vu. Lui a ouvert sa bouche pour attirer l’attention de sa mère et lui montrer qu’il pouvait lui faire mal avec ses dents, lui qui avait dans son cœur un instinct d’amour pour elle. Et comment en serait-il autrement, alors qu’il a habité sa chair pendant neuf mois, installé confortablement, mieux que dans un hôtel cinq étoiles ?!

Personnellement, je prévois que de nombreuses femmes, dans les jours à venir, donneront naissance à des enfants arabes pourvus de dents pointues et je prévois aussi – et c’est un avertissement aux parents arabes de veiller à cacher tout enfant né avec des dents pointues – l’ouverture de la chasse aux enfants et de leur enlèvement pour les transporter dans des endroits où on ne connaîtra jamais leur sort, le tout sous prétexte de lutte contre le terrorisme ! Les régimes arabes concernés ne s’y opposeront pas, car ils seront effrayés par le phénomène et au contraire, ils verront d’un bon œil que les « milieux gouvernementaux amis » fabriquent des vaccins pour les mamans arabes afin que les dents de leurs enfants ne poussent jamais, car le remède le plus efficace contre les Arabes est qu’ils aient une nation sans dents.

L'auteur
Rachad Abou Chaouar (Rashad Abu Shawar)
Écrivain, journaliste et militant palestinien.
•    Né dans le village de Dhakrine, dans le district d’Al Khalil(Hébron), le 15/6/1942.
•    Émigre avec sa famille en 1948
•    Vit avec son père – sa mère est morte un an avant la Nakba - au camp de réfugiés de de Dheisheh près de Bethléem jusqu'en 1952.
•    Déménage avec son père dans le camp de Nouiamma près d’Ariha (Jéricho) où ils vivent jusqu’en 1957.
•    En 1957 son père fuit vers la Syrie, où il obtient l'asile politique. Rachad le rejoint et vit à Damas jusqu’en 1965, puis retourne à Nouiamma, où il vit jusqu’en  juin 67.
•    Il démissionne de son emploi dans une banque après juin 67 pour se consacrer au militantisme national.
•    Travaille dans les médias palestiniens unifiés et dirige un quotidien à Beyrouth.
•    Vit à Beyrouth jusqu’en 1982, à Damas jusqu’en 1988, puis, avec sa famille, en Tunisie jusqu'en 1994 ...
•    Vit depuis cette date dans la capitale jordanienne, Amman.
Membre d’organisations professionnelles de journalistes et écrivains palestiniens, du Conseil national palestinien depuis 1983, il écrit dans les principaux journaux et magazines arabes, dont le quotidien Al Quds Al Arabi depuis 1990.
Il a publié cinq romans, une pièce de théâtre, de nombreux récits et nouvelles ainsi que trois livres pour enfants.

jeudi 11 février 2010

Ça s’est passé dans « cette » Autriche-là : Justice politique, la veille de Noël 2009

par Vladislav MARJANOVIC, 8/2/2010.Traduit par  Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Leopold Figl, chancelier autrichien,
discours de Noël 1945
La justice des démocraties occidentales est bien étrange. Plus la chute du Mur de Berlin s’éloigne dans le temps, plus elle est susceptible lorsqu’on porte publiquement  des jugements sur des personnes impliquées dans des affaires de droits humains. La justice fait aussitôt entendre son courroux pour - diffamation !
Mais qu’est-ce que la « diffamation » ? Les interprétations de ce mot, que l’on trouve également dans les lois qui régissent les  médias, semblent plutôt élastiques. Un mot qui n’a pas plu et déjà vous êtes accusé d’atteinte à l’honneur des personnes. Que le jugement de valeur (moral de surcroît !) repose sur des faits avérés ou sur une interprétation étroite ne semble plus jouer de rôle. Le contexte n’importe pas. Seul le mot compte. En voici un exemple.
De mortui nihil nisi bene
Ça s’est passé en Autriche. Le 31 janvier 2006 Liese Prokop, ex-Ministre de l’Intérieur est morte subitement. De toute évidence la défunte était appréciée de ses collègues. L’ex-sportive de haut niveau, médaillée d’argent de pentathlon aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968, est entrée peu après en politique, dans l’aile droite du parti conservateur  ÖVP. Ce qui lui permit d’être la bienvenue  dans le gouvernement de coalition que l’ex-chancelier Wolfgang Schüssel a formé en 2004 avec le parti d’extrême-droite FDP. La toute nouvelle Ministre de l’Intérieur se mit immédiatement au travail.  Elle réforma la police et se montra dure et inflexible envers les demandeurs d’asile. Elle entreprit d’amender (autrement dit de restreindre) le droit d’asile et des étrangers, en particulier parce qu’elle estimait que 45% des musulmans étaient rebelles  à toute intégration.
Le décès subit de la ministre fut déploré par tous les partis. Wilhelm Molterer, Secrétaire général en exercice du Volkspartei (ÖVP) était « sans voix ». Alfred Gusenbauer, alors Président  du Parti social-démocrate et futur chancelier, salua une « femme d’envergure » et une «  politicienne hors du commun », tandis qu’Alexander von Bellen, qui cette année-là présidait aux destinées des Verts, loua l’esprit d’ouverture de la défunte ministre. On fit ensuite à celle-ci des obsèques solennelles, auxquelles assista la plus haute instance morale du pays, le Président fédéral autrichien.
Pendant que les VIP célébraient un deuil public, un homme du commun osa exprimer un  autre avis. C’était le dirigeant de l’association «  Asyl in Not » (Droit d’asile en danger, NdlT), Michael Genner. Moins de 24 heures après la mort de Madame Prokop, il publia un communiqué qui débutait ainsi : « Une bonne nouvelle en ce début d’année : Madame Prokop, Ministre de la Torture et de la Déportation, est morte. Le souvenir des souffrances endurées par des personnes recherchant désespérément, mais en vain, un abri, restera pour toujours lié à son nom. » et s’achevait par cette sentence : « Madame Prokop était une criminelle en col blanc, espèce dont la cruelle histoire de ce pays offre nombre d’exemples. »
 
