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mardi 28 décembre 2010

Sahara Occidental : AMDH -Rapport de la commission d’enquête sur les événements de El Aaiun

Association Marocaine des Droits Humains Bureau Central
الجمعية المغربية لحقوق الإنسان المكتب المركزي

 Rabat le 24 -12-2010
Conférence de presse 
 pour la présentation du rapport de la Commission d’enquête de l’Association Marocaine des Droits Humains sur les événements de Laâyoune du 8 novembre 2010
Déclaration de presse
Mesdames et Messieurs les représentantes et les représentants des instances de presse et des moyens de communication, les organisations des droits humains amies.
Au nom du Bureau central de l’Association Marocaine des Droits Humains, je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation par votre présence à cette conférence de presse que nous organisons pour la présentation du rapport de la Commission d’enquête afin d’évaluer à quel point les droits humains ont été respectés par l’Etat lors des événements survenus à Laâyoune le 8 novembre 2010 pendant le démantèlement du camp « Gdim Izik » et ses répercussions.
Suite aux événements survenus à Laâyoune le 08 novembre 2010, l’Association Marocaines des Droits Humains a constitué une commission d’enquête composée de membres du Bureau central, de la Commission administrative et d’avocats.
Toutes les activités de la Commission d’enquête ont été financées du budget de l’Association. La Commission a œuvré durant 4 jours: du vendredi soir 12 novembre au mardi soir 16 novembre 2010.
La Commission d’enquête a adopté la méthodologie de l’audition et l’entrevue avec les différentes parties concernées. Ainsi, elle a tenu un bon nombre d’entrevues avec des instances gouvernementales, judiciaires et des organismes politiques, syndicaux et associatifs. Elle a, de même, audité des témoignages de citoyennes et de citoyens et a pris connaissance des communiqués officiels et de nombreux écrits dans la presse sur le sujet. Elle a, en outre, organisé des visites illustrées par des photos du théâtre des événements de Laâyoune selon les disponibilités et les possibilités.
Ce rapport, que nous présentons aujourd’hui à l’opinion publique, se base quant à sa description des violations des droits humains, sur les décisions du système des droits humains et des instruments internationaux dont la sauvegarde et le respect est du ressort de l’Etat.
I. Le contexte général des événements:
Durant les derniers mois, la région a connu de nombreuses protestations de la population revendiquant ses droits économiques et sociaux. Les promesses des responsables aux protestataires n’ont pas été tenues. L’atmosphère générale, ayant amené le mouvement revendicatif a organisé un sit-in dans le camp Gdim Izik, était caractérisée par la pression due à la restriction des libertés, la répression des protestations et la détérioration des conditions économiques et sociales. En outre, plusieurs indices affirment que les revendications des manifestants du camp étaient purement sociales et concernaient principalement le logement et l’emploi. Tous les témoignages et communiqués dont ceux de la presse officielle confirment cette thèse. Et comme le reflète les rapports de nombreuses organisations, la région connaît toujours de nombreuses violations des droits humains en dépit de leur baisse notable connue depuis le cessez-le-feu à cause de la poursuite du conflit au Sahara ce qui contribue à la dérive de tout mouvement social pour prendre un caractère politique comme c’était le cas à la suite du démantèlement du camp à Laâyoune.
II. Les événements et les faits:
Le rapport de la Commission d’enquête renferme une partie qui concerne l’organisation du camp, les rapports reliant le Comité de dialogue et les protestataires dans le camp, le déroulement des événements ayant eu lieu le 8 novembre selon les déclarations de témoins et des représentants des organismes rencontrés par la Commission en plus des communiqués officiels et des différents rapports sur les événements. Nous en tirons ce qui suit :
1) Le campement
§ L’installation du camp et le dialogue avec les autorités:
- Le camp constituait un mécanisme de protestation pour des revendications à caractère social,
- La bonne organisation du camp, le respect et l’appréciation dont jouissaient les membres du Comité du dialogue parmi les résidents du camp étaient louables.
- Le nombre des résidents du camp était instable. Il variait entre 8000 et 20000 personnes. La plupart des familles résidentes au camp ont continué à vivre normalement en ville durant la semaine (le travail, la scolarité et les divers besoins) et ne laissaient qu’une personne ou deux dans la tente qu’elles rejoignaient en fin de semaine.
- Le dialogue a été ouvert avec l’administration centrale après le refus des protestataires de négocier avec le Wali qui n’avait pas honoré ses promesses selon les déclarations des concernés.
- Le dialogue s’est achevé par un accord en vertu duquel les autorités ont commencé à enregistrer sur place les personnes à besoins spécifiques, les veuves, les divorcées et à déterminer leurs besoins; l’enregistrement des autres catégories devrait avoir lieu ultérieurement.
- Les vendredi et samedi 4 et 5 novembre 2010, des tentes ont été implantées et l’enregistrement des catégories suscitées a débuté sachant que la suite de l’application de l’accord continuerait en principe durant la matinée du lundi 8 novembre 2010.
- La nouvelle s’est propagée concernant l’accord conclu entre le Comité de dialogue et les autorités. En vertu de cet accord, des tentes seraient implantées par les autorités pour enregistrer les personnes lésées et déterminer leurs besoins.
- La tentative d’un bon nombre de citoyens de rejoindre le camp suite à cette nouvelle.
- De nombreux témoignages déclarent ne pas comprendre la volte-face brusque de la position des autorités qui ont annoncé l’échec du dialogue, la séquestration des femmes et des enfants dans le camp et qui ont qualifié les négociateurs d’assassins.
- L’encerclement du camp, le renforcement des barrières sécuritaires, l’interdiction aux voitures de rejoindre le camp et les altercations entre les personnes désireuses de rejoindre le camp et les forces publiques qui ont battu des femmes.
§ Le démantèlement du camp :
- Toutes les données recueillies par la Commission conduisent à penser que l’offensive déclenchée contre le camp a eu lieu à 6 heures et demi du matin et que les résidents n’ont pas eu le temps suffisants pour comprendre ce qui se passe et de se préparer à quitter les lieux vu l’espace de temps réduit séparant l’annonce officielle de la décision d’évacuer le camp et l’intervention des forces publiques.
- Pour l’évacuation du camp les forces publiques ont utilisées des bombes lacrymogènes, des tuyaux d’eaux chaudes et le lancement de pierres. D’autres témoignages ont évoqué l’utilisation de balles en caoutchouc.
- Selon certains témoignages « les sons des hélicoptères et des camions couvraient ceux des hauts parleurs; les camions ont pris d’assaut le camp et ont écrasé les tentes. En ces moments, la panique a été semée au sein du camp et les gens couraient dans tous les sens alors que les matraques pleuvaient sur les corps, les bombes lacrymogènes tombaient et les propos obscènes fusaient ».
- Il s’est avéré, selon les données recueillies, que les forces auxiliaires étaient dans l’incapacité de s’opposer à la riposte de certains protestataires qui était si forte faisant usage d’armes blanches, de cocktails Molotov et de butanes. Cette riposte a entrainé des victimes parmi les forces auxiliaires; certaines victimes sont tombées dans le camp et d’autres après leur transfert à l’hôpital. Selon les déclarations officielles le nombre de victimes s’élève à 11 cas.
2)  Les événements de la ville de Laâyoune:
Les habitants se sont réveillés le lundi matin en apprenant que le camp est attaqué et que les forces publiques ont « brûlé et démantelé le camp avec leurs familles dedans » ce qui a fait régner une atmosphère d’épouvante, de réprobation et de colère parmi les habitants de la ville qui ont organisé des marches et des manifestations tumultueuses dans différents quartiers: Hay Skikima, Ras al-Khayma, Colomina Nueba, Hay Maâta allah…
Toutes les déclarations et les témoignages recueillis par la Commission s’accordent sur le fait que les événements que Laâyoune a connus se sont déroulés en deux temps:
§ Le matin :
- Selon un témoignage « l’attaque contre Laâyoune a été commise par des personnes organisées à bord de voitures à quatre roues motrices appartenant en partie aux trafiquants de la drogue et qui ont utilisé dans leurs opérations les cocktails Molotov et les butanes, le lancement de pierres et ont installé des barricades et brûlé des pneus. » En plus « la méthode adoptée lors de l’attaque confirme que les assaillants sont préalablement entrainés et organisés ce qui s’avère de par la nature de leurs déplacements qui se font en groupes organisés ayant fixé d’avance leurs cibles et exécuté leurs opérations moyennant des voitures à quatre roues motrices ».
- Selon les constatations de la Commission basées sur l’observation ou les déclarations des responsables et des témoins, ce sont les établissements publics et privés qui ont été visés ; ceci est mentionné en détail dans le rapport de la Commission.
- Un bon nombre de témoins ont confirmé à la Commission que les établissements, les immeubles et les propriétés visés ont été déterminés d’une façon sélective et délibérée et non pas aveuglément.
- Les témoignages ont déclaré à l’unanimité que l’attention de tout le monde a été attirée par le vide sécuritaire qui a régné dans la ville ce matin.
- Des déclarations concordantes ont évoqué que dans de nombreux quartiers les « Sahraouis » (c’est-à-dire le groupe qui a mis les feux) se sont retirés du terrain rapidement et de façon organisée à midi.
§ Le soir:
- La plupart des déclarations ont confirmé qu’après le retrait rapide des « Sahraouis » de l’avenue, à partir de 11 heures et demi, une campagne d’arrestations et de perquisitions ont été menées parmi les habitants sahraouis de Laâyoune avec la participation de jeunes d’origine non saharienne.
- D’autres témoignages ont évoqué que durant l’après-midi a eu lieu une intervention violente des forces publiques composées d’agents de police, des forces auxiliaires appuyées par l’Armée utilisant excessivement les bombes lacrymogènes. Ainsi, la première étape s’est achevée avec la dispersion des manifestants et notamment de l’avenue Boukraâ et de la route de Smara.
De nombreux témoignages ont affirmé que, durant la deuxième étape des événements, ayant eu lieu l’après-midi de la même journée, a été caractérisée par des manifestations de jeunes protégés par les forces publiques brandissant les drapeaux du Maroc, scandant des slogans saluant la vie du Roi et attaquant les devantures de locaux commerciaux, les voitures et les biens qu’ils considèrent appartenant aux Sahraouis.
Des déclarations de nombreuses victimes et de témoins ont affirmé que les forces auxiliaires et les agents de police ont embrigadé de jeunes civils pour perquisitionner et piller les biens tout en recherchant les suspects.
