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mardi 11 septembre 2012

La lettre d'Ahmed Benseddik au patrimoine des soufflets infligés au régime

Du Maroc des potentialités à celui des indignités

Hespress-Marocmaroc



Par SALAH ELAYOUBI, 11/09/2012

Le 26 juillet 2011, Ahmed Benseddik annonçait dans une lettre au roi, qu’il mettait fin à toute relation d’allégeance envers lui.
La lettre qui arrive après que l’intéressé ait épuisé tous les moyens, toutes les voies et toutes les suppliques, pour se faire entendre, sonne comme un coup de tonnerre.
Elle fera, sans doute, date et restera, à tout jamais, inscrite au patrimoine des soufflets qu’une poignée de démocrates et d’honnêtes citoyens marocains, a osé infliger au régime et à sa courtisanerie, d’autant que, postée sur la toile, celle-ci l’a répercutée à l’infini, comme l’écho dans la vallée.

Ahmed Benseddik
Aucun commis de l’Etat ne s’était, à ce jour, essayé à ce redoutable exercice, tant celui-ci comporte de dangers, pour la suite de la carrière et signifie, même, à coup sûr, pour son auteur, une fin de parcours dans l’administration publique.

Ceux, soucieux de leur dignité qui, dans le passé, ont refusé baise-main et allégeance à Hassan II, ont vu, en réaction, la moindre de leur démarche administrative, leur vie durant, transformée en parcours du combattant !

Pour le Palais, ses sicaires et leur paranoïa légendaire, la lettre de Benseddik constitue donc, un casus belli et l’encre à peine sèche, et l’ampliation tout juste entamée, qu’un cordon policier était déjà déployé, autour de son domicile, et ses moindres déplacements et contacts épiés.

Qu’est-il arrivé pour qu’un citoyen se rebelle, ainsi, contre la première autorité du pays ?
A quelles indicibles souffrances a-t-il du faire face ?

Benseddik était le Directeur de la station thermale de Moulay Yaacoub. A ce titre, il était responsable de sa bonne marche, de la sécurité de ses installations et de la politique de son développement.
Pas plus lorsqu’il a dévoilé des dysfonctionnements, comme l’exercice illégal qui était fait de la médecine, depuis douze ans, ou pointé du doigt les risques réels d’effondrement des bâtiments, ou imaginé tous ces louables projets d’accompagnement de la rénovation de la station thermale (jumelage de la station avec celle d’Aix-les-Bains, collaboration avec l’institut d’hygiène, la faculté de médecine), ou encore lorsqu’il a accueilli le roi ou été reçu par lui, pour expliquer ses projets, il n’a entrepris quoi que ce soit, qui ne relevât de sa responsabilité.
Les rapports techniques, de J.P. Ichter, architecte et du laboratoire LPEE où il est question de« Corrosion avancée des armatures, fissure de flexion, désordre de structure préjudiciable à la stabilité, processus de dégradation évolutif, la réparation imminente s’impose, marge de sécurité aléatoire, soutènement nécessaire dans les meilleurs délais, murs insuffisamment fondés, poutres en allège affectés par les dégradations, défaut d’étanchéité, dégradation générale du béton par les attaques des eaux sulfurées…etc….. », sont sans appel et confirment bien un réel danger pour les usagers de la station thermale.

En réponse, Ahmed Benseddik reçoit, un avis de révocation pour crime de lèse-majesté. Le courrier, de l’employeur, la CDG stipule :
« Manque de respect aux plus hautes autorités du pays : Harcèlement de Sa majesté le Roi lors d’une visite privée à la station thermale de Moulay Yacoub, sans qualité et droit d’agir, ni autorisation préalable de l’employeur. Mr Benseddik a remis un dossier au Roi comprenant des maquettes et des photos, chose qui a perturbé ce dernier. Il a même insisté lors de sa sortie pour lui remettre ledit dossier. »
Curieusement, la CDG aura attendu sept longs mois avant de s’apercevoir qu’il y avait eu offense.

