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mercredi 12 octobre 2016

Fouad Laroui - Ce vain combat que tu livres au monde

Mes ami-es, lisez ce livre pour saisir la dynamique de la radicalisation... Comme à son habitude, mon ami Fouad Laroui a, magistralement, su apporter à la question une analyse et un déroulement si convaincants et si limpides...
Un livre qui invite au débat et incite au partage des idées... A lire absolument!

Fouad Laroui vous présente son ouvrage "Ce vain combat que tu livres au monde". Parution le 18 août 2016 aux éditions Julliard. Rentrée littéraire 2016.
youtube.com

samedi 7 décembre 2013

Langue marocaine / Débat frelaté !

Par Mohammed Belmaïzi, 03/12/2013

4 décembre 2013, 00:38
Préambule :

Ce n'est pas parce que Noureddine Ayouch, contesté pour diverses raisons, milite pour l'enseignement de l'arabe marocain (il oublie d'ajouter l'amazighe), qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain...

Par ailleurs, je voudrais conseiller la lecture d'un texte épais et combien mirifique de notre ami Ahmed Benani : "Langue et nation à l'aune de la modernité". Un texte qui mérite d'être traduit en arabe, pour contribuer efficacement à ce débat.

Ma contribution, succincte et bien modeste, et je reste ouvert au débat :

La langue marocaine qu’on s’empresse de qualifier de « darija » (dialecte) est une langue comme toutes les autres langues. Elle a sa structure et sa logique pour appréhender et dire le monde (poésie de Majdoub, des Nass Ghiwane, Jil Jilala, proverbes et contes... et cela s'applique sur la langue amazigh aussi) Elle ne peut être qualifiée de langue indigente ou complètement irrationnelle.

Ce dernier jugement a été déjà proféré par la « science coloniale ». Marçais savant de cette bourrasque indigne qui infériorise à souhait l'altérité, disait :

« l’arabe parlé est aussi peu apte que possible à formuler les choses intellectuelles. Son vocabulaire abstrait est indigent et ne permet que d’exprimer en gros, sans précision et sans nuances, des idées très simples »…

Mais ce n’est pas fini ! Car pour l’arabe écrit, c’est-à-dire littéraire, le même Marçais dit:

«Il manque presque infailliblement de naturel et de simplicité. On ne sera donc pas surpris que beaucoup de prosateurs arabes aient gongorisé, subtilisé à outrance, exprimé de pures niaiseries avec une recherche et un pédantisme incroyables, parlé trop souvent longuement pour ne rien dire et ne puissent en conséquence fournir de pâture convenable à de jeunes esprits français. »

(j’ouvre la parenthèse ici pour souligner que les islamistes d’aujourd’hui ont repris ce genre d’assertions insensées et terriblement dangereuse de la « science coloniale » pour décréter que la poésie et les écrits des penseurs arabo-musulmans, étaient la cause de la décadence de la civilisation andalouse et arabo-musulmane. Retenons que la cognition des islamistes et de la science coloniale, sont kif kif pareilles).

Pour être concis et viser la pertinence, je dirai que l’enfant marocain est dès sa première scolarité confronté au problème bilingue ou trilingue. Et l’enfant amazighophone et l’enfant arabophone affrontent au Maroc une situation tragique qui ne peut favoriser leur épanouissement et leur formation intellectuelle. Rare sont les enfants qui échappent à cette schizoglossie… qui fait que nombre d’enfants abandonnent leur scolarité. Et le régime marocain n'en a cure!

Déjà du temps de la revue Souffles, la question d’une langue étrangère imposée au détriment de la langue maternelle, a été posée avec acuité. Abdellatif Laâbi écrivait à ce propos que «L’adolescent de l’indépendance a perdu ce véhicule imposé (le français) mais il n’a pas reconquis l’autre (la langue marocaine). Il est aphasique. Sa pensée, sa personnalité profondes n’émergent qu’en bribes sporadiques, imprécises. »

Le linguiste marocain Ahmed Boukous, quand à lui relevait bien plus tard, que « la question de l’enseignement est pensée en terme de centralisme linguistique de sorte que ne sont enseignés que l’arabe classique et le français, comme si l’arabe dialectal et le tamazight étaient dénués de toute fonction cognitive, alors qu’il serait plus opératoire, plus juste et plus économique de les introduire dans le système scolaire, ce faisant, l’on éviterait au moins à la jeunesse les affres de la schizoglossie. »

Voilà qui est dit, pour infirmer cette folle idée qui attaque la langue maternelle marocaine (amazigh et arabe marocain) en la jugeant de débile et qui rendra les enfants débiles… si elle était enseignée à l'école primaire. Scientifiquement faux, archi-faux!!!

