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lundi 11 mai 2015

Maroc : l’exclusion sociale peut être génératrice de troubles sociaux


Un indice de développement social en test au Maroc

Les pays africains sont appelés à réorienter leurs programmes de développement afin de s’atteler efficacement à résoudre les questions d’exclusion humaine.
C’est l’une des conclusions majeures du dernier rapport de la commission économique des Nations Unies pour l’Afrique sur le développement social en Afrique. Le document insiste en effet sur le fait que cette réorientation des programmes doit se faire de manière à viser les causes structurelles et les mécanismes sous-jacents. «L’exclusion étant un phénomène multidimensionnel, la meilleure façon d’en comprendre l’étendue, la nature et les causes est d’examiner la vaste gamme de ses aspects et de ses effets tels qu’ils se manifestent dans le cycle de vie», expliquent les économistes de la commission économique. Faute d’une approche plus inclusive du développement et de la croissance, les conditions de vie des populations ne connaîtront en effet qu’une faible amélioration. Ceci serait d’autant plus problématique qu’il est communément admis que l’exclusion sociale qui peut en découler peut être génératrice de troubles sociaux et peut gravement compromettre la paix et la stabilité de la région. C’est dans ce contexte que les équipes de la commission planchent actuellement sur la conception d’un indice africain de développement social afin d’en faire un outil d’accompagnement des pays africains appelés à relever les défis de l’inclusion sociale. Actuellement, le projet est en cours dans cinq pays parmi lesquels le Maroc.
www.lavieeco.com
2015-05-09

mardi 14 avril 2015

22 associations marocaines accusent Hassad auprès des rapporteurs de l’ONU

par Wadii Charrad,Tel Quel, 8/4/2015

La Coalition marocaine des droits de l’Homme, composée de 22 associations, a adressé le 6 avril une plainte à quatre rapporteurs de l’ONU dans le domaine des droits de l’Homme. Dans cette plainte, la Coalition accuse le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad de « pratiquer une campagne systématique contre des associations travaillant dans le champ des droits de l’Homme en interdisant leurs activités et en refusant de délivrer des autorisations pour leur création ou leur renouvellement ».
Dans cette même plainte, ils constatent qu’entre le 15 juillet 2014 et le 20 janvier 2015, 58 meetings, manifestations ou rassemblements ont été interdits sans que les autorités n’aient présentés de justificatifs écrits. Seulement quatre manifestations ont été interdites avec justificatifs.

mercredi 4 mars 2015

Des associations féminines épinglent la lenteur des réformes en matière de droit des femmes

Par Anais Lefébure,, 3/3/2015

INÉGALITÉS – Pauvreté, éducation, violences… 38 associations chapeautées par l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) viennent de publier un rapport sur l’état des droits des femmes dans le royaume.

20 ans après la conférence mondiale de Beijing sur les femmes, ces ONG font leurs recommandations au gouvernement et pointent du doigt les principales disparités en terme d’égalité des sexes. « En matière de droits des femmes, de nombreux chantiers de réformes sont ouverts » depuis l’adoption de la nouvelle constitution en 2011, souligne le rapport. « Mais leur exécution est marquée par des lenteurs inexplicables ».

Pauvreté
Les associations féministes condamnent notamment la persistance de la pauvreté, qui touche davantage les femmes, malgré un recul de celle-ci depuis dix ans. « La pauvreté humaine et sociale est fortement féminisée », note le rapport, qui prend pour exemple le faible accès des femmes à la propriété, la tendance à l’augmentation des écarts de salaires entre hommes et femmes, ou encore la concentration de femmes dans les secteurs précaires ou mal rémunérés. Selon les chiffres 2012 du HCP, en milieu urbain, le taux de chômage des femmes est de l’ordre de 24% alors que celui des hommes est de 17%.

Education
L’analphabétisme, bien qu’en lente régression, touche toujours près de la moitié des femmes (47,6%) en 2012, contre un quart des hommes (25,3%). Le milieu rural est davantage concerné par ce fléau, avec un taux qui avoisine 64,5%. En matière d’éducation, le rapport rappelle également les engagements de l’État concernant la généralisation du préscolaire, qui « n’ont pas été honorés ». « À titre d’exemple, le taux net de scolarisation des filles rurales au niveau de l’enseignement collégial ne dépasse pas 27,2% et chute à un taux alarmant de 7% au niveau de l’enseignement secondaire pour l’année scolaire 2011-2012″, indique le rapport.

Santé
En matière de santé, le rapport indique les efforts à fournir, dans les zones rurales, pour améliorer l’accouchement des femmes. En effet, seules 55% des femmes rurales bénéficient d’une assistance lorsqu’elles accouchent, contre 92,1% des femmes urbaines. Le cas des avortements clandestins est également évoqué, alors que la question fait la une des médias depuis la destitution, fin janvier, du professeur Chraïbi, symbole de la lutte contre l’avortement clandestin. Des centaines de Marocaines avorteraient quotidiennement « pour échapper à la honte d’une naissance illégitime, dans des conditions souvent douteuses ».

Violences
Le rapport souligne les efforts faits par le gouvernement en matière d’incrimination du harcèlement sexuel, de la violence conjugale physique, et de certains aspects de la discrimination basée sur le sexe. Il donne néanmoins quelques chiffres encore alarmants sur les violences conjugales, dont 62,8% des femmes seraient encore victimes. Le rapport appelle également à mieux sensibiliser les filles et les femmes à la culture de l’égalité, ou encore à reconnaître le statut de « mère célibataire », trop souvent dénigré.

Représentativité
« Un véritable mécanisme national de promotion de la femme à tous les niveaux doit être mis en place » préconise le rapport, afin de lutter contre la faible représentativité de la femme dans les instances de pouvoir et de direction. Les femmes restent en effet sous représentées dans les fonctions de responsabilité (24,2%), notamment en tant que « membres des corps législatifs, responsables hiérarchiques de la fonction publique, directeurs et cadres dirigeants des entreprises », alors que leur présence est marquée parmi « les cadres supérieurs » (41,9%).
  Par Anais Lefébure,, 3/3/2015

jeudi 19 février 2015

Encore un scandale : L’irresponsabilité des responsables de la politique migratoire


Par Mehdi Alioua, sociologue et membre fondateur du GADEM



les associations marocaines

En ce moment même, dans le nord et dans l’est du royaume, une vaste opération de ratissage et d’expulsion collective des migrants subsahariens est en cours, en-dehors de toutes les procédures légales et en violation du droit marocain et de pratiquement toutes les conventions internationales ratifiées par le Maroc.

