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mercredi 10 février 2010

Besson trébuche dans le tapis de prière : attention aux rafales perdues de kalachnikov !

schizo /par Nicolas Beau, Bakchich-Info, 9/2/2010
Éric Besson n’est pas à la noce. D’un côté, son débat sur l’identité nationale, dont le séminaire gouvernemental se tient aujourd’hui. De l’autre, il promet à sa future belle-famille de se convertir à l’islam…
Le chantre de l’identité nationale, Éric Besson, n’ est pas à la noce. En lançant son débat sur l’identité nationale, le ministre a provoqué de multiples dérapages anti-islam et anti-immigrés. D’après certains sondages, une moitié des Français, veut-on croire, pensent que la pratique de la religion musulmane est incompatible avec la vie en société. Diable ! Voici Besson en bien mauvaise posture, lui qui est tombé raide amoureux, cet été, d’une jeune étudiante tunisienne, Yasmine Tordjman. Et qui a promis à la belle famille de se convertir à l’islam. Tout cela fait un peu désordre.

(d)ébats franco-tunisiens

À Paris, le ministre déchaîne des flots de xénophobie ; à Tunis, l’amoureux transi se dit prêt à une conversion aussi soudaine qu’inattendue. À l’origine de cet imbroglio politico- sentimental, le producteur Tarek Ben Ammar. Neveu de Wassila Bourguiba, l’épouse de l’ex-président tunisien, cet homme de l’art, avait vu sa cote s’effondrer auprès de Ben Ali et de son épouse Leila lorsqu’il leur avait conseillé des placements à la Banque Medici à Vienne (Autriche). Laquelle plaça le magot chez le financier Madoff, dont la faillite fut retentissante. Pour se remettre en selle, Tarek Ben Ammar avait cru bon d’inviter Éric Besson, devenu provisoirement l’un des chouchous de l’Élysée, et l’avait sompteusement logé dans une villa du quartier Marsacube, à La Marsa.
C’est là, à la hauteur de la résidence de l’ambassadeur français, que la jet-set franco- tunisienne prend ses quartiers d’été. Hélas, les amours entre la jeune Yasmine et le bel Éric n’ont pas eu l’air de plaire à Nabila, la grand-mère de la petite et fille de Wassila Bourguiba. Avant Noël, Besson dut faire un voyage éclair en Tunisie, calmer grand-maman et s’engager à se convertir avant les noces en juin prochain. L’identité nationale, version Besson, tourne à la farce !
***

La mauvaise blague de Besson sur les journalistes

NOUVELOBS.COM | 09.02.2010 | 18:09

Invité sur RMC, le ministre de l'Immigration aurait lâché, hors antenne, "Sarkozy a raison: les médias il faut les passer à la kalachnikov", avant d'ajouter "je plaisante".

Eric Besson
Eric Besson

(Reuters)
Le ministre de l'Immigration et de l'identité nationale, Eric Besson, aurait évoqué, en "plaisantant", la possibilité de passer les médias "à la kalachnikov", rapporte mardi 9 janvier le rédacteur en chef de RMC, Christophe Jakubyszyn.
"Sarkozy a raison: les médias il faut les passer à la kalachnikov"", aurait déclaré Eric Besson dans les couloirs de la radio peu avant de passer dans l'émission de Jean-Jacques Bourdin dont il était l'invité. L'anecdote a été rapportée par Christophe Jakubyszyn sur son compte Twitter, et repérée par le site Le Post.

"Ca a jeté un froid"


"Sur l'écran de télé, on regardait la revue de presse de BFM, et il a lâché cette phrase en voyant les Unes des journaux", raconte une journaliste de la radio interrogée par Le Post. " Ça a jeté un froid. Un journaliste lui a demandé pourquoi il faisait référence à Sarkozy, c'est là qu'il a rajouté: je plaisante".
Contacté par Nouvelobs.com, le service de presse de ministère de l'Immigration n'avait pas encore fait connaître sa réaction mardi en fin d'après-midi. Christophe Jakubyszyn de son côté a depuis posté un nouveau message sur Twitter dans lequel le rédacteur en chef raconte avoir reçu "un coup de fil de Besson" qui lui aurait dit : "Humour! Dîtes si vous voulez que j'étais dans séquence délire et provocation!"
(Nouvelobs)

