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mercredi 1 janvier 2014

Dieudonné, l’imposteur raciste, n’est pas l’ami du peuple palestinien

AFPS, Le Bureau national, 3/1/2014
Der­niè­rement Dieu­donné a déclaré au sujet de Patrick Cohen, jour­na­liste à France Inter : « Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage. » Il ne s’agit ni d’une « erreur » ni d’un dérapage. Mais de posi­tions anti­sé­mites clai­rement et déli­bé­rément assumées depuis une bonne dizaine d’années. Les exemples en sont innom­brables.
Dieu­donné n’est pas un simple humo­riste, c’est avant tout un militant poli­tique d’extrême-droite. Et il y a une spé­ci­ficité. Avec une forme d’expression par­ti­cu­lière (humour), un voca­bu­laire pseudo-​​révolutionnaire (anti­système), et une cible du style fas­ciste des années 30 (le complot du "pouvoir juif mondial", de la finance mon­diale, de l’axe Israël-​​USA …), Dieu­donné attire cer­taines caté­gories, par­ti­cu­liè­rement dans la jeu­nesse, que le Front national serait inca­pable de mobi­liser.
C’est le cas par exemple quand il fait applaudir le néga­tion­niste Robert Fau­risson par 5.000 per­sonnes au Zenith en 2008. C’est le cas aussi quand il inter­viewe Serge Ayoub, alias Batskin, le chef de l’organisation d’extrême-droite JNR, Jeu­nesses natio­na­listes révo­lu­tion­naires, dis­soute après la mort de Clément Méric. La vidéo se conclut par une poignée de main entre ces deux hommes et une décla­ration « On repré­sente la France d’en bas … on a le même ennemi, c’est une évidence ».
C’est le cas aussi quand il prétend défendre les Pales­ti­niens en déve­loppant des thèses racistes et anti­sé­mites sous le couvert de l’antisionisme. Il détourne ainsi au profit de l’extrême-droite le juste sen­timent d’exaspération face à l’amalgame fait par les sou­tiens de la poli­tique israé­lienne entre anti­sio­nisme et anti­sé­mi­tisme. Il donne prise à tous ceux qui se com­plaisent dans une dénon­ciation sélective des diverses formes de racisme. Il fait le jeu d’Israël et de tous ses sou­tiens qui cherchent à dis­cré­diter voire cri­mi­na­liser toute forme de contes­tation de la poli­tique israé­lienne..
L’AFPS condamne et rejette ces amal­games qui amènent à traîner devant les tri­bunaux en toute igno­minie les mili­tants du boycott citoyen qui dénoncent la poli­tique colo­niale et raciste de l’Etat d’Israël.
L’AFPS condamne et rejette toute ins­tru­men­ta­li­sation de la cause pales­ti­nienne au service de délires com­plo­tistes racistes qui font le jeu de ses adversaires.
Le peuple pales­tinien n’a aucun besoin de tels faux amis. Notre combat pour les droits nationaux du peuple pales­tinien se fonde sur les prin­cipes uni­versels du droit des peuples. Il suppose le rejet déterminé de toute forme de racisme, d’antisémitisme et d’islamophobie, poisons dan­gereux que nous com­bat­trons sans faiblesse.
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 Ebranler les hommes.


Taubira Dieudonne
Il est triste, infiniment triste, d'achever une année sur les pitreries obscènes d'un antisémite multirécidiviste
 Faut-il que son talent soit stérile pour qu'il n'ait d'autres motifs pour faire s'esclaffer des esprits irresponsables ou incultes ou pervers, qu'une tragédie, un génocide, un indicible drame, de ceux dont on sait qu'on ne guérira pas, car rien ne nous consolera jamais des enfants dont la destinée s'est interrompue, brusquement ; et avant même cette violence de la mort industrielle, qui ne distingue pas, frappe sans rien connaître de ses victimes, la violence de l'arrachement, de la malnutrition, de la maladie, du désarroi, de cet inconnu irrationnellement hostile, la violence de la révélation de parents démunis qui ne peuvent protéger que par l'amour. 
Faut-il frayer avec les monstres pour trouver quelque plaisir à se faire complice, après coup, de ce crime contre l'humanité ? 
Faut-il avoir rompu avec les hommes pour ne pas être saisi d'effroi à l'évocation de la machination démente qui a organisé le discrédit, la cabale, les rafles, le transport surencombré, la promiscuité, le tri à l'arrivée, l'entassement dans les camps, le rituel macabre de la procession jusqu'aux chambres à gaz ? Faut-il avoir le cœur sec comme une branche tombée depuis des millénaires et pétrifiée, pour ne pas voir un semblable dans l'autre, homme, femme, enfant, celle, celui qui nous manque d'avoir été exterminé par cette froide folie ? "Au nombre des choses capables d'ébranler les hommes, il y a le souci des autres". Albert O. Hirshman.