Elle a commencé deux heures après la conférence de presse du lundi 9 février des ministres en charge de la nouvelle politique migratoire pendant laquelle ils ont dressé le bilan de la campagne de régularisation et ont annoncé de manière unilatérale, la fin de l’opération.  Non seulement cette annonce étonnante intervient sans la présence du CNDH, sans avoir invité ni les migrants ni les associations partenaires, mais alors que la commission nationale de suivi et de recours, instaurée conformément aux dispositions de la circulaire conjointe du ministère de l’Intérieur et de celui en charge des affaires migratoires de décembre 2013, n’avait pas encore amorcé le processus d’examen des demandes rejetées en première instance par l’administration marocaine.
Pire que tout, elle préparait l’opinion à des opérations de ratissage. Au-delà des violations flagrantes contre les droits humains en cours dans cette opération sécuritaire qui a raflé au moins 1 200 personnes, cela participe aussi à la fragilisation de l’image du Maroc à l’international et en Afrique, cela provoque l’arrêt brutal du processus de dialogue avec la société civile et de l’approche droit autour du phénomène migratoire, cela fragilise le CNDH et décrédibilise l’État marocain. Enfin, cela remet entièrement en question la campagne de régularisation et enfonce encore plus le pays dans le racisme et la xénophobie.

 En politique, le timing c’est important
Plus personne aujourd’hui ne retiendra les chiffres abstraits et complexes de la régularisation. Plus personne ne retiendra le processus de dialogue exemplaire et salué au Maroc et un peu partout dans le monde entre le gouvernement, des institutions nationales, des membres de la société civile, des chercheurs et des migrants. Plus personne ne retiendra, ou en tous cas, pas suffisamment, la générosité et l’effort du Maroc. Seule la gestion sécuritaire du problème des campements des migrants à la frontière sera débattue.

jeudi 27 novembre 2014

Protection des enfants : l’UNICEF interpelle le Maroc

Protection des enfants : l’UNICEF interpelle le Maroc

JAOUAD MDIDECH. La Vie éco,25/11/2014

La Convention internationale des droits de l’enfant a 25 ans. 
 L’UNICEF publie un rapport sur la situation de l’enfance dans le monde. 15 % des enfants dans le monde travaillent, 11% des filles sont mariées avant l’âge de 15 ans, violence, traitements cruels et dégradants… Le Maroc enregistre quelques avancées, mais il existe encore des défaillances: déperdition scolaire, pédophilie, exploitation sexuelle des mineurs, travail des enfants, mendicité…
unicef maroc

jeudi 24 juillet 2014

Le Sahara occidental vu de l'intérieur (parties 1, 2 et 3)



Laurence Aïda Ammour


Par Laurence Aïda Ammour

Chercheur auu CIDOB-Barcelone en charge des questions de sécurité

Publication: 17/7/2014


Ce papier est le fruit d'une enquête de terrain menée en équipe au Sahara occidental en 2013, auprès d'acteurs de la société civile (ONG et associations), d'entrepreneurs, d'agents économiques d'Etat, d'élus locaux, de responsables politiques, d'associations des droits de l'homme, ou encore de représentants d'organismes de production.
L'enquête portait sur les enjeux sociaux-économiques actuels, leurs ramifications identitaires, et leurs potentielles répercussions politiques pour le Maroc. Nous en présentons ici les premiers résultats, ainsi que les questionnements qui ont surgi tout au long des entretiens.
Il est clairement apparu que la dimension identitaire et politique était très présente dans les aspirations des jeunes Sahraouis, avec une coloration spécifique due au conflit, et qu'elle s'articule étroitement avec leurs attentes d'intégration économique en termes de mobilité sociale et de circulation des élites. En bref, les revendications d'équité, d'égalité des chances, de justice, de droits humains et de dignité, prennent un tour particulier compte tenu du contexte régional et international, sans que ce contexte n'en soit plus le déterminant principal.
Nous n'aborderons les aspects économiques du développement que pour les mettre en perspective avec les effets sociaux et politiques inattendus qu'ils génèrent et qui s'affirment toujours plus centraux pour le Sahara occidental lui-même, mais aussi pour l'Etat marocain. 

