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mardi 10 mars 2015

Poème de Wafae Charaf du fond de sa cellule

Traduction, Aziz HMOUDANE
Wafae CHARAF, prison civile de Tanger
Dimanche, 8 /2/2015
Humanite.fr
A l'occasion de cette journée internationale de la lutte pour les droits des femmes, une traduction de l'arabe au français d'un poème de la jeune militante Wafae Charaf du fond de sa cellule. La jeune Marocaine avait été emprisonnée, suite à son soutien aux luttes syndicales, dans sa ville de Tanger.
S'il vous plait, ne m'interrogez pas
Est-ce une vérité ?
Est-ce un rêve ?
Interrogez-moi...oui...interrogez-moi
Je suis liberté éternelle absolue
Je suis la patrie libre
Je suis une femme révolutionnaire
Je suis une jeune rebelle
Je suis une jeune militante...J'ai abandonné ma famille et mes camarades
Je suis derrière les barreaux des cellules de la réaction
Ma voix..Résistance.
Ma voix...Révolution
Mon amour...Résistance.
Mon militantisme...continu
Emprisonnée, opprimée, réprimée et j'ai souffert
Je me suis rebellé et je me rebellerai...J'ai milité et je militerai
Je réfléchi et je dis
S'il vous plait, avez-vous vu une détenue se consoler elle-même ?
Je renouvelle confiance en moicellule
Mon sourire augmente d'avantage mon espoir
Mon amour est celui d'une patrie libre
Mon amour est celui de la femme libre
Prisonnière je le suis mais libre malgré les chaines

lundi 24 novembre 2014

Poème / en souvenir de la nubile pendue en Iran

Poème / en souvenir de la nubile pendue en Iran

par Mohammed Belmaïzi , 24 novembre 2014

La grue

Ma mère
très tôt ce matin
les molochs hérissés en noir  
vont pendre une jeune fille

Hier déjà
la grue vrombissante
enfonce l’enceinte
de la médina

Tu sais l’engin qui déblaye
estrades
          esplanades
                   collines
                            os et crânes
qui creuse
              puits
                    tunnels
                            fosses communes en catimini
qui érige ponts
                  routes
                            rails
                                    écoles et prisons
la machine fabuleuse
                                qui te fascine
issue de la moiteur de la main
à l’origine censée souder
                                  continents-à-continents
                                                     peuples-à-peuples
                                                                       femmes-à-hommes ?

C’est à son crochet
ma mère
que la nubile
                   à l’aube
                              sera hissée haut et court
corde au cou
                   cagoule sur tête
et les exorbités badauds
                                tous mâles 
                                           jouisseurs infâmes
vont tanguer
au rythme du frêle corps beau et léger
                                                           inerte
                                                                     suspendu au ciel
qui va et qui vient
                         qui vit et qui plane


Mais maman
ton cœur tonne déjà
                       tanné de panique


Et je déchire ma cage thoracique
pour laisser ce cœur
chair de ta chair
venir écouter le tien
le tenir au chaud


Écouter ses premiers frémissements
au paroxysme de l’anéantissement
pour avoir cédé jadis
toi maman
au fol amour clandestin
décrété illicite par ta tribu
et on t’aurait pendue maman
Et une grue
               aurait… non je me refuse à l’imaginer !

Mais nulle crainte ma mère

demain matin très tôt
les mâles s’accoupleront à la grue mastodonte


Les amants
                 eux
                      abouchés
                               planant
                                       en mille baisers
consolident particules et infini


Et tu m’avais dit :

Mais comment…
                        comment prétendent-ils en finir avec l’Amour
exterminer les cœurs aussitôt nés
                                             et déjà anéantis
                                                                 du trop-plein d’aimer ?