Des linguistes canadiens ont travaillé sur ce sujet et on abouti à l’idée que le bilinguisme ou trilinguisme dès la petite enfance peut retarder la parole et nuire à la capacité linguistique de l’enfant et à son intellect. Ils ont arrêté cette phase critique à l’âge de 12 ans, pour conseiller l’apprentissage dans la langue mère avant toute autre langue.

Après 12 ans, l’apprentissage des langues devient un jeu d’enfants. Et bien sûr, à ce moment, il faut encourager l’apprentissage des langues. Le maximum de langues sans conséquences néfastes!

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  • Photo de Ali Fkir.Ayouch et Laroui n'osent pas aller au fond du problème. Leur polémique en dehors du temps et de l'espace. C'est tout à fait normal. Les raisons?
    - Certainement qu'ils n'ont pas vécu dans leur enfance l'enfer que vivent les 90% des enfants du peuple.
    - Que leurs enfants n'ont pas fréquenté et ne fréquentent pas l'école "publique"
    - Qu'ils ne veulent en aucun cas un changement qui toucherait à l'ordre établi, l'ordre établi sur la trinité: Dieu, Patrie, Roi. La remise en cause de l'édifice social...leur fait peur. L'intérêt de classe oblige.
    Le débat relatif à la langue comme moyen/instrument d'apprentissage, comme élément d'identité ne peut qu'être positif. Mais il ne peut être productif que s'il s'inscrit dans le "diagnostic" de l'enseignement dans son ensemble.
    Ayouch est aveuglé par sa toile d'araignée de micro-crédit. Un créneau très rentable. Le taux d'intérêt est de 24% l'an. La darija est suffisante pour communiquer et amasser des fortunes. Les victimes du système de micro-crédit ne doivent en aucun cas accéder aux mathématiques financières ni être "trop savants". Ils faut les empêcher de comprendre.Laroui, grand intellectuel, produit d'idées. Mais quelles idées? Aveuglé par le panarabisme étroit, il réduit notre identité à l'arabe. Il oublie que nous sommes amazighs, arabes, africains et avant toute autre chose humain. Humain? Oui et par conséquent nos enfants doivent avoir les mêmes chances à leur naissance. L'enfant d'Imilchil, celui de Doukkala, celui de Jbala, celui du bidonville de la périphérie de Casablanca ont-ils les mêmes chances que ceux des beaux quartier tels Souissi à Rabat, Anfa à Casa et j'en passe? Nos deux intellectuels ont-ils parlé de l’unicité de l'enseignement? Aujourd'hui, la qualité de l'enseignement est proportionnelle à votre "fortune".
    L'arabe classique est une langue du passé, du présent- et de l'avenir, n'en déplaise à monsieur Ayouch. Notre autre langue Tamazigh a un grand avenir. Il suffit de se mettre au boulot.
    Le problème de toute langue trouve les causes de son rayonnement ou de sa décadence dans la puissance des peuples qui la parlent. Or l'arabe classique souffre de "l'arriérisme/sous-développement" التخلف quasi général que vit le monde arabe (y compris les pays arabo-amazighs du grand Maghreb). La tyrannie politique, le sous-développement économique, l'obscurantisme idéologique, les rapports sociaux moyenâgeux et j'en passe. Il y a un siècle, les européens riaient du chinois en tant que langue, en tant qu'écriture. C'était la Chine semi-féodale, la Chine arriérée. Aujourd'hui, on se bouscule pour apprendre le chinois, on fait les yeux doux aux Chinois...hier, le 3 décembre 2013, les chaînes européennes ont annoncé que le Yuan (monnaie chinoise) a surpassé l'euro. Yuan est devenu la 2ème monnaie des transactions internationales. Cette nouvelle ne reflète que la réalité des nouveaux rapports de force à l'échelle de la planète.
    Monsieur Laroui! si vous voulez assurer l'avenir de l'arabe classique, alors mettez vous au boulot en dénonçant les régimes despotiques (parmi eux le régime marocain), rangez-vous du côté des opprimés. Dénoncez le contenu de "notre" enseignement. A quoi ils servent التربية الاسلامية، التربية الوطنية، تاريخ السلاطين...الخ ؟
    Ali Fkir
    — avec Salah Elayoubi.
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dimanche 28 août 2011

De la plaque : une réponse à Fouad Laroui

Par Younes Benmoumen, Mamfakinch, 28/8/2011.