Des investissements sans effet d'entraînement social
Si c'est bien le conflit du Sahara occidental qui est à l'origine d'une politique de développement, d'équipement et d'ouverture internationale visant à arrimer le territoire au reste du Royaume dans une logique d'inclusion nationale et de ralliement des populations sahraouies au Royaume, la stratégie développementaliste impulsée il y a trois décennies n'a pas produit les résultats escomptés.
Ce que l'on constate au premier abord c'est le montant colossal des sommes investies dans les régions de Laayoune-Boujdour-Saqia El Hamra et Oued Ed Dahab-Lagouira qui représentent, avec celle de Guelmim-Es Smara, 59 % du territoire national mais ne comptent que 3 % de la population totale.
Les résultats comparatifs avec les autres régions du Maroc montrent certes l'ampleur des avancées, mais ces chiffres sont à relativiser compte tenu de leurs faibles effets d'entraînement, qui s'avèrent parfois même contre-productifs en matière de paix sociale, d'inégalités et de frustrations sociales.
L'économie du Sahara occidental reste très dépendante de l'Etat-providence alors même que le PIB par habitant est supérieur de 41% environ à la moyenne nationale. L'Etat contribue à son PIB à hauteur de 54%, alors qu'il ne représente que 4,3% du PIB national.
Le Sahara occidental concentre près de la moitié du budget national alloué aux aides sociales. Les aides directes distribuées par le programme de la Promotion nationale (PN) à quelques 34 000 personnes absorbent la moitié du budget alloué au niveau national.
Suite à la sédentarisation progressive des habitants depuis 40 ans, la population des villes s'est fortement accrue, avec une augmentation de 3 % du nombre des urbains entre 2004 et 2012. Ainsi par exemple, la ville de Dakhla qui ne comptait que 7000 habitants en 1975, en compte 170.000 aujourd'hui.
En 2012, le taux d'alphabétisation des habitants du Sud était de 67,8 % contre 61,7 % pour le reste du pays.
Si les indicateurs sociaux sont pour la plupart bien meilleurs que dans les autres régions du Maroc, il n'en demeure pas moins qu'ils sont insuffisants à satisfaire une population souvent jeune dont les attentes dépassent le strict cadre des acquis purement économiques.
De l'aveu même des responsables et des instances chargés de la gestion économique de la région, le diagnostic se révèle mitigé. Comme l'explique Nizar Bakara, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) : "Nous faisons face à deux défis: les problèmes d'accès, de coût élevé, et le manque de ressources humaines sur place pour accompagner le développement".
Le nouveau modèle de développement régional conçu en 2012 consistait à réévaluer et à recadrer les efforts entrepris durant la période précédente, essentiellement centrés sur la mise en valeur économique du Sahara occidental : infrastructures, aménagements urbains, logements, aides et subventions, 1.600 km de routes goudronnées sur 3.000 km, etc.
Cinq axes prioritaires avaient été identifiés pour corriger les effets pervers des investissements jugés inaptes à enclencher des mécanismes de création et de redistribution des richesses, ou à modifier en profondeur les règles d'exercice de l'autorité et de gestion des affaires publiques, l'urgence étant "de repenser pour préserver la cohésion sociale et bâtir la prospérité sur des bases durables":
  • la dynamisation de l'économie;
  • le raffermissement de la cohésion sociale et la mise en valeur de la culture;
  • l'amélioration de l'inclusion et le renforcement de la lutte contre la pauvreté;
  • la protection active de l'environnement et l'aménagement durable du territoire;
  • la définition d'une gouvernance responsable et inclusive
En novembre 2013, un second plan d'investissement de plus de 12,5 milliards d'euros a été lancé, afin de favoriser le décollage économique de la région en rendant plus opérants les secteurs productifs, dans la perspective d'un désengagement progressif de l'Etat à l'horizon des dix prochaines années . Dans le cadre du désenclavement du territoire saharien, le plan vise à améliorer sa connectivité avec d'autres zones en favorisant son intégration dans le bassin économique océanique allant de la côte nord du pays à celle de l'Afrique de l'Ouest. Pour ce faire, le Sahara occidental devra devenir un hub maritime, aérien et routier vers l'Afrique sub-saharienne et les Canaries. Le projet de "rocade atlantique" d'un montant de 300 millions d'euros se matérialisera dans l'élargissement de la route côtière entre Tiznit et l'extrême sud jusqu'à la Mauritanie.
Le second objectif est la création de 120.000 emplois pour les jeunes et les femmes. Ce gigantesque programme vise à doubler le PIB des trois provinces concernées, très peu peuplées, qui vivent essentiellement de la pêche et de l'administration publique. Il s'agit également d'attirer les investisseurs en accordant une fiscalité attractive et un cadre juridique stable, dans la mesure où l'exception fiscale qui a prévalu jusqu'à aujourd'hui n'a fait que susciter l'incertitude chez nombre d'entre eux.
Ce que suggèrent clairement les interviews menées sur place, ce sont les faibles retombées économiques et sociales des investissements engloutis dans cette région. Tous nos interlocuteurs s'accordent à dire qu'il faut favoriser les activités créatrices de revenus et ne plus se contenter des aides individuelles octroyées par l'Etat qui produisent une société d'assistanat et engendrent une forte frustration, en particulier chez les jeunes diplômés, relégués aux marges des sphères professionnelles et politiques. Car l'intégration ne se résume pas à un problème économique qui trouverait mécaniquement sa solution dans des investissements massifs. En d'autres termes, il a été erroné de croire que le développement économique induirait un apaisement des tensions sociales, désamorcerait la contestation d'un modèle d'organisation politique, et annihilerait les aspirations des nouvelles générations.

Le Sahara occidental vu de l'intérieur (partie 2)