lundi 11 janvier 2010

Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy

Par Samih Baaziz, 7/1/2010

Monsieur le président,

Je m’adresse à vous aujourd’hui car vous avez décidé de franchir aujourd’hui l’inadmissible, l’insupportable, en l’institutionnalisant.
J’ai tenté depuis plusieurs semaines d’objectiver ce débat ou ce non débat ; en vain.
En effet il m’est impossible, en tant que français né en France de le faire.
J’ai eu plusieurs discussions avec des amis autour de la nécessité ou de la non nécessité d’être présent ici ce soir, et je vous avoue que je n’ai pas trouvé de raisons objectives d’être présent ce soir. Sauf que je me suis dit que vous appeliez l’inconscience collective, c’est donc en toute inconscience que je vous interpelle. Je me suis dit que peut être une partie de mon sort pouvait se jouer ce soir… Pour moi l’immigré né en France…. De parents nés dans un département français à Annaba.
Je voulais entendre, écouter, à quel point il était nécessaire pour moi d’être français, je voulais savoir si j’étais français, objectivement cette question est stupide (pardonnez moi), mais pour moi elle a en réalité toujours existée et ce depuis mes premiers pas dans les classes où j’étudiais Victor Hugo, et autres auteurs faisant l’apologie de la France en tant que terre promise de la diversité et de la laïcité.
Je suis venu écouter mais je suis venu vous dire sans détour que de votre France je n’en voulais pas M Sarkozy. Mieux votre France je n’en suis pas, gardez là et faites en une réserve pour une seule espèce de citoyens sans racaille envahissante que nous sommes nous autres.
J’ai 35 ans et il m’a fallu du temps pour me sentir intégré à votre France, ça fait 35 ans que j’essaie, sans succès, pourtant j’ai tout essayé, j’ai tenté de réunir toutes les conditions et paramètres optimums pour être français.
Je me suis battu pour naître sur le territoire, ensuite je me suis inscrit en tant qu’écolier docile à l’école française, puis à l’université, je n’ai plus mis de baskets et de casquettes à l’envers ( signe hautement républicain ), j’ai trouvé un travail, mangé du fromage, bu du vin et payé des impôts, mais rien à faire. Je ne suis pas un pur produit français.
Je vous assure monsieur le président que je n’ai jamais sifflé la Marseillaise et il est certain que je n’aime pas entendre la marseillaise être sifflée car ces sifflements témoignent d’un malaise.
Mais je n’en tire pas les mêmes conclusions que vous monsieur Sarkozy, je ne pense pas que mes semblables soient des racailles, bêtes sanguinaires… J’ai la furieuse impression que c’est juste qu’ils ne se sentent pas français. Ils ne se sentent rien monsieur le président, ou plutôt ce qu’on les a laissé être.
Monsieur Sarkozy, je n’en peux plus de courir après votre France, votre identité n’est qu’un mirage, une notion impalpable dont vous usez dangereusement. La vérité française se trouve ailleurs. Je crois même qu’il n’y a pas de vérité nationale.
J’en ai assez de porter le doute, je n’ai pas à vous prouver ma fidélité française à cause de ma couleur de peau et de mes croyances.
Dorénavant je ne recevrai plus et ne défendrai plus l’identité française, je rejette en bloc tout idée d’identité, cette notion est bien trop dangereuse, ce socle n’est qu’un leurre
A partir de maintenant j’en appelle à l’objection de conscience identitaire.
C’est avec une grande colère que j’interviens ce soir, car c’en est trop.
Vos discours et ceux de vos ministres et de vos députés de la majorité (pour bon nombre) distillent impunément et à longueur de médias cette idée venimeuse qu’un fossé infranchissable sépare les bons français des métèques, des musulmans, des marrons, des gris par mariage, des noirs, des casquettes à l’envers…Bref ces hordes, ces rejetons, ces impures voire ces impies d’une France et d’une Europe si radicalement chrétienne qu’elle ne saurait accueillir en son sein ces turcs musulmans.
Vos discours renforcent au sein de la population les comportements les plus discriminatoires.
Vos méthodes ressemblent à s’y méprendre à quelque stratégie consciente ou inconsciente d’apartheid. Et à mon niveau j’ai comme le sentiment que vous savez ce que vous faites.
Tout semble illustrer d’un état d’esprit ségrégationniste.
Votre jeu consiste à mettre au pas les mauvais le moment venu.
Vous rassurez les vôtres et les protégez de toute mixité contagieuse.
Depuis 15 ans ce pays bascule de jour en jour dans le repli.
Les prochaines échéances électorales vont vous permettre de jouer encore un peu plus à votre jeu dangereux, vous surenchérirez dans les insultes, les humiliations, et nous serons encore plus non intégrables.
Mais je n’accepte plus cette injonction à être français.
J’affirme ne plus me sentir français, ne vous en déplaise je suis citoyen du monde.
Votre façon de vous sentir français me fait honte. Non je ne suis pas de votre France ; repliée sur elle-même, je ne suis pas de cette France avec des relents collaborationnistes.
Aussi je voudrais faire partie d’une France, une autre si tant est que nos politiques nous en offrent les perspectives, d’une France qui a combattu l’esclavage et le colonialisme.
samihbaazie@yahoo.fr

mercredi 30 décembre 2009

Hamid SENNI : L'espoir républicain chevillé au corps.


