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samedi 8 juin 2013

Rapports accablants sur le secteur de la santé au Maroc

Plusieurs rapports, aussi accablants les uns que les autres, sur le secteur de la santé ont été publiés ces derniers mois. Ils sont état de déficiences graves, d’une inégalité régionale, d’un encadrement sanitaire défaillant. L’accès aux soins est une course de haies.

L’aspect corruption, désorganisation, manque d’engagement du personnel est soulevé. Il est révoltant parce qu’on est face à des vies humaines, mais il ne faut pas en faire l’arbre qui cache la forêt. La problématique est beaucoup plus complexe.

Les besoins sont énormes. L’effort budgétaire conséquent, reste largement insuffisant. Le problème du financement de la santé, malgré le RAMED qui, avec ses insuffisances, est un acquis, reste entier. C’est sur cette question que butent toutes les réformes.

Il faut initier une réflexion sur la question en s’inspirant des expériences de pays étrangers, surtout quand elles sont réussies et en faire l’objet d’un débat public. Les politiques publiques, à part la période d’ajustement structurel où la santé a été littéralement sacrifiée, tentent de répondre aux insuffisances. Force est de constater que les moyens sont trop limités. On peut critiquer la gestion, telle mesure ou telle autre, mais on ne peut pas dire qu’il y a moyen, avec le budget disponible de résoudre la question et de répondre à tous les besoins.

Il y a urgence parce que le délabrement de la santé publique est une injustice qui aggrave les inégalités et sape le principe même de la citoyenneté. Quotidiennement, la presse fait état de drames humains et familiaux liés à la marche des hôpitaux ou à leur éloignement. Quant au fonctionnement de l’existant, à la corruption généralisée, aux médecins aux horaires de dilettantes à la marche des services des urgences, cela relève de la volonté des pouvoirs publics. Dans ce secteur, plus que dans tout autre, ces phénomènes sont abjects. L’usager du service public ne perd pas un avantage matériel, un peu de temps, mais risque sa vie. Refaire des métiers de la santé des vocations nécessite du temps mais aussi de la ténacité. L’exigence démocratique, le projet national font de la réforme de la santé publique un devoir pour les gouvernants. Tout en sachant que cette réforme n’est pas d’une facilité déconcertante.

Abdellatif Laâbi / L'Autre Ecriture par la revue "Souffles"


Kenza Sefrioui, La revue Souffles  (1966-1967). Espoirs de révolution culturelle au Maroc, Editions du Sirocco, Casablanca, 2013


Ce livre que j'ai hâte de lire, convoque une période cruciale de notre histoire, à tous les niveaux, politiques et culturels. Le lien avec les révolutions d'aujourd'hui et les contestations partout au Maroc, est d'une pertinence explosive.


Kenza Sefriouri
Et ce lien a été mis en évidence dans une activité organisée par le Mouvement du 20 février Paris-IDF (bravo les ami-es!!), autour du livre de Kenza Sefrioui. Kenza Sefrioui est, dans cette vidéo, rayonnante et domine parfaitement son sujet.


Abdellatif Laäbi
Je sais qu'on ne pouvait pas tout aborder en si peu de temps dans une vidéo. Je voudrais rapidement souligner, à travers quelques éléments, que la personnalité de Abdellatif Laâbi reste incontournable dans cette phase de l'Histoire. Il était fort exigeant et, par exemple, Tahar Benjelloun n'aurait jamais eu la chance de rejoindre et de publier ses poèmes dans Souffles, si Abraham Sefaty ne l'avait pas défendu. Pour Laâbi, l'écriture d'auteurs comme Tahar Benjelloun ne pouvaient mériter le statut d'écrivains de "race". L'écriture de "race" telle qu'elle est définie par Laâbi dans ses écrits théoriques (car il s'agit bel et bien d'écrits théoriques pour l'avenir de la littérature universelle, et en particulier au Maroc et au Maghreb), est esquissée dans "L'Oeil et la Nuit" et dans les œuvres contemporaines de ce roman épais et étrange par son obscurité à bon escient. Une écriture qui n'a rien à voir avec la facilité des écrits commis par des gens comme Tahar Benjelloun. Et je crois que, même si nous étions nombreux à avoir lu Tahar Benjelloun, ce dernier reste un auteur mineur soutenu par tout un Paris friand d'exotisme et de "curiosités" littéraires, folkloriques en somme.

Abdelkbir Khatibi, quant à lui, s'est arraché les cheveux pour comprendre par exemple ce qui se trame derrière le poème intitulé "RACE" de Laâbi... Plus tard un conflit intellectuel entre Khatibi et Laâbi a retenti au grand jour. Khatibi soutient qu'il ne peut y avoir de "bilinguisme intégral"; et Laâbi revendique et répète que son œuvre est profondément bilingue, intégralement bilingue... C'est un débat crucial qu'il faudrait un jour aborder. Cela dénote que l’œuvre de ce grand homme, qui est Laâbi, a fait non seulement irruption dans la langue française pour la dénoyauter de l'intérieur, mais il a du même coup cassé la sacralité de la langue arabe, amenée à se soumettre à la logique du métissage obligé... Ce qui me permet de dire que les auteurs écrivant en arabe, de cette époque, ont tout fait pour "travailler de l'intérieur" ou même "exécuter" (mot que Laâbi emploie), cette langue, pour la soumettre à la modernité.

Driss Chraïbi qui a écrit "Le Passé Simple" en 1954 et qui a été obligé de le renier sous la pression perfide et inculte du Mouvement national, était si heureux de la naissance de Souffles. En effet Laâbi l'a réhabilité en dénonçant l'hypocrisie de notre société... Car en effet, Driss Chraïbi pourrait être le père fondateur de cette nouvelle littérature, avec son "apport précieux" dont parlait Laâbi...

