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lundi 19 octobre 2015

L’écrivain Abdellatif Laâbi victime d’une mystérieuse agression





jeudi 16 octobre 2014

Grande figure : Abdellatif Laâbi, l’homme révolté



Abdellatif Laâbi par ©Ji-Elle
Informations pratiques
Quand   Jeudi 30 octobre, à 18h30
  Salle du Haut Conseil, niveau 9
Combien   Entrée libre dans la limite des places disponibles
Poète, romancier, dramaturge et traducteur marocain, Abdellatif Laâbi est né à Fès en 1942. D’abord enseignant à Rabat, il participe au développement de l’intelligentsia marocaine de gauche a travers la création de la revue Souffles traitant de culture, d’expression, ainsi que de problèmes sociaux et économiques. En 1972, date à laquelle il fonde le mouvement clandestin de gauche Ila Al Amame, il est enfermé et condamné à dix ans de prison. 
Dans Chroniques de la citadelle d'exil  (2005) il fait le récit de ses années d’enfermement. Peu après sa libération, il s’exile en France ou il continue et diversifie son œuvre. Abdellatif Laâbi s’adonne alors au théâtre, à la poésie, au roman et à l’essai. Auteur des œuvres Le soleil se meurt (1992), Le Spleen de Casablanca (1996), Poèmes périssables (2000), Mon cher double (2007) et Tribulations d'un rêveur attitré (2008) aux éditions La Différence, il reçoit le prix Goncourt de la poésie en 2009 pour l’ensemble de son œuvre. En 2011, l’Académie Française lui décerne le Grand Prix de la francophonie. 
L’œuvre d’Abdellatif Laâbi, teintée de révolte, promeut l’engagement artistique et intellectuel comme moyen de lutter contre les injustices.

Avec :
Jacques Alessandra, auteur, entre autres, des essais Abdellatif Laâbi, traversée de l’œuvre (La Différence, 2008) et  Abdellatif Laâbi, La Fierté d'être homme (Espace Magh, 2011) ;
Jean-Luc Wauthier, poète, essayiste et critique, il a récemment publié Les tablettes d’Oxford (éd. Meo, 2013) ;
Kenza Sefrioui, journaliste et critique, auteur de La revue Souffles (1966-1973) : espoirs de révolution culturelle au Maroc (2011).
Clôture par un concert musical
Chant : Naziha Meftah
Luth: Driss El Maloumi

samedi 11 octobre 2014

Prix Nobel / Pourquoi pas à Abdellatif Laâbi?


Rien que pour ce texte rayonnant d'humanité (pour ne pas parler de son œuvre monumentale), je donnerais le Prix Nobel à Abdellatif Laâbi... en laissant de côté son apport inédit à la littérature universelle, très long à relater ici....


Manifeste
 
Ici la Voix des Arabes libres. La voix de ceux, celles qui ont décidé de briser la loi du silence, combattre le mensonge, redonner la voix aux sans-voix, faire entendre le cri des suppliciés, rejeter les chaînes de la soumission, dénoncer les grandes et petites lâchetés, démasquer les assassins et leurs commanditaires, mettre à nu les mécanismes de la corruption et du pillage, lever le voile sur les misères matérielles et morales, bref, s’insurger contre la fatalité et libérer le cours de l’espoir.

Nous émettons de quelque part. D’un lieu inconcevable pour l’imagination courte des tyrans, de leurs sbires et des paternalistes de tout acabit. Désert primordial où la parole rebelle fut conçues, où l’arbre de la mémoire surgit, plongea ses racines dans la terre assoiffée de justice, déploya sa frondaison pour accueillir la palabre des chercheurs de vérité aux lèvres gercées d’énigme, à la face inspirée par le message d’errance.

Ici la Voix des Arabes libres. Hommes et femmes refusant l’uniforme simiesque, le garde-à-vous, l’hymne vengeur, les bruits de bottes, les marches forcées, les barbelés de la patrie, la bêtise des consensus, la peste de l’orgueil, la prison de l’unique langue, de la religion unique, le folklore débilitant des signes distinctifs : coiffures, couvre-chef, fichus, barbes, maquillage, médaillons, pendentifs, anneaux, chapelets, amulettes et toute la quincaillerie-bimbeloterie ayant servi depuis belle lurette à berner les peuples innocents. Autant de linceuls prévus pour nous dès le berceau que nous lacérons par plaisir pur et jetons à la face hideuse des molochs qui ont voulu nous enterrer vivants.

Car vivants, nous le sommes, et nous aimons la vie au-delà du supportable. D’autres ne se rendent pas compte qu’il sont vivants. La vie s’offre à eux en pure perte, par distraction, et c’est par distraction qu’il la prennent, ou alors par routine, comme les piètres copulateurs du vendredi ou du dimanche.

Nous les désirants, les languissants, les brûlés à l’intérieur, les fous d’amour, nous suivons la vie à la trace, à l’odeur, et même à la rumeur. « Nous faisons nos ablutions avec notre sang », et nous psalmodions son nom jusqu’à l’évanouissement. Nous mendions à sa porte sans rien perdre de notre dignité. Ah ! quel festin, les miettes qu’elle daigne nous jeter !

Ici la Voix des Arabes libres. Frères et sœurs siamois de tous les humains libres. Comme eux candidats à l’arrachement et aux exils.

