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lundi 22 juin 2015

La militante d'Europalestine, Olivia Zémor agressée sur la voie publique

Olivia Zémor a été agressée samedi lors d’un rassemblement à Paris concernant la situation des prisonniers palestiniens et notamment celle de Khader Adnan, en grève de la faim depuis 47 jours et dans un état critique.
 
Une jeune femme que la police a arrêtée, emmenée au commissariat, et identifiée, s’est précipitée sur la présidente de CAPJPO-EuroPalestine, alors qu’elle participait à l’installation du matériel, à 14 H, et l’a aspergée de gaz lacrymogènes sur le visage, à l’aide d’une bombe lacrymo.
 
Cette jeune femme, que personne parmi nous ne connaissait, et à qui personne n’avait adressé la parole, n’agissait apparemment pas seule, un groupe de la LDJ ayant été repéré sur la place Edmond Michelet à Beaubourg, dès l’arrivée des membres d’Europalestine.
 
La police avertie, exerçait une surveillance dès le départ, et a pu l’ interpeller en possession de cette arme au moment de l’agression, visiblement préméditée, car le rassemblement était annoncé sur les réseaux sociaux.
 
La victime a déposé plainte et pu faire constater ses brûlures.
 
Pendant ce temps le rassemblement s’est déroulé normalement. De très nombreux passants sont venus prendre connaissance de la manière criminelle, illégale et arbitraire, dont le gouvernement israélien arrête, emprisonne et torture en permanence des milliers de palestiniens, femmes, hommes et enfants, sans que nos dirigeants lèvent le petit doigt. 

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vendredi 26 septembre 2014

AG de l’ONU : Benkirane et Mezouar en lieu et place du Roi

AG de l’ONU : Benkirane et Mezouar en lieu et place du Roi
Abdelilah Benkirane et Salaheddine Mezouar en discussions lors de l'ouverture de l'AG de l'ONU, mercredi à New York. /DR

Alors qu’on l’annonçait à l’ouverture de la 69e Assemblée Générale de l’ONU, le Roi Mohammed VI a annulé, mardi soir, sans explications publiques, son voyage à New York, pour rester au Maroc.
Pour remplacer le Roi, le Premier ministre, Abdelilah Benkirane, et le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Salaheddine Mezouar, ont assisté au discours d’ouverture de Barack Obama, mercredi à New York au siège des Nations Unies.
Alors que la guerre contre l’Etat Islamique (EI) va occuper la majorité des réunions de cette AG, Abdelilah Benkirane s’est félicitée devant la presse de la politique sécuritaire du Maroc, qui participe activement à « combattre le fléau aveugle » de l’EI. Le Premier ministre a notamment insisté sur l’adoption, la semaine dernière, d’un projet de loi sur la lutte contre le jihadisme à l’étranger, permettant de poursuivre en justice toute personne cherchant à se rendre dans les zones de conflit.
Ce projet de loi rejoint la résolution adoptée, mercredi, par le Conseil de sécurité de l’ONU qui impose aux Etats d’empêcher leurs citoyens de s’enrôler dans des organisations jihadistes.
aufait

vendredi 13 juin 2014

Une petite fille syrienne entre la vie et la mort pendant que l'Algérie et le Maroc se rejettent la responsabilité


HuffPost Maghreb,

L’un des enfants des deux familles syriennes bloquées depuis près de vingt jours dans le no man’s land entre la frontière algérienne (poste de Akid Lotfi) et la frontière marocaine (poste de Zouj Ebghal) se trouve dans "un état très grave" annonce la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH) dans un communiqué diffusé lundi 9 juin.
La petit fille âgée d'un an et demi "souffre de malnutrition" et "risque de ne pas passer la nuit" annonce même la LADDH dans un courriel adressé ce lundi à la presse qui précise qu'une délégation des sections d'Oran et Tlemcen s'est rendue sur les lieux. "Les deux familles n’ont absolument rien sauf une vieille carcasse de voiture et les cartons qu’ils ont pu ramasser (ni tente, ni nourriture, etc)". 

