Ils
sont des centaines à avancer en file indienne, minuscules silhouettes
noires captées par la caméra infrarouge d’un hélicoptère au milieu de la
nuit. Ils marchent depuis les monts Gourougou avec le même
objectif : quitter le Maroc où ils attendent depuis des semaines, des mois, parfois des années, et franchir les hauts grillages qui les séparent de l’enclave espagnole de Melilla, pour gagner enfin l’Espagne. L’Europe.
Selon
la délégation du gouvernement espagnol à Melilla, la garde civile
et les forces de sécurité marocaines ont fait échouer l’opération vers 3
heures du matin. Mais, publiée par le site Internet du journal « El Pais » le mercredi 20 novembre, cette vidéo « démontre une fois de plus l’extrême pression migratoire sur la ville », a
expliqué la délégation du gouvernement. Une façon de justifier l’usage
des barbelés, dotés de petites lames tranchantes, installés fin octobre
sur les grillages de Melilla.
Ou
plutôt réinstallés, car ces barbelés avaient déjà été mis en place en
2005, sous le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero.
Après les protestations d’ONG espagnoles et internationales, ils avaient
été enlevés en 2007, mais seulement à Melilla, pas dans l'autre enclave
espagnole de Ceuta.
En
Espagne, la polémique enfle. Tous les groupes politiques qui forment
l’opposition ont demandé au Parti populaire (PP, droite) de retirer ces
barbelés « honteux et terribles », d’une « cruauté sans commune mesure », « inhumains ». Toutes les organisations sociales et même le nouveau porte-parole des évêques espagnols se sont élevés contre leur réinstallation. Sans succès.
Le
procureur général de l’Etat s’est engagé, cependant, à ouvrir une
enquête sur la légalité de ces barbelés… Mais elle tarde à être mise en
marche. En attendant, les migrants continuent de risquer leur vie pour
pénétrer à Melilla, en Espagne, en Europe. Barbelés ou pas.
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