Agir. Réfléchir et agir. Relire attentivement la circulaire du 27 juin 2012 pour voir si nous aurions oublié une ligne, une virgule dont dépendrait l'efficacité des poursuites. Examiner note par note ce qui aurait pu être traité différemment, plus sévèrement. Comment faire face à cette nouvelle épreuve pour la démocratie ?
La démocratie s'enorgueillit d'avoir conscience que la justice des hommes est faillible. Pour en limiter les risques, elle a prévu des garanties, l'audience publique, le débat contradictoire, les droits de la défense, l'appel, et même le doute qui doit profiter à l'accusé. Elle a prévu des procédures et convient de leur nullité en cas de non-respect des règles.
C'est sa grandeur, sa supériorité sur les régimes totalitaires ou même simplement autoritaires. C'est aussi sa servitude. Sa vulnérabilité. Mais elle doit être capable de se défendre. La liberté d'expression doit demeurer le principe. Ce principe ne peut servir de paravent à des ignominies. Ce qui relève du débat public doit être débattu. Ce qui relève de la Justice doit être sanctionné. Ces ignominies sont des délits. Elles sont matière pour la Justice. La Justice n'a pas failli. Les procureurs ont poursuivi, les juges ont jugé. Les condamnations sont multiples. Il appartient aux magistrats d'apprécier le degré de gravité qu'induit la multirécidive. Mais il revient aussi à la Justice de veiller à l'exécution de ses décisions. C'est une condition de sa crédibilité et de sa justesse. L'organisation frauduleuse d'insolvabilité est punie par la loi, aux termes de l'article 314-7 du code pénal ; et si elle est avérée, elle doit faire l'objet des diligences nécessaires. Au titre de l'unité de l'Etat, le Trésor public doit être en mesure de procéder, par tous moyens de droit, au recouvrement des sommes dues au regard des décisions de justice.
Sanctionner avec efficacité est indispensable mais ne suffira pas. Pas lorsqu'un pitoyable bouffon spécule davantage sur les dividendes d'un scandale que sur les risques judiciaires.
Ces provocations putrides testent la société, sa santé mentale, sa solidité éthique, sa vigilance. Il nous faut y répondre, car la démocratie ne peut se découvrir impuissante face à des périls qui la menacent intrinsèquement. Il faut donc descendre dans l'arène, disputer pied à pied, pouce par pouce l'espace de vie commune, faire reculer cette barbarie ricanante, la refouler, occuper le terrain par l'exigence et la convivialité.
Car il est hors de question de commencer l'année en "livrant le monde aux assassins d'aubes" (Aimé Césaire).

http://www.huffingtonpost.fr/christiane-taubira/christiane-taubira-dieudonne_b_4534918.html?utm_hp_ref=christiane-taubirahttp://www.huffingtonpost.fr/christiane-taubira/christiane-taubira-dieudonne_b_4534918.html?utm_hp_ref=christiane-taubira

vendredi 8 novembre 2013

Racisme en France : Christiane Taubira et Faouzi Lamdaoui dénigrés

Même le conseiller du président Hollande n’y échappe pas

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par Yacine Farah, El Watan, 7/11/2013

 
 Faouzi Lamdaoui et Christiane Taubira
| © D. R.
Faouzi Lamdaoui et Christiane Taubira
 

Une vague de dénigrement s’acharne sur les élus et responsables politiques d’origines maghrébine et africaine en France. Il ne se passe pas un jour sans que des noms soient jetés en pâture à l’opinion publique par des propagandistes d’extrême droite. Christiane Taubira et Faouzi Lamdaoui en sont les victimes les plus édifiantes.

Paris (France)
De notre bureau


Christiane Taubira, ministre française de la Justice, est l’objet depuis plusieurs semaines d’une campagne de racisme affiché. Elle a été successivement assimilée à un singe par Anne-Sophie Leclère, tête de liste Front national (FN) aux municipales à Rethel (Ardennes), dans un photomontage diffusé sur France 2 le 17 octobre 2013, et traitée de guenon, le 25 octobre 2013 à Angers lors d’une manifestation d’opposants au mariage pour tous, par une fillette de dix ans au cri «La guenon mange la banane». Il aura fallu que le socialiste Jean Glavany interpelle le gouvernement, exprime sa honte et sa révolte pour que les députés républicains, de gauche et de droite, apportent leur soutien à la ministre.
Faouzi Lamdaoui, conseiller du président de la République française, militant de la diversité et de l’égalité citoyenne, est victime, à son tour, d’un «bashing» en règle, déclenché par un article pour le moins tendancieux de Charlie Hebdo, qui semble alterner les fausses révélations et les insertions mensongères, en montant en épingle une histoire de pain au chocolat qui aurait été demandé par M. Lamdaoui à un officier de sécurité.
Le policier et son collègue n’auraient trouvé que ce prétexte risible pour se venger d’une éviction pour d’autres raisons. Laurent Léger, auteur de l’article, n’en est pas à son coup d’essai. Il a fait des enquêtes sulfureuses sa spécialité. Il s’est déjà illustré, dans le passé, par des articles consacrés à Azouz Begag quand il était ministre délégué à l’Egalité des chances et à Yazid Sabeg quand il était commissaire à la diversité.