Le chômage est particulièrement élevé chez les jeunes (28%), les femmes (35%), et les diplômés de l'enseignement supérieur (41%). En 2011, la part des jeunes de 15-24 ans représentait 8,4% du total des effectifs occupés dans la région contre 17,3% à l'échelle nationale, alors que les actifs de plus de 35 ans représentaient 60,8% des actifs, contre 54,5% au niveau national. Ce qui prouve bien que ce sont les jeunes et les femmes qui sont touchés de plein fouet par la question de l'emploi et des débouchés professionnels.. En effet, les femmes sont particulièrement affectées par les difficultés d'accès à l'emploi, même celles qui détiennent un diplôme. La baisse du taux de féminisation de la population active est plus forte au Sahara occidental qu'au niveau national. Le chômage féminin s'est accru, passant de 26,7% en 2007 (9,8% à l'échelle nationale) à 35,1% en 2011 (10,2% à l'échelle nationale). Ces niveaux de chômage s'expliquent par la faiblesse de la structure économique des provinces du Sud ainsi que par la faible employabilité des jeunes en raison de l'absence d'une politique d'orientation vers des filières adaptées aux besoins du marché local du travail.
Le système d'aide et de subventions allouées aux plus démunis et aux jeunes sans travail a créé ce que nombre de militants associatifs Sahraouis appellent "des positions de rente", une façon selon eux d'acheter la paix sociale qu'ils considèrent comme contraire à l'édification d'une collectivité citoyenne. "Les jeunes veulent du travail et pas l'aumône" disent-ils. L'économie de ces provinces se trouve de fait marquée par la prédominance de l'esprit de rente et par une faible activité marchande.
Si le développement infrastructurel du Sahara occidental a jusqu'ici été capital pour doter le territoire de ses bases économiques, il a aussi été un instrument politique au service de la cause nationale. Il semble qu'aujourd'hui les efforts de l'Etat doivent tendre à corriger les effets mitigés, sociaux et politiques, de ce développement, entendu dans sa seule dimension économique et entrepris par transferts du Nord au Sud sans productivité induite sur place. De l'avis même du Conseil Economique et Social, "le décollage économique des provinces du Sud n'a pas eu lieu". Des points faibles et des motifs de préoccupation persistent et soulignent les limites du modèle socio-économique appliqué aux provinces du Sud dont les effets suscitent un sentiment d'injustice et d'opacité au niveau de la gestion des affaires publiques chez les citoyens.
L'effort politique doit porter en premier lieu sur l'absence de renouvellement des élites et la persistance de mécanismes de cooptation claniques, tribaux, ou clientélistes (en particulier électoraux pour obtenir des privilèges), qui bloquent l'accès des plus jeunes aux positions locales de pouvoir. Au départ, en choisissant délibérément de nommer aux postes de responsabilités des notables locaux qui n'avaient pas forcément la confiance ou le respect des Sahraouis, l'Etat a perverti le système de gestion politique locale. Ces notables ont servi de rempart contre les risques de dissensions et de tiraillements avec Rabat. Du coup, les chefs traditionnels considérés légitimes par les populations locales, et qui auraient pu rendre crédible le système de gouvernement local nouvellement mis en place, ont été évincés. Certains ont même adhéré aux thèses du Polisario soit par ressentiment soit par dépit. Ce système nobiliaire s'est renforcé et a peu à peu formé un plafond de verre, l'un des obstacles majeurs à la démocratisation que la nouvelle ère constitutionnelle entamée en 2011 était censée réaliser.
La perspective des premières élections régionales fixées au printemps 2015, demeure donc un enjeu majeur de l'alternance politique indispensable à l'apaisement social dans le territoire.
Le second effort doit cibler la nature des dispositifs d'inclusion et de solidarité, afin de rompre avec les politiques sociales passives. Alors qu'un nombre important de personnes et de familles nécessiteuses ne perçoivent pas les aides sociales existantes, les 118 000 personnes qui en bénéficient regroupent majoritairement les inactifs vulnérables et les populations des camps Al Wahda. Ce qui a eu pour résultat de créer un sentiment de favoritisme et d'injustice. De plus, la politique sociale telle qu'elle est pratiquée se révèle problématique à un triple niveau: la dépense n'est ni optimisée ni contrôlée, elle ne recueille pas le soutien des citoyens car insuffisamment ciblée et enfin, elle ne favorise pas la prise d'initiative et l'autonomisation.
Le déficit de confiance est un autre point d'achoppement du credo développementaliste. Les signes d'une crise de confiance sont multiples et questionnent aussi bien la capacité des acteurs sociaux à construire leur représentativité et leurs interventions sur des bases autonomes, que celle des pouvoirs publics à respecter cette autonomie et à en tenir compte. Comme le constate le rapport du CESE, "le déficit de confiance est dû à la perception, chez les administrés, du non-respect de l'autorité de la loi. La non application de la règle de droit conduit à de nombreux coûts cachés (déficit de confiance dans les institutions et entre les citoyens, corruption, conflits d'intérêts, non-participation à la vie publique, faiblesse de l'investissement, tensions et explosions de violence).... Plusieurs intervenants ont stigmatisé le « sentiment d'impunité des élites » comme un des facteurs préoccupants de désagrégation du tissu social et comme un des motifs de perte de confiance dans le fonctionnement des institutions".
Si la question du Sahara occidental est pour le Maroc l'occasion de repenser le contrat social et l'identité nationale, il reste encore à réfléchir à un projet de société dans lequel le développement ne se résume pas à maintenir ce territoire sous perfusion financière, créant ainsi sur le long terme une dépendance insoutenable et un sentiment d'exceptionnalité mal accepté.


Le Sahara occidental vu de l'intérieur (dernière partie)

Publication: 22/07/2014 13h59

Une société en mutation travaillée par la question générationnelle
La question générationnelle est au cœur des transformations de la société sahraouie dont les revendications sociales actuelles se sont distanciées du dilemme antérieur de fidélité Etat-Polisario. Pour les jeunes nés après les années 80, c'est l'absence de projet de société et de perspectives de mobilité sociale qui posent problème.
La question de l'identité ressort des situations concrètes vécues par les nouvelles générations. Avoir un oncle à Tindouf, un autre employé dans un ministère à Rabat, un troisième en prison, est un facteur d'écartèlement entre plusieurs identifications à des causes antinomiques. Le discours du Polisario a ainsi pu représenter une forme d'affirmation de soi alternative, ou par défaut, comme l'idéologie islamiste peut être une façon de s'opposer à l'Etat. Tiraillés entre plusieurs identités, beaucoup de jeunes se sont emparés de la question des droits humains dans laquelle ils ont trouvé un moyen de surmonter ce dilemme d'identification, et de réélaborer la formulation de leurs revendications en la reliant à une cause universelle qui dépasse les enjeux strictement locaux.
Le système de valeurs a été perturbé par l'Etat lui-même à travers le système de la rente qui a contribué à reproduire et à alimenter les préjugés contre les Sahraouis de la part des gens du Nord : paresse, incapacité à se prendre en charge, indolence, etc. "Certains pensent que l'amélioration des conditions de vie des Sahraouis n'a eu aucun effet mécanique sur leur intégration sociale, aucun impact sur les structures sociales sahariennes qui restent autonomes, imperméables à tout changement exogène, rétives à toute interpénétration par des éléments 'allogènes' "
Paradoxalement pourtant, la rente, tout en renforçant ce préjugé de la part des gens du Nord, représente un moyen de pression des "assistés" qui expriment leur frustration légitime lors des mobilisations collectives pour l'accès à l'emploi, à l'éducation et contre la mainmise des élites locales.
Considérer la société sahraouie comme figée dans le carcan de la tradition c'est ignorer les mutations qu'elle a subi et les nouvelles problématiques qui émergent au sein de sa jeunesse. L'identité collective sahraouie est en construction. Depuis 10 ans, le Sahara est secoué par des turbulences socio-économiques récurrentes, qu'il s'agisse des revendications pour l'obtention de licences de pêche, des emplois ou du logement, avec une référence explicite à une identité sahraouie enracinée territorialement, qui se distingue du registre séparatiste ou indépendantiste.
Aujourd'hui les mobilisations des jeunes Sahraouis peuvent être interprétées comme un indicateur d'intégration dans la mesure où elles se sont distanciées du séparatisme qui fut à moment donné l'unique voie de contestation, pour interpeller directement l'Etat central et faire entendre leurs inquiétudes. Ce sont là l'expression d'une demande citoyenne et non pas d'une revendication purement politique. Elles illustrent un conflit générationnel entre les plus âgés qui ont trouvé normal de bénéficier passivement de subventions de longue durée, et les plus jeunes qui estiment qu'ils ont le droit d'accéder à un emploi, de vivre de leur travail et de se projeter dans l'avenir de manière active pour être des citoyens à part entière.

