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lundi 3 février 2014

Assez de morts en Méditerranée passons des discours aux actes !

Par Marie-Christine VERGIAT, Députée Européenne

Communiqué de presse de Marie-Christine Vergiat - députée européenne Front de Gauche - membre de la commission libertés civiles justice et affaires intérieures - Strasbourg 5 février 2014.

Le 21 janvier, au large de l'île grecque de Farmakonisi, un bateau a fait naufrage. 12 personnes sont mortes, 9 enfants et 3 femmes.
La GUE-NGL a demandé que ce nouveau drame puisse faire l'objet d'un débat en plénière au Parlement européen. Les ONG, l'UNHCR, le Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, ont mis en cause, sur la base des témoignages des survivants, recueillis sur place, le comportement des gardes côtes grecs.
Que disent ces témoignages ? Le bateau était en panne, la mer était houleuse, les gardes côtes grecs ont amarré le bateau au leur et l'ont trainé à vive allure pour les ramener vers les côtes turques. Les femmes et les enfants se sont réfugiés dans la cabine. Le bateau s'est renversé. Les femmes et les enfants sont restés pris au piège.
Ce nouveau drame, après celui de Lampedusa en octobre dernier qui a fait près de 400 morts, nous alerte une fois encore sur les quelques 25 000 morts en Méditerranée depuis 20 ans. 
Depuis août 2012, moment de la fermeture des frontières terrestres entre la Grèce et la Turquie, au moins 150 réfugiés ont trouvés la mort dans la mer Égée, essentiellement des Syriens et des Afghans. 
La Grèce assure la Présidence de l'Union européenne, elle a donc une responsabilité particulière pour que l'UE cesse son double discours et mette en cohérence ses valeurs et ses actes.
Un texte sur le sauvetage en mer est en discussion au sein des institutions européennes. Six États du Sud (la Grèce, l'Italie, l'Espagne, Malte, Chypre et la France) bloquent actuellement les principales avancées de ce texte qui doit assurer le principe de non refoulement de tous les demandeurs d'asile.
45 000 réfugiés sont arrivés sur les côtes de l'Union européenne en 2013 selon les chiffres officiels, répartis entre les 28 États membres cela ferait 1 600 personnes par État membre. Est-ce inaccessible quand la Suède, à elle seule, a accordé l'asile à près de 15 000 réfugiés syriens ?
La solidarité européenne est possible, ne manque qu'une réelle volonté politique pour empêcher de tels drames de se reproduire.

jeudi 12 décembre 2013

Une communication sur la haine et la xénophobie au Maroc

07/12/2013

Suite au meurtre d'un jeune camerounais dans la région de Tanger , en l'absence d'une réaction officielle du gouvernement camerounais, nous vous livrons ci-dessous l'intégralité de la communication du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie, la nature ayant horreur du vide...
CSD
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Noirs Maocr
Suite au meurtre d'un jeune camerounais dans la région de Tanger et à la montée des violences à caractère raciale qui touchent la communauté noire au Maroc, le Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie par la voix de son président a initié un dialogue avec Me Driss LACHGAR Premier Secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires du Maroc.
En l'absence d'une réaction officielle du gouvernement camerounais, nous vous livrons ci-dessous l'intégralité de la communication, la nature ayant horreur du vide...
_______________
Monsieur le Premier Secrétaire et cher Camarade,

