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jeudi 11 septembre 2014

Israël : Le concert de l'orchestre marocain Chabab Al Andalous est "une opération de propagande", selon Sion Assidon, président de BDS Maroc


Par Mohamed Ezzouak , 9/9/2014
Sion Assidon  président de BDS MarocDR
L'orchestre Chabab Al Andalous a répondu présent au Festival de musique sacrée de Jérusalem. La participation des artistes marocains a créé une vive polémique au niveau des internautes marocains mais aussi à l'intérieur du groupe. Pour éclairer l'opinion publique marocaine sur la récente condamnation de cette participation par BDS Maroc, son président, Sion Assidon, a répondu à nos questions.

Yabiladi : Pouvez-vous nous indiquer les raisons de votre  dénonciation de la participation d'un orchestre marocain au Festival de musique sacrée de Jérusalem ?
Sion Assidon : L'agression sur Gaza avec l'ampleur des crimes de guerre voire des crimes contre l'humanité ont considérablement modifié aux yeux de l'opinion publique internationale l'image déjà ternie par l'agression sur le Liban en 2006, l'agression sur Gaza en 2009 et l'attaque sur la flottille de la liberté, atteignant de nouvelles franges de l'opinion jusque là non engagées.
Pour tenter de restaurer cette image et de redonner l'illusion d'un État "normal" voire d'un État "cultivé" promoteur de la belle musique et des arts en général,  d'énormes moyens financiers sont mis en œuvre. Pour ce seul festival de Jérusalem c'est une fondation américaine qui apporte traditionnellement son soutien financier à travers le fameux AIPAC (l'officine du lobby israélien aux Etats-Unis) qui assure le financement. Opération de "window dressing" qui vise à faire oublier les horreurs de l'agression et la continuation des crimes (siège de Gaza qui dure déjà depuis 8 ans, continuation des annexions de terre,...)
Cautionner cette opération de propagande est un coup de poignard dans le dos de la partie palestinienne.

Un orchestre arabo-andalou qui joue avec le rabbin Haïm Louk c'est un message de paix. Vous estimez qu'ils n'ont pas à participer à ce festival à Jérusalem ?
Que je sache le rabbin Haim Louk ne s' est jamais démarqué de la politique d'apartheid de son Etat ni n'a appelé à une quelconque reconnaissance des droits des Palestiniens, à l'instar d'autres artistes ou d'intellectuels comme par exemple la cinéaste d'origine rbatie Simone Bitton... Pire. Cette scène donnée à voir de la "fusion musicale" entre artistes marocains juifs et musulmans est le spectacle idéal pour montrer combien Israël - régime d'apartheid pratiquant un véritable sociocide de la Palestine - serait un État tout ce qu'il y a de pacifique et de tolérant... Manipulation grossière s'il en est qui exploite pour une entreprise de restauration d'image, les émotions nées de l'attachement des Marocains à travers le monde à leur pays d'origine.

BDS Maroc a-t-il contacté les membres de cet orchestre pour les convaincre de ne pas aller à Jérusalem pour ce festival ?
Oui. Pour constater que la majorité du groupe concerné et de nombreuses troupes affiliées à l'association de musique andalouse condamnent l'initiative. D'après nos informations seuls les deux frères Belghiti au sein de l'orchestre ont accepté la séduction de cachets considérables pour fermer les yeux sur les ruines et sur le sang à peine séché des victimes de Gaza.

Les politiques marocains sont nombreux à être allés (ou vouloir aller) en Palestine pour marquer leur soutien à la population de Gaza victime des bombardements israéliens. Comptez-vous insister auprès des partis politiques pour qu'ils condamnent cette participation ?
Dernièrement un parti politique marocain a visité l'Autorité palestinienne. À ma connaissance ce parti n'a pris part à aucun contact avec les institutions sionistes ou n'a rencontré d'officiels. De telles démarches auraient eu - au plan politique - exactement la même signification de laver les mains ensanglantées des criminels de guerre. Ceux qui bombardent les mosquées, les universités, les écoles de l'UNRWA et tuent des civils par centaines - sans compter les milliers de blessés et les traumatisés physiquement et psychiquement y compris les personnes âgées, les femmes et les enfants.