De nombreuses victimes ont affirmé à la Commission qu’elles ont été attaquées par les forces publiques soutenues par des jeunes embrigadés du « Nord » (appellation pour désigner les habitants d’origine non saharienne) et qu’elles ont été pillées chez elles comme dans leurs commerces.
Parmi ces victimes, certaines ont déposé des plaintes près du Procureur du Roi demandant l’équité et la réparation. La Commission a appris que les perquisitions ont duré des jours suivant les événements et que les arrestations n’ont pas cessé.
III- Violations constatées par la commission
La commission a enregistré de nombreuses violations des droits humains pendant et après les événements. Les plus importantes sont les suivantes :
1-La violation du droits à la vie
L’intervention de la force publique et l’usage de la force, pour le démantèlement du camp de Akdim Izik, les affrontements qui ont suivi, ainsi que les réactions violentes, de certains protestataires du sitting au camp et de manifestants dans la ville de Layoune, aussi bien le matin que dans l’après-midi, ont entrainé le décès de treize ( 13)de personnes, dont onze (11) dans les rangs des forces publiques et deux (2) civils. Par ailleurs, la mort de l’enfant Najem El Ghareh le 24 octobre 2010, survenue avant le démantèlement du camp, fait suite aux tirs des armes à feu par les forces de sécurité, qui étaient stationnées autour du camp, sur la voiture qui le transportait.
Le rapport contient la liste des noms des membres des forces publiques et des deux civils, El Karkar et Daoudi, décédés. D’ailleurs, ce sont les mêmes noms fournis par les communiqués officiels.
L’Association Marocaine des Droits Humains, tout en condamnant les actes de violence qui ont fait onze (11) victimes parmi les membres de la force publique et deux civils, selon les déclarations officielles; et ce en partant de son attachement à la défense permanente du Droit à la Vie; dénonce tous les actes ayant fait des victimes aussi bien les membres des forces publiques que les civils. L’AMDH condamne également les actes montrés par la vidéo, diffusée par la télévision marocaine, représentant la mutilation des cadavres et l’atteinte de leur inviolabilité (cadavre égorgé et le fait d’uriner sur un cadavre). Elle appelle à diligenter une enquête intègre et neutre pour établir toutes les responsabilités, directes et indirectes, de ces décès et à prendre les mesures nécessaires dans le cadre du respect des dispositions des conventions internationales des droits humains ainsi que la publication des résultats de l’enquête sur le décès de l’enfant Najem El Ghareh.
2-Détention, enlèvement, torture, traitements cruels, inhumains et dégradants
Au cours de ses travaux à Laâyoune, la commission a reçu les familles des protestataires du sit-in au camp de Akdim Izik, et qui n’ont donné aucun signe de vie, cinq jours après le démantèlement du camp. Certaines familles ont affirmé que leurs proches ont été arrêtés par les autorités publiques.
Un groupe de personnes ont été détenues à l’occasion de la dispersion du sit-in, ou à la suite des événements de Laayoune. Ils ont été maintenus en garde à vue, au-delà du délai légal. Parmi ces personnes figure l’enfant Naji Ahmed, arrêté le lundi 8 novembre à huit heures du matin et relâché le vendredi 12 novembre, et qui n’est qu’un exemple du non respect du délai légal de la garde à vue.
-Détention arbitraires et aléatoires :
La campagne des détentions a été aléatoire, car elle a touché des citoyens qui ont déclaré n’avoir aucune relation avec le camp.
-Pratique de la torture :
Il apparaît ; à partir des déclarations de quelques citoyens, de détenus libérés, des affirmations de leur défense ou des constations in visu des membres de la commission ; que les détenus ont fait l’objet de différentes formes de torture de traitements inhumains et dégradants : coups, insultes, diffamations, bandage des yeux, interdiction de sommeil, urine sur eux et menaces de viol. L’un des avocats des détenus a déclaré que l’état de santé physique et psychologique des détenus s’est dégradé (certains ne peuvent se mettre debout et d’autres sont pieds nus) ; et ce en violation flagrante des conventions internationales et des lois internes. Le cas de M. Kachbar Ahmed (qui a été libéré) n’est qu’un exemple qui illustre l’ampleur de la torture dont il a fait l’objet, pendant sa détention. Au cours de sa visite, la commission a trouvé M. Kachbar Ahmed sur une chaise roulante, avec des blessures profondes au niveau de la tête et des ecchymoses au niveau du dos et des yeux.
Par ailleurs, les avocats des détenus ont déclaré, au juge d’instruction, que « certains détenus ont déclaré avoir été menacés de viol, et que l’un d’entre eux a été effectivement violé, par l’introduction d’une bouteille d’une boisson gazeuse….. La plupart des détenus ne sont pas chaussés, et les habits de tous sont déchirés du fait de l’intensité de la torture… » L’odeur qu’ils dégageaient ; suite à la détention, à la torture qu’ils ont subi, aux produits infectes et à l’urine qu’ont été déversés sur certains d’entre eux ; était telle qu’il a été impossible de fermer les fenêtres du bureau de l’instruction.
Le rapport contient une liste, que la commission a reçue, des noms des détenus, y compris les 16 prévenus déférés au tribunal militaire et qui se trouvent à la prison de Salé.
La commission enregistre, qu’après avoir quitté la ville de Layoune, la campagne des arrestations, en relation avec les événements, continuait dans la ville.
Le rapport contient aussi un témoignage, de la section de l’AMDH, au sujet d'une liste de noms d’un certain nombre de personnes ayant déclaré avoir été détenues le jour des événements et libérées le 26 novembre, après avoir été considérés, par leurs familles, comme disparus. Ils ont également déclaré avoir été victimes de coups de feu tirés par les agents de la police.
3-La violence n’épargne pas les défenseurs des droits humains, les femmes aussi bien que les hommes
Les défenseurs des droits humains, femmes et hommes, n’ont pas échappé à la torture. En effet, la commission d’enquête a constaté, à Layoune, des traces apparentes de coups sur des parties du corps de Salka Layli, activiste de l’Association Sahraoui des Victimes des Violations Graves des Droits Humains Perpétrées par l’État Marocain. La commission a aussi fait le suivi de l’agression dont a été victime Brahim Al Ansari (membre de Human Right Watch au Maroc) par des coups de poing et de pied et des gifles par des agents de la police. De même que le foyer de la défenderesse Ghalia Jimmi (vice-présidente de l’Association Sahraoui des Victimes des Violations Graves des Droits Humains Perpétrées par l’État Marocain) a été envahi par « plus de dix personnes armés de pistolets mitrailleurs, et comment elle a été humiliée et ses enfants terrorisés ».
4-Violations des droits des femmes
La commission a enregistré un cas d’avortement lors du démantèlement du camp, ainsi qu’un cas de viol, de la part des agents de la police. La victime a présenté à la commission un témoignage filmé et a déposé une plainte auprès de l’Organisation qui a envoyé une correspondance, à ce sujet, au ministre de l’intérieur.
5- Violations des droits des enfants
La commission a consigné des témoignages qui illustrent l’exploitation, à outrance, des enfants pour provoquer désordre et troubles. Cette couche de la population a également objet de graves violations de ses droits, et victime de la violence de la part des forces publiques. Il y eu le constat du cas de l’enfant Ahmed Naji, âgé de 13 ans, scolarisé à l’École « Attaawone », qui a été détenu cinq (5) jours et privé de nourriture pendant trois (3) jours. Quant à l’enfant Mohammed Hafd Allah, âgé de 11 ans et son frère Mhamid Hafd Allah, âgé de 6 ans, et qui sont les enfants que montre le film, distribué par le ministère de l’intérieur, alors qu’ils étaient entrain de pleurer, dans les bras d’un agent de police, suite à la blessure de leur père: ces deux enfants ont marché à pied, pendant dix sept (17) heures pour atteindre la ville de Layoune. En outre, les incendies et le saccage que les établissements scolaires ont subis, constituent, également une violation du droit à l’éducation des élèves qui y sont inscrits.
6- Restrictions du droit d’accès à l’information
La commission d’enquête a assisté à l’interdiction faite à Ali Mrabet, journaliste et au représentant de l’organisation Human Right Watch, de monter dans l’avion à destination de Layoune le 12 novembre 2010. Par la suite, la commission a eu connaissance de l’interdiction ou des tracasseries dont ont été victimes certains journalistes ; de même qu’elle a eu des difficultés lors de sa visite du camp.
7- Atteinte et destruction des biens
De nombreux témoignages confirment la destruction et les atteintes aux biens, par les incendies et les sabotages qui ont affecté des établissements publics et privés, administrations publiques, magasins de commerce privés, foyers et mobiliers. Par ailleurs, tout le monde a constaté l’absence, presque totale, des forces de sécurité à Layoune, le matin du lundi 8 novembre.
IV- CONCLUSIONS :
Les conclusions de la commission d’enquête sont les suivantes :
1-L’État assume l’entière responsabilité du déclenchement du mouvement de protestation sociale, à travers l’établissement du camp de Akdim Izik ; et ce du fait des mauvaises politiques de gestion dans la région dans les différents domaines, d’une part ; et de l’échec de son plan de démantèlement du camp à cause des violations des droits humains que cet échec a entrainé, d’autre part.
2-La commission enregistre l’ambigüité au sujet du volte face des autorités. Position qui est passée de la satisfaction des revendications des protestataires à la décision de la dispersion du camp par la force ; en dépit de la satisfaction du camp suite à l’information relative à la réponse favorable aux revendications des protestataires. C’est ce qui exige de diligenter une enquête à ce sujet.
3-Lors du démantèlement du camp, les normes légales n’ont pas été respectées. En effet, les autorités publiques ont adopté l’approche sécuritaire, reposant sur l’usage de la force et de la violence pour disperser les protestataires. En plus des conditions de dispersion du sit-in, en termes d’horaire inadéquat, d’appel à la dispertion et du très court délai accordé aux protestataires pour quitter les lieux.
4-La violence exercée par les forces publiques, la réaction violente de la part de certains protestataires du camp ainsi que des manifestants dans la ville de Layoune, ont donné lieu à de graves violations des droits humains, dont l’atteinte au droit à la vie et à l’intégrité physique. De même qu’elles a entrainé la torture, le viol, la détention arbitraire, les punitions collectives, la destruction de biens publics, la violation des foyers, la spoliation des biens privés, la violence et la terreur à l’encontre des enfants et des personnes âgées….
5-Lors du démantèlement du camp, les autorités publiques n’ont pas tenu compte des catégories sociales vulnérables qui étaient présentes. En effet, elles n’ont pas pris de mesures spéciales pour l’évacuation massive des personnes âgées, des femmes, des enfants et des handicapés.