Mercredi 4 décembre dernier au quartier de Boukhalef, à Tanger un de nos jeunes compatriotes, installé au Maroc depuis 5 ans a trouvé la mort. Ceci à la suite d’une course poursuite avec la police de la ville ainsi que le rapporte le Yassine Lachiri, journaliste à Tanger. Ce troisième meurtre en l’espace de trois mois nous amène à saisir votre parti qui est notre partenaire politique afin d’attirer votre attention, mais aussi celle du parlement marocain et évidemment du gouvernement frère et ami du Royaume du Maroc.
L’immigration est un problème partout dans le monde aujourd’hui et le Cameroun comme le Maroc ne sont pas en reste. Le Maroc est pour beaucoup une porte vers l’Europe et nous comprenons les inquiétudes du Royaume à cet effet. Avec gravité et sincérité, nous voulons vous dire que nous sommes les interprètes d’un Cameroun qui reste attaché à l’amitié séculaire qui unit nos deux peuples et les gouvernants de notre pays et ceux de votre Royaume. Cette longue amitié entre nos peuples ne doit pas être stigmatisée. Aujourd’hui, son inquiétude est réelle, sa cause est profonde et argumentée.
De nombreux hommes d’affaires du Royaume du Maroc sont installés dans notre pays, et au niveau gouvernemental, les autorités camerounaises ont accordé des facilités aux multinationales marocaines notamment dans la gestion et la distribution de l’eau. Nous constatons que les nombreux assassinats et la maltraitance dont sont victimes nos compatriotes font surgir des tensions, plus que détestables. Les réseaux sociaux sont trop souvent devenus les vecteurs d’une violence féroce entre immigrants et population locale voire avec les autorités policières. Nous sommes les premiers à affirmer, pour avoir visité le Maroc à plusieurs reprises, que la société marocaine a progressé ces dernières années en tolérance, mais voici que renaissent des comportements préjudiciables à tous.
Face à cette situation, nous ne pouvons oublier qu’en dehors de vos fonctions à l’Internationale Socialiste où nous avons eu l’honneur de nous rencontrer, vous êtes avocat, défenseur des droits de l’homme et député. Nous ne pouvons donc que vous demander d’agir, car les risques de rupture existent. De nombreux parents camerounais ont leurs enfants dans les grandes écoles et universités marocaines; l’inquiétude est grandissante et cette inquiétude devrait être entendue.
Nous nous inscrivons ici dans le respect de la souveraineté du Royaume du Maroc qui se doit d’appliquer sur son territoire les lois, les siennes, nous ne pouvons donc pas nous ériger en juges. Cependant, les gémissements des parents, les inquiétudes de nos enfants et compatriotes même en situation d’illégalité par rapport à leur statut nous interpellent.

Cher camarade, au moment, où nous rédigeons cette correspondance, les images embarrassantes, insupportables des barques atterrissant sur les plages de Lampedusa avec leurs chargements de « boat people » en provenance de Tunisie, de Libye, et de plus loin encore occupent les écrans de télévision sans fin prévisible. Ce n’est pas du Royaume du Maroc et de son peuple que nous devons entendre cette voix : nous sommes chez nous – Noirs-Africains, mourez ou rentrez chez vous le fusil dans les reins.
Si l’on a quelque honnêteté intellectuelle, de telles situations interdisent tout discours bien-pensant. Nous risquerions-nous alors, comme nous le proposions déjà lors de notre première correspondance, à faire l’éloge de l’hospitalité, voire de cette hospitalité « inconditionnelle » que notre maître et devenu avec les années un ami le philosophe Jacques Derrida, dans des essais désormais célèbres, avait définie comme la forme même de la démocratie, et donc de la politique à venir? Cette hospitalité qui nous demande d’accueillir l’étranger, non seulement comme un « semblable » ou un « frère », mais comme un égal avec qui construire la « maison commune » de nos droits et de nos projets? Eh bien oui, en dépit des difficultés dont nous avons une conscience aiguë comme acteur politique, mais aussi comme intellectuel. Et cela pour trois raisons.

Premièrement, l’appel à une hospitalité inconditionnée doit certes exercer une influence, et même une contrainte sur les États. Mais il ne s’adresse pas à eux. Des États, qui gèrent (fort mal) les flux de population, les codes de nationalité, les polices des frontières, nous n’attendons rien de tel. Non seulement parce qu’ils n’en sont pas capables, mais parce que telle n’est pas leur fonction. Cela ne veut pas dire que nous les déchargions de leur responsabilité dans le déchaînement d’un manque d’hospitalité généralisé qui - surtout pour les plus démunis - affecte désormais la circulation et la condition des hommes dans le monde. Au contraire, au nom du principe d’hospitalité et de l’inconditionnalité qu’il comporte, nous exigeons des États qu’ils créent les conditions, autant qu’ils le peuvent, d’une circulation des habitants de la planète, convenablement « réglementée » ou, mieux, organisée avec le concours de tous ceux qu’elle concerne, mais essentiellement libre. Et, pour cela, qu’ils cessent d’instrumentaliser les peurs et les xénophobies, mais exposent à la discussion les vraies dimensions économiques, culturelles ou démographiques de la migration, les changements qu’elle induit, les problèmes qu’elle pose et les bénéfices mutuels qu’elle comporte.
Deuxièmement, un tel appel ne s’adresse pas non plus aux personnes qui nous entourent, mais pour une raison inverse : c’est qu’elles n’ont pas besoin qu’on les exhorte à ce qu’elles font déjà, et dont elles nous enseignent à la fois l’urgence, la valeur, et la difficulté. L’hospitalité inconditionnelle, c’est la solidarité, c’est l’hébergement, les secours, l’écoute, la connaissance qui brisent l’isolement des étrangers sur le territoire national, et particulièrement de ceux qui s’y trouvent en situation de précarité, d’illégalité ou d’exclusion, en raison de la contradiction violente entre les nécessités de leur existence et le pouvoir des intérêts dominants. Mais beaucoup d’entre nous, en terre africaine, avons oublié à cet égard les enseignements de notre histoire, et de nos textes fondateurs. Nous avons déchu par rapport à d’autres civilisations à qui nous ne nous privons pas de donner des leçons.