Abdellatif Laâbi avait un immense projet qui est toujours à l'ordre du jour. Son écriture est sans hésitation novatrice sur le plan universelle. Je conseille mes ami-es à le lire ou à le relire. Un auteur qui, selon moi, mérite le Prix Nobel de la littérature, haut la main...

Débat autour du livre de N. Sefrioui sur la Revue Souffles 1966-1973 avec le M20F-Paris

 http://youtu.be/Zz5VNk6nBdM

Justice. Un homme condamné pour « viol conjugal » : une première au Maroc.

La Cour d’appel d’El Jadida vient de condamner un homme de 42 ans à 2 ans de prison pour abus et agression sexuels sur son épouse de 35 ans. Une condamnation qui a été très bien applaudie, étant une première au Maroc , mais il s’agit aussi et surtout d’un grand pas en faveur de la cause féminine au sein royaume. 
« C’est la première fois au Maroc qu’une telle décision est prise par une juridiction nationale. Le juge a estimé que l’acte sexuel a été exercé d’une manière anormale », explique Me Abdessalam El Mrini, avocat de la victime, rapporté par le site Media 24. 
La femme mariée depuis 11 ans a déposé, en décembre 2012, une plainte contre son mari pour agression sexuelle. Elle était accompagnée par des membres de l’association féminine Essanaa. Le 2 janvier 2013, le procureur général décide la poursuite de l’accusé. Les preuves présentées par la défense sont irréfutables: Des arguments médicaux qui prouvent la sodomie : une fissure anale large provoquant une maladie hémorroïdaire. « L’expertise médicale parle même de douleur rien qu’au toucher rectal », selon l'avocat. Les arguments médicaux ont été renforcés par le témoignage de la fille de la victime qui a été témoin de tout le malheur subi par sa mère, de la part d'un père.

Jamel Debbouze et la cuisse de Jupiter


    Jamel Debbouze et le roi Mohammed VI 

    Le pays serait peuplé d'une horde d'ignorants. De simples tubes digestifs, incapables de prendre en main leur propre destinée et dont même les élites ne sauraient être que domestiquées, «à-plat-ventristes», foncièrement incompétentes et notoirement corrompues. La théorie ainsi énoncée confère à la monarchie le rôle d'un Saint sauveur contre les affres du chaos, de la zizanie et de toute autre forme d'insécurité.

    Ahmed Benseddik
     «Se croire sorti de la cuisse de Jupiter», une expression française dont les origines remontent à la mythologie romaine et qui signifie se prendre pour quelqu'un d'exceptionnel, être imbu de soi-même, être prétentieux. L'expression fait allusion au mythe de la naissance de Dyonisos dont la mère Sémélé, parce qu'ayant demandé à son amant Zeus de se montrer à elle dans toute sa puissance, fut anéantie par cette vision. Zeus, pour ne pas perdre son fils, l'arracha des entrailles de sa mère morte et le mit dans sa cuisse, d'où il naquit trois mois plus tard. Plus tard, la mythologie romaine remplaça Zeus par Jupiter. 

    Le jeudi 30 mai 2013, la deuxième chaîne française de télévision, a consacré une partie de son émission «Grand Public», à l'humoriste Jamel Debbouze. Une émission au cours de laquelle fut évoquée une déclaration de ce dernier pendant le festival de Marrakech du rire en 2012, et qui mérite amplement que l'on s'y arrête, l'espace d'un instant :
    «Je suis très fier de mon amitié avec le roi du Maroc parce que je suis privilégié. Je suis à un endroit privilégié. Je sais quels sont les combats qu'il mène, je les approuve, je les soutiens. Je trouve que s'il y avait davantage de gens comme le roi au Maroc, le Maroc irait beaucoup plus vite, mais il est seul... »
    En quelques mots candides et condescendants, l'artiste a décrit la quintessence de ce que le Pouvoir marocain s'évertue depuis des décennies à inculquer au citoyen moyen, tout en maintenant sciemment, en dessous de la moyenne, toute conscience politique, et tout esprit de citoyenneté, au profit du fatalisme et de la passivité qui vont comme un gant, au statut qu'on lui a concocté, de simple sujet, soumis à une monarchie dont la légende voudrait qu'elle soit omnipotente et omnisciente, avec un droit de vie et de mort, sur les siens.