Responsabilité
Les autorités algériennes et marocaines "jouent à se jeter la balle en laissant souffrir ces deux familles et refusent de les laisser pénétrer sur leurs territoires respectifs", dénonce la LADDH. La frontière terrestre entre les deux pays étant fermée depuis 1994, elles ne peuvent passer ni dans l’un ni dans l’autre pays.
LIRE AUSSI: Lakhdar Brahimi sur la Syrie: "Toute la région risque d'exploser"
Le président syrien Bachar al-Assad décrète une "amnistie générale"

samedi 3 mai 2014

Sahara occidental : L’ONU fait abstraction des droits de l’Homme






Sauf événement majeur de dernière minute, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira mardi et devrait voter une résolution concernant le Sahara occidental. Néanmoins le texte ne devrait pas prévoir de système de contrôle des droits de l'Homme.
C’est une véritable douche froide pour tous ceux qui attendaient du Conseil de sécurité une résolution concernant le contrôle des droits de l’Homme dans la zone du Sahara occidental, détenu par le Maroc mais revendiqué par les indépendantistes du Front Polisario. 
 La résolution qui a été préparée par les Etats-Unis « ne mentionnera pas de mécanisme sur les droits de l’Homme » a précisé un des diplomates du Conseil. Le but est donc clairement de jouer l’apaisement avec le Maroc alors que l’an dernier la question avait provoqué de très vifs échanges entre Washington et Rabat. Considéré comme neutre, ce texte ne devrait pas en principe, rencontrer de réticences et devrait à priori être voté sans problèmes. Alors que le mandat de la Minurso, la mission de l’Onu au Sahara Occidental est renouvelée chaque année en avril, il semble que cette année tout le monde veuille éviter les accrocs diplomatiques. Cela fait désormais 23 ans que la Minurso est présente dans la région et elle est en principe chargée de veiller au respect du cessez-le-feu entre le Front Polisario, toujours soutenu par l’Algérie, et le Maroc. Mais depuis plusieurs mois les ONG accusent le royaume de bafouer les droits de l’Homme et demandent à la communauté internationale de réagir. Ce vote, si il est confirmé, sera alors une véritable déconvenue pour ceux qui attendaient du changement.

La suite logique de la résolution de décembre dernier
Alors que depuis presque 40 ans le statut du Sahara occidental fait débat, l’ONU s’est prononcée en faveur d’un règlement de la situation en décembre dernier. La résolution affirmait de manière prononcée son soutien à Christopher Ross chargé par Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, de faire avancer le dossier. D’après les termes du texte s’inscrivant dans le cadre de la situation des 16 territoires non autonomes inscrits sur la liste de décolonisation, toutes les parties ont été invitées a coopérer avec le Comité international de la Croix-Rouge. Cette mention a été faite pour mettre en avant l’obligation que les pays concernés ont au regard du droit international humanitaire. C’est d’ailleurs sur la question des droits de l’homme que le Maroc qui administre le Sahara Occidental a été plusieurs fois pointé du doigt. La résolution demandait également à l’époque au Comité spécial chargé d’étudier la situation de continuer à présenter des rapports réguliers sur les territoires sahraouis.
Initialement, le Conseil de sécurité de l’Onu devait voter la résolution américaine cette semaine, mais pour des raisons dites techniques ce sera donc mardi. Une chose est certaine les militants des droits de l’Homme ont perdu leur bataille.

vendredi 28 février 2014

Maroc : la querelle avec Paris s'exacerbe, Hollande apporte des "clarifications" au roi




Le président de la République, François Hollande, et le roi du Maroc Mohammed VI, le 24 mai 2012 à l'Élysée (Archives).
Le président de la République, François Hollande, et le roi du Maroc Mohammed VI, le 24 mai 2012 à l'Élysée (Archives).
Crédit : AFP / JOEL SAGET
 

L'incident diplomatique entre la France et le Maroc a pris une ampleur telle, que François Hollande a appelé le roi Mohammed VI pour apporter des "clarifications".