Enfin, que répondez-vous à ceux qui objecteront que le culturel ou le sportif ne doivent pas souffrir du boycott car se sont des rencontres symboliques favorisant le dialogue entre les peuples ?
Pour le moment, le "dialogue entre les peuples" passe par les actions de solidarité entre les activistes de la société palestinienne et les militants israéliens d'associations comme Boycott from within, les Femmes pour la paix qui font un travail extraordinaire pour documenter les activités des sociétés israéliennes et multinationales qui tirent leur profit des crimes de guerre, ou encore l'Association pour l'Information Aternative (AIC en anglais) qui informe au quotidien des crimes commis contre le peuple palestinien, pour ne citer que les plus connues. Ces gens qui ont le courage de refuser la discrimination raciale (apartheid) et la machine de guerre et d'occupation de la Palestine.
C'est en eux que repose l'espoir d'un pays qui pourra être celui de tous les habitants prêts à vivre en égaux.
La soit-disante "neutralité" des sports et de l'art n'est que la feuille de vigne (qui se fane de jour en jour) pour tenter de masquer la triste réalité de la fascisation d'une population qui soutient massivement ses dirigeants. Les scènes de ceux qui applaudissent au spectacle du bombardement ou les posts des mères de famille qui demandent encore plus de massacres d'enfant sont intolérables.
Boycottez-nous disent jusqu'aux sionistes les plus libéraux. Sauvez l'avenir !
Mohamed Ezzouak
Copyright Yabiladi.com

mardi 11 septembre 2012

La lettre d'Ahmed Benseddik au patrimoine des soufflets infligés au régime

Du Maroc des potentialités à celui des indignités

Hespress-Marocmaroc



Par SALAH ELAYOUBI, 11/09/2012

Le 26 juillet 2011, Ahmed Benseddik annonçait dans une lettre au roi, qu’il mettait fin à toute relation d’allégeance envers lui.
La lettre qui arrive après que l’intéressé ait épuisé tous les moyens, toutes les voies et toutes les suppliques, pour se faire entendre, sonne comme un coup de tonnerre.
Elle fera, sans doute, date et restera, à tout jamais, inscrite au patrimoine des soufflets qu’une poignée de démocrates et d’honnêtes citoyens marocains, a osé infliger au régime et à sa courtisanerie, d’autant que, postée sur la toile, celle-ci l’a répercutée à l’infini, comme l’écho dans la vallée.

Ahmed Benseddik
Aucun commis de l’Etat ne s’était, à ce jour, essayé à ce redoutable exercice, tant celui-ci comporte de dangers, pour la suite de la carrière et signifie, même, à coup sûr, pour son auteur, une fin de parcours dans l’administration publique.

Ceux, soucieux de leur dignité qui, dans le passé, ont refusé baise-main et allégeance à Hassan II, ont vu, en réaction, la moindre de leur démarche administrative, leur vie durant, transformée en parcours du combattant !

Pour le Palais, ses sicaires et leur paranoïa légendaire, la lettre de Benseddik constitue donc, un casus belli et l’encre à peine sèche, et l’ampliation tout juste entamée, qu’un cordon policier était déjà déployé, autour de son domicile, et ses moindres déplacements et contacts épiés.

Qu’est-il arrivé pour qu’un citoyen se rebelle, ainsi, contre la première autorité du pays ?
A quelles indicibles souffrances a-t-il du faire face ?

Benseddik était le Directeur de la station thermale de Moulay Yaacoub. A ce titre, il était responsable de sa bonne marche, de la sécurité de ses installations et de la politique de son développement.
Pas plus lorsqu’il a dévoilé des dysfonctionnements, comme l’exercice illégal qui était fait de la médecine, depuis douze ans, ou pointé du doigt les risques réels d’effondrement des bâtiments, ou imaginé tous ces louables projets d’accompagnement de la rénovation de la station thermale (jumelage de la station avec celle d’Aix-les-Bains, collaboration avec l’institut d’hygiène, la faculté de médecine), ou encore lorsqu’il a accueilli le roi ou été reçu par lui, pour expliquer ses projets, il n’a entrepris quoi que ce soit, qui ne relevât de sa responsabilité.
Les rapports techniques, de J.P. Ichter, architecte et du laboratoire LPEE où il est question de« Corrosion avancée des armatures, fissure de flexion, désordre de structure préjudiciable à la stabilité, processus de dégradation évolutif, la réparation imminente s’impose, marge de sécurité aléatoire, soutènement nécessaire dans les meilleurs délais, murs insuffisamment fondés, poutres en allège affectés par les dégradations, défaut d’étanchéité, dégradation générale du béton par les attaques des eaux sulfurées…etc….. », sont sans appel et confirment bien un réel danger pour les usagers de la station thermale.

En réponse, Ahmed Benseddik reçoit, un avis de révocation pour crime de lèse-majesté. Le courrier, de l’employeur, la CDG stipule :
« Manque de respect aux plus hautes autorités du pays : Harcèlement de Sa majesté le Roi lors d’une visite privée à la station thermale de Moulay Yacoub, sans qualité et droit d’agir, ni autorisation préalable de l’employeur. Mr Benseddik a remis un dossier au Roi comprenant des maquettes et des photos, chose qui a perturbé ce dernier. Il a même insisté lors de sa sortie pour lui remettre ledit dossier. »
Curieusement, la CDG aura attendu sept longs mois avant de s’apercevoir qu’il y avait eu offense.

