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jeudi 6 janvier 2011

Jeudi 6 Janvier 2011 - Journée de Solidarité Internationale avec les Luttes Sociales en Tunisie

Pour le droit au Travail, à la Dignité, à la Liberté et à la Démocratie
En France (Paris-Lyon-Toulouse-Nantes-Marseille-Montpellier-Strasbourg-Lille...), au Maghreb (Alger – Rabat – Nouakchott), au Liban (Beyrouth) en Italie (Naples), en Belgique (Bruxelles) - en Suisse (Genève…) en Allemagne (Berlin..) – à Londres – au Canada (Montréal-Québec) ….
A PARIS RASSEMBLEMENT À 18 HEURES PLACE de la FONTAINE DES INNOCENTS
(Près du métro Châtelet / les Halles, ligne 4 ou RER A)
  • Nous affirmons notre solidarité sans faille avec le formidable mouvement de contestation que connait la Tunisie ainsi qu'avec les mots d'ordre de la révolte initiée à Sidi Bouzid;
  •  Nous dénonçons l'attitude du pouvoir qui répond aux Tunisiennes et aux Tunisiens par les balles, les arrestations, l'intimidation et la répression.
  •  Nous appelons à la libération immédiate et à l'arrêt des poursuites à l'encontre de tous les emprisonnés de ce mouvement comme de ceux qui l’ont précédé, notamment celui des révoltés du bassin minier de Gafsa, ainsi que les étudiants emprisonnés en raison de leur activité syndicale.
  •  Nous réclamons que les responsables de la répression, des violences à l'encontre de la population qui ont causé la mort et des blessures graves parmi les manifestants soient traduits en justice.
  •  Nous appelons à une mobilisation nationale et internationale d'ampleur en soutien à la révolte du peuple tunisien initiée par les habitants de Sidi Bouzid.
  •  Nous faisons nôtres les mots d'ordre scandés dans les manifestations à travers toute la Tunisie : Pour le droit au travail et le droit de gagner sa vie dignement ; Pour une juste répartition des richesses ; contre la corruption et le népotisme.
  •  Nous maintiendrons une mobilisation vigilante pour soutenir toutes les victimes de la répression, pour faire échec à l'entreprise de criminalisation de la contestation, pour répondre aux agressions qui visent les syndicalistes, les avocats, les média indépendants du pouvoir, les associations et partis solidaires de la révolte tunisienne.
Solidarité totale avec les luttes du peuple tunisien.

Premiers signataires : AC ! - ACHR - ACORT - AFASPA - AMF - ASDHOM -ATF- ATF Paris - ATMF - ATTAC - CAPJPO-EuroPalestine - CEDETIM - CISA - CNT - Comité National de Soutien au Mouvement du Bassin minier - Courant Nationaliste Progressiste - CORELSO - CPR – CRLDHT - DAL - Etoile Nord Africaine - Europe Écologie Les Verts - La pelle et la pioche - FASE (Fédération pour une alternative Sociale et Écologique) - FDLT (Forum démocratique pour la liberté et le Travail) - FTCR - Les Alternatifs - Le MOUVEMENT POUR UNE ALTERNATIVE SOCIALE ÉCOLOGIQUE ET DÉMOCRATIQUE – Ligue des droits de l’Homme (LDH) - LUTTE OUVRIÈRE -Manifeste des Libertés - Mouvement Nahdha - Mouvement Tajdid France - MRAP - NO-VOX - NPA - PCF - PCOF - PCOT - PDP - PG – Réseau Stop la Précarité - SOLIDAIRES - Solidarité Tunisienne – SORTIR DU COLONIALISME - UTIT - Voie Démocratique Maroc - Voix Libre
Autres rassemblements
Italie
Naples
 Solidarietà con il popolo represso tunisino
18:00 - 20:30
Cinema Occupato Astra
proiezioni video
diffusione materiale
interverranno: Marzouk Mejri, Naser Jalel


Belgique
Réunion de Solidarité avec le peuple tunisien 
à 18h au Centre International 171, Boulevard Maurice Lemonnier
Bruxelles



France
Lille
HALTE A LA RÉPRESSION EN TUNISIE RASSEMBLEMENT DE SOLIDARITÉ
PLACE Général  DE GAULLE  LILLE  18 h.