Ces paroles, publiées dans un simple communiqué d’une association, firent l’effet d’une bombe. Tous les journaux conservateurs autrichiens (il n’en existe d’ailleurs pas d’autres), depuis la « Presse » jusqu’au journal du métro, « Heute », clouèrent au pilori le manque de cœur de son auteur. De mortui nihil nisi bene (Des morts, on ne doit parler qu’en bien) : les médias rappelèrent la bonne vieille coutume que respectaient les peuples de l’Antiquité. Comme l’article de Michael Genner y faisait infraction, la famille de la défunte s’en mêla et de sa propre initiative (ou peut-être pas ?) porta plainte pour diffamation.
« J’en appelle à la liberté de la presse »
Le premier procès a eu lieu le 25 mai 2007 et n’a duré qu’une demi-heure. La juge Lucie Kaindl-König s’est efforcée de traiter les faits avec grande objectivité. À ses yeux, peu importaient les excuses écrites formelles que Genner avait présentées le 8 janvier pour la phrase incriminée. Et encore moins la tragédie vécue par les réfugiés et leurs familles du fait des mesures renforcées qu’on leur avait appliquées lorsque  Madame Prokop était ministre et des maltraitances qui en avaient été le corollaire. « Le Tribunal sait bien que les réfugiés subissent un traumatisme du fait de la rétention administrative » déclara la juge, balayant ainsi d’un revers de main les arguments de Genner relatifs aux tortures physiques et psychiques subies par les réfugiés. Seul l’intéressait ce que Genner entendait par  «déportations »  et « criminels en col blanc » ainsi que par « raciste ». Dans cette optique elle demanda (provocation ?) : « Madame Prokop était-elle raciste elle aussi, ou était-ce seulement le cas de ses fonctionnaires ? » À la parade de Genner : « Les fonctionnaires qui ont exercé une pression », la juge réagit en attaquant : « Saviez-vous, en écrivant cet article, qu’il ferait autant de vagues ?  Saviez-vous que ce que vous écriviez est déshonorant ? Étiez-vous conscient que c’est de la diffamation ?» La réponse de Genner a été claire : « J’en appelle à la liberté de la presse. »
C’était apparemment le nœud  du problème. A-t-on le droit de critiquer des responsables politiques nationaux pour des mesures appliquées à l’encontre d’un groupe de personnes sans être traîné en justice pour diffamation ? Visiblement pas, car, si l’on s’en rapporte aux termes employés par Madame la juge Kaindl-König cela « fera [trop] de vagues ». Pourtant seuls les derniers États totalitaires ont peur des « vagues ».  Ou ne seraient-ils pas les seuls ?
La « diffamation » est, on l’a dit, une notion assez élastique. Toute critique directe, dès lors qu’elle est publique, peut être « diffamatoire ». Les faits ou preuves comptent alors moins, pour la justice, que les termes employés. Il s’agit donc de faire très attention et de s’(auto)censurer à temps , et si possible d’éviter toute polémique directe, même sous forme de lettre ouverte ! Le contenu ou les raisons des critiques publiques adressées à des personnalités politiques n’intéressent pas la justice. C’est en vain que Michael Genner a souligné lors de son premier procès qu’il avait présenté ses excuses à la famille de la défunte et même  proposé de « supprimer  » la phrase incriminée. La juge s’est contentée de remarquer qu’il existe « diverses façons de formuler ». Peut-être parce que Michael Genner, tout en présentant ses excuses, a souligné qu’elles ne « changeaient absolument rien » à son argumentation.
La procédure en est restée là, comme il a déjà été dit, et a été ajournée ... jusqu’au 19 septembre suivant. Et là, la sentence tombe : en première instance Michael Genner est déclaré coupable de diffamation. Selon la juge, il a porté un « jugement excessif » et il est en conséquence condamné à une amende de 1200 € avec sursis partiel à exécution. Michael Genner a fait appel. Il considérait ce jugement « ...non seulement comme une atteinte à la liberté des médias (...) mais aussi l’expression d’une solidarité du tribunal avec le système juridique indirectement critiqué lui aussi ». Mais ce n’était pas l’avis de la Cour suprême. Peu avant Noël 2009 elle a confirmé le jugement du Tribunal de  première instance.
« Une condamnation légitime » ?
Les médias ont pris acte de ce jugement . Le très respecté quotidien « Die Presse » faisait le commentaire suivant : « Le dirigeant de l’association Asyl in Not, Michael Genner, a reçu une condamnation  légitime pour avoir diffamé la défunte Ministre de l’Intérieur.» C’est ce qu’il écrivait dans sa livraison du 20 décembre dernier. Il faut dire que dans le même texte, on faisait remarquer  que « La Cour suprême pose des limites à la liberté d’opinion même dans le domaine politique. » Que faut-il comprendre? Est-ce une approbation ou une manière discrète de pointer une tendance inquiétante du système ?
Difficile de trancher, car l’opinion publique reste muette. Même les partisans de Michael Genner ne pipent mot. C’est bien étonnant, car certains d’entre aux avaient pourtant fait l’éloge de Michael Genner le 27 octobre 2008, à l’occasion de son 60ème anniversaire. Le Président de SOS-Mitmensch Burgenland (SOS –Notre prochain du Burgenland, État fédéral le plus oriental de l’Autriche, Ndlt), Rainer Klien, avait par exemple déclaré : « Un mot relatif à ta notice nécrologique sur Prokop : on doit être autorisé - indépendamment du respect dû aux morts- à exprimer une telle opinion. J’attends chaque jour de voir au banc des accusés les responsables des morts aux frontières extérieures de l’UE ». Volker Kier, Président honoraire d’Asyl in Not et ex-député libéral, avait souligné que « Michael Genner s’engage en faveur des droits humains sans craindre les risques pour lui-même, y compris celui de sa propre destruction. » Toutes ces approbations ont été prononcées devant 150 personnes environ à l’occasion du soixantième anniversaire de Genner. Mais aujourd’hui on fait silence autour de lui.
Ce qui frappe le plus, c’est le mutisme des partis d’opposition, de gauche ou écologistes, d’autant plus, en qui concerne ces derniers, que Michael Genner avait été candidat des Verts au Conseil national [chambre basse du Parlement, NdE]. La députée verte Teresija Stoïsitz lui avait décerné ces louanges : « Le procès fait à Michael Genner est un procès politique. S’il est illégal de dire que les réfugiés ont besoin de protection et que nous leur apportons notre aide pour empêcher leur expulsion, alors je veux bien entrer en délinquance.» L’hebdomadaire « Falter » avait rapporté ces paroles le 17 mai 2006. Et maintenant ?
Un silence de plomb
Bon. On était en pleines fêtes de fin d’année et la sentence de la Cour suprême contre Genner est tombée juste avant Noël. À cette époque on est généralement préoccupé de tout autre chose que de points juridiques délicats. Cela permettait à la Cour suprême de publier son jugement, de confirmer l’accusation de diffamation et la peine relativement légère infligée en première instance sans provoquer quelque réaction indésirable. Les médias y ont fait un vaste écho. Du moins pendant un peu de temps. Puis le silence s’est fait autour de Michael Genner. Aucune organisation, aucune personnalité, pas même issue du milieu de l’immigration, n’a osé mettre en question ce jugement. On aurait pu pourtant s’y attendre, car Michael Genner se bat depuis des années, et de toutes ses forces, pour que les demandeurs d’asile soient traités humainement. Mais son dérapage verbal semblait constituer un obstacle infranchissable. Avoir blessé les proches de Madame la Ministre Prokop juste après sa mort pèse plus lourd, dans l’opinion publique, que l’expulsion de demandeurs d’asile et la dislocation légale de familles, ce qui s’est produit avec son accord et au su de tout le gratin quand elle était ministre. Il semble en tout cas que Genner et son « communiqué de bonne nouvelle » aient fourni à ses adversaires politiques haut placés un argument bienvenu pour discréditer son association et sa personne.
Et de fait : dès le 24 mai 2008 l’éditorialiste Gerald Freihofner, dans ses « Notes de bas de page », traitait Genner de « petit chef communiste » . Non content de reprocher à Genner son appartenance passée à l’organisation d’extrême-gauche « Spartakus », Freihofner l’accuse d’être l’auteur du slogan figurant sur le site Internet de la « Kommunistische Initiative  » (Initiative communiste, KI) sous le sigle de la faucille et du marteau : « Nous nous battons pour le renversement de l’ordre établi !  En tout cas le message est clair : « Laissons tomber Genner ! »
La "pierre de Marcus Omofuma ", d'Ulrike Truger - 2003, Mariahilferstrasse/VienneLes associations de soutien aux migrants et assimilées pensent-elles aussi qu’il vaut mieux se taire dans le cas Genner? Cela n’aurait rien d’étonnant. Ces associations sont dépendantes des subventions de certaines fondations, assez liées à l’establishment. Du reste les milieux gouvernementaux ne se contentent pas de tolérer leurs demandes de non-discrimination raciale, religieuse ou ethnique : ils encouragent leur participation  aux institutions politiques. Ils en ont donné un signal de grande portée symbolique : à Vienne, on a érigé un monument à la mémoire de Marcus Omofuma, un demandeur d’asile nigérian mort des suites de maltraitances policières au cours de son expulsion en 1999. Un monument très moderne, mais impersonnel et abstrait. Peut-être pour ne pas éveiller plus d’émotion que les autorités ne peuvent en tolérer?   Puisque les autorités font quelque chose pour l’intégration, quel sens cela aurait-il de se solidariser avec un marginal critique envers la société si l’on peut parfaitement, sous ce rapport, collaborer avec elles ? Du reste Genner s’est trompé. Sous les successeurs de Madame Prokop la situation des demandeurs d’asile n’a fait qu’empirer.  À bien y réfléchir, le propos de Genner n’était peut-être pas simplement de la « diffamation » ?
On aurait sûrement  pu envisager les choses sous cet angle, si les arguments de Michael Genner avaient été  de pure fiction. Or il n’en est rien. Les exemples qu’il a fournis suffisent à légitimer sa réaction. La violation systématique des droits humains au nom de la loi est, au regard de la morale universelle, bien pire que la tenue de propos irrespectueux sur la  responsable de ces violations  qui vient de mourir. Les souffrances, non pas de quelques, mais de milliers de gens en détresse qui ont échoué en Autriche n’éveillent pas la compassion de la juge de Genner, et pas davantage  celle de l’establishment. Pourquoi en irait-il autrement ? Juge et establishment ne font qu’appliquer les décisions de la Conférence de Dublin. C’est l’Union européenne elle-même qui est derrière cette politique.  Il ne s’agit pas en l’occurrence d’humanité, mais, comme le disait de la solution finale Adolf Eichmann, le modèle du parfait bureaucrate nazi, de statistiques. Si nous éliminons les Juifs, le peuple des seigneurs aura davantage à manger. C’était la logique d’alors. Et la logique actuelle ? Si nous expulsons les migrants et demandeurs d’asile vers leur patrie secouée de guerres et de crises pour y mourir, en Autriche, en Europe et dans tous les pays riches la situation sur le  marché de l’emploi sera moins tendue. Cacher dans sa maison des réfugiés menacés d’expulsion reviendra, comme autrefois pour ceux qui cachaient les Juifs persécutés, à être en infraction avec la loi. Pourtant Michael Genner, en 2006 à Innsbruck, a osé y appeler ses concitoyens.
A-t-on le droit de le lui reprocher ? Peut-être juste autant qu’à ceux qui n’ont pas eu peur de s’opposer à la domination nazie. Le courage civique reste nécessaire aujourd’hui car l’Holocauste ne s’est malheureusement pas limité à l’époque nazie. Cette fois-ci il menace non pas telle ou telle communauté ethnique ou religieuse, mais l’humanité tout entière. On continue à le perpétrer,  mais sous une autre forme, plus perfide mais non moins efficace, et pas dans un seul pays, mais dans le monde entier, grâce à la solidarité planétaire des dirigeants. Déportation ou expulsion forcée, où est la véritable différence ? Discriminer les demandeurs d’asile en leur déniant leurs droits ou être antisémite à une certaine époque, où est la différence ? Même les mariages mixtes sont criminalisés, on les brise par force et on fait éclater les familles. Mais tandis que les dirigeants attestent leur solidarité par des expiations rituelles en mémoire de l’Holocauste, se lavant ainsi les mains de tous les péchés contre la société qu’ils ne cessent de commettre, les victimes, elles, ne se serrent pas les coudes. C’est pourquoi les rares individus qui luttent pour l’humanisation de la société, comme Michael Genner, ne trouvent aucun soutien. Pour combien de temps encore ?