Enfin, la résistance au manque d’hospitalité importe à notre citoyenneté : nous voulons parler de cette citoyenneté active, collectivement instituée, qui ne se réduit jamais à l’obéissance aux gouvernements, mais ne se réfugie pas pour autant dans l’irresponsabilité politique. Faute d’hospitalité, les étrangers (ou certains d’entre eux, en quelque sorte « plus étranges » que d’autres) sont traités comme des ennemis redoutables, indésirables et haïssables. Cette perversion de l’appartenance ne renforce pas les États et ne préserve pas les nations. Au contraire, elle les délégitime et les déstabilise. Elle instaure un état d’exception permanent qui s’apparente à une guerre civile mondialisée. Elle annonce des catastrophes qui ne seront plus seulement « humanitaires ».
Faute d’hospitalité, les citoyens d’ici et les citoyens d’ailleurs (par exemple ceux du Cameroun et ceux du Maroc), entre lesquels se dresse un mur de ségrégation et de préjugés, sont privés des moyens de penser leurs intérêts communs (travail, emploi, création, environnement, éducation...) et de régler leurs différends (qu’ils datent d’hier ou d’aujourd’hui). Personne ne peut croire que les intérêts s’harmoniseront spontanément, mais personne ne doit, non plus, prétendre sans débat qu’ils soient inconciliables. Faute d’hospitalité, les populations ne sont que des « variables d’ajustement » pour l’économie de marché ou des « races », servant de boucs émissaires en temps de crise. Ce ne sont pas des peuples, au sens historique, culturel et démocratique du terme. Faire l’éloge de l’hospitalité, et la pratiquer en dépit de tout, ce n’est donc pas se réfugier dans le moralisme ou, comme disent certains, dans « l’angélisme », mais c’est travailler sans relâche, en tant que citoyens de certains États et du monde, à faire en sorte que l’inconditionnel, qui est tout simplement l’humain, entre dans la réalité. C’est faire de la politique, et recréer la politique.

Monsieur le Premier secrétaire et cher camarade, comme social-démocrate, nous estimons qu’il est de bon ton de vous saisir, comme élu de la Nation. Oui, votre combat est au Parlement, mais comme leader socialiste vous avez le devoir de sensibiliser. Les parents et nos enfants ont besoin d’être rassurés. Réconciliez nos peuples!
Dr Vincent-Sosthène FOUDA
Président du M.C.P.S.D

http://cameroonvoice.com/news/article-news-13529.html#.UqNsIAIKYeA.facebook

mardi 15 octobre 2013

La politique de fermeture des frontières mise en cause

Par Nadjia Bouaricha, El Watan, 13/10/13  
L’autel des sacrifices qu’est devenue la Méditerranée, met à nu la politique de l’Europe, forteresse qui de l’Afrique ne tolère que les richesses et obstrue le passage aux personnes en détresse.   
Des personnes, fuyant les dictatures et les conflits, partent chercher la liberté et c’est un accès au «donjon», pour les plus chanceux, auquel ils ont droit. Embarqués dans des felouques meurtrières, ces hommes, ces femmes et ces enfants n’ont pas le même accès que ce gaz transporté dans des pipelines traversant la même mer. Si les régimes abjects et autoritaires poussent des milliers de personnes à fuir en tentant le pire, la fermeture des frontières de l’Europe incite aussi au recours à ces moyens extrêmes d’évasion. Le drame de Lampedusa a provoqué émoi et consternation, mais peu d’actes ont suivi pour mettre un terme à ces convois de mort horrible en Méditerranée.
Une réunion des ministres de l’Intérieur européens s’était tenue la semaine dernière en réaction à cette tragédie humaine pour ne sortir qu’avec la décision de renforcer le dispositif de sécurisation des frontières de l’Europe appelé Frontex. L’approche prohibitionniste l’emporte encore une fois sur celle de la solidarité. La politique européenne de voisinage ne peut continuer à occulter l’échec du volet de la politique d’immigration perçue comme un frein voire une négation de la notion de bon voisinage. «Les politiques de fermeture des frontières et le désengagement vis-à-vis des conventions internationales signées par l’Europe, notamment la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés, expliquent le fait que les migrants sont amenés à prendre de plus en plus de risques pour rejoindre l’Europe, à mesure que les contrôles s’intensifient», déclare à BFMTV, Alain Morice, chercheur au CNRS et membre du réseau Migreurop.