6-La commission a constaté le recours des autorités publiques à monter des populations contre d’autres, pour donner cours à une punition collective à l’encontre du reste des habitants dans certains quartiers. En effet, ces derniers ont subi des coups et des blessures et ils sont vus imposer à scander des slogans contraires à leurs convictions, les portes de leurs maisons ont été cassées et envahies et leur mobilier a été détruit. Cette nouvelle méthode, consistant à assiéger les personnes convaincus par l’idée de l’auto détermination, ne date pas d’aujourd’hui, car les autorités l’ont mise en œuvre par le passé.
7-La commission d’enquête, à travers de nombreux témoignages et déclarations, a appris que certains détenus, suite aux événements de Layoune, ont fait l’objet d’enlèvement, de dépassement du délai légal de la garde à vue, de la non notification de leur arrestation à leurs familles. Ils ont été torturés, soit dans les commissariats ou lors de leur transfert à la prison de Layoune. Par ailleurs, la justice n’a pas donné suite à la requête de procéder à l’expertise médicale de ces détenus. D’autres détenus (16 selon nos informations) ont été déférés au tribunal militaire, et jusqu’à présent on n’est pas informés es conditions de leurs arrestations. d’une part ; et nous ne savons pas si des arrestations ont eu lieu dans les rangs des participants aux manifestations du soir, impliqués dans les actes d’invasion des foyers, le pillage des biens et les violences à l’encontre de leurs habitants.
8-La connaissance des événements qui ont eu lieu à l’hôpital militaire, constitue un maillon essentiel pour déterminer l’ampleur et les conséquences de la violence exercée à l’encontre des personnes manifestants – aussi dans le camp que dans la ville de Layoune. C’est ce que la commission n’a pas été en mesure de constater du fait qu’elle n’a pas pu avoir accès à l’hôpital. De ce fait, le nombre des décès auquel la commission est parvenue, est celui qui a été annoncé officiellement.
9-Les autorités sécuritaires se sont soustraites à leur responsabilité de protection des biens de l’État et des citoyens, à travers leur absence, presque complète, de la ville de Layoune au cours de la matinée du lundi 8 novembre, et l’incitation au pillage et à la destruction des biens au cours de la soirée.
10- Après avoir terminé son travail de terrain, la commission a reçu un rapport de la section de Layoune. Rapport concernant la réception, par la section, de certains citoyens détenus le jour des évènements et relâchés le 26 novembre. Ces citoyens déclarent avoir reçu des tirs de coups de feu des pistolets d’agents de la police, et qu’ils vont être jugés, en situation de liberté provisoire; et c’est ce qui exige l’ouverture d’une enquête au sujet de ces déclarations, et sur les conditions de l’usage des armes à feu, si la preuve est établie.
V- RECOMMANDATIONS
1. L’ouverture d’une enquête pour déceler toute la vérité et établir les responsabilités des évènements que la région de Layoune a connus ; par la mise en œuvre de la justice et du principe de la non impunité de personnes dont la responsabilité serait établie- dans le cadre d’un procès équitable- aussi bien au sujet des causes directs que des facteurs indirects qui sont à l’origine de ces évènements, les violations des droits humains qu’ils ont entrainées. Et ce pour toutes les étapes et tous les faits, dont :
-La situation sociale qui a donné lieu à l’établissement du camp de Akdim Izik, le 10 octobre 2010, et les promesses précédentes non tenues par les autorités ;
-Le résultat de l’enquête sur les coups de feu ayant entrainé le décès de l’enfant Najem El Ghareh, et la blessure des ses accompagnateurs ;
-Les accusations portées contre le comité de dialogue, après de nombreuses réunions tenues avec lui, et le changement surprenant de l’attitude des autorités à son égard ;
-La décision du choix de l’heure où a eu lieu le démantèlement du camp, à l’aube du 8 novembre 2010, ainsi que le délai entre l’annonce de la décision et l’intervention des forces de l’ordre,
-La responsabilité du plan d’intervention et sa gestion, depuis le choix des membres des forces de l’ordre jusqu’au niveau de leur formation et la garantie de la sécurité des membres de la force publique ;
-La responsabilité du décès des membres des forces publiques, ainsi que la mutilation de cadavre et l’atteinte de son inviolabilité contenus dans les rapports officiels ;
-Les allégations de torture subie par les détenus et le cas de viol, mentionné dans le rapport, et à propos duquel l’AMDH a dressée une correspondance au ministre de l’intérieur.
2. L’ouverture d’une instruction judiciaire concernant ce qui a eu lieu dans l’hôpital militaire de Layoune, le jour des évènements. En effet, la commission a reçu des témoignages qu’elle n’a pas pu vérifier, au sujet du nombre et de l’ampleur de la violence et de la torture exercées pendant les évènements ainsi que leurs conséquences.
3. La nécessité de procéder à une enquête intègre et neutre au sujet du changement inopiné de la position des autorités, et sa décision de démanteler le camp par la force, alors que les données indiquent que tout le monde s’attendait à la mise en œuvre des résultats du dialogue.
4.Mettre un terme, définitivement, à toutes les formes de discrimination sur la base de la relation avec le pouvoir, les notables, les privilégiés et les partis hégémoniques, dans la région, , d’une part ; ainsi que la discrimination sur l’appartenance ou non à la région, d’autre part, discriminations exercée par les autorités et les élites dominantes. En fait, il faut respecter l’égalité des chances pour tous, dans les domaines de l’emploi, de l’habitat ou de la jouissance des potentialités et des richesses de la région.
5.La nécessité de mettre un terme aux pratiques des autorités, visant à semer la discorde entre les habitants, inciter à l’hostilité et encourager le tribalisme, l’agressivité et la violence dans la région. Pratiques pouvant avoir des conséquences très graves pour la sécurité de la région et l’intégrité de ses habitants. En conséquence, il faut mettre en œuvre l’article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui stipule que : « Tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence est interdit par la loi ».
6. Le respect des libertés publiques, par les autorités de la région, qui englobent la liberté d’organisation, de rassemblement, d’expression, de presse, de manifestation pacifique, y compris la liberté d’opinion et d’expression pacifique des différentes positions, présentes dans la région, au sujet du conflit du sahara (Sahara Occidental, ancienne colonie espagnole envahie par le Maroc en 1975, ndds).
7. Donner à toutes les associations des droits humains et à toutes les organisations de la société civile, sans discrimination aucune, l’occasion de travailler dans la région, jeter des passerelles de communication avec ces associations et être à leur écoute. Et permettre aux différents partis politiques de contribuer à l’encadrement et à la formation politique sans pressions ou restrictions, et offrir toutes les possibilités de canalisation des différentes protestations des habitants de manière à garantir le droit à la participation, condition fondamentale de la démocratie, et établir un dialogue avec leurs représentants, avant l’aggravation de la situation.
8. Offrir à toutes les composantes des médias nationaux et internationaux, et à tous les observateurs le droit d’accès à l’information et à toutes les données de recherche et d’investigation relatives aux évènements de la région, leurs causes et conséquences, pour participer à informer et à éclairer l’opinion publique nationale et internationale et de révéler la vérité, dans le respect totale de la déontologie de la profession de journalisme.
9. Dispenser aux agents de l’État chargés de l’application des lois une formation sur les droits humains, et leur garantir le droit à une vie digne, d’autant plus que les conditions de pauvreté et de déni de la dignité des agents chargés de la sécurité, qui sont en relation directe avec les citoyens, suscite la haine, l’hostilité et les pratiques violentes de vengeance.
10. Offrir les conditions d’un procès équitable à tous les détenus, y compris ceux qui ont été déférés au tribunal militaire ; en sachant que le fait de déférer des civils au tribunal militaire constitue, en soi, une violation des normes du procès équitable.
11.Réparer les préjudices individuels et collectifs engendrés par les événements, en commençant par réparer les préjudices des ayants droit des familles des victimes, indemniser les habitants de la région pour toutes les pertes qu’ils ont subi au cours des évènements du camp ou de Layoune, qu’il s’agisse des biens détruits ou incendiés au camp ou dans la ville de Layoune le lundi matin, les diverses marchandises perdues lors du pillage des magasins le soir du lundi 8 novembre ainsi que les meubles volés au cours de l’invasion des maisons au cours de la même période. Et Finalement toutes les personnes qui ont été victimes d’incendies, destructions ou dévastations, en général, au cours des événements.
12. L’État doit mettre à exécution ses engagements, relatifs au dossier des graves violations du passé, révéler toute la vérité au sujet des dossiers des disparus sahraouis, communiquer avec les victimes et leurs familles et libérer tous les prisonniers politiques sahraouis, y compris les trois qui restent du groupe Tamek.
13. L’État marocain doit respecter ses engagements relatifs à l’application de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, qu’il a ratifiée depuis 1993, la ratification du Protocole facultatif se rapportant à cette convention pour doter la société d’un mécanisme national de prévention de la torture, ainsi que la ratification de la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.
4. L’AMDH, rappelle sa revendication, aux côtés de nombreuses organisations internationales de défense des droits humains, relative à la mise en place d’un mécanisme international de contrôle des droits humains dans la région.
15. La nécessité de trouver une solution démocratique au conflit du sahara. Solution susceptible d’éviter davantage de violations des droits dans la région, permettant la réalisation de l’unité des peuples maghrébins, l’édification de la démocratie et le décollage du développement économique et sociale de la région. En effet, les protestations sociales et les violations des droits humains qui les accompagnent, dans de nombreux cas, et la persistance des situations de tension et d’affrontement entre les citoyens et le pouvoir sont alimentés par les conditions engendrés par le conflit autour du sahara qui continu, et qui n’a que trop duré.
16. L’Association Marocaine des Droits Humains lance un appel à la commission parlementaire d’enquête sur les évènements de Layoune, à ne pas répéter les expériences des commissions parlementaires d’enquête précédentes qui se sont arrêtées à des demi vérités. Les autres impliqués dans les violations que ces commissions ont enregistrées jouissent de l’impunité totale (commission des évènements de Fès en 1990, commission de Sidi Ifni, commission d’enquête sur les détournements des fonds publics…).