Toulouse
Les Toulousains sont appelés à se réunir
Jeudi 6 janvier à 18h
devant le Consulat de Tunisie, 19 allées Jean Jaurès .
Un hommage sera rendu au jeune chômeur, Mohamed Bouazizi, décédé le 5 janvier à l’hôpital des grands brûlés de Ben Arous après son immolation par le feu à Sidi Bouzid le 17 décembre. Cet événement a déclenché la révolte qui a gagné tout le pays.
Premiers signataires de l’appel à ce rassemblement : Mouvement de la Paix 31, FSU 31, NPA, SOLIDAIRES 31, Europe Écologie Les Verts- Midi Pyrénées - , PCF 31, Élus de Toulouse de EELV, Le Parti de Gauche 31, La Maison de Quartier de Bagatelle,  « Partenia 31 », LDH Toulouse….
 
Suisse 
Genève…
HALTE A LA RÉPRESSION EN TUNISIE RASSEMBLEMENT DE SOLIDARITÉ
PLACE MOLARD - GENEVE  18 h.
Comité de soutien aux manifestants en Tunisie : Jalel Matri , Mohamed Jribi, Ismael Elkout et Anouar Gharbi
Canada
Montréal…
Journée de solidarité internationale avec Sidi Bouzid
devant le Consulat de Tunisie à Montréal à 17:30
Adresse: devant le Consulat de Tunisie à Montréal situé au 1255 University (Station McGill)
 Le Collectif :   solidaritesidibouzidmontreal@gmail.com


Québec…
 devant la Société Radio-Canada (Québec) à 17:30
Adresse: Société Radio-Canada 888, rue Saint-Jean Québec (Québec) G1R 5H6 angle rue St-Jean et Duffrein
Le Collectif : Collectif de solidarité au Canada avec les luttes sociales en Tunisie


Maroc Sit-in de Solidarité avec le peuple tunisien
Lundi 10 janvier à 17h devant l’Ambassade de Tunisie
6, avenue Abdelkrim Benjelloun -ex Fès, 10000 Rabat .
وقفة تضامنية مع الشعب التونسي أمام سفارة تونس بالرباط
6 شارع فاس - زنقة إفران 
يوم الإثنين 10 يناير 2011 على الساعة الخامسة مساء
Association Marocaine des Droits Humains (AMDH)
الجمعية المغربية لحقوق الإنسان
TUNISIE : l'UE doit condamner la répression des mouvements sociaux de Sidi Bouzid
Copenhague, le 3 janvier 2011. 

