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dimanche 9 octobre 2011

De la chute du régime

Point de vue de  Mahdi Zahraoui, eplume.wordpress.com, 8/10/2011

La protestation populaire est toujours d’actualité au Maroc. Le mouvement du 20 février continue de mobiliser la population dans de nombreuses villes. La nouveauté provient de certains slogans qui commencent à faire irruption, notamment avec le fameux « le peuple veut la chute du régime ». Ce slogan a été scandé pour quelques secondes durant une marche à Tanger et dans une assemblée générale à Casablanca plus récemment.

Huit mois se sont écoulés depuis la date du 20 février, huit mois durant lesquels le régime a tenté de calmer l’agitation avec de molles manœuvres dont le lifting constitutionnel, la libération de quelques prisonniers politiques et l’anticipation des élections législatives. Ces remaniements superficiels n’ont guère touché à l’essence des revendications : à la séparation des pouvoirs, à l’équité et à la garantie de la dignité du citoyen marocain.

Revenons à notre fameux slogan. Dans l’alliage qui constitue le mouvement, certaines composantes visent plus que la monarchie parlementaire, c’est une vérité. Le premier manifeste du mouvement a d’ailleurs été modifié, et sa première requête a été façonnée pour exiger une ‘constitution démocratique émanant du peuple’ au lieu de ‘rééquilibrer les pouvoirs de la monarchie’. La première est vague et porte à plusieurs interprétations, tandis que la deuxième met en exergue la présence de la monarchie dans l’arène du pouvoir.

Cette ambigüité issue de piètres calculs politiques est d’ailleurs l’un des facteurs qui ont alimenté une certaine méfiance d’une partie des marocains à l’égard du mouvement. Le régime et sa propagande n’ont guère lésiné sur les moyens pour user de ce point d’Achille. C’est ainsi qu’après huit mois, les calculs politiques commencent à s’essouffler et l’effervescence et l’excitation gagnent les rangs de certains.

Les individus qui se sont remarqués d’ailleurs par ce slogan ont commencé à clarifier ‘leurs intentions’ de mille et une façon. On a aussi lu les déclarations de certains militants du mouvement jouant habilement sur les mots afin d’écarter toute ‘mauvaise interprétation’ dise-t-on.

À ce stade de la lutte, la clarté s’impose. Une clarté à l’envers de nous-mêmes et à l’égard des citoyens marocains qui nous ont fait confiance. Si je fais partie du mouvement du 20 février, c’est pour instaurer une monarchie parlementaire, non pas pour déraciner les Alaouites du Maroc. La monarchie parlementaire constitue pour moi le compromis entre démocratie et régime monarchique. Au-delà de défendre la forme actuelle de la monarchie, j’y vois un garant de la stabilité et un frein au développement du pays. Elle doit garder la première fonction et délaisser la deuxième. Cette transition doit s’établir pacifiquement et sans engendrer d’instabilité sécuritaire au Maroc. Le mouvement du 20 février en est le meilleur outil jusqu’à présent.

Au sein du mouvement, on mène une lutte pacifique, on mobilise plusieurs villes simultanément et on s’attache à nos requêtes. Cependant, on n’a pas réussi à mobiliser le nombre souhaité des citoyens. Certains ont commencé à s’essouffler, et ce n’est pas en scandant ‘le peuple veut la chute du régime’ qu’on encouragera les autres franges à nous rejoindre.

L’heure de la clarté a sonné, la rédaction d’un nouveau manifeste fondateur et une perception plus réaliste de nos moyens et outils sont la clé du succès. L’effervescence révolutionnaire et les combines politiques ne nous mèneront pas loin face à un rude ennemi tel le makhzen.

Cet article est également publié sur le blog de Mahdi Zahraoui

dimanche 21 août 2011

Cher ami Fouad Laroui, tu n’as rien compris à… tu ne seras pas un démocrate...

Par Larbi 20/8/2011

Cher « ami » Fouad, tu m’as pourri ma journée. Lorsque j’ai ouvert le journal ce matin, et j’ai vu que tu m’avais écrit une lettre « Cher ami, tu seras un démocrate… » , je me suis réjoui.