    Jamel Debbouze et Mohammed VI

    Stratégie pitoyable, qui distille à l'envie, l'idée que le pays serait peuplé d'une horde d'ignorants. De simples tubes digestifs, incapables de prendre en main leur propre destinée et dont  même les élites ne sauraient être que domestiquées, «à-plat-ventristes», foncièrement incompétentes et notoirement corrompues. La théorie ainsi énoncée, confère à la monarchie le rôle d'un Saint sauveur, contre les affres du chaos, de la zizanie, et de toute autre forme d'insécurité.
    L'affirmation du comédien: «le roi est seul» procède de la même caricature de cette doctrine diabolique. Ce postulat signifiant, entre autres : le roi est bien seul pour prendre les plus petites comme les plus grandes des décisions. Celles-ci sont, par essence, à tout le moins, irréprochables, sinon sublimes.
    A la différence de Jamel Debbouze, qui mérite la palme d'or de l'obséquiosité et dont le constat est une insulte à l'intelligence de ses compatriotes, Fouad Abdelmoumni voit dans ce genre de discours, un motif de grande inquiétude.
    Au cours d'une interview vidéo datée du 22 mai, l'économiste et militant des droits de l'Homme décortique, sans fioriture et dans une perspective historique, le côté pervers de la situation produite par cette stratégie, et les risques qu'elle fait planer sur le futur du pays:
    «La grande réussite du régime de Hassan II n'a pas été seulement de réprimer les gens, elle a été surtout de convaincre tout le monde qu'il n'y a pas que l'entourage royal qui était pourri mais que toutes les élites étaient pourries. On a vu que le jeu de l'Etat actuel continue dans cette direction. D'ailleurs le fait qu'il ait privilégié l'élection de personnages de troisième ordre souvent avec une réputation crapuleuse à la tête de partis historiques, au Maroc, relève de cette dynamique fondamentale qui est : tous pourris. Et si tout le monde est pourri, chacun n'a qu'à chercher à satisfaire son intérêt personnel, et il pourra mieux le satisfaire en tapant aux grandes portes des palais, plutôt qu'en cherchant une expression politique avec éventuellement un fond idéologique, avec une démarche partisane organisée...
    ... Le roi actuel Mohamed VI semble se désintéresser de la chose politique, lui-même victime du caractère absolument hideux de son père...
    ... En 2001, il y a un retournement assez radical. Je crois que pendant ces deux années, l'ensemble de l'entourage royal et l'ensemble des élites, partisanes, gouvernementales, administratives, militaires et autres, qui étaient en contact avec le roi, chaque fois qu'elles en avaient l'opportunité, lui disaient : Majesté tout ce que vous touchez devient or, et tout ce que vous ne prenez pas en charge, rien ne se passe. Et donc il a probablement, de plus en plus, considéré qu'il avait la baraka, cette volonté divine à ses cotés qui faisait qu'il pouvait être sorti de la cuisse de Jupiter et apporter des changements fulgurants ».
    Voilà l'arrogance et le mépris érigés en outils de gouvernance et qui vont jusqu'à dépouiller l'élite de sa dignité  et la contraindre à intérioriser le mépris et développer, à son tour, un discours le justifiant, sinon le glorifiant. Nous sommes aux confins du syndrome de Stockholm.
     A cet égard, les récentes déclarations surréalistes de Habib El Malki, un des barons de ce qui reste de l'USFP, sont édifiantes. En commentant la tentative du parti de l'Istiqlal de solliciter l'arbitrage royal, en vertu de l'article 42 de la Constitution, ce dernier a affirmé toute honte bue, et tout en pestant contre ce qu'il a qualifié de décadence de la politique :
    «le roi est un arbitre, il est le garant de l'équilibre, entre les institutions constitutionnelles, et donc le recours à lui est un recours à la sécurité».
    Autant le dire, les sécuritaires ont peaufiné leur basse besogne de plonger le débat public et la vie politique dans un état de décadence et distiller le spectre de l'apocalypse dans les esprits.
    Si Jamal Debbouze se vante de son amitié avec le roi, la considérant comme un privilège, le roi, quant à lui, n'a pas cette chance de compter parmi ses amis, un certain Fouad Abdelmoumni.
    Pour le plus grand malheur de notre pays. Il faut croire qu'un seul Fouad lui suffit.  
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     A voir :

    Jamel DEBBOUZE, la génération DEGAGE, & L'exception marocaine !!! 

     http://youtu.be/SpFVjZ1x-eg

    AMDH Lilli-Oujda : 12 juin débat migration et Droits Humains



    Programme


    Dans le cadre de Jumelage et Coopération entre la société civile de la ville de d’Oujda « Maroc » et la ville de Lille « France », l’Association Marocaine des Droits Humains - AMDH d’Oujda et AMDH Nord France, en partenariat avec le MRAP « Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples » organisent :

    Mercredi 12 JUIN 2013 « 18heures »

    - Rencontre-Débat sur le thème :

    Migrations et Droits Humains

    animé par

    · Monsieur Mohamed KARZAZI, AMDH Oujda

    · Monsieur Abdellatif IMAD, AMDH Nord France

    · Mme Louisette FARENIAUX, MRAP-Lille « Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples »,

    · Monsieur Saïd HADEF Écrivain et chercheur.

    Lieu : Siège Union Marocaine de Travail «UMT»

    Horaire : 18 Heures

    Amnesty brosse un sombre tableau des droits de l’Homme au Maroc, le Maroc refuse la vérité


    Résumé de yabiladi, 23/5/2013  
     
    Prévisible. Le rapport annuel 2013 d’Amnesty international, publié aujourd’hui, brosse un sombre tableau de l’état des droits de l’Homme au Maroc, en voici les principaux points noirs.

     D’emblée, Amnesty international pointe du doigt les autorités, responsables selon elle, «des restrictions à la liberté d’expression et engagé des poursuites contre des détracteurs de la monarchie et des institutions étatiques, ainsi que contre des Sahraouis partisans de l’autodétermination ». Ce sont là les principaux griefs d’AI contre l’Etat marocain. L’association revient sur le sit-in organisé par une vingtaine d’opposants à la cérémonie d’allégeance : « En août, la police a eu recours à une force excessive envers des personnes qui protestaient devant le Parlement à Rabat contre une cérémonie annuelle commémorant l’accession du roi au trône. Un journaliste qui couvrait l’événement a également été maltraité ».