La réponse de Benseddik est plus qu’éloquente sur l’ampleur de la méprise et l’amplitude de la tragédie qui se joue sous nos yeux:
« En vérité, j’ai remis à notre Souverain une revue que j’avais gardé précieusement : Elle montre un jeune alpiniste Français qui a planté le drapeau Marocain au sommet de la plus haute Montagne du monde, l’Everest, le jour du mariage de SM Le Roi Mohammed VI !! »

Une année plus tard, sa nomination par le roi, en qualité de directeur exécutif pour la célébration des douze siècles de la ville de Fès, apporte un cinglant démenti qu'il y ait eu une quelconque offense et confirme le complot qui lui vaudra in fine la mise à l’écart de ce projet dont il était, pourtant, l’initiateur.

En clair, et pour ramener les choses à leurs justes proportions, il est reproché, ni plus, ni moins à Benseddik de s’être montré par trop entreprenant avec le roi, en lui détaillant les axes d’un développement ambitieux de la station thermale. Et Pour qui connaît les courtisans et les aposématismes qu’ils ont développés, il est inutile de chercher ailleurs, les raisons de tant d’acharnement.

Professionnel, dynamique et entreprenant, Benseddik s’est acharné, en bon centralien, à trouver des idées, les explorer, les conceptualiser et fédérer autour de lui des structures, des hommes, et des synergies pour les transformer en projets, auxquels ont adhéré des sommités, au-delà de nos frontières.
Beaucoup de ceux qui l’accablent aujourd’hui, ne peuvent en dire autant, et en cela, il était devenu dangereux.

De plus, en relevant consciencieusement et scrupuleusement tous les dysfonctionnements de la station thermale et les dangers de mort que l’obsolescence de ses structures faisait et continue de faire courir à l’utilisateur, il a, comme on dit, levé des lièvres de taille et mis en exergue la gestion calamiteuse de ses prédécesseurs, leur incompétence et l’incurie de la hiérarchie, qui a couvert tous ces manquements.
Il ne s’écoulera guère beaucoup d’eau sous les ponts, ni de lunes dans le ciel, avant que l’avenir ne lui donne raison !

« Ils » nous avaient vanté le Maroc des potentialités et avaient oublié de nous parler de celui des indignités. Pour avoir cru au premier, Benseddik se voit infliger le second. Il a, ainsi, rejoint la cohorte des opprimés, des emmurés et des exilés.
Frappé d’ostracisme, il aurait pu, comme certains, se murer dans le silence emprunté des coupables et attendre la rédemption, ou l’absolution pour rebondir, comme sait si bien le faire la courtisanerie.
Il a, au contraire, choisi de se battre, debout, comme un homme libre, exigeant d’être jugé, si sa responsabilité était avérée, dans un quelconque acte délictueux,
Quoi de plus normal que de vouloir retrouver son honneur bafoué, reconstruire sa vie détruite et voir rétablir ses droits, tous ses droits.
Quoi de plus légitime que demander réparation du préjudice incalculable qu’on vous a injustement infligé, pour avoir simplement fait votre travail et cru en votre pays.
Je ne voudrais pas terminer cette mise au point sans évoquer cette ignominie supplémentaire, infligée aux démocrates, ce 4 août 2011, lors de leur visite de soutien au domicile de l’intéressé.
Après avoir filmé les militants, sous tous les angles, l’un des nervis, reconnaissant Sion Assidon, a cru bon lui asséner « Toi le juif, va-t’en en Israël ! ».*
Que répondre face à tant d’ignorance du Maroc, de sa culture, de son patrimoine et de son histoire ?
Absolument rien, sauf à penser que le régime n’a plus rien d’autre à aligner face à notre légitime combat pour la liberté et la dignité, que des crapules de la pire espèce.
Et le plus ignoble dans l’affaire, c’est que c’est à nous qu’il incombe de payer leurs salaires.