Je me suis dit en voilà un écrivain marocain, représentant de l’élite intellectuelle, tellement épris de justice et de démocratie, qu’il a décidé de rompre le silence observé par ses confrères, et de prendre sa plume en soutien au mouvement pro-démocratie. Lorsqu’en plus j’ai vu que tu me tutoyais, je me suis dit, tiens ça serait à la bonne franquette en plus.
Fouad Laroui
Lorsque j’ai fini de lire ta tribune, c’était trop tard. Ce que je peux être naïf parfois ! Tu m’avais déjà bousillé les nerfs. « La langue n’a pas d’os et qui la plie ne le regrette pas » disait l’adage marocain toi qui m’en avait servis plusieurs d’un seul coup. Je vais te dire ce qui m’a attristé et révolté le plus : ta tribune est un concentré d’arguments simplistes habituellement distillés par les idiots utiles et un recueil des exemples fallacieux des talibans makhzénites. Même le style s’est refusé à toi, il ne te suit pas, pourtant t’es un écrivain reconnu ! Et comme je sais que tu n’es ni un idiot ni un taliban, il restait une seule option : tu voulais juste me provoquer. Mais il n’y en avait point de caméra cachée, tu voulais délibérément affliger ça…. à ton « ami ».

Plutôt qu’évoquer la raison, tu commences par essayer de me prendre par les sentiments, sans doute parce qu’on t’a expliqué que mon problème est simplement une question d’orgueil. « Bravo. Tu as gagné, même si tu refuses de l’admettre…. Allez, ne boude pas ton plaisir. Tu as gagné. ». C’est comme ça que commence ta lettre et tout est dit dans le premier paragraphe : tu as gagné, me dis-tu, alors ça suffit et on passe à autre chose. Pourtant j’en n’ai pas l’impression. Mea culpa cher ami, il m’a échappé que le Maroc s’est doté d’une constitution démocratique. Il m’a échappé que le pouvoir a libéré les médias publics et les ouverts à la société civile et aux contestataires. Il m’a échappé qu’on peut manifester aujourd’hui au Maroc sans répression et sans intimidation. Il m’a échappé que les symboles de la corruption et de l’abus du pouvoir ont été éloignés des affaires publiques. Il m’a échappé qu’on a commencé à mettre fin aux privilèges et aux rentes accordées aux proches de la monarchie. Il m’a échappé que l’hégémonie de la holding royale sur le secteur privée commence à s’affaiblir. Il m’a échappé qu’on a commencé à sanctionner les responsables des exactions et de violations des droits humains. Il m’a échappé qu’on a libéré les prisonniers politiques. Il m’a échappé qu’on a arrêté d’interdire les journaux pour une caricature, pour un portrait, et de poursuivre les journalistes marocains. Comme il m’a échappé que les officines médiatiques, la MAP la télé les radios et toutes ces choses-là, ont arrêté la propagande, la désinformation et l’acharnement. Il m’a échappé enfin que le culte de la personnalité et l’humiliation des Marocains ont arrêté et qu’on ne demandait plus aux dignitaires de s’agenouiller devant le roi et de crier comme des esclaves « Que Dieu bénisse la vie de Notre Seigneur ».

Quand tu me caresses dans le sens du poil et tu me dis « Tu as gagné.... Grâce à toi, le pays a bougé. Très vite » es-tu sûr que tu ne me prends pas pour un animal de compagnie devant rester à sa place ? Tu ne crois pas que tu prends trop Montesquieu à la lettre : «Il cède à la main qui le flatte ou à la voix qui l’apaise » ?

Le matheux que tu es saura facilement faire le calcul : alors qu’il avait une large marge de manœuvre pour faire des concessions, le palais n’a rien, absolument rien, cédé. Hormis le lifting de sa constitution, il a refusé la moindre concession et l’esprit cartésien que tu es devrait en convenir : une multiplication par zéro fait zéro.

Ensuite, tu me déçois-là. Tu passes vite sur ces « détails », j’aurais aimé au fait que tu me dises ce qui a « bougé », et hop tu es déjà en train d’appuyer ta thèse avec une malhonnêteté intellectuelle désolante. Tu t’adresses à ton « ami » via un journal français, alors tu sors de ton chapeau... un islamiste. Pour le coup, celle-là c’était trop facile et prévisible, axiome trivial comme on dit entre ingénieurs. Ainsi donc, comme par hasard t’as un voisin « membre d’une secte islamiste » qui manifeste régulièrement. Tu prends en témoin le lecteur (français) , cet islamiste qui milite pour la démocratie « séquestre sa femme...terrorise sa maisonnée... emploie une petite bonne de 10 ans, mal nourrie, mal logée, bien battue ». C’est à se demander où l’as-tu déniché celui-là ! L’exemple est présenté par une habileté tacticienne telle qu’on tremble de dégoût rien qu’à imaginer une manifestation 20 février.