    Lutte contre le terrorisme, le cas de deux MRE
    Dans la rubrique terrorisme, Amnesty accorde une importance particulière à deux MRE : Ali Aarass, un belgo-marocain et Mohamed Hajib, un germano-marocain. Madrid avait extradé, le premier en décembre 2010, suite à une demande de Rabat.  AI estime que cette extradition est une « violation des mesures provisoires ordonnées par le Comité des droits de l’homme [ONU] car il risquait d’être torturé et maltraité au Maroc. Il aurait été contraint de faire des « aveux » sous la torture ». Novembre 2011, il est condamné, en première instance à 15 ans de prison, réduite, en appel à 12 ans. Une peine qui pourrait être revue à la baisse, en fin d’année, lorsque la cour de cassation statuerait sur ce dossier.
    L’affaire du deuxième MRE est plus grave pour l’image du pays sur la scène internationale. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire, relevant de l’ONU, a conclu, en août, que la détention de Hajib est « arbitraire ». Et demandé aux autorités marocaines de le libérer. Amnesty déplore que la condamnation de Mohamed Hajib, à 10 ans de prison en 2010, s’appuyait « sur la base d’aveux qui auraient été obtenus sous la torture pendant sa détention provisoire, en l’absence d’un avocat. Ses allégations de torture n’ont pas fait l’objet d’une enquête ».

    La torture dans les prisons et les locaux de la police
    Le vendredi 17 mai, un communiqué d’Amnesty accusait les autorités marocaines de torturer six détenus sahraouis. Dans son rapport, l’ONG revient sur le sujet. « De nouvelles informations ont fait état d’actes de torture et de mauvais traitements infligés notamment sur des personnes détenues aux fins d’interrogatoire par des agents de la Direction de la surveillance du territoire (DST) ». AI rappelle, à cet effet, que « la visite au Maroc en septembre, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture a fait observer que les actes de torture étaient plus répandus lorsque les autorités considéraient que la sécurité nationale était menacée. Il a ajouté que les allégations de torture débouchaient rarement sur des poursuites à l’encontre des auteurs ».
    Amnesty ne se contente pas de citer le document de Juan Mendez, elle évoque également, les conclusions du rapport du CNDH, rendu public en octobre, sur les conditions d’incarcérations dans les prisons du royaume. L’organisme étatique y a signalé « que les membres du personnel pénitentiaire continuaient de maltraiter les détenus et que ces agissements faisaient rarement l’objet d’enquêtes ».

    Les Subsahariens, victimes de torture
    Le rapport 2013 d’Amnesty est intitulé : « un monde de plus en plus dangereux pour les réfugiés et les migrants ». « Partout dans le monde, les États se montrent davantage désireux de protéger leurs frontières nationales que les droits de leurs citoyens et ceux des hommes et des femmes qui viennent chercher refuge ou de meilleures chances chez eux ». Au Maroc, les migrants, notamment les Subsahariens, ne sont guère mieux lotis. « Les réfugiés et les demandeurs d’asile risquaient d’être victimes d’agressions et de mauvais traitements », constate l’ONG.
    « En septembre, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture a signalé que les « actes d’agression, les violences sexuelles et d’autres formes de mauvais traitements » envers les migrants en situation irrégulière étaient en augmentation. Il a prié les autorités d’enquêter sur les informations faisant état de « violence contre les migrants subsahariens » et de prévenir le renouvellement de ces pratiques ». Faisant fi de ces appels, les forces de l’ordre mènent, depuis plusieurs jours, dans les forêts de Nador une campagne contre les Subsahariens pour les empêcher d’entrer à Melilla.

    Au Sahara et dans les camps de Tindouf
    « Les autorités continuaient de s’en prendre aux défenseurs sahraouis des droits humains et aux partisans de l’autodétermination du Sahara occidental ». Amnesty souligne, dans son rapport, que les 23 détenus dans le procès Gdim Izik, « se sont plaints d’avoir été torturés ou maltraités en détention ».
    Fidèle à une ligne de conduite bien ancrée, Amnesty a passé sommairement l’état des droits de l’Homme dans les camps de Tindouf. « Cette année encore, le Front Polisario n’a pris aucune mesure pour amener à rendre compte de leurs actes les personnes accusées d’avoir commis des atteintes aux droits humains durant les années 1970 et 1980 dans les camps qu’il contrôlait ». Aucune mention de la détention du chanteur dissident Allal Najem  et des agressions physiques qu’il a subies ou de la déportation de Mustapha Selma en Mauritanie.

    Amnesty déplore que le Maroc refuse l’égalité dans l’héritage
    « Les femmes et les filles étaient victimes de violences sexuelles et de discrimination dans la législation et dans la pratique ».  Bien que le gouvernement ait entamé en novembre le processus devant aboutir à l’adhésion du Maroc au Protocole facultatif à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée en 1997 par l’Assemblée générale de l’ONU, il maintient toujours ses réserves sur certains articles  non conforme à la charia.
    « Le gouvernement a rejeté une recommandation formulée dans le cadre de l’Examen périodique universel qui l’invitait à réviser le Code de la famille pour garantir l’égalité entre les hommes et les femmes en matière d’héritage ». Amnesty regrette  que « les hommes coupables de viol pouvaient toujours échapper aux poursuites en épousant leur victime ». Une année et deux mois après le suicide d’Amina Filali, le cabinet Benkirane n’a pas, encore, daigné modifier l’article 475 du code pénal.