La vie dans les campements sahraouis racontée par Jean François Debargue

Journal d’un camp sahraoui : 
le cri des pierres
Par Jean-François Debargue , 28/12/2010
De mes notes prises chaque jour est né peu à peu un journal lors de mes retours à Alger », explique Jean-François en rappelant une histoire que beaucoup ignorent ou veulent ne plus entendre.
« Lorsqu’en 1991 le Front Polisario signe, après 16 ans de guerre, le cessez-le-feu permettant à la mission mandatée par l’ONU, la Minurso, d’organiser un référendum d’autodétermination au Sahara occidental, personne n’imagine que, près de 20 ans plus tard, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) sera encore une république en exil, celle du peuple sahraoui réfugié en plein désert algérien dans ces camps de l’oubli.
Pourquoi rien ne bouge au Sahara occidental, dernière colonie d’Afrique, depuis plus de 3 décennies ? Pourquoi continue-t-on à faire de l’aide d’urgence ou à mettre en place éducation et formations qualifiantes pour un avenir hypothéqué par le gel du processus de la décolonisation ? Qu'avons-nous de moins que les espèces animales et végétales que vous protégez ?” me demandait une amie sahraouie.
Humanitaire, je fais partie de ceux qui entendent ou se posent ces questions et doivent les relayer à qui de droit. J’ai choisi de le faire, avec les armes émoussées de la parole et de l’écriture. Transmettre, c’est aussi vouloir être contagieux de soi-même. Vivant depuis 2 ans dans mes familles d’accueil, j’ai voulu témoigner de la vie quotidienne par le récit, par les portraits esquissés, par la poésie, de cette réalité oubliée ou ignorée depuis 35 années.
Ce « Cri des pierres », puisque les hommes font preuve d’un silence assourdissant, est entre vos mains aujourd’hui. 
Jean-François Debargue
Berger puis éleveur d’ovins et technicien agricole, Jean-François Debargue, père de 4 garçons, a choisi de quitter sa ferme du pays d’Auge pour coordonner 2 projets en tant que volontaire bénévole dans un camp de réfugiés sahraouis, en plein désert saharien. Secrétaire général de la Caritas Algérie, il y vit depuis fin 2007
jeanfdebargue@gmail.com
Commande :
Journal d’un camp sahraoui : le cri des pierres
24 € (+ 5€ de port) l'unité
source : • Pentecôte sur le monde n° 855 janvier-février 2011
Dernier mail de Jean-François (28/12/2010)
1ers exemplaires du Journal d'un camp sahraoui : Le cri des pierres  en main. J'ai été à Paris hier aux éditions Karthala. Anecdote, pendant que je discutais avec le directeur une personne est venue acheter 2 exemplaires pour...l'ambassade du Maroc!
 Pour les ONG, associations, les éditions Karthala font à partir d'une dizaine de livres achetés une remise de 33% sur le prix public (24€), ce qui met l'exemplaire à 16, 08€.
Voici les coordonnées:
Karthala, éditions Diffusion
22-24 Boulevard Arago 75013 Paris
Tel: 0143311559
Fax: 0145352705
internet: http//www.karthala.com
 Merci de faire circuler,
amicalement Jean-françois

lundi 27 décembre 2010

Maroc : Situation révoltante dans les bidonvilles : Pas de répit pour la résistance !

 La libération des détenus de Brahma Lhafra est incontournable
Par Ali Fkir, coordinateur du comité pour la libération des prisonniers., 23/12/2010
Malgré la pluie torrentielle qui s'abat sur Mohammedia depuis le mercredi matin, malgré les intimidations des agents du ministère de l'intérieur (caïds, chioukhs, moukdmines...), des dizaines de citoyen-nes ont répondu présent-es à l'appel du "comité de défense et de l'action pour la libération des détenus et de la solidarité avec les victimes des intempéries et de l'exclusion" , bravant ainsi tous les obstacles pour assister au meeting organisé devant le local de la section de l'AMDH (Mohammedia) le mercredi 22 décembre 2010 à 18h.
Le sit in a pris fin avec les allocutions de la présidente de la section locale de l'AMDH, Aziza Mgani et du coordinateur du Comité, Ali Fkir.
Le comité a organisé le même jour une rencontre directe entre les journalistes, les familles des détenus, des citoyens de certains bidonvilles et des paysans pauvres venus de la campagne.
La rencontre était émouvante: les victimes de l'exclusion , les familles des victimes de l'arbitraire ont décrit à l'assistance les conditions intolérables où ils/elles vivent, la démission de l'Etat, la disparition des "élus"...
Des membres de la famille (13 membres) Sefri ont, larmes aux yeux, parlé de la condamnation de M'barka et son frère Moussa à deux mois de prison ferme (le mardi 21 décembre 2010) pour "avoir refusé d'abandonner" les baraques qu'elle occupe depuis 1958 dans un terrain vague. Ces 3 ménages n'ont aucun revenu fixe. C'est scandaleux de vouloir jeter à la rue des victimes de l'exclusion et de la "marginalisation". C'EST SCANDALEUX!
Les larmes ont coulé à flots lorsque les présent-es ont appris le drame de Saâdia:
- Saâdia est l'épouse de Ahmed Sahel l'un des 6 représentants du douar Brahma Lhafra détenus arbitrairement depuis le mercredi 1 décembre 2010.
Saadia avec ses enfants le 5 décembre
- Saâdia est mère de 4 enfants
- A l'arrestation de son époux (le 01/12/2010), Saâdia était enceinte de 9 mois
- Malgré son état, Saâdia n'a pas bénéficié d'aucune attention/aide des services publics
- Le jeudi 16/12/2010, Saâdia accouche dans des conditions lamentables
- Son état et surtout l'état de son bébé s'étaient détériorés. Il n'y a pas de lait pour le bébé. Ni lait maternel, ni l'argent pour s'approvisionner ailleurs.
- Le samedi 18/22/2010, elle collecte un peu d'argent pour PAYER l'ambulance qui allait les transporter, elle et son bébé, vers la pédiatrie à Casablanca.
- Le bébé n'a pas pu résister à l'enfer terrestre. Il quitta ce monde abandonnant (malgré lui) sa maman dans le désarroi le plus révoltant, son papa dans la sinistre prison de Oukacha, emprisonné arbitrairement.
C'est clair et net, la responsabilité incombe entièrement aux autorités locales qui étaient au courant de l'état de Saâdia depuis l'arrestation de son époux et n'ont rien fait. C'EST RÉVOLTANT
 
Au cours de la rencontre avec la presse
 La petite Amzouri (entre deux habitantes de Brahma  dont les maris se trouvent en prison) n'a pas pu terminer son intervention: j'ai tout perdu, mon père en prison, maman souffre, je suis perturbée dans ma scolarité....C'EST LA DESCENTE AUX ENFERS D'UNE INNOCENTE.
   Chut ! pas d'humanisme! L'ORDRE! LA SECURITE! RIEN D'AUTRE.
 LES PAUVRES, LES RICHES, c'est une affaire de Dieu. L'Etat doit veiller à ce que les choses restent ce qu'elles sont. C'est la quintessence de la philosophie makhzanienne.
"Et gare à la revanche, quand les pauvres s'y mettront...!"

 

ISRAËL. QUAND LES OFFICIERS BRISENT LE SILENCE

Par Catherine Schwaab,  Paris Match, 27/12/2010
Israël. quand les officiers brisent le silence
Des Palestiniens au check point. Après leur service militaire, les membres de l’armée israélienne en ressortent souvent honteux, cassés par ce qu’ils ont fait : harcèlements inutiles, interdictions incompréhensibles, sans parler des brutalités. | Photo Quique Kierszenbaum

Ex combattants de Tsahal, ils refusent maintenant de se taire et parlent
Des officiers israéliens parlent. La polémique Israël. L’armée ne fait jamais son autocritique “Nous avons créé un monstre: l'occupation”

Ils ont la trentaine, ont tous été combattants de Tsahal, la plupart sont officiers, beaucoup sont traumatisés. Dans « Breaking the Silence », un livre événement à paraître en janvier, ils racontent leur intolérable comportement dans les territoires occupés et à Gaza. Une bombe. En exclusivité dans Match.

C’est une génération qui dit non, lassée de l’impérative règle du silence qui prévaut dans l’armée. Taraudé par la culpabilité comme des centaines de ses camarades, l’ex-sergent Yehuda Shaul a créé l’association Breaking the Silence, pour informer et trouver des solutions.

« Nous avons créé un monstre : l’occupation »

Yehuda Shaul, 28 ans, ex-officier de l'armée israélienne, est l'auteur de «Breaking the Silence», un livre événement à paraître en janvier où les combattants de Tsahal racontent leur intolérable comportement dans les territoires occupés à Gaza. Un entretien exclusif pour Paris Match. Interview Catherine Schwaab

Ex combattants de Tsahal, ils refusent maintenant de se taire et parlent

Micha, Dana, Noam et Mikhael ont combattu pour Tsahal. C'est la première fois que des officiers israéliens manifestent à visage découvert leur contestation à propos des exactions infligées dans la bande de Gaza, entre 2000 et 2009.

Des officiers israéliens parlent. La polémique

Fallait il publier les témoignages des officiers israéliens sur l’Occupation des territoires ? Cette semaine, Paris Match publie en Document des extraits d’un livre à sortir en janvier : 200 témoignages accablants de cadres de Tsahal révélant les exactions, les actes illégaux et contraires aux droits de l’homme perpétrés dans les territoires occupés par l’armée israélienne.Catherine Schwaab explique pourquoi il fallait publier ce livre. En revanche, la philosophe et écrivain Eliette Abecassis voit un danger dans la publication de ces témoignages, celui de donner « une raison supplémentaire de haïr, à travers les Israéliens, les juifs, et à travers les juifs, les Israéliens ».
(...)

La jeunesse communiste chilienne dénonce la "la désinformation" par le Maroc de sa position sur le Sahara occidental

Par SPS,  26/12/ 2010
La MAP fait encore des siennes

Santiago du Chili, 25/12/2010 (SPS) Le secrétaire général de la Jeunesse communiste du Chili, Oscar Contreras Aroca a dénoncé la "manipulation et la désinformation" par l'agence officielle marocaine (MAP) de la position de son organisation sur le conflit du Sahara occidental.
M. Aroca a démenti catégoriquement les propos de la MAP rapporté dimanche dernier, selon lesquels, il a souligné que "l'approche adoptée par le Maroc, à travers son plan d'autonomie des provinces du sud, constitue un pas en avant vers le règlement de la question du Sahara", en marge du 17ème festival mondial de la jeunesse et des étudiants (FMJE).