La réponse de Benseddik est plus qu’éloquente sur l’ampleur de la méprise et l’amplitude de la tragédie qui se joue sous nos yeux:
« En vérité, j’ai remis à notre Souverain une revue que j’avais gardé précieusement : Elle montre un jeune alpiniste Français qui a planté le drapeau Marocain au sommet de la plus haute Montagne du monde, l’Everest, le jour du mariage de SM Le Roi Mohammed VI !! »

Une année plus tard, sa nomination par le roi, en qualité de directeur exécutif pour la célébration des douze siècles de la ville de Fès, apporte un cinglant démenti qu'il y ait eu une quelconque offense et confirme le complot qui lui vaudra in fine la mise à l’écart de ce projet dont il était, pourtant, l’initiateur.

En clair, et pour ramener les choses à leurs justes proportions, il est reproché, ni plus, ni moins à Benseddik de s’être montré par trop entreprenant avec le roi, en lui détaillant les axes d’un développement ambitieux de la station thermale. Et Pour qui connaît les courtisans et les aposématismes qu’ils ont développés, il est inutile de chercher ailleurs, les raisons de tant d’acharnement.

Professionnel, dynamique et entreprenant, Benseddik s’est acharné, en bon centralien, à trouver des idées, les explorer, les conceptualiser et fédérer autour de lui des structures, des hommes, et des synergies pour les transformer en projets, auxquels ont adhéré des sommités, au-delà de nos frontières.
Beaucoup de ceux qui l’accablent aujourd’hui, ne peuvent en dire autant, et en cela, il était devenu dangereux.

De plus, en relevant consciencieusement et scrupuleusement tous les dysfonctionnements de la station thermale et les dangers de mort que l’obsolescence de ses structures faisait et continue de faire courir à l’utilisateur, il a, comme on dit, levé des lièvres de taille et mis en exergue la gestion calamiteuse de ses prédécesseurs, leur incompétence et l’incurie de la hiérarchie, qui a couvert tous ces manquements.
Il ne s’écoulera guère beaucoup d’eau sous les ponts, ni de lunes dans le ciel, avant que l’avenir ne lui donne raison !

« Ils » nous avaient vanté le Maroc des potentialités et avaient oublié de nous parler de celui des indignités. Pour avoir cru au premier, Benseddik se voit infliger le second. Il a, ainsi, rejoint la cohorte des opprimés, des emmurés et des exilés.
Frappé d’ostracisme, il aurait pu, comme certains, se murer dans le silence emprunté des coupables et attendre la rédemption, ou l’absolution pour rebondir, comme sait si bien le faire la courtisanerie.
Il a, au contraire, choisi de se battre, debout, comme un homme libre, exigeant d’être jugé, si sa responsabilité était avérée, dans un quelconque acte délictueux,
Quoi de plus normal que de vouloir retrouver son honneur bafoué, reconstruire sa vie détruite et voir rétablir ses droits, tous ses droits.
Quoi de plus légitime que demander réparation du préjudice incalculable qu’on vous a injustement infligé, pour avoir simplement fait votre travail et cru en votre pays.
Je ne voudrais pas terminer cette mise au point sans évoquer cette ignominie supplémentaire, infligée aux démocrates, ce 4 août 2011, lors de leur visite de soutien au domicile de l’intéressé.
Après avoir filmé les militants, sous tous les angles, l’un des nervis, reconnaissant Sion Assidon, a cru bon lui asséner « Toi le juif, va-t’en en Israël ! ».*
Que répondre face à tant d’ignorance du Maroc, de sa culture, de son patrimoine et de son histoire ?
Absolument rien, sauf à penser que le régime n’a plus rien d’autre à aligner face à notre légitime combat pour la liberté et la dignité, que des crapules de la pire espèce.
Et le plus ignoble dans l’affaire, c’est que c’est à nous qu’il incombe de payer leurs salaires.

