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jeudi 26 janvier 2017

Les accusés du procès Monjib de nouveau devant la justice


25.01.2017
Par Issam Yadari
aic-press-3-8 A l’occasion de la tenue d’une nouvelle audience du procès (la 6ème) de Maati Monjib, Rachid Tarik, Samad Ayach, Hicham Mansouri, Maria Moukrim, Hicham Khribchi et Mohamed Essabr, ce mercredi 25 janvier 2017 devant le tribunal de première instance de Rabat, en présence d’observateurs internationaux, le Comité national de Soutien à Maâti Monjib et aux Six Autres Activistes des Droits humains, a organisé une conférence de presse au Club des Avocats à Rabat. 

L’historien Maâti Monjib y a notamment fustigé l’instrumentalisation de son dossier par certains médias qui l’accusent comme Le360 de détournement de fonds. Hors du Maroc, Samad Ayach (Ait Aicha) et Hicham Mansouri conviaient au même moment une réunion à Dijon avec projection d’un court-docu intitulé « Les nouvelles techniques de répression au Maroc ». 

mercredi 22 juillet 2015

Après sa grève de la faim, Wafaa Charaf changée de prison


Après sa grève de la faim, Wafaa Charaf changée de prison
La militante Wafaa Charaf. Crédit: DR
 

La militante Wafaa Charaf a récemment dénoncé ses conditions de détention dans la prison de Tanger. Elle vient d’être transférée dans celle de Larache.

Le 8 juillet, Wafaa Charaf a entamé une grève de la faim préventive de 48 heures et a dénoncé ses conditions de détention dans la prison de Tanger dans une lettre ouverte publiée par le quotidien français L’Humanité. Représailles, simple réponse ou bien hasard, la jeune femme vient d’être transférée dans la prison de Larache, révèle le même journal citant le parti de la Voie démocratique qui se serait entretenu avec la famille de Wafaa Charaf.
Pour la jeunesse du parti, il ne fait aucun doute qu’il s’agit de représailles étant donné que la famille de la détenue se trouve à Tanger : « Il semblerait que le directeur de la misérable prison de Tanger ait tenu sa promesse revancharde ». Dans sa lettre ouverte, Wafaa Charaf avait entre autres accusé le directeur d’agressions et d’insultes à l’encontre des détenus. D’après la même source, la section tangéroise de l’Association marocaine des droits humains, dont la jeune femme est membre, se serait vue refuser une visite de la détenue par l’administration pénitentiaire.
Wafaa Charaf a été condamnée à deux ans de réclusion pour mensonges et diffamation. La jeune fille de 26 ans affirme avoir été kidnappée par deux inconnus alors qu’elle rentrait d’une manifestation de soutien à des travailleurs de Tanger. Ils lui auraient bandé les yeux et l’auraient entraînée dans un véhicule, avant de la passer à tabac et de la menacer de disparition.
La jeune femme est notamment soutenue par Amnesty international, qui a lancé une pétition demandant sa libération. Une campagne de soutien dénoncée par le ministre de la Justice qui estime qu’elle « s’inscrit dans le cadre de l’orientation générale de l’organisation à savoir livrer une image négative de la situation des droits de l’Homme dans le Royaume ».
Lire aussi : Le Maroc mène-t-il vraiment une « politique systématique » contre la torture ?
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samedi 5 octobre 2013

Communiqué de la défense d'Ali Anouzla

Communiqué de la défense d'Ali Anouzla


Ali Anouzla


La défense d'Ali Anouzla réagi suite à la publication ce vendredi par un quotidien de l'USFP d'informations selon lesquelles des «documents secrets» auraient été retrouvés chez Ali Anouzla et pourraient valoir au journaliste un procès devant un tribunal militaire pour atteinte à la sécurité de l'Etat.