La querelle diplomatique entre le Maroc et la France, née la semaine dernière de plaintes déposées à Paris contre un haut responsable marocain, s'est exacerbée lundi 24 février, au point d'amener François Hollande à contacter le roi Mohammed VI afin d'apporter des "clarifications".

Report de la visite de Nicolas Hulot

Le Maroc, un proche allié de la France, ne décolère pas depuis jeudi dernier et l'annonce du dépôt, par une ONG, de deux plaintes pour "complicité de torture" contre le patron de son contre-espionnage, Abdellatif Hammouchi. Le royaume est en particulier furieux contre la descente effectuée ce jour-là par sept policiers à la résidence de son ambassadeur pour notifier à Hammouchi - dont la présence à Paris avait été rapportée - une convocation émanant d'un juge d'instruction. Il reproche notamment aux autorités françaises d'avoir ignoré les canaux diplomatiques.

Dans un communiqué, le Quai d'Orsay a tenté samedi d'apaiser la tension, évoquant un "incident regrettable" et promettant que "la lumière" serait faite. Mais le Maroc a signifié qu'il jugeait cette démarche insuffisante en décidant unilatéralement du "report" d'une visite de Nicolas Hulot, "envoyé spécial du président français pour la planète", prévue lundi et mardi.

Nouvelle polémique

Entre-temps, une autre polémique est venue alourdir l'atmosphère : dimanche soir, les autorités marocaines ont vivement dénoncé des propos prêtés à l'ambassadeur de France à Washington par l'acteur espagnol Javier Bardem, producteur d'un documentaire sur le Sahara occidental et bête noire de Rabat.

Le Maroc est une "maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n'est pas particulièrement amoureux mais qu'on doit défendre", aurait affirmé en 2011 ce diplomate, selon Bardem, alors que Paris est un soutien traditionnel du royaume sur le dossier du Sahara, une ex-colonie espagnole contrôlée par Rabat mais revendiquée par des indépendantistes. Le Quai d'Orsay a catégoriquement démenti, mais le royaume a fustigé des propos "scandaleux et inadmissibles".

"Relations d'exception"

Face à ce sérieux coup de froid, François Hollande a téléphoné lundi soir à Mohammed VI, actuellement en tournée africaine, a annoncé le Palais royal. "A la lumière des clarifications apportées (...), les deux chefs d'Etat ont convenu de poursuivre les contacts durant les prochains jours au niveau des deux gouvernements, et d'oeuvrer dans l'esprit des relations d'exception qui lient le Maroc et la France", a ajouté la même source.

En matinée, Paris avait déjà indiqué avoir reçu l'ambassadeur marocain en France, Chakib Benmoussa, pour poursuivre le "dialogue dans l'esprit d'amitié confiante qui lie" les deux pays. Les deux plaintes, "pour complicité de torture", à l'origine de cette crise émanent de l'ONG Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (Acat). Le Maroc avait immédiatement rejeté les accusations et convoqué l'ambassadeur de France à Rabat.

Plaintes pour torture

Lundi, l'Acat a pour sa part critiqué les promesses du Quai d'Orsay face au courroux marocain, estimant que "dans une démocratie" la diplomatie n'a "absolument pas le droit de s'immiscer dans le fonctionnement du pouvoir judiciaire". L'une des deux plaintes a été déposée au nom d'un militant pour l'autodétermination du Sahara occidental, Ennaâma Asfari, condamné en 2013 à 30 ans de prison et qui dit avoir signé des aveux sous la torture.

Dimanche, le dépôt d'une troisième plainte, pour "torture", a en outre été annoncée en France contre le patron du contre-espionnage marocain, par l'avocat d'un ancien sportif, Zakaria Moumni, condamné et détenu pendant 17 mois au Maroc entre 2010 et 2012. La plainte en France se base sur le principe de "compétence universelle" applicable à la convention internationale contre la torture, à partir du moment où la personne visée se trouve en France.