* http://fr.lakome.com/politique/54-podcasts/679-temoignage-dahmed-benseddik-.html
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 Poème de Ahmed BENSEDDIK
dit par un jeune militant lors de la manifestation anti Beyaa le 1er sept
http://youtu.be/3-L2VogfwK0

jeudi 5 juillet 2012

Effondrements de bâtiments au Maroc : Citoyens et patrimoine en grand danger

Par Ahmed Iraqi , demainonline, 28/6/2012                                       Le silence complice

Opinion. De l’effondrement à Meknès de la mosquée Bradyiine aux catastrophes similaires à Fès, et de l’effondrement de maisons à Casablanca en mai 2012 à un autre à Casablanca en juin 2012,  les catastrophes se succèdent  et la liste des victimes s’allonge.  Qui est responsable? N’est-ce pas aussi le silence et l’indifférence ?
Que se passe-t-il, par exemple, lorsque le directeur d’une institution publique qui reçoit des milliers de citoyens chaque jour, en l’occurrence la station thermale de Moulay Yacoub, tire la sonnette d’alarme après avoir reçu en 2006 deux rapports d’expertise techniques évoquant un risque d’effondrement ? Ces rapports ont été appuyés par le témoignage de l’architecte Jean Paul Ichter en Octobre 2008.

Tout le monde connait par cœur les moindres détails de ce scandale, tellement la presse en a parlé. Pourtant, les risques pour la sécurité et la santé des citoyens demeurent.

Ce qui s’est passé, c’est que le directeur de cette institution a été officiellement accusé par son hiérarchie à Rabat de manque de respect au roi et de harcèlement du roi. Paradoxalement, l’homme qui a fabriqué la fausse accusation continue d’être promu et encensé par le pouvoir suprême !

Cette attitude non seulement approuve la vengeance vis-à-vis de ce directeur qui a sonné l’alarme, mais approuve également le fait d’avorter le projet de mise à niveau et de valorisation que le même directeur avait proposé pour que la station Moulay Yacoub retrouve enfin sa vocation médicale.

D’autre part, des hommes politiques ont instrumentalisé cette affaire juste avant les dernières élections législatives en montrant une solidarité de façade et en usant d’un discours qui dénonce la corruption et l’abus de pouvoir. Une fois ministres, ils ont changé soudain d’avis et ont préféré le silence.

C’est qui est terrible dans ce type d’affaires est la continuation de ce silence. Cette omerta devient une complicité objective de la part de tous, y compris les victimes réelles ou potentielles.

Comme il ne faut faire confiance au loup pour garder les brebis, le seul espoir qui reste est que chacun assume sa part de responsabilité pour briser ce mur de silence très épais.

Ahmed Iraqi (Professeur de médecine, ancien ministre de l’Environnement, Secrétaire général adjoint du Parti Socialiste)

 http://www.demainonline.com/2012/06/28/le-silence-complice/
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Un commentaire sur demainonline
AMESLI
29 juin 2012 - 8 h 14 min

Les ruines…

Le professeur Ahmed Iraqi dénonce tout haut ce que tout le monde au Maroc pense tout bas. Venant d´un ancien ministre de l´environnement cette déclaration ouverte sonne le glas. Elle est inquiétante.

Tout d´abord au delà des stations thermales qui sont d´utilité publique aux maisons andalouses de Fèz, Rabat, Chefachaouen, Tétouan ou Salé qui menacent ruine, décrépissent ou sont vendues à bas prix à des étrangers qui les transforment en  » Riads » exotiques aux Médinas à travers tout le Royaume, tout ce patrimoine va disparaître.

Dans toutes les villes du Maroc on constate que des pans entiers de quartiers tombent chaque jour. Des vieilles maisons plusieurs fois centenaires aux mosquées ou autres monuments. En plus des constructions illégales élevées à coups de corruption chez le conseil municipal et qui enterrent des familles entières.

Le phénomène est connu. La maladie est déclarée. Le diagnostique est établi.
Mais qui prendra la responsabilité?

On constate que nous sommes en face d´un vide juridique, démocratique et citoyen. En amont, la sourde oreille ou la stratégie bien marocaine du singe qui ne veut ni entendre, ni voir ni parler. En aval une société civile castrée qui ne voit que les intérêts immédiats, le gain facile dans une atmosphère de je m´en foutisme.

Et au dessus, comme un nuage opaque, le pouvoir qui ne réalise pas que cette corruption, cet arbitraire, cette cécité vont mener nos villes anciennes et notre patrimoine vers la ruine pure et simple.

Entre le discours et le travail concret, il existe des années lumière de distance.