mercredi 10 février 2010

Le pays où l'on arrête les enfants

Comment concilier sécurité et liberté ? Le débat est presque aussi vieux que la philosophie des Lumières ou la Déclaration des droits de l'homme. Il est tenu pour acquis que la droite privilégie généralement la première et la gauche la seconde. C'est à ce nouvel exercice que se livre donc depuis hier Brice Hortefeux, qui défend devant l'Assemblée nationale une loi fourre-tout où il est surtout question d'étendre la vidéosurveillance et les possibilités d'intrusion de la police dans les ordinateurs de tout un chacun. Sans doute la loi doit-elle s'adapter aux nouvelles techniques : il n'est pas absurde que, pour les dossiers les plus graves, une sorte d'« écoute numérique » vienne renforcer les bonnes vieilles écoutes téléphoniques. Mais il y a là un risque d'intrusion dans la vie privée qui inquiète à juste titre les défenseurs des droits de l'homme. Autre mesure envisagée : l'aggravation des peines pour les agresseurs de personnes âgées. Personne ne peut nier ce qu'il y a d'odieux à s'en prendre à des gens vulnérables. Mais on se souvient que Brice Hortefeux, reprenant ainsi la technique éprouvée de son ami et prédécesseur Nicolas Sarkozy, a proclamé cette mesure après l'horrible assassinat d'un couple de personnes âgées. Succombant ainsi au réflexe quasi pavlovien : un fait divers, une nouvelle loi. Or, la loi en discussion à l'Assemblée doit être la treizième ou quatorzième (on ne sait plus trop) depuis 2002...
Mais le débat porte aussi sur les conditions de la garde à vue, un « sport » dans lequel notre pays est devenu champion, au point que cela va finir par devenir constitutif de notre identité nationale.
Il y a visiblement de l'abus dans leur nombre (800 000 l'an dernier !) et surtout dans leur objet. Ainsi, comment des policiers peuvent-ils embarquer des adolescentes de 14 ans et les garder dix heures au poste ? Alors qu'il ne s'agit pas de délinquantes mais de jeunes filles qui ont voulu empêcher une bagarre ? Voilà qui rappelle - en pire - l'interpellation musclée d'un journaliste de « Libération » il y a quatorze mois. Mais aussi l'expulsion récente d'une petite Marocaine vers son pays. Est-ce là la France de 2010 ? Une France où l'on arrête les enfants. Une France dans laquelle certains de ceux qui devraient assurer notre sécurité, et donc notre liberté, en viennent à piétiner l'une et l'autre.

Donnez-nous le droit de lire en prison !

Par AFPS,9/2/2010
Parmi les restrictions des droits des prisonniers palestiniens, l’interdiction des livres. Salah et ses camarades ont besoin de nous :
"L’ administration des prisons israéliennes continue de priver les prisonniers politiques de leurs droits et réduit de plus en plus les limites de leur vie en prison. La décision d’ interdire les livres fait partie d’ un plan qui voudrait faire des prisonniers des sujets ignorants et passifs .
La justice israélienne soutient ce projet d’ interdiction de la lecture en prison sous prétexte que les prisonniers peuvent se procurer certains livres permis à l ’ intérieur de la prison mais il y a une grande restriction dans la liste des livres proposés et finalement personne ne peut rien acheter .
Les livres en français ne sont bien sûr pas mentionnés tandis que la presse arabe et encore plus la presse étrangère sont refusées, et un quelconque abonnement à une revue étrangère est bien sur hors de question .
Je vous écris car que je crois que vous pouvez faire quelque chose pour nous aider. Nous avons eu l’ idée avec mes camarades d’ une campagne sur internet : "donner à Salah Hamouri et à ses camarades le droit de lire en prison".
De nos cellules , nous pouvons juste vous demander de faire passer cette information et de faire pression sur les autorités israéliennes, le Ministère de la Justice et l’ administration pénitentiaire en envoyant des mails ou des fax , ci-joint un modèle de texte :
"Nous sommes surpris et choqués qu’ un état démocratique au 21ème siècle refuse l’ entrée de livres et de journaux aux prisonniers politiques palestiniens dont notre camarade franco palestinien Salah Hamouri .
Donner aux détenus politiques le droit de se procurer des livres est un minimum dans un état démocratique ."
Nous vous demandons d’ envoyer des messages , fax etc aux adresses suivantes afin de relayer nos voix
Salah et ses camarades "
Ministère de la justice
29 Salah a Din street
PO Box 49029
JERUSALEM
FAX : 972 -2- 6467023
Attorney general
FAX : 972 -2- 6274481
Ambassade d’ Israël en France
Fax : 01.40.76.55.55
3 Rue Rabelais
75008 Paris
intro : C. Léostic, Afps

Une proposition de loi algérienne suscite l'émoi de Besson et Falco, tandis que Kouchner calme le jeu

NOUVELOBS.COM | 09.02.2010 | 18:42
9 réactions
Une proposition de loi a été déposée en Algérie pour "criminaliser" le colonialisme français. Besson "regrette", Kouchner temporise.
Abdelaziz Bouteflika et Nicolas Sarkozy en décembre 2007 à Alger (AP)
Abdelaziz Bouteflika et Nicolas Sarkozy en décembre 2007 à Alger (AP)
Le dépôt au Parlement algérien d'une proposition de loi pour "criminaliser" le colonialisme français, dimanche 7 février, suscite une levée de boucliers en France.
Le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a "regretté" cette initiative mardi, et qualifié cette question de "sujet sensible".
"Je regrette cette proposition", a dit Eric Besson sur RMC, ajoutant qu'il s'agit d'un "sujet sensible" alors qu'il reste "encore des cicatrices". Pour le ministre de l'Immigration, "il ne faut pas oublier la colonisation et la post-colonisation" et "dépasser" cette question.

"Charge anti-française outrancière", pour Falco


Le secrétaire d'Etat à la Défense et aux anciens combattants, Hubert Falco, va plus loin. Il a estimé mardi que l'initiative des députés algériens était "particulièrement inquiétante", "incompréhensible" et "outrancière". "Cette initiative portée par 125 députés algériens est particulièrement inquiétante et incompréhensible", a déclaré Hervé Falco devant l'Assemblée nationale.
"Il s'agit d'une proposition de loi qui n'a pas été débattue par l'Assemblée algérienne et sur laquelle le gouvernement algérien ne s'est pas prononcé", a-t-il ajouté. Pour lui, "il faut donc se garder de tout procès d'intention à l'égard des autorités algériennes qui ne sauraient cautionner une charge anti-française aussi outrancière, profondément blessante, insultante pour nos compatriotes rapatriés et pour notre mémoire nationale".
"Cette initiative profondément regrettable renforce ma détermination pour oeuvrer à la réconciliation des mémoires, non pas par le silence qui voudrait faire la réconciliation sur l'oubli des drames des harkis ou des rapatriés, sur la repentance, mais par le travail de mémoire et l'exigence de vérité", a-t-il fait valoir.
Hubert Falco a dit avoir "la conviction" que la fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie était "l'outil indépendant dont nous avons besoin, ici comme de part et d'autre de la Méditerranée, pour parcourir ensemble ce chemin de mémoire".