Les autorités marocaines n'ont pas officiellement réagi à ce dernier cas. La relation entre la France et le Maroc est d'ordinaire bien cadrée : Paris est le premier partenaire commercial de Rabat et, en 2012, le volume des échanges a atteint huit milliards d'euros. Les liens humains et culturels sont également nombreux, au même titre que les déplacements de responsables français. François Hollande a effectué une visite d'Etat en avril 2013, quatre mois après la venue du Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

mardi 4 février 2014

Maroc - Sahara Occidental : le Président sahraoui appelle l’ONU à agir











 par Malick Hamid 25/1/2014, mis à jour 3/2/2014








Le Président sahraoui, Mohamed Abdelaziz, a appelé, jeudi, les Nations unies à « prendre les démarches nécessaires à la mise en œuvre des engagements de décolonisation au Sahara occidental en permettant au peuple sahraoui d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance à travers l’organisation urgente d’un référendum libre, juste et intègre ».


L’information a été rapportée par Liberté Algérie qui indique que « le Front Polisario a fait part à Christopher Ross de ses préoccupations concernant les violations des droits de l’Homme dans les territoires occupés du Sahara occidental », pour reprendre les termes de Mohamed Abdelaziz qui a fait une déclaration à la presse, à l’issue de son entretien avec l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Christophe Ross, au terme de sa visite dans les camps des réfugiés sahraouis dans le cadre d’une nouvelle tournée dans la région.
Toujours selon le journal algérien, le Président sahraoui a saisi l’occasion pour souligner les « pratiques du Maroc, citant les procès inéquitables des civils sahraouis revendiquant le respect des décisions des Nations unies à travers l’organisation d’un référendum libre et démocrate garantissant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ». Le Président sahraoui a, toujours selon Liberté Algérie, chargé Christopher Ross de transmettre, au Secrétaire général de l’ONU et au Conseil de sécurité, un message dans lequel il appelle à « plus d’attention pour mettre fin aux souffrances du peuple sahraoui du fait de la colonisation du Sahara occidental par le Maroc et ses incidences sur la paix et la stabilité dans toute la région ».
Le Président a, selon le journal, réaffirméé la disponibilité du Front Polisario à coopérer et à œuvrer avec sérieux pour mettre fin à ce problème.

dimanche 14 juillet 2013

François Hollande et les seins d’Amina

 Inna Schevchenko, Mouvement des femmes FEMEN

Monsieur François Hollande,

Il y a peu de temps, les activistes Femen ont été libérées après un mois d'emprisonnement dans les geôles tunisiennes pour avoir protesté seins nus en faveur d'Amina Sboui, militante tunisienne de 19 ans, enfermée injustement depuis près de deux mois pour avoir tagué le mot "FEMEN" sur un mur. Elle s'était opposée ce jour-là, à travers ce symbole de féminisme et de rébellion, à un rassemblement illégal de quarante mille salafistes. Elle risque 12 ans de prison pour association de malfaiteurs.
Le 29 mai 2013, à 10h30, devant le palais de justice de Tunis, nous avons risqué nos vies et nos libertés pour défendre celle de cette jeune femme que nous n'avions jamais rencontrée auparavant, pour défendre qui elle était et ce qu'elle représentait.
Et vous Monsieur François Hollande, qu'avez-vous risqué pour défendre les nôtres?
  • C'est parce que nous avons honte de la France aujourd'hui, de son mutisme, de son inertie et de sa peur, que nous vous interpellons, vous, Président.
  • Parce que nous avons honte de cette France qui s'est tue pendant notre incarcération, pendant la sienne, et pendant celle des autres, rappeurs, bloggeurs et opposants.
  • Parce que nous avons honte de cette France qui a souri cette semaine à la Tunisie islamiste.
  • Parce que nous avons honte de cette France qui sait et qui ferme les yeux.
  • Parce que nous avons honte de cette France qui nous a arrêtées et remises en prison pour 24h, cinq jours seulement après notre retour, pour avoir voulu vous appeler, vous Président, à prendre des positions claires et fermes lors de votre visite en Tunisie. Parce que nous avons honte que vous ne l'ayez pas fait.
  • Mais parce que nous pensons qu'il n'est pas trop tard.
Nous activistes, nous féministes, nous femmes françaises, nous vous appelons, vous Président, vous socialiste, vous humaniste, à prendre le parti des femmes, et à prendre le parti de cette jeunesse active en laquelle vous comptiez tant miser.
  • Vous Président, vous devez sortir de votre silence pour défendre rageusement la liberté d'expression, et pour condamner fermement toutes atteintes aux droits de la Femme et aux droits de l'Homme.
  • Vous Président, vous devez défendre sabre aux dents ce symbole de rébellion, de liberté, de courage et de changement qu'est Amina Sboui. Vous devez prononcer son nom, soutenir son combat et exiger sa libération.
  • Vous Président, vous devez vous ériger contre cette islamisation croissante de la Tunisie et du monde arabe. Vous devez refuser de signer des accords avec des gouvernements aux prises des islamistes. Vous devez refuser de serrer les mains de ceux qui ont volé la révolution au peuple tunisien et qui enferment toutes celles et ceux qui le dénoncent.
  • Vous Président, vous devez vous ranger du côté de l'Humain et de la Liberté, et vous opposer, quel qu'en soit le prix, comme Amina l'a fait, comme nous l'avons fait et comme FEMEN continuera de le faire, à la dangereuse islamisation du monde arabe, dont les premières victimes sont toujours les femmes.
  • Vous Président, vous devez réveiller le militant humaniste qui est en vous et entendre la rumeur qui gronde, les femmes sont dans la rue, elle vous appelle :
Non à l'islamisation, liberté pour les femmes, liberté pour Amina !
Signé les prisonnières françaises en Tunisie, FEMEN