La réponse au professeur Iraqi est simple : Nous n´avons pas un état de droit et donc nous n´avons pas d´institutions nationales capables de résoudre ces problèmes indépendamment des intérêts de certains alors qu´il s´agit de l´intérêt de tous les citoyens.    

dimanche 3 juin 2012

Le maire de Fès s'en prend bassement à Ahmed Benseddik

Par demainonline, 3/6/2012

  Hamid Chabat se cherche de nouveaux ennemis 

Image du profil
Ahmed Benseddik
Au lieu de s’occuper de ses problèmes familiaux, qui sont nombreux, le maire de Fès et patron du syndicat de l’Istiqlal (L’Union générale des travailleurs du Maroc, UGTM), Hamid Chabat, s’en prend à Ahmed Benseddik, le concepteur de la commémoration des 1200 ans de la capitale spirituelle du Maroc. « Il devait se chercher un médecin », lance Chabat lors d’une émission radio. 

Hamid Chabat
Pour lui, Benseddik, qui dirigeait la centrale thermale de Moulay Yaâcoub, et à qui on a piqué l’idée de la commémoration de Fès, n’aurait jamais dû alerter les autorités marocaines des risques d’effondrement des murs de l’édifice sur les clients. « Cela fait des années que Benseddik est parti et les murs tiennent toujours bon », s’est exclamé le maire. Sauf qu’au Maroc, tant que les murs tiennent, c’est bon, mais dès qu’ils s’effondrent, comme on le voit un peu partout aujourd’hui, il faut vite un coupable.

jeudi 28 juillet 2011

Ahmed Benseddik à Mohammed VI : « j’ai décidé de rompre toute relation d’allégeance vis-à-vis de vous »


Par  lakome.com, 26/7/2011

« J'ai le regret de vous informer que, pour ma part, j’ai décidé de rompre toute relation d’allégeance vis-à-vis de vous » C’est par ses mots qu’Ahmed Benseddik commence sa missive à l’intention de Mohammed VI. Cette lettre que publie Lakome est celle d’un homme désespéré qui n’estime n’avoir plus rien à perdre. Elle contient quelques révélations qui valent le détour.

La première a trait à la nomination de Saad Kettani, fils de moulay Ali Kettani, fondateur du groupe Wafabank, en qualité de haut-commissaire à la célébration du 1200ème anniversaire de Fès. Ahmed Benseddik affirme que Brahim Frej, Chambellan de Mohammed VI au moment des faits, lui aurait affirmé que la nomination de Kettani était sous-tendue par « la docilité dont il avait fait montre lors de la vente de Wafabank » à la holding du roi. Il faut rappeler que de cette opération est né Attijari Wafabank, pilier du conglomérat du roi et véritable tour de contrôle de l’économie marocaine.

Benseddik affirme aussi que Abdeslam Aboudrar, président de l'Instance de Prévention Contre la Corruption, lui avait avoué que le Cabinet Royal lui avait demandé de ne pas « ouvrir » le dossier Moulay Yacoub. Une révélation qui met à mal la crédibilité de l'appui du palais à la lutte contre la corruption.

D'autre part, Benseddik accuse Majidi d'avoir monté une cabale judiciaire contre Khalid Oudghiri, ancien PDG d'Attijari Wafa, condamné à 15 années de prisons à l'issue d'un procès ubuesque.

Coupable d’avoir dénoncé un peu trop bruyamment la mauvaise gestion et la corruption qui gangrénait la société dont il venait d’être chargé, la société thermo-médicale de Moulay Yacoub filiale de la CDG, Ahmed Benseddik fut démis de ses fonctions. Il avait pourtant été jugé assez fiable pour que le roi lui confie la direction exécutive de l’association du 1200ème anniversaire de la ville de Fès Marginalisé, Ahmed Benseddik, a vu toutes les portes se fermer devant lui. Diplômé de l’Ecole Centrale, l’une des écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses de France, il a pourtant des états de service qui lui permettent de prétendre aux plus hauts postes de responsabilités.