* http://fr.lakome.com/politique/54-podcasts/679-temoignage-dahmed-benseddik-.html
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 Poème de Ahmed BENSEDDIK
dit par un jeune militant lors de la manifestation anti Beyaa le 1er sept
http://youtu.be/3-L2VogfwK0

mercredi 17 août 2011

Ahmed Benseddik. sous surveillance de tout instant

Visite sous surveillance à Ahmed Benseddik. #feb20
Par Abdullah Abaakil
Ci-dessous une note rédigée par M. Abdullah Abaakil comprenant le récit de M. Abdellah Zaâzaâ après leur visite au domicile de M.Ahmed Benseddik. Pour rappel A.Benseddik avait rédigé une lettre à l'intention du roi dans laquelle il déclare rompre toute relation d’allégeance vis-à-vis du roi

Pour ceux qui ne sauraient pas qui est Ahmed Benseddik, il est une des nombreuses victimes du despotisme que personnifie l’entourage royal dans notre pays. Suite à une lettre publiée peu avant la fête du trône, dans laquelle il déclare rompre toute relation d’allégeance vis-à-vis du roi ( http://tinyurl.com/3zrmmvql), Ahmed Benseddik fait l’objet d’une surveillance de tous les instants.

Cette surveillance injustifiée a d’ores et déjà été condamnée par l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH) http://hespress.com/societe/35696.html

En date du 4 Août 2011, un petit groupe de militants décide de lui rendre visite afin de se rendre compte de visu de la pression dont il fait l’objet, mais aussi de lui exprimer sa solidarité dans cette épreuve. Voici le récit de cette visite, par Abdellah Zaâzaâ et les photos qui ont été prises à cette occasion :

Jeudi 4 aoùt 2011. Abdullah Abaakil et moi, Abdellah Zaâzaâ nous sommes rendus chez Monsieur Ahmed Bensiddik au quartier El Oulfa, résidence Al Wiam, à Casablanca

Monsieur Samadi, membre du PSU, voisin d’Ahmed et président du syndic de la résidence, nous attendait sur le Boulevard Oum Errabiaâ, tout près de la Résidence, pour nous montrer le chemin.
A l’arrivée à la résidence nous avons constaté aux abords de deux portes de la résidence, la présence de deux jeunes avec chacun une moto, qui à notre arrivée, reconnaissant parmi nous M. Samadi, essayaient de se dérober à notre vue, avec l’air de dire « nous ne sommes pas là » ou encore « nous ne sommes là que fortuitement ».
Sion Assidon nous a rejoints vers 18h. Nous avons pu échanger avec MM. Benseddik et Samadi. Selon ce dernier « cette surveillance est en fait de l’intimidation, qui vise à détruire psychologiquement Ahmed Benseddik et le pousser à des actes ou gestes inconsidérés. Toute la population de la résidence à l’impression que cette dernière est en état de siège. Si certaines personnes expriment leur respect pour Ahmed, beaucoup d’autres craignent que la police se mettent à enquêter sur elles mêmes. En tout cas des membres du service de sécurité du syndic sont mis à contribution par la police pour la renseigner sur les déplacement de M. Benseddik». Avant de repartir nous avons fait ensemble le tour de la résidence. Aux deux premières portes les jeunes motards se sont dérobés à l’objectif de la caméra du téléphone d’A.Abaakil et se sont mis à téléphoner (certainement pour s’informer les uns les autres).


C’est le même matricule signalé par Mr Benseddik dans son email du 01 08 2011 à 23h24. Le conducteur qui semblait nous attendre nous lança « allez-y au zoom même et si vous voulez envoyer vos photos à la télé » et démarra en trombe.
Moins d’une minute plus tard la voiture revint suivie des deux motards. Le conducteur se mit à nous prendre en photo avec une caméra. A la remarque qui lui fut faite « du vrai travail de mercenaires » il répondit « Je travaille pour l’Etat » (Ma khaddamch 3andek, khaddam m3a eddawlat), puis semblant reconnaître Sion il lui lança sur un ton de mépris« Toi le juif, va-t’en en Israël ! »

Pourtant, la toute nouvelle constitution mentionne dans son préambule que le l’Unité du Maroc « s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen ».

Conclusion à chaud : Ainsi, non seulement l’Etat engage l’argent public et une lourde logistique pour terroriser un citoyen, sa famille et ses voisins en violant le minimum requis des principes d’un l’Etat de droit, mais en plus, un de ses fonctionnaires se permet de mépriser un citoyen marocain en raison de sa confession juive. C’est très grave. Il y aura des suites à cette visite.

Voilà. Après avoir pris une photo ensemble devant la résidence, nous avons quitté MM. Benseddik et Samadi qui ont tenu à nous accompagner jusqu’à nos voitures.