« J’avais vu que tout tenait radicalement à la politique, et que, de quelques façons que l’on s’y prît, aucun peuple ne serait jamais que ce que la nature de son gouvernement le ferait être ».

J.J. Rousseau, in « Les Confessions. »

Ce billet est né d’une volonté de répondre à la chronique de Fouad Laroui, publiée le 19 août dernier dans Libération[1], qui a suscité quelques débats. J’ai jugé utile d’y ajouter une réflexion plus générale sur les arguments véritables qui la fondent, et qui ont été exprimés (par M. Laroui) avec une suffisance qui ne rend justice ni à la notoriété de l’auteur, ni à la validité improbable de ses arguments. Mais sait-on jamais.

La question qui a été débattue est la suivante : qui du peuple ou du gouvernement est le premier responsable de l’état de sous-développement politique que connait notre pays ?

Par sous développement politique, j’entends ici l’ensemble des symptômes de mal-gouvernance qui s’appellent la corruption, la gabegie et l’injustice. Ces symptômes sont ressentis par tous, et les réponses que l’on y apporte généralement se rangent autour d’un clivage simple, tout entier contenu dans la question débattue.

Certains comme Fouad Laroui, considèrent que « l’origine du mal » qui ronge notre vie civile n’est autre que la mentalité de ceux qui la composent. Ainsi, si la politique est corrompue, c’est parce que les Marocains, dans leurs pratiques quotidiennes le sont aussi. De ce fait, la sphère politique n’est qu’une exacte transposition de nos pratiques sociales. Le gouvernement, si peu représentatif qu’il soit, n’en reste pas moins composé de Marocains pensant et agissant en tant que tel. Il s’ensuit que le sous-développement politique de la collectivité est à la mesure de la décrépitude morale de ceux qui la composent. Conséquence ultime : pour changer de régime, il faut nous changer nous même.

En termes de politique publique, ce mantra est à l’origine d’un autre refrain : celui de dire « que rien ne changera si l’on éduque pas le peuple ». C’est aussi le sens des prescriptions délivrées d’un ton très paternel par M. Laroui. La solution qu’il préconise est donc « le travail sur soi ».

Nous revoilà lancés sur le chemin de l’école, c’est-à-dire de la nécessaire fabrique du citoyen. On convoquera alors notre rude moitié analphabète à l’appui du propos catégorique, et l’on clora la discussion d’un haussement de sourcils et d’épaules. Lay Barek f’3mar Sidi.

Le bloggueur Larbi[2] a brillamment fait le catalogue des aveuglements volontaires de l’auteur discuté ici. Pour ma part, je ne dirai que ceci : jamais il ne m’apparaitra juste de blâmer l’individu et son comportement si je n’ai pas d’abord conspué l’Etat qui en est à l’origine. D’après l’historien Mostafa Bouaziz[3], entre l’indépendance et l’année 1960, le taux de scolarisation est passé de moins de 10% à 45%. Quarante années plus tard, le taux était sensiblement le même, faisant du Maroc l’un des pays arabes les plus analphabètes, et ce n’est pas peu dire. C’est tout ? Non.

Au Maroc, il existe des dizaines de milliers d’associations en tous genres. Parmi elles, j’en pointe du doigt la plus importante. Tous les Marocains en sont membres, cela s’appelle la citoyenneté. Elle a droit de vie et de mort sur ses membres, puisqu’elle s’appelle l’Etat. A cette association, il est obligatoire de cotiser sous peine de prison, on appelle cela l’impôt. Certains membres de cette association détiennent des pouvoirs nécessaires à sa bonne marche, et y ajoutent parfois des privilèges exorbitants, comme celui de vous priver de dignité. Jugements iniques, dilapidation des fonds publics, la torture…

Et c’est le resquillage à la queue de la boulangerie qui vous gêne tant M. Laroui ? Décidément, les Marocains ont de bien mauvaises manières pour acheter leur pain produit par une agriculture défiscalisée et financée par le contribuable au profit des grands propriétaires terriens, lesquels envoient acheter le leur par les domestiques. Pardonnez aux manants, M. Laroui, et remerciez le ciel qu’ils se contentent de resquiller et manifester.