L’intérieur d’abord, quand on répugne à hurler avec les loups, applaudir avec la claque, courber l’échine avec les larbins, et que le partage se réduit à la portion congrue, aux petits plaisirs glauques et leurs lendemains qui déchantent. Quand l’identité s’arrête à un lieu de naissance, un nom, une croyance. Quand la différence exclut et stigmatise. Quand le tribut versé à la quiétude de l’appartenance vide inexorablement le trésors de l’âme. Quand la marge extrême devient l’unique lieu vivable et vous condamne au carrousel aveugle du malheur.

L’extérieur ensuite. O les chemins minés de l’exil ! Et au terme de l’exode, la terre promise qui se dérobe immédiatement sous vos pieds. La fêlure qui s’installe. Vous ne serez jamais vraiment ici, ni vraiment là-bas. Œil schizophrène. Battement du cœur et son double. Fantômes de l’enfance à chaque coin de rue. Amertume de la dernière gorgée du meilleur cru dans le plus beau des calices. Mais, peu à peu, vous vous faites une raison. Dur préapprentissage. Vous habitez l’abri flottant du provisoire. Et surtout vous découvrez que vous n’êtes pas seuls. Vous faites partie dorénavant d’un peuple mutant, d’une tribu fraternelle exemptée du pris du sang, se riant des frontières, éprise de questions, hantée par l’infini, non celui géographique des horizons, mais l’humain pétri de chair et d’esprit, et que l’on ne peut scruter qu’avec l’œil du cœur.

Ici la Voix des Arabes libres. Nous vous parlons de quelque part, et le temps nous est compté : Car, n’hésitons pas à le dire, nous faisons partie d’une espèce menacée de disparition. L’air se raréfie autour de nous tant la pollution est généralisée, la pire pour nous étant celle du langage. Que d’oiseaux-lyres mazoutés peinent à remuer leurs ailes dans nos gorges. Que de roses assiégées par les immondices n’ont plus à cœur de libérer leur parfum. Que de mot nobles et sincères sont traînés dans la boue, prostitués et vendus à la criée sur les panneaux de réclame.

Nous nous insurgeons contre cette aphasie programmée dont le dessein, cousu de fil blanc, est le conditionnement des consciences avant leur mise à mort.

Aussi notre message, s’il doit y en avoir un, se résume-t-il en un seul mot-tocsin : résistance ! Oui, les périls montent, y compris dans « la maison de l’âme ».

Nous en appelons au sursaut de l’humain en l’homme. Il s’agit de reconquérir, dans le noyau enténébré de l’identité humaine, cette part lumineuse que bien des messagers se sont évertués à nous révéler et dont il est arrivé à nos prédécesseurs les mieux inspirés de faire bon usage, érigeant ainsi de rares Andalousies qui n’attirent plus de nos jours que des cyclopes à la gâchette facile, consommateurs effrénés du fugace et du rien, ne captant du grand œuvre de beauté que des images orphelines, exsangues, dépourvues d’écho, coupés de leur assise ombilicale.

Ici la Voix des Arabe libres. Pour des raisons d’éthique, nous émettrons de nuit plutôt que de jour. Tant d’étoiles se meurent et s’éteignent en nous à notre insu. Nous voulons honorer notre serment de veilleurs de la condition humaine. Garder pour cela les yeux ouverts, les facultés aux aguets, cultiver l’insomnie, entretenir le feu sacré, les pâturage du rêve, le don de la vision, sans cesse affûter le tranchant de la parole pour accueillir à l’heure dite ses vagues inspirées, sa coulée primitive, ses vaticinations et sa transe, ses tambours de rappel à l’insoumission, ses violons et ses flûtes faisant se dresser les mamelons, ses luths égrenant la trouble chamade des chrysalides au bord de l’élan vital.

Chaque nuit, nous émettons jusqu’à l’aube. Contrairement aux haut-parleurs du matraquage sonore, nous entrecouperons nos programmes de plage de silence. Car il n’est de parole vraie que celle fécondée par le silence consenti. Espace et temps du retour sur soi, de l’examen, du doute, des petites lumières et de l’illumination, du souffle évanescent de la grâce.

Voici donc. La main de l’aube va bientôt effacer la planche inspirée de la nuit. C’est le moment pour les descendants de Shéhérazade de se retirer sur la pointe des pieds. Et demain, il faudra recommencer. Car le glaive sera de nouveau suspendu sur nos têtes. Jusqu’à quand ?

Abdellatif Laâbi  (Créteil, 5 août 2001)




samedi 19 juillet 2014

Quand la poésie fait trembler Israël !

Par Mohammed Belmaïzi, 14/7/2014

Introduire l’œuvre de Mahmoud Dawish dans le débat contemporain, exige un très long développement. J’ai choisi ici de cerner un aspect percutant pour insérer la pensée poétique de Darwish entre l’Orient et l’Occident.

Les événements du 11 septembre ont précipité l’Orient sur l’autel de la vindicte médiatique du monde occidental. Désormais « les frontières sanglantes de l’Islam », sont exhibées en tant qu’ennemi fatal à « notre » civilisation occidentale, scientifique et moderne. Cette thèse au spectre raciste, est l’obsessionnelle idée d’un universitaire américain Samuel Huntington connu pour avoir été Conseiller du président Carter. Si elle a réussi à traverser presque tous les imaginaires du pouvoir occidental contemporain, cette inutile hostilité à l’Orient ne date cependant pas d’aujourd’hui. Et la question palestinienne depuis fort longtemps posée à la conscience universelle, suivie maintenant de plus près par l’occupation de l’Irak, sont là pour fournir la lecture de cette hégémonie contemporaine.