Il a à cet égard qualifié ce geste "de grave violation du droit à l'information, contraire à la position de la Jeunesse communiste du Chili du conflit du Sahara occidental".
"J'ai dit clairement que la seule voie vers la solution devant garantir la paix dans la région, passe par l’autodétermination du peuple sahraoui", a souligné M. Aroca dans une déclaration publique. (SPS)

Corruption : La remise du prix de l’intégrité à El Khiyari encore interdite

La cérémonie de remise du Prix de l’intégrité attribué par Transparency Maroc au président de l’association Rif des droits de l’Homme a subi le couperet de l’interdiction pour la troisième fois.
Rachid Filali : «En agissant de la sorte, les autorités marocaines ont visiblement voulu donner plus d’importance au Prix de l’intégrité attribué cette année à Chakib El Khiyari !»
Jamais deux sans trois. La cérémonie de remise du Prix de l’intégrité attribué par Transparency Maroc au président de l’association Rif des droits de l’Homme a subi le couperet de l’interdiction pour la troisième fois. Un record en l’espace de 12 jours. Décidément, Chakib El Khiyari n’a pas la cote auprès des autorités marocaines. Et elles semblent tenir à le faire savoir publiquement. Retour en arrière sur une interdiction annoncée depuis le 9 décembre. «La première fois, lorsque les responsables de Bibliothèque nationale nous ont fait savoir que celle-ci ne pourrait abriter une telle cérémonie pour cause d’agenda, la deuxième, quand la direction d’un hôtel à Rabat a demandé l’autorisation des services de la wilaya, lesquels ont bien entendu refusé de donner leurs accord, et la troisième fois, lorsque les mêmes services ont interdit la tenue de la cérémonie dans les locaux de notre association», nous résume Rachid Filali Meknassi.
Commentant cette série d’interdictions, le président de Transparency Maroc souligne que «c’est inadmissible. C’est une décision illégale et c’est une violation de la loi». D’un ton moqueur, Filali déclare qu’«en agissant de la sorte, les autorités marocaines ont visiblement voulu donner plus d’importance au Prix de l’intégrité, attribué cette année à Chakib El Khiyari». Justement, la cause de toutes ces interdictions ne réside-t-elle pas en la personne d’El Khiyari, lui-même ?
«C’est une probabilité. C’est une supposition», déclare non sans réserve Rachid Filali Meknassi. «Je ne sais pas si cette cérémonie dérange une quelconque partie. Mais si c’était le cas, qu’elle l’assume», conclut-il.
L’ONG Transparency Maroc, reconnue d’utilité publique, a attribué, le 9 décembre, à Chakib El Khiyari le Prix de l’intégrité. Le président de l’association Rif des droits de l’Homme est condamné à trois ans de prison pour avoir porté «atteinte à l’image des autorités nationales publiques et judiciaires». Le conseil national de Transparency Maroc devait se réunir mardi dans la soirée pour débattre de ces interdictions et prendre une décision.
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Maroc: les autorités "interdisent" une réunion de Transparency
Maroc: les autorités "interdisent" une réunion de Transparency
Par AFP le 21 Décembre 2010
Rabat - Les autorités marocaines ont interdit une cérémonie de remise d'un prix par l'ONG Transparency-Maroc (TM) à deux militants des droits de l'Homme, a indiqué mardi à l'AFP l'un de ses dirigeants.
 Confirmation en appel de la condamnation de Chakib Khiyari
"La police est intervenue lundi soir dans les locaux de TM à Rabat pour nous signifier que la remise du prix de l'intégrité, qui devait se dérouler dans les locaux de notre ONG, était interdite", a déclaré Sion Assidon, membre du conseil national de Transparency-Maroc.
Cette cérémonie devait se dérouler au siège de TM à Rabat et distinguer le militant associatif Chakib Khiyari et l'avocat de gauche Abderrahim Berrada.
Khiyari a été condamné en février 2009 à trois ans de prison ferme après avoir été accusé de "perception de sommes d'argent de parties étrangères (pour) discréditer les efforts déployés par les autorités marocaines dans la lutte contre le trafic de drogue".
Contacté par l'AFP, un responsable des autorités locales de Rabat a déclaré que "TM devait faire la déclaration 48 heures avant la réunion, qui est une réunion publique".
Selon Assidon, "il s'agit d'une réunion privée, dans un lieu privé. Elle n'est donc soumise à aucune autorisation préalable. Le Maroc vit une régression dangereuse".
Le prix de l'intégrité devait être remis dans un premier temps aux deux militants le 9 décembre mais elle avait été interdite par "l'administration de la bibliothèque nationale de Rabat", où elle devait initialement se dérouler, a précisé Assidon.

dimanche 26 décembre 2010

Tunisie: l'intifada s'étend. Après Sidi Bouzid, Menzel Bouzayane تونس : انتشار الانتفاضة. بعد سيدي بوزيد ، منزل بوزيان

Tunisie: un mort et des blessés dans des affrontements à Menzel Bouzayane

par  Kaouther LARBI (AFP), 24/12/2010

TUNIS — De violents affrontements ont opposé vendredi des manifestants et la police dans la région de Sidi Bouzid (centre-ouest tunisien) faisant un tué et des blessés, a-t-on appris de sources officielle et syndicale.

Le ministère de l'Intérieur a fait état d'un mort et deux blessés parmi les "assaillants" et de plusieurs blessés parmi les agents de sécurité, dont deux sont dans le coma.

Selon une source syndicale contactée par l'AFP, les affrontements qui se sont produits à Menzel Bouzayane, une localité à 60 km de Sidi Bouzid, en proie à des troubles sociaux depuis plusieurs jours, ont fait un mort et dix blessés. Mohamed Fadhel, syndicaliste de l'enseignement secondaire a affirmé que le manifestant décédé, Mohamed Ammari, 18 ans, a été touché à la poitrine.

Plus de deux milles habitants de Menzel Bouzayane (280 km au sud de Tunis) ont participé à cette manifestation, décrite comme "très violente" par M. Fadhel.

Dans un communiqué diffusé par l'agence gouvernementale TAP, le ministère de l'Intérieur affirme que "des groupes d'individus ont incendié la locomotive d'un train et mis le feu à trois véhicules de la garde nationale, avant d'attaquer le poste de la garde nationale de la ville".

Après avoir essayé de les dissuader, des agents de la garde nationale ont été amenés "à recourir aux armes dans le cadre de la légitime défense", selon la même source.

M. Fadhel a indiqué que des renforts de police dépêchés de Sidi Bouzid, ont encerclé la ville de Menzel Bouzayane en en interdisant les accès ajoutant que les forces de l'ordre ont procédé à une vague d'arrestation.

La région de Sidi Bouzid est en proie à des troubles sociaux à la suite d'une tentative de suicide d'un Tunisien de 26 ans, diplômé de l'université.

Le 17 décembre, Mohammed Bouazizi, vendeur ambulant de fruits et légumes, s'est fait confisquer sa marchandise par la police municipale, n'ayant pas les autorisations nécessaires.

Désespéré, le jeune homme s'était aspergé d'essence pour s'immoler par le feu. Grièvement brûlé, il a été transféré dans un centre médical près de Tunis.

Ce premier incident a provoqué des protestations qui ont dégénéré en affrontements entre la police et des habitants.

Le pouvoir avait affirmé que ces heurts n'étaient qu'un "incident isolé" et dénoncé leur exploitation à des fins politiques "malsaines" par l'opposition.

Le 22 décembre, un jeune Tunisien de Sidi Bouzid, s'était électrocuté au contact de câbles de haute tension après avoir escaladé un poteau électrique en criant qu'il ne voulait "plus de misère, plus de chômage", selon Ali Zari, un dirigeant syndicaliste.

Le ministre de Développement, Mohamed Nouri Jouini s'est déplacé jeudi à Sidi Bouzid, pour annoncer des mesures présidentielles pour la création d'emplois et le lancement de projets d'un montant de 15 millions de dinars (1 dinar= 0,52 euro).

Lors d'une conférence de presse, le Parti démocratique progressiste (opposition légale) a appelé vendredi à mettre fin à la compagne d'arrestation et à l'ouverture d'un dialogue avec les composantes de la société civile et les jeunes chômeurs.
En solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid, des militants de droits de l’homme, des syndicalistes et des étudiants se sont rassemblés, samedi25 décembre, place Mohamed Ali à Tunis. Voici quelques vidéos prises par Azyz Ammami lors de ce rassemblement.
Au même moment, une manifestation de solidarité avait lieu à Paris. Vidéo de nawaat.org.
Commentaires
Tunisie/Sidi Bouzid, non à un développement à deux vitesses
par HJ, GlobalNet, 20/12/2010

La région de Sidi Bouzid a vécu le week-end dernier quelques remous, au lendemain de la tentative de suicide d’un jeune commerçant ambulant, diplômé de l’université, rapportent les agences de presse internationales.

Rongé par le désespoir, le jeune homme, âgé d'une vingtaine d'années, a tenté de s'immoler par le feu après s'être aspergé d'essence devant le siège du gouvernorat. Atteint de brûlures graves, il a été transporté à l'hôpital où il est "entre la vie et la mort". Un drame qui a mis cette ville du Centre-ouest de la Tunisie, à 265km de Tunis, dans l’émoi, et provoqué la colère de ses habitants, à en croire l'AP et Reuters.

Ce drame social regrettable pose encore une fois la problématique du développement régional en Tunisie, voire du modèle de développement dans son ensemble adopté depuis des décennies dans notre pays, qui a longtemps favorisé la capitale et les villes côtières aux dépens des régions de l’intérieur. Puisque, les efforts qui y sont consentis n’ont pas encore produit des résultats escomptés, et ces régions, notamment celles du Centre-ouest, sont encore dépourvues d’un tissu économique digne de ce nom, et souffrent d’un fort taux de chômage, dépassant de loin le taux national qui est aux alentours de 13.3%.

De nombreuses études menées, pour le compte du gouvernement, montrent le hiatus qui  ne cesse de se creuser entre les différentes régions de la Tunisie. La majeure partie des investissements et des projets est concentrée à Tunis et sur le littoral, là où il y a toutes les commodités et l’infrastructure de base, aux dépens des villes de l’intérieur dont les besoins en termes de développement socio-économique restent, grosso modo,  insatisfaits.

La décentralisation des universités, en ce sens que la majorité des régions sont d’ores et déjà dotées d’un établissement d’enseignement supérieur, n’a pas été accompagnée par une décentralisation au niveau des capitaux, et des projets.