Lettre de Ahmed Benseddik à Mohammed VI
Au nom de Dieu le Clément le Miséricordieux
De : Ahmed Benseddik,
Ingénieur de l’école centrale de Paris,
Ancien directeur général de la société thermo-médicale de Moulay Yacoub,
Concepteur du projet et ancien directeur exécutif de l’association du 1200ème anniversaire de la ville de Fès.
Après la lettre de la dignité, la responsabilité et la clarté datée du 05 07 2010 adressée au:
Roi du Maroc Mohamed VI
La présente lettre s’adresse au même destinataire.
Paix et salut sur vous,
Si, après le 20 février, le concept de l’allégeance au roi garde encore quelque signification, j'ai le regret de vous informer que, pour ma part, j’ai décidé de rompre toute relation d’allégeance vis-à-vis de vous. Et ce, en raison de ma profonde déception née des suites de votre injustice, mais, aussi, parce que j’ai perdu tout espoir de vous voir me rendre cette justice que je ne cesse de revendiquer, à juste titre, depuis… Un contrat ne devient-il pas caduque, donc nul et non avenu, dès lors que l’une des parties contractantes n’en remplit pas, avec entêtement, les obligations ?
Je me suis adressé à vous par divers moyens, et via divers canaux, pour vous faire part de certains actes éminemment graves commis par ceux qui ont votre confiance ou avec qui vous avez conclu des transactions. Ainsi, ceux-là, n’ont pas hésité à tisser des accusations mensongères, à bafouer le droit, à mépriser le patrimoine, l'histoire et la civilisation, à détourner l'argent public et à s’approprier, comme de vulgaires pirates, les idées et les efforts des autres. En l’occurrence, les miens. Aussi, ont-ils parjuré et détourné le nom du roi pour en faire une arme de destruction massive, sans se soucier, le moins du monde, des conséquences morales, matérielles, professionnelles, sociales et psychologiques, toutes tragiques il va sans dire, qui allaient en découler.
Je me suis adressé à votre cabinet, à toutes les institutions de l'État et à toutes les personnalités impliquées, d’une manière ou d’une autre, dans le scandale de la station thermale de Moulay Yacoub* et dans celui du 1200ème anniversaire de Fès. L’absence de réaction et l’assourdissant silence qui sanctionnèrent mes multiples requêtes m'ont conforté dans l’idée que le manque de responsabilité morale, l'impunité et le manque de courage sont des points communs que partagent certains membres de votre entourage. Le silence des lâches n’est-il pas le meilleur encouragement à la corruption et le meilleur soutien à l’injustice ?
Pourtant, votre chambellan, Mr Brahim Frej, m’a bien expliqué, sans détour aucun, que votre décision de nommer Mr Saad Kettani en qualité de haut-commissaire à la célébration du 1200ème anniversaire de Fès était sous-tendue par la docilité dont il avait fait montre lors de la vente de Wafabank à votre holding. Une manière de le récompenser en somme. Dois-je rappeler aussi, que votre conseiller, Mr Abbès Jirari, avait fait une déclaration retentissante sur les « clous de votre table » et sur ces vautours qui vous entourent et dont l’influence a fini par vous rendre pratiquement dans l’incapacité d’assumer votre obligation d'équité et d’être à même de pouvoir réparer leurs dégâts. Aussi, d’aucuns s’accordent à admettre qu’ils ont, désormais, plus de pouvoir que vous.
Pour sa part, Mr Abdesslem Aboudrar, président de l'Instance de Prévention Contre la Corruption, a fini par avouer, pour sa part, que le Cabinet Royal lui a demandé de ne pas « ouvrir » le dossier Moulay Yacoub.
Je vous rappelle également que cette « affaire » de Fès avait fait l’objet d’une question posée au Premier Ministre le 22 mai 2008 dans le cadre des débats parlementaires...Mais, celle-ci, ne suscita, encore une fois, aucune réaction. Il n’y eu, pour ainsi dire, ni enquête, ni délimitation de la responsabilité des uns et des autres dans ce scandale. Encore moins de réhabilitation à mon égard…
Par ailleurs, je suis au regret de constater qu’au terme de votre douzième année de règne votre ligne de conduite est restée désespérément la même ; une ligne de conduite qui consacre l’impunité des lobbys qui menacent grandement, faut-il le préciser ?, l’avenir de notre pays. Un constat que corrobore votre persistance à laisser délibérément la corruption ronger la société et l’Etat. Cette gangrène fait classer notre pays dans un rang peu honorable au titre de l’indice de la corruption.
C’est dire, ô combien est malheureux le fait que vous n’avez tenu aucun compte du sage conseil d’Ibn Khaldoun sur la question de l’incompatibilité entre l’exercice du pouvoir et celui des activités économiques.