Le Parlement européen s’attelle à mettre en place un nouveau système de surveillance des frontières de l’UE, Eurosur, en renforcement du dispositif Frontex qui a montré ses limites. Ce nouveau dispositif, qui sera effectif en décembre prochain, est, selon ses concepteurs, «un système paneuropéen de surveillance des frontières avec trois objectifs principaux : réduire le nombre de migrants irréguliers qui entrent dans l’ UE sans être découverts, réduire le nombre de décès d’immigrés clandestins en sauvant davantage de vies en mer, et augmenter la sécurité intérieure de l’ UE dans son ensemble en contribuant à la prévention de la criminalité transfrontalière».
Le Conseil de l’Europe devrait se pencher, le 24 octobre, sur la mise en application de ce système. «Je suis extrêmement sceptique. Plusieurs dispositifs ont été mis en place en vue de protéger, sécuriser les frontières de l’UE afin d’empêcher les vagues migratoires. Frontex en est un. Et puis il y a eu Eurosur, créé en 2011, encore en discussion en ce moment. Plusieurs personnalités, au niveau européen, estiment que ce nouveau programme va permettre d’organiser des opérations de surveillance. Mais le dispositif peut laisser craindre le pire, car il entend protéger les frontières et non pas les personnes, qui seront amenées à prendre de plus en plus de risques, comme c’est déjà le cas aujourd’hui», note encore Alain Morice sur BFMTV, en soulignant les pratiques purement sécuritaires et non pas de sauvetage des personnes utilisées par les agents de Frontex. Migreurop a dénoncé la logique sécuritaire de l’Europe. «Faut-il rappeler que si des Syriens en fuite tentent, au risque de leur vie, la traversée de la Méditerranée, c’est parce que les pays membres de l’UE refusent de leur délivrer les visas qui leur permettraient de venir légalement demander asile en Europe», note le réseau d’ONG.
Le président du Conseil italien avait lui-même appelé à reconsidérer l’immigration. «Ce n’est plus l’immigration économique des années 1990, mais là, en l’occurrence, il s’agit d’une immigration politique», a-t-il déclaré lors de sa visite à Lampedusa. L’Italie, qui compte revoir sa législation sur le droit d’asile, propose la dépénalisation pure et simple du délit de l’immigration clandestine. L’UE avalisera-t-elle une telle proposition ? Pas si sûr, disent les ONG.