La diversité culturelle peine à percer
Compagnon historique de François Hollande, proche parmi les proches avec Stéphane Le Foll et Michel Sapin, Faouzi Lamdaoui, depuis sa prise de fonction à la présidence de la République, travaille à la promotion de l’égalité et de la diversité. Il est notamment à l’initiative du concert pour la tolérance du 14 juillet 2013 au Champ de Mars, qui a connu un succès retentissant avec 1,5 million de spectateurs, et de l’émission  «Parcours gagnant» sur France 2. Il est un relais incontournable entre l’Elysée, la société civile, les banlieues et les quartiers populaires.

L’esprit maurrassien soufflerait-il de nouveau sur la braise ?
Les vieux démons de l’ostracisme traquent un symbole de la diversité, s’acharnent sur leur proie et la livrent, sans autre forme de procès, au délire populiste. L’extrême droite, en embuscade, ramasse les prébendes électorales. La diversité culturelle, partout présente dans la vie quotidienne, peine à percer le plafond de verre du pouvoir. La technocratie régnante protège jalousement ses privilèges. Le politiquement incorrect est désormais un code de conduite politique, et le tir à vue sur les quelques dirigeants franco-maghrébins et franco-africains, sortis de l’ombre, est devenu le sport favori des antidémocrates.
  

samedi 8 juin 2013

Henri Weber : «L’extrême gauche et l’extrême droite diffèrent radicalement»


Henri Weber en 2007, lors de l'université d'été du Parti socialiste.
Henri Weber en 2007, lors de l'université d'été du Parti socialiste. (Photo Jean-Pierre Muller. AFP)

Interview Le député européen (PS), ancien de la Ligue communiste, refuse de renvoyer dos à dos les deux familles politiques.

Le député européen Henri Weber a été l'un des confondateurs de la Ligue communiste, en 1969, avant de rejoindre le Parti socialiste dans les années 80. Il livre son analyse des familles politiques dites «extrêmes», en France, qu'il ne renvoie surtout pas dos à dos.
Après la mort de Clément Méric, certains responsables politiques, comme Jean-François Copé, ont mis sur le même plan extrême gauche et extrême droite. Qu’en pensez-vous ?
C’est une vieille ânerie. L’extrême gauche et l’extrême droite diffèrent radicalement par leur idéologie, leur projet, leurs valeurs. La première partage l’idéologie humaniste des Lumières et de la Révolution française : liberté, égalité, solidarité, droits de l’homme, démocratie... Mais elle pèche par excès : par ultra-démocratisme, ultra-volontarisme, ultra-rationalisme. Elle veut la démocratie directe et non la démocratie parlementaire, l’égalité des conditions, non l’égalité des chances et des droits. Elle croit que la volonté suffit à surmonter les difficultés et ne tient aucun compte des contraintes objectives et des rapports de force qui s’opposent à la réalisation de son idéal émancipateur. Mais au fond, l’extrême gauche relève de la même idéologie que la gauche, c’est d’ailleurs pourquoi l’une et l’autre peuvent s’allier aisément.
L’extrême droite, au contraire, est xénophobe, raciste, chauvine, ultra autoritaire. Elle exècre les valeurs et l’idéologie qui sont à la base de notre République, et auxquelles la droite civilisée a fini par se rallier. C’est pourquoi l’alliance entre ces deux droites est si contre-nature. Raymond Aron disait de l’extrême gauche «elle a oublié que qui veut faire l’ange fait la bête», et de l’extrême droite «elle exprime la barbarie qui demeure sous la mince pellicule de la civilisation».
Les passerelles entre les deux gauches sont-elles plus que jamais d'actualité ?
L’effondrement du communisme à la fin du siècle dernier a réduit les différences idéologiques. Le Front de gauche a mis beaucoup d’eau dans son vin par rapport à l’extrême gauche que j’ai connue. Il a intégré partiellement les leçons du XXe siècle. Il ne clame plus «nationalisation-planification-autogestion», comme le faisait même le PS dans les années 1970. En fait l’extrême gauche actuelle est hémiplégique. Elle a conservé du marxisme sa critique radicale du capitalisme et de la société bourgeoise, mais elle a abandonné son projet alternatif : la socialisation des entreprises, la direction de l’économie par le plan, la démocratie des conseils de salariés... L’extrême gauche n’a aucune alternative crédible à opposer au projet réformiste d’une démocratie sociale, écologique et européenne que portent les socialistes. Cela crée des passerelles.
Le rapport à la violence a-t-il aussi changé au sein des groupes d’extrême gauche ?
Sans doute certains groupuscules considèrent-ils que le salut est dans la violence, mais ils ne sont pas visibles. On n’est plus du tout dans la même situation que lors des années 70. L’extrême gauche, à cette époque, a mené des actions très violentes, notamment en Italie et en Allemagne, ce qui a mené aux années de plomb. Cette violence, l’extrême gauche française y a renoncé en 1973 [à l’issue de la dissolution de la Ligue communiste, ndlr]. Avant cela, elle agissait pour interdire aux groupes fascistes de s’exprimer dans l’espace public. L’extrême gauche a renoncé à cette méthode, contre-productive à mon sens, et a décidé de combattre l’extrême droite sur le terrain politique, et non plus par la violence. Je crois que c’est un progrès. La réponse principale, c’est d’essayer de traiter le mal, et non ses symptômes. Le mal, c’est la montée de l’insécurité sociale. C’est positivement qu’on viendra à bout de l’extrême droite.
Celle-ci ne s’est-elle pas renforcée ces derniers mois ?
Elle a bénéficié d’une montée de la violence verbale et symbolique. Des gens qui ne viennent pas de l’extrême droite ont tenu des propos très excessifs à l’occasion des débats sur le mariage homosexuel. Quand la violence politique s’installe, cela crée des effets aux marges sur certains individus. Il faut rester très vigilant, car la situation économique et sociale se prête parfaitement à l’essor de ces groupes fascistes et nationalistes. D’autant que le recentrement du Front national, sous la férule de Marine Le Pen, leur libère un espace à droite. Pour moi, il faut recourir à la dissolution des groupes violents. Mais c’est le Front national qui constitue le véritable péril. Les groupuscules comme les Jeunesses nationalistes révolutionnaires ne sont que des épiphénomènes.