Kouchner met en avant "le dialogue"


Bernard Kouchner, quant à lui, temporise. L'exécutif algérien "n'a aucunement pris position" sur la proposition de loi criminalisant le colonialisme français, renvoyée par le bureau de l'Assemblée algérienne à son auteur pour qu'il retravaille son texte, a dit mardi le chef de la diplomatie française.
"L'exécutif algérien n'a aucunement pris position sur cette proposition, son inscription à l'ordre du jour n'est donc pas certaine, car c'est le gouvernement algérien qui en a la maîtrise exclusive", a-t-il souligné devant l'Assemblée nationale.
"Aurait-il donc fallu que la France réagisse dès maintenant à un projet qui n'est encore qu'en phase de conception et qui ne fait l'objet d'aucun soutien de la part des Algériens ? Cela me semble prématuré", a ajouté le ministre, qui a une visite en Algérie sur son agenda pour ce début d'année 2010.
"Il faut traiter avec sérieux le problème du dialogue et de la mémoire", a-t-il dit, en rappelant l'intention de la France de créer une fondation sur la mémoire de la guerre d'Algérie, dont la mission sera "de collecter avec rigueur et objectivité tous les témoignages, sans rien occulter".
L'éventuelle mise en place "des tribunaux d'exception n'est pas acceptable", a aussi déclaré le patron des députés Nouveau centre, François Sauvadet, demandant "une clarification de la part du gouvernement algérien sur cette initiative".

125 signatures


Le parlement algérien envisage d'adopter une loi criminalisant le colonialisme français (1830-1962), a indiqué dimanche un député du Front de libération nationale (FLN).
"Nous envisageons de créer des tribunaux spéciaux pour juger les responsables de crimes coloniaux ou de les poursuivre devant les tribunaux internationaux", a souligné un député FLN, Moussa Abdi, précisant que la proposition de loi avait été signée par 125 députés de différents partis.
Amère ironie, cette proposition de loi est l'exacte opposée de la loi française du 23 février 2005 vantant "le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". Une disposition abrogée un an plus tard, condamnée par le président Bouteflika et qualifiée de "loi de la honte" par des parlementaires FLN.
Lors d'une visite en Algérie en décembre 2007, le président français Nicolas Sarkozy avait fermement dénoncé le système colonial "injuste par nature". Mais le chef d'Etat français refuse toute idée de "repentance", estimant qu'il s'agit d'une forme de "haine de soi" et de "dénigrement" de son pays.

(Nouvelobs.com)

Besson trébuche dans le tapis de prière : attention aux rafales perdues de kalachnikov !

schizo /par Nicolas Beau, Bakchich-Info, 9/2/2010
Éric Besson n’est pas à la noce. D’un côté, son débat sur l’identité nationale, dont le séminaire gouvernemental se tient aujourd’hui. De l’autre, il promet à sa future belle-famille de se convertir à l’islam…
Le chantre de l’identité nationale, Éric Besson, n’ est pas à la noce. En lançant son débat sur l’identité nationale, le ministre a provoqué de multiples dérapages anti-islam et anti-immigrés. D’après certains sondages, une moitié des Français, veut-on croire, pensent que la pratique de la religion musulmane est incompatible avec la vie en société. Diable ! Voici Besson en bien mauvaise posture, lui qui est tombé raide amoureux, cet été, d’une jeune étudiante tunisienne, Yasmine Tordjman. Et qui a promis à la belle famille de se convertir à l’islam. Tout cela fait un peu désordre.

(d)ébats franco-tunisiens

À Paris, le ministre déchaîne des flots de xénophobie ; à Tunis, l’amoureux transi se dit prêt à une conversion aussi soudaine qu’inattendue. À l’origine de cet imbroglio politico- sentimental, le producteur Tarek Ben Ammar. Neveu de Wassila Bourguiba, l’épouse de l’ex-président tunisien, cet homme de l’art, avait vu sa cote s’effondrer auprès de Ben Ali et de son épouse Leila lorsqu’il leur avait conseillé des placements à la Banque Medici à Vienne (Autriche). Laquelle plaça le magot chez le financier Madoff, dont la faillite fut retentissante. Pour se remettre en selle, Tarek Ben Ammar avait cru bon d’inviter Éric Besson, devenu provisoirement l’un des chouchous de l’Élysée, et l’avait sompteusement logé dans une villa du quartier Marsacube, à La Marsa.
C’est là, à la hauteur de la résidence de l’ambassadeur français, que la jet-set franco- tunisienne prend ses quartiers d’été. Hélas, les amours entre la jeune Yasmine et le bel Éric n’ont pas eu l’air de plaire à Nabila, la grand-mère de la petite et fille de Wassila Bourguiba. Avant Noël, Besson dut faire un voyage éclair en Tunisie, calmer grand-maman et s’engager à se convertir avant les noces en juin prochain. L’identité nationale, version Besson, tourne à la farce !
***

La mauvaise blague de Besson sur les journalistes

NOUVELOBS.COM | 09.02.2010 | 18:09

Invité sur RMC, le ministre de l'Immigration aurait lâché, hors antenne, "Sarkozy a raison: les médias il faut les passer à la kalachnikov", avant d'ajouter "je plaisante".

Eric Besson
Eric Besson

(Reuters)
Le ministre de l'Immigration et de l'identité nationale, Eric Besson, aurait évoqué, en "plaisantant", la possibilité de passer les médias "à la kalachnikov", rapporte mardi 9 janvier le rédacteur en chef de RMC, Christophe Jakubyszyn.
"Sarkozy a raison: les médias il faut les passer à la kalachnikov"", aurait déclaré Eric Besson dans les couloirs de la radio peu avant de passer dans l'émission de Jean-Jacques Bourdin dont il était l'invité. L'anecdote a été rapportée par Christophe Jakubyszyn sur son compte Twitter, et repérée par le site Le Post.

"Ca a jeté un froid"


"Sur l'écran de télé, on regardait la revue de presse de BFM, et il a lâché cette phrase en voyant les Unes des journaux", raconte une journaliste de la radio interrogée par Le Post. " Ça a jeté un froid. Un journaliste lui a demandé pourquoi il faisait référence à Sarkozy, c'est là qu'il a rajouté: je plaisante".
Contacté par Nouvelobs.com, le service de presse de ministère de l'Immigration n'avait pas encore fait connaître sa réaction mardi en fin d'après-midi. Christophe Jakubyszyn de son côté a depuis posté un nouveau message sur Twitter dans lequel le rédacteur en chef raconte avoir reçu "un coup de fil de Besson" qui lui aurait dit : "Humour! Dîtes si vous voulez que j'étais dans séquence délire et provocation!"
(Nouvelobs)

mardi 9 février 2010

Togo : Election présidentielle du 28 février 2010, une nouvelle mascarade en perspective

par Cedetim, Collectif de solidarité avec les luttes sociales et politiques en Afrique*, Mouvement de la paix, Peuples solidaires, Survie, 9 février 2010

Dans la perspective de l’élection présidentielle, les organisations signataires appellent l’Union européenne et la France à ne pas cautionner une élection qui ne serait pas démocratique et transparente et à prendre des mesures afin de prévenir toute dérive violente du régime en cas de contestations.

Depuis la mort, en 2005, du général Eyadéma resté 42 ans au pouvoir, les Togolais sont appelés aux urnes pour la deuxième fois. La précédente élection, en avril 2005, avait intronisé Faure Gnassingbé (fils du précédent), à l’issue d’un coup d’Etat électoral et d’une répression féroce, faisant selon l’ONU entre 400 et 500 morts et environ 40 000 réfugiés.