L’Etat marocain qui existe aujourd’hui est le substrat historique d’un système féodal et prédateur. Charles Tilly l’apparente au crime organisé[4]. Si les Marocains d’aujourd’hui peuvent parfois ressembler à ce que vous décrivez, c’est parce que la signification profonde que revêt l’Etat pour eux comme pour moi est celle d’un système de contraintes basé sur la force et ayant pour but d’extraire des ressources financières pour en faire un usage contestable que nous ne pouvons contester.

Comme beaucoup, je crois que notre Etat est un outil qu’il faut manier pour le bien commun. La position de M. Laroui revient à dire que si l’outil n’est pas adapté, c’est la main qu’il nous faut changer. Pour un intellectuel, je considère que l’erreur est grave.

C’est donc ainsi que la démocratie, qui signifie la responsabilité du pouvoir, qui garantit la justice, qui s’appelle enfin le progrès, c’est donc ainsi que la démocratie nous est représentée : si lointaine, perchée dans les siècles à venir et ce qu’ils supposent de travail sur les « mentalités ».

Sans doute, M. Laroui s’imagine-t-il le développement comme un processus romanesque. Il nous faudrait donc rejouer le répertoire complet des scènes historico-cinématographiques : les affirmations nationalistes délirantes, la montée des extrêmes, la lutte pour la modernité, la lutte contre la modernité, le tout parsemé de quelques inévitables drames humains pour qu’enfin, au bout du long parcours initiatique bordé du précipice qui nous regarde, ce qui est entré en populace, foule hurlante et horde barbare, en ressort Peuple marocain, instruit et grave, ceint d’une souveraineté tâchée de sang et de grandeur, prenant sa destinée en main en disant oui à la démocratie, et merci à ses chers dirigeants d’avoir tenu les rênes pendant sa longue enfance.

Voila sans doute ce qu’il y a de plus terrible dans votre tribune, Monsieur Laroui. Ce que vous appelez de vos vœux est précisément ce qui est en train de se produire. Les mentalités changent et entraînent les revendications que vous tapotez paternellement sur le dos. La tragédie est que vous ne le compreniez pas.

Monsieur Laroui, vous n’êtes certainement pas en dessous de cette compréhension, mais vous n’êtes pas non plus au dessus. Vous êtes à côté.





[3] Propos tenus à l’Université d’été de CAPDEMA, le 12 juillet 2011.

[4] « War making and state making as organized crime », Charles Tilly, Cambridge University Press, 1985.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale de Mamfakinch.


dimanche 21 août 2011

Cher ami Fouad Laroui, tu n’as rien compris à… tu ne seras pas un démocrate...

Par Larbi 20/8/2011

Cher « ami » Fouad, tu m’as pourri ma journée. Lorsque j’ai ouvert le journal ce matin, et j’ai vu que tu m’avais écrit une lettre « Cher ami, tu seras un démocrate… » , je me suis réjoui.

Je me suis dit en voilà un écrivain marocain, représentant de l’élite intellectuelle, tellement épris de justice et de démocratie, qu’il a décidé de rompre le silence observé par ses confrères, et de prendre sa plume en soutien au mouvement pro-démocratie. Lorsqu’en plus j’ai vu que tu me tutoyais, je me suis dit, tiens ça serait à la bonne franquette en plus.
Fouad Laroui
Lorsque j’ai fini de lire ta tribune, c’était trop tard. Ce que je peux être naïf parfois ! Tu m’avais déjà bousillé les nerfs. « La langue n’a pas d’os et qui la plie ne le regrette pas » disait l’adage marocain toi qui m’en avait servis plusieurs d’un seul coup. Je vais te dire ce qui m’a attristé et révolté le plus : ta tribune est un concentré d’arguments simplistes habituellement distillés par les idiots utiles et un recueil des exemples fallacieux des talibans makhzénites. Même le style s’est refusé à toi, il ne te suit pas, pourtant t’es un écrivain reconnu ! Et comme je sais que tu n’es ni un idiot ni un taliban, il restait une seule option : tu voulais juste me provoquer. Mais il n’y en avait point de caméra cachée, tu voulais délibérément affliger ça…. à ton « ami ».