Communication des avocats de la défense M. Ali Anouzla :

Alerte contre la fabrication de fausses vérités en vue de manipuler l'opinion publique
M. Ali Anouzla est actuellement détenu au sein de la prison de Salé 2, poursuivi pour apologie de terrorisme et d'assistance au terrorisme, après la publication d'un lien sur le journal numérique arabophone Lakome.com dont il est le directeur. Il est clair qu'il est détenu et poursuivi pour avoir fait son travail de journaliste, qui consiste à diffuser l'information, au service du droit à l'opinion et à l'expression.
Depuis son arrestation, les tenants de la fausse propagande s'évertuent, à travers leurs médias, à publier des diffamations qui portent atteinte à sa dignité et à son intégrité, au point de laisser entendre son probable jugement par un tribunal militaire, pour cause de possession de documents secrets de nature sécuritaire.
Les avocats de la défense confirment à l'opinion publique nationale et internationale que conformément à tous les standards internationaux, M. Ali Anouzla est un détenu d'opinion, que les chefs d'accusation portés contre lui lors de l'enquête préliminaire sont relatives à ce qui a été qualifié d'« apologie et assistance au terrorisme », accusations qu'Ali Anouzla a rejeté complètement en refusant de signer le procès-verbal de cette enquête préliminaire. 
De plus, l'enquête détaillée n'a pas encore démarré. Les avocats n'ont pas pu, à ce jour, avoir accès aux documents du dossier remis au juge d'instruction, hormis les procès verbaux des interrogatoires de l'enquête préliminaire.

La défense considère que la diffusion de rumeurs concernant l'éventualité que M. Anouzla soit déféré devant la juridiction militaire sur fond d'accusations graves, n'est qu'une partie d'une manigance globale qui vise à liquider M. Anouzla sur les plans professionnel, médiatique et celui des droits humains, et dont les auteurs cherchent à manipuler l'opinion publique, en réaction à l'immense indignation mondiale soulevée par son arrestation et son inculpation, et à la solidarité nationale et internationale grâce à laquelle ont été mis en évidence les motivations politiques de ce dossier mal ficelé. M. Anouzla et sa défense demeurent toutefois prêts à toutes les éventualités, et feront face avec toute la vigueur requise aux stratagèmes qui cherchent à salir son honneur en évoquant des accusations lourdes et en utilisant les plus vils moyens.
Face à cette situation, la défense met en garde toutes les parties qui violent la présomption d'innocence de M. Anouzla, qui manipulent les médias, falsifient les faits ou organisent des fuites d'éléments du dossier (dont le caractère confidentiel est garanti par la loi), et ce pour tenter d'influencer l'instruction et la justice.
La défense estime que le fait d'agiter le spectre de poursuites éventuelles relève de la pression psychologique et de l'intimidation qui ne sauraient sortir du cadre d'un plan de nature policière, qui va échouer. En effet, M. Anouzla n'est aucunement concerné par quelque document secret ou sécuritaire que ce soit et ne sait pas comment ces prétendus documents, s'ils existent, auraient été versés au dossier.
La défense saisit l'occasion pour rappeler que M. Anouzla a le droit de recevoir en prison les journaux et les livres. La privation de liberté dont il est victime aujourd'hui ne saurait aller jusqu'à l'incarcération de ses idées et la violation de ses droits.

Rabat, le 4 octobre 2013
Les avocats de la défense d'Ali Anouzla:
·        Le Bâtonnier Abderrahmane Benameur
·        Le Bâtonnier Abderrahim Jamai
·        Maitre Khalid Soufiani
·        Maitre Naima El Guellaf