Dès les premiers balbutiements d’un progrès problématique, « la soi-disant triomphante avant-garde de la fin du 19ème siècle » qui « a prétendu répondre aux découvertes scientifiques, voire aider à l’avènement d’une nouvelle humanité », n’était pas exempte de «poncifs couvant sous l’apparence de l’Etat libéral bourgeois : le fascisme ». Sous le dogmatisme d’une vision binaire étriquée, cette avant-garde avait hiérarchisé le monde en «un Orient obscur, négatif et infini, un esprit aryen inventeur d’un panthéisme que la science moderne soi-disant confirme, et des aspects réalistes et gnostiques du christianisme ». Le but étant clair, il fallait « vaincre l’esprit sémitique » (Julia Kristeva, La Révolution du langage poétique).

Mais cette « guerre civilisationnelle » axée sur les seuls rapports et intérêts géopolitiques, dans laquelle on veut nous faire sombrer aujourd’hui, n’est-elle pas une simpliste diversion intellectuelle pour nous faire oublier cet autre important antagonisme où « le rationnel » et «le sensible» sont, depuis la percée du premier, en perpétuel affrontement tragique où le puissant se permet de dévorer le plus faible ?

Inaugurée par Christophe Colomb, la dynamique de l’exploration du monde ductile à la déferlante coloniale, va cruellement se préciser avec un 19ème siècle positiviste et scientiste, dont le projet est de faire disparaître l’humanité archaïque, vider de leurs sens les mythes, les rites, les dieux et les expériences religieuses. L’altérité n’était perçue qu’à travers sa monstruosité, ses cruautés et ses superstitions.

L’Histoire témoigne et nous fournit, lorsque nous remontons à la disparition de la civilisation aztèque, le premier drame d’une extermination, voire d’un génocide de toute une ère civilisationnelle (Tzvetan Todorov, La Conquête de l’Amérique, la question de l’Autre). Cet événement historique met en lumière le conflit de deux visions du monde. Et dans ce sens, l’humanité a assisté à l’une des tragiques confrontations sémantiques lorsque Moctezuma, le roi des Aztèques, supérieur en armes et en soldats, à la poignée d’hommes de Cortès, se laissa attacher les mains par ce dernier dans un silence religieux et fataliste. Notre conscience moderne reste totalement abasourdie sans les paramètres nécessaires d’analyse dont nous disposons, qui révèlent en fait, que ce roi, dans son sommeil, fit le rêve de cet événement fatal qui va être confirmé par l’interprétation des rêves de son époque. Autrement dit c’est la pensée mythique, prémonitoire pourrait-on dire, inhérente à l’échange avec le monde, qui s’est constituée prisonnière de celle, nouvellement « rationnelle », qui, elle, favorise l’échange avec les hommes. Et de fait, l’Histoire enregistre que «depuis cette époque, et pendant près de trois cent cinquante ans, l’Europe occidentale s’est efforcée d’assimiler l’Autre, de faire disparaître l’altérité extérieure ». S’il existe donc une guerre de civilisations, c’est bien dans cette problématique qu’il faudrait l’articuler. Il est donc à préciser que ces deux modes de pensée ou de communication sont indispensables : « Aucun des deux n’est intrinsèquement supérieur à l’autre et on a toujours besoin des deux à la fois; si on gagne sur l’un des plans, on perd nécessairement sur l’autre » (Todorov).

A la lumière de cet antagonisme des visions du monde, il est fort pertinent d’évoquer la question palestinienne avec Mahmoud Darwish, immense poète arabe, qui souligne à juste titre cette similitude. Ce n’est pas un hasard que l’extermination des Indiens d’Amérique côtoie étroitement, dans son œuvre poétique, la tragédie qu’endure le peuple palestinien, lorsqu’il dénonce « une guerre culturelle rageuse contre une philosophie intrinsèquement mêlée à la terre et à la nature, aux arbres, aux cailloux, à la tourbe, et à l’eau. L’homme rouge s’excusait avec une chaleur d’une surprenante poésie de l’arbre qu’il allait couper, expliquant son besoin vital. La machine a triomphé de cette sainteté que l’homme rouge attribuait à sa terre divinisée ». La promotion du « sensible » où s’insère la pensée poétique va s’exprimer explicitement chez le poète Darwish, quand il déclare qu’il s’est « mis dans la peau de l’Indien pour défendre l’innocence des choses, l’enfance de l’humanité » (Cf. « La Palestine comme métaphore »).

Dans l’espace culturel arabe, la défense du « sensible » sera prise très tôt par l’un des mouvements les plus importants, né au Maroc dans les années soixante. Dans sa critique radicale de l’ordre colonial et néo-colonial, une élite d’intellectuels va verser dans le débat contemporain une nouvelle pièce où figurent indissociables le « sensible » et le « rationnel ». Devenue une conviction inébranlable au fil des années, cette thématique va s’exprimer d’une manière systématique dans la revue « Souffles » à travers quelques articles, mais surtout par l’expression poétique, lieu par excellence où loge l’entité du « sensible ». Dans son article intitulé « Culture et progrès scientifique », Abraham Serfaty écrit : « Nous pensons, au risque de choquer bien des esprits, que le concept de science n’est pas transcendant à l’histoire de l’Humanité et de la société ». Sans le « sensible », il ne peut y avoir de création. Et toute création, y compris la création scientifique, ne plonge-t-elle pas dans le sensible ? ». Ensuite, pour donner plus d’impact à la thèse qu’il défend, l’auteur évoque une heureuse affirmation d’une autorité scientifique Marie Curie, qui relève qu’« autant une fausse science s’oppose à une fausse poésie, autant une véritable science est extraordinairement proche d’une véritable recherche poétique ».