    Source :  yabiladi.com
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    Texte complet de l'extrait consacré au Maroc et au Sahara occidental du rapport annuel d'Amnesty International :
    En français : http://www.amnesty.org/fr/region/moroccowestern-sahara/report-2013
    En anglais : http://www.amnesty.org/en/region/moroccowestern-sahara/report-2013
    En arabe : http://www.amnesty.org/ar/region/moroccowestern-sahara/report-2013
     
    Merci de consulter régulièrement notre page « Avec Amnesty pour les droits dans la région Moyen Orient et Afrique du Nord » mise à jour régulièrement www.facebook.com/AmnestyMoyenOrientAfriqueduNord cet espace est public, vous n'avez pas besoin d'une page facebook personnelle.
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    Comme à l'accoutumée, le Maroc n'accepte pas les rapports -qui vont pourtant tous dans le même sens, preuves à l'appui- qu'il estime partiaux et éloignés de la vérité (ndlr)
      Rapport. Le Maroc juge « partial » le dernier rapport d’Amnesty international. « Le Maroc est à l’écoute des rapports des ONG, mais comme à l'accoutumée, Amnesty a inclus dans son document de 2013 de nombreux aspects négatifs en se basant uniquement sur des informations infondées sans pourtant vérifier leur véracité auprès des autorités publiques concernées », a déclaré jeudi à Atlasinfo le Délégué interministériel aux droits de l’Homme, Mahjoub El Hiba. 
    Ce dernier s’est inscrit en faux contre l’affirmation selon laquelle les recommandations de l’Instance équité et réconciliation (IER) -un organisme dissout après avoir contribué à tourner la page des violations des droits de l’Homme durant les années de plomb 1970 à 1990, « n’ont pas été mises œuvres ». De l’avis même de nombreux pays démocratiques, le Maroc a réussi grâce à l’IER, une expérience unique en Afrique et dans le monde arabe, à franchir d’importantes étapes dans la promotion des droits de l’Homme. « Je rappelle que la quasi-totalité des recommandations sur les réparations individuelles a été mise en œuvre alors que les projets de réparation communautaire sont intégrés dans des processus régionaux auxquels sont associées des ONG et les autorités locales », a affirmé ce responsable. 
    Quant aux autres recommandations, « elles ont trouvé leur place dans la nouvelle constitution, en se plaçant comme l’un de ses référentiels », a-t-il souligné. Amnesty International reproche aux autorités marocaines des restrictions dans le domaine de la liberté d’expression, d’association et de réunion, le recours aux arrestations et la poursuite des journalistes, ainsi que la répression à l’encontre de plusieurs activistes et membres d’associations. Le rapport relève également « l’usage excessif de la force pour disperser des manifestations. » Par ailleurs, le rapport révèle une situation inhumaine concernant les affaires se rapportant au terrorisme et aux migrants « Dans les affaires de terrorisme et d’infractions liées à la sécurité, les suspects risquaient d’être torturés et autrement maltraités, et d’être jugés au cours de procès inéquitables. Des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile ont été la cible d’attaques. ».  
    Le 2 Minutes

    Où est passé le Marocain expulsé par Manuel Valls vers le Maroc ?

    Par Abdelilah Gueznaya, demainonline, 2/6/2013

    Manuel Valls enervé lors d'une séance à l'Assemblée nationale.
    Manuel Valls énervé lors d’une séance à l’Assemblée nationale. 
    Le Marocain, résidant à La Rochelle, qui avait appelé «à commettre des attentats en France et dans les pays européens», et avait été expulsé de France le 17 mai par le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, n’a plus donné signe de vie depuis qu’il est arrivé au Maroc.
    Ce jeune homme, âgé de 24 ans, serait actuellement détenu au Maroc. Même s’il n’a commis aucun délit sur le sol national….
    On pense qu’il a été réceptionné à son arrivée par la DST et emmené à Aïn Aouda, la prison clandestine de la police politique marocaine, où tortionnaires et tourmenteurs se relaient pour passer à la gégène les clients qu’ils reçoivent.
    Ce jeune homme, sûrement plus grand gueule que terroriste, fait les frais des « efforts » conjoints de Manuel Valls et des autorités marocaines pour montrer au monde « qu’on » lutte efficacement contre le terrorisme international islamiste.
    Mais voilà, un dangereux islamiste résidant à la Rochelle et ayant comme arme de destructions massives un clavier et un abonnement à Internet, voilà un profil d’un zélé serviteur d’Al Qaeda qu’on ne connaissait pas jusque-là.
    Si ce jeune Rochelais, qui est marié à une Française avec qui il a deux enfants, a été torturé à la DST, cela va faire tâche dans la carrière du Catalan d’Evry.
    Entens Manel ?

    URL courte: http://www.demainonline.com/?p=26869

    Point hebdomadaire n°26 sur la campagne de parrainage des prisonniers politiques au Maroc, 4/6/2013


    Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc
    ASDHOM 79, rue des Suisses  92000 Nanterre

    Point hebdomadaire n°26 sur la campagne de parrainage des prisonniers politiques au Maroc, 4/6/2013

    Deux de nos marraines ont réagi au cri d’alarme qu’on a lancé dans notre précédent point hebdomadaire et qui concerne l’état de santé de plusieurs membres du groupe de prisonniers politiques sahraouis Gdeim Izik. Si Marie-José Fressard a choisi d’écrire directement à son filleul Hassan Dah pour lui assurer  son soutien inconditionnel, Isabelle Maurer, la marraine suisse, a, quant à elle, préféré interpeller les responsables marocains et le président du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) sur les conditions de détention de Mohamed Bani et de son groupe.
    Extraits :
    « J’espère que tu ne perds pas courage. Si d’une façon ou d’une autre je peux t’aider, dis-le-moi, je ferai de mon mieux. J’ai hâte d’avoir de tes nouvelles…. Je pense beaucoup à toi, et à vous tous. Tiens bon, cher Hassan, et reçois toute mon amitié et ma solidarité. » Marie-Jo, mardi 28 mai 2013.

    « …Je me fais du souci pour mon filleul, le prisonnier Mohamed Bani, ainsi que pour ses 21 camarades.
    …..En tant que citoyenne suisse, je vous lance un appel afin que la situation des 22 prisonniers sahraouis de Salé 1 change immédiatement, que ces prisonniers politiques bénéficient rapidement de soins médicaux en rapport avec leurs problèmes de santé, et que les conditions de leur détention s'améliorent grandement. Je fais appel à votre humanité et suis persuadée que l'image du Maroc ne pourra qu'être meilleure à l'étranger si vos détenus politiques sont mieux traités. » Isabelle Maurer, 1er juin 2013.

