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jeudi 19 février 2015

Encore un scandale : L’irresponsabilité des responsables de la politique migratoire


Par Mehdi Alioua, sociologue et membre fondateur du GADEM



les associations marocaines

En ce moment même, dans le nord et dans l’est du royaume, une vaste opération de ratissage et d’expulsion collective des migrants subsahariens est en cours, en-dehors de toutes les procédures légales et en violation du droit marocain et de pratiquement toutes les conventions internationales ratifiées par le Maroc.

Elle a commencé deux heures après la conférence de presse du lundi 9 février des ministres en charge de la nouvelle politique migratoire pendant laquelle ils ont dressé le bilan de la campagne de régularisation et ont annoncé de manière unilatérale, la fin de l’opération.  Non seulement cette annonce étonnante intervient sans la présence du CNDH, sans avoir invité ni les migrants ni les associations partenaires, mais alors que la commission nationale de suivi et de recours, instaurée conformément aux dispositions de la circulaire conjointe du ministère de l’Intérieur et de celui en charge des affaires migratoires de décembre 2013, n’avait pas encore amorcé le processus d’examen des demandes rejetées en première instance par l’administration marocaine.
Pire que tout, elle préparait l’opinion à des opérations de ratissage. Au-delà des violations flagrantes contre les droits humains en cours dans cette opération sécuritaire qui a raflé au moins 1 200 personnes, cela participe aussi à la fragilisation de l’image du Maroc à l’international et en Afrique, cela provoque l’arrêt brutal du processus de dialogue avec la société civile et de l’approche droit autour du phénomène migratoire, cela fragilise le CNDH et décrédibilise l’État marocain. Enfin, cela remet entièrement en question la campagne de régularisation et enfonce encore plus le pays dans le racisme et la xénophobie.

 En politique, le timing c’est important
Plus personne aujourd’hui ne retiendra les chiffres abstraits et complexes de la régularisation. Plus personne ne retiendra le processus de dialogue exemplaire et salué au Maroc et un peu partout dans le monde entre le gouvernement, des institutions nationales, des membres de la société civile, des chercheurs et des migrants. Plus personne ne retiendra, ou en tous cas, pas suffisamment, la générosité et l’effort du Maroc. Seule la gestion sécuritaire du problème des campements des migrants à la frontière sera débattue.