Cet argumentaire initié par le poète marocain Abdellatif Laâbi, dont le projet avoué est de ressourcer son œuvre dans ce « sensible » tant décrié, va se poursuivre à travers une vision vécue de l’intérieur du processus créateur. Laâbi dira, en soulignant l’importance de cette faculté humaine, « que la civilisation humaine s’est développée au détriment de certaines facultés de l’homme. Nous avons assisté à une atrophie du sensible au profit du rationnel. C’est ce qui fait, d’après des études récentes, que l’homme prétendument parvenu à un des sommets de son intelligence ne développe en fait qu’un pourcentage dérisoire de ses facultés potentielles. Par ailleurs, bien des cultures ou des civilisations, qui ont été broyées par le bulldozer occidental de la modernité, ont emporté avec elles dans quelque Atlantide une partie de ces facultés. Mais il n’y a pas que les richesses perdues de ces peuples de l’abîme, il y a sous nos yeux les larges masses des peuples condamnés au silence, à la marginalisation et dont les facultés créatrices sont confisquées » (Cf. « La Brûlure des interrogations »).

Cette problématique mutation de l’humanité n’a malheureusement pas été traitée par le penseur Karl Marx, qui n’était malheureusement pas poète, mais qui s’exclamait pourtant devant les découvertes scientifiques de son époque en disant : « On dirait même, que la pure lumière de la science a besoin, pour resplendir, des ténèbres de l’ignorance » (Cf. l’étude de Jeanne Fevret-Saada, Les mots, la mort, les sorts). Dans la préface de l’une de ses œuvres poétiques, Laâbi dressera le même constat en tressant les liens entre mythe et science. En interpellant la modernité, le poète s’interroge : « Comment comprendre l’aéronautique moderne si nous n’avons pas saisi le sens de l’épopée tragique d’Icare ». Le « sensible », en tant qu’entité essentielle à la vie humaine, va résider dans cette image profondément patente, sous forme, ici encore, de questionnement : « Comment peut-on comprendre l’arbre si nous sommes incapables d’imaginer ses racines ? »

Aujourd’hui, on sait que dans un monde instauré sur les rapports de domination et d’injustice culturelle, le recours au « sensible » n’est sans nul doute pas un arrièrisme mais un élément structurant qui permet une intégration par la pensée et la construction poétique.

La poésie, c’est donc une riposte et un paradigme de pensée. Elle se trouve au cœur de tous les combats pour la dignité et contre toutes les formes d’offenses et de soumissions. En tout temps, la poésie a joué un rôle capital dans les phases historiques les plus déterminantes pour la vie d’une communauté, d’un peuple ou d’une nation. Sous la colonisation, l’expression poétique au Maroc par exemple, a contribué à canaliser les aspirations de liberté et d’indépendance. Les poètes étaient répertoriés par les « scientifiques » coloniaux dans le registre de la subversion. « Aujourd’hui [la période coloniale], écrit Basset, ce sont eux, ces orchestres à l’accoutrement barbare, toujours en marche de village en village, qui répandent dans les régions agitées, les bruits les plus extraordinaires et poussent à la lutte contre les Français. On les admire, on les écoute, ce sont de redoutables agents de propagande » (cité dans « Souffles »).

En Palestine, pays d’un peuple brimé et occupé, l’analogie s’avère surprenante et remarquable. Car, il a suffit d’un poème de Mahmoud Darwish intitulé « Passants parmi des paroles passagères» (Cf. Palestine, mon pays (l’affaire du poème)), pour ébranler les fondements de l’Etat d’Israël ainsi que la Knesset, et pour provoquer un « débat hystérique » selon les intellectuels israéliens eux-mêmes, qui ont pris ouvertement la défense de la poésie. Ytzhak Shamir, premier ministre d’alors, pouvait dire à cette époque que « j’aurais pu lire ce poème devant le Parlement, mais je ne veux pas lui accorder l’honneur de figurer dans les archives de la Knesset ».

Privé sciemment d’une reconnaissance universelle, le poète arabe, au lieu d’errer à la recherche d’un désert-refuge, il crie sa fidélité à la spiritualité et à l’expression poétique. « La poésie est tout ce qui reste à l’homme, écrit Laâbi, pour proclamer sa dignité, ne pas sombrer dans le nombre, pour que son souffle reste à jamais imprimé et attesté dans le cri ». Une voie obstinément éthique s’ouvrant sur un choix ultime : la pensée poétique comme seul moyen pour exprimer une humanité démunie, et dénoncer l’instauration d’une rationalité ressentie, pour la première fois peut-être de l’extérieur de la civilisation occidentale, par les colonisés, comme folle et monstrueuse. Déjà le poète occidental Mallarmé avait fustigé le siècle de la flambée nationaliste et de la raison colonialiste de son époque, prenant un chemin opposé «pour tracer la voie d’une folie logique ou d’une logique devenue folle à vouloir méconnaître le hasard (les ruptures du symbolique) », (Cf. Julia Kristeva, La Révolution du Langage Poétique).