Mohamed Belmaïzi

vendredi 12 septembre 2014

Un lendemain de liberté. Poème de Ziad Medoukh

Un poème de Ziad Medoukh, mon ami de Gaza 

Un lendemain de liberté
Une guerre atroce se répète sur notre terre !
Un génocide sous plusieurs noms,
Des bombes qui ravagent,
Massacres innommables et désastre total,
Horreurs insupportables et outrages israéliens,
Risque permanent et mort sans répit,
Injustice, usurpation et colère,
Souffrance et réalité meurtrière,
Humiliation au quotidien,
Drame humanitaire sans équivoque,
Désespérance et larmes de sang,
Immonde cauchemar,
Un enfer brûlant, un univers infâme
Et la peur aux tripes !
De terribles plaies vives infligées à la Palestine
Par un oppresseur impuni qui assassine la paix avec sa haine,
Par un ennemi du soleil et de la justice
Encouragé par le silence assourdissant du monde officiel.
Face à un usurpateur arrogant,
La vitalité et la résistance merveilleuse d’une population déterminée
Soutenue par des solidaires qui pleurent leur rage
Mais, pour quand la liberté ?
A quand la solution finale ?
S’interroge l'enfant palestinien innocent
A côté des ruines de sa terre fertile d’amour
Et qui subit la machine de guerre israélienne
Imposée par des criminels sans cœur ni pitié !
Au plus profond de mon cœur,
Moi, le palestinien enfermé
Je forme des vœux légitimes et humains
Exprimés par ma plume,
Avec mes mots fougueux
Écrits sur une page ensanglantée que la nuit enveloppe,
Moi qui pourfends l’occupant de ma poésie pacifiste
Produite en pleine guerre de ma prison à ciel ouvert !
Quand la nuit doucement étend son voile sombre
Sur le chemin moussu peint de lumière et d’ombre
Apparaît une étoile, carrée du ciel bleuté.
Quand le sang nourrit la feuille de l'olivier de Palestine
Quand s’élèvent nos esprits sous un même étendard
Espoir d’une nouvelle vie, florissante et sincère
Et quand le jour ressuscite en une aube différente
Je lance mon appel à la fraternité, à la justice et à la paix !
Un cri légitime de l’âme et du cœur
Pour un lendemain éblouissant où vient mourir la peur,
Un lendemain beau comme la beauté du ciel palestinien.
Il est temps d’apaiser le chagrin d’une mère palestinienne endeuillée
Et de révoquer l’âpreté des douleurs d’un peuple!
Il est temps de le sauver du camp de la mort !
Il est temps que chaque parent puisse voir grandir ses enfants dans la joie et la sérénité!
Il est temps que nos enfants trouvent sans peur la tendresse de leurs mères!
Il est temps de détruire le mur de la honte avec
La glaise de l’amour, de la tolérance fière des hommes sincères!
Il est temps que nos arbres qui meurent debout, grandissent sans arrachement!
Il est temps que l’odeur de la liberté noie celle du sang!
Il est temps d’en finir avec le nuage d’horreur qui planait sur la Palestine!
Il est temps que nous grimpions sur un arc-en-ciel de liberté et d’espoir
Et que la flamme de cet espoir scintille de beauté!
Il est temps que notre peuple digne retrouve sa liberté,
Un peuple déjà libre par le cœur et par l’esprit.

mardi 11 septembre 2012

La lettre d'Ahmed Benseddik au patrimoine des soufflets infligés au régime

Du Maroc des potentialités à celui des indignités

Hespress-Marocmaroc



Par SALAH ELAYOUBI, 11/09/2012

Le 26 juillet 2011, Ahmed Benseddik annonçait dans une lettre au roi, qu’il mettait fin à toute relation d’allégeance envers lui.
La lettre qui arrive après que l’intéressé ait épuisé tous les moyens, toutes les voies et toutes les suppliques, pour se faire entendre, sonne comme un coup de tonnerre.
Elle fera, sans doute, date et restera, à tout jamais, inscrite au patrimoine des soufflets qu’une poignée de démocrates et d’honnêtes citoyens marocains, a osé infliger au régime et à sa courtisanerie, d’autant que, postée sur la toile, celle-ci l’a répercutée à l’infini, comme l’écho dans la vallée.

Ahmed Benseddik
Aucun commis de l’Etat ne s’était, à ce jour, essayé à ce redoutable exercice, tant celui-ci comporte de dangers, pour la suite de la carrière et signifie, même, à coup sûr, pour son auteur, une fin de parcours dans l’administration publique.

Ceux, soucieux de leur dignité qui, dans le passé, ont refusé baise-main et allégeance à Hassan II, ont vu, en réaction, la moindre de leur démarche administrative, leur vie durant, transformée en parcours du combattant !

Pour le Palais, ses sicaires et leur paranoïa légendaire, la lettre de Benseddik constitue donc, un casus belli et l’encre à peine sèche, et l’ampliation tout juste entamée, qu’un cordon policier était déjà déployé, autour de son domicile, et ses moindres déplacements et contacts épiés.

Qu’est-il arrivé pour qu’un citoyen se rebelle, ainsi, contre la première autorité du pays ?
A quelles indicibles souffrances a-t-il du faire face ?

Benseddik était le Directeur de la station thermale de Moulay Yaacoub. A ce titre, il était responsable de sa bonne marche, de la sécurité de ses installations et de la politique de son développement.
Pas plus lorsqu’il a dévoilé des dysfonctionnements, comme l’exercice illégal qui était fait de la médecine, depuis douze ans, ou pointé du doigt les risques réels d’effondrement des bâtiments, ou imaginé tous ces louables projets d’accompagnement de la rénovation de la station thermale (jumelage de la station avec celle d’Aix-les-Bains, collaboration avec l’institut d’hygiène, la faculté de médecine), ou encore lorsqu’il a accueilli le roi ou été reçu par lui, pour expliquer ses projets, il n’a entrepris quoi que ce soit, qui ne relevât de sa responsabilité.
Les rapports techniques, de J.P. Ichter, architecte et du laboratoire LPEE où il est question de« Corrosion avancée des armatures, fissure de flexion, désordre de structure préjudiciable à la stabilité, processus de dégradation évolutif, la réparation imminente s’impose, marge de sécurité aléatoire, soutènement nécessaire dans les meilleurs délais, murs insuffisamment fondés, poutres en allège affectés par les dégradations, défaut d’étanchéité, dégradation générale du béton par les attaques des eaux sulfurées…etc….. », sont sans appel et confirment bien un réel danger pour les usagers de la station thermale.