La question des droits de l'homme, enjeu central de l'avenir du Sahara occidental

Le processus de libéralisation entamé avec la Constitution de 2011 a été complété par la création du Conseil National des Droits de l'Homme (CNDH) la même année, un organisme indépendant qui possède plusieurs bureaux au Sahara occidental. Il a été mis en place pour en finir avec l'instrumentalisation des droits de l'Homme aussi bien par le Polisario que par l'Etat.
Conçu comme une entité neutre et de proximité, il a eu d'énormes difficultés à s'imposer comme un interlocuteur légitime, car il dérangeait à la fois ceux qui s'étaient approprié l'exclusivité des droits de l'Homme et ceux qui ne voulaient pas en entendre parler.
La délicate mission du CNDH est de renforcer les capacités de la population locale en matière de droits humains, de jouer le rôle de médiateur entre la société civile et les forces de sécurité, et de rendre régulièrement compte aux Nations unies. Dès sa création et son installation dans plusieurs villes du Sahara occidental, le CNDH a pu rapporter officiellement les nombreuses violations des droits de l'homme, et constater une sensibilité exacerbée sur cette question, liées à la dimension internationale du conflit qui fragilise la paix sociale. Il met en place des programmes de formation aux droits de l'homme, cherchant à contrecarrer l'approche purement sécuritaire qui a prévalu jusqu'à récemment, ainsi que la sur-politisation de la vie quotidienne.
Ainsi, le protocole de programme conjoint du CNDH avec la police établi il y a deux ans, vise à faire la pédagogie des contraintes locales auprès des officiers et à combattre leurs préjugés envers la population sahraouie. "Un Sahraoui doit toujours prouver qu'il n'est pas pro-Polisario face aux policiers. Les gens perdent ainsi beaucoup de temps avec les injonctions identitaires, le manque de respect et les préjugés. Ici, le moindre incident prend une ampleur démesurée".
Au moment de notre enquête, des entretiens entre une délégation du CNDH et le préfet de police de Laayoune étaient en cours pour informer les autorités locales du rôle de la commission régionale du CNDH, renforcer leur collaboration, "et respecter (le) travail (de la commission) consistant à protéger les citoyens contre d'éventuels dépassements et toute violation de leurs droits". Cette rencontre s'est soldée par la création d'un outil permanent de communication entre la direction de la préfecture de police et celle de la commission régionale des droits de l'Homme « dont le rôle est la formation et la sensibilisation aux droits de l'Homme chez les éléments des forces de sécurité, et la rapidité de traitement des plaintes, à travers des contacts permanents permettant d'évaluer le résultat de la coopération et son impact sur les droits de l'Homme dans la région".

La prise en main des droits de l'homme par le Maroc au Sahara occidental a été motivée par sa volonté d'en ôter l'exclusivité aux séparatistes et d'empêcher le Front Polisario de confisquer cette cause. Le Maroc a compris que celle-ci ne devait pas rester l'apanage des indépendantistes ou de tout autre acteur extérieur (ONU, Etats-Unis, Algérie, etc), et qu'il lui fallait donc affronter cette question sans tarder. En témoigne la réaction virulente de Rabat à la proposition américaine d'avril 2013 d'élargir le mandat de la MINURSO aux droits de l'homme. Cette proposition pourtant vite retirée, met le Royaume sous pression, l'oblige à ne pas fléchir sur cette question, à rester vigilant sur les bavures des forces de sécurité, et à faire preuve d'exemplarité dans ce domaine au risque de miner la crédibilité de son plan de régionalisation avancée.
Sur le plan intérieur, la persistance d'un conflit de dimension régionale et internationale, a permis à la société civile de s'emparer de la question des droits de l'homme pour en faire une cause spécifique mais aussi nationale. Au lieu de demeurer un point de blocage, elle a été le moteur d'une prise de conscience qui a fait tache d'huile dans l'ensemble du Maroc. En cela, les répercussions internes du conflit du Sahara occidental peuvent être envisagées comme une aubaine dans la mesure où le conflit oblige à repenser les cadres sociaux anciens, la gestion trop souvent sécuritaire des revendications sociales, et à stimuler les avancées démocratiques nées d'une situation non-démocratique particulière et localisée. Le Sahara occidental est ainsi appelé à devenir un modèle si la régionalisation s'accomplit dans les règles.
L'émergence des droits de l'homme doit ainsi être replacée dans le contexte plus large de demande sociale liée aux nouvelles identités émergentes et aux aspirations de justice et de dignité. Le CNDH, dans la lignée de l'Instance Equité et réconciliation, cherche ainsi à forger chez les jeunes une confiance et un sentiment d'appartenance territoriale et sociale pour qu'ils ne se sentent pas étrangers chez eux.
Compte tenu de l'enjeu national que représente la question du Sahara occidental, et si l'on en juge par le montant considérable des investissements passés et l'ambition des nouveaux plans programmés pour les années à venir, le Maroc s'achemine lentement mais sûrement vers son plan d'autonomie.
Pour Rabat, il s'agit d'une question intérieure et les efforts poursuivis depuis trois décennies ne laissent aucune place à une quelconque remise en question du futur statut de ce territoire. Même le retour des populations des camps de Tindouf a été anticipé et préparé pour permettre leur intégration dans l'environnement économique et social du Royaume. Une agence et un fonds dédié au soutien social et à l'intégration de ces populations seront prochainement mis en place.
Pour Driss El Yazami, président du CNDH, lors d'une session de formation destinée aux officiers de la sécurité nationale en mars 2014 à Laayoune, le respect des droits de l'Homme est une mission qui concerne à la fois la Justice, la Sûreté et les militants. beaucoup reste à faire.
Malgré les progrès accomplis depuis 2011, le travail que mène le CNDH pourrait s'avérer insuffisant si une réforme du secteur de sécurité n'est pas entreprise au niveau national afin que les droits humains ne demeurent pas, pour des raisons de politique internationale, une cause d'avenir uniquement défendue au Sahara occidental.


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vendredi 13 juin 2014

Une petite fille syrienne entre la vie et la mort pendant que l'Algérie et le Maroc se rejettent la responsabilité


HuffPost Maghreb,

L’un des enfants des deux familles syriennes bloquées depuis près de vingt jours dans le no man’s land entre la frontière algérienne (poste de Akid Lotfi) et la frontière marocaine (poste de Zouj Ebghal) se trouve dans "un état très grave" annonce la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH) dans un communiqué diffusé lundi 9 juin.
La petit fille âgée d'un an et demi "souffre de malnutrition" et "risque de ne pas passer la nuit" annonce même la LADDH dans un courriel adressé ce lundi à la presse qui précise qu'une délégation des sections d'Oran et Tlemcen s'est rendue sur les lieux. "Les deux familles n’ont absolument rien sauf une vieille carcasse de voiture et les cartons qu’ils ont pu ramasser (ni tente, ni nourriture, etc)". 