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 François Hollande et les seins d’Amina

Karim Ben Smail, Tunis, Rue897/7/2013

Tribune
Karim Ben Smaïl est le directeur des éditions Cérès à Tunis, une maison fondée il y a 50 ans. Elle édite des classiques arabes et français. C’est un proche de la lycéenne au T-shirt de soutien à Amina décrite dans ce texte.
Jeudi 4 juillet, François Hollande, en visite d’Etat en Tunisie, est dans un des deux lycées français de Tunis, accompagné de plusieurs ministres. Au programme : rencontre avec des personnalités de la société civile et avec les meilleurs bacheliers de l’année.
Pendant cette rencontre, à Sousse, se déroulait une audience du procès d’Amina, cette jeune Tunisienne de 18 ans qui a écopé de deux ans de prison pour avoir écrit « Femen » sur un muret à Kairouan ; en réalité pour avoir publié sa photo sur le Net, avec « mon corps m’appartient, il n’est l’honneur de personne » peint sur sa poitrine nue.
16 heures, les lycéens commencent à arriver, l’une d’entre eux porte un T-shirt à l’effigie d’Amina, les policiers tunisiens lui interdisent l’accès. « Va te changer, va acheter un autre T-shirt, tu rentrera pas ! ». La lycéenne ne se démonte pas, et remet la pression sur les épaules des sbires : « Vous êtes sûrs ? Vous ne voulez pas d’abord demander aux responsables du lycée ? ».
Cafouillage, le proviseur est appelé, un peu nerveux, il y va de son sermon : « On t’a pas invitée pour ça et de toutes façons tu n’es pas sur la liste d’invités », vain mensonge qui reviendra tout au long de l’incident.
Amira Yahyaoui est dans l’établissement présidente de l’association « Al Bawsala », elle est parmi les personnalités de la société civile tunisienne qui vont s’entretenir avec Hollande devant les caméras. Sa question va précisément porter sur Amina.

« C’est moi qui ferait ce geste à sa place »