Si la civilisation contemporaine a élu domicile dans la science en tant que « Terre Promise» (Cf. Jean SERVIER, L’Utopie, P.U.F), en légitimant la colonisation, la poésie, elle, sera une réelle et douce « autre terre promise » pour le marginalisé et le laissé pour compte. Car elle est transmutation de la sensibilité collective, et travaille pour le ré-ancrage de l’imaginaire. Dans ce sens elle peut se qualifier de « science » mais d’une science « autrement ». Il ne fait plus aucun doute pour la génération de ces poètes, et ceux qui les suivront, que la poésie aura pour tâche, comme le dit Laâbi, de redécouvrir, par ses moyens propres, la dialectique concrète de la pensée, de l’histoire et des forces sociales. Et la poésie est certainement une des activités créatrices les plus proches et les plus capables de cette saisie et de cette démarche.

C’est ainsi que la poésie arabe n’a de cesse de lancer son humble défi au monde occidental, à travers une production mirifique, porteuse de valeurs insoupçonnées. La poésie palestinienne de combat (Cf. La Poésie palestinienne de combat, anthologie traduite et présentée par A. Laâbi), va venir imposer son irréductible différence pour décentrer l’histoire écrite par le plus fort. Mahmoud Darwish, faisant un clin d’œil au savoir occidental, dira : «Etre ou ne pas être / Là n’est pas la question / Etre et être / Là est la décision » (Passage tiré d’une conférence de Darwish au Danemark dans le local de l’Association des Ecrivains Danois, Copenhague, 1985).

Dans ce résolu face-à-face aux humiliations culturelles spécifiques à la colonisation –d’ailleurs toujours décrétée comme « Œuvre de Civilisation » (ainsi que le montre le récent débat en France, mais aussi ce que nous vivons aujourd’hui à travers l’invasion de l’Irak ou à travers le piétinement de la terre de Palestine) –  et en biffant le discours poétique investi par le «sensible» tant redouté, c’est la science « pure » et « dure » qui émerge avec les conséquences qu’on connaît. Tant il est vrai qu’une soi-disant science qui cautionne l’inhumain, la terreur des Etats, le massacre et le génocide, ne peut prétendre convaincre les opprimés qui cherchent à se défaire de son fardeau. « Il nous reste beaucoup à méditer », écrit Abdelkébir Khatibi, l’un des participants dans le revue « Souffles », « sur la solidarité structurelle qui lie l’impérialisme dans toutes ses instances (politique, militaire, culturelle) à l’expansion de ce qu’on appelle les sciences sociales. Tâche immense, il est vrai : entre le fait de colonisation et celui de la décolonisation, il y va du destin de la science et de la technique, en tant que forces, énergie de domination et de maîtrise sur la totalité du monde, et du surmonde aussi bien » (cf. Maghreb pluriel)

Pour les intellectuels arabes, la question palestinienne recouvre tout un pan métaphorique qui va toucher à divers fronts. Car libérer la pensée devient synonyme de toutes les libérations ; celle de la « conscience malheureuse » occidentale, qui soutient inconditionnellement une injustice violant tous les principes de droit ; synonyme aussi de la neutralisation de la gangue passéiste et offensante du sionisme ancré dans l’idéologie du 19ème siècle. A ce propos, en voici une illustration visant la logique bornée de ce sionisme sans avenir, à travers la pensée poétique de Darwish : «C’était la nuit noire / et le chanteur chantait / On l’interroge / pourquoi chantes-tu / il répond : parce que je chante / et ils ont fouillé sa poitrine / ils ont fouillé son cœur / n’y ont trouvé que son peuple / ils ont fouillé sa voix / n’y ont trouvé que sa tristesse / ils ont fouillé sa tristesse / n’y ont trouvé que sa prison / ils ont fouillé sa prison / et n’y ont trouvé qu’eux-mêmes enchaînés » (Cf. « Rien qu’une autre année », traduit de l’arabe par A. Laâbi. Il faut noter que ce recueil a eu le succès de vente de plus d’un million d’exemplaires)… Mais libérer la pensée c’est aussi et surtout contribuer à une réelle libération du peuple palestinien et de tous les peuples arabes.

Dans cet élan, la poésie est appelée à revêtir toute l’existence de l’humain. « La poésie » écrit Laâbi en lettres capitales dans l’une de ses interventions « est aujourd’hui au cœur de la tragédie de l’homme et de son immense espoir ».

Chassé de sa terre, et son droit à l’existence confisqué, le poète Mahmoud Darwish, insoumis à l’ordre établi par le plus fort, édifie sur le texte poétique devenu patrie, ses dénonciations, sa colère, ses espoirs, sa philosophie et sa vision du monde qui est en somme éthique et esthétique où il fait bon vivre. Le thème de la terre occupée n’est plus qu’un alibi pour développer une œuvre d’art poétique touchant à l’universel, et à la condition humaine. C’est que «la Palestine, dit le poète Mahmoud, ne se limite pas à la Palestine, mais qu’elle fonde sa légitimité esthétique dans un espace humain plus vaste». Dans, La Palestine comme métaphore, Darwish aime à raconter ce que Jean Genet, fervent défenseur de la cause palestinienne, disait : « la patrie est l’idée la plus sotte qui soit, sauf pour ceux qui en sont privés, comme les Palestiniens ». Dans un entretien, Juan Goytisolo demande à Genet : «qu’adviendra-t-il lorsque les Palestiniens auront retrouvé leur patrie ?», Genet répondit « Ils auront alors le droit de la jeter par la fenêtre ».