Photos du reportage : http://24.mamfakinch.com/visite-sous-surveillance-a-notre-ami-ahmed-be

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Voir la video :

Ahmed Benseddik parle de la surveillance et l’intimidation policières qu’il subit. Les militants Abdellah Zaâzaâ, Abdellah Abaakil et Sion Assidon, lui ont rendu visite à son domicile. Ils n’ont pas échappé, à leur tour, au harcèlement des agents de la DST (Direction de la surveillance territoriale).Ahmed Benseddik parle aussi des raisons qui ont motivé sa décision de retirer son allégeance au roi Mohamed VI, et donne des détails sur l’affaire de «Moulay Yaacoub». Entretien.

http://fr.lakome.com/component/content/article/54-podcasts/679-temoignage-dahmed-benseddik-html
http://fr.lakome.com/politique/54-podcasts/679-temoignage-dahmed-benseddik-.html

lundi 27 décembre 2010

Corruption : La remise du prix de l’intégrité à El Khiyari encore interdite

La cérémonie de remise du Prix de l’intégrité attribué par Transparency Maroc au président de l’association Rif des droits de l’Homme a subi le couperet de l’interdiction pour la troisième fois.
Rachid Filali : «En agissant de la sorte, les autorités marocaines ont visiblement voulu donner plus d’importance au Prix de l’intégrité attribué cette année à Chakib El Khiyari !»
Jamais deux sans trois. La cérémonie de remise du Prix de l’intégrité attribué par Transparency Maroc au président de l’association Rif des droits de l’Homme a subi le couperet de l’interdiction pour la troisième fois. Un record en l’espace de 12 jours. Décidément, Chakib El Khiyari n’a pas la cote auprès des autorités marocaines. Et elles semblent tenir à le faire savoir publiquement. Retour en arrière sur une interdiction annoncée depuis le 9 décembre. «La première fois, lorsque les responsables de Bibliothèque nationale nous ont fait savoir que celle-ci ne pourrait abriter une telle cérémonie pour cause d’agenda, la deuxième, quand la direction d’un hôtel à Rabat a demandé l’autorisation des services de la wilaya, lesquels ont bien entendu refusé de donner leurs accord, et la troisième fois, lorsque les mêmes services ont interdit la tenue de la cérémonie dans les locaux de notre association», nous résume Rachid Filali Meknassi.
Commentant cette série d’interdictions, le président de Transparency Maroc souligne que «c’est inadmissible. C’est une décision illégale et c’est une violation de la loi». D’un ton moqueur, Filali déclare qu’«en agissant de la sorte, les autorités marocaines ont visiblement voulu donner plus d’importance au Prix de l’intégrité, attribué cette année à Chakib El Khiyari». Justement, la cause de toutes ces interdictions ne réside-t-elle pas en la personne d’El Khiyari, lui-même ?
«C’est une probabilité. C’est une supposition», déclare non sans réserve Rachid Filali Meknassi. «Je ne sais pas si cette cérémonie dérange une quelconque partie. Mais si c’était le cas, qu’elle l’assume», conclut-il.
L’ONG Transparency Maroc, reconnue d’utilité publique, a attribué, le 9 décembre, à Chakib El Khiyari le Prix de l’intégrité. Le président de l’association Rif des droits de l’Homme est condamné à trois ans de prison pour avoir porté «atteinte à l’image des autorités nationales publiques et judiciaires». Le conseil national de Transparency Maroc devait se réunir mardi dans la soirée pour débattre de ces interdictions et prendre une décision.
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Maroc: les autorités "interdisent" une réunion de Transparency
Maroc: les autorités "interdisent" une réunion de Transparency
Par AFP le 21 Décembre 2010
Rabat - Les autorités marocaines ont interdit une cérémonie de remise d'un prix par l'ONG Transparency-Maroc (TM) à deux militants des droits de l'Homme, a indiqué mardi à l'AFP l'un de ses dirigeants.
 Confirmation en appel de la condamnation de Chakib Khiyari
"La police est intervenue lundi soir dans les locaux de TM à Rabat pour nous signifier que la remise du prix de l'intégrité, qui devait se dérouler dans les locaux de notre ONG, était interdite", a déclaré Sion Assidon, membre du conseil national de Transparency-Maroc.
Cette cérémonie devait se dérouler au siège de TM à Rabat et distinguer le militant associatif Chakib Khiyari et l'avocat de gauche Abderrahim Berrada.
Khiyari a été condamné en février 2009 à trois ans de prison ferme après avoir été accusé de "perception de sommes d'argent de parties étrangères (pour) discréditer les efforts déployés par les autorités marocaines dans la lutte contre le trafic de drogue".
Contacté par l'AFP, un responsable des autorités locales de Rabat a déclaré que "TM devait faire la déclaration 48 heures avant la réunion, qui est une réunion publique".
Selon Assidon, "il s'agit d'une réunion privée, dans un lieu privé. Elle n'est donc soumise à aucune autorisation préalable. Le Maroc vit une régression dangereuse".
Le prix de l'intégrité devait être remis dans un premier temps aux deux militants le 9 décembre mais elle avait été interdite par "l'administration de la bibliothèque nationale de Rabat", où elle devait initialement se dérouler, a précisé Assidon.