 http://www.liberation.fr/societe/2013/06/08/henri-weber-l-extreme-gauche-et-l-extreme-droite-different-radicalement_909282

mercredi 25 avril 2012

Sur le 1er Mai, l'ombre de Pétain

Par Laurent Mauduit , mediapart, 24/4/2012
 La nouvelle polémique du jour, celle qui oppose Nicolas Sarkozy à François Hollande au sujet de la fête du 1er Mai, pourrait apparaître comme une simple péripétie de la campagne présidentielle. Une péripétie secondaire, au regard des grands enjeux de l’élection, ceux qui ont trait à l’avenir d’une Europe en crise ou à ceux d’une France rongée par le chômage et la précarité. On aurait tort pourtant de ne pas s’y attarder. Car dans sa folle équipée pour draguer les voix de l’extrême droite et transformer l’UMP en un parti de droite extrême, le président sortant a franchi un pas de plus.  
Un pas symbolique mais hautement révélateur, puisqu’il en est venu à imaginer une commémoration du 1er Mai qui ressemble fort à celle qu’avait conçue, en d’autres temps… le maréchal Pétain ! Nulle outrance dans ce constat ! Il transparaît des propos mêmes qu’a tenus le chef de l’Etat et de la controverse qu’elle a suscitée. Reconstituons donc d’abord la joute, pour en discerner ensuite les arrière-pensées. 

Elle commence lundi matin 23 avril, au lendemain du premier tour de la présidentielle. Sortant de son siège de campagne, le champion de l’UMP annonce aux journalistes qu’il a l’intention d’organiser le 1er Mai la fête du « vrai travail ». Sa porte-parole, Nathalie Kosciusko-Morizet, précise dans la foulée que cela devrait prendre la forme d’un rassemblement à Paris, par exemple au Trocadéro.

 Lors d'un meeting quelques heures plus tard à Saint-Cyr-sur-Loire, dans la banlieue de Tours, Nicolas Sarkozy s’applique ensuite à expliquer ce qu’est pour lui le « vrai travail ». « C'est celui qui a construit toute sa vie sans rien demander à personne, qui s'est levé très tôt le matin et s'est couché très tard le soir, qui ne demande aucune félicitation, aucune décoration, rien, c'est celui qui a commencé tout en bas, qui s'est hissé le plus haut possible et qui se dit: "je veux que mes enfants puissent vivre mieux que moi et commencer plus haut que moi" », dit-il avant d’ajouter : « Le vrai travail, c'est celui qui se dit: "oh, j'ai pas un gros patrimoine, mais le patrimoine que j'ai, j'y tiens, parce qu'il représente tellement de sueur, tellement de milliers, de milliers d'heures de travail, tellement de peine, tellement de sacrifices, tellement de souffrance, ce patrimoine-là, on ne me le volera pas, j'ai trimé pour ce patrimoine-là mais je n'ai pas l'intention de m'excuser d'avoir construit cette vie". C'est ça, le vrai travail ! (…) C'est celui qui dit : "toute ma vie j'ai travaillé, j'ai payé mes cotisations, j'ai payé mes impôts, je n'ai pas fraudé, et au moment de mourir, je veux laisser tout ce que j'ai construit à mes enfants sans que l'Etat vienne se servir". » Le ton est donc donné. 