mercredi 9 octobre 2013

Environ 50 morts dans un naufrage au sud de Malte et Lampedusa

La Valette (AFP) - 11.10.2013 19:04

Un nouveau naufrage d'un bateau chargé d'immigrés au sud de Malte et de Lampedusa a coûté la vie à environ 50 personnes, dont une dizaine d'enfants, huit jours après le drame de Lampedusa, selon l'agence Ansa. 
voir le zoom : Photo fournie par les services maritimes maltais montrant des migrants clandestins après leur sauvetage par la marine maltaise, le 29 décembre 2008 
Photo fournie par les services maritimes maltais montrant des migrants clandestins après leur sauvetage par la marine maltaise, le 29 décembre 2008
afp.com - Mark Tabone
voir le zoom : Infographie localisant le site du naufrage d'un bateau d'immigrants près de l'île italienne de Lampedusa Infographie localisant le site du naufrage d'un bateau d'immigrants près de l'île italienne de Lampedusa
afp.com -
Un nouveau naufrage d'un bateau chargé d'immigrés au sud de Malte et de Lampedusa a coûté la vie à environ 50 personnes, dont une dizaine d'enfants, huit jours après le drame de Lampedusa, selon l'agence Ansa.
Les secours s'activaient vendredi soir dans la nuit pour tenter de sauver de la mort les naufragés de l'embarcation qui a chaviré en quelques minutes par une mer houleuse. Quelque 200 passagers ont été recueillis par les navires maltais et italien arrivés très vite dans la zone.
"L'opération est en cours. Les conditions maritimes sont difficiles, avec un vent fort", a déclaré à l'AFP un responsable de la marine militaire maltaise.
Selon les médias italiens, des corps auraient été aperçus aux abords du lieu où l'embarcation a coulé. Selon l'agence Ansa, les morts seraient au nombre d'environ cinquante.
Cette information n'a pas été confirmée officiellement, ni du côté italien, ni du côté maltais.
Ce sont les immigrés qui ont donné eux-mêmes l'alarme grâce à un téléphone satellitaire, alors que le navire se trouvait à 60 milles au sud de Lampedusa et 70 milles au sud de Malte, non loin des eaux territoriales libyennes. De premières informations avaient indiqué que l'accident s'était produit entre Malte et la Sicile.
Selon un communiqué de la marine militaire maltaise, le bateau a été déstabilisé et s'est renversé lorsque les immigrants se sont agités pour attirer l'attention d'un avion militaire qui le survolait, se déplaçant tous ensemble sur un côté.
La marine maltaise a vite dépêché des navires de secours et des hélicoptères, et a dérouté sur les lieux de l'accident plusieurs navires commerciaux en transit dans la zone. De leur côté, les autorités italiennes ont envoyé rapidement deux navires militaires, le Libra et le Respiro, ainsi que des hélicoptères qui ont pu envoyer des chaloupes de sauvetage gonflables.
"Il s'agit d'un naufrage dans les eaux territoriales maltaises. Nous apportons notre aide aux autorités de Malte. On ne sait pas encore s'il y a des morts", a déclaré à l'AFP Filippo Marini, commandant des garde-côtes italiens.
Cet accident, survenu vers 17H15 locales (15H15 GMT), est arrivé une semaine après le naufrage d'un bateau de pêche au large de l'île de Lampedusa, le 3 octobre, qui a coûté la vie à plus de 300 immigrés.
A ce jour, 339 corps ont été retrouvés à l'intérieur et aux abords de l'épave. Le navire transportait plus de 500 réfugiés, en majorité érythréens, et seuls 155 des occupants du bateau ont survécu au drame.
Selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), "entre 50 et 70 corps se trouveraient encore en mer", autour de l'île de Lampedusa.
Cette tragédie, la pire survenue en Méditerranée, a suscité une vague d'émotion et d'indignation en Europe. Mercredi, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a affirmé que l'UE ne pouvait "se détourner" de ce drame et réclamé des efforts plus poussés, une plus grande coopération entre tous les Etats membres".
L'Italie, qui fait face à un nouvel afflux exceptionnel de migrants (30.000 depuis le début de l'année, quatre fois plus qu'en 2012), a obtenu que la question de l'immigration figure à l'ordre du jour d'une réunion ministérielle européenne à Luxembourg mardi.
Le pays a fait face ces derniers mois à un afflux croissant d'immigrés clandestins, venus de Syrie ou de la Corne de l'Afrique. Dans la nuit de jeudi à vendredi, pas moins de 500 migrants ont été secourus au cours de plusieurs opérations distinctes dans le canal de Sicile.
Selon le site Fortress Europe, 6.825 clandestins sont morts noyés dans les eaux de Lampedusa depuis 1994, dont 2.352 dans la seule année 2011, le plus souvent dans l'indifférence générale.
Au large de la ville égyptienne d'Alexandrie, au moins 12 migrants clandestins se sont noyés vendredi quand leur bateau a chaviré, tandis que 116 autres ont pu être secourus, a annoncé un responsable égyptien de la sécurité. Les recherches se poursuivent.

© 2013 AFP

http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/p-1911-Environ-50-morts-dans-un-naufrage-au-sud-de-Malte-et-Lampedusa.htm?&rub=6&xml=newsmlmmd.urn.newsml.afp.com.20131011.6467b14c.2216.414e.8bfd.69bfbadbc5d9.xml

dimanche 14 juillet 2013

Le pape à Lampedusa : hommage aux migrants


VU DE GUINÉEUne prière pour les migrants de Lampedusa

Sur l'île de Lampedusa, le pape François a rendu hommage aux milliers de migrants venus s'échouer sur les côtes de l'Europe. En Afrique, la visite a été perçue comme une "parabole" pour célébrer "la fraternité et la solidarité entre les hommes".

Par Courrier International, GUINÉE CONAKRY INFO,| MARIA DE BABIA,9/7/2013
Le pape François se recueille après avoir déposé une gerbe de fleurs en hommage aux migrants morts en mer.- Photo AFP.
Une couronne de chrysanthèmes jaunes et blancs jetée à la mer par le pontife catholique, en hommage aux 19 000 morts au cours des vingt dernières années, durant lesquelles près de 200 000 migrants ont foulé le sol de cette pointe avancée qu’est l’île de Lampedusa, "l’une des principales portes d'entrée en Europe".