vendredi 24 juillet 2009

Mon 23 juillet 1999



Par ibnkafka, 23/07/2009


J’étais au Carrefour des Livres à Casablanca, ce vendredi 23 juillet 1999, pour assister à une conférence sur la corruption au Maroc. Sion Assidon, fondateur de Transparency Maroc et Me Abderrahim Berrada parlaient, chacun à sa façon, de ce problème, dont on ne peut dire par ailleurs qu’il n’a guère reculé dix années plus tard: Sion de manière clinique, comme un médecin-légiste pratiquant l’autopsie d’un système politique nécrosé, et Abderrahim comme le tribun radical qu’il est tout autant que brillant pénaliste. Après la fin de la conférence, à laquelle avaient assisté une trentaine de personnes, je m’étais attardé pour discuter avec Marie-Louise Belarbi, hôtesse du lieu. Je m’étais vite enflammé, dénonçant non seulement le système en général mais personnalisant – dans les limites des lignes rouges – ma diatribe: “un poisson pourrit par la tête”, avais-je dit, pointant l’index vers le haut dans un geste que reconnaissent les Marocains quand ils veulent désigner le véritable pouvoir sans oser le nommer ouvertement, un geste dont la similitude avec celui utilisé pour désigner la divinité est d’ailleurs parlante.
Bien sûr, je ne savais pas qu’au moment même où je disais ça, Hassan II était déjà mort. En quittant la librairie avec mon père, nous sommes rentrés directement à la maison, pour tout de suite être alertés par quelqu’un: la télévision publique ne diffuserait que des versets coraniques. Nous nous sommes doutés qu’un décès avait eu lieu, et je crois que c’est vers 18/19 heures que la confirmation officielle fût donnée sur RTM, avec retransmission quasi-immédiate de la cérémonie d’allégeance. Sous le choc, et je crois en l’absence d’Internet (je ne me rappelle plus très bien, mais je ne crois pas que nous étions connectés en 99), nous dînâmes en échangeant spéculations enfiévrées.
Habitant Mers-Sultan, non loin du rond-point éponyme et donc pas loin non plus de la place Mohammed V, il ne fallut pas longtemps – vers 22 heures je crois – pour entendre des clameurs. Bien entendu, je décidais de sortir, contre l’avis de mes parents – mon père s’était fait tabassé le 23 mars 1965, ne devant probablement sa survie qu’à la présentation d’une carte syndicale UMT barrée de deux traits rouges et verts qui avait sans doute fait croire au soldat qui le tabassait qu’il s’agissait d’un policier en civil ou autre représentant civil du makhzen. Depuis, le goût des manifestations populaires lui était passé.
Très rapidement, je vis des groupes de marcheurs reprenant chants et slogans à la mémoire du défunt Roi. La prédominance de femmes et de jeunes était frappante. Bien évidemment, pas un seul bobo en vue – l’impression la plus marquante de ces deux jours de deuil fût le deuil populaire, au sens premier du terme: le deuil des pauvres, la bourgeoisie étant absente du deuil tel que manifesté dans les lieux publics. Ceux qui étaient redevables à Hassan II du système politique et économique qui les favorise tant furent ceux dont le deuil ou l’émotion était la moins apparente. Par contre, ceux qui furent les premiers à souffrir d’un système économico-politique inique et brutal furent les plus démonstratifs dans leur affliction.
Je suivis un groupe mené par quelques femmes, de la place Mohammed V (ex-place des Nations-Unies) à la (nouvelle) place des Nations-Unies, pour continuer vers la place Oued el Makhazine et bifurquer vers le boulevard de la Gironde, le lieu de rassemblement spontané de tous ces groupes disparates semblant être l’esplanade de la Mosquée Hassan II. Je ne les suivis pas jusque là mais errais à travers le centre ville, suivant à distance les différents groupes qui marchaient. Je ne me rappelle plus à quelle heure je finis par rentrer chez mes parents, sans doute vers trois/quatre heures du matin.
Comme des dizaines de milliers d’autres Casablancais, je ne pouvais me résoudre à rester chez moi. Il me fallait sortir et participer au deuil collectif et sortir. En voiture avec mes parents, en route vers je ne sais plus où, nous fûmes bloqués, je crois au niveau d’Al Massira al khadra, par un cortège funéraire, composé comme toujours et partout à Casa ces deux jours-là par l’assortiment habituel de collégiens, diplômés-chômeurs, femmes au foyer, commerçants ambulants, gardiens de parking et autres représentants du Maroc d’en bas. C’est à ce moment que j’ai pleuré. J’ai pleuré à un autre moment, mais c’était après les funérailles, en regardant un documentaire sur 2M je crois, avec des images du défunt du début des années 60.
