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mardi 22 décembre 2015

La lutte des professeurs stagiaires ici au Maroc

  Par Mbark Abdel, 22/12/2015

Nous sommes enseignants stagiaires marocains, et protestons contre  deux décrets ministériels. 
Le premier décret concerne notre recrutement. (Les enseignants sont normalement rémunérés pour le travail après avoir passé leur examen de diplôme). Mais maintenant, avec ces décrets, après le passage des examens d'entrée, et après avoir passé une année entière de formation avec les examens hebdomadaires et un examen de diplôme de fin de l'année, on va devoir attendre pour un examen de recrutement et 3000 enseignants stagiaires finiront comme chômeurs chaque année. 
Le deuxième décret réduit notre bourse pour la mi-temps, le vrai problème avec les deux décrets, c'est qu'ils sont destinés à servir le secteur privé (envoi des stagiaires pour travailler dans le secteur privé après qu'ils aient été formés avec l'argent public) et la privatisation de l'éducation se profile à long terme.
Le recrutement ou la mort.
     Pour une large diffusion
      Votre solidarité n'est pas facultative
         Tous pour défendre l'école publique 


We are Moroccan teacher traineers, are protesting against two ministrial decrees. the first decree seperates our training from recruitment (teacher trainees normally are oppointed to their job right after passing their graduation exam), but now with these decrees, after passing entrance exams and spending a full year training with weekly exams and a graduation exam at the end of the year, we will have to wait for a recruitment exam and 3000 teacher trainee will end up unemployed each each year. The second decree minimizes our scholarship to the half, the real problem with both decrees is that they aim at serving the private sector (sending trainees to work in the private sector after they were trained with the money of the population) and privatizing education in the long term.
Rcruitment or death.

mercredi 10 septembre 2014

Droits de l’enfant : Les regrets de la société civile


La place des enfants est à l'école, non au travail. L'éducation est un droit fondamental pour l'enfant, d'après le Comité de l'ONU./DR
  Droits de l’enfant : Les regrets de la société civile

Par Kisito Ndour 9/9/2014

Les conditions d’application de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) mises en place par le Maroc ont été examinées les 3 et 4 septembre courant devant le Comité des droits de l’enfant de l’ONU (CDE). Les représentants de la société civile marocaine ayant pris part à cet examen à Genève, ont fait part de plusieurs regrets, notamment de l’absence de ministres de plusieurs départements concernés directement par l’enfance.

Le collectif Kafala, le Collectif droit de l’enfant à la protection familiale, le Collectif pour l’éradication du travail des «petites bonnes» et la Coalition éducation pour tous ont décidé de prolonger le débat de Genève sur les droits de l’enfant au Maroc (3 et 4 septembre).
En leur qualité d’observateurs, ces quatre associations et collectifs ont, dans un communiqué, regretté que les conditions d’application de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) mises en place par le Maroc, aient été remises au Comité des droits de l’enfant de l’ONU (CDE) « avec 14 ans de retard ».
Ces associations et collectifs ont aussi salué « l’objectivité, la pertinence des experts du CDE dans leur examen de la situation des droits de l’enfant dans notre pays et l’usage professionnel qu’ils ont fait des nombreux rapports remis par la société civile ». Ils soulignent de même « la convergence des observations et des questionnements de ces experts avec les observations et les revendications de la société civile dans notre pays ».

Absence de ministre concernés de prime abord 
Ces associations et collectifs associatifs regrettent cependant que « des ministres en charge de secteurs essentiels et déterminants pour le respect et le développement des droits de l’enfant n’aient pas estimé utile d’être présents à cette session : Santé, Education, Justice, Intérieur, Jeunesse et Sport ».
Nous regrettons le caractère générique et volontairement quantitatif des réponses de la délégation du gouvernement aux questions des experts sur des aspects fondamentaux en relation avec l’intérêt supérieur de l’enfant et sur les détails des nombreuses dispositions et autres plans d’action annoncés.
Exrait du communiqué des associations et collectifs associatifs signataires du rapport alternatif « Commentaires des réponses du gouvernement du Maroc aux questions des experts du CDE sur l’application de la CIDE ».
Ils regrettent aussi que « les informations détaillées que les représentant(e)s du gouvernement ont déclaré avoir remis (ou à remettre) aux expert(e)s n’aient pas été mises à la disposition des représentant(e)s de la société civile ».
Ils soutiennent qu’ils feront connaître « leur position détaillée et leur plan d’action », après publication du rapport du Comité des droits de l’enfant de l’ONU.
Pour rappel, le Maroc était représenté à cette rencontre de l’ONU par la ministre de la Solidarité, de la femme, de la famille et du développement social, Bassima Hakkaoui, le délégué interministériel aux Droits de l’Homme, Mahjoub El Hiba et 21 responsables de 12 départements ministériels.
La ministre de la Solidarité, de la femme, de la famille et du développement social, Bassima Hakkaoui./DR
Le travail des enfants, des «petites bonnes», le mariage des mineurs et l’éducation ont été notamment au cœur des débats devant le Comité de l’ONU.
Sur le travail des enfants, le Maroc a donné son accord de principe aux experts de l’ONU pour que l’âge de travail soit fixé à 18 ans au lieu de 15 ans actuellement.