Par oumma, 30 décembre 2009
C’est l’histoire d’un parcours humain exemplaire qui a cru aux vertus de notre méritocratie à la française, c’est l’ascension hors de nos frontières d’un français, fils d’immigré marocain, contraint à son tour à l’exil, pour se donner les moyens de ses ambitions.
Un destin marqué du sceau de la volonté que celui d’Hamid Senni, aîné d’une fratrie de huit enfants, qui a reçu en héritage le lourd devoir d’ouvrir la voie et de réussir au cœur de son pays d’adoption, la France.
Dans son ouvrage intitulé « De la Cité à la City », Hamid Senni retrace son cheminement personnel, académique et professionnel, qui l’a mené dans des pérégrinations européennes jusqu’à Londres, véritable terre promise économique, où il a pu donner la pleine mesure de ses compétences, laissant loin derrière lui les douloureuses discriminations hexagonales sources de rêves brisés.
C’est plus que jamais l’espoir républicain chevillé au corps et à l’âme qu’Hamid Senni réagit à la tribune de Nicolas Sarkozy parue dans le Monde, désireux d’éclairer le plus haut sommet de l’Etat sur un dramatique gâchis français, tout en léguant à la jeune génération des « français d’origine maghrébine » un témoignage, un enseignement, et une raison d’y croire.
Un sublime hasard, en plein débat sur l’identité nationale, qui fait que le calendrier sportif colle à l’actualité politique. 18 novembre dernier, deux matchs : l’un avec l’équipe de France, l’autre d’Algérie. Au moment des réjouissances, la jeunesse française aux racines algériennes ne choisira pas de brandir le drapeau français dans la rue. L’histoire se répète après la jeunesse aux racines portugaises lors du match France-Portugal en coupe du monde 2006, à une différence près : d’un côté, une jeunesse qui se sent d’ici et le temps d’un match se reconnecte là-bas, et de l’autre, une jeunesse qui se sent de là-bas et se déconnecte d’ici.
Cette soirée a surtout révélé une désespérance absolue fondée sur le constat de l’incapacité de chacun, sinon de tous, de « s’en sortir ». Aîné d’une famille de huit enfants, mon père - ouvrier marocain arrivé en France en 1972 - me dit : « Tu es l’aiguille, et tes frères et sœurs le fil. Si l’aiguille perce à l’école, les autres passeront par le chas de l’aiguille et suivront ton exemple ». Grâce à l’espoir républicain, source de cohésion sociale, il était plein d’espérance pour ses enfants qu’il pensait Français. Dès lors que l’on nous opposa aux « français de souche », nous fûmes confrontés à une crise identitaire. Nous appartenions à l’immigration postcoloniale et non européenne.
On a fait de moi un « Français d’origine maghrébine », un « Français de première génération » ou encore un « Français de confession musulmane ». En France, je me sens « Français de seconde classe ». Dans les quartiers en zone urbaine sensible, notre réalité est celle de la discrimination à l’emploi, au logement, aux loisirs et parfois même à l’école. Une exclusion sociale et culturelle qui, peu à peu, nous conduit inexorablement vers cette perte identitaire.
Malgré l’accumulation des diplômes, mes CV restèrent lettre morte. Comment expliquer à mes parents, à mes frères et sœurs et à mon entourage, cet accablant manque de réussite ? Comment parler de ce plafond de verre sans détruire les fondements du pacte républicain ? Au mieux, on m’a proposé du porte à porte en qualité de vendeur d’aspirateurs. Je me suis donc exilé, devenant un immigré et un réfugié économique.
La France est en contradiction avec ses fondements constitutionnels, synonymes de liberté, d’égalité et de fraternité mais aussi de méritocratie et d’équité. J’ai dû quitter mon pays, comme mes parents avaient quitté le leur. Onze ans plus tard, je reste encore un étranger en France mais un Français à l’étranger.
Loin de mon Ardèche natale, j’ai pu rester ce frère « modèle ». Après avoir fait une école de commerce en Suède, j’ai été responsable produit chez Ericsson à Stockholm, puis recruté chez BP à Londres. Mes sœurs, Samira et Nadia sont allées étudier au Québec, et Nora a passé un Bac scientifique au lycée français de Londres.
C’est dans l’entreprise que le bât blesse et que la rupture de l’identité nationale opère par manque de politiques de diversité. Comme démontré par le BIT (Bureau International du Travail), près de quatre fois sur cinq, un employeur préfère embaucher un candidat « d’origine hexagonale ancienne » plutôt que son collègue d’origine maghrébine ou noire africaine.
Etre acteur d’une société ne peut que passer par l’emploi et par les politiques de Diversité, et par cette reconnaissance de notre identité française, que je trouve si facilement et naturellement à l’étranger.
Hamid Senni
Auteur du livre « de la Cité à la City », Edition de l’Archipel, Directeur de Vision Enabler, cabinet de conseil en diversité, fondateur du Club Diversité.