Aussi, avais-je écrit, dans ma précédente lettre, ceci :"Votre majesté n’ignore pas qu’après le refus des Institutions, de la Justice entre autres, d’assumer leur plein rôle, votre devoir est de faire triompher le Droit, d’ordonner la réparation des torts et de redonner, aussi, de la crédibilité et de la légitimité à vos royales décisions en réhabilitant notamment la dignité qui a été bafouée en votre nom, et en sanctionnant de manière juste et équitable, il va sans dire, les responsables des dérives et des abus quand bien même ceux là font partie de votre sérail ». Je privilégiais alors, l’hypothèse que « le roi ne saurait céder au chantage ou se laisser instrumentaliser par les comploteurs et ne se laisserait pas aller à encourager la lâcheté et le piratage des idées ; et que le roi, n’ayant besoin ni d’hypocrites ni d’obséquieux, ne peut, non plus, fermer les yeux face à autant de mépris de l’histoire et de la moralité. Où se situe le problème alors ? »
Votre silence face à cette interrogation est venu me conforter dans l’idée que le problème réside justement dans mes hypothèses naïves et dans ma conception idyllique des choses. Vous avez, en effet, consciemment ou inconsciemment je ne saurais le dire, encouragé la lâcheté et la déliquescence de la morale. Et vous avez, malheureusement, ô roi, protégé des escrocs et des malfrats. Tout comme vous avez abandonné, à leur triste sort, bien avant moi, le capitaine Mustapha Adib qui, comme tout un chacun le sait, a été emprisonné au seul motif qu’il avait dénoncé abus et corruption, et Mr Khalid Oudghiri, le président d’Attijariwafabank, injustement condamné par un appareil de Justice instrumentalisé par votre secrétaire particulier, Mr Mounir Majidi, qui tenait à assouvir une vengeance.
Dois-je comprendre que j’ai commis l’erreur, lors de votre visite à Moulay Yacoub, de ne pas avoir été assez obséquieux, et de vous avoir exposé un projet scientifique que vous aviez alors encouragé ? Je tiens à rappeler, avec quelque insistance, que je n’avais alors rien sollicité pour moi-même. Par contre, je vous ai offert la photo du drapeau national planté, pour la première fois, en haut de l’Everest, sur le toit du monde, le jour de votre mariage ! Je me souviens que ce geste vous a particulièrement touché. J’avais aperçu alors une flamme de joie, non feinte, dans les yeux de l’homme que vous êtes avant celles du roi. Mais une telle audace, pour innocente qu’elle fût, n’était pas du goût des tenants de la machine à broyer qui vous entoure.
Dois-je comprendre aussi, que j’ai commis l’erreur de prendre une autre initiative, celle-là plus osée encore, devait penser votre entourage, en proposant qu’une commémoration historique exceptionnelle soit intelligemment exploitée pour renforcer la fierté nationale et mettre en lumière des aspects de la civilisation du Maroc ? Un projet dont vous aviez approuvé non seulement le concept mais auquel vous aviez ordonné la budgétisation de 350 millions de DH pour sa mise en œuvre. Il est clair qu’un tel budget est de nature à attirer les rapaces et à aiguiser bien des appétits.
Ce n’est que récemment que j’ai réalisé, avec beaucoup d’amertume, que, dans mon pays, en vertu d’une constitution, celle-là non écrite, il est formellement interdit de réfléchir ou de suggérer des initiatives. Aussi sanctionne-t-elle l’acte de rêver d’un Maroc fier de sa culture, fier de son histoire et irrévocablement réconcilié avec ses talents, honnêtes et méritants.
Vous avez été terriblement injuste à mon égard et m’avez fait beaucoup de tort. Aussi, cette injustice et ce tort deviennent-ils chaque jour que Le Bon Dieu fait, un peu plus douloureux. Et aujourd’hui cette douleur est à son paroxysme.
A ma loyauté envers mon pays et à mon patriotisme vous avez répondu par le mépris, par l’humiliation et par une insoutenable indifférence. L’avenir de mes enfants s’est ainsi trouvé détruit par votre silence, que je qualifie, sans réserve, de honteux, et par celui, non moins honteux, de vos institutions et organes. Néanmoins, je m’efforce de ne pas avoir de ressentiment vis-à-vis de votre personne. Tout comme d’ailleurs, et je tiens à le souligner, je n’ai pas d’appréhension particulière par rapport à la monarchie parlementaire. Je demande à Dieu à ce que mon cœur reste pur et ne devienne pas proie à la haine et à la rancœur.
Pour toutes ces considérations, je romps donc l’allégeance envers vous. Et je me libère de tout lien et de tout engagement à votre égard. Faites ce que bon vous semblera.
Tuez-moi autant de fois que vous le voudrez ! Sans vous soucier des conséquences...Comme, malheureusement, cela est dans votre habitude.
Paix sur celui qui connait sa valeur et se soumet à son Dieu.
Ahmed Benseddik
ahmed.benseddik@gmail.com