Oui, le pape a pris la mer comme pour vivre le drame de nombreux migrants à travers le monde, Somaliens, Ethiopiens, Afghans, Irakiens, Syriens et autres ; mais surtout celui de milliers d'Africains, car les arrivées en 2013
à Lampedusa ont déjà dépassé les 4 000 migrants, soit trois fois plus qu’en 2012 [à la même période] !

Plus de 10 000 personnes, des migrants en majorité, s'étaient massées dans le petit stade ce 8 juillet, pour voir et écouter le pape François, cet Argentin, lui-même fils
d’émigré italien. Mais comme pour narguer cette visite historique, un nouveau bateau de 166 migrants y était conduit au matin du 8 juillet, peu avant l’arrivée du chef de l’Eglise romaine… 

En quête de bonheur

C’est d’abord sur une vedette des garde-côtes que le pape se rend à la "porte de l'Europe", ce monument-mémoire édifié en souvenir de tous les naufragés en quête de bonheur, puis ce fut la visite du quai où les réfugiés sont conduits après leurs dramatiques aventures. Le message pontifical est fait d'amour, d’amour du prochain, de quête du bonheur partagé, de combat de l’égoïsme des riches, de l'indifférence de l’Occident.

Ses mots sont forts, prononcés la main sur le cœur, mais avec "une épine dans le cœur qui provoque la souffrance". Il rappelle à tous : "Nos frères et sœurs cherchaient à sortir de situations difficiles pour trouver un peu de sérénité et de paix, un endroit meilleur pour eux et leur famille, mais ils ont trouvé la mort…"

Le pape François s'indigne et fustige la lâcheté des hommes : "Qui est responsable du sang de ces frères et sœurs ? Personne ! Nous répondons tous ainsi : ce n'est pas moi, c'est sans doute quelqu'un d'autre (...), nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle." Il a raison, le pape François. En effet, le centre de Lampedusa, qui accueille aujourd’hui quelque 6 000 migrants, a été bâti à l’origine pour héberger seulement quelque 380 personnes ; c’est dire que les conditions de vie y sont aléatoires et inhumaines, tout simplement.

Un voyage à la fois symbole et parabole


La loi du nombre et celle l’espace ne font pas bon ménage en ces lieux où les campements pullulent. Le voyage du pape François est à la fois symbole et parabole. Symbole par sa nature humaine et historique ; parabole par la valeur morale du modèle qui enseigne, à l’image du Christ, la force de l’amour qui est vérité, simplicité et chemin d’éternité.

En priant pour tous les morts victimes de la mer — "prions pour ceux qui aujourd’hui ne sont pas là" —, le pape nous invite à plus de solidarité, à la fraternité. Puisse l’exemple du "pape des pauvres" nous enrichir de sa simplicité, pour que notre quotidien soit différent, afin que nos indifférences habituelles se métamorphosent en quête de l’autre. Au-delà des mers. Vers les rivages d’une nouvelle fraternité humaine. Amen.

MONDE -  8/7/2013

Lampedusa. "Le pape devrait agir sur les politiques migratoires des Etats du nord"