samedi 26 décembre 2009

Après l'étoile jaune, faudra-t-il un jour porter une étoile verte ?

par Jean-François Bouthors…
LEMONDE.FR | 22.12.09 |


Ce qui se passe en France depuis l'ouverture du débat sur l'identité nationale est insupportable.

Ce qui se dessine, c'est la montée de l'ostracisme à l'encontre de toute population dont la religion, la couleur de peau, le langage ou la tenue vestimentaire, voire l'âge, sont susceptibles d'inquiéter les Français ou du moins une partie d'entre eux qui s'arrogent le monopole de l'identité nationale.

Depuis plusieurs années, même quand ils sont citoyens français, ces "étrangers", ces "aliens" sont – à l'exception de ceux qui appartiennent aux couches économiques supérieures, mais pour combien de temps encore ? – tenus aux marges de la société. Un grand nombre d'entre eux sont assignés à des conditions de vie pénibles, sinon humiliantes. C'est une des raisons – certes pas la seule, mais elle n'est pas négligeable – qui expliquent que certains versent dans la marginalité ou la délinquance. Les statistiques témoignent d'une surreprésentation de ces populations dans les lieux de détention. Plutôt que de se contenter de chercher dans de tels chiffres des raisons de justifier nos peurs, nos lâchetés et nos démissions, nous devrions y voir une source d'interrogation sur la violence des injustices qui ravagent notre société et mettent l'identité nationale en lambeaux.

Depuis quelques mois, c'est sur les musulmans que se focalise l'attention. Cela s'est tout d'abord manifesté avec la création de la commission parlementaire sur le port de la burqa, alors même que cette pratique est ultraminoritaire. Depuis le lancement du débat sur l'identité nationale, ce phénomène s'est accéléré, et ceux qui s'en réjouissent ont vu dans le référendum suisse interdisant les minarets une sorte d'autorisation à se lâcher… Ce que l'on a entendu depuis dépasse ce que l'on aurait imaginé six mois plus tôt. Or si l'on remplaçait dans les discours le mot islam par celui de judaïsme, ou celui de musulman par le mot juif, l'indignation serait à juste titre générale.

Lentement mais inexorablement, les musulmans revêtent le costume du bouc émissaire de toutes les carences, de tous les défauts et péchés de notre société, alors que la crise économique multiplie les inquiétudes et les tensions sociales. C'est inacceptable. L'aveuglement est tel qu'on en oublie souvent que nombre de musulmans qui vivent dans notre pays sont des citoyens français, qui partagent les mêmes droits et devoirs, la même dignité que tout autre Français. On en oublie aussi pour les nouveaux venus la tradition d'hospitalité dont s'est longtemps enorgueillie la France.

De la question de l'intégration des différences dans le kaléidoscope national, on est maintenant passé, dans la bouche du ministre de l'identité nationale et de l'immigration, à l'injonction de l'assimilation à un modèle d'identité dont on se demande qui en possède tous les traits, et qui est fondé à les définir. Le président de la République lui-même n'a pas craint de recommander aux musulmans la discrétion. Ceux-ci sont priés de ne pas relever la tête, de ne pas se faire trop entendre. Faudra-t-il demain qu'ils rasent les murs comme les juifs du temps de l'affaire Dreyfus ? Faut-il croire que dans la France laïque, il y aurait place pour une sorte de dhimmitude à l'encontre des musulmans ? Puis sans doute, ensuite, à l'encontre des autres religions qui n'appartiendraient pas à l'identité républicaine française !