Le REMDH condamne avec la plus grande fermeté la répression des mouvements de protestation de grande ampleur que connait actuellement la Tunisie suite aux évènements intervenus dans la région de Sidi Bouzid.
Le mouvement a débuté le 17 décembre lorsqu'un jeune chômeur de Sidi Bouzid (centre du pays, à 265 km au sud de Tunis) a tenté de se suicider par immolation suite à la confiscation par la police de ses marchandises. Rapidement, des manifestations de solidarité ont été organisées pour revendiquer le droit à vivre dans la dignité dans une région marquée par un fort taux de chômage, notamment chez les jeunes. A l'appel de plusieurs syndicats, le mouvement s'est rapidement étendu à d'autres villes du centre et du sud du pays, notamment les villes de Ben Guardane, Kairouan, Sousse, Sfax, Jendouba et Gafsa, avant de toucher Tunis où les manifestations se sont succédées à partir du 25 décembre.
Les forces de l'ordre ont tenté de s'opposer aux manifestants avec une extrême violence, procédant à de nombreuses arrestations de syndicalistes, d'étudiants, d'avocats et de journalistes. Le 24 décembre, la police a ouvert le feu à balles réelles sur les manifestants dans la localité de Menzel Bouzayane (région de Sidi Bouzid), causant la mort de 3 manifestants et de nombreux blessés.
Le gouvernement tunisien a tenté de prévenir la diffusion des informations sur les évènements de Sidi Bouzid en imposant un blocage total de la région pour les journalistes et les défenseurs des droits de l'Homme et en renforçant la censure de l'internet (notamment du site collaboratif « Facebook »). Les éditions des journaux d'opposition Al Mawkef et Tariq Al Jedid datées du 24 décembre ont également été confisquées. Le porte parole du comité de soutien de Sidi Bouzid, M. Ataia Athmouni, a été arrêté le 28 décembre. Accusé de « création d'association de malfaiteurs », il a été libéré le 31 décembre dans l'attente de comparaître devant la justice.
Les journalistes qui cherchaient à couvrir les évènements de Sidi Bouzid ont aussi fait l'objet de menaces, d'agressions et d'arrestations arbitraires, notamment M. Mouldi Zouabi, correspondant de la radio en ligne Kalima arrêté à Sfax le 28 décembre, avant d'être relâché deux jours plus tard. Le militant politique et correspondant du site d'information en ligne Al Badil, M. Ammar Amroussia, arrêté le 29 décembre à Gafsa demeure quant à lui détenu au secret. Il n'a pas été présenté au procureur au terme de sa garde à vue comme l'exige le droit tunisien et le REMDH craint qu'il fasse l'objet d'actes de torture ou de mauvais traitements.
De nombreux avocats ont également été pris pour cible par des agents des forces de l'ordre. Le 28 décembre, suite à leur participation à une réunion de solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid, Me Abdelraouf Ayadi et Me Chouki Beladid ont été enlevés par des agents de police en civil, et emmenés dans un lieu inconnu où ils ont été retenus illégalement jusqu'au lendemain. Lors de sa détention, Me Ayadi a été victime de violences. Le 31 décembre, une manifestation de plusieurs centaines d'avocats qui portaient sur leur robe un brassard de solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid a été violemment dispersée par les forces de l'ordre devant le palais de justice à Tunis, faisant plusieurs blessés. Des violences similaires ont été perpétrées contre des avocats, parfois dans l'enceinte même du palais de justice, dans les villes de Sidi Bouzid, Monastir, Mahdia, Grombalia, Sousse, Gafsa, Bizerte et à Jendouba, où Me Rabeh Kheraifi a été enlevé, menacé et violemment battu par des policiers en civil.
Le mouvement de Sidi Bouzid fait écho aux manifestations de grande ampleur qu'avaient connu le bassin minier de Gafsa-Redeyef au premier semestre 2008, ainsi que la ville de Ben Gardane (frontière libyenne) en août 2010, et qui avaient alors été violemment réprimés. Il traduit le sentiment d'exaspération d'une part croissante de la population face aux inégalités sociales grandissantes que connait la Tunisie, le rejet des politiques économiques et sociales du régime en place et du recours systématique à la violence pour contrer toute voix dissidente. 
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 Le REMDH condamne fermement la répression du mouvement pacifique de contestation qui se déroule en Tunisie, en particulier l'usage d'armes à feu contre une foule de civils désarmés, les arrestations arbitraires et l'usage répété de la torture, et demande aux autorités tunisiennes :
  • de se conformer en toutes circonstances à ses engagements internationaux en matière de droits de l'Homme et de respecter la liberté d'expression et de rassemblement pacifique des citoyens
  • la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes retenues arbitrairement pour leur participation aux marches pacifiques de protestation
  •         l'ouverture d'une enquête indépendante sur les circonstances ayant mené au décès de trois manifestants à Menzel Bouzaiene le 28 décembre  
  •         la libération immédiate et inconditionnelle de Ammar Amroussia et l'arrêt des poursuites contre M. Ataia Athmouni
  •  Alors que l'Union Européenne négocie actuellement le rehaussement de ses relations avec la Tunisie par l'octroi du « statut avancé » dans le cadre de la politique de voisinage, le REMDH :
  •          rappelle que le respect des droits humains constitue un « élément essentiel » de cette relation,
  •         demande à l'UE de prendre publiquement position sur les graves violations des droits humains intervenues en Tunisie lors de la répression des manifestations de soutien aux habitants de Sidi Bouzid.
 Le REMDH demande enfin à la délégation de l'UE à Tunis de mettre en ouvre de façon visible les lignes directrices de l'UE sur les défenseurs des droits de l'Homme (2004) qui prévoient notamment que les mission de l'UE doivent « entretenir des contacts appropriés avec les défenseurs des droits de l'homme, y compris [.] en se rendant dans les zones où ils travaillent », et « rendre visite aux défenseurs des droits de l'homme [.] assignés à résidence », en rencontrant notamment le conseil de l'ordre du barreau de Tunis et en se rendant à Sidi Bouzid.  