Quand elle est informée de ce qui se passe devant les grilles du lycée, elle sort tout de suite et exige qu’on laisse entrer la jeune fille. Refus catégorique de la sécurité tunisienne, sur instructions du proviseur et de certains cadres de l’Institut Français, organisateur de la rencontre.
« Vous entrez, pas elle, pas avec son T-shirt ». Comprenant que tout ce beau monde avait peur d’un geste à la Femen devant le président, Amira Yahyaoui leur dit : « Dans ce cas, c’est moi qui ferait ce geste à sa place »… Et l’accès lui est également interdit.
Situation délicate, A. Yahyaoui doit être devant Hollande et les caméras dans quelques minutes. Tergiversation, vent de panique dans le personnel diplomatique. Le « dossier » monte d’un cran, et un proche conseiller de l’ambassadeur finit par prendre la situation en main, le staff de la sécurité du président s’en mêle.
« Mme Yahyaoui, pouvez vous nous garantir que cette jeune fille ne va pas faire un bêtise ?
- Je vous le garantis, mais vous respectez son souhait de garder son T-shirt. »
Le malabar demande à la lycéenne de confirmer : « Tu me donnes ta parole ? ». On lui prête un T-shirt sombre pour couvrir le sien, « juste pour passer la garde tunisienne ».

Une photo qui peut nuire à Hollande ?

Dix minutes plus tard, les lycéens sont en rang d’oignons devant le président et ses invités, notre frêle lycéenne est entourée de quatre « gardes du corps » qui ne la quittent pas des yeux, prêts à intervenir. Ses amis, inquiets, l’interrogent : « C’est quoi le problème ? ».
Hollande a fini ses entretiens, il se dirige vers les lycéens, dont notre fauteuse de troubles, qui esquisse alors le geste d’enlever son T-shirt sombre, mouvement de panique des gardes qui se rapprochent d’elle, à portée d’intervention.
Quand Hollande lui serre la main, elle porte le T-shirt scandaleux, mission accomplie ! Mais elle sera interdite de photo avec le président, les gorilles faisant physiquement barrage et l’empêchant d’approcher. Pitoyable.
En quoi une photo aurait-elle pu nuire à l’image de Hollande ? Comment sa réputation aurait-elle souffert d’être vu aux côtés d’une image de solidarité avec une jeune fille jetée aux fers par le pouvoir, et qui sans nul doute deviendra un des symboles de la résistance ?

Les aberrations du système français

C’est sans doute une anecdote sans grandes conséquences sinon celle de démontrer une fois de plus les aberrations du « système » français : une personnalité tunisienne est invitée à présenter publiquement devant le Président le « cas Amina », alors même qu’une autre jeune femme, issue des élites de l’école française locale, se voit interdire l’accès justement à cause d’un soutien trop visible à Amina.
Les élites des lycées français doivent être « bien sûr elles-mêmes, normalisées et conformes à ce que l’on attend d’eux » : brillants et obéissants. Aucune fantaisie n’est tolérée, surtout ils ne doivent pas exprimer d’opinions devant le chef, le proviseur y veille ; quitte à les « rayer des listes ».
Tout ce que cette jeune lycéenne voulait faire, c’est attirer l’attention sur le sort d’Amina Sboui, une autre Tunisienne de son âge, et qui croupit dans les geôles de la Tunisie post-révolutionnaire, risquant une lourde peine dès que tout ce beau monde aura plié bagage.
Tout ce que le staff présidentiel a retenu, c’est que Hollande aurait pu se voir imposer le spectacle insupportable d’une paire de seins. Et alors ? Cela me fait penser à cette phrase de Mao : « Quand le sage montre la lune du doigt, l’imbécile regarde le doigt ».
Je laisse le mot de la fin à Amira Yahyaoui, dont le courage et le culot forcent une fois de plus l’admiration. A la fin de ce numéro de grand guignol, elle a résumé l’épisode à un proche de l’ambassadeur de France (le seul qui a su garder de la hauteur et son calme) : « Vous n’avez rien compris, ce n’est pas ses seins que cette jeune fille est venue vous montrer, c’est son courage ». Ça c’est une femme tunisienne !

NB : Amina Sboui est toujours en prison, sous deux chefs d’accusation fallacieux : possession d »une « bombe à gaz », en fait un spray d’autodéfense, et profanation d’un lieu de culte, pour avoir écrit « Femen » sur un muret de ciment proche d’un cimetière.
Elle risque plusieurs années de prison, ne bénéficie que de peu de solidarité, et garde une dignité et un courage remarquables. Lors de sa dernière comparution devant un juge, elle à jeté à terre le châle traditionnel (safsari) dont on voulait la recouvrir.