jeudi 24 janvier 2013

Le journaliste Youssef Jajili risque de la prison ferme


Reporters Sans Frontières, 24/1/2013



Un journaliste risque de la prison fermeYoussef Jajili,
  directeur de 
publication du 
magazine Al-Aan
 comparaîtra le 28 janvier 2013 devant le tribunal de première instance de Aïn Sebaâ pour répondre aux accusations de “diffamation” dont il fait l’objet. Le 22 juin 2012, le journaliste avait publié un article qui dénonçait le comportement du ministre marocain de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles Technologies, Abdelkader Amara (du Parti de la Justice et du Développement), qui, selon le journaliste, aurait dépensé pendant un déplacement officiel au Burkina Faso, la somme de 10 000 dirhams (environ 900 euros) pour organiser un dîner privé dans sa chambre d’hôtel, au cours duquel des boissons alcoolisées auraient été consommées. Une accusation dont se défend vivement Abdelkader Amara, qui a déposé plainte contre Youssef Jajili.
Convoqué le 23 octobre 2012 par la police, le journaliste a été interrogé pendant cinq heures. Lors de sa seconde convocation le 14 décembre dernier, les policiers lui ont remis sa convocation au tribunal pour le 14 janvier. Youssef Jajili encourt désormais une peine de trois mois à un an de prison ferme et une amende allant de 1200 à 100 000 dirhams (de 110 à 9 000 euros).
Reporters sans frontières condamne le fait que le journaliste ait pu être entendu par la police judiciaire sur simple plainte du ministre sans même une décision d’un juge. L’organisation demande l’abandon de la procédure telle qu’engagée contre Youssef Jajili. “Plus de dix-huit mois après l’adoption de la nouvelle Constitution qui garantit un certain nombre de droits fondamentaux, parmi lesquels le droit à un procès équitable, il est plus qu’urgent que les textes de lois soient harmonisés avec les dispositions contenues dans le texte constitutionnel. Cette affaire montre également combien la réforme du code de la presse, promise par le nouveau gouvernement, visant à dépénaliser les délits de presse, est cruciale pour la liberté de l’information au Maroc”, a déclaré Reporters sans frontières.
Dans un communiqué publié sur sa page Facebook le 26 juin 2012, le ministre avait déclaré son intention de poursuivre en justice “toute personne étant impliquée de près ou de loin dans cette action qui porte atteinte à mon honneur, ma dignité ainsi qu’à l’honneur de mes responsabilités, de ma famille et de mon parti”.
Contacté par Reporters sans frontières, l’avocat du journaliste, Me Ibrahim Rachidi a déclaré vouloir contester le fondement des charges qui pèsent à l’encontre de son client : Youssef Jajili ne peut en rien être concerné par l’article 42 du code de la presse qui concerne la publication d’information ayant troublé l’ordre public ou ayant suscité la frayeur. Par ailleurs, nous contestons le fait qu’il ait pu être convoqué et interrogé par la police judiciaire, alors qu’il aurait dû être entendu par le tribunal. Il apparaît important que les textes juridiques marocains soient mis en conformité avec la nouvelle constitution, qui consacre dans son article 120 le droit de tout citoyen à un procès équitable.”
Al-Aan est un magazine hebdomadaire spécialisé dans l’investigation et les enquêtes, fondé en avril 2012 par Youssef Jajili. Ce dernier avait obtenu en 2011 le grand Prix national de la presse marocaine pour l’un de ses reportages dans les camps de Tindouf.
 Lire en arabe (بالعربية

jeudi 11 février 2010

Ça s’est passé dans « cette » Autriche-là : Justice politique, la veille de Noël 2009