L’éducation des enfants, un « bien public »
Sur la question de l’éducation, la délégation marocaine a aussi été interpellée sur la privatisation de l’enseignement qui gagne du terrain dans notre pays. Bassima Hakkaoui et la délégation marocaine ont dit à ce sujet « promouvoir une compétition libre entre les écoles», à en croire Sylvain Aubry, chercheur sur le droit à l’éducation pour la Global Initiative for Economic, Social and Cultural Rights (GI-ESCR), une ONG internationale de défense des droits de l’Homme.
La GI-ESCR a mené une étude d’un an sur les effets de la privatisation de l’éducation au Maroc. Elle explique que « depuis 15 ans, le gouvernement a encouragé le développement de l’enseignement privé. Mais aujourd’hui, beaucoup de Marocains se sentent obligés de faire de lourds sacrifices pour scolariser leurs enfants dans des écoles privées chères, et cela crée des grandes inégalités et une fracture dans la société, entre ceux ont accès à ces écoles, et les autres, qui se sentent laissés pour compte ».
Ainsi, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU n’a pas manqué d’attirer l’attention du Maroc sur le fait que l’éducation est un « bien public »
Quelques regrets qui ne manqueront pas d’interpeller le Comité de l’ONU, dont le rapport est attendu à la fin du mois, avec notamment une partie sur les droits de l’enfant au Maroc.


samedi 11 janvier 2014

Libéralisation de la médecine au Maroc. La finance contre la santé

Par Salaheddine Lemaizi, militant d’ATTAC Maroc


Le projet de révision de la Loi 10-94 relative à l’exercice de la médecine ouvrira la voie à la libéralisation des capitaux des cliniques, aux investisseurs. En d’autres termes, c’est un nouvel acte dans le processus de privatisation de la santé au Maroc.
À l’occasion de la deuxième tentative d’introduction de ce texte controversé, Pr. El Houssaine Louardi, ministre de la Santé, nous sort l’artillerie lourde. Il multiplie les sorties médiatiques pour avancer les arguments justifiants cette privatisation. Des thèses reprises avec complaisance par les médias. Dans le but de briser la pensée unique qui domine ce débat, prenons le temps de discuter et analyser les arguments du Ministère de la santé (MS)

Argument 1 : « Ce n’est pas une privatisation ». C’est une financiarisation de la santé
«Ce projet ne vise pas à privatiser la santé », rassure le ministre de la Santé. Je confirme ! La santé au Maroc est déjà privatisée.  Ce droit a été  transformé en marchandise il y a plus de trente ans. Le FMI et son PAS avec la bénédiction des différents gouvernements ont affligé à ce service public une cure d’austérité de deux décennies[1].
Nous trainons encore les boulets des « succès » de cette politique. Une santé à deux vitesses s’est installée. Face à un secteur public agonisant, les citadins se sont tournés vers un secteur privé, dopé par les compétences du public[2]. Donc ce projet n’est pas qu’une simple privatisation, c’est une opération de financiarisation du système de santé. Cette réforme ouvrira la voie aux fonds d’investissements détenus par les assureurs, les labos pharmaceutiques ou des multinationales de la santé. Les financiers qui ont tenté le même coup du temps de Yasmina Baddou, frappent à la porte du Pr. Louardi, qui semble céder aux multiples pressions économique et politiques. 