Un exemple ne suffisant pas à démontrer qu’une proposition soit vraie, tu t’es dit en bon matheux qu’il te faudrait un deuxième (à supposer que deux en font la validation). Et là je t’imagine fouiner, creuser, fouiner, … et bingo ! Dans la presse tu as déniché l’histoire d’un bijoutier de Rabat qui se plaint de devoir payer un pot de vin afin d’éviter de payer la taxe sur « l’or importé en Asie » tout en dénonçant la corruption.

Un voisin islamiste…. Un bijoutier corrupteur … Et voilà ! La démonstration est faite : vous avez un avant-goût du manifestant 20 février. CQFD. En conséquence si seulement le manifestant 20 février cessait, pour toujours, d’aboyer, car après tout il n’est qu’un hypocrite qui ne balaye pas devant sa porte. Puis, et on n’est pas à une contradiction près, toi qui disais il y a quelque mois que tu n’aimes pas les gens « qui se parachutent dans notre vie pour nous indiquer quoi penser », tu fais exactement ça, en me lançant dans la figure une série d’ordres paternalistes sur un ton méprisant et méprisable : « Sois démocrate avant de réclamer la démocratie... Éduque-toi, lis, apprends ..... » Mais tu me prends pour un illettré ou quoi ? Tu vois comment tu me parles ? Et franchement, quand on est très amis, on ne se fait pas ce genre de coups bas.

Ici je passe immédiatement aux aveux avant de me constituer prisonnier : j’ai fait plusieurs manifestations, rencontré des dizaines et des dizaines de gens, assisté à plusieurs rencontres et je ne crois pas avoir fréquenté beaucoup de spécimens décrits dans ta lettre. Et si les manifestants ne sont pas toujours infaillibles, loin de là, la majorité n’est pas la caricature que tu énonces et sur laquelle tu fondes ton anathème. Ni membres de secte islamiste ni bijoutiers corrupteurs, ce sont , dans leur grande majorité, des femmes et des hommes qui exigent pacifiquement leurs droits : la démocratie, la dignité (oh la dignité !), la liberté et la justice sociale. Et justement, ils ne veulent pas, et ne peuvent pas, se contenter de « ça ». Et s’ils déroutent certains aseptisés c’est justement parce qu’ils poussent au changement avec détermination, sans haine et sans crainte, en évitant l’exemple de ceux, nombreux, qui ont fait de l’histoire de ce pays une succession de renoncements et de luttes inachevées.

Cher « ami », je voulais justement te montrer des photos, des visages des manifestants, j’en ai pris tellement ces derniers mois, te les montrer et t’expliquer qu’il y a derrière chaque pancarte il y a un être humain, il y a une histoire et parfois une blessure personnelle. Cela t’aurait fait beaucoup de bien. Mais vois-tu cher ami, l’autre jour un policier m’a confisqué arbitrairement mon appareil photo et a supprimé, et avec quelle acharnement, toutes ces photos et ces visages parce que dans ce Maroc qui « bouge » il ne faut rien voir, rien rapporter rien photographier surtout des forces de l’ordre tabassant gratuitement des manifestants.

Voilà, tu me mets dans l’embarras... car je n’aime pas être sur la défensive ni me raconter.

Je continue la lecture, Cher « ami », et je n’en suis pas au bout de mes peines. Comment un esprit aussi brillant que le tien peut céder à la facilité de l’argumentaire ! Ainsi donc tu t’étales sur un certain nombre de comportements observés dans la société (les gens refusent de faire la queue devant les guichets, les gens exigent d’être embauchés par l’Etat…) pour arriver à la sentence, irréfutable : «Les peuples ont les régimes qu’ils méritent» (quelle trouvaille mon « ami », quelle trouvaille !). A croire qu’on t’a forcé à écrire cette lettre. A te lire les conneries des uns excusent le refus d’ouverture, le totalitarisme et l’entêtement que le pouvoir a adopté comme seule réponse aux aspirations et espérances des jeunes de ce pays. Mieux, toi l’ingénieur qui a exercé en entreprise, tu sais très bien qu’on ne peut pas mettre au même degré d’accountability les administrés et le patron. Tu sais très bien qu’on ne peut pas donner un quitus au conseil d’administration, l’excuser des abus de bien sociaux et de l’incompétence sous prétexte que certains actionnaires manquent de discipline. Et enfin la responsabilité commence quelque part, sinon plus personne n’est responsable de rien, et en l’occurrence c’est le pouvoir qui doit prendre la sienne en premier. On ne va pas encore une fois noyer le poisson. Non pas maintenant, pas en ce moment-là ! On ne va pas reboucler.