par Vladislav MARJANOVIC, 8/2/2010.Traduit par  Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Leopold Figl, chancelier autrichien,
discours de Noël 1945
La justice des démocraties occidentales est bien étrange. Plus la chute du Mur de Berlin s’éloigne dans le temps, plus elle est susceptible lorsqu’on porte publiquement  des jugements sur des personnes impliquées dans des affaires de droits humains. La justice fait aussitôt entendre son courroux pour - diffamation !
Mais qu’est-ce que la « diffamation » ? Les interprétations de ce mot, que l’on trouve également dans les lois qui régissent les  médias, semblent plutôt élastiques. Un mot qui n’a pas plu et déjà vous êtes accusé d’atteinte à l’honneur des personnes. Que le jugement de valeur (moral de surcroît !) repose sur des faits avérés ou sur une interprétation étroite ne semble plus jouer de rôle. Le contexte n’importe pas. Seul le mot compte. En voici un exemple.
De mortui nihil nisi bene
Ça s’est passé en Autriche. Le 31 janvier 2006 Liese Prokop, ex-Ministre de l’Intérieur est morte subitement. De toute évidence la défunte était appréciée de ses collègues. L’ex-sportive de haut niveau, médaillée d’argent de pentathlon aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968, est entrée peu après en politique, dans l’aile droite du parti conservateur  ÖVP. Ce qui lui permit d’être la bienvenue  dans le gouvernement de coalition que l’ex-chancelier Wolfgang Schüssel a formé en 2004 avec le parti d’extrême-droite FDP. La toute nouvelle Ministre de l’Intérieur se mit immédiatement au travail.  Elle réforma la police et se montra dure et inflexible envers les demandeurs d’asile. Elle entreprit d’amender (autrement dit de restreindre) le droit d’asile et des étrangers, en particulier parce qu’elle estimait que 45% des musulmans étaient rebelles  à toute intégration.
Le décès subit de la ministre fut déploré par tous les partis. Wilhelm Molterer, Secrétaire général en exercice du Volkspartei (ÖVP) était « sans voix ». Alfred Gusenbauer, alors Président  du Parti social-démocrate et futur chancelier, salua une « femme d’envergure » et une «  politicienne hors du commun », tandis qu’Alexander von Bellen, qui cette année-là présidait aux destinées des Verts, loua l’esprit d’ouverture de la défunte ministre. On fit ensuite à celle-ci des obsèques solennelles, auxquelles assista la plus haute instance morale du pays, le Président fédéral autrichien.
Pendant que les VIP célébraient un deuil public, un homme du commun osa exprimer un  autre avis. C’était le dirigeant de l’association «  Asyl in Not » (Droit d’asile en danger, NdlT), Michael Genner. Moins de 24 heures après la mort de Madame Prokop, il publia un communiqué qui débutait ainsi : « Une bonne nouvelle en ce début d’année : Madame Prokop, Ministre de la Torture et de la Déportation, est morte. Le souvenir des souffrances endurées par des personnes recherchant désespérément, mais en vain, un abri, restera pour toujours lié à son nom. » et s’achevait par cette sentence : « Madame Prokop était une criminelle en col blanc, espèce dont la cruelle histoire de ce pays offre nombre d’exemples. »
 