Plutôt qu’évoquer la raison, tu commences par essayer de me prendre par les sentiments, sans doute parce qu’on t’a expliqué que mon problème est simplement une question d’orgueil. « Bravo. Tu as gagné, même si tu refuses de l’admettre…. Allez, ne boude pas ton plaisir. Tu as gagné. ». C’est comme ça que commence ta lettre et tout est dit dans le premier paragraphe : tu as gagné, me dis-tu, alors ça suffit et on passe à autre chose. Pourtant j’en n’ai pas l’impression. Mea culpa cher ami, il m’a échappé que le Maroc s’est doté d’une constitution démocratique. Il m’a échappé que le pouvoir a libéré les médias publics et les ouverts à la société civile et aux contestataires. Il m’a échappé qu’on peut manifester aujourd’hui au Maroc sans répression et sans intimidation. Il m’a échappé que les symboles de la corruption et de l’abus du pouvoir ont été éloignés des affaires publiques. Il m’a échappé qu’on a commencé à mettre fin aux privilèges et aux rentes accordées aux proches de la monarchie. Il m’a échappé que l’hégémonie de la holding royale sur le secteur privée commence à s’affaiblir. Il m’a échappé qu’on a commencé à sanctionner les responsables des exactions et de violations des droits humains. Il m’a échappé qu’on a libéré les prisonniers politiques. Il m’a échappé qu’on a arrêté d’interdire les journaux pour une caricature, pour un portrait, et de poursuivre les journalistes marocains. Comme il m’a échappé que les officines médiatiques, la MAP la télé les radios et toutes ces choses-là, ont arrêté la propagande, la désinformation et l’acharnement. Il m’a échappé enfin que le culte de la personnalité et l’humiliation des Marocains ont arrêté et qu’on ne demandait plus aux dignitaires de s’agenouiller devant le roi et de crier comme des esclaves « Que Dieu bénisse la vie de Notre Seigneur ».

Quand tu me caresses dans le sens du poil et tu me dis « Tu as gagné.... Grâce à toi, le pays a bougé. Très vite » es-tu sûr que tu ne me prends pas pour un animal de compagnie devant rester à sa place ? Tu ne crois pas que tu prends trop Montesquieu à la lettre : «Il cède à la main qui le flatte ou à la voix qui l’apaise » ?

Le matheux que tu es saura facilement faire le calcul : alors qu’il avait une large marge de manœuvre pour faire des concessions, le palais n’a rien, absolument rien, cédé. Hormis le lifting de sa constitution, il a refusé la moindre concession et l’esprit cartésien que tu es devrait en convenir : une multiplication par zéro fait zéro.

Ensuite, tu me déçois-là. Tu passes vite sur ces « détails », j’aurais aimé au fait que tu me dises ce qui a « bougé », et hop tu es déjà en train d’appuyer ta thèse avec une malhonnêteté intellectuelle désolante. Tu t’adresses à ton « ami » via un journal français, alors tu sors de ton chapeau... un islamiste. Pour le coup, celle-là c’était trop facile et prévisible, axiome trivial comme on dit entre ingénieurs. Ainsi donc, comme par hasard t’as un voisin « membre d’une secte islamiste » qui manifeste régulièrement. Tu prends en témoin le lecteur (français) , cet islamiste qui milite pour la démocratie « séquestre sa femme...terrorise sa maisonnée... emploie une petite bonne de 10 ans, mal nourrie, mal logée, bien battue ». C’est à se demander où l’as-tu déniché celui-là ! L’exemple est présenté par une habileté tacticienne telle qu’on tremble de dégoût rien qu’à imaginer une manifestation 20 février.

Un exemple ne suffisant pas à démontrer qu’une proposition soit vraie, tu t’es dit en bon matheux qu’il te faudrait un deuxième (à supposer que deux en font la validation). Et là je t’imagine fouiner, creuser, fouiner, … et bingo ! Dans la presse tu as déniché l’histoire d’un bijoutier de Rabat qui se plaint de devoir payer un pot de vin afin d’éviter de payer la taxe sur « l’or importé en Asie » tout en dénonçant la corruption.