mardi 4 janvier 2011

Les émeutes en Tunisie, un parfum d’octobre 88

par Habib Kharroubi, Le Quotidien d'Oran, 2/1/2011
Dans le Maghreb, l’Algérie n’est plus le seul pays où le mécontentement social s’exprime par l’émeute populaire. La Tunisie est maintenant elle aussi le théâtre de débordements de cette nature. Ce pays voisin est secoué ces derniers jours par des troubles de cette nature dont l’effet déclencheur a été la tentative de suicide d’un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes dans la région de Sidi Bouzid (centre-ouest). Partie de cette région, l’émeute a fait boule de neige jusqu’à atteindre la capitale, prenant de court un régime et un pouvoir trahis par leur confiance dans la crainte dissuasive que leur appareil répressif inspire aux citoyens.
Les événements que vit la Tunisie ne sont pas pour rappeler, toute comparaison mécanique gardée, ceux que l’Algérie a connus en octobre 88. En Tunisie comme chez nous, ils ont permis de dévoiler le ras-le-bol qu’a atteint la patience populaire face à l’autoritarisme du régime de Ben Ali. Ils ont surtout démontré la fausseté de l’image d’une Tunisie ayant pris son parti de cet autoritarisme au motif de son bilan économique et social positif. Partout les manifestants ont décrié la situation économique et sociale générée par le pseudo «miracle» qui aurait fait de la Tunisie «un pays émergent». L’on a ainsi découvert que si le nord du pays offre effectivement l’aspect d’une région en mutation positive grâce à la manne touristique et à des investissements industriels encourageants, le reste du pays, tout le reste n’a pas été concerné par ce «miracle tunisien» si vanté par les thuriféraires nationaux et étrangers du régime de Ben Ali. Sous-développement, chômage et mal-vie sont la triste réalité aussi bien en Tunisie que dans les pays voisins. Sur ce terreau qu’enrichissent les fléaux que sont la corruption, le déni de citoyenneté, la hogra et les atteintes aux droits de l’homme, il était fatal que la «marmite» explose dans ce pays aussi.
De spontanée qu’elle fut suite à la tentative de suicide du jeune vendeur de fruits et légumes de Sidi Bouzid (qui est, précisons-le, un universitaire en chômage), l’explosion populaire de protestation semble s’installer dans la durée.
Le discours prononcé par Zine El Abidine Ben Ali suite à cette explosion, le mini-remaniement gouvernemental auquel il a procédé ainsi que le limogeage dont ont fait l’objet le gouverneur de la région de Sidi Bouzid et deux autres de ses collègues, n’ont pas éteint le «volcan». C’est que contrairement à ce qui s’était produit en Algérie en octobre 88, la jeunesse tunisienne, fer de lance de la contestation en cours, a bénéficié de l’appui actif des adultes, de la société civile et des parties et organisations qui la structurent. Ce qui s’est mis en marche en Tunisie n’est pas de ce fait un feu de paille que la répression policière va étouffer.
Toute la question est de savoir si le pouvoir sclérosé dont Ben Ali est le chef, va savoir apporter les bonnes réponses aux revendications qu’expriment ses contestataires. Ou si nihiliste il va persister dans la voie qui a conduit à l’explosion. Dans ce cas, il est à craindre pour la Tunisie voisine l’enfoncement dans le même engrenage que celui qui s’était mis en marche en Algérie après les émeutes d’octobre 88 déclenché par les «réformes» inappropriées instaurées par le pouvoir d’alors en guise de solutions aux revendications qui s’exprimaient dans la société algérienne. Apparemment, Ben Ali est tenté par la politique de «l’autruche» puisqu’il ne semble voir dans les émeutes que «la main de l’étranger et des ennemis de la Tunisie».

mercredi 29 décembre 2010

Intifada de Sidi Bouzid, 11ème jour : déjà 4 suicides - pénurie alimentaire à Menzel Bouazayne - les pêcheurs de Kerkennah s'y mettent- le régime tente d'acheter des chômeurs à Gabès