En réponse, Ahmed Benseddik reçoit, un avis de révocation pour crime de lèse-majesté. Le courrier, de l’employeur, la CDG stipule :
« Manque de respect aux plus hautes autorités du pays : Harcèlement de Sa majesté le Roi lors d’une visite privée à la station thermale de Moulay Yacoub, sans qualité et droit d’agir, ni autorisation préalable de l’employeur. Mr Benseddik a remis un dossier au Roi comprenant des maquettes et des photos, chose qui a perturbé ce dernier. Il a même insisté lors de sa sortie pour lui remettre ledit dossier. »
Curieusement, la CDG aura attendu sept longs mois avant de s’apercevoir qu’il y avait eu offense.

La réponse de Benseddik est plus qu’éloquente sur l’ampleur de la méprise et l’amplitude de la tragédie qui se joue sous nos yeux:
« En vérité, j’ai remis à notre Souverain une revue que j’avais gardé précieusement : Elle montre un jeune alpiniste Français qui a planté le drapeau Marocain au sommet de la plus haute Montagne du monde, l’Everest, le jour du mariage de SM Le Roi Mohammed VI !! »

Une année plus tard, sa nomination par le roi, en qualité de directeur exécutif pour la célébration des douze siècles de la ville de Fès, apporte un cinglant démenti qu'il y ait eu une quelconque offense et confirme le complot qui lui vaudra in fine la mise à l’écart de ce projet dont il était, pourtant, l’initiateur.

En clair, et pour ramener les choses à leurs justes proportions, il est reproché, ni plus, ni moins à Benseddik de s’être montré par trop entreprenant avec le roi, en lui détaillant les axes d’un développement ambitieux de la station thermale. Et Pour qui connaît les courtisans et les aposématismes qu’ils ont développés, il est inutile de chercher ailleurs, les raisons de tant d’acharnement.

Professionnel, dynamique et entreprenant, Benseddik s’est acharné, en bon centralien, à trouver des idées, les explorer, les conceptualiser et fédérer autour de lui des structures, des hommes, et des synergies pour les transformer en projets, auxquels ont adhéré des sommités, au-delà de nos frontières.
Beaucoup de ceux qui l’accablent aujourd’hui, ne peuvent en dire autant, et en cela, il était devenu dangereux.

De plus, en relevant consciencieusement et scrupuleusement tous les dysfonctionnements de la station thermale et les dangers de mort que l’obsolescence de ses structures faisait et continue de faire courir à l’utilisateur, il a, comme on dit, levé des lièvres de taille et mis en exergue la gestion calamiteuse de ses prédécesseurs, leur incompétence et l’incurie de la hiérarchie, qui a couvert tous ces manquements.
Il ne s’écoulera guère beaucoup d’eau sous les ponts, ni de lunes dans le ciel, avant que l’avenir ne lui donne raison !

« Ils » nous avaient vanté le Maroc des potentialités et avaient oublié de nous parler de celui des indignités. Pour avoir cru au premier, Benseddik se voit infliger le second. Il a, ainsi, rejoint la cohorte des opprimés, des emmurés et des exilés.
Frappé d’ostracisme, il aurait pu, comme certains, se murer dans le silence emprunté des coupables et attendre la rédemption, ou l’absolution pour rebondir, comme sait si bien le faire la courtisanerie.
Il a, au contraire, choisi de se battre, debout, comme un homme libre, exigeant d’être jugé, si sa responsabilité était avérée, dans un quelconque acte délictueux,
Quoi de plus normal que de vouloir retrouver son honneur bafoué, reconstruire sa vie détruite et voir rétablir ses droits, tous ses droits.
Quoi de plus légitime que demander réparation du préjudice incalculable qu’on vous a injustement infligé, pour avoir simplement fait votre travail et cru en votre pays.
Je ne voudrais pas terminer cette mise au point sans évoquer cette ignominie supplémentaire, infligée aux démocrates, ce 4 août 2011, lors de leur visite de soutien au domicile de l’intéressé.
Après avoir filmé les militants, sous tous les angles, l’un des nervis, reconnaissant Sion Assidon, a cru bon lui asséner « Toi le juif, va-t’en en Israël ! ».*
Que répondre face à tant d’ignorance du Maroc, de sa culture, de son patrimoine et de son histoire ?
Absolument rien, sauf à penser que le régime n’a plus rien d’autre à aligner face à notre légitime combat pour la liberté et la dignité, que des crapules de la pire espèce.
Et le plus ignoble dans l’affaire, c’est que c’est à nous qu’il incombe de payer leurs salaires.

* http://fr.lakome.com/politique/54-podcasts/679-temoignage-dahmed-benseddik-.html
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 Poème de Ahmed BENSEDDIK
dit par un jeune militant lors de la manifestation anti Beyaa le 1er sept
http://youtu.be/3-L2VogfwK0