Ces paroles, publiées dans un simple communiqué d’une association, firent l’effet d’une bombe. Tous les journaux conservateurs autrichiens (il n’en existe d’ailleurs pas d’autres), depuis la « Presse » jusqu’au journal du métro, « Heute », clouèrent au pilori le manque de cœur de son auteur. De mortui nihil nisi bene (Des morts, on ne doit parler qu’en bien) : les médias rappelèrent la bonne vieille coutume que respectaient les peuples de l’Antiquité. Comme l’article de Michael Genner y faisait infraction, la famille de la défunte s’en mêla et de sa propre initiative (ou peut-être pas ?) porta plainte pour diffamation.
« J’en appelle à la liberté de la presse »
Le premier procès a eu lieu le 25 mai 2007 et n’a duré qu’une demi-heure. La juge Lucie Kaindl-König s’est efforcée de traiter les faits avec grande objectivité. À ses yeux, peu importaient les excuses écrites formelles que Genner avait présentées le 8 janvier pour la phrase incriminée. Et encore moins la tragédie vécue par les réfugiés et leurs familles du fait des mesures renforcées qu’on leur avait appliquées lorsque  Madame Prokop était ministre et des maltraitances qui en avaient été le corollaire. « Le Tribunal sait bien que les réfugiés subissent un traumatisme du fait de la rétention administrative » déclara la juge, balayant ainsi d’un revers de main les arguments de Genner relatifs aux tortures physiques et psychiques subies par les réfugiés. Seul l’intéressait ce que Genner entendait par  «déportations »  et « criminels en col blanc » ainsi que par « raciste ». Dans cette optique elle demanda (provocation ?) : « Madame Prokop était-elle raciste elle aussi, ou était-ce seulement le cas de ses fonctionnaires ? » À la parade de Genner : « Les fonctionnaires qui ont exercé une pression », la juge réagit en attaquant : « Saviez-vous, en écrivant cet article, qu’il ferait autant de vagues ?  Saviez-vous que ce que vous écriviez est déshonorant ? Étiez-vous conscient que c’est de la diffamation ?» La réponse de Genner a été claire : « J’en appelle à la liberté de la presse. »
C’était apparemment le nœud  du problème. A-t-on le droit de critiquer des responsables politiques nationaux pour des mesures appliquées à l’encontre d’un groupe de personnes sans être traîné en justice pour diffamation ? Visiblement pas, car, si l’on s’en rapporte aux termes employés par Madame la juge Kaindl-König cela « fera [trop] de vagues ». Pourtant seuls les derniers États totalitaires ont peur des « vagues ».  Ou ne seraient-ils pas les seuls ?
La « diffamation » est, on l’a dit, une notion assez élastique. Toute critique directe, dès lors qu’elle est publique, peut être « diffamatoire ». Les faits ou preuves comptent alors moins, pour la justice, que les termes employés. Il s’agit donc de faire très attention et de s’(auto)censurer à temps , et si possible d’éviter toute polémique directe, même sous forme de lettre ouverte ! Le contenu ou les raisons des critiques publiques adressées à des personnalités politiques n’intéressent pas la justice. C’est en vain que Michael Genner a souligné lors de son premier procès qu’il avait présenté ses excuses à la famille de la défunte et même  proposé de « supprimer  » la phrase incriminée. La juge s’est contentée de remarquer qu’il existe « diverses façons de formuler ». Peut-être parce que Michael Genner, tout en présentant ses excuses, a souligné qu’elles ne « changeaient absolument rien » à son argumentation.
La procédure en est restée là, comme il a déjà été dit, et a été ajournée ... jusqu’au 19 septembre suivant. Et là, la sentence tombe : en première instance Michael Genner est déclaré coupable de diffamation. Selon la juge, il a porté un « jugement excessif » et il est en conséquence condamné à une amende de 1200 € avec sursis partiel à exécution. Michael Genner a fait appel. Il considérait ce jugement « ...non seulement comme une atteinte à la liberté des médias (...) mais aussi l’expression d’une solidarité du tribunal avec le système juridique indirectement critiqué lui aussi ». Mais ce n’était pas l’avis de la Cour suprême. Peu avant Noël 2009 elle a confirmé le jugement du Tribunal de  première instance.
« Une condamnation légitime » ?