Tunis, 27 décembre 2010 - Après dix jours d’intifada consécutifs, les manifestations des habitants de la région de Sidi Bouzid se poursuivent, et ce malgré l’état d’urgence décrété dans plusieurs villes, et le siège imposé par un important dispositif de forces de sécurité et de troupes de l’armée. Les manifestants exigent une meilleure répartition des retombées du développement économique, notamment des emplois pour résorber le chômage, et ils condamnent la corruption et la tyrannie.
Kalima a appris qu’une marche de femmes a eu lieu le dimanche 26 décembre, dans la ville de Mezouna, à l’initiative d’une association locale. Des centaines de femmes ont pris part à cette marche pour protester contre les raids et les fouilles dans les maisons qu’a connu la ville dans la nuit de samedi, et pour demander la levée de l'état de siège et la libération des manifestants arrêtés.
Toujours dans la ville de Mezouna, des centaines de manifestants sont sortis dans les rues dimanche soir, défiant le couvre-feu. Ils ont mis le feu à des pneus et dressé des barricades sur les routes, ce qui a poussé la police à lancer des bombes lacrymogènes et à tirer sur la foule à balles réelles. Les manifestants auraient jeté des pierres sur les forces de sécurité, tout en clamant des slogans contre la corruption et la tyrannie.
Des affrontements entres des manifestants et les forces antiémeutes ont également eu lieu au village Al Itizaz, mais aucune information n’a pu filtrer à cause du siège qui frappe le village.
D'autre part, les habitants de la délégation de Djelma ont organisé une marche pacifique encadrée par l’Union Générale du Travail. La police s’est contentée d’observer la marche sans intervenir pour l’empêcher.
Au siège de l’Union Régionale du Travail à Sebala, des chômeurs ont organisé un sit–in. Ils étaient venus se joindre au mouvement de solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid. Des sources ont confirmé que des renforts importants sont arrivés à Sidi Bouzid, tandis que des informations circulent sur un mouvement de grève générale dans la région dans les prochains jours.
Signalons que les opérations de pillages et de fouille des maisons et des commerces sont commises par des milices du parti au pouvoir et des policiers. Ainsi, le citoyen Salah Ayoune, propriétaire d’une cafétéria, a déclaré que des policiers avaient saccagé son établissement. Un autre citoyen, Mohammed Salah Mahfoudhi, s’est plaint d’avoir été agressé par des policiers à l’intérieur de sa maison, ainsi que ses filles. Les agents ont aussi saccagé sa voiture.

Selon des sources médicales à l’hôpital Houcine Bouziane, le cadavre d’un jeune homme, Lotfi Kadiri, âgé de 34 ans et originaire de Touila, a été admis à la morgue. Nos sources ont confirmé que ce jeune a mis fin à ses jours, ce qui porte le nombre des suicides depuis le début des événements à quatre.
Des marches et des sit-in de solidarité ont eu lieu dans différentes régions du pays, comme Sfax, Kairouane, Siliana, Sousse, Tunis, Gafsa, Kasserine…
 A l’étranger aussi, un élan de solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid est en train de se constituer. A Paris, un rassemblement a eu lieu devant l’ambassade de Tunisie.

Pénurie des produits alimentaires à Menzel Bouzayane

Tunis,  26 décembre 2010 - Suite au siège policier et au couvre-feu imposés à la ville de Menzel Bouzayaane, et tous les débordements qui ont accompagné les évènements, comme le pillage des magasins par les milices, l’impossibilité pour les fournisseurs de produits d’atteindre la ville, les produits alimentaires commencent à manquer sérieusement dans la ville.
Des citoyens ont déclaré que les familles peinent à subvenir aux besoins quotidiens en nourriture.
 Un appel de détresse a été lancé par des syndicalistes de la région pour venir en aide aux habitants de la ville menacés par la famine.
Par ailleurs, nous avons appris qu’une délégation de l’union régionale de Sidi Bouzid à la tête d’un convoi de solidarité composé de véhicules transportant des produits alimentaires, est arrivée ce samedi à Menzel Bouzayaane.
La délégation a lancé un appel aux autorités pour la levée du siège de la ville pour permettre à la vie économique de reprendre normalement.

 Même les pêcheurs s'y mettent: le Festival du Poulpe de Kerkennah annulé !
A l’occasion du lancement du Festival annuel du poulpe (Al karnit) dans l’île de kerkennah, celle-ci a étéle théâtre d’une vague de protestations sociales organisées par les marins -pêcheursde l'île pour dénoncer l’incurie des autorités face à la pêche par « Al karkara » (pêche au chalut).
Une méthode utilisée par des marins-pêcheurs de la région et même par ceux venant d’ailleurs.
Selon des témoins oculaires, les marins-pêcheurs se sont rassemblés à 15h devant le siège de la délégation juste avant le lancement du festival, puis devant la maison de la culture à 18h, brandissant des banderoles qui dénoncent la poursuite de la pêche à la « Alkarkara » qui a un effet dévastateur sur la reproduction des ressources halieutiques, avec la complicité des autorités locales.
Les forces de l’ordre ont tenté de disperser les marins, mais la solidarité de la population qui s’est jointe au rassemblement a rendu la tâche difficile.
Ce qui a contraint les autorités locales à annuler le festival qui devait être inauguré par une caravane qui devait sillonner les rues de la ville.