La signature, en août 2006, sous la pression de la communauté internationale, d’un Accord politique global (APG) avec les principales formations politiques, avait permis la reprise de la coopération de l’Union européenne, suspendue depuis 1992 pour « déficit démocratique ». Jusqu’ici, aucune des réformes préconisées par l’APG n’a vu le jour. En outre quasiment aucune mesure n’a été prise par le régime pour poursuivre les auteurs des crimes commis en 2005, à part la création en février 2009 d’une Commission vérité, justice et réconciliation qui pour le moment n’a pu travailler ni mener à bien sa mission.

C’est ce même régime qui organise aujourd’hui l’élection présidentielle. Or celui-ci met tout en œuvre afin que Faure Gnassingbé se maintienne au pouvoir. En effet, les conditions d’organisation du scrutin n’offrent manifestement pas toutes les garanties d’une élection démocratique et transparente avec :

- une Commission électorale (CENI) et une Cour constitutionnelle acquises au régime qui, pour des motifs fallacieux et sur ordre du régime, a écarté un des principaux concurrents à la magistrature suprême ;
- un scrutin uninominal majoritaire à un tour, à l’avantage de Faure Gnassingbé qui peut ainsi être élu sans bénéficier de la majorité des suffrages exprimés [1] ;
- une révision des listes électorales bâclée et un fichier électoral fortement contesté ;
- des achats de voix observés.

A cela s’ajoute une dérive autoritaire et sécuritaire du régime à l’approche du scrutin avec :

- une recrudescence des intimidations afin de créer un climat de peur au sein de la population ;
- la nomination du major Kouloum Bilizim à la tête de la milice des Groupes de réflexion et d’appui au parti RPT (GRAP) alors qu’il est cité dans plusieurs rapports comme instigateur et présumé auteur de nombreux actes de violences en 2005 [2] ;
- la nomination du Lieutenant-colonel de gendarmerie Yark Damehane à la tête de la Force Sécurité Election présidentielle 2010 (FOSEP) alors que, selon un témoignage, cet officier “ a dirigé les séances de torture au cours des interrogatoires [pendant la répression de 2005] [3].

L’UE, principal financeur de l’élection dans le cadre d’un “ Projet d’Appui aux Processus Électoraux ” (PAPE), porte une grande responsabilité dans l’organisation et la supervision de celle-ci mais aussi dans les risques de dérive sécuritaire. En effet c’est également elle qui finance le volet « sécurisation de l’élection », mis en œuvre par l’Agence Française de Développement (AFD). En formant et en organisant l’équipement de la FOSEP, la France, indéfectible soutien politique et policier de la dictature Eyadéma depuis plus de 40 ans, conforte quant à elle une position pour le moins trouble.

Les organisations signataires appellent donc l’UE :

- à prendre les mesures nécessaires auprès des autorités togolaises afin de garantir une élection libre, démocratique et transparente, et en cas contraire de suspendre sa coopération ;
- à renforcer les moyens du contingent des 130 observateurs afin d’assurer une observation crédible des 6 000 bureaux de vote ;
- à exiger la révocation du major Kouloum Bilizim et du Lieutenant-colonel Yark Damehane.

En outre, les organisations signataires exigent des autorités françaises :

- qu’elles s’impliquent véritablement dans l’organisation d’une présidentielle démocratique et transparente, et non pas seulement dans sa supervision et sa “ sécurisation ” ;
- qu’elles suspendent toute coopération, bilatérale et multilatérale dans le cadre du PAPE, avec les organes de police et de gendarmerie (notamment la FOSEP) dès lors qu’ils seraient manifestement impliqués dans des violations des droits de l’Homme ;
- qu’elles dénoncent et condamnent toute dérive violente du régime, si tel était le cas.

L’élection présidentielle togolaise constitue une occasion pour les autorités françaises de rompre avec une politique de validation d’élections frauduleuses ou de prise de pouvoir anti-démocratique comme elles l’ont fait durant l’année 2009 avec le coup d’État à Madagascar, l’élection d’un putschiste en Mauritanie, l’élection présidentielle truquée au Congo Brazzaville, le coup d’État électoral au Gabon ou encore le coup d’État constitutionnel au Niger.

Cette année 2010, durant laquelle les autorités françaises entendent achever la rénovation des relations entre la France et l’Afrique, ne peut s’ouvrir sur une nouvelle validation d’un coup d’État électoral au Togo.

Contact presse : Survie : Stéphanie Dubois de Prisque. Tél : 01 44 61 03 25. stephanieduboisdeprisque(a)survie.org

* Collectif regroupant Assez de coup d’Etat, Afrique en luttes (NPA), Cédétim, Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD), Les Verts, Survie, Union des Populations du Cameroun (UPC)].

[1] Bien qu’accepté par les forces politiques d’opposition, ce mode de scrutin est contraire aux dispositions de l’accord politique global du 20 août 2006.

[2] Rapports de l’ONU, de la FIDH, de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH).

[3] Rapport de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) présenté au Comité contre la torture des Nations unies en mai 2005
Lire aussi
Togo : Présidentielle du 28 février 2010 : un œil sur la France, par
Comi Toulabor, Billets d'Afrique, février 2010

Profanation du chantier de la mosquée de Saint-Étienne

Saint- Étienne :  le spectre immonde du racisme plane sur la mosquée 
Par Driss Elkherchi, président ATMF, 9/2/2010

C'est avec révolte et répulsion que l'association des travailleurs maghrébins de France a appris la profanation du chantier de la mosquée de Saint-Étienne.
Les murs de la mosquée, encore en construction, ont été estampillés de propos xénophobes et islamophobes infâmes « pas d'arabes » « on vous aura musulmans ». Une pratique abjecte dont les adeptes s'en prennent aux lieux de culte musulmans, comme en décembre dernier contre la mosquée de Castre.
Le climat délétère général s'y prête, le débat sur « l'identité nationale » a permis de donner libre cours à l'expression du rejet et du mépris d'une population coupable d'être d'origine immigrée et /ou de confession musulmane.
L'ATMF condamne avec la plus grande fermeté cet acte hideux.
L'ATMF exige que tout soit mis en œuvre pour retrouver et juger les coupables
L'ATMF met en garde contre les conséquences néfastes des propos, tenus notamment par certains ministres, dans la prolifération de la haine et de la xénophobie

Association des travailleurs maghrébins de France
10 rue Affre. 75018. Paris
Tel : 01 42 55 91 88/ Fax 01 42 52 60 61

Remise des aides du CRM aux victimes des intempéries à Al Hoceima

8/2/2010, Targuist (Al Hoceima) - Le Croissant Rouge marocain (CRM) a remis des aides à 22 familles victimes des intempéries survenues récemment au douar Attil Soufla dans la municipalité de Targuist (province d'Al Hoceima).
Le bureau provincial du CRM à Al Hoceima a ainsi procédé à la distribution de denrées alimentaires au profit des populations sinistrées sous forme de 550 kg de farine, 220 kg de thé et 110 litres d'huile de table, de couvertures, de vêtements et de matelas.
Dans une déclaration à la MAP, le président provincial du CRM à Al Hoceima, Mohamed Talhaoui a indiqué que cette action sociale s'inscrit dans le cadre des aides humanitaires octroyées par l'organisation aux habitants victimes des pluies diluviennes et des fortes chutes de neige qu'a connues récemment la province d'Al Hoceima.
Le CRM a mobilisé tous les moyens matériels et humains nécessaires, en coordination avec les autorités locales des zones affectées, pour l'acheminement de ces aides, a-t-il souligné.
De son côté, le président de la commune rurale de Beni Ahmed Imougzen, Ahmed Al Mansouri a salué cette initiative visant à soutenir les habitants sinistrés suite aux pluies diluviennes qui ont causé d'importants dégâts matériels dans plusieurs douars et certains établissements scolaires.
La région d'Al-Hoceima a connu, récemment, des chutes de neiges et de fortes précipitations qui ont causé d'importants dégâts matériels et perturbé la marche normale des études dans les communes de Beni Oueryaghel, Targhist, Beni Boufrah.