Je ne sais pas au juste ce que j’ai pleuré. Je n’ai certes jamais été un républicain, mais j’ai aussi longtemps que je m’en souvienne été écœuré par la propagande du régime, ses crimes et son iniquité. J’ai toujours été allergique au Matin du Sahara, à la RTM, à Mustapha Alaoui et plus encore au libéraux prétendus qui défendaient et défendent encore les crimes et iniquité du régime.
Pourquoi ai-je donc versé des larmes ? Je n’ai jamais été républicain, mais jamais royaliste (au sens littéral du terme) non plus – si je suis monarchiste, c’est que je manque d’imagination pour concevoir un autre système – républicain – pour le Maroc – à supposer qu’un système républicain soit souhaitable, ce dont je n’ai jamais réussi à me persuader en regardant vers le sud ou vers l’est – voire même vers le nord, tant les monarchies nordiques et du Benelux me paraissent plus démocratiques que les républiques latines ou d’Europe centrale. Le choix entre république et monarchie m’a toujours paru comme un faux problème, contrairement au choix entre la démocratie et l’autoritarisme.
Par atavisme familial, je n’ai jamais été un inconditionnel du régime. Mon père a toujours été sympathisant de la vraie USFP, pas le parti administratif qui s’est affublé de ce nom. Les amis marocains que j’ai connus étaient soit apolitiques soit de gauche (allant de la vraie USFP à l’extrême-gauche) soit islamistes (tendance frère musulman). N’ayant pas grandi au Maroc, je n’ai pas subi le matraquage scolaire, médiatique et symbolique sur la centralité et la sacralité du Roi. Par contre, comme souvent en diaspora, j’ai un côté nationaliste affirmé, sans doute en guise de compensation – mais c’est un nationalisme de la nation, pas du Roi.
Je n’ai aucun lien de parenté avec la famille royale. Au contraire, puisque des ancêtres portant mon nom ont eu maille à partir avec des sultans alaouites successifs, épisodes restés dans la mémoire familiale, et servant à expliquer chaque contretemps administratif ou politique connu par l’un d’entre nous, comme si des décennies et dizaines de dahirs de nomination n’avaient pas scellé une réconciliation depuis.
Je n’avais donc aucune raison particulière de pleurer, et à deux reprises en plus. Sans doute faut-il en chercher les causes dans plusieurs directions : le spectacle du lumpenproletariat casablancais faisant preuve d’une générosité étonnante (pleurer un Roi qui fît écraser dans le sang les révoltes populaires du 23 mars 1965 et du 10 juin 1981, et qui ignora superbement tout son règne durant la misère populaire), l’émotivité contagieuse, le rappel de la mort et du passage du temps (je n’avais connu aucun autre Roi du Maroc jusqu’à cette date). Mais c’est sans doute l’effet inconscient du discours médiatique, de la propagande institutionnelle et de la symbolique omniprésente de la monarchie : le Roi, présence de tous les instant et omnipotence reconnue jusque par ses opposants ; le Roi, Amir al mouminine, père de la nation – position soulignée par l’extraordinaire pratique discursive de Hassan II, et son fameux cha’ab al aziz. Surtout, c’est le sentiment du gâchis : un peuple pleurant un Roi qui l’avait ignoré et opprimé, un Roi ayant opprimé et ignoré un peuple très largement affligé à sa mort. La misère et la répression étaient-ils le résultat d’une méprise ? La seule réponse rationnelle est non, mais affectivement j’ai sans doute cédé à l’illusion.
La suite du samedi 24 juillet, je la passais dehors, à suivre les cortèges qui traversaient la vile pour se retrouver sur l’esplanade de la Mosquée Hassan II. Ca aussi, un symbole : le scandaleux racket organisé lors de la collecte des fonds pour l’édification de la mosquée Hassan II en avait détourné les habitants de Casablanca. L’atmosphère était calme, presque bon enfant, avec les cortèges sonores s’asseyant pour se reposer, semblant fatigués mais arrivés au but, sans savoir quoi faire, ne voulant ni rentrer et ne sachant pas comment continuer. Me baladant sur le boulevard Moulay Youssef, une canette de Coca à la main, un gamin traînant derrière un cortège, assoiffé par le soleil de plomb, me demanda une gorgée, et je lui donnais ma canette.