Le problème avec ta lettre, cher « ami », c’est que chaque passage mérite réponse. Mais passons, passons sur la « réforme constitutionnelle, de surcroît adoptée par 98% des votants » passons sur ton « Tu reconnais quelque chose de ton pays dans ce qui se passe à Homs ou à Homa » (mais pourquoi tu me parles de ça ?) passons sur toutes ces approximations et remplissages là. La seule fois où tu parles des institutions tu évoques celle des Pays-Bas. Je n’ai pas trop compris ce que tu voulais dire, mais , une chose en appelant une autre, il me revient ces propos que tu as tenu il y’ a quelques mois « au moment où je me suis installé à Amsterdam, en 1990, d’autres produits locaux me fascinaient : la démocratie, le respect de l’individu, l’État de droit, etc. » Beh, vois-tu cher « ami », d’autres sont aussi fascinés par la démocratie , revendiquent le respect de l’individu et exigent de vivre dans un Etat de droit. Et pourquoi ils ne devraient pas avoir ces revendications légitimes ? parce qu’ils ne vivent pas à Amsterdam et parce qu’ils sont Marocains donc inaptes à la démocratie ?

Rudyard Kipling, dans son célèbre poème, a aussi dit ça : « Si tu peux conserver ton courage et ta tête/Quand tous les autres les perdront.... » . Nous autres, mon « ami », nous traduisons cela par un mot : «Mamfakinch » ! Sans rancunes.
Par Mahdi Zahraoui, 20/8/2011  
Rares sont les intellectuels marocains qui ont fait irruption et pris position envers le mouvement du 20 février, ou du moins envers le printemps arabe pour puiser dans l’euphémisme. Si l’on regrette le mutisme d’un certain Abdellah Laroui, on a eu droit à une désagréable surprise émanant de Fouad Laroui cette fois-ci. Notre intellectuel a sorti ses dents –non de topographe- mais de chroniqueur pour tailler le mouvement  alors qu’il vient tout juste de fêter ses six mois
 Dans « Méfiez-vous des parachutistes », vous racontiez l’histoire de Bouazza le parachutiste, qui était tombé du ciel pour atterrir juste devant vous. Vous avez refusé de l’accueillir de peur qu’il s’incruste dans votre vie quotidienne. Dans votre roman vous avez imaginé la suite de votre histoire si vous l’aviez accueilli. 
  L'Histoire se répète, mais cette fois-ci ce n’est pas Bouazza que vous avez renié, mais les aspirations des Marocains à la démocratie. Vous vous êtes obstinés à accepter cette réalité. Le Marocain ne revêt pas le portrait que vous avez dressé dans votre chronique de l’islamiste extrémiste et ignorant ou de votre bijoutier rapace. Loin de là, le Marocain honnête et patriote existe, cher Fouad et ce n’est guère un spécimen rare, détrompez-vous. Il fait foison dans les marches qui parcourent le pays et persiste dans la majorité silencieuse …
Vous vous êtes mis sur un piédestal et avez voulu nous enseigner la démocratie et nous éduquer. Ce sont là les symptômes de la tour d’ivoire où vous vous êtes isolé et vous vous êtes mis à nous jeter des regards si hautains ! Est-ce cela être un intellectuel ? Est-ce cela être un engagé C’est une grave insulte à la jeunesse marocaine et à son potentiel
  Je vous ai défendu quand on vous a traité d’écrivain offshore, qualification qui vous faisait si mal. Cependant, à ma déception, vous l’êtes devenu maintenant. Dans votre chronique, vous avez étalé un degré de populisme et de malhonnêteté intellectuelle affligeant. C’est pour cette raison que je vous invite à revenir à la patrie pour passer une année chez les Marocains au lieu des Français.
Cher Fouad, Tu ne seras pas un démocrate si tu n’acceptes pas qu’une partie des Marocains aspirent à un avenir meilleur pour ce pays. Tu ne seras pas un démocrate si tu stigmatises toute la population dans des profils qui t’auront marqué et qui ont toujours été une source d’inspiration pour tes écrits. Le Marocain n’est pas une espèce risible. Il ne sert pas à créer les personnages de vos écrits. Si vous avez quitté la mine de phosphate et le Maroc il y a belle lurette, laissez ceux qui ont choisi de rester lutter et militer pour un Maroc meilleur.