L'ATMF solidaire avec les diplômés chômeurs en grève de la faim à Taroudant

Par l'ATMF, 8/2/2010
Les militants de l'ANDCM, Association nationale des diplômés chômeurs au Maroc, section Taroudant sont en grève de la faim depuis le 11 janvier 2010, pour exiger le droit au travail et le respect de l'accord de négociation conclu avec les autorités locales le 9 novembre 2009.
Les militants avaient observé une première grève de la faim de 23 jours du 19 octobre au 10 novembre 2009.
Les grévistes dont l'état de santé est sérieusement mis en péril, dénoncent également la corruption pratiquée par les agents de l'état dans l'embauche.
Comme l'indifférence des autorités ne suffisait pas, ces dernières ont aussi réprimé une marche pacifique organisée le dimanche 07 février 2010, en soutien aux grévistes, plusieurs manifestants ont été arrêtés.
L'association des travailleurs maghrébins de France tient à exprimer son soutien absolu aux grévistes, qui luttent au risque de leur vie pour le droit au travail.
L'ATMF tient pour responsables les autorités marocaines tant au niveau local que national, pour le danger auquel la santé des grévistes est exposée.
L'ATMF dénonce la réponse répressive aux mouvements citoyens et leurs soutiens, qui militent pour des droits élémentaires et contre le clientélisme qui gangrène le processus d'embauche.
L'ATMF exige des autorités le respect de l'accord de négociation conclu avec l'ANDCM
association des travailleurs maghrébins de France
10 rue Affre. 75018. Paris
Tel : 01 42 55 91 88/ Fax 01 42 52 60 61
national@atmf.org / www.atmf.org

ANDCM, militants à haut risque !

Photo de la semaine
Par Ali Fkir, 9/2/2010


Photo prise le jeudi 5 février 2010 : un militant de l'ANDCM d'Aït Ali ou Youssef (El Hoceima) poursuivi par une armada...

Maroc, meilleure connexion Internet d’Afrique

par Yann Ngomo, Yabiladi.com, 8/2/2010 
La société américaine Akamai, spécialisée dans la gestion de réseau internet, a récemment publié un rapport sur l’état des lieux de l’Internet dans le monde, durant le 3e trimestre 2009. Selon ledit rapport, le Maroc arriverait en tête des meilleures connexions du continent.Le Royaume disposerait ainsi de la connexion la plus rapide d’Afrique. Rabat arrive en tête du classement par ville, avec une vitesse de connexion de 3251 kilobits/secondes (Kbps). Suivent Tunis (2211 Kbps), et Casablanca (2030 Kbps). Il s’avère cependant que la première classe sur le plan africain, reste insuffisante pour s’imposer au niveau mondial. A titre d’exemple, les Etats-Unis, (18e mondial) disposent d’une vitesse 10 fois supérieure à la nôtre (33464 Kbps). La palme d’or revient à la Corée du Sud (14.6 Mégabits/seconde).
D’un autre point de vue, le Maroc bénéficierait en plus du meilleur taux de pénétration du haut débit (à partir de 5 Mbps). Rabat arrive en tête avec 26%, suivi par Casablanca (7.3%). La ville de Midrand (Afrique du Sud) complète le podium. Malgré ces statistiques, le Maroc reste encore loin derrière certains leaders et notamment les Etats-Unis qui présentent un taux de 92%.
Même pour ce qui est des connexions à débit moyen (à partir de 2 Mbps), le Maroc présente là encore les meilleurs taux de pénétration. Rabat arrive en tête avec 61%, suivi de Tunis (48%), puis de Casablanca (33%). Avec des taux à 99% les Etats-Unis et certains pays européens sont loin devant.
Le rapport, basé sur des informations collectées à partir du réseau mondial des serveurs d’Akamai, concernait également les attaques de trafic sur la toile. L’étude a retracé ces attaques en provenance de 207 pays à travers le monde. Fait étonnant souligné par le rapport, les Etats-Unis et la Chine, jusqu’à présent grands pourvoyeurs de pirates, ont été déclassés par la Russie et le Brésil.

Avortement : la femme marocaine a-t-elle le droit de décider ?

par Leila Zerrour, Aujourd'hui Le Maroc, 5/2/2010
L’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin tiendra un congrès national les 23 et 24 avril 2010 à la Bibliothèque nationale. Près de 800 avortements clandestins sont pratiqués au Maroc chaque jour.
«Chaque jour, près de 800 avortements clandestins sont pratiqués au Maroc dont 600 médicalisés et 200 non médicalisés», déclare à ALM Pr Chafik Chraïbi, président de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC). Devant ce constat alarmant, un congrès national sur l’avortement, le premier du genre, se tiendra les 23 et 24 avril 2010 à la Bibliothèque nationale. «Cette manifestation devait se tenir au mois de mars, mais nous avons finalement décidé de la reporter au mois d’avril. Il est vrai qu’il y a un problème au niveau des sponsors mais je suis prêt à tout débourser de ma poche pour que ce cette rencontre ait lieu», affirme Pr Chraïbi. «J’ai entamé plusieurs démarches auprès du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) au Maroc dans la mesure où l’avortement figure dans le cadre de leur stratégie de maternité sans risque. Cet organisme m’a alors orienté vers le ministère de la Santé qui bénéficie du budget alloué par le FNUAP à ce sujet. J’ai envoyé plusieurs lettres au ministère de la Santé mais sans réponse. Le Dr Abderrahim Harouchi a récemment contacté la ministre de la Santé,Yasmina Baddou, qui a donné son accord pour sponsoriser ce congrès. Mais pour ne rien vous cacher, je n’ai toujours pas eu de confirmation officielle», souligne le président de l’AMLAC. Ce congrès réunira politiciens, religieux et acteurs de la société civile pour mieux comprendre le phénomène et dégager une politique consensuelle. Lors de cette manifestation, qui réunira 400 personnes, la première journée sera consacrée à la prévention des grossesses non désirées où seront débattues plusieurs thématiques notamment l’éducation sexuelle, les méthodes de contraception et la contraception d’urgence.

L’AMLAC souhaite inciter le ministère de l’Éducation nationale à introduire des cours de relations sexuelles dans les écoles. Quant à la deuxième journée, celle-ci sera axée sur les conséquences des grossesses non désirées où seront analysés les aspects médico-sociaux, juridiques et religieux. «Les recommandations issues de ce congrès seront adressées aux parties concernées, à savoir le ministère des Habous et des Affaires islamiques, le Parlement, le ministère de la Santé ainsi que le Cabinet royal», précise Pr Chraïbi. L’AMLAC plaide pour une légalisation de l’avortement dans des cas bien précis : viol, inceste, malformations fœtales, filles mineures, femmes âgées de plus de 45 ans, pathologies psychiatriques, grossesse mettant en jeu la vie ou la santé de la mère, vulnérabilité sociale, échec ou absence de contraception (couple en mariage ou hors mariage) ainsi que dans certaines situations sociales dramatiques (une domestique qui a été abusée sexuellement…). Force est de constater que la législation actuelle ne permet pas de pratiquer un avortement dans  de telles situations.


Devant un dispositif législatif très restrictif, le Pr Chraïbi appelle à un assouplissement de la loi notamment l’article 453 du code pénal qui n’autorise l’avortement qu’en cas de pathologies maternelles graves, pouvant mettre en danger la vie de la mère. «Cet assouplissement de la loi aura des conséquences importantes : meilleures conditions sanitaires qui engendreront une réduction de la mortalité maternelle, travail dans un cadre légal, transparence vis-à-vis du monde», relève Pr Chraïbi. Ce dernier revendique la mise en place d’un projet de loi autorisant l’avortement dans les cas mentionnés ci-dessus. Outre un allégement de la législation, le Pr Chraïbi préconise plusieurs solutions. «Il faut accorder une place importante à la prévention à travers l’éducation sexuelle, la promotion des méthodes de contraception efficaces, interpeller les responsables politiques et les leaders d’opinion et mettre en place un comité d’éthique». «En Tunisie, l’avortement a été libéralisé depuis 1970. Grâce à cette mesure, il y a dix fois moins d’avortements qu’au Maroc», conclut-il.


Ce que dit la loi
L’article 449 du code pénal punit de 1 à 5 ans de prison et d’une amende de 200 à 500 DH quiconque par aliments, breuvage, médicaments, manœuvres, violences ou par tout autre moyen, a provoqué ou a tenté de provoquer l’avortement d’une femme enceinte, qu’elle y ait consenti ou non. Pour l’art. 453, l’avortement n’est pas puni quand il vise à sauvegarder la vie de la mère à condition qu’il y est consentement du conjoint. En l’absence de ce consentement, il faut avoir celui du médecin-chef de la préfecture et en cas d’urgence, il suffit que ce dernier soit seulement avisé. L’article 454 punit de 6 mois à 2 ans de prison toute femme qui s’est livrée à l’avortement. Quant à l’article 455, celui-ci punit l’avorteur de deux mois à deux ans, même si l’acte n’a pas abouti. Et des mêmes peines, le vendeur des produits avortant et les complices d’avortement.