 Ahmed Benseddik a depuis des années tiré la sonnette d'alarme sur l’ancien bâtiment thermal qui risque de s’effondrer, alors qu’il reçoit journellement plusieurs milliers de personnes. ndlr

samedi 16 juillet 2011

Qui décide réellement au Maroc ?

Témoignage
par Ahmed Benseddik,* 19/2/2011

Ce témoignage est issu de ma propre expérience avec le roi et le palais avec deux projets d’envergure et d’intérêt national que j’ai conçus et présentés au roi (le premier en mains propres et un autre au cabinet royal). Une fois les projets avortés par son entourage malgré ses instructions, le roi reste silencieux et n’assume pas sa responsabilité. 

J’avais présenté au roi en 2006, qui l’a approuvé, un projet de mise à niveau de Moulay Yacoub, unique station thermale du Maroc, en coopération avec Aix le Bains. Lorsque j’ai révélé que le directeur médical a exercé pendant 12 ans sans autorisation légale et que le bâtiment présente un risque d’effondrement, il fallait étouffer le scandale, avorter le projet (malgré les décisions royales) et m’accuser de manque de respect au Roi. Le nom du roi devient un instrument de vengeance aux mains de son entourage et au diable la santé et la vie des citoyens.

Le projet de commémoration de 12 siècles de Fès, avec un budget de 350.000.000 DH s’est transformé en un scandale politico-financier doublé d’un ratage médiatique et une honte historique. Le Haut-Commissaire Mr Saad KETTANI, étranger au monde culturel, est un ex-banquier qui avait vendu Wafabank à la holding royale ONA. Même le chambellan du Roi confirme que ce choix royal est une compensation de prestige. L’intérêt financier privé du roi et son entourage l’a emporté sur l’intérêt national. Pire, Mr KETTANI a ignoré superbement les ordres écrits du roi dont ma nomination en tant que directeur exécutif tout comme il a méprisé la commission nationale décidée par le roi.

Le roi et le palais ont répondu par le silence et le mépris à ma grève de la faim, mes lettres ouvertes (la dernière date de juillet 2010), à la protestation de la presse, du parlement, des organes de Droits de l’Homme y compris le très royal Conseil Consultatif des Droits de l’Homme. La seule réaction est une menace d’un appel anonyme et nocturne. Je suis encore en vie…
Bien avant wikileaks, le conseiller royal (très marginalisé) Abbès JIRARI m’a résumé la situation ainsi : « Le Roi est incapable de réparer les injustices commises par les tyrans qui l’entourent ». La majidisation de l’économie et la fouadisation(**) de la politique, orchestrées par le Makhzen plus que par l’Etat moderne, sont les conséquences d’une architecture de gouvernance où les pouvoirs du roi et donc du palais, sont absolus, illimités et sans contrôle et l’appétit de l’argent sans fin. La monarchie, institution à la légitimité historique et à laquelle les Marocains sont attachés en tant que pivot de cohésion et d’équilibre, se trouve menacée par ces dérives paradoxalement royales !! 

*Ahmed Benseddik
- Ingénieur de l’Ecole Centrale de Paris
- Ancien directeur général de la station thermale de Moulay Yacoub
- Initiateur de la commémoration du 1200ème anniversaire de la fondation de la ville de Fès

**Majidi : directeur du secrétariat particulier du roi / Fouad Himma : ami du roi.