mercredi 26 janvier 2011

L'amertume d'un jeune Marocain

Par Mahdi Zahraou, 22/1/2011i
Mouvementées étaient les précédentes journées pour nos frères tunisiens : une révolte de tout un peuple qui a fini par faire vaciller le trône du despote Ben Ali après un joug de 23 années d'oppression et de censure où certes le pays reflétait l'image de la meilleure croissance économique de la région, mais où les droits d'expression et de pratiques religieuses étaient en constante régression.
Je vous épargnerai les détails de la révolte de Sidi Bouzid tellement on a appris ses détails ces derniers jours.
Il a suffit qu'un jeune désespéré s'immole par le feu pour que ses compatriotes sortent en masse réclamer la liberté dont ils ont été privés pendant deux longues décennies.
Six mois auparavant, des chômeurs ont eu recours au même acte d'Elbouazizi devant l'édifice du parlement, mais en vain : ils étaient au Maroc, au Maroc où la façade du parlement est devenue un endroit touristique où vous rencontrez quasiment tous les jours des sit-in et des pancartes levées aux quelles on n'accorde plus aucune importance.
Les Marocains se sont révoltés maintes fois : Sidi Ifni, Sefrou, ElHoceima, Casablanca, pendant des périodes différentes ces villes ont connu une désobéissance civile qui a été opprimée par le Makhzen. Mais cela n'a pas eu d'envergure sur l'échelle nationale.

Pourquoi donc le Maroc n'a-t-il pas eu la chance de la Tunisie ou plutôt son courage à toute épreuve ?
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui, la flamme du patriotisme a longtemps quitté le cœur de moult citoyens qui ne se reconnaissent plus à la patrie. Tandis qu'en Tunisie le peuple s'est uni autour de la patrie sans aucune référence idéologique ou religieuse avec une spontanéité et un courage miraculeux.
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui, dès que vous commencez à dire la vérité unanimement connue par tous, on vous dit taisez-vous "rah ghadi icheddouk, rah ghadi iteyyrouk ", on ne reconnait même plus ses propres droits grâce aux bienfaits de l'ignorance que l'on apprécie tant.
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui, le pain, l'huile et le thé sont plus importants que la liberté, les droits de l'Homme, l'égalité, la justice et l'équité.
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui, des slogans tel "7mar et bikhir" sont devenus l'effigie de toute une génération.
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui, on s'est tellement habitué à la langue de bois nous disant que cette époque est largement mieux que celle qui la précédait. Certes c'est vrai sur une multitude de points, n'empêche que si les jeunes de ces jours passés avaient adopté le même discours et le même laxisme on ne serait pas ce qu'on est aujourd'hui. Les choses peuvent être largement mieux que ce qu'elles sont aujourd'hui.
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui, corruption et clientélisme sont devenus des concepts que l'on admire et que l'on ne recherche plus à éliminer.
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui, il y a plus d'analphabètes que d'instruits, et même ceux qui prétendent être éduqués ne savent faire la différence entre une démocratie et une pièce théâtrale où l'on se moque d'eux.
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui, on a une constitution désuète de cinquante ans qui puise dans les fondements du féodalisme et de l'oligarchie médiévale peinte avec les couleurs de la modernité à deux sous et adulée par des millions d'aveugles.
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui, …
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui ,...
Parce qu'au Maroc d'aujourd'hui, …
Excusez-moi, camarades tunisiens de vous envier de nous avoir donné une des plus belles leçons de nos vies.
Que votre futur soit illuminé par la lueur d'Elbouazizi et guidé par les âmes des héros qui ont donné leurs âmes à leur patrie.
Quant à nous, que la peur quitte nos cœurs, l'ignorance nos cerveaux et la négligence nos âmes.
lakome.com