Ayant le culot de se présenter, de nouveau, en candidat du peuple et des humbles, lui qui a arrosé de cadeaux cinq ans durant ses richissimes supporters du Fouquet’s ; ayant le front de se déguiser en candidat anti-système, lui qui a pour conseiller Alain Minc, le chef de l’Etat use d’une harangue proche de Marine Le Pen. A droite, toute ! De manière allusive, Nicolas Sarkozy suggère donc que s’il défend le « vrai travail », c’est parce que la France est aussi un pays de fainéants ; s’il en appelle aux forces vives, s’il s'adresse directement au peuple, c’est aussi parce que le pays est tiré vers le bas par les syndicats. Attaques répétées de Sarkozy contre les syndicats En clair, Nicolas Sarkozy annonce qu’il va organiser “son” 1er Mai – par contraste au 1er Mai des bras cassés, celui des personnels protégés et autres permanents syndicaux. 

Le lendemain matin, sur France Inter, son conseiller Henri Guaino poursuit la charge sur le même registre populiste. « On avait pris l’habitude de ne voir défiler le 1er Mai que les permanents syndicaux », déplore-t-il. « Vous voulez dire qu’il y aura deux fêtes, celles des travailleurs et celle des fainéants ?» lui demande le journaliste. « Non, il y aura la fête des permanents syndicaux et il y aura la fête des travailleurs », insiste Henri Guaino. Et ces mots-là viennent de loin : voilà en effet plusieurs semaines que Nicolas Sarkozy mène campagne contre les « corps intermédiaires », comme il les a appelés ; en clair contre les syndicats, dénonçant un jour la CGT, le lendemain la CFDT, et leur reprochant de « faire de la politique » plutôt que de « défendre les intérêts des salariés ». Henri Guaino par franceinter 

 Dès le lundi, François Hollande s’indigne à juste titre de cette campagne populiste antisociale et antisyndicale de Nicolas Sarkozy, pour draguer les voix de l’extrême droite ; de cette sorte de contre-manifestation qu’il veut organiser, face à la manifestation traditionnelle des travailleurs et de leurs syndicats : « Cela voudrait dire qu'il y aurait un faux travail en France, qu'il y aurait finalement une opposition à organiser entre les travailleurs eux-mêmes, ou entre les travailleurs et les chômeurs, ou entre les travailleurs et les assistés ? Non. S'il y a eu la fête du travail, c'est parce qu'il y a eu des hommes et des femmes qui voulaient se réunir », s’indigne le candidat socialiste lundi soir, lors d’un meeting à Lorient. Dénonçant l’organisation d’une « fête des uns contre les autres », il ajoute encore : « Ça voudrait dire qu'il y aurait un faux travail en France ? Qu'il y aurait finalement une opposition à organiser ce jour-là, le 1er Mai, entre les travailleurs eux-mêmes ? Ou entre les travailleurs et les chômeurs ? Ou entre les travailleurs et les assistés ? Non ! » a-t-il conclu. Réponse claire et nette ! Et pourtant, François Hollande aurait pu dire encore plus. Car on ne peut s’empêcher de penser que cette volonté affichée par Nicolas Sarkozy d’organiser une fête du « vrai travail » le 1er Mai s’inscrit dans une filiation historique qui n’a naturellement pas échappé à son initiateur. 

 Car à l’origine, le 1er Mai n’est évidemment pas la fête du travail, mais celle des travailleurs. C’est la fête des opprimés contre les oppresseurs ; c’est la grande journée internationale de solidarité des travailleurs du monde entier. Faut-il que la droite sarkozyste ait perdu tous ses repères républicains pour que l’on soit conduit à devoir rappeler ce qui est aux racines de l’histoire du mouvement ouvrier ? C’est à l’occasion de son deuxième congrès, le 20 juin 1889, à Paris, que la Deuxième Internationale a voté le principe d’une journée de mobilisation et de solidarité internationale des travailleurs, suggérant qu’elle ait lieu chaque année le 1er Mai, en commémoration du début des grèves qui, trois ans plus tôt, à Chicago, aux Etats-Unis, avaient débouché sur une répression meurtrière. Avec à la clef la pendaison, pour l'exemple, des principaux meneurs des grévistes. Henri Guaino, qui tourne en dérision les permanents syndicaux manifestant le 1er Mai, a-t-il besoin qu'on lui rappelle les noms des martyrs de Chicago ? Comme l'indique ce site, beaucoup d'entre eux étaient arrivés sur le sol américain de fraîche date en provenance d'Europe. Ils avaient pour nom – c'est leur mémoire que l'on commémore le 1er Mai –, Auguste Spies, né à Hesse (Allemagne), en 1855 ; Samuel Fielden, sujet anglais, né en 1846 ; Oscar Neebe, né à Philadelphie, en 1846 ; Michel Schwab, né à Mannhelm (Allemagne), en 1853 ; Louis Lingg, né en Allemagne, en 1864 ; Adolphe Fischer, né en Allemagne, en 1856 ; Georges Engel, né en Allemagne, en 1835 ; Albert Parsons, Américain, né en 1847. Pétain décrète « la fête du Travail et de la Concorde sociale » Et le 1er mai 1891, à Fourmies, dans le nord de la France, l’invitation de la IIe Internationale s’enracine dans la tradition de la gauche européenne à cause d’un nouveau drame : la troupe tire sur la foule pacifique des ouvriers qui manifeste et fait dix morts. 