Les médias ont pris acte de ce jugement . Le très respecté quotidien « Die Presse » faisait le commentaire suivant : « Le dirigeant de l’association Asyl in Not, Michael Genner, a reçu une condamnation  légitime pour avoir diffamé la défunte Ministre de l’Intérieur.» C’est ce qu’il écrivait dans sa livraison du 20 décembre dernier. Il faut dire que dans le même texte, on faisait remarquer  que « La Cour suprême pose des limites à la liberté d’opinion même dans le domaine politique. » Que faut-il comprendre? Est-ce une approbation ou une manière discrète de pointer une tendance inquiétante du système ?
Difficile de trancher, car l’opinion publique reste muette. Même les partisans de Michael Genner ne pipent mot. C’est bien étonnant, car certains d’entre aux avaient pourtant fait l’éloge de Michael Genner le 27 octobre 2008, à l’occasion de son 60ème anniversaire. Le Président de SOS-Mitmensch Burgenland (SOS –Notre prochain du Burgenland, État fédéral le plus oriental de l’Autriche, Ndlt), Rainer Klien, avait par exemple déclaré : « Un mot relatif à ta notice nécrologique sur Prokop : on doit être autorisé - indépendamment du respect dû aux morts- à exprimer une telle opinion. J’attends chaque jour de voir au banc des accusés les responsables des morts aux frontières extérieures de l’UE ». Volker Kier, Président honoraire d’Asyl in Not et ex-député libéral, avait souligné que « Michael Genner s’engage en faveur des droits humains sans craindre les risques pour lui-même, y compris celui de sa propre destruction. » Toutes ces approbations ont été prononcées devant 150 personnes environ à l’occasion du soixantième anniversaire de Genner. Mais aujourd’hui on fait silence autour de lui.
Ce qui frappe le plus, c’est le mutisme des partis d’opposition, de gauche ou écologistes, d’autant plus, en qui concerne ces derniers, que Michael Genner avait été candidat des Verts au Conseil national [chambre basse du Parlement, NdE]. La députée verte Teresija Stoïsitz lui avait décerné ces louanges : « Le procès fait à Michael Genner est un procès politique. S’il est illégal de dire que les réfugiés ont besoin de protection et que nous leur apportons notre aide pour empêcher leur expulsion, alors je veux bien entrer en délinquance.» L’hebdomadaire « Falter » avait rapporté ces paroles le 17 mai 2006. Et maintenant ?
Un silence de plomb
Bon. On était en pleines fêtes de fin d’année et la sentence de la Cour suprême contre Genner est tombée juste avant Noël. À cette époque on est généralement préoccupé de tout autre chose que de points juridiques délicats. Cela permettait à la Cour suprême de publier son jugement, de confirmer l’accusation de diffamation et la peine relativement légère infligée en première instance sans provoquer quelque réaction indésirable. Les médias y ont fait un vaste écho. Du moins pendant un peu de temps. Puis le silence s’est fait autour de Michael Genner. Aucune organisation, aucune personnalité, pas même issue du milieu de l’immigration, n’a osé mettre en question ce jugement. On aurait pu pourtant s’y attendre, car Michael Genner se bat depuis des années, et de toutes ses forces, pour que les demandeurs d’asile soient traités humainement. Mais son dérapage verbal semblait constituer un obstacle infranchissable. Avoir blessé les proches de Madame la Ministre Prokop juste après sa mort pèse plus lourd, dans l’opinion publique, que l’expulsion de demandeurs d’asile et la dislocation légale de familles, ce qui s’est produit avec son accord et au su de tout le gratin quand elle était ministre. Il semble en tout cas que Genner et son « communiqué de bonne nouvelle » aient fourni à ses adversaires politiques haut placés un argument bienvenu pour discréditer son association et sa personne.
Et de fait : dès le 24 mai 2008 l’éditorialiste Gerald Freihofner, dans ses « Notes de bas de page », traitait Genner de « petit chef communiste » . Non content de reprocher à Genner son appartenance passée à l’organisation d’extrême-gauche « Spartakus », Freihofner l’accuse d’être l’auteur du slogan figurant sur le site Internet de la « Kommunistische Initiative  » (Initiative communiste, KI) sous le sigle de la faucille et du marteau : « Nous nous battons pour le renversement de l’ordre établi !  En tout cas le message est clair : « Laissons tomber Genner ! »