Responsabilité
Les autorités algériennes et marocaines "jouent à se jeter la balle en laissant souffrir ces deux familles et refusent de les laisser pénétrer sur leurs territoires respectifs", dénonce la LADDH. La frontière terrestre entre les deux pays étant fermée depuis 1994, elles ne peuvent passer ni dans l’un ni dans l’autre pays.
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jeudi 3 avril 2014

Manuel Valls répétitivement "de gauche" par LeHuffPost

manuel valls premier ministre
REMANIEMENT - "Dans ce pays, pour être de gauche, il faut le proclamer en permanence. Moi, je n'en ai pas besoin" assurait Manuel Valls en 2011.
Marqué à droite au sein du Parti socialiste, il n'a pourtant jamais cessé de justifier son ancrage à gauche, avant sa nomination à Matignon. La preuve en images dans notre rendez-vous vidéo, Ce qu'il ne fallait pas rater.

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http://www.huffingtonpost.fr/2014/04/01/video-manuel-valls-premier-ministre--gauche-moderne_n_5065744.html

mercredi 1 janvier 2014

Dieudonné, l’imposteur raciste, n’est pas l’ami du peuple palestinien

AFPS, Le Bureau national, 3/1/2014
Der­niè­rement Dieu­donné a déclaré au sujet de Patrick Cohen, jour­na­liste à France Inter : « Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage. » Il ne s’agit ni d’une « erreur » ni d’un dérapage. Mais de posi­tions anti­sé­mites clai­rement et déli­bé­rément assumées depuis une bonne dizaine d’années. Les exemples en sont innom­brables.
Dieu­donné n’est pas un simple humo­riste, c’est avant tout un militant poli­tique d’extrême-droite. Et il y a une spé­ci­ficité. Avec une forme d’expression par­ti­cu­lière (humour), un voca­bu­laire pseudo-​​révolutionnaire (anti­système), et une cible du style fas­ciste des années 30 (le complot du "pouvoir juif mondial", de la finance mon­diale, de l’axe Israël-​​USA …), Dieu­donné attire cer­taines caté­gories, par­ti­cu­liè­rement dans la jeu­nesse, que le Front national serait inca­pable de mobi­liser.
C’est le cas par exemple quand il fait applaudir le néga­tion­niste Robert Fau­risson par 5.000 per­sonnes au Zenith en 2008. C’est le cas aussi quand il inter­viewe Serge Ayoub, alias Batskin, le chef de l’organisation d’extrême-droite JNR, Jeu­nesses natio­na­listes révo­lu­tion­naires, dis­soute après la mort de Clément Méric. La vidéo se conclut par une poignée de main entre ces deux hommes et une décla­ration « On repré­sente la France d’en bas … on a le même ennemi, c’est une évidence ».
C’est le cas aussi quand il prétend défendre les Pales­ti­niens en déve­loppant des thèses racistes et anti­sé­mites sous le couvert de l’antisionisme. Il détourne ainsi au profit de l’extrême-droite le juste sen­timent d’exaspération face à l’amalgame fait par les sou­tiens de la poli­tique israé­lienne entre anti­sio­nisme et anti­sé­mi­tisme. Il donne prise à tous ceux qui se com­plaisent dans une dénon­ciation sélective des diverses formes de racisme. Il fait le jeu d’Israël et de tous ses sou­tiens qui cherchent à dis­cré­diter voire cri­mi­na­liser toute forme de contes­tation de la poli­tique israé­lienne..
L’AFPS condamne et rejette ces amal­games qui amènent à traîner devant les tri­bunaux en toute igno­minie les mili­tants du boycott citoyen qui dénoncent la poli­tique colo­niale et raciste de l’Etat d’Israël.
L’AFPS condamne et rejette toute ins­tru­men­ta­li­sation de la cause pales­ti­nienne au service de délires com­plo­tistes racistes qui font le jeu de ses adversaires.
Le peuple pales­tinien n’a aucun besoin de tels faux amis. Notre combat pour les droits nationaux du peuple pales­tinien se fonde sur les prin­cipes uni­versels du droit des peuples. Il suppose le rejet déterminé de toute forme de racisme, d’antisémitisme et d’islamophobie, poisons dan­gereux que nous com­bat­trons sans faiblesse.
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 Ebranler les hommes.


Taubira Dieudonne
Il est triste, infiniment triste, d'achever une année sur les pitreries obscènes d'un antisémite multirécidiviste
 Faut-il que son talent soit stérile pour qu'il n'ait d'autres motifs pour faire s'esclaffer des esprits irresponsables ou incultes ou pervers, qu'une tragédie, un génocide, un indicible drame, de ceux dont on sait qu'on ne guérira pas, car rien ne nous consolera jamais des enfants dont la destinée s'est interrompue, brusquement ; et avant même cette violence de la mort industrielle, qui ne distingue pas, frappe sans rien connaître de ses victimes, la violence de l'arrachement, de la malnutrition, de la maladie, du désarroi, de cet inconnu irrationnellement hostile, la violence de la révélation de parents démunis qui ne peuvent protéger que par l'amour. 
Faut-il frayer avec les monstres pour trouver quelque plaisir à se faire complice, après coup, de ce crime contre l'humanité ? 
Faut-il avoir rompu avec les hommes pour ne pas être saisi d'effroi à l'évocation de la machination démente qui a organisé le discrédit, la cabale, les rafles, le transport surencombré, la promiscuité, le tri à l'arrivée, l'entassement dans les camps, le rituel macabre de la procession jusqu'aux chambres à gaz ? Faut-il avoir le cœur sec comme une branche tombée depuis des millénaires et pétrifiée, pour ne pas voir un semblable dans l'autre, homme, femme, enfant, celle, celui qui nous manque d'avoir été exterminé par cette froide folie ? "Au nombre des choses capables d'ébranler les hommes, il y a le souci des autres". Albert O. Hirshman.