Un voisin islamiste…. Un bijoutier corrupteur … Et voilà ! La démonstration est faite : vous avez un avant-goût du manifestant 20 février. CQFD. En conséquence si seulement le manifestant 20 février cessait, pour toujours, d’aboyer, car après tout il n’est qu’un hypocrite qui ne balaye pas devant sa porte. Puis, et on n’est pas à une contradiction près, toi qui disais il y a quelque mois que tu n’aimes pas les gens « qui se parachutent dans notre vie pour nous indiquer quoi penser », tu fais exactement ça, en me lançant dans la figure une série d’ordres paternalistes sur un ton méprisant et méprisable : « Sois démocrate avant de réclamer la démocratie... Éduque-toi, lis, apprends ..... » Mais tu me prends pour un illettré ou quoi ? Tu vois comment tu me parles ? Et franchement, quand on est très amis, on ne se fait pas ce genre de coups bas.

Ici je passe immédiatement aux aveux avant de me constituer prisonnier : j’ai fait plusieurs manifestations, rencontré des dizaines et des dizaines de gens, assisté à plusieurs rencontres et je ne crois pas avoir fréquenté beaucoup de spécimens décrits dans ta lettre. Et si les manifestants ne sont pas toujours infaillibles, loin de là, la majorité n’est pas la caricature que tu énonces et sur laquelle tu fondes ton anathème. Ni membres de secte islamiste ni bijoutiers corrupteurs, ce sont , dans leur grande majorité, des femmes et des hommes qui exigent pacifiquement leurs droits : la démocratie, la dignité (oh la dignité !), la liberté et la justice sociale. Et justement, ils ne veulent pas, et ne peuvent pas, se contenter de « ça ». Et s’ils déroutent certains aseptisés c’est justement parce qu’ils poussent au changement avec détermination, sans haine et sans crainte, en évitant l’exemple de ceux, nombreux, qui ont fait de l’histoire de ce pays une succession de renoncements et de luttes inachevées.

Cher « ami », je voulais justement te montrer des photos, des visages des manifestants, j’en ai pris tellement ces derniers mois, te les montrer et t’expliquer qu’il y a derrière chaque pancarte il y a un être humain, il y a une histoire et parfois une blessure personnelle. Cela t’aurait fait beaucoup de bien. Mais vois-tu cher ami, l’autre jour un policier m’a confisqué arbitrairement mon appareil photo et a supprimé, et avec quelle acharnement, toutes ces photos et ces visages parce que dans ce Maroc qui « bouge » il ne faut rien voir, rien rapporter rien photographier surtout des forces de l’ordre tabassant gratuitement des manifestants.

Voilà, tu me mets dans l’embarras... car je n’aime pas être sur la défensive ni me raconter.

Je continue la lecture, Cher « ami », et je n’en suis pas au bout de mes peines. Comment un esprit aussi brillant que le tien peut céder à la facilité de l’argumentaire ! Ainsi donc tu t’étales sur un certain nombre de comportements observés dans la société (les gens refusent de faire la queue devant les guichets, les gens exigent d’être embauchés par l’Etat…) pour arriver à la sentence, irréfutable : «Les peuples ont les régimes qu’ils méritent» (quelle trouvaille mon « ami », quelle trouvaille !). A croire qu’on t’a forcé à écrire cette lettre. A te lire les conneries des uns excusent le refus d’ouverture, le totalitarisme et l’entêtement que le pouvoir a adopté comme seule réponse aux aspirations et espérances des jeunes de ce pays. Mieux, toi l’ingénieur qui a exercé en entreprise, tu sais très bien qu’on ne peut pas mettre au même degré d’accountability les administrés et le patron. Tu sais très bien qu’on ne peut pas donner un quitus au conseil d’administration, l’excuser des abus de bien sociaux et de l’incompétence sous prétexte que certains actionnaires manquent de discipline. Et enfin la responsabilité commence quelque part, sinon plus personne n’est responsable de rien, et en l’occurrence c’est le pouvoir qui doit prendre la sienne en premier. On ne va pas encore une fois noyer le poisson. Non pas maintenant, pas en ce moment-là ! On ne va pas reboucler.