En visite sur l'île italienne de Lampedusa, le pape François a fustigé "l'indifférence" du monde au sort des migrants. Documentariste et auteur du webdoc Osons savoir sur les migrations en Méditerranée, Jérémy Cheong Chi Mo appelle le pape à faire pression sur les Etats pour changer de politique des flux migratoires.
Rappel des faits:
Le pape François a célébré une messe devant 10.000 personnes dans le petit stade de Lampedusa, en hommage aux milliers de personnes mortes en tentant de traverser la Méditerranée. Ces derniers jours, les garde-côtes italiens et maltais ont sauvé plus de 800 migrants, venus pour l'essentiel de Libye.
Dans son homélie, le pape a fustigé l'indifférence face au sort des "immigrés morts en mer, sur ces bateaux qui, au lieu d'être un chemin de l'espérance, ont été une route vers la mort".  "Nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle", "la culture du bien-être nous rend insensibles aux cris d'autrui (...) aboutit à une globalisation de l'indifférence", a-t-il poursuivi. S'il a appelé à "changer concrètement certaines attitudes", le pape ne s'attaque pas là aux politiques migratoires européennes, mais au comportement personnel: "Nous ne sommes plus attentifs au monde dans lequel nous vivons, nous n'avons plus soin de ce que Dieu a créé."
L'entretien:
Partagez-vous l'indignation du pape?
Jérémy Cheong Chi Mo. On peut la partager. Mais il aurait fallu que le pape aille plus loin: qu'il prenne appui sur cette indignation pour agir directement sur les politiques migratoires mises en place par les Etats du nord concernés par les arrivées de migrants. Depuis le tournage de notre documentaire et la mise en ligne de notre plateforme osonssavoir l'hiver dernier, rien n'a vraiment changé. Les Etats du nord de la Méditerranée font toujours pression sur les Etats africains pour bloquer les migrations. En Libye, un accord en ce sens entre le gouvernement italien et le Conseil national de résistance avaient déjà été trouvé alors que le pays était encore en guerre. Même chose avec le Mali. La situation n'a pas évolué. Les pays européens dictent toujours leurs décisions aux pays du sud.
 Que faudrait-il faire?
Jérémy Cheong Chi Mo. Il faudrait mettre en pratique les préconisations formulées par Bertrand Badie, Guillaume Devin, Rony Brauman, Emmanuel Decaux  et Catherine Wihtol de Wenden dans Pour un autre regard sur les migrations. En clair, il faudrait une gouvernance mondiale des migrations, fondée non plus sur des décisions dictées au Sud par le Nord, mais sur une approche multilatérale pour réguler différemment les flux migratoires. Les pays du Nord ont besoin de ces flux. Des économistes ont chiffré le besoin de migrants à 300.000 personnes pour l'Europe. Il faudrait aussi prendre plus en compte les diasporas dans les politiques de développement. Il faudrait par ailleurs permettre une vraie mobilité pour le Sud, donc changer nos politiques de délivrance de visa. Laisser les gens venir en France permet de démitifier l'émigration vers le nord. C'est ce qui s'est passé pour les Tunisiens en 2011. Bon nombre sont repartis dans leur pays.
 Il s'agit donc de dépassionner la question?
Jérémy Cheong Chi Mo.  Cela implique effectivement de ne plus jouer avec les peurs, mais d'envisager les migrations sous un angle multinational, avec de vrais partenariats entre pays impliqués. On ne considérerait dès lors plus les migrants comme une menace, mais comme des partenaires. Malheureusement, la situation est toujours bloquée.

mercredi 1 mai 2013

« Avertir les jeunes qui rêvent d’Europe » Histoire de Karim

« Avertir les jeunes qui rêvent d’Europe »

Aujourd’hui, à 35 ans, il est toujours menacé d’expulsion. Mais il n’a plus peur de dévoiler son identité car il veut servir d’exemple. Désormais, il veut se battre pour « avertir les jeunes qui rêvent d’Europe » et leur éviter de devenir des « harragas » (ce mot originaire de l’arabe désigne ceux « qui brûlent » les papiers d’identité), ces migrants clandestins qui prennent la mer depuis l’Afrique du Nord sur des bateaux de pêche pour venir s’installer en Europe, en passant le plus souvent par l’Espagne ou l’île de Lampedusa.
Originaire d’un village de pêcheurs de Bizerte, à la pointe nord de la Tunisie, Karim a toujours su que sa vie était ailleurs, qu’il ne la passerait pas « à jouer au rami et à boire de la bière dans les cafés ». Enfant, lorsqu’il sortait sa barque pour ramener du poisson, il rêvait déjà de voyages et d’aventures.
Comme d’autres, il s’est laissé influencer par « les frimeurs, ces jeunes qui reviennent au bled, roulent dans leurs belles voitures avec la musique à fond », et qui, en réalité, vivent dans une misère noire en France. « Ils doivent revendre leurs vêtements pour se payer le retour » décrit-t-il, amer.

« Si on est mort, tant pis »