Plus tard, je crois que c’était le dimanche matin sans en être sûr, je fus contacté par un collègue suédois – j’étais en vacances – qui se trouvait être remplaçant à Dagens Eko, l’émission d’actualités phare de Sveriges Radio, pour l’été. Il m’appela alors que je me trouvais sur l’avenue Hassan II, sous les arcades près de la place des Nations-Unies. J’acceptais de passer en direct, et il m’interrogea sur les réactions populaires, qui apparemment avaient marqué les observateurs étrangers. Pris dans l’ambiance du moment, je lui dis que le Maroc avait un régime autoritaire, mais que les réactions du peuple marocain étaient assimilables à celles des enfants d’un père brutal et violent – à sa mort, en dépit de tout, ils ressentiront souvent du chagrin, en dépit de tout. Juste au moment où j’étais interviewé, un groupe d’une vingtaine d’adolescents tentait de prendre d’assaut un bus, probablement dans l’espoir de se rendre à Rabat. Je courais après les gamins et le bus, comme plusieurs autres badauds, racontant essoufflé ce à quoi j’assistais – m’écoutant par la suite, à mon retour en Suède, cette séquence donnait l’impression d’une mini-émeute, impression totalement erronée bien évidemment.
Vinrent ensuite les funérailles : j’aurais du me déplacer à Rabat, mais je suis finalement resté à Casa, à suivre l’impressionnant cortège de dignitaires étrangers, les scènes d’hystérie collective de la foule, et la prière du mort dans son dénuement (bien que la tardivité de l’enterrement, près de 48 heures après la mort de Hassan II, n’est pas été très orthodoxe – et je me rappelle de la hâte du premier ministre d’autoriser rapidement la vente d’alcool quelques jours après les funérailles en dépit des 40 jours de deuil officiellement décrétés).
J’ai lu et entendu des commentaires sur les scènes de deuil populaire : émanant parfois d’ami ou connaissances foncièrement anti-régime, ils ne m’ont pas paru coïncider avec ce que j’avais vu lors de ces deux jours à Casablanca. Ces commentaires m’ont plutôt paru révéler l’impossibilité de reconnaître la popularité non seulement de la monarchie, mais du Roi défunt – de la même façon incrédule qu’ont de nombreuses personnes aujourd’hui à reconnaître la popularité de Berlusconi, George Bush, Sarkozy et autres satrapes, occidentaux ou orientaux.
Quelle leçon tirer de cette expérience ? La première, c’est de se méfier de la personnalisation de l’histoire et de la politique : dans le cas du Maroc, rien n’indique que le système makhzénien ait connu une mue déterminante ce 23 juillet 1999, principalement parce que cette mue relative avait commencé huit années plus tôt, avec les effets directs de la publication de « Notre ami le Roi » de Gilles Perrault : libération d’une majorité écrasante des prisonniers politiques, retour de nombreux exilés, fermeture de cet Auschwitz marocain (génocide en moins) que fut Tazmamart, libération er la famille Oufkir, puis enclenchement de la fausse alternance qui aura eu la peau de l’USFP.
Ce que nous vivons aujourd’hui est la poursuite de cette évolution : à la répression féroce des années de plomb, qui recouvrèrent presque trois décennies (1965-1991), succéda une domination généralement moins brutale que la précédente (plus d’assassinats, des répressions d’émeutes remises entre les mains de la police et non plus de l’armée, une censure préalable de la presse allégée), mais sans que les caractères fondamentaux du régime n’en soient affectés : répression violente des mouvements de protestation, fussent-ils pacifiques ; répression ciblée mais systématique de la presse indépendante ; procès politiques iniques ; législation anti-terroriste permettant les travestis de justice ; corruption endémique ; et surtout monopole institutionnel du pouvoir, dans l’absence d’autres contre-pouvoirs que la peur des émeutes, les pressions (trop rares) des bailleurs de fonds étrangers et la crainte du qu’on dira-t-on des quelques médias occidentaux s’intéressant au Maroc. Même la politique sociale – et il est indéniable que le Roi Mohammed Vi fait montre d’une fibre sociale, contrairement à son père – avait connu une inflexion dans les dernières années du règne de Hassan II, qui avait lancé dans les années 90 l’électrification tardive des campagnes et le raccordement à l’eau potable.Si comme Abdallah Laroui on prend une perspective de long terme sur l’histoire du Maroc, l’héritage hassanien aura été de léguer un Etat fort, ayant finalement imposé le monopole de la violence à son profit (après des siècles de tentatives infructueuses, et prenant en compte que certains de nos voisins n’en sont toujours pas là), et rétabli un semblant d’intégrité territoriale. Mais en léguant cet Etat fort il aura aussi légué un système politique en phase de décomposition avancée, une société plus pauvre qu’elle ne le devrait au regard des ressources du Maroc, et une corruption érigée en institution.
Les hommes passent, les institutions demeurent.