Argument 2 : « Les cliniques privées sont hors la loi ». C’est grave Docteur !
Dos au mur, le Pr Louardi déballe tout sur le secteur des cliniques. Et soudain ce secteur devient « hors la loi ». Il énumère une longue liste de manquements : moul choukra est déjà présent dans les capitaux des cliniques, les cliniques créées en SA ou Sarl sont dans l’illégalité, des médecins fonctionnaire au MS sont actionnaires des cliniques, etc…
Apprécions ici la finesse tactique de Mr le ministre. Son travail de diabolisation des cliniques est une prolongation de l’image peu reluisante dont écopent ces structures auprès de l’opinion publique. Sauf que son raisonnement ne tient pas. Nous sommes devant un responsable public qui nous dit tout bonnement que l’Etat (Secrétariat général du gouvernement et le MS) pendant des années n’a rien pu contrôlé et même quand des missions d’inspections[3] ont lieu, elles n’ont pas été traduites par des sanctions administratives. Sa solution : « inviter des investisseurs non médecins pour assainir  ce secteur ». Nous nous pouvons qu’être étonnés de cette fuite en avant.
Au lieu et place de ce projet de privatisation, le ministre de la santé devrait faire le bilan de trois décennies de marchandisation de la santé et l’échec de l’Etat dans son rôle de régulateur et planificateur du secteur public. En une phrase : nous exigeons des deux départements de tutelle de rendre des comptes sur leur gestion de ce dossier des cliniques privées, par la même occasion nous expliquer comment ce secteur est resté « hors la loi » pendant toutes ces années ?    

Argument 3 : « La libéralisation drainera des investissements». Une nouvelle dose de néolibéralisme

Ce projet de privatisation a quelques « mérites » ! Primo, ce dossier met à nu l’uniformisation économique des acteurs politiques au Maroc en cours depuis le début des années 80. A droite comme à gauche, libéralisme triomphe. Cette « réforme » a été portée au départ par une ministre istiqlalienne (Centre-droit) et elle est aujourd’hui défendue avec hargne par un ministre issu du PPS (Gauche).
 Deuxio, ce projet révèle au grand jour la domination de la pensée néolibérale sur les faiseurs de la politique de santé. Pour Pr Louardi, cette privatisation de la médecine améliorera « l’attractivité du Maroc, drainera des investisseurs étrangers, créera des emplois, stimulera la concurrence entre les cliniques pour tirer la qualité vers le haut ». En somme, le  bon vieux discours qui a prévalu pour privatiser les terres agricoles, le tissu industriel public et des services de bases. Le bilan de ce choix économique est très discutable[4].
Ce qui est problématique, c’est de vouloir appliquer ce même  raisonnement, théoriquement valable pour un secteur productif et lucratif, à un secteur social. Certes, le système de santé actuel dispose d’une composante privée lucrative[5]. Cette partie désormais indispensable pour le bon fonctionnement du système a contribué à créer une santé à deux vitesses. La nouvelle tentative de privatiser d’avantage ce service social créera un système à trois vitesses. D’une part, le secteur public agonisant et débordé avec l’arrivée des RAMEDistes, le secteur privé actuel aux infrastructures vieillissantes et le prochain secteur financé par les financiers se dotera de villes médicales 5 étoiles. La barrière de l’argent et le type d’assurance maladie priveront la grande majorité des Marocains de ce système. D’ailleurs, les financiers n’investiront pas pour soigner la veuve et l’orphelin. Ils mettront le paquet pour se répartir le gâteau de 47,7 milliards de DH, que représente la dépense globale en santé au Maroc et plus spécifiquement le juteux marché des assurés du privé, du public et du semi-public, soit 44% de ce montant[6]. Avec en prime, une décision médicale qui échappera aux professionnels de santé. Le diktat du marché, déjà omniprésent en santé, triomphera. 

Argument 4 : « C’est un moyen pour régionaliser l’offre de soins ». Un leurre ! 
Le troisième argument des promoteurs de la privatisation, c’est que ce projet permettra de réduire les écarts régionaux en offres de soins. Le ministre promet que ces investisseurs seraient prêts à s’installer dans les régions éloignées souffrant de déficit en personnel de santé et d’infrastructures de qualité. Cet argument ne résiste pas à la réalité sur le terrain. En octobre 2012, le groupe émirati Tasweek Real Estate Development and Marketing annonçait déjà la couleur. Cette société compte créer un « complexe touristico-médical » à Marrakech[7]. Les prochains investisseurs feront de même. Il ne faut pas donner des faux espoirs aux Marocains sur les régions d’installation de ces financiers. Ces derniers iront s’installer dans les régions où se trouvent une demande solvable, c'est-à-dire l’axe Rabat-Casablanca et les grandes villes (Tanger, Fès, Marrakech ou Agadir). Il sera illusoire de s’attendre de ces marchands de la santé de s’installer dans des déserts médicaux (le Sud-est, l’Oriental ou le Rif)[8].   
    