Mais le poème et la terre occupée maintiennent, chez Darwish, une relation de passion et de compassion amoureuse, permettant à la poésie de tracer une absence et d’indiquer le lieu de résistance. Aussi le poème construit-il inévitablement le futur : « Ils m’ont dit : pourquoi tu écris le poème blanc / et la terre noire ».

Cette science cognitive « autrement », qu’est la poésie, fondée sur le « sensible », en opérant une plongée dans les nouvelles lignes directrices de tous les possibles, révèle l’humanité à elle-même. Mais loin d’être le fruit d’une quelconque mystérieuse inspiration, le poème, le plus court soit-il, nécessite, nous dit Darwish, des centaines de livres à lire et une volumineuse mémoire documentaire. Le poème a besoin lui aussi d’un savoir, d’une archéologie, d’une longue recherche et d’une épaisse documentation scientifique. Ne s’agit-il pas en somme d’une science à part entière ? Des études audacieuses le disent aujourd’hui expressément : « la science d’aujourd’hui ne peut plus se donner le droit de nier la pertinence et l’intérêt d’autres points de vue, de refuser en particulier, d’entendre ceux des sciences humaines, de la philosophie, de l’art » (Cf. Prigogine & Stengers, La Nouvelle Alliance (métamorphose de la science)). Et faut-il évincer, au sein du concert des autres savoirs, une véritable pensée théologique, pour ne parler que de la théologie de libération, réfléchie, responsable et conséquente…et sans doute pour réfuter le bricolage terroriste d’une croyance magico-religieuse qui sévit contre les peuples musulmans actuellement ?

Je me permets ici d’ajouter naturellement « l’esthétique verbale » pour évoquer cette «poésie» palestinienne insoumise à la puissance barbare et délétère. Le violent antagonisme entre le «sensible » et le «rationnel», en s’inscrivant dans le giron de notre condition humaine atrophiée, va ici prendre avec Mahmoud Darwish une forme décisive qui oppose tragiquement « une victime victorieuse, hérissée de têtes nucléaires » à « une victime dominée, hérissée de têtes poétiques» (Cf. La Palestine comme métaphore).

Notre conscience moderne, ne sera-t-elle pas amenée, tôt ou tard, à opter, comme le suggèrent nos immenses poètes, pour la culture et pour promouvoir l’intelligence vive et libératrice. Riches, à la fois, du «sensible» et du «rationnel», nous irons chanter les principes de justice et revendiquer l’avènement de l’Etat de Droit où la pensée poétique sera à portée de main de tous les citoyens. Nous aurons, ainsi, jugulé l’abominable et attentatoire statut de « Sujets ».

A travers la poésie de Mahmoud Darwish, réfléchir autrement, devient immédiatement possible.

Mohammed Belmaïzi

samedi 15 mars 2014

Abdellatif Laâbi, sur France Inter estime que le Maroc est devenue la « propriété privée » du roi


    Par Badr Soundouss
                                                                                                                                                       
    France inter
    Abdellatif Laâbi durant l’émission
    Le poète Abdellatif Laâbi, a été reçu vendredi 7 mars à Rabat, par Pascale Clark, animatrice de la radio française France Inter. C’était lors du Festival Etonnants Voyageurs qui a lieu à Rabat et Salé du 6 au 9 mars 2014. 
    Lors de cette émission,  Naturellement, la radio française et ses journalistes ont mis les formes pour expliquer ce que c’est que la tyrannie alaouite, l’accapparement du pouvoir par une petite clique qui tourne autour du roi, mais les choses ont été dites.
    Pour une radio française, c’est franchement osé. Surtout en ce moment de chantage marocain à la France après l’épisode d’Abdellatif Hammouchi, le patron de la DST, la police politique marocaine.

    Voilà la présentation de cette émission telle qu’elle a été présentée par le site France Inter  :
    Abdellatif Laâbi ne cesse de réclamer la démocratie dans son pays, le Maroc. Après le régime autoritaire de Hassan II durant lequel il a passé de longues années en prison, un immense espoir est né avec l’accession au trône de Mohammed VI. Mais Laâbi comme le peuple tout entier ont rapidement déchanté. Le nouveau roi et une oligarchie obéissante se sont emparés du pouvoir, réduisant les organes d’un fonctionnement démocratique (parlement, partis politiques, syndicats) à des coquilles vides. Certes, la presse paraît plus libre qu’auparavant mais c’est à sa médiocre audience qu’elle doit la relative clémence dont elle jouit. Les institutions sont faibles, les intellectuels méprisés et le roi régit son pays comme s’il s’agissait d’une , bonnespropriété privée…
    A Demain, pour ne pas provoquer une campagne médiatique contre Abdellatif Laâbi, Pascale Clark et le reste de l’équipe de France Inter (et peut-être même leur expulsion de notre cher pays), nous avons décidé de publier l’information seulement après la fin du Festival.
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    Par Aziz Enhaili
    Sur France24. le Prix de l'ONU des droits de l'homme 2013 Khadija Riyadi et deux membres du gouvernement Benkirane II échangent sur la situation au Maroc et les relations franco-marocaines, 8 mars 2014.
    http://www.youtube.com/watch?v=_dBYCKKdtughttp://www.youtube.com/watch?v=_dBYCKKdtug