Le problème avec ta lettre, cher « ami », c’est que chaque passage mérite réponse. Mais passons, passons sur la « réforme constitutionnelle, de surcroît adoptée par 98% des votants » passons sur ton « Tu reconnais quelque chose de ton pays dans ce qui se passe à Homs ou à Homa » (mais pourquoi tu me parles de ça ?) passons sur toutes ces approximations et remplissages là. La seule fois où tu parles des institutions tu évoques celle des Pays-Bas. Je n’ai pas trop compris ce que tu voulais dire, mais , une chose en appelant une autre, il me revient ces propos que tu as tenu il y’ a quelques mois « au moment où je me suis installé à Amsterdam, en 1990, d’autres produits locaux me fascinaient : la démocratie, le respect de l’individu, l’État de droit, etc. » Beh, vois-tu cher « ami », d’autres sont aussi fascinés par la démocratie , revendiquent le respect de l’individu et exigent de vivre dans un Etat de droit. Et pourquoi ils ne devraient pas avoir ces revendications légitimes ? parce qu’ils ne vivent pas à Amsterdam et parce qu’ils sont Marocains donc inaptes à la démocratie ?

Rudyard Kipling, dans son célèbre poème, a aussi dit ça : « Si tu peux conserver ton courage et ta tête/Quand tous les autres les perdront.... » . Nous autres, mon « ami », nous traduisons cela par un mot : «Mamfakinch » ! Sans rancunes.
Par Mahdi Zahraoui, 20/8/2011  
Rares sont les intellectuels marocains qui ont fait irruption et pris position envers le mouvement du 20 février, ou du moins envers le printemps arabe pour puiser dans l’euphémisme. Si l’on regrette le mutisme d’un certain Abdellah Laroui, on a eu droit à une désagréable surprise émanant de Fouad Laroui cette fois-ci. Notre intellectuel a sorti ses dents –non de topographe- mais de chroniqueur pour tailler le mouvement  alors qu’il vient tout juste de fêter ses six mois
 Dans « Méfiez-vous des parachutistes », vous racontiez l’histoire de Bouazza le parachutiste, qui était tombé du ciel pour atterrir juste devant vous. Vous avez refusé de l’accueillir de peur qu’il s’incruste dans votre vie quotidienne. Dans votre roman vous avez imaginé la suite de votre histoire si vous l’aviez accueilli. 
  L'Histoire se répète, mais cette fois-ci ce n’est pas Bouazza que vous avez renié, mais les aspirations des Marocains à la démocratie. Vous vous êtes obstinés à accepter cette réalité. Le Marocain ne revêt pas le portrait que vous avez dressé dans votre chronique de l’islamiste extrémiste et ignorant ou de votre bijoutier rapace. Loin de là, le Marocain honnête et patriote existe, cher Fouad et ce n’est guère un spécimen rare, détrompez-vous. Il fait foison dans les marches qui parcourent le pays et persiste dans la majorité silencieuse …
Vous vous êtes mis sur un piédestal et avez voulu nous enseigner la démocratie et nous éduquer. Ce sont là les symptômes de la tour d’ivoire où vous vous êtes isolé et vous vous êtes mis à nous jeter des regards si hautains ! Est-ce cela être un intellectuel ? Est-ce cela être un engagé C’est une grave insulte à la jeunesse marocaine et à son potentiel
  Je vous ai défendu quand on vous a traité d’écrivain offshore, qualification qui vous faisait si mal. Cependant, à ma déception, vous l’êtes devenu maintenant. Dans votre chronique, vous avez étalé un degré de populisme et de malhonnêteté intellectuelle affligeant. C’est pour cette raison que je vous invite à revenir à la patrie pour passer une année chez les Marocains au lieu des Français.
Cher Fouad, Tu ne seras pas un démocrate si tu n’acceptes pas qu’une partie des Marocains aspirent à un avenir meilleur pour ce pays. Tu ne seras pas un démocrate si tu stigmatises toute la population dans des profils qui t’auront marqué et qui ont toujours été une source d’inspiration pour tes écrits. Le Marocain n’est pas une espèce risible. Il ne sert pas à créer les personnages de vos écrits. Si vous avez quitté la mine de phosphate et le Maroc il y a belle lurette, laissez ceux qui ont choisi de rester lutter et militer pour un Maroc meilleur.