Il est effrayant de voir ainsi l'identité nationale rabattue sur l'appartenance religieuse ou ethnique. Il est scandaleux qu'au même moment, on renvoie dans leur pays, où ils ont fui la guerre, des Afghans sans papiers, musulmans, qui plus est en enfreignant les règles du droit international. C'est un peu comme si on avait renvoyé outre-Pyrénées, en 1936, les Espagnols qui fuyaient la guerre civile ! Il est consternant d'apprendre que sur 178 auditions devant les parlementaires de la commission sur le port de la burqa, 150 étaient contre le port du voile, comme l'a déclaré Eric Raoult. Un tel score est digne d'un débat contradictoire tel qu'on l'aurait organisé en Union soviétique. Fort heureusement, les deux tiers des personnes entendues ne sont pas favorables à une loi sur le sujet : il reste un peu de raison dans ce pays…

Nous, qui ne sommes ni des inconditionnels du Coran ni ignorants des dangers extrémistes ou communautaristes qui existent dans notre société, condamnons cette dérive du débat sur l'identité nationale. Nous considérons comme désastreux et particulièrement dangereux pour l'avenir du pays le sort fait à ceux qui sont perçus comme des étrangers, pour quelque raison que ce soit. En raison même de l'idée que nous nous faisons de la dignité humaine, en raison du fait que la liberté religieuse et la liberté de conscience sont des droits humains fondamentaux, nous demandons que soit mis un terme à tout ce qui peut nourrir ou sembler justifier les dérives actuelles, à commencer par ce "diabolique" débat sur l'identité nationale qui ne sème que la division. Après l'étoile jaune, faudra-t-il un jour porter une étoile verte ?

Premiers signataires :

Marie-Pierre Archambeaud, Guy Aurenche, Esther Benbassa, Jacqueline Berger, Jean-François Bouthors, Frédéric Boyer, Marie-Françoise Brihaye, Anne et Hervé Chabert, Philippe Chevallier, Dominique Chivot, Jean Daviot, Bill et Florentine Deraime, Jean Delumeau, Marie-Jo Deniau, François Euvé, Olivier Favereau, Mgr Georges Gilson, Etienne Grieu, Laurent Grzybowski, Monique Hébrard, Marie Holzman, Helena Lasida, André et Geneviève Le Gall, Marc Leboucher, Pierre Lembeye, Beatrice Litzellmann, Isabelle Marin, Michela Marzano, Véronique Nahum-Grappe, Anne Nerdrum, Anne Nivat, Bernard Perret, Gérard Pirlot, Claude Plettner, Marie-Christine Ray, Alain Renaut, Jean-Pierre Rosa, Alain Salomon, Caroline Sers, Régina Sneifer, Bernard Stephan, Hubert Stoecklin, Irène Terrel, Gérard Testard, Christoph Theobald, Beatrice Toulon, François Vaillant, Catherine Van den Steen, Dominique Vidal, Alain Woodrow

lundi 30 novembre 2009

Débat Besson : une police des étrangers et une police de la pensée au service de l'identité nationale