Agir. Réfléchir et agir. Relire attentivement la circulaire du 27 juin 2012 pour voir si nous aurions oublié une ligne, une virgule dont dépendrait l'efficacité des poursuites. Examiner note par note ce qui aurait pu être traité différemment, plus sévèrement. Comment faire face à cette nouvelle épreuve pour la démocratie ?
La démocratie s'enorgueillit d'avoir conscience que la justice des hommes est faillible. Pour en limiter les risques, elle a prévu des garanties, l'audience publique, le débat contradictoire, les droits de la défense, l'appel, et même le doute qui doit profiter à l'accusé. Elle a prévu des procédures et convient de leur nullité en cas de non-respect des règles.
C'est sa grandeur, sa supériorité sur les régimes totalitaires ou même simplement autoritaires. C'est aussi sa servitude. Sa vulnérabilité. Mais elle doit être capable de se défendre. La liberté d'expression doit demeurer le principe. Ce principe ne peut servir de paravent à des ignominies. Ce qui relève du débat public doit être débattu. Ce qui relève de la Justice doit être sanctionné. Ces ignominies sont des délits. Elles sont matière pour la Justice. La Justice n'a pas failli. Les procureurs ont poursuivi, les juges ont jugé. Les condamnations sont multiples. Il appartient aux magistrats d'apprécier le degré de gravité qu'induit la multirécidive. Mais il revient aussi à la Justice de veiller à l'exécution de ses décisions. C'est une condition de sa crédibilité et de sa justesse. L'organisation frauduleuse d'insolvabilité est punie par la loi, aux termes de l'article 314-7 du code pénal ; et si elle est avérée, elle doit faire l'objet des diligences nécessaires. Au titre de l'unité de l'Etat, le Trésor public doit être en mesure de procéder, par tous moyens de droit, au recouvrement des sommes dues au regard des décisions de justice.
Sanctionner avec efficacité est indispensable mais ne suffira pas. Pas lorsqu'un pitoyable bouffon spécule davantage sur les dividendes d'un scandale que sur les risques judiciaires.
Ces provocations putrides testent la société, sa santé mentale, sa solidité éthique, sa vigilance. Il nous faut y répondre, car la démocratie ne peut se découvrir impuissante face à des périls qui la menacent intrinsèquement. Il faut donc descendre dans l'arène, disputer pied à pied, pouce par pouce l'espace de vie commune, faire reculer cette barbarie ricanante, la refouler, occuper le terrain par l'exigence et la convivialité.
Car il est hors de question de commencer l'année en "livrant le monde aux assassins d'aubes" (Aimé Césaire).

http://www.huffingtonpost.fr/christiane-taubira/christiane-taubira-dieudonne_b_4534918.html?utm_hp_ref=christiane-taubirahttp://www.huffingtonpost.fr/christiane-taubira/christiane-taubira-dieudonne_b_4534918.html?utm_hp_ref=christiane-taubira

dimanche 14 juillet 2013

François Hollande et les seins d’Amina

 Inna Schevchenko, Mouvement des femmes FEMEN

Monsieur François Hollande,

Il y a peu de temps, les activistes Femen ont été libérées après un mois d'emprisonnement dans les geôles tunisiennes pour avoir protesté seins nus en faveur d'Amina Sboui, militante tunisienne de 19 ans, enfermée injustement depuis près de deux mois pour avoir tagué le mot "FEMEN" sur un mur. Elle s'était opposée ce jour-là, à travers ce symbole de féminisme et de rébellion, à un rassemblement illégal de quarante mille salafistes. Elle risque 12 ans de prison pour association de malfaiteurs.
Le 29 mai 2013, à 10h30, devant le palais de justice de Tunis, nous avons risqué nos vies et nos libertés pour défendre celle de cette jeune femme que nous n'avions jamais rencontrée auparavant, pour défendre qui elle était et ce qu'elle représentait.
Et vous Monsieur François Hollande, qu'avez-vous risqué pour défendre les nôtres?
  • C'est parce que nous avons honte de la France aujourd'hui, de son mutisme, de son inertie et de sa peur, que nous vous interpellons, vous, Président.
  • Parce que nous avons honte de cette France qui s'est tue pendant notre incarcération, pendant la sienne, et pendant celle des autres, rappeurs, bloggeurs et opposants.
  • Parce que nous avons honte de cette France qui a souri cette semaine à la Tunisie islamiste.
  • Parce que nous avons honte de cette France qui sait et qui ferme les yeux.
  • Parce que nous avons honte de cette France qui nous a arrêtées et remises en prison pour 24h, cinq jours seulement après notre retour, pour avoir voulu vous appeler, vous Président, à prendre des positions claires et fermes lors de votre visite en Tunisie. Parce que nous avons honte que vous ne l'ayez pas fait.
  • Mais parce que nous pensons qu'il n'est pas trop tard.
Nous activistes, nous féministes, nous femmes françaises, nous vous appelons, vous Président, vous socialiste, vous humaniste, à prendre le parti des femmes, et à prendre le parti de cette jeunesse active en laquelle vous comptiez tant miser.
  • Vous Président, vous devez sortir de votre silence pour défendre rageusement la liberté d'expression, et pour condamner fermement toutes atteintes aux droits de la Femme et aux droits de l'Homme.
  • Vous Président, vous devez défendre sabre aux dents ce symbole de rébellion, de liberté, de courage et de changement qu'est Amina Sboui. Vous devez prononcer son nom, soutenir son combat et exiger sa libération.
  • Vous Président, vous devez vous ériger contre cette islamisation croissante de la Tunisie et du monde arabe. Vous devez refuser de signer des accords avec des gouvernements aux prises des islamistes. Vous devez refuser de serrer les mains de ceux qui ont volé la révolution au peuple tunisien et qui enferment toutes celles et ceux qui le dénoncent.
  • Vous Président, vous devez vous ranger du côté de l'Humain et de la Liberté, et vous opposer, quel qu'en soit le prix, comme Amina l'a fait, comme nous l'avons fait et comme FEMEN continuera de le faire, à la dangereuse islamisation du monde arabe, dont les premières victimes sont toujours les femmes.
  • Vous Président, vous devez réveiller le militant humaniste qui est en vous et entendre la rumeur qui gronde, les femmes sont dans la rue, elle vous appelle :
Non à l'islamisation, liberté pour les femmes, liberté pour Amina !
Signé les prisonnières françaises en Tunisie, FEMEN

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 François Hollande et les seins d’Amina