Mais lorsqu’il prend la décision de partir en 1990, alors qu’il est encore un petit garçon, la peur de mourir ne suffit pas à l’arrêter. D’ailleurs, avant chaque traversée, il se répète toujours la même phrase : « Si on est mort, tant pis. Si on arrive, tant mieux. » Aujourd’hui, il s’estime chanceux de ne pas avoir fait partie de la centaine d’enfants de son village qui ont péri en tentant, comme lui, de traverser la mer.
Sur ses sept tentatives pour rejoindre l’Europe, quatre ont réussi. Lors de la première, il met le cap sur Mazzara, en Sicile, dans un bateau volé. Mais la boussole se casse et il accoste à Tripani, où il se fait directement arrêter par les carabiniers siciliens, juger puis expulser.
Lors de la deuxième, son bateau tombe en panne et il passe huit jours à dériver en pleine mer avec 27 autres harragas. Il survit en buvant l’eau du circuit de refroidissement du moteur hors-bord en cachette. Puis il décide de partager sa source avec les autres membres de l’équipage, ne supportant pas de les voir agoniser.
Il parvient à joindre les autorités tunisiennes avec son portable. Les policiers lui expliquent qu’ils ont trop de problèmes à terre pour s’occuper d’eux. Il appelle alors l’armée, qui refuse également d’entamer des recherches. Malgré les problèmes de réseau, il arrive à joindre Virginie Lydie, écrivaine rencontrée dans un centre de rétention et qui l’a aidé à mettre en forme son histoire, publiée un peu plus tard.
Croyant qu’ils se trouvent près du cap Bon, elle alerte la Marine nationale qui prévient les autorités italiennes. Elle reste en contact avec le bateau et continue de fournir des informations à l’armée. « Grâce aux descriptions de Karim, on a pu savoir qu’ils étaient encore en Tunisie », explique-t-elle. Les Italiens demandent alors une autorisation de survol à l’armée tunisienne, avant de leur envoyer les coordonnées du bateau. Sauvés.

Des centaines d’heures de garde à vue

Une autre fois, juste avant le départ, il tombe à l’eau en chargeant un bidon d’essence. Il passe chez lui pour se changer et rate finalement le départ. Une chance : il voit revenir quelques jours plus tard les quinze cercueils des membres de l’équipage.
En France, où il a passé la majeure partie de sa vie, Karim a fait des centaines d’heures de garde à vue, connu les expulsions, la vie dans la rue. Perplexe, il raconte :
    « Un jour, je dormais dans une carcasse de voiture brûlée. La police m’a arrêté pour tentative de vol. J’ai fait trois mois de prison. »
En prison, où il a été une autre fois condamné à dix-huit mois pour avoir refusé de respecter une obligation de quitter le territoire (OQTF), il découvre la solitude, la maltraitance et le harcèlement. A la maison d’arrêt de Gradignan, il partage sa première cellule avec un détenu qui essaye de le toucher quand il dort :
    « Lorsqu’ils m’ont installé dans ma cellule, je me suis demandé pourquoi les surveillants rigolaient. J’ai vite compris. »
Une nuit, désespéré, il tente de se pendre dans les toilettes de la prison. Il doit son salut à un gardien qui passait par hasard. « J’ai perdu le moral et tout espoir ici à cause de la prison. Mais je n’ai pas laissé tomber », raconte-t-il.

« On se moque de tous les expulsés »

Pendant sa détention, il a écrit un livre, publié sous le pseudonyme de Mehdi Sayed, nom qu’un interprète lui avait prêté lors de sa première arrestation en Italie. Il l’a rédigé avec le peu de français qu’il connaissait pour « sensibiliser les Français sur les clandestins ».
Malgré l’errance, malgré la France d’en dessous où il survit, il n’a jamais été question de retour au pays :
    « Lors de ma dernière expulsion en août 2009, 50 personnes m’ont entouré quand je suis revenu au village. C’était tous mes cousins mais je ne les connaissais pas. Ils se sont moqués de moi comme on se moque de tous les expulsés. »
En France, il a donné la vie deux fois et a fait reconnaître son droit de visite sur le plus jeune de ses enfants. Il est en train d’essayer de renouer le contact avec le premier qu’il a perdu de vue après sa dernière expulsion et qui vit aujourd’hui à Cannes avec sa mère.

Le zèle des préfectures

Aujourd’hui, Karim est toujours sous la menace d’une expulsion. Son avocate, maître Maktouf, qui défend de nombreux Tunisiens de Lampedusa, tente de régulariser sa situation. Elle considère que « le cas de Karim entre parfaitement dans le cadre de la circulaire Valls, qui prévoit les régularisations au cas par cas ». Mais elle déplore « le zèle des préfectures qui demandent de nombreux documents qui ne sont pas réclamés par le texte ».
En attendant, Karim continue la mission qu’il s’est fixée :
    « Je veux montrer qu’il ne faut pas risquer sa vie pour faire des allers-retours. Les jeunes doivent faire des études. »
Il va jusqu’à filmer des gens qui dorment par terre pour les montrer en Tunisie. Une preuve nécessaire, car là-bas, « personne ne peut croire que des Français dorment dehors ou mangent dans les poubelles ».
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