La "pierre de Marcus Omofuma ", d'Ulrike Truger - 2003, Mariahilferstrasse/VienneLes associations de soutien aux migrants et assimilées pensent-elles aussi qu’il vaut mieux se taire dans le cas Genner? Cela n’aurait rien d’étonnant. Ces associations sont dépendantes des subventions de certaines fondations, assez liées à l’establishment. Du reste les milieux gouvernementaux ne se contentent pas de tolérer leurs demandes de non-discrimination raciale, religieuse ou ethnique : ils encouragent leur participation  aux institutions politiques. Ils en ont donné un signal de grande portée symbolique : à Vienne, on a érigé un monument à la mémoire de Marcus Omofuma, un demandeur d’asile nigérian mort des suites de maltraitances policières au cours de son expulsion en 1999. Un monument très moderne, mais impersonnel et abstrait. Peut-être pour ne pas éveiller plus d’émotion que les autorités ne peuvent en tolérer?   Puisque les autorités font quelque chose pour l’intégration, quel sens cela aurait-il de se solidariser avec un marginal critique envers la société si l’on peut parfaitement, sous ce rapport, collaborer avec elles ? Du reste Genner s’est trompé. Sous les successeurs de Madame Prokop la situation des demandeurs d’asile n’a fait qu’empirer.  À bien y réfléchir, le propos de Genner n’était peut-être pas simplement de la « diffamation » ?
On aurait sûrement  pu envisager les choses sous cet angle, si les arguments de Michael Genner avaient été  de pure fiction. Or il n’en est rien. Les exemples qu’il a fournis suffisent à légitimer sa réaction. La violation systématique des droits humains au nom de la loi est, au regard de la morale universelle, bien pire que la tenue de propos irrespectueux sur la  responsable de ces violations  qui vient de mourir. Les souffrances, non pas de quelques, mais de milliers de gens en détresse qui ont échoué en Autriche n’éveillent pas la compassion de la juge de Genner, et pas davantage  celle de l’establishment. Pourquoi en irait-il autrement ? Juge et establishment ne font qu’appliquer les décisions de la Conférence de Dublin. C’est l’Union européenne elle-même qui est derrière cette politique.  Il ne s’agit pas en l’occurrence d’humanité, mais, comme le disait de la solution finale Adolf Eichmann, le modèle du parfait bureaucrate nazi, de statistiques. Si nous éliminons les Juifs, le peuple des seigneurs aura davantage à manger. C’était la logique d’alors. Et la logique actuelle ? Si nous expulsons les migrants et demandeurs d’asile vers leur patrie secouée de guerres et de crises pour y mourir, en Autriche, en Europe et dans tous les pays riches la situation sur le  marché de l’emploi sera moins tendue. Cacher dans sa maison des réfugiés menacés d’expulsion reviendra, comme autrefois pour ceux qui cachaient les Juifs persécutés, à être en infraction avec la loi. Pourtant Michael Genner, en 2006 à Innsbruck, a osé y appeler ses concitoyens.
A-t-on le droit de le lui reprocher ? Peut-être juste autant qu’à ceux qui n’ont pas eu peur de s’opposer à la domination nazie. Le courage civique reste nécessaire aujourd’hui car l’Holocauste ne s’est malheureusement pas limité à l’époque nazie. Cette fois-ci il menace non pas telle ou telle communauté ethnique ou religieuse, mais l’humanité tout entière. On continue à le perpétrer,  mais sous une autre forme, plus perfide mais non moins efficace, et pas dans un seul pays, mais dans le monde entier, grâce à la solidarité planétaire des dirigeants. Déportation ou expulsion forcée, où est la véritable différence ? Discriminer les demandeurs d’asile en leur déniant leurs droits ou être antisémite à une certaine époque, où est la différence ? Même les mariages mixtes sont criminalisés, on les brise par force et on fait éclater les familles. Mais tandis que les dirigeants attestent leur solidarité par des expiations rituelles en mémoire de l’Holocauste, se lavant ainsi les mains de tous les péchés contre la société qu’ils ne cessent de commettre, les victimes, elles, ne se serrent pas les coudes. C’est pourquoi les rares individus qui luttent pour l’humanisation de la société, comme Michael Genner, ne trouvent aucun soutien. Pour combien de temps encore ?