Argument 5 : « Des lobbys s’opposent à cette réforme ». Un Front citoyen

Le dernier argument du ministre, c’est que les opposants à ce projet sont « des lobbys défendant des intérêts corporatistes », en l’occurrence les médecins et les professionnels de santé en général. A cette hypothèse, nous rétorquons ainsi : 44 organisations  opposés à cette privatisation se sont regroupées au sein du Front national pour la défense de la santé (FNDS)[9]. 
 Notre but : défendre la santé comme service public et social. C’est une première que des structures de la société civile d’horizons divers se réunissent sous un mot d’ordre du refus de la marchandisation de la santé. Dans cette large coalition, les professionnels de santé sont minoritaires, le « lobby » majoritaire est celui des citoyens signataires du texte d’Appel et qui disent de la même voix : Stop à la privatisation de la santé.      
En conclusion de ce premier essai de déconstruction de l’argumentaire du ministère de la santé sur la libéralisation de la médecine, je considère le débat actuel salutaire. Pour une rare fois, nous avons l’occasion de remettre en cause le modèle dominant de gestion d’un service public. Dans les textes à venir de démontrer les risques de dérive que contient ce projet sur les soins et l’économie de santé au Maroc. Nous aurons l’occasion de montrer qu’un autre système de santé est possible, sans recourir à une marchandisation de ce secteur.(...)



[1] Entre 1981 et 91, les ressources budgétaires du Ministère de la santé publique ont stagné.  Les parts de la Santé dans le budget de l’Etat et dans le PIB ont même régressé ; de 1,4% en 1975, sa part dans le PIB a baissé à 0,9 durant la période 85-91. Voir « Impact du Programme d’ajustement structurel sur les dépenses publiques de Santé », in Bilan décennal du PAS et perspectives de l’économie marocaine (Actes du colloque international de l’AEM, octobre 1993). 
[2] En 1997, le secteur public comptait 25 000 lits (82%) et le privé 5251 lits (18%). En 2011, le public régresse avec 22 155 lits (68%) et le privé a doublé ses infrastructures avec 10 560 lits (32%). Source : Stratégie sectorielle du ministère de la Santé (2012-2016).

[3] Le secteur des cliniques privées offrent une illustration de la cacophonie que connait le secteur de la santé. Le SGG délivre les autorisations d’ouverture et le MS se charge d’inspecter ces structures avec l’aval du…SGG. Les conclusions de ces contrôles ont peu de chance d’aboutir, vu que c’est le SGG qui a le dernier mot pour avertir ou fermer une clinique. Rappelons ici que cette « arme » de l’inspection a été utilisée par le MS dans sa bataille pour imposer la libéralisation de la médecine comme le montre la courbe des inspections : 5 en 2009, 64 en 2010, 107 en 2011, 5 en 2012 et 214 en 2013.     
[4] Pour un premier bilan, lire : ATTAC Maroc, Privatisations : stoppons l’hémorragie, Rabat, juin 2005
[5] Offre de soins du privé : cliniques : 319, cabinets : 6652, médecins : 7934, dentistes : 3827, pharmaciens : 8273. Source : Regard sur les indicateurs sanitaires, édition 2013, MS.
[6] La structure de financement du système de santé résume à elle seule l’échec de 30 ans de privatisation de ce secteur. 53,6% dépenses de santé sont supportées par les citoyens. Ce chiffre très élevé constitue un obstacle majeur pour l’accès aux soins et aux services de santé. Surtout que le taux de couverture médicale ne dépasse pas 33,7% de la population marocaine. Ce n’est pas une nouvelle vague de privatisation de la santé qui résoudra ces problèmes de fond… 
[7] Julie Chaudier, Marrakech : Création d’une ville médicale pour riches touristes, Yabiladi, le 23/10/12, http://www.yabiladi.com/articles/details/13565/marrakech-creation-d-une-ville-medicale.html
[8] Les cliniques privées offrent leurs prestations seulement aux grandes villes marocaines. 27% de ces infrastructures se trouvent dans la Grand Casablanca et 16% sont à Rabat-Salé. 
[9] Créé en 2010, cette large coalition compte des ONG de défense des consommateurs, des associations des droits de l’homme (AMDH, OMDH, FVJ, Adala, OLIE, LMDDH), des syndicats des commerçants et des professions libérales (avocats, architectes, artistes, réalisateurs, etc…) et des syndicats du secteurs de la santé public et privé. Voir notre page sur www.facebook.com/FNDS

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