Par Julie Chaudier, 30/11/2014
http://www.yabiladi.com/
Dans le cadre du Forum mondial des droits de l’homme qui s’est tenu à Marrakech du 27 au 30 novembre 2014, tout a été dit du Maroc de l’apologie jusqu’au pilori. Yabiladi a décidé de prendre un peu de recul avec l’enseignant chercheur à l’Université de sciences juridiques Hassan II de Casablanca, Mohammed Mouaqit. Il nous explique comment s’est négocié l’état actuel des droits de l’homme au Maroc.
Yabiladi : Comment interpréter l’organisation du Forum mondial des droits de l’homme par le Maroc, cette année ?
Mohammed Mouaqit : Le pouvoir sait quels sont les risques qu’il prend en organisant un tel forum. Il doit affronter tous ceux qui vont l’accuser d’être mal placé pour parler des droits de l’homme. En même temps, il tient à lustrer son image de pays en voie de démocratisation. Dans le contexte régional, alors que l’Algérie l’accuse de ne pas respecter les droits de l’homme sur la question du Sahara, il entend signifier qu’il peut se permettre de s’exposer car sur cette question il ne craint rien. Sur ce plan, c’est courageux de la part du pouvoir de se mettre ainsi sous les feux de la rampe.
Ne faut-il voir, dans l’organisation de ce forum, comme dans les réformes établissant des droits, que l’hypocrisie d’un pays qui veut améliorer son image sur la scène internationale ?
Peut-être le pouvoir n’a-t-il pas véritablement l’intention de rompre définitivement avec ses pratiques autoritaires, mais tout ne se réduit pas à son intention. Je pense que la semblance crée une contrainte de vraisemblance. C’est-à-dire que le pouvoir peut faire semblant de respecter les droits de l’homme, il peut le faire pour l’image qu’il veut renvoyer sur la scène internationale, mais lorsqu’il fait cela il se met lui-même dans la contrainte d’y donner crédit par ses actes. S’il ne le fait pas, ça va se voir ! Ce sera trop évident ! Il pourra aisément être mis en difficulté. Donc, il doit agir effectivement, concrètement dans le sens de l’image qu’il veut donner de lui pour qu’elle soit vraisemblable.
Le mouvement interne des droits de l’homme et le contexte international poussent le pouvoir à passer de ces engagements abstraits aux actes. Ce passage dépend de ces acteurs à contraindre le pouvoir au respect des droits humains; du rapport de force qui s’établit à ce moment-là avec le pouvoir.
Qui sont les membres de ce mouvement interne des droits de l’homme qui établissent un rapport de force avec le pouvoir ?
L’histoire contemporaine du Maroc est une succession d’essais pour sortir de l’autoritarisme et de l’absolutisme makhzénien sous la pression du mouvement national, des syndicats, des partis politiques. Mais le pouvoir est parvenu à neutraliser ces anciens acteurs en les intégrant au jeu politique. Il a réussi à réduire leur capacité à exercer une contrainte sur lui.
Dans le cadre du Forum mondial des droits de l’homme qui s’est tenu à Marrakech du 27 au 30 novembre 2014, tout a été dit du Maroc de l’apologie jusqu’au pilori. Yabiladi a décidé de prendre un peu de recul avec l’enseignant chercheur à l’Université de sciences juridiques Hassan II de Casablanca, Mohammed Mouaqit. Il nous explique comment s’est négocié l’état actuel des droits de l’homme au Maroc.
Yabiladi : Comment interpréter l’organisation du Forum mondial des droits de l’homme par le Maroc, cette année ?
Mohammed Mouaqit : Le pouvoir sait quels sont les risques qu’il prend en organisant un tel forum. Il doit affronter tous ceux qui vont l’accuser d’être mal placé pour parler des droits de l’homme. En même temps, il tient à lustrer son image de pays en voie de démocratisation. Dans le contexte régional, alors que l’Algérie l’accuse de ne pas respecter les droits de l’homme sur la question du Sahara, il entend signifier qu’il peut se permettre de s’exposer car sur cette question il ne craint rien. Sur ce plan, c’est courageux de la part du pouvoir de se mettre ainsi sous les feux de la rampe.
Ne faut-il voir, dans l’organisation de ce forum, comme dans les réformes établissant des droits, que l’hypocrisie d’un pays qui veut améliorer son image sur la scène internationale ?
Peut-être le pouvoir n’a-t-il pas véritablement l’intention de rompre définitivement avec ses pratiques autoritaires, mais tout ne se réduit pas à son intention. Je pense que la semblance crée une contrainte de vraisemblance. C’est-à-dire que le pouvoir peut faire semblant de respecter les droits de l’homme, il peut le faire pour l’image qu’il veut renvoyer sur la scène internationale, mais lorsqu’il fait cela il se met lui-même dans la contrainte d’y donner crédit par ses actes. S’il ne le fait pas, ça va se voir ! Ce sera trop évident ! Il pourra aisément être mis en difficulté. Donc, il doit agir effectivement, concrètement dans le sens de l’image qu’il veut donner de lui pour qu’elle soit vraisemblable.
Le mouvement interne des droits de l’homme et le contexte international poussent le pouvoir à passer de ces engagements abstraits aux actes. Ce passage dépend de ces acteurs à contraindre le pouvoir au respect des droits humains; du rapport de force qui s’établit à ce moment-là avec le pouvoir.
Qui sont les membres de ce mouvement interne des droits de l’homme qui établissent un rapport de force avec le pouvoir ?
L’histoire contemporaine du Maroc est une succession d’essais pour sortir de l’autoritarisme et de l’absolutisme makhzénien sous la pression du mouvement national, des syndicats, des partis politiques. Mais le pouvoir est parvenu à neutraliser ces anciens acteurs en les intégrant au jeu politique. Il a réussi à réduire leur capacité à exercer une contrainte sur lui.