    samedi 21 décembre 2013

    Damir, une nouvelle plateforme citoyenne moderniste


    h24info.ma / Publié le 16/12/2013  N.B

    Damir, une nouvelle plateforme citoyenne moderniste
    © DR
    Samedi dernier, la société civile marocaine a accueilli un nouveau né: l'association Damir (littéralement, «Conscience»), un collectif qui se veut moderniste, démocrate et sensible à la question des droits de l'Homme.
    Ahmed Assid, Moulim Laaroussi, Latefa Ahrar, Lahcen Zinoune, Abdessamad Miftah El Kheir et d’autres noms se sont donné rendez-vous à Casablanca ce samedi pour le lancement de l'association Damir, un collectif pour «penser les problématiques qu’affronte la société marocaine» nous explique Salah El Ouadie, membre du bureau exécutif fraichement élu.
    Dans un contexte où les mouvements islamistes ont émergé dans la région, l’association propose un espace pour «mûrir le débat sur des questions fondamentales, hors de tout agenda politique et électoral», poursuit El Ouadie.

    «Notre mode de travail ne sera pas axé uniquement sur la prise de position et la mobilisation et la protestation. Nous prévoyons d’autres modes d’action, comme les colloques nationaux, internationaux, les mémorandums, les études», insiste notre interlocuteur.

    Mais ce qui est incontestablement nouveau dans cette structure, c’est le cautionnement international qu’elle a réussi à obtenir. Nawal El Saadawi, Adonis, Abdellatif Laâbi, ou encore Edgar Morin feront ainsi partie du comité d’honneur de l’ONG.

    http://www.h24info.ma/maroc/politique/damir-une-nouvelle-plateforme-citoyenne-moderniste/17984
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    Des défenseurs d’un projet de société moderne se mobilisent



    Des défenseurs d’un projet de société moderne se mobilisent
    Crédit photo : DR
     Baptisé Damir, qui 
signifie littéralement «conscience», le mouvement regroupe une pléthore d’intellectuels, d’artistes et de journalistes, dont Salah 
El Ouadie, Latefa Ahrrare, Saïd Saâdi ou encore Ahmed Assid. Tous ces chantres du modernisme n’ont d’autre but que 
de contrer tout ce qui a trait au fondamentalisme religieux, à la pensée unique et à l’instrumentalisation 
de la religion, en se positionnant clairement en faveur des libertés individuelles, l’esprit critique et la création. 
La plateforme se veut apolitique et dépourvue de tout but électoraliste.

    samedi 7 décembre 2013

    Langue marocaine / Débat frelaté !

    Par Mohammed Belmaïzi, 03/12/2013

    4 décembre 2013, 00:38
    Préambule :

    Ce n'est pas parce que Noureddine Ayouch, contesté pour diverses raisons, milite pour l'enseignement de l'arabe marocain (il oublie d'ajouter l'amazighe), qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain...

    Par ailleurs, je voudrais conseiller la lecture d'un texte épais et combien mirifique de notre ami Ahmed Benani : "Langue et nation à l'aune de la modernité". Un texte qui mérite d'être traduit en arabe, pour contribuer efficacement à ce débat.

    Ma contribution, succincte et bien modeste, et je reste ouvert au débat :

    La langue marocaine qu’on s’empresse de qualifier de « darija » (dialecte) est une langue comme toutes les autres langues. Elle a sa structure et sa logique pour appréhender et dire le monde (poésie de Majdoub, des Nass Ghiwane, Jil Jilala, proverbes et contes... et cela s'applique sur la langue amazigh aussi) Elle ne peut être qualifiée de langue indigente ou complètement irrationnelle.

    Ce dernier jugement a été déjà proféré par la « science coloniale ». Marçais savant de cette bourrasque indigne qui infériorise à souhait l'altérité, disait :

    « l’arabe parlé est aussi peu apte que possible à formuler les choses intellectuelles. Son vocabulaire abstrait est indigent et ne permet que d’exprimer en gros, sans précision et sans nuances, des idées très simples »…

    Mais ce n’est pas fini ! Car pour l’arabe écrit, c’est-à-dire littéraire, le même Marçais dit:

    «Il manque presque infailliblement de naturel et de simplicité. On ne sera donc pas surpris que beaucoup de prosateurs arabes aient gongorisé, subtilisé à outrance, exprimé de pures niaiseries avec une recherche et un pédantisme incroyables, parlé trop souvent longuement pour ne rien dire et ne puissent en conséquence fournir de pâture convenable à de jeunes esprits français. »

    (j’ouvre la parenthèse ici pour souligner que les islamistes d’aujourd’hui ont repris ce genre d’assertions insensées et terriblement dangereuse de la « science coloniale » pour décréter que la poésie et les écrits des penseurs arabo-musulmans, étaient la cause de la décadence de la civilisation andalouse et arabo-musulmane. Retenons que la cognition des islamistes et de la science coloniale, sont kif kif pareilles).

    Pour être concis et viser la pertinence, je dirai que l’enfant marocain est dès sa première scolarité confronté au problème bilingue ou trilingue. Et l’enfant amazighophone et l’enfant arabophone affrontent au Maroc une situation tragique qui ne peut favoriser leur épanouissement et leur formation intellectuelle. Rare sont les enfants qui échappent à cette schizoglossie… qui fait que nombre d’enfants abandonnent leur scolarité. Et le régime marocain n'en a cure!

