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mercredi 18 février 2015

« Mohammed Suisse » et le Quai des Bergues

Sans titre
En haut à gauche, le 37, Quai Wilson, ancien siège de HSBC Assett Mangement. En bas le 9/17 Quai des Bergues actuel siège du même département sur les bords du lac Léman.
Chez HSBC, on semble désormais croire, dur comme fer  à ce vieux dicton du bout du lac Léman, qui prétend qu’entre une banque et une banque, il  vient toujours s’en intercaler une troisième. D’autant que, il faut bien le reconnaître,  le 37 Quai Wilson, l’ancien Hôtel Bellevue, sur lequel la banque avait jeté, en première instance, son dévolu, ne faisait pas le poids en matière de discrétion, pour une entreprise qui avait décidé de s’affranchir des lois sur le blanchiment, histoire de ratisser aussi large que possible.
C’est donc tout naturellement au 9/17, Quai des Bergues, rien moins que cinq immeubles groupés face au lac Léman,  que la Hong Kong & Shanghai Banking Corporation a regroupé ses bureaux. Ici,  les clients « prestigieux » ne risquent de  croiser  ni foule, ni guichets, ni distributeurs automatiques de billets, mais des huissiers en tenue d’apparat. Il faut bien ça, en ces lieux où le marbre épouse dorures, stuc, bois précieux et moquettes profondes. Mais n’allez surtout pas imaginer croiser une quelconque vertu, dans ce luxe raffiné où la propreté frise l’asepsie. Car s’il faut en croire Swissleaks, les avocats marrons y introduisent les mafieux. Les gangsters y côtoient les directeurs de cabinets. Les trafiquants de drogue y croisent des chefs d’Etat. Et les rois y mettent leurs pas dans ceux des grands criminels.  Tout ce petit monde qui a depuis longtemps  perdu le goût du travail acharné et du salaire honnête, gagné à la sueur de son front  est uni par le même destin du fraudeur qui n’aspire qu’à dissimuler le butin de ses rapines.
Cette affaire du Quai des Bergues résonne comme un mauvais film. Il n’y a pas si longtemps, Mohammed VI dissertait sur le patriotisme et se faisait donneur de leçons. Il apparaît soudain sous son vrai jour. Son nom, flanqué de ceux d’un aréopage de proches de la monarchie et couché sur une  liste où figurent de vulgaires criminels de droit commun. Le plus sordide c’est d’imaginer les tractations ayant précédé l’ouverture des comptes bancaires, les négociations à propos des commissions de placement, les rétro-commissions aux intermédiaires véreux, les valises de cash transformées en valises diplomatiques, les faux passeports, les comptes numérotés à apprendre par cœur, les mots de passe à trouver, les prête-noms et tout le reste. Tout ce qui fait la différence entre les honnêtes gens et les autres. Entre les gouvernants vertueux et les crapules. Entre les hommes d’État et les malfrats. En un mot entre dignité et indignité.
Quel message envoie-t-on à ces millions de marocains chômeurs, à ces laissés pour compte, à ces sans-noms, quand le chef de l’État appauvrit son pays, pour enrichir des banquiers voyous ? Quel crédit donner à ce prétendu appel citoyen aux marocains de l’étranger, les invitant à rapatrier leurs devises, quand on sait que le chef de l’Etat, au demeurant milliardaire, ira jongler avec leurs dollars, leurs francs suisses et leurs Euros, dans les banques étrangères ?
Voilà pour le commentaire.

Sur les faits, on peut légitimement s’interroger sur les raisons qui ont poussé les autorités françaises à livrer en pâture, le nom du roi, de sa famille et de son entourage, alors qu’elles  ont jugé nécessaire de nettoyer la fameuse liste, de certains noms, avant de la transmettre à la presse hexagonale, comme le souligne si bien Eric de Montgolfier, ancien procureur à Nice et le premier à avoir récupéré le fichier, au lendemain de l’interpellation d’Hervé Falciani,  par la gendarmerie de Menton. Même si Paris continue de fermer les yeux sur les comptes détenus par Mohammed VI, dans les banques hexagonales et sur les biens mal acquis de ce dernier, sur son territoire, ou qu’elle décore le patron du contre-espionnage marocain, pour racheter la convocation de ce dernier par la justice française début 2014,  cet « oubli » trahit le peu d’estime en laquelle l’Hexagone semble désormais tenir le roi, dont il connaît tout de la cupidité et du peu de cas que celui-ci fait de la chose politique ou du respect de ses compatriotes.

On ne peut également s’empêcher de faire le lien entre cette divulgation et  le règlement éclair de la crise franco-marocaine, quoi qu’en disent les défenseurs du Client HSBC  numéro 5090190103 et leurs déclarations faussement triomphalistes qui voudraient faire croire que Rabat aurait gagné son bras de fer avec Paris. Le régime marocain a, en effet, pour habitude de mettre de l’eau dans son vin, avec ses alliés, chaque fois qu’une affaire met directement en cause la probité de la monarchie et menace de jeter le discrédit sur le premier intéressé, avec le risque toujours probable de dégradation d’un climat intérieur marocain déjà bien lourd.

Sait-on jamais, les voies de l’exil pourraient se faire impénétrables !

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