    Vous trouverez l’intégralité de ces deux lettres sur la rubrique « Témoignages et Lettres » du site de l’ASDHOM.
    Tout en se réjouissant et en félicitant ces deux marraines de leur action de solidarité, l’ASDHOM continue à lancer son appel à d’autres parrains et marraines pour faire de même. La liste des prisonniers politiques n’arrête pas de s’allonger et leurs conditions de détention sont tellement insupportables qu’il nous faut beaucoup de parrains et marraines comme Isabelle et Marie-Jo pour amener les autorités marocaines à accéder à leurs revendications légitimes. Cette solidarité est d’autant plus nécessaire qu’en ce moment quelques-uns de ces détenus politiques sont en grève de la faim. Les cinq militants de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc, incarcérés à la prison Toulal 2 à Meknès, en sont à leur 86ème jour. Ils ont été arrêtés depuis décembre 2012 et ne sont toujours pas jugés (Voir nos précédents points). Leur santé s’est gravement détériorée (Asthme, évanouissements, paralysie des membres inférieurs, etc.) Soufiane Sghéri et Hassan Koukou ont été transportés d’urgence, en début de cette semaine, à l’hôpital Mohamed V de Meknès. Ils garderont sûrement des séquelles, même avec une issue heureuse de cette action.
    Il est malheureusement urgent d’agir auprès des responsables marocains pour éviter qu’un drame humain survienne.

    Groupe UNEM-Fès : Les trois prisonniers politiques qui avaient été libérés provisoirement (Tarek Jaïbi, Hicham Boughlad et Younes Erroufi) après 35 jours de grève de la faim, ont été présentés à nouveau devant la Cour d’appel de Fès le 29 mai. Leur procès a été reporté au 18 juillet 2013. Leur camarade, Mohamed Rida Derkaoui, arrêté le 14 mai 2013, sera, lui, fixé sur son sort le 12 juin. Quatre autres, Hamid Moumen, Mohamed Hamouche, Abdelouafi Lamrabet et Mohamed Harras, faisant partie des 22 militants de l’UNEM arrêtés après les protestations du campus Dhar El-Mahraz du 15 avril, devaient être condamnés le 30 mai 2013. Nous n’avons pas encore les éléments concernant ce verdict.

    Groupe Zayou-ANDCM-20Fév : Les sept militants de l’Association Nationale des Diplômés Chômeurs au Maroc (ANDCM) et du mouvement 20-Février (Voir nos points précédents), arrêtés le 2 mars 2013, ont été présentés le mardi 28 mai devant le tribunal de première instance de Nador. Leur procès a encore une fois été reporté au 16 juillet. Nous rappelons qu’ils sont poursuivis pour « violences envers des fonctionnaires de l’Etat, destruction de bien public, désobéissance et menaces, rassemblement non autorisé, etc. » Ils restent en liberté provisoire et les forces démocratiques locales qui se sont fortement mobilisées pour eux demandent l’abandon des poursuites. L’ASDHOM qui se joint à elle, considère que ce procès déguisé en droit commun cache en vérité un vrai procès politique qui tend à bâillonner les militants démocratiques et progressistes.         

    Groupe Ifni : Après les deux jeunes frères, Lambidae, arrêtés et condamnés à de la prison ferme pour avoir participé aux protestations du 2 mai dernier, vient le tour d’un jeune mineur d’être poursuivi en liberté provisoire. Il s’agit de Mohamed Lamine Iriz. Traduit devant le tribunal de première instance de Tiznit le 28 mai 2013 en présence de plusieurs militants de l’AMDH, son procès a été reporté au 26 juin 2013.

    Groupe Sahraouis-Laâyoune-Smara : Un nouveau groupe de quatre Sahraouis vient d’être traduit devant la Cour d’appel de Laâyoune au Sahara le 30 mai 2013. Sidi Mohamed Mallah, Mohamed Sallouh, Mahmoud Hanoun et Ajouad Farrah s’ajoutent à ceux arrêtés après les rassemblements de protestation qu’ont connus les villes de Laâyoune, Boujdour et Smara après le 25 avril 2013 en lien avec la décision du Conseil de sécurité de l’ONU concernant le mandat de la MINURSO. En tout, il y a eu une dizaine d’arrestations dont un mineur. Nous reviendrons en détail sur ces arrestations dans notre prochain point.

    Pour le bureau exécutif
    Ayad Ahram
    Président de l’ASDHOM
    Paris, le 4 juin 2013

    Les arrestations continuent à Ifni :

    Par Souad G., Attac-Maroc, 6/6/2013

    Bouhafra Rachid a été arrêté ce jeudi 6 juin à Ifni.
    Bouhara Rachid est diabétique, Son arrestation fait suite aux derniers évènements qui avaient éclaté à Ifni lundi 29 avril 2013 au soir. 
     Rappel : Lundi 29 avril au soir, une manifestation des jeunes pour l'emploi à Ifni a été bloquée par les forces de répression. Puis les slogans se  radicalisent, appellent à la  solidarité avec la population de Laayoun contre la répression. Les affrontements ont duré toute la nuit. Les deux frères Karim et Youssef Lambidae ont été arrétés puis condamnés à  8 mois et 1000dh d’amende chacun .
     
    Autre arrestation : Mohamed Amzouz est en état d’arrestation. Ancien détenu des évènements du samedi  7 juin 2008 , dit le « samedi noir de Sidi Ifni », on lui ressort un dossier de 2010 comme prétexte à son arrestation.