Les Belgo-Marocains, une communauté sous influence ?

Le royaume du Maroc exerce-t-il toujours sur les citoyens marocains de Belgique une influence sournoise ? Tente-t-il de les contrôler ? Enquête de Baudouin Loos, Le Soir, Belgique, Samedi 6 février 2010
Le « makhzen » – comme on appelle les institutions pyramidales marocaines depuis le roi jusqu’au plus petit fonctionnaire – exerce-t-il encore une influence sournoise et redoutable sur la communauté marocaine de Belgique comme ce fut longtemps la règle ? Plongée dans un monde où le non-dit doit souvent encore être dit. Combien sont-ils ces Marocains de Belgique – dont une majorité possède la double nationalité ? Les chiffres se révèlent peu précis.
Les sources varient entre 200.000 et… 400.000. Ils pèsent un poids considérable, de toute façon. Les grosses vagues d’immigration se situèrent entre 1964 et 1974. La grande majorité des Marocains venaient du nord du pays, du Rif déshérité. Le royaume alors cher à Hassan II va chercher à exercer un certain contrôle sur cette population. Ce fut d’abord le temps des « amicales ». « C’étaient des sortes d’associations à la solde du régime, composées le plus souvent d’ouvriers analphabètes, encadrés par des gens qui écrivaient des rapports. On y dénonçait surtout les gauchistes » : le journaliste sexagénaire Ahmed Oubari, arrivé en Belgique à 20 ans de Casablanca en 1965, se souvient bien de cette époque. « L’ennemi des progressistes comme moi, c’étaient ces amicales, mais aussi les mosquées et les fonctionnaires marocains de la Banque populaire ou de la RAM » (la compagnie aérienne). Mais les amicales ont beaucoup perdu de leur lustre. « Les amicales, c’est fini, estime même l’économiste Mohamed Battiui, 48 ans, arrivé chez nous en 1984 de Nador après avoir été torturé pour activités syndicales à l’université et qui n’est jamais retourné au pays.
Elles en étaient arrivées à même être critiquées par les éléments modernes du makhzen. Il faut dire qu’elles avaient volontiers recouru à la violence pour saboter des colloques, des conférences. » Pour remplacer les « amicalistes » déchus, le régime a notamment inventé à la fin des années 80 la Fondation Hassan II, chargée d’organiser des activités sociales et culturelles pour les communautés marocaines à l’étranger. « Vous comprenez, explique Fouad Mejlaoui, son représentant, le Maroc entrait dans une phase d’ouverture alors que les amicales n’entendaient guère s’adapter. Parmi elles, c’est vrai, certains avaient abusé de la situation, par exemple pour grappiller des passe-droits. » Mais il n’y a pas que la Fondation Hassan II. « Le makhzen s’est tourné vers les élus dans les instances belges qui avaient comme terreau électoral la communauté marocaine, reprend Mohamed Battiui. Il a domestiqué les élites politiques issues de l’immigration marocaine.
Quasi tous les élus sont loyaux au makhzen. C’est dangereux car ils font passer le régime marocain comme fréquentable, or il n’a pas changé. » Une opinion tranchée. Que tout le monde, certes, ne partage pas. L’immigration a produit au plat pays un nombre important d’élus, favorisés par le système électoral proportionnel. Ainsi, à la Région bruxelloise, sur 89 députés, 24 sont d’origine non européenne (et 14 d’origine marocaine). Le PS possède de loin le plus d’élus, mais le MR entretient de bonnes relations avec le Maroc comme en atteste une proposition de résolution, en 2007, qui appuyait la position marocaine sur le Sahara occidental.
L’éventuelle loyauté au makhzen d’élus belges, qui supposerait une double allégeance, voire le primat de l’allégeance marocaine, fait grincer des dents. Tout en étant contestée. « A ma connaissance aucun élu d’origine étrangère n’a jamais crié “België barst !” (Belgique crève !), s’exclamait sur le site wafin.be il y a juste un an Rachid Madrane, ex-député régional PS et échevin à Etterbeek. Les extrémistes séparatistes flamands ont-ils également une double allégeance ? Leur a-t-on d’ailleurs jamais posé cette question ? Tout ceci ne vise qu’à jeter la suspicion et le discrédit sur une minorité d’élus. (…) » La députée bruxelloise SP.A Yamila Idrissi réfute également les accusations de double allégeance.
Dans son cas, certains critiquaient son appartenance depuis 2008 au Conseil de la communauté marocaine de l’étranger (CCME) créé à Rabat le 7 février cette année-là. « Il n’y a aucune incompatibilité. Au Conseil, je ne fais que donner des simples avis sur des sujets liés à l’identité ou à la culture. Il s’agit d’un mandat de trois ans et je ne perçois aucune rémunération », disait-elle en 2009 sur le blog parlemento.com. Mais là où l’élue ne voyait « aucun conflit d’intérêts », des esprits chagrins pointaient les statuts du CCME, comme l’article 9 qui précise que « les membres du Conseil doivent assumer les fonctions qui leur sont dévolues avec fidélité, impartialité et dévouement pour la défense des intérêts suprêmes de la Nation ». La nation marocaine, s’entend… Un observateur attentif de la scène politique issu de l’immigration saute sur l’exemple : « C’est en raison de ce genre d’ambiguïté qu’il existe en Belgique une méfiance générale vis-à-vis des Marocains et d’ailleurs aussi des Turcs : veulent-ils infiltrer la police ? Qui succombe à la tentation ? Qui est approché ? Qui est retourné ? Ces questions se posent. » Et d’évoquer entre autres des invitations suspectes au Maroc dont les élus d’origine marocaine feraient l’objet. En 2000, en tout cas, un groupe d’élus issus de l’immigration avait accepté un tel voyage au pays.
Dans la presse marocaine d’alors, les choses apparaissaient clairement : « Les membres de la délégation, lisait-on dans l’officiel Matin du Sahara du 9 avril, ont exprimé, de leur côté, leur volonté d’apporter leur soutien s’agissant de la défense des intérêts du Maroc auprès des instances européennes (…).
La délégation comprend sept parlementaires et conseillers communaux belges d’origine marocaine (…). » Un élu qui possède la double nationalité mais qui ne risque pas de se retrouver dans pareille équipée s’appelle Fouad Lahssaini. Pour ce député national Ecolo, « il est dommage que beaucoup d’élus issus de l’immigration n’ont pas envers l’avenir du Maroc une position consistant à promouvoir la démocratie et une économie saine, car le makhzen, relais du conservatisme et du chauvinisme au Maroc, paralyse le développement et la vision des Lumières. Or les Marocains ici ou là-bas n’attendent que cela : la démocratie et la transparence ».
Fatiha Saïdi, députée bruxelloise PS (ex-Ecolo), jouit aussi d’une réputation irréprochable. Ce qui ne l’empêche pas de nuancer : « Sincèrement, il y a clairement un changement depuis dix ans, même si tout le monde ne partage pas mon avis. Je ne ressens aucune pression des autorités marocaines. Et pourtant je m’exprime sur des questions sensibles, j’ai par exemple signé le manifeste pour les libertés individuelles après la répression contre un groupe d’homosexuels. » Mais pour la socialiste, le danger de passer pour une « cinquième colonne » existe : « J’ai toujours tenu le cap, même quand je suis invitée au Maroc, où je préviens que j’y vais comme représentante du peuple belge.
Il faut garder le minaret au milieu du village ! C’est important, car il est facile de tomber de l’autre côté de la barrière si on n’a pas un bon centre de gravité, et alors on risque de devenir plus marocain que le roi ! » A quoi un Belgo-Marocain « qui veut juste assumer ses origines » répond : « A gauche, on accuse vite d’être “agent du makhzen” celui qui ne multiplie pas les critiques contre l’Etat marocain… » Si des tentatives d’influence peuvent émerger à travers les élus, la communauté marocaine de Belgique, ou une partie d’entre elle, semble par ailleurs rester sous la coupe d’une crainte immanente, celle de la « main invisible » du makhzen, qui la menacerait en permanence. « A côté des interventions et de l’influence de l’ambassade et du consulat, la peur reste dans les esprits, atteste ce journaliste tout juste quadragénaire et doctorant à l’ULB : On a presque tous peur d’avoir des ennuis quand on rentre au Maroc, voire d’être harcelés ou même emprisonnés, même s’il n’y a plus de pressions directes. Les peurs sont restées, surtout ici, plus qu’au Maroc où la population sait que les choses ont évolué. » « L’ambiance générale reste un peu crispée, confirme Nordine Saïdi, 32 ans, éducateur et militant pour l’autodétermination des peuples. Il y a des critiques dont il convient toujours de s’abstenir.
Alors que j’assistais à une réunion de famille chez des amis, un groupe d’hommes évoquait avec passion tout ce qui ne tournait pas rond au Maroc ; quand je leur ai demandé pourquoi ils ne liaient pas cela à la mauvaise gouvernance au Maroc, le silence s’est fait, leur regard en disait long : pas agressif mais gêné… » Parmi les éléments qui génèrent les peurs, diffuses mais bien réelles, on ne manquera pas de relever l’activité des services secrets marocains en Belgique.
En cause, surtout, les activités de renseignement qui concernent les islamistes radicaux. Les « services » belges et marocains travaillent le plus souvent en bonne harmonie, mais une grosse crise avait éclaté en 2008 quand trois agents du DGED (service marocain d’espionnage) ont indisposé les Belges pour leur « ingérence » et autres « activités hostiles », selon les dires mêmes du chef de la Sûreté belge, Alain Winants, qui avait exigé le rappel de ces hommes au Maroc. La DGED aurait, depuis lors, fermé sa représentation officielle à Bruxelles (1). Tout cela n’a pas empêché l’ambassadeur marocain à Bruxelles, Samir Addahre (qui a poliment refusé de répondre à nos questions), de choisir en septembre dernier Le Vif/L’Express pour dire que des « poseurs de bombes » étaient venus de Belgique, où « l’intégrisme a pris pied », et pour suggérer tout simplement que, « dans le cadre d’une action concertée, le Maroc encadre la communauté marocaine de Belgique, en conformité avec les valeurs de tolérance et d’ouverture que nos deux pays partagent ».
Le renseignement n’est pas toujours professionnel. De simples citoyens belgo-marocains peuvent à l’occasion jouer aux indicateurs, ce qui entretient du reste la phobie ambiante. « Le régime a toujours ses relais, commente notre confrère Ahmed Oubari.D’ailleurs, beaucoup de Marocains sont volontaires, ils veulent être bien vus pour différentes raisons : par patriotisme, pour les honneurs, des intérêts commerciaux ou même de petits trafics à protéger. Tout n’est pas honteux ou illégal : on peut être pro-Maroc sans être un vrai espion. » Et on peut notamment épouser les grandes causes nationales, comme celle du Sahara occidental (cet immense territoire occupé par le Maroc depuis 1975 et revendiqué par le Front Polisario, un mouvement indépendantiste) : « En 2008, j’ai été invité à une conférence pour parler de la position belge sur le Sahara occidental, témoigne le député Fouad Lahssaini ; 90 % du public était composé de perturbateurs qui chahutaient, qui filmaient les gens pour mettre ça sur internet ; j’ai été traité de traître, plus tard j’ai même reçu des menaces de mort. » Comme au bon vieux temps des amicales qu’on croyait obsolètes…
(1) Le rapport 2008 de la Sûreté belge, évoquant le Maroc à demi-mots, signalait que le travail de lobbying pouvait signifier « pousser une communauté à défendre les intérêts de son pays d’origine, parfois au détriment de ceux de son pays d’accueil, l’idée étant de rappeler qu’une communauté doit avant tout allégeance à son pays ».