 Or, un seul régime, depuis, a cherché à balayer cette tradition, et c’est celui du maréchal Pétain, en voulant rompre avec cette logique de solidarité ouvrière, pour instaurer une fête… du travail. Pas du « vrai » travail mais c’est tout comme… Le leader de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, a fait cet utile rappel, ce mardi matin, sur France Info. Le 1er mars 1941, à Saint-Etienne, Pétain prononce d’abord un discours en forme d’adresse aux « ouvriers, techniciens et patrons français », récusant la lutte des classes, encourageant la défense du bien commun et la création de comités sociaux. Une affiche est éditée (que Rue89 a eu la bonne idée d’exhumer) pour rendre compte de cette allocution. Puis le 24 avril suivant, le maréchal Pétain instaure officiellement le 1er Mai comme « la fête du Travail et de la Concorde sociale ». L’églantine rouge, chère auparavant à la gauche, est remplacée par le muguet.

Cette histoire-là, celle, glorieuse et cruelle, des combats ouvriers de la fin du XIXe siècle, comme celle, honteuse, du régime de Vichy, Nicolas Sarkozy ne l’ignore naturellement pas. Il faut donc prendre ces allusions pour ce qu’elles sont : un clin d’œil appuyé et délibéré aux heures les plus sombres de la France. C’est Jean-François Kahn qui le dit ce mardi dans un communiqué, et c’est naturellement la morale de cette controverse Sarkozy-Hollande autour du 1er Mai : « Pour la première fois depuis des lustres, on entend un discours ouvertement pétainiste sortir de la bouche d’un président de la République encore en place. Quoi qu’on pense de Hollande, son challenger social-démocrate, l’hésitation n’est plus possible, plus tolérable : tous les républicains, tous les démocrates qui refusent, par patriotisme, le discours de guerre civile et de lacération de notre nation commune, qu’ils se réclament de Jaurès, de Clemenceau, de De Gaulle, de Mendes France ou de Robert Schuman, doivent voter de façon à barrer la route à l’apprenti sorcier et à permettre qu’on tourne cette page. »

mercredi 20 octobre 2010

Développement et banalisation de l'extrême droite en Europe

Par Bernard Teper, Respublica, 14/10/2010
Aux élections européennes de juin 2009, l’extrême droite a réalisé un score à deux chiffres dans sept États membres (Pays-Bas, Belgique, Danemark, Hongrie, Autriche, Bulgarie et Italie), et une performance entre 5 et 10 % dans six autres États (Finlande, Roumanie, Grèce, France, Royaume-Uni et Slovaquie). On peut rajouter la dernière percée de l’extrême droite suédoise (5,7 %) en 2010. 
Après la poussée de l’extrême droite dans quelques pays, dont la France avec le FN dans les années 80, la dernière période est marquée par une généralisation de l’implantation de l’extrême droite en Europe. Cette généralisation s’accompagne d’une banalisation dommageable de l’extrême droite :
- dans plusieurs pays, elle est au gouvernement ce qui lui permet de s’implanter dans l’appareil d’État. Ce n’est pas encore le cas en France heureusement.
- dans plusieurs pays, cet état de fait organise une pression sur les droites dont une partie semble réceptive aux sirènes de cette extrême droite. C’est le cas de la France malheureusement.
- dans plusieurs pays dont la France, des militants de la gauche et de l’extrême gauche font le virage vers l’extrême droite comme dans les années 30 avec les dérives de Doriot, Déat et de leurs séides.
Bien évidemment, tout cela est dû à la crise du capitalisme et à l’incapacité des gauches de fournir une alternative radicale, mais crédible alors qu’elles se sont vautrées dans l’acceptation d’une alternance conduite avec le même paradigme que les politiques néo-libérales. Il va de soi par exemple en France que l’incapacité des gauches y compris certaines qui sont anti-libérales de faire leur autocritique sur la période passée et notamment de la période Jospin risque d’être lourde de conséquences.
Qu’on se le dise, la montée de l’extrême droite n’est que la conséquence de l’inconséquence des gauches dans un état donné de la crise du capitalisme. Pour combattre les extrêmes droites, il faut d’abord les combattre pied à pied sans indulgence, développer des stratégies à front large, mais aussi proposer une alternative radicale aux politiques jusqu’ici employées. Il faut donc changer de paradigme.
Sans ce changement de paradigme, les couches populaires (ouvriers, employés, majoritaires dans le pays) ne s’allieront pas avec les couches moyennes (minoritaires dans ce pays, mais très influentes) et dans ce cas, la situation continuera de développer la tendance notée ci-dessus.
Mais comment construire une alternative sans faire son deuil de la sinistre CMU anti-populaire mais charitable (avec son effet de seuil) pour lui préférer la solidarité et donc l’accès à la prévention et aux soins de qualité partout et pour tous sans effet de seuil ?
Mais comment construire une alternative sans dire que plus jamais la gauche ne devra diminuer le temps de travail en baissant le salaire des ouvriers et des employés comme elle l’a fait sous le gouvernement Jospin lors de la deuxième loi sur les 35 heures alors qu’elle ne l’avait pas faite en 1936 et en 1981 ?
Mais comment construire une alternative sans remettre en cause l’ensemble des politiques menées par les gouvernements de gauche au pouvoir y compris lorsque ces gouvernements avaient comme ministres des dirigeants aujourd’hui à la tête de partis sociaux-libéraux ou anti-libéraux ! Car leurs politiques n’avaient pas rompu alors avec la logique néolibérale sur de nombreux sujets importants ( la protection sociale, les services publics, l’école dans tous ses secteurs, l’Union européenne, la laïcité, la politique, recherche et innovation industrielles, l’économie républicaine de gauche, répartition des richesses, etc.) ?
Mais comment construire une alternative crédible en défendant aujourd’hui sur les retraites, la répartition par le revenu différé avec neutralité actuarielle qui entraîne un écart hommes-femmes abyssal de 38 % alors que le dépassement du capitalisme appelle à lui préférer la répartition par le salaire socialisé lié à la qualification ?
Mais comment construire une alternative sans organiser une éducation populaire de grande ampleur pour tous y compris chez les ouvriers et les employés pour mettre en débat non seulement la nécessaire résistance aux politiques néolibérales, mais aussi la politique alternative nécessaire ? Ce ne sont pas les programmes des partis de gauche et d’extrême gauche réalisés par un petit cénacle dans chacun des partis sans aucun débat démocratique d’ampleur qui sont à la hauteur des enjeux. Les congrès-grands-messes qui font « écho aux applaudissements imbéciles » (alors que Jean Jaurès dans son discours à la jeunesse à Albi disait : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. ») ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Faudra-t-il vivre sous une autre forme ce que l’humanité a déjà vécu ?
Aujourd’hui, même en France, nous avons cette politique anti-républicaine contre les Roms. Comment est-ce possible ? La réponse est ci-dessus.
Est-il possible de vivre un sursaut des gauches ou sommes nous condamnés à revivre le passé si bien décrit par ce texte de Martin Niemöller, pasteur protestant, arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen puis transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau, où il écrivit ces lignes :
« Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait personne pour protester. »