Des actions au profit des chômeurs à Gabès pour éviter des manifestations

Tunis,  26 décembre 2010 - Les autorités locales de Gabès ont proposé, le 23 décembre, des emplois à une centaine de diplômés chômeurs dans le secteur de l’éducation et celui de la mairie, dans le cadre du dispositif qui prévoit la prise en charge des salaires par le Gouvernorat pour une durée de 18 mois, à condition que ces derniers ne dépassent pas les 150 dinars (= 77€).
Dans le même cadre, les délégations de Gabès-est et sud ont lancé un appel aux jeunes diplômés à prendre part aux réunions qui auront lieu le début du mois prochain , sous l’égide des responsables gouvernementaux.
Des sources bien informées ont déclaré à Kalima que ces actions font suite aux ordres venant du président de la République pour éviter d’autres manifestations , surtout après la circulation sur facebook des vidéos des manifestations des jeunes de Sidi Bouzid qui exigent leur droit au travail et une meilleure répartition géographique des projets de développement .

dimanche 26 décembre 2010

Tunisie: l'intifada s'étend. Après Sidi Bouzid, Menzel Bouzayane تونس : انتشار الانتفاضة. بعد سيدي بوزيد ، منزل بوزيان

Tunisie: un mort et des blessés dans des affrontements à Menzel Bouzayane

par  Kaouther LARBI (AFP), 24/12/2010

TUNIS — De violents affrontements ont opposé vendredi des manifestants et la police dans la région de Sidi Bouzid (centre-ouest tunisien) faisant un tué et des blessés, a-t-on appris de sources officielle et syndicale.

Le ministère de l'Intérieur a fait état d'un mort et deux blessés parmi les "assaillants" et de plusieurs blessés parmi les agents de sécurité, dont deux sont dans le coma.

Selon une source syndicale contactée par l'AFP, les affrontements qui se sont produits à Menzel Bouzayane, une localité à 60 km de Sidi Bouzid, en proie à des troubles sociaux depuis plusieurs jours, ont fait un mort et dix blessés. Mohamed Fadhel, syndicaliste de l'enseignement secondaire a affirmé que le manifestant décédé, Mohamed Ammari, 18 ans, a été touché à la poitrine.

Plus de deux milles habitants de Menzel Bouzayane (280 km au sud de Tunis) ont participé à cette manifestation, décrite comme "très violente" par M. Fadhel.

Dans un communiqué diffusé par l'agence gouvernementale TAP, le ministère de l'Intérieur affirme que "des groupes d'individus ont incendié la locomotive d'un train et mis le feu à trois véhicules de la garde nationale, avant d'attaquer le poste de la garde nationale de la ville".

Après avoir essayé de les dissuader, des agents de la garde nationale ont été amenés "à recourir aux armes dans le cadre de la légitime défense", selon la même source.

M. Fadhel a indiqué que des renforts de police dépêchés de Sidi Bouzid, ont encerclé la ville de Menzel Bouzayane en en interdisant les accès ajoutant que les forces de l'ordre ont procédé à une vague d'arrestation.

La région de Sidi Bouzid est en proie à des troubles sociaux à la suite d'une tentative de suicide d'un Tunisien de 26 ans, diplômé de l'université.

Le 17 décembre, Mohammed Bouazizi, vendeur ambulant de fruits et légumes, s'est fait confisquer sa marchandise par la police municipale, n'ayant pas les autorisations nécessaires.

Désespéré, le jeune homme s'était aspergé d'essence pour s'immoler par le feu. Grièvement brûlé, il a été transféré dans un centre médical près de Tunis.

Ce premier incident a provoqué des protestations qui ont dégénéré en affrontements entre la police et des habitants.

Le pouvoir avait affirmé que ces heurts n'étaient qu'un "incident isolé" et dénoncé leur exploitation à des fins politiques "malsaines" par l'opposition.

Le 22 décembre, un jeune Tunisien de Sidi Bouzid, s'était électrocuté au contact de câbles de haute tension après avoir escaladé un poteau électrique en criant qu'il ne voulait "plus de misère, plus de chômage", selon Ali Zari, un dirigeant syndicaliste.