Karim Ben Smail, Tunis, Rue897/7/2013

Tribune
Karim Ben Smaïl est le directeur des éditions Cérès à Tunis, une maison fondée il y a 50 ans. Elle édite des classiques arabes et français. C’est un proche de la lycéenne au T-shirt de soutien à Amina décrite dans ce texte.
Jeudi 4 juillet, François Hollande, en visite d’Etat en Tunisie, est dans un des deux lycées français de Tunis, accompagné de plusieurs ministres. Au programme : rencontre avec des personnalités de la société civile et avec les meilleurs bacheliers de l’année.
Pendant cette rencontre, à Sousse, se déroulait une audience du procès d’Amina, cette jeune Tunisienne de 18 ans qui a écopé de deux ans de prison pour avoir écrit « Femen » sur un muret à Kairouan ; en réalité pour avoir publié sa photo sur le Net, avec « mon corps m’appartient, il n’est l’honneur de personne » peint sur sa poitrine nue.
16 heures, les lycéens commencent à arriver, l’une d’entre eux porte un T-shirt à l’effigie d’Amina, les policiers tunisiens lui interdisent l’accès. « Va te changer, va acheter un autre T-shirt, tu rentrera pas ! ». La lycéenne ne se démonte pas, et remet la pression sur les épaules des sbires : « Vous êtes sûrs ? Vous ne voulez pas d’abord demander aux responsables du lycée ? ».
Cafouillage, le proviseur est appelé, un peu nerveux, il y va de son sermon : « On t’a pas invitée pour ça et de toutes façons tu n’es pas sur la liste d’invités », vain mensonge qui reviendra tout au long de l’incident.
Amira Yahyaoui est dans l’établissement présidente de l’association « Al Bawsala », elle est parmi les personnalités de la société civile tunisienne qui vont s’entretenir avec Hollande devant les caméras. Sa question va précisément porter sur Amina.

« C’est moi qui ferait ce geste à sa place »

Quand elle est informée de ce qui se passe devant les grilles du lycée, elle sort tout de suite et exige qu’on laisse entrer la jeune fille. Refus catégorique de la sécurité tunisienne, sur instructions du proviseur et de certains cadres de l’Institut Français, organisateur de la rencontre.
« Vous entrez, pas elle, pas avec son T-shirt ». Comprenant que tout ce beau monde avait peur d’un geste à la Femen devant le président, Amira Yahyaoui leur dit : « Dans ce cas, c’est moi qui ferait ce geste à sa place »… Et l’accès lui est également interdit.
Situation délicate, A. Yahyaoui doit être devant Hollande et les caméras dans quelques minutes. Tergiversation, vent de panique dans le personnel diplomatique. Le « dossier » monte d’un cran, et un proche conseiller de l’ambassadeur finit par prendre la situation en main, le staff de la sécurité du président s’en mêle.
« Mme Yahyaoui, pouvez vous nous garantir que cette jeune fille ne va pas faire un bêtise ?
- Je vous le garantis, mais vous respectez son souhait de garder son T-shirt. »
Le malabar demande à la lycéenne de confirmer : « Tu me donnes ta parole ? ». On lui prête un T-shirt sombre pour couvrir le sien, « juste pour passer la garde tunisienne ».

Une photo qui peut nuire à Hollande ?

Dix minutes plus tard, les lycéens sont en rang d’oignons devant le président et ses invités, notre frêle lycéenne est entourée de quatre « gardes du corps » qui ne la quittent pas des yeux, prêts à intervenir. Ses amis, inquiets, l’interrogent : « C’est quoi le problème ? ».
Hollande a fini ses entretiens, il se dirige vers les lycéens, dont notre fauteuse de troubles, qui esquisse alors le geste d’enlever son T-shirt sombre, mouvement de panique des gardes qui se rapprochent d’elle, à portée d’intervention.
Quand Hollande lui serre la main, elle porte le T-shirt scandaleux, mission accomplie ! Mais elle sera interdite de photo avec le président, les gorilles faisant physiquement barrage et l’empêchant d’approcher. Pitoyable.
En quoi une photo aurait-elle pu nuire à l’image de Hollande ? Comment sa réputation aurait-elle souffert d’être vu aux côtés d’une image de solidarité avec une jeune fille jetée aux fers par le pouvoir, et qui sans nul doute deviendra un des symboles de la résistance ?

Les aberrations du système français

C’est sans doute une anecdote sans grandes conséquences sinon celle de démontrer une fois de plus les aberrations du « système » français : une personnalité tunisienne est invitée à présenter publiquement devant le Président le « cas Amina », alors même qu’une autre jeune femme, issue des élites de l’école française locale, se voit interdire l’accès justement à cause d’un soutien trop visible à Amina.
Les élites des lycées français doivent être « bien sûr elles-mêmes, normalisées et conformes à ce que l’on attend d’eux » : brillants et obéissants. Aucune fantaisie n’est tolérée, surtout ils ne doivent pas exprimer d’opinions devant le chef, le proviseur y veille ; quitte à les « rayer des listes ».
Tout ce que cette jeune lycéenne voulait faire, c’est attirer l’attention sur le sort d’Amina Sboui, une autre Tunisienne de son âge, et qui croupit dans les geôles de la Tunisie post-révolutionnaire, risquant une lourde peine dès que tout ce beau monde aura plié bagage.
Tout ce que le staff présidentiel a retenu, c’est que Hollande aurait pu se voir imposer le spectacle insupportable d’une paire de seins. Et alors ? Cela me fait penser à cette phrase de Mao : « Quand le sage montre la lune du doigt, l’imbécile regarde le doigt ».
Je laisse le mot de la fin à Amira Yahyaoui, dont le courage et le culot forcent une fois de plus l’admiration. A la fin de ce numéro de grand guignol, elle a résumé l’épisode à un proche de l’ambassadeur de France (le seul qui a su garder de la hauteur et son calme) : « Vous n’avez rien compris, ce n’est pas ses seins que cette jeune fille est venue vous montrer, c’est son courage ». Ça c’est une femme tunisienne !

NB : Amina Sboui est toujours en prison, sous deux chefs d’accusation fallacieux : possession d »une « bombe à gaz », en fait un spray d’autodéfense, et profanation d’un lieu de culte, pour avoir écrit « Femen » sur un muret de ciment proche d’un cimetière.
Elle risque plusieurs années de prison, ne bénéficie que de peu de solidarité, et garde une dignité et un courage remarquables. Lors de sa dernière comparution devant un juge, elle à jeté à terre le châle traditionnel (safsari) dont on voulait la recouvrir.