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lundi 14 novembre 2016

Détention “arbitraire” et “torture” de deux jeunes sahraouis au Maroc, des ONG des droits de l’homme dénoncent

 Sahara Press Service, 14/11/2016


Plusieurs ONG des droits de l’homme ont dénoncé lundi la détention “arbitraire” et la “torture” par les autorités marocaines de deux jeunes sahraouis militants des droits de l’homme.



L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme, partenariat de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) ont lancé un “appel urgent” à tous les militants des droits de l’homme dans le monde pour “intervenir de toute urgence” sur la situation suivante au Maroc, les priant d’écrire aux autorités marocaines pour “mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris judiciaire, contre MM. Amidan Said et Brahim Laajail”.
“L’Observatoire dénonce fermement le harcèlement judiciaire à l’encontre de MM. Said et Laajail et les mauvais traitements subis par tous les activistes (…) qui visent à intimider et entraver leur action en faveur des droits de l’homme, notamment ceux du peuple sahraoui”, a indiqué un communiqué rendu public lundi.

mercredi 11 février 2015

9 ONG inquiètes des mesures d’intimidation exercées contre les victimes de tortures et une ONG qui les représente

jeudi 20 décembre 2012

L' OMCT appelle les autorités gouvernementales à s'assurer que le processus de réformes débouche sur l'abolition de la torture

Maroc : progrès significatifs au niveau législatif, efforts majeurs encore nécessaires dans l'application des principes consacrés dans les lois.

Rabat, le 14 décembre 2012 

Au terme d'une visite de six jours d'une délégation d’experts dans la lutte contre la torture à Rabat, l'Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) appelle les autorités gouvernementales à s'assurer que le processus de réformes débouche sur l'abolition de la torture et sur une pleine imputabilité. La délégation appelle les autorités à travailler avec la société civile pour s’assurer que les progrès accomplis dans la Constitution, la législation, les mécanismes des droits de l'homme, les plans d'action et les plans stratégiques se conjuguent avec des mesures visant à garantir la réussite de ces réformes. Pour la délégation, il est clair que le principal défi dans l'amélioration de la situation des droits de l’homme au Maroc consiste en la différence entre le rythme des réformes et celui de leur mise en œuvre. La lutte contre l’impunité doit en être la base.

La délégation de l'OMCT tient à exprimer sa reconnaissance pour le climat d’ouverture dans lequel les discussions avec les différentes autorités ont eu lieu à propos des réformes nécessaires pour mettre un terme à la pratique de la torture et des mauvais traitements. La délégation a rencontré le président de la Délégation interministérielle aux droits de l'homme (DIDH), le délégué général de l'administration pénitentiaire, ainsi que des représentants du Conseil national des droits de l'homme (CNDH), du Ministère de la justice et du Ministère de l'intérieur. 

L'OMCT reconnaît que des progrès ont été accomplis dans la protection des droits de l'homme dans le cadre de la Constitution de 2011, de la création de la DIDH, des mesures prises récemment pour ratifier trois protocoles facultatifs, dont le Protocole facultatif à la Convention des Nations Unies contre la torture (OPCAT) et est impatiente de voir ces processus menés à leur terme. La délégation est encouragée par le fait que le débat sur la création d'un mécanisme national de prévention se poursuit, ainsi les discussions sur la ratification du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale. La ratification du Statut de Rome représenterait un engagement décisif dans la lutte contre l'impunité.

L'OMCT soutient les discussions visant à faire progresser l'abolition de la peine capitale, et encourage fortement l'Etat à passer à l'étape logique suivante, après avoir décrété un moratoire en 1993 et avoir réduit le nombre de crimes passibles de la peine capitale de 41 à 9. L'abolition de la peine capitale représenterait un progrès notable, non seulement pour le Maroc, mais aussi pour toute la région, et refléterait la volonté de l'Etat de poser un nouveau jalon dans son bilan en matière de droits de l'homme. A cet égard, l’OMCT encourage vivement le gouvernement à voter pour l’abolition le 20 décembre à l’Assemblée Générale, car cela représente une étape logique après 20 ans de moratoire.