Le Centre-ouest, dont Sidi Bouzid, qui reste le plus grand pourvoyeur de migrants pour le pays, est en train de se vider de ses jeunes, voire de ses forces vives qui préfèrent mettre le cap sur d’autres régions, du Centre-est notamment,  où ils estiment avoir plus de chances de trouver un  emploi et de construire un avenir, sans plus jamais revenir. Cette région connait un solde migratoire négatif de -36.9%, à en croire la dernière enquête de l’INS sur la population et l’habitat. Au cours du quinquennat 2004-2009, 45.2 mille personnes ont quitté le Centre-ouest, contre 8.3 mille qui s’y sont installées.

Éminemment agricole, la région demeure confrontée à un taux de chômage important, et ses jeunes ont toutes les peines du monde à intégrer  la vie active. Comment éviter que ces jeunes ne sombrent dans la désespérance. Et bien, il faut impérativement leur mettre le pied à l’étrier, et les doter des attributs d’une vie décente, génératrice d’équilibre et de paix sociale.

Il est temps de revoir en profondeur notre modèle de développement et le découpage administratif du pays, comme le préconisent instamment de nombreux économistes, au vu des disparités régionales qui vont grandissantes. Sidi Bouzid est une région agricole et d’élevage, un atout qui reste à préserver et à développer, selon une stratégie agricole viable à même de contribuer à la sécurité alimentaire de la région, et du pays. Mais, elle ne peut pas continuer à vivre de la seule agriculture. Il faut qu’elle soit dotée d’un tissu économique incluant les secteurs industriel et tertiaire. Il serait ainsi opportun d’y développer des unités d’industrie agro-alimentaires, ou autres usines qui soient adaptées à sa vocation et son positionnement géographique.

On entend toujours dire dans le discours officiel, que des réseaux routiers et autoroutiers seront érigés dans les coins et recoins de la Tunisie, pour désenclaver les régions de l’Intérieur, dont celles du Centre-Ouest, et les arrimer à la locomotive de développement intégral. Sauf que ces régions ont des préoccupations immédiates qui méritent des réponses urgentes. Il ne s’agit pas de planifier des projets à l’horizon de 2030 ou 2050. Les jeunes de Sid Bouzid, et d’autres régions de la Tunisie, ont à cœur de construire leur avenir dès aujourd’hui. Ils souhaitent gagner leur vie, fonder un foyer, avoir un rôle actif dans la société, contribuer et  profiter du développement de leur région. Ils en ont assez d'être en quelque sorte des laissés-pour-compte.

Un changement du calendrier et des priorités de développement s’impose. On a bien introduit les plans de développement dits mobiles (ou glissants) pour réadapter le processus de développement aux mutations nationales et internationales. Qu’une partie de ces fonds soit débloquée en faveur de ces régions en mal d’essor. Nos compatriotes de l’Intérieur ne demandent pas la lune, ils ont juste besoin d’avoir des raisons de garder espoir, de rester chez eux, et de vivre en toute tranquillité.

L’Etat doit assumer son entière responsabilité. Il doit doter ces régions des commodités nécessaires et y créer une plateforme propice afin qu’elles puissent polariser les investissements, et être un vivier de production et de création de richesses. C’est seulement ainsi que le secteur privé daignera  tourner son regard vers l'arrière-pays pour y lancer des projets et créer des emplois.

La Tunisie est un petit pays d’à peine 164 mille km2, et d’un peu plus de dix millions d’habitants. Tout Tunisien est en droit d’aspirer à une vie digne, et d’exiger un partage équitable des fruits de la croissance. 



Bonus détente
"Le chômage n’est pas un problème politique"...!!!
En prime, nous vous offrons l'inimitable éditorial du quotidien "indépendant" Le Temps de Tunis, qui se passe de tout commentaire.

Revendications de jeunes…

 Raouf KHALSI - raoufkhalsi@letemps.com.tn - Il est difficile aujourd’hui d’être jeune. C’est le problème du millénaire. De surcroît le combat contre le chômage est le défi majeur du millénaire. On voit partout, même dans les pays les plus riches, ces images de précarité, ces expressions de désespoir, qu’amplifie d’ailleurs un certain questionnement existentiel.

Que des jeunes manifestent à Sidi Bouzid pour crier leur rage face à des horizons qui ne s’éclaircissent pas à leurs yeux, cela s’inscrit dans l’ordre normal des choses.

Et quelque part, c’est également  le signe d’une société dynamique, même si ces manifestations de mécontentement ne doivent pas déborder de leur cadre et ne doivent surtout pas être instrumentalisées. Il ne s’agit guère de problème politique. Car le chômage n’est pas un problème politique, mais un problème social et économique. Chercher à le détourner de ces normes basiques, c’est déjà  le dénuer de sa substance. Et, surtout, ce serait lui voler sa légitimité  revendicative.

Soixante dix mille postes à créer chaque année : l’Etat s’y attèle (sic). Tout les programmes, le plan quinquennal et, surtout, toute la dimension du programme  présidentiel ont pour point de départ et point d’arrivée cet objectif titanesque, et pour valeur cardinale l’exclusive adéquation  entre le social et l’économique.

Sans doute, peut être, le progrès intégral n’est-il pas encore réalisé  car le Changement a hérité de disparités régionales très  marquées, par ailleurs accentuées par un certain centralisme étatique des temps de l’ancien régime. Mais ce qui est sûr, c’est que le développement régional est incontournable et qu’il lui faudra du temps pour réaliser  le rééquilibrage. Pour cela, il faudra que nous nous sentions tous concernés par les aspirations des jeunes. Le secteur public doit être plus transparent et le privé doit inspirer plus de confiance. En tous les cas, il faut bien écouter ces jeunes. Les écouter c’est déjà instaurer le dialogue et leur faire éviter les dérives et l’instrumentalisation politicienne. Les jeunes sont en effet la solution et non le problème. Et le premier à le dire c’est bien Ben Ali.
Source : http://www.letemps.com.tn/article.php?ID_art=51285

vendredi 24 décembre 2010

En Sardaigne, un "reality show" ouvrier dans l'Alcatraz italien

“100 jours sur I’ île des 'caissintégrés'”, histoires collectives de résistance des précarisés
Les ouvriers de l'entreprise Vinyls (ancienne Enichem, de Porto Torres), en Sardaigne, ont été mis au chômage. Ils se sont enfermés depuis 300 jours dans l'ancienne prison de haute sécurité de l'Asinara, pour parodier
le célèbre reality show de la télé, “L’isola dei famosi” (L'île des célèbres). Un livre sur les 100 premiers jours  de cette lutte originale vient de paraître. Compte-rendu à lire ici
 

Pour comprendre la crise et y répondre : un texte de Karl Heinz Roth

La crise mondiale : son déroulement jusqu’ici, comment elle semble évoluer et les perceptions et possibilités d’action de la base
par Karl Heinz Roth
Version écrite d’une conférence faite entre mi-septembre et la fin novembre 2009 dans plusieurs villes de langue allemande. Les points forts variaient avec la composition sociale de l’auditoire. Cette version présente en quelque sorte un aperçu de ces diverses variantes.
 
Il y a plus de deux ans - en août 2007- la crise économique que traverse le monde a atteint un premier sommet avec l’effondrement des marchés financiers. Mais c’est seulement dans la première quinzaine de septembre 2008, lorsque les deux premières banques hypothécaires des USA, la première compagnie mondiale d’assurances et deux banques d’investissement de première grandeur se sont à leur tour effondrées que nombre de gens se sont avisés que cette évolution pouvait avoir des conséquences directes sur leur situation sociale et professionnelle. Au cours de ces quelques semaines c’est tout le système capitaliste mondial qui é été ébranlé. Aujourd’hui cette crise domine et angoisse le monde entier. On redécouvre que les cycles et crises de l’accumulation du capital déterminent la vie sociale. Et l’on débat avec de plus en plus de virulence pour savoir qui paiera la casse sociale et les énormes dépenses engagées par les budgets publics pour les « paquets de sauvetage » et programmes de relance par l’incitation fiscale lancés durant la première phase de la crise.
 Face à cette situation j’ai, à la fin de l’été dernier, remis à plus tard mes projets en cours. J’ai commencé à documenter le déroulement actuel de la crise, recherché ses causes profondes et l’ai comparée aux précédentes crises mondiales du capitalisme industriel. Je présenterai les résultats de ces recherches dans le premier point fort de cet article, pour fixer son cadre d’analyse[1]. Mais je ne m’arrêterai pas là. Dans la deuxième partie je tirerai un bilan des développements  de ces derniers mois et m’attacherai à la question qui nous brûle la langue à tous : comment cette crise va-t-elle évoluer - peut-on envisager une amélioration ou même une reprise économique rapide ou devons-nous nous préparer à une dépression prolongée ? Ensuite (troisième partie) je tenterai d’éclairer un peu  comment les gens d’en bas vivent la crise. Enfin, dans la quatrième et dernière partie, je proposerai à la discussion quelques hypothèses de possibilités d’actions visant à une alternative.



Joyeux Noël et …

…une bonne et leakeuse année !