Le ministre de Développement, Mohamed Nouri Jouini s'est déplacé jeudi à Sidi Bouzid, pour annoncer des mesures présidentielles pour la création d'emplois et le lancement de projets d'un montant de 15 millions de dinars (1 dinar= 0,52 euro).

Lors d'une conférence de presse, le Parti démocratique progressiste (opposition légale) a appelé vendredi à mettre fin à la compagne d'arrestation et à l'ouverture d'un dialogue avec les composantes de la société civile et les jeunes chômeurs.
En solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid, des militants de droits de l’homme, des syndicalistes et des étudiants se sont rassemblés, samedi25 décembre, place Mohamed Ali à Tunis. Voici quelques vidéos prises par Azyz Ammami lors de ce rassemblement.
Au même moment, une manifestation de solidarité avait lieu à Paris. Vidéo de nawaat.org.
Commentaires
Tunisie/Sidi Bouzid, non à un développement à deux vitesses
par HJ, GlobalNet, 20/12/2010

La région de Sidi Bouzid a vécu le week-end dernier quelques remous, au lendemain de la tentative de suicide d’un jeune commerçant ambulant, diplômé de l’université, rapportent les agences de presse internationales.

Rongé par le désespoir, le jeune homme, âgé d'une vingtaine d'années, a tenté de s'immoler par le feu après s'être aspergé d'essence devant le siège du gouvernorat. Atteint de brûlures graves, il a été transporté à l'hôpital où il est "entre la vie et la mort". Un drame qui a mis cette ville du Centre-ouest de la Tunisie, à 265km de Tunis, dans l’émoi, et provoqué la colère de ses habitants, à en croire l'AP et Reuters.

Ce drame social regrettable pose encore une fois la problématique du développement régional en Tunisie, voire du modèle de développement dans son ensemble adopté depuis des décennies dans notre pays, qui a longtemps favorisé la capitale et les villes côtières aux dépens des régions de l’intérieur. Puisque, les efforts qui y sont consentis n’ont pas encore produit des résultats escomptés, et ces régions, notamment celles du Centre-ouest, sont encore dépourvues d’un tissu économique digne de ce nom, et souffrent d’un fort taux de chômage, dépassant de loin le taux national qui est aux alentours de 13.3%.

De nombreuses études menées, pour le compte du gouvernement, montrent le hiatus qui  ne cesse de se creuser entre les différentes régions de la Tunisie. La majeure partie des investissements et des projets est concentrée à Tunis et sur le littoral, là où il y a toutes les commodités et l’infrastructure de base, aux dépens des villes de l’intérieur dont les besoins en termes de développement socio-économique restent, grosso modo,  insatisfaits.

La décentralisation des universités, en ce sens que la majorité des régions sont d’ores et déjà dotées d’un établissement d’enseignement supérieur, n’a pas été accompagnée par une décentralisation au niveau des capitaux, et des projets.

Le Centre-ouest, dont Sidi Bouzid, qui reste le plus grand pourvoyeur de migrants pour le pays, est en train de se vider de ses jeunes, voire de ses forces vives qui préfèrent mettre le cap sur d’autres régions, du Centre-est notamment,  où ils estiment avoir plus de chances de trouver un  emploi et de construire un avenir, sans plus jamais revenir. Cette région connait un solde migratoire négatif de -36.9%, à en croire la dernière enquête de l’INS sur la population et l’habitat. Au cours du quinquennat 2004-2009, 45.2 mille personnes ont quitté le Centre-ouest, contre 8.3 mille qui s’y sont installées.

Éminemment agricole, la région demeure confrontée à un taux de chômage important, et ses jeunes ont toutes les peines du monde à intégrer  la vie active. Comment éviter que ces jeunes ne sombrent dans la désespérance. Et bien, il faut impérativement leur mettre le pied à l’étrier, et les doter des attributs d’une vie décente, génératrice d’équilibre et de paix sociale.

Il est temps de revoir en profondeur notre modèle de développement et le découpage administratif du pays, comme le préconisent instamment de nombreux économistes, au vu des disparités régionales qui vont grandissantes. Sidi Bouzid est une région agricole et d’élevage, un atout qui reste à préserver et à développer, selon une stratégie agricole viable à même de contribuer à la sécurité alimentaire de la région, et du pays. Mais, elle ne peut pas continuer à vivre de la seule agriculture. Il faut qu’elle soit dotée d’un tissu économique incluant les secteurs industriel et tertiaire. Il serait ainsi opportun d’y développer des unités d’industrie agro-alimentaires, ou autres usines qui soient adaptées à sa vocation et son positionnement géographique.