    Ces arrestations alimentent un climat de tension et de terreur à Ifni. Le pouvoir étant incapable de trouver des solutions à la crise économique, sociale et politique , c’est  la fuite en avant à Ifni comme dans les nombreuses régions  du Maroc en lutte. 
    Seule la solidarité peut briser le silence et soutenir les luttes en cours.

    ATTAC-Maroc : Les islamistes au pouvoir au Maroc: Le néolibéralisme sans complexe

    Par Salaheddine Lemaizi, militant d’ATTAC Maroc, 5/6/2013
     


    Eléments de réponse.


    Les islamistes au pouvoir au Maroc  
    Le néolibéralisme sans complexe

    Les politiques économiques adoptées par les islamistes au gouvernement au Maroc sont-elles en rupture avec le néolibéralisme en cours depuis 30 ans ? Eléments de réponse.

    Les islamistes adorent Davos. Pour la deuxième année de suite Abdel-ilah Benkirane, Chef du gouvernement marocain, a fait le déplacement à la Mecque du néolibéralisme, le Forum économique mondial tenu du 23 au 27 janvier 2013 à Davos, en Suisse. Il a participé aux côtés de d’autres chefs de l’Exécutif de la région Maghrek-Maghreb : Ali M. Z. Ben Zedan (Lybie), Hesham Mohamed Qandil (Egypte), Najib Mikati (Liban) et Salam Fayyad (Palestine), à débat sur l’actualité de cette partie du monde.

    Benkirane, Regean et Thatcher réunis !
    Comme à sa première participation, Benkirane, chef de file des islamistes marocains, a axé son discours sur les questions identitaires et «le nécessaire souci d’accepter les différences des d’autres cultures». Ce discours à la limite de la victimisation fait l’impasse sur l’essentiel : la nature des politiques économiques qu’adoptent les islamistes au gouvernement. Sont-elles en rupture avec le néolibéralisme en cours dans cette région depuis 30 ans ? Plus d’un an après leur arrivé au gouvernement, les islamistes se prosternent devant le capitalisme marocain et étranger.
    Le gouvernement Benkirane est issu des élections du 25 novembre 2011. Il est composé d’une coalition hétéroclite (le PJD islamiste, le PI et le MP conservateurs proches de l’Etat et le PPS, «socialiste»). Le cœur du pouvoir demeure entre les mains du roi et de son entourage, qui dictent les grandes lignes dans tous les champs de la vie publique. Le gouvernement est réduit au rôle d’exécutant. Donc, la politique économique de ce gouvernement n’est pas estampillé que islamiste, mais elle résume la pensée unique dominante chez la classe politique (Palais, gauche comme droite) qui prête allégeance au marché.
    Le tournant est dans la méthode. Avec l’arrivée des islamistes au gouvernement, cette religion du marché trouve un prédicateur, un Thatcher et un Réagan réunit, qui défend le néolibéralisme sans complexe. Pour plaire aux Institutions financières internationales (IFI), le gouvernement se montre docile et malléable. Pourtant, face à la population, il est intraitable.

    Les «Privatisor» islamistes
    Trois ministres islamistes résument ce rôle du néolibéralisme décomplexé. Le premier personnage est Lahcen Daoudi, ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres. Cet économiste est un adepte de la libéralisation, de la globalisation et du libre-échange. Il a été rebaptisé «Privatisator» de la politique marocaine.  Dès son arrivée, il annonce son souhait de rendre l’université publique payante «pour améliorer sa compétitivité face aux universités privées». Daoudi dénigre l’enseignement public supérieur qu’il qualifie de «crèches pour adultes». Son fantasme est de «drainer des capitaux privés dans l’enseignement».
    Le deuxième acteur est Mustapha Ramid, ministre de la justice et des libertés (sic). Cet avocat, très influent au sein de son parti, s’est montré intraitable avec des greffiers en mouvement de grève. Il osé faire des prélèvements sur leurs salaires et donnant son feu vert pour disperser avec une violence inouïe les sit-in de ces fonctionnaires. Pour lui, ce conflit social et ces revendications sont décryptés avec sa grille d’analyse d’islamiste : faire grève et recevoir un salaire est «haram» (illicite).
    Troisième personnage est Najib Boulif, Ministre délégué, chargé des affaires générales et de la gouvernance. Ce poste clé de l’Exécutif a été confié à cet économiste connu pour son puritanisme. A son arrivée au pouvoir, il laissera de côté «l’islamité» de ses points de vue. Il est en train de suivre le rythme que lui imposent ses partenaires, la Banque mondiale et les autres IFI. Ce ministre prône un «interventionnisme sélectif de l’Etat» dans l’économie.  Ce ministre, qui a fait les deux déplacements à Davos, renforce la mission de son département comme caisse de résonnance des recommandations de la BM au Maroc[1].
    Ces trois ministres, décrits comme des «faucons» islamistes, se sont avérés de dociles animaux politiques, au service du marché. Ils rejoignent ainsi les positions du gouvernement sur plusieurs thèmes, spécialement la polémique TGV, remis en cause par une partie de la population. Les meurettes des islamistes marocains en économie ne font que renforcer le système capitaliste. Ainsi le gouvernement souhaite introduire la finance islamique comme une alternative au système bancaire classique, propose un impôt religieux (zakat) optionnel et commence par taxer les produits de luxes. Ces pistes de reformes ne changeront pas la nature du système actuel.