Par Bernard Girard, Agoravox, 30/11/2009


Pire que tout ce qu’on imaginait. 
 La circulaire envoyée par Besson aux préfets dans le cadre du débat sur l’identité nationale décline jusqu’au ridicule tous les stéréotypes traditionnellement attachés à ce type de question. Avec au final un acharnement, une obstination lourds de menaces pour les libertés.
En affirmant dans le préambule que le débat « répond aux préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes, dont l’affaire de la Burqa est l’une des illustrations », Besson accrédite d’emblée la thèse de la menace islamique, même si, comme on le sait, l’Islam est étranger à cette tradition vestimentaire, en outre extrêmement marginale en France. Mais les limites du débat ont au moins le mérite d’être clairement définies : comment protéger l’identité nationale de la menace étrangère ?
De façon perverse, car dissimulée derrière des interrogations qui, sous une apparence ouverte, ferment en réalité le débat, le questionnaire adressé aux préfets énumère, dans une logorrhée aberrante et confuse, tous les fantasmes du ministre de l’immigration : « la cohabitation entre communautés vivant séparément est-elle possible dans notre République/ dans notre Nation ? Notre République/ notre Nation est-elle multiculturelle ? » (§1.7). De l’immigration à la délinquance, il n’y a qu’un pas, franchi sans scrupule par un ministre qui, à travers le débat, cherche à légitimer sa politique de rafles policières et de camps d’internement : « Comment éviter l’arrivée sur notre territoire d’étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance) et entretenant, dans une partie de la population, la suspicion vis-à-vis de l’ensemble des étrangers ? » (§1.7).
Pour Besson, si l’identité nationale est mise à mal par le communautarisme « ethnique, racial, religieux, social », il n’imagine pas que l’exaltation du sentiment national soit une forme de communautarisme. Décidément obsédé par « les signes ostentatoires d’appartenance religieuse », il s’interroge : « la République doit-elle aller plus loin dans la lutte contre le communautarisme », confondant dans un même regard « appartenance religieuse » et « communautarisme » (§1.8). Ne nous voilons pas la face : le Musulman, réduit à son particularisme, sera toujours inassimilable...
Lutte contre l’immigration d’un côté, et de l’autre, promotion d’une identité nationale tellement ringarde que le débat vire au pathétique. Pour Besson, la définition de cette identité est à chercher dans une consternante liste de propositions, inspirée par Déroulède ou par le Café du commerce.
Parmi les items constitutifs de l’identité nationale (§1.2), on note en vrac « nos valeurs » - mais on ne sait pas lesquelles ; « notre histoire » - l’histoire de qui ? Des Capétiens directs, des paysans bas-bretons, des maçons italiens ou des petits Maghrébins dont la famille vit en France depuis un demi-siècle ? Il faut bien sûr rechercher le désir de vivre ensemble à travers « notre art culinaire, notre vin, notre art de vivre » ou dans un patrimoine exclusivement chrétien, « nos églises et nos cathédrales » : les mosquées, les synagogues ou les temples protestants ne peuvent évidemment prétendre au qualificatif de patrimonial. Curieusement, le questionnaire prend la forme surannée des catéchismes d’autrefois, appris par cœur, dans lesquels chaque question induit la réponse attendue.
On le pressentait depuis le début, cette circulaire aux préfets le confirme : le débat est biaisé. A aucun moment, le questionnement sur l’identité nationale n’offre la possibilité de dépasser le cadre étroit voulu par le ministre. « Le débat – affirme le préambule – doit aussi faire émerger (...) des actions permettant de conforter notre identité nationale et de réaffirmer les valeurs républicaines et la fierté d’être Français ». Nulle part, il n’est suggéré que les « valeurs républicaines » n’ont rien à voir avec une conception étriquée et obsolète de la nation dont il faudrait nécessairement être fier ou que ces valeurs seraient même singulièrement mises à mal par la politique économique et sociale de l’actuel gouvernement.
La nécessité de réaffirmer la fierté nationale apparaît en filigrane tout au long du document à travers ses aspects les plus caricaturaux mais aussi potentiellement lourds de menaces pour les libertés individuelles : il s’agira ainsi ( § 2.3) de « mettre en place dans l’ensemble des 100 préfectures et 350 sous-préfectures des cycles d’instruction civique ouverts à tous : élèves et parents d’élèves, associations, centres de loisir (...) Donner à tous les enfants de France l’occasion de chanter au moins une fois par an la Marseillaise (...) Accroître la place des symboles (drapeau, Marianne) dans l’ensemble des édifices publics ». Pour les récalcitrants, on veillera à « imposer [c’est moi qui souligne] le respect des symboles de la Nation » (§1.13) : par la prison, la contrition publique ? Rappelons au passage qu’aujourd’hui l’ « outrage aux symboles nationaux » est déjà punissable de six mois de prison et de 6500 euros d’amende. Le crime de blasphème n’est pas loin. Les intellectuels, sociologues, historiens, se voient quant à eux sommés de s’expliquer publiquement sur le « malaise » que génère chez certains d’entre eux, la question de l’identité nationale (§1.12).

On le voit, ce qui se met en place, à travers ce débat mystificateur, c’est, parallèlement au renforcement de la police des étrangers, une inquiétante police de la pensée : la liberté de conscience, voire la liberté de parole, sont bridées au nom d’une prétendue défense de l’identité nationale. Le ministère de l’immigration et de l’identité nationale qui, avec Hortefeux, limitait son action – certes avec brutalité – à la chasse aux étrangers, s’arroge aujourd’hui avec Besson des prérogatives dans la formation civique et morale des citoyens. Une formation étayée sur les pires égarements de l’extrême-droite.
« Pourquoi nous sentons-nous proches des autres Français, même sans les connaître ? », interroge Besson (§1.1). Il est vrai que si les Français connaissaient mieux certains d’entre eux, ils auraient toutes les raisons de s’en méfier.