« Les services marocains m’ont fait miroiter une vie à l’abri du besoin »

ENTRETIEN
Nous avons rencontré Malika Es-saïdi, 42 ans, journaliste et réalisatrice. Un parcours édifiant qui illustre parfaitement notre propos.
Quel est votre parcours en tant que « Belgo-Marocaine » ?
Ma famille vit en Belgique depuis 1971. Après des études en philologie et histoire orientales à l’ULB, le Commissariat général aux relations internationales de la Communauté française (CGRI) m’a octroyé une bourse pour l’Université de Rabat. Pour découvrir le Maroc, j’y ai écrit dans la presse francophone locale puis pour un hebdo français. De retour en Belgique, après une parenthèse très instructive comme attachée de presse à l’ambassade du Maroc à Bruxelles, j’ai repris la plume comme indépendante (Le Soir, TelQuel, Journal du Mardi), avant de me lancer dans l’audiovisuel (primée au Festival Filmer à tout prix en 2000). J’ai ensuite travaillé pour des magazines de la RTBF comme l’Hebdo ou Actuel à côté de mes projets documentaires.
Avez-vous personnellement eu affaire à des agents marocains ? Vous ont-ils fait des propositions, des menaces ?
Ma première rencontre avec les services de sécurité marocains date de 1996. J’étais correspondante de Jeune Afrique qui reparaissait après une interdiction. A la suite de ma demande d’accréditation, j’ai été convoquée dans un commissariat où j’ai eu droit à des questions du style : « Avez-vous déjà participé à des manifestations contre votre pays en Belgique ? » Bien sûr, le but de cet interrogatoire n’était pas d’obtenir des informations qu’ils possédaient déjà mais de me faire comprendre que comme je m’adresserais à l’étranger, je serais surveillée.
Mais avez-vous été approchée afin de travailler pour les « services » marocains en Belgique ?
Oui. Mais c’était plus tard en 2000 après mon expérience à l’ambassade du Maroc, où j’avais pourtant, non sans difficultés, organisé, par exemple, un voyage pour la presse belge qui a pu rencontrer d’anciens opposants. C’était dans le cadre d’une politique d’ouverture liée à l’accession du parti socialiste marocain, l’USFP, au gouvernement. J’ai dû quand même aller trop loin car on m’a finalement montré la porte. De retour à la presse écrite, j’avais proposé au Soir un papier sur la situation socio-politique au Maroc. Arrivée à Rabat, j’ai rencontré, pour une interview, Nadia Yassine, la fille du leader islamiste d’Al Adl Wal Ihsane assigné à résidence. Sortant d’un taxi dans le quartier populaire où je logeais chez une amie est apparu un homme en costume trois pièces. Il me tendit son GSM en disant que « quelqu’un » voulait me parler. C’était Hamidou Laânigri, patron de la DST (Direction de la surveillance du territoire). Il me convoqua poliment mais fermement en ses bureaux. J’ai pris le parti de l’humour en exigeant un hélicoptère. Je suggérais un rendez-vous dans l’après-midi pour me laisser le temps de prévenir mon amie. Malgré ses inquiétudes, la curiosité chez moi l’a emporté. J’eus droit à une voiture banalisée et à un chauffeur silencieux jusque dans le bureau somptueux du colonel Laânigri. L’accueil chaleureux et le thé à la menthe devaient me faire oublier le « détournement » dont je faisais l’objet. Droit au but, il m’a proposé de travailler comme agent de renseignement et d’infiltrer les milieux islamistes en Belgique.
Vous a-t-il proposé une rémunération ?
Il m’a tout simplement dit que si j’acceptais, je serais à l’abri du besoin. J’ai répondu que je tenais trop à ma liberté pour ça. Il m’a laissé partir en se disant peut-être que je pourrais revenir sur ce refus. Ça n’a évidemment pas été le cas, et ce sans conséquences apparentes. Ce qui prouve que le Maroc commençait à changer à l’époque...

En savoir plus :
Un rapport de la Fondation Roi Baudoin
Belgo-Marocains des deux rives
Étude quantitative et qualitative visant à mieux connaître les communautés marocaines vivant en Belgique (2009), 148 p. ; A4 ; gratuit ; ISBN 978-2-87212-598-2
Une identité multiple en évolution

Contenu
Une étude quantitative et qualitative pour mieux connaître les communautés marocaines vivant en Belgique.
Sur le modèle du rapport 'Belgo-Turcs', publié en 2008, ce rapport se base sur les résultats d'un sondage réalisé auprès de 400 Belgo-Marocains vivant en Belgique, ainsi que sur les résultats de focus-groups et interviews.
Il examine les liens des Belgo-Marocains avec la Belgique et le Maroc :  leur identité et intégration, leur degré de confiance dans les institutions, leur comportement notamment par rapport aux médias, l'évolution de la cellule familiale...
Auteurs
Abdallah Saaf, Bouchra Sidi Hida et Ahmed Aghbal - Centre d'Etudes et de Recherches en Sciences Sociales, Université de Rabat (Maroc)