    Déjà du temps de la revue Souffles, la question d’une langue étrangère imposée au détriment de la langue maternelle, a été posée avec acuité. Abdellatif Laâbi écrivait à ce propos que «L’adolescent de l’indépendance a perdu ce véhicule imposé (le français) mais il n’a pas reconquis l’autre (la langue marocaine). Il est aphasique. Sa pensée, sa personnalité profondes n’émergent qu’en bribes sporadiques, imprécises. »

    Le linguiste marocain Ahmed Boukous, quand à lui relevait bien plus tard, que « la question de l’enseignement est pensée en terme de centralisme linguistique de sorte que ne sont enseignés que l’arabe classique et le français, comme si l’arabe dialectal et le tamazight étaient dénués de toute fonction cognitive, alors qu’il serait plus opératoire, plus juste et plus économique de les introduire dans le système scolaire, ce faisant, l’on éviterait au moins à la jeunesse les affres de la schizoglossie. »

    Voilà qui est dit, pour infirmer cette folle idée qui attaque la langue maternelle marocaine (amazigh et arabe marocain) en la jugeant de débile et qui rendra les enfants débiles… si elle était enseignée à l'école primaire. Scientifiquement faux, archi-faux!!!

    Des linguistes canadiens ont travaillé sur ce sujet et on abouti à l’idée que le bilinguisme ou trilinguisme dès la petite enfance peut retarder la parole et nuire à la capacité linguistique de l’enfant et à son intellect. Ils ont arrêté cette phase critique à l’âge de 12 ans, pour conseiller l’apprentissage dans la langue mère avant toute autre langue.

    Après 12 ans, l’apprentissage des langues devient un jeu d’enfants. Et bien sûr, à ce moment, il faut encourager l’apprentissage des langues. Le maximum de langues sans conséquences néfastes!

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    • Photo de Ali Fkir.Ayouch et Laroui n'osent pas aller au fond du problème. Leur polémique en dehors du temps et de l'espace. C'est tout à fait normal. Les raisons?
      - Certainement qu'ils n'ont pas vécu dans leur enfance l'enfer que vivent les 90% des enfants du peuple.
      - Que leurs enfants n'ont pas fréquenté et ne fréquentent pas l'école "publique"
      - Qu'ils ne veulent en aucun cas un changement qui toucherait à l'ordre établi, l'ordre établi sur la trinité: Dieu, Patrie, Roi. La remise en cause de l'édifice social...leur fait peur. L'intérêt de classe oblige.
      Le débat relatif à la langue comme moyen/instrument d'apprentissage, comme élément d'identité ne peut qu'être positif. Mais il ne peut être productif que s'il s'inscrit dans le "diagnostic" de l'enseignement dans son ensemble.
      Ayouch est aveuglé par sa toile d'araignée de micro-crédit. Un créneau très rentable. Le taux d'intérêt est de 24% l'an. La darija est suffisante pour communiquer et amasser des fortunes. Les victimes du système de micro-crédit ne doivent en aucun cas accéder aux mathématiques financières ni être "trop savants". Ils faut les empêcher de comprendre.Laroui, grand intellectuel, produit d'idées. Mais quelles idées? Aveuglé par le panarabisme étroit, il réduit notre identité à l'arabe. Il oublie que nous sommes amazighs, arabes, africains et avant toute autre chose humain. Humain? Oui et par conséquent nos enfants doivent avoir les mêmes chances à leur naissance. L'enfant d'Imilchil, celui de Doukkala, celui de Jbala, celui du bidonville de la périphérie de Casablanca ont-ils les mêmes chances que ceux des beaux quartier tels Souissi à Rabat, Anfa à Casa et j'en passe? Nos deux intellectuels ont-ils parlé de l’unicité de l'enseignement? Aujourd'hui, la qualité de l'enseignement est proportionnelle à votre "fortune".
      L'arabe classique est une langue du passé, du présent- et de l'avenir, n'en déplaise à monsieur Ayouch. Notre autre langue Tamazigh a un grand avenir. Il suffit de se mettre au boulot.
      Le problème de toute langue trouve les causes de son rayonnement ou de sa décadence dans la puissance des peuples qui la parlent. Or l'arabe classique souffre de "l'arriérisme/sous-développement" التخلف quasi général que vit le monde arabe (y compris les pays arabo-amazighs du grand Maghreb). La tyrannie politique, le sous-développement économique, l'obscurantisme idéologique, les rapports sociaux moyenâgeux et j'en passe. Il y a un siècle, les européens riaient du chinois en tant que langue, en tant qu'écriture. C'était la Chine semi-féodale, la Chine arriérée. Aujourd'hui, on se bouscule pour apprendre le chinois, on fait les yeux doux aux Chinois...hier, le 3 décembre 2013, les chaînes européennes ont annoncé que le Yuan (monnaie chinoise) a surpassé l'euro. Yuan est devenu la 2ème monnaie des transactions internationales. Cette nouvelle ne reflète que la réalité des nouveaux rapports de force à l'échelle de la planète.
      Monsieur Laroui! si vous voulez assurer l'avenir de l'arabe classique, alors mettez vous au boulot en dénonçant les régimes despotiques (parmi eux le régime marocain), rangez-vous du côté des opprimés. Dénoncez le contenu de "notre" enseignement. A quoi ils servent التربية الاسلامية، التربية الوطنية، تاريخ السلاطين...الخ ؟
      Ali Fkir
      — avec Salah Elayoubi.
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