    Le consensus de Washington islamiste
    Au contraire, le gouvernement actuel se lance corps et âme dans des «réformes» qui ressemblent à un Programme d’ajustement structurel, bis. (PAS). Un remake des années 80 se prépare. Cette période a été marquée par des coupes budgétaires dans les secteurs sociaux, suivi par des émeutes du pain. L’octroi par le Fonds monétaire international (FMI) d’une ligne de Précaution et de liquidité de 6,2 milliards de dollars en faveur du Maroc en aout 2012[2], pousse le gouvernement a accéléré le rythme du démantèlement du système global de subvention de prix pour aller vers un ciblage des populations pauvres. L’acharnement politique et médiatique montre le poids du nouveau dogme des islamistes : la liberté des prix. S’il est vrai que le système de subvention connait de nombreux dysfonctionnements, il demeure qu’elle joue un rôle important dans un pays dont 28% de la population est pauvre[3] (8,5 millions).  En plus de «cette réforme» majeur, les islamistes comptent s’attaquer aussi aux systèmes de retraite, déjà fragile, à la fiscalité et au droit de grève.

    Répression et criminalisation des luttes
    Ce démantèlement de l’Etat social, où de moins ce qu’il en reste, risque de créer des heurts. Les classes sociales pauvres ou paupérisés des grandes métropoles sont privées d’un logement décent et abordable, de systèmes de santé et d’éducation gratuits et de qualités. Avec ces réformes, il y a fort à craindre des explosions de colère populaire. Prévoyant de tels scénarios, l’Etat prépare ses outils de «dialogue social». Le budget de ministère de l’Intérieur est en constante augmentation, le système d’espionnage en ligne est à la pointe de la technologie, la reproduction du contrôle social par de nouveaux outils comme les ONG véreuses bat son plein. A ces outils s’ajoute le discours lénifiant des islamistes. Benkirane, le Chef de gouvernement est passé maitre en la démobilisation. A chacune de ses sorties, il appelle la population «à la patience et se remettre à Dieu dans toutes les situations».
    En parallèle avec ce discours moraliste, le gouvernement réprime tout ce qui bouge. Etudiants, diplômés chômeurs, syndicalistes, ouvriers, Mouvement du 20 février. Une criminalisation quasi systématique des luttes sociales est en cours. Le nombre de prisonniers politiques au Maroc dépassent les 60 militants. Aveuglé par l’idéologie islamiste et le dogme marché, le Chef du gouvernement et ses ministres achèvent bien les Marocains.  
            
    Religion du marché
    Au-delà de la conjoncture politique marocaine, les enseignements à tirer dépassent le cadre national. À l’instar de la Tunisie et de l’Egypte, l’Exécutif actuel au Maroc montre les limites de l’islamisme. Cette idéologie basée une certaine lecture de l’Islam n’apporte aucune proposition nouvelle pour une population qui est sortie dans la rue revendiquant du «Pain, de la justice sociale et de la  dignité». Aveuglé par ses débats identitaires, enlisé dans ses contradictions et piégé par les occidentaux dans des débats imprégnés «d’eurocentrisme», l’islamisme ne propose rien en alternative au : libéralisme, néolibéralisme, société de consommation, etc…
    Pire, cette idéologie s’apparente être le meilleur allié du capitalisme. Gilbert Achcar, professeur à la School of Oriental and African Studies de Londres observe avec finesse ce mariage dans le cas égyptien: «La doctrine économique des Frères musulmans plaide pour marché libre sans restriction. Elle est plus conforme à la doctrine néolibérale qui a prévalut du temps de Moubarak»[4]. Ce spécialiste de la région donne l’exemple de la voracité des hommes d’affaires de la confrérie islamiste qui n’ont rien à envier aux businessmen de l’ancien régime
    Plus de deux ans après le début du Printemps des peuples, les dirigeants du Machrek-Maghreb, élus pour la plupart démocratiquement, persistent dans les mêmes politiques libérales qui ont ruiné ces pays et mené vers les révolutions en cours. Le libéralisme s’est laissé poussé la barbe et l’islamiste n’a plus de complexe de s’afficher dans les messes du capitalisme mondial.
     Cette crise pose avec acuité la question d’une réelle alternative de gauche dans cette région du monde. Une zone dominée par le conservatisme politique et le néolibéralisme économique adopté même par le social-libéralisme. Cette gauche a un chantier à construire autour des revendications du printemps des peuples : liberté, égalité, dignité, pain, justice sociale…

      Encadré 
    Abdel-ilah Benkirane. Le premier prisonnier politique au Maroc  
    Dans une interview accordée à TV5 Monde, le Chef du gouvernement marocain a multiplié les déclarations hilarantes. Florilège : «Voulez-vous que je tire les femmes par les cheveux pour les ramener au gouvernement» ou encore : «Il n’y a aucun prisonnier politique au Maroc». Pour justifier ce mensonge, Benkirane invoque le mythe désuet de «l’exception marocaine» face au printemps des peuples. La réalité est que le Maroc compte au moins 60 prisonniers politiques. A cette liste s’ajoute, les prisonniers islamistes dont le dossier complexe est en stand by. A terme, Benkirane devrait détruire la sympathie dont il bénéficie auprès d’une partie de la population. En assumant la responsabilité morale de la répression des mouvements sociaux et politiques et en se mettant en avant pour défendre ces réformes économiques impopulaires, il détruit le mérite de son parti et confirme qu’il est prisonnier de sa logique politique. Il est le premier prisonnier politique du régime marocain.      




    [1] Pour un aperçu de ce rapport entre BM et le gouvernement marocain, voir le site de ce département : www.affaires-generales.gov.ma
    [3] Un débat houleux oppose le gouvernement et le PNUD sur ce chiffre. Il demeure que lors de l’élaboration d’un système de couverture médicale pour les démunis, c’est ce taux qui a été retenu par les officiels.
    [4] Pour une analyse complète de cette question lire le nouveau livre de l’auteur : Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, Sindbad, Paris, 2013 

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