mardi 10 août 2010

Le "sarkozisme", une nouvelle forme d’extrême-droite ?

Par Georges Sali, Bakchich, 10/8/2010
La posture xénophobe du chef de l’Etat pose un énorme problème dès lors que ce dernier a la responsabilité constitutionnelle de veiller, entre autres, à l’unité de la Nation.
Les récentes déclarations du président de la République à Grenoble ne peuvent être prises à la légère au motif qu’elles auraient été exprimées sous le coup de l’émotion (émeutes dans une cité), ou encore dans un objectif politicien (la reconquête de l’électorat du FN). Que Nicolas Sarkozy tienne des propos du niveau du café du commerce peut faire hausser les épaules. Que ces propos soient l’expression du chef de l’État pose un énorme problème dès lors que ce dernier a la responsabilité constitutionnelle de veiller, entre autres, à l’unité de la Nation.
En annonçant la déchéance de la nationalité française à des citoyens Français d’origine étrangère ayant commis des actes criminels graves, il veut donner satisfaction à ceux des Français qui se laissent convaincre par le discours xénophobe. Il ne dit certes pas la suite que ces mêmes Français entendent pourtant dans le discours présidentiel : la perte de la nationalité veut dire pour eux « se tenir à carreau ou sinon il y aura perte des protections sociales voire expulsion du territoire national ». Il faut d’ailleurs voir la mine déconfite de
Marine Le Pen commentant le discours du président Sarkozy pour voir que ce dernier a fait mouche dans son objectif d’apparaître comme le « défenseur des Français contre ces étrangers coupables qui ne méritent pas d’être Français ».
Ce faisant, M. Sarkozy établit une distinction totalement inacceptable entre citoyens français. Dans sa vision, il y a ceux qui sont de vrais Français (qui ne peuvent donc perdre leur nationalité) et ceux qui ne le sont pas vraiment (à qui l’on peut donc retirer leur nationalité).
Notre République prescrit que tout acte criminel doit valoir sanction à son auteur selon les dispositions du code pénal et de sa procédure et cela, de façon égale et identique pour tous les individus (quelle que soit d’ailleurs la nationalité). Avec le schéma défendu par M. Sarkozy, un même acte criminel sera jugé en intégrant la question des origines de son auteur et entraînera donc des conséquences différentes selon qu’il soit citoyen français d’origine étrangère ou pas. Il y a là une évolution juridique considérable qui soulève de graves questions.
Et il faut immédiatement se poser la question suivante : comment l’administration va-t-elle s’y prendre pour déterminer le niveau de « francité » d’une personne ? Mentionnera-t-on désormais dans un fichier de police à créer la généalogie de chacun, sur 3 ou 4 générations par exemple, pour mesurer ce « taux » de francité ? Et l’autre conséquence majeure de ce type de logique (la nationalité Française selon le mérite) conduit immanquablement à créer progressivement des catégories nouvelles de sous citoyens sur des critères additionnels : la religion, l’orientation sexuelle, l’infirmité mentale, etc… Cela ne vous rappelle rien ? Les Allemands s’en souviennent eux !
Il ne s’agit pas ici de se jouer à se faire peur. La discrimination entre citoyens français a eu des précédents dans notre pays, il n’y a pas si longtemps : aux 19ème et début du 20ème siècle, le code indigène appliqué en Algérie faisait que les habitants berbères ou Arabes se voyaient attribuer le statut de « Français musulman » sur leur carte d’identité leur donnant un statut de sous citoyens quasiment sans droits civiques voire civils. Sous Vichy, le gouvernement avait engagé la création d’un fichier tentant de recenser tous les Français de confession israélite en vue de les écarter des responsabilités, de les spolier et, pour beaucoup, de les éliminer.