Attrapez-le! Il essaye de faire le mur !
Banksy


Beto Cartuns
Marian Kamenský
Ismail Dogan

"J'en ai eu marre de Noël". Signé: Le Père Noël. Ludus

Tunisie: Soulèvement à Sidi Bouzid après l'immolation par le feu d'un jeune chômeur diplômé فيديو: سيدي بوزيد، مسيرة ضخمة وتجمع إحتجاجي لليوم الثاني على التوالي

Des centaines d'habitants de Sidi Bouzid (210 km au sud-ouest de Tunis) ont manifesté le samedi 18 décembre devant le siège du gouvernorat, pour manifester leur colère et leur solidarité avec le jeune chômeur Mohamed Bouazizi, diplômé de l'Institut supérieur d'informatique de Mahdia, qui s'était immolé par le feu au même endroit la veille, pour protester contre confiscation par les autorités de son stand de vente de fruits et légumes. Les manifestants ont traversé la ville en scandant de nombreux slogans. On ignore si Mohamed est mort ou vivant, mais sa famille dit qu'on lui a refusé de le voir. 4 policiers ont été suspendus suite à cette affaire. Alors que les manifestations continuaient dimanche, des centaines de policiers ont été envoyés en renfort à Sidi Bouzid.
L e dernier message de Mohamed Bouazizi sur le mur de sa page Facebook:
Je m'en vais maman, pardonne-moi, les reproches sont inutiles, je suis perdu sur un chemin que je ne contrôle pas, pardonne-moi, si je t’ai désobéi, adresse tes reproches à notre époque, pas à moi, je m'en vais et mon départ est sans retour, j’en ai marre de pleurer sans larmes, les reproches sont inutiles dans cette époque cruelle, sur cette terre des hommes, je suis fatigué et je ne retiens rien du passé, je m'en vais en me demandant si mon départ m’aidera à oublier.
تجمع صباح اليوم السبت 18 ديسمبر 2010 مئات المواطنين امام مقر ولاية سيدي بوزيد تعبيرا عن غضبهم وتضامنهم مع محمد البوعزيزي الشاب العاطل عن العمل الذي اضرم النار في جسده يوم امس امام مقر الولاية وقد جاب المواطنون بعض شوارع المدينة رافعين عدة شعارات احتجاجية علما ان اخر المعطيات الواردة عن الحالة الصحية للشاب محمد البوعزيزي غامضة جدا وحسب معلومات متدولة بين الاهالي فان عائلة الشاب منعت من زيارته ليلة البارحة في مستشفى صفاقس وبعضهم يروج ان بعض افراد العائلة تعرض للاعتداء عند تمسكه بالدخول الى غرفة المريض وهو ما يؤكد فرضية وفاته كما يتداول الاهالي خبر ايقاف 4 من اعوان الشرطة البلدية في سيدي بوزيد على خلفية هذا الحادث للتحقيق معهم

وسنعمل على مد الراي العام بكل المعطيات الجديدة حال توفرها علما ان الاعتصام متواصل الى حد الساعة منتصف النهار

نقابي – سيدي بوزيد
آخر كلمات كتبها محمد بوعزيزي على حائطه في الفيسبوك قبل اقدامه على محاولة الإنتحار بحرق نفسه أمام مقر ولاية سيدي بوزيد
مسافر يا أمي، سامحني، ما يفيد ملام، ضايع في طريق ماهو بيديا، سامحني كان عصيت كلام أمي، لومي على الزمان ما تلومي عليّ، رايح من غير رجوع, يزي ما بكيت و ما سالتش من عيني دموع، ما عاد يفيد ملام على زمان غدّار في بلاد الناس، أنا عييت و مشى من بالي كلي اللي راح، مسافر و نسأل زعمة السفر باش ينسّي
محمد بو عزيزي

أولى صور المواجهات في سيدي بوزيد  





mercredi 22 décembre 2010

Amnesty International : Maroc et Sahara occidental. Les droits humains bafoués sur fond de manifestations, de violence et de répression

DÉCLARATION PUBLIQUE

20/12/2010
Dans un nouveau rapport rendu public lundi 20 décembre 2010, Amnesty International appelle les autorités marocaines à mener une enquête approfondie, indépendante et impartiale sur l'ensemble des atteintes aux droits humains qui se seraient produites en lien avec les évènements du 8 novembre 2010 à Laayoune, dans le Sahara    occidental sous administration marocaine et à poursuivre en justice les auteurs des abus perpétrés.
Des affrontements violents ont éclaté en début de journée lundi 8 novembre, lorsque les forces de sécurité marocaines sont intervenues pour faire évacuer le campement de Gdim Izik, qui avait été dressé dans le désert, à quelques kilomètres de Laayoune, début octobre par des Sahraouis pour protester contre la marginalisation dont ils se disent victimes et contre l'absence d'emplois et de logements appropriés.
Le rapport d'Amnesty International Rights Trampled : Protests, Violence and Repression in Western Sahara fait état d'une série d'atteintes aux droits humains perpétrées lundi 8 novembre, à la fois dans le campement et à Laayoune. De violents heurts se sont produits lorsque les forces de sécurité sont intervenues pour faire évacuer le campement ; les troubles se sont ensuite étendus à Laayoune où manifestants Sahraouis et résidents marocains se sont livrés à des attaques – incendiant des maisons, des boutiques et des commerces ainsi que des bâtiments publics. De nombreux Sahraouis ont été arrêtés et frappés ou soumis à des actes de torture ou autres mauvais traitements.
Treize personnes, 11 membres des forces de sécurité et deux Sahraouis, sont décédées à la suite des violences dans le campement et à Laayoune.Le bilan le plus lourd a été enregistré lors de l'opération de  démantèlement du campement par les forces de sécurité marocaines qui ont perdu neuf de leurs hommes, tués lors des affrontements ou dans des attaques délibérées par des Sahraouis résistant à la destruction de leur campement. Les circonstances exactes ne sont pas encore établies mais les chercheurs d'Amnesty International qui se sont rendus sur place fin novembre ont interrogé de nombreux témoins qui leur ont affirmé que des membres des forces de sécurité n'avaient pas hésité à frapper des femmes âgées à coups de matraque pour les obliger à partir avant de déchirer leurs tentes. Certaines portaient encore des blessures visibles plus de deux semaines plus tard.
En se basant sur ses propres recherches, Amnesty International est parvenue à la conclusion que les forces de sécurité marocaines n'avaient peut-être pas eu l'intention de recourir à une force excessive pour démanteler le campement et disperser les manifestants, mais que dans plusieurs cas la force employée avait été clairement excessive, contre des manifestants ne représentant pas une menace et n'offrant pas ,de résistance.
La nouvelle de l'évacuation du campement par les forces de sécurité a vite atteint Laayoune où, alimentée par des rumeurs exagérément alarmistes faisant état de morts parmi les Sahraouis et d'actes de brutalité de la part des forces de sécurité, elle a provoqué de violentes manifestations des Sahraouis qui s'en sont pris à des bâtiments publics, des banques, des voitures et autres biens appartenant à des citoyens marocains ou à des Sahraouis considérés comme favorables à l'administration du Sahara occidental par le
Maroc. Après une période d'accalmie, de nouvelles violences ont éclaté, les résidents marocains cette fois s'en prenant à des maisons, des boutiques et des commerces appartenant à des Sahraouis ; plusieurs résidents sahraouis ont été frappés. Les forces de sécurité présentes ne sont pas intervenues lors des attaques de maisons et de commerces sahraouis et ont même parfois prêté main forte aux agresseurs.
Les forces de sécurité marocaines ont arrêté environ 200 Sahraouis lundi 8 novembre et dans les jours et les semaines qui ont suivi. Toutefois, à notre connaissance, on n'a enregistré à ce jour ni interpellation ni poursuites en justice en lien avec les attaques menées par des résidents marocains contre des Sahraouis, leurs maisons ou leurs biens.
Tous les Sahraouis interviewés par Amnesty international ont décrit la façon dont ils ont été battus, torturés ou les mauvais traitements qui leur ont été infligés au moment de leur arrestation ou lors de leur garde à vue par les autorités marocaines ; la plupart d'entre eux avaient des cicatrices et des blessures visibles à l'appui de leur témoignage. Malgré cela, les autorités marocaines n'ont pris aucune mesure pour enquêter sur les allégations de torture et autres mauvais traitements comme le prévoient la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels le Maroc est État partie.
Les autorités marocaines ont la responsabilité de protéger la sécurité publique et de punir les actes de criminalité mais elles doivent le faire sans discrimination et en tenant pleinement compte des droits humains. Lorsqu'elles assurent le maintien de l'ordre lors des manifestations, les forces de sécurité ne doivent pas recourir à une force excessive mais limiter l'utilisation de la force au strict minimum nécessaire et l'employer de façon proportionnelle. Les actes de violence sur des personnes en garde à vue qui ne présentent pas de danger sont toujours illégaux et ne doivent pas être tolérés.
Le rapport d'Amnesty International met également en lumière l'absence d'informations communiquées aux familles des détenus par les autorités, parfois pendant deux semaines, en violation de la loi marocaine.
Cette absence s'accompagne de restrictions imposées par les autorités marocaines à l'accès à l'information, notamment pour les journalistes qui souhaitaient couvrir les évènements et auxquels l'accès à Laayoune a été refusé, générant des inquiétudes inutiles pour les familles dont certaines craignaient que leurs proches n'aient été tués.
Plus de 130 Sahraouis sont actuellement passibles de poursuites en justice après les évènements du lundi 8 novembre. Dix-neuf d'entre eux vont comparaître devant un tribunal militaire, bien qu'il s'agisse de civils ; certains sont des militants politiques sahraouis déjà connus qui prônent l'autodétermination du Sahara occidental. Leur arrestation a fait renaître la crainte que les autorités ne cherchent à impliquer dans les évènements du 8 novembre des personnes critiques du gouvernement et des opposants pacifiques, du fait de leurs opinions politiques.
Certains des accusés ont comparu devant un juge d'instruction sans assistance juridique et plusieurs d'entre eux auraient présenté des signes visibles de torture et autres mauvais traitements et se seraient plaints des violences subies. Aucun n'a cependant été vu par un médecin et aucune enquête n'a, semble-til, été diligentée concernant l'objet de leurs plaintes. Des détenus ont déclaré qu'à l'issue de leur interrogatoire, ils avaient dû signer ou apposer l'empreinte du pouce au bas de déclarations qu'ils n'avaient pas été autorisés à lire, ce qui fait craindre que ces déclarations faites sous la torture ou la contrainte ne soient utilisées comme preuve à charge contre eux lors de leur procès, en violation du droit international.
Le rapport d'Amnesty international comprend les recommandations suivantes aux autorités marocaines :
- les autorités marocaines doivent veiller à ce que des enquêtes judiciaires soient menées sur toutes les atteintes aux droits humains qui auraient été perpétrées en lien avec les évènements du lundi 8 novembre – soit en ouvrant une enquête judiciaire pour chaque affaire, soit en mettant en place une commission d'enquête indépendante et impartiale ayant autorité pour assigner des témoins, disposant d'un accès libre à toutes les informations pertinentes, notamment la documentation officielle et tous les rushs des films et bandes vidéo enregistrés le lundi 8 novembre, ainsi que d'un accès à tous les lieux de détention. Elles doivent également s'assurer que les responsables d'actes de violence, de torture et autres mauvais traitements ainsi que les auteurs d'agressions contre des personnes et d'attaques contre des biens soient poursuivis, conformément aux normes internationales d'équité des procès ;
- les autorités doivent veiller à ce que les personnes détenues puissent se faire représenter par un avocat de leur choix lors de leur comparution devant le procureur du roi ou le juge d'instruction et lors des audiences et veiller à ce que leur procès respecte les normes internationales d'équité des procès ; aucune information arrachée sous la torture ou la contrainte ne devra utilisée comme preuve à charge contre elles lors de leur procès. Les autorités doivent s'assurer qu'aucun civil ne sera jugé par un tribunal militaire.
Complément d'information
Les conclusions de ce rapport se fondent sur une visite d'établissement des faits réalisée par Amnesty International au Maroc et au Sahara occidental entre le 22 novembre et le 4 décembre 2010. Dans le cadre de cette visite, Amnesty International a rencontré des responsables gouvernementaux à Rabat et Laayoune et s'est entretenue avec des familles de Sahraouis et de membres des forces de sécurité tués ou blessés, des proches de détenus, d'anciens détenus, des défenseurs des droits humains, des avocats et d'autres personnes encore.
Le statut du Sahara occidental, dont l'annexion en 1975 par le Maroc est controversée, reste un sujet sensible aux yeux des autorités marocaines qui continuent de faire preuve de peu de tolérance pour quiconque exprime publiquement son opinion en faveur de l'indépendance du Sahara occidental. Les autorités marocaines continuent de prendre pour cibles non seulement les militants sahraouis qui défendent le droit à l'autodétermination du Sahara occidental, mais aussi les défenseurs des droits humains sahraouis qui mènent des actions de surveillance de la situation des droits humains sur le terrain, dénoncent les violations constatées dans la région et font toujours l'objet d'actes d'intimidation, de harcèlement et même de poursuites.