On entend toujours dire dans le discours officiel, que des réseaux routiers et autoroutiers seront érigés dans les coins et recoins de la Tunisie, pour désenclaver les régions de l’Intérieur, dont celles du Centre-Ouest, et les arrimer à la locomotive de développement intégral. Sauf que ces régions ont des préoccupations immédiates qui méritent des réponses urgentes. Il ne s’agit pas de planifier des projets à l’horizon de 2030 ou 2050. Les jeunes de Sid Bouzid, et d’autres régions de la Tunisie, ont à cœur de construire leur avenir dès aujourd’hui. Ils souhaitent gagner leur vie, fonder un foyer, avoir un rôle actif dans la société, contribuer et  profiter du développement de leur région. Ils en ont assez d'être en quelque sorte des laissés-pour-compte.

Un changement du calendrier et des priorités de développement s’impose. On a bien introduit les plans de développement dits mobiles (ou glissants) pour réadapter le processus de développement aux mutations nationales et internationales. Qu’une partie de ces fonds soit débloquée en faveur de ces régions en mal d’essor. Nos compatriotes de l’Intérieur ne demandent pas la lune, ils ont juste besoin d’avoir des raisons de garder espoir, de rester chez eux, et de vivre en toute tranquillité.

L’Etat doit assumer son entière responsabilité. Il doit doter ces régions des commodités nécessaires et y créer une plateforme propice afin qu’elles puissent polariser les investissements, et être un vivier de production et de création de richesses. C’est seulement ainsi que le secteur privé daignera  tourner son regard vers l'arrière-pays pour y lancer des projets et créer des emplois.

La Tunisie est un petit pays d’à peine 164 mille km2, et d’un peu plus de dix millions d’habitants. Tout Tunisien est en droit d’aspirer à une vie digne, et d’exiger un partage équitable des fruits de la croissance. 



Bonus détente
"Le chômage n’est pas un problème politique"...!!!
En prime, nous vous offrons l'inimitable éditorial du quotidien "indépendant" Le Temps de Tunis, qui se passe de tout commentaire.

Revendications de jeunes…

 Raouf KHALSI - raoufkhalsi@letemps.com.tn - Il est difficile aujourd’hui d’être jeune. C’est le problème du millénaire. De surcroît le combat contre le chômage est le défi majeur du millénaire. On voit partout, même dans les pays les plus riches, ces images de précarité, ces expressions de désespoir, qu’amplifie d’ailleurs un certain questionnement existentiel.

Que des jeunes manifestent à Sidi Bouzid pour crier leur rage face à des horizons qui ne s’éclaircissent pas à leurs yeux, cela s’inscrit dans l’ordre normal des choses.

Et quelque part, c’est également  le signe d’une société dynamique, même si ces manifestations de mécontentement ne doivent pas déborder de leur cadre et ne doivent surtout pas être instrumentalisées. Il ne s’agit guère de problème politique. Car le chômage n’est pas un problème politique, mais un problème social et économique. Chercher à le détourner de ces normes basiques, c’est déjà  le dénuer de sa substance. Et, surtout, ce serait lui voler sa légitimité  revendicative.

Soixante dix mille postes à créer chaque année : l’Etat s’y attèle (sic). Tout les programmes, le plan quinquennal et, surtout, toute la dimension du programme  présidentiel ont pour point de départ et point d’arrivée cet objectif titanesque, et pour valeur cardinale l’exclusive adéquation  entre le social et l’économique.

Sans doute, peut être, le progrès intégral n’est-il pas encore réalisé  car le Changement a hérité de disparités régionales très  marquées, par ailleurs accentuées par un certain centralisme étatique des temps de l’ancien régime. Mais ce qui est sûr, c’est que le développement régional est incontournable et qu’il lui faudra du temps pour réaliser  le rééquilibrage. Pour cela, il faudra que nous nous sentions tous concernés par les aspirations des jeunes. Le secteur public doit être plus transparent et le privé doit inspirer plus de confiance. En tous les cas, il faut bien écouter ces jeunes. Les écouter c’est déjà instaurer le dialogue et leur faire éviter les dérives et l’instrumentalisation politicienne. Les jeunes sont en effet la solution et non le problème. Et le premier à le dire c’est bien Ben Ali.
Source : http://www.letemps.com.tn/article.php?ID_art=51285