Naturellement, on nous objectera que M. Sarkozy ne veut pas de cela. Mais l’impact de son propos est énorme et la récente interview de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, exprimant sans détour que la question de l’immigration était posée ne peut que nous alarmer. Si le pouvoir actuel vérifie le constat fait par le philosophe Alain selon lequel « en tout homme l’action éteint la conscience », il est alors de notre responsabilité de rappeler à ce pouvoir la mise en garde prémonitoire de Nietzsche : « prenons garde qu’à combattre les monstres nous ne devenions nous-mêmes des monstres » !
Ce qui est sous-jacent dans le discours présidentiel, c’est que l’on n’est pas français par le droit du sol seulement : il faut aussi le mériter. Or, pour M. Sarkozy, la question doit être posée pour chaque Français issu de l’immigration.
Mais de quelle immigration parle-t-il ? Il en fixe les contours dans son discours : celle venue depuis 50 ans et qui manifestement est en échec d’intégration. La définition est donc précise : cinquante ans ? cela nous renvoie au lendemain des décolonisations en Afrique et, plus particulièrement, à la dramatique séparation de l’Algérie en échec d’intégration ? cela vise tout fils ou petit-fils d’immigré vivant dans une cité ghetto, citoyen français mais avec une couleur de peau, un faciès, un nom et prénom, un accent, etc…, ayant fréquenté une école publique qui arrive de moins en moins à réduire l’échec scolaire de masse, qui galère de petits boulots en petits boulots, confronté à des discriminations réelles…
Le président de la République justifie son propos stigmatisant les Français d’origine immigrée sur le constat que les statistiques de la délinquance montrent bien que ce sont des individus issus de cette immigration (celle depuis 50 ans et en échec d’intégration) qui en sont les auteurs. Il y aurait donc un lien de cause à effet évident, statistiquement prouvé. La délinquance est le fait de cette population : elle mérite donc un traitement spécial avec notamment, pour commencer, la déchéance de la nationalité.
M. Sarkozy ne se demande pas un instant si l’échec de l’intégration tient au fait que la République qu’il préside n’assume pas son devoir d’intégration de tous ses citoyens par le respect des droits sociaux, culturels et économiques fondamentaux que pourtant elle est censée garantir à tous ? Évidemment, cela porterait un regard cruel sur ses politiques économiques et sociales régressives et foncièrement inégalitaires qui enferment toujours plus les catégories sociales pauvres dans l’impasse et le désespoir.
Non, il est plus commode pour lui de faire droit à un discours de plus en plus répandu selon lequel il y aurait une immigration « inintégrable » par définition. Certains intellectuels, pas tous classés à droite d’ailleurs, assurent depuis quelques années (dans la ligne de la « guerre de civilisations » revendiquée par les néo-conservateurs anglo-saxons) qu’une partie de l’immigration en France n’était pas intégrable à la République et à ses valeurs, notamment en ce qu’elle est composée de musulmans. Ce discours doctement théorisé permet de donner une légitimité intellectuelle (la défense de la démocratie) à une attitude politique soi-disant rationnelle (les statistiques supposées non ethniques). Le tour est joué.
Mais adopter une politique d’État fondée sur de telles prémices, signifie que la France peut rentrer dans un système politique post-démocratique. Je ne dis pas dictatorial dès lors que la forme démocratique resterait respectée. Mais tous les ingrédients de la ségrégation pourront se mettre en place, dans tous les domaines, processus qui serait hautement facilité par les technologies de l’électronique et de la biologie applicables à chacun des citoyens.
Si nous n’y prenons pas garde, la voie tracée par l’idéologie qui semble se concrétiser dans le propos de M. Sarkozy, mènera vers une impasse démocratique majeure qui sera un immense défi lancé à notre République.
Nous ne pouvons nous taire devant une telle perspective. Et les responsables politiques progressistes n’ont aucune raison de se retrancher dans une position de prudence. Car l’essentiel est bien en jeu.
La machine est lancée et il faut la stopper tant qu’il en est temps.
Georges Sali, Président des élus socialistes de Saint-Denis