Sahara occidental : la France contre les droits de l'homme ?

Par Philippe Bolopion, directeur ONU de Human Rights Watch, Le Monde, 22/12/2010
Les événements qui ont embrasé El-Ayoun, la capitale du Sahara occidental, le 8 novembre, devraient convaincre la diplomatie française de changer de cap sur un dossier peu connu, mais qui embarrasse jusqu'aux plus aguerris de ses diplomates. Depuis plusieurs années, à l'abri des portes closes du Conseil de sécurité de l'ONU, la France use du pouvoir de dissuasion que lui confère son droit de veto pour tenir les Nations unies à l'écart des questions touchant au respect des droits de l'homme dans le territoire annexé par son allié marocain en 1975.
Faute d'un mandat approprié, la mission de l'ONU au Sahara Occidental (Minurso) est restée aveugle tout au long des événements qui ont opposé le mois dernier les forces de l'ordre marocaines aux militants sahraouis – les troubles les plus graves depuis le cessez-le-feu de 1991. Le Conseil de sécurité de l'ONU, en charge de la paix internationale, s'est vu dans l'incapacité de faire la part des choses entre le mouvement indépendantiste du Front Polisario, qui a dénoncé sans preuve le massacre de 36 manifestants pacifiques, et le Maroc qui prétendait, sans plus de crédibilité, libérer les milliers de civils sahraouis soi-disant retenus en otage par des " criminels " dans un camp érigé en signe de protestation à proximité de El-Ayoun.
Si ces événements s'étaient déroulés en République démocratique du Congo, en Haïti ou au Soudan, des experts en droits de l'homme de l'ONU auraient immédiatement été dépêchés sur place pour établir une version objective des événements et informer le Conseil de sécurité, contribuant ainsi à apaiser les tensions. La présence d'observateurs de l'ONU aurait aussi pu s'avérer dissuasive pour les forces de sécurité marocaines qui ont à plusieurs reprises, selon notre enquête, passé à tabac des personnes arrêtées à la suite des troubles.
Toutes les missions de maintien de la paix de l'ONU établies depuis 1991 disposent de ces mécanismes, qui reposent sur le constat que toute paix durable s'appuie sur le respect des droits de l'homme. Partout ailleurs, du Darfour au Timor Leste, en passant par le Kosovo, la France soutient pleinement l'intégration croissante des questions touchant aux droits de l'homme dans les missions de l'ONU. Il n'y a que sur le dossier sahraoui que Paris s'arc-boute, persistant à défendre une anomalie historique.
Cette obstination française a un coût. L'ambassadeur de France à l'ONU, Gérard Araud, l'a appris à ses dépens, le 30 avril dernier, lorsqu'il a dû faire face aux pays du Conseil de sécurité tels que le Royaume-Uni, l'Autriche, l'Ouganda, le Nigeria ou le Mexique, qui sont favorables à un élargissement du mandat de la Minurso aux questions de droits de l'homme. A quelques heures de l'expiration du mandat de la mission de l'ONU, selon plusieurs témoins, le ton est monté.
Comment la France, qui se prétend le berceau des droits de l'homme, pouvait-elle s'opposer à toute mention des droits de l'homme dans la résolution, a demandé un ambassadeur occidental ?
Son homologue chinois, un rien ironique, s'est réjoui de constater que Paris partageait désormais les réserves de Pékin sur tout débat des droits de l'homme au Conseil de sécurité. Après une vive réponse de l'ambassadeur français, suivie d'excuses toutes diplomatiques, la France a obtenu gain de cause, non tant par la force de ses arguments que par celle de son droit de veto.
Les diplomates français se défendent en affirmant que la question des droits de l'homme est devenue un chiffon rouge pour le Maroc, qui y voit une ruse du Polisario et de son soutien officiel algérien, pour embarrasser le Royaume chérifien. A en croire Paris, cette question est une diversion, qui ne fait que braquer Rabat, sans faire avancer les pourparlers entre les deux camps, par ailleurs enlisés depuis des années.
Mais au lieu de s'aligner sur Rabat, la France devrait convaincre le Maroc qu'il a tout à gagner à améliorer les conditions dans lesquelles vivent les Sahraouis sous son contrôle, souvent muselés et harcelés par les forces de l'ordre marocaines lorsqu'ils osent se prononcer pour l'indépendance. Les observateurs onusiens seraient aussi d'un grand secours pour les réfugiés sahraouis qui vivent près de Tindouf, en Algérie, dans des camps où le Front Polisario règne en maître et intimide ceux qui soutiennent le plan d'autonomie marocain – une situation mainte fois dénoncée par Rabat.
Le renouvellement du mandat de la Minurso, en avril 2011, offre à la diplomatie française une chance de corriger la situation. Il est temps que Paris reconnaisse que, sans un strict respect des droits des Sahraouis, garanti par l'ONU, les deux camps continueront à se livrer à des campagnes de désinformation qui ne font que compliquer les efforts du Conseil de sécurité en faveur d'une solution politique.

TUNISIE : des magistrats indépendants empêchés de participer au congrès de l’Association des Magistrats Tunisiens

Par le REMDH, Copenhague, Genève, Paris, 21/12/2010
 Le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) et l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme - un programme conjoint de l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) et de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) - condamnent fermement la persistance d’actes de harcèlement et les atteintes à la liberté de mouvement à l’encontre de plusieurs magistrats indépendants à l’occasion de la tenue du congrès de l’Association des Magistrats Tunisiens (AMT).
Organisé dimanche 19 décembre dans la banlieue de Tunis, le 13ème congrès de l’Association des Magistrats Tunisiens (AMT) a une nouvelle fois été marqué par l’absence des magistrats membres du bureau exécutif démocratiquement élu de l’association, évincés depuis 2005 après avoir publiquement pris position en faveur d’une plus grande indépendance du judiciaire en Tunisie.
Les jours précédents le congrès, M. Ahmad Al Rahmouni, Mme Kalthoum Kennou, Mme Wassila Kaabi, Mme Raoudha Karafi, Mme Leila Bahria, Mme Noura Al Hamdi ont fait l’objet de filatures rapprochées. Leurs domiciles ont été encerclés par des policiers les empêchant de se déplacer pour accéder au lieu où se tenait le congrès. Le 19 décembre, M. Hamadi Al Rahmani, également membre du bureau légitime de l’AMT, a été empêché d’accéder à l’hôtel où était organisé le congrès par des membres des forces de l’ordre en civil qui lui ont indiqué « agir sur instruction » du ministère de l’Intérieur.
Ces restrictions font écho aux mesures prises par les autorités tunisiennes lors des derniers congrès de l’AMT en 2006 et 2008 visant à empêcher les structures démocratiquement élues de l’association de faire entendre leur voix auprès de leurs confrères. En 2006, le règlement intérieur de l’association était même modifié afin d’empêcher ces magistrats de se porter candidats au comité exécutif de l’Association.
Ces nouvelles atteintes aux libertés de mouvement et d’association font également suite aux mesures arbitraires et au harcèlement dont les magistrats du bureau exécutif démocratiquement élu de l’AMT sont systématiquement la cible depuis des années (mutations arbitraires en violation du principe de l’inamovibilité, blocage de l’avancement, ponctions injustifiées sur salaire etc.). Le REMDH et l’Observatoire constatent avec inquiétude que les directions successives de l’AMT n’ont jamais pris la défense de leurs confrères, en contradiction avec le mandat de cette association.
Le REMDH et l’Observatoire demandent aux autorités tunisiennes de :
· mettre un terme au harcèlement des juges indépendants en Tunisie, et cesser toute forme d’ingérence dans les élections et les activités de l’AMT
· se conformer en toutes circonstances aux Principes fondamentaux relatifs à l'indépendance de la magistrature et notamment de son article 8 qui dispose que « les magistrats jouissent, comme les autres citoyens, de la liberté d'expression, de croyance, d'association et d'assemblée; [qu’ils exercent] de manière à préserver la dignité de leur charge et l'impartialité et l'indépendance de la magistrature. »
· mettre la législation et la pratique en conformité avec les standards internationaux relatifs à la profession de magistrat notamment en réformant la composition, les attributions et les règles de fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), en assurant le passage automatique des magistrats d’un grade à l’autre, et en consacrant la principe de l’inamovibilité des juges dans la Constitution.
Alors que l’Union Européenne négocie actuellement le rehaussement de ses relations avec la Tunisie par l’octroi du « statut avancé » dans le cadre de la politique de voisinage, le REMDH et l’Observatoire :
- rappellent que le respect des droits humains constitue un « élément essentiel » de cette relation,
- demandent à l’UE de prendre publiquement position sur les actes de harcèlement contre les magistrats indépendants dans ce pays,
- appellent les institutions de l’UE à intégrer de façon effective dans les négociations avec la Tunisie la question de l’indépendance de la justice.
Pour plus d’informations, merci de contacter :
· REMDH: Henriette Irminger Sonne (EN/FR) : + 45 3083 8337/ Shaima Abou Kheir (AR) : + 020101077207
· OMCT : Seynabou Benga : + 41 22 809 49 39
· FIDH : Karine Appy / Arthur Manet : + 33 1 43 55 25 18