Les travaux ciblés menés des décennies durant par des ONG marocaines ont joué un rôle crucial dans l'évolution du bilan des droits de l'homme du Maroc et restent une condition essentielle à la poursuite des progrès. La délégation encourage l'Etat marocain à intensifier ses efforts pour collaborer avec la société civile, non seulement dans le développement de programmes d'action visant à traiter les violations des droits de l'homme, mais aussi en les impliquant dans le processus de mise en œuvre et en leur permettant d'en surveiller la progression.

Malheureusement, en dépit des garanties prévues par la Constitution et de nouveaux mécanismes créés afin de surveiller et de garantir le respect des droits de l'homme, la délégation a rencontré plusieurs communautés qui portent un regard critique sur l'action de l'Etat. Ces communautés ont fait part d'allégations sérieuses selon lesquelles la pratique de la torture et des mauvais traitements par la police et d'autres agents chargés de l'application de la loi se poursuivent et que l'impunité suite à des violations de ce type continue d’être la règle. Les informations reçues confirment les craintes sérieuses exprimées plus tôt cette année par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture.

L'OMCT invite les autorités à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour traiter ces allégations, pour fournir des réponses détaillées aux victimes et à leurs familles sur la base d'enquêtes efficaces et indépendantes, et pour octroyer des réparations appropriées lorsque des violations sont constatées.

Il est donc essentiel de s'assurer que le processus de réforme n'en reste pas au volet théorique, mais que les réformes atteignent bel et bien celles et ceux qui se trouvent dans une position leur permettant de violer les droits de l'homme, et qu’elles protègent les populations les plus vulnérables. Une attention particulière doit être portée à la surveillance rigoureuse des conditions dans les prisons, les commissariats et autres centres de détention, et des mesures doivent être prises afin de garantir l'indépendance du système judiciaire et la formation adéquate des fonctionnaires qui occupent des positions d'autorité, notamment à la Direction générale de la sureté nationale (DSGN). Il est tout aussi crucial de s'assurer qu'il existe une séparation claire entre les forces de l’ordre et les services de renseignements et que soit garantie une surveillance juridique et parlementaire efficace de la DSGN.

Contexte dans lequel s'inscrit la mission de l'OMCT:

La délégation était conduite par Dick Marty, vice-président de l'OMCT, ancien procureur général du canton du Tessin, membre du Conseil des Etats (Chambre haute du Parlement suisse) et ancien président de la Commission des questions juridiques et des droits de l'homme de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Elle comptait également avec la participation de Belkis Wille, chargée des droits de l'homme pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de l'OMCT. La mission a été entreprise en coopération avec des membres du réseau SOS-Torture, l'Organisation marocaine des droits humains (OMDH) et l'Association marocaine des droits humains (AMDH).

La mission a été menée dans le contexte de l'examen par le Comité contre la torture du quatrième rapport périodique du Maroc les 1er et 2 novembre 2011 à Genève. L'OMCT a effectué une mission au Maroc en juillet 2011. Pendant cette visite, la délégation de l'OMCT a mené des recherches afin de présenter un rapport alternatif à l'intention du Comité. Ce rapport a été rédigé en collaboration avec le Comité marocain contre la torture et avec l'Organisation marocaine des droits humains (OMDH). Le rapport a été soumis au Comité en novembre 2011, afin de présenter au Comité les perspectives des ONG en ce qui concerne l'application par le gouvernement de la Convention contre la torture.

La présente mission de suivi s'inscrit dans les efforts globaux déployés par l'OMCT, avec le soutien financier de l'Union européenne et de la Oak Foundation, afin de promouvoir la mise en œuvre des recommandations du Comité contre la torture des Nations Unies.

Pour de plus amples informations:

Belkis Wille à Tunis - bw@omct.org, tél: +216 22 194 49 39

mardi 4 décembre 2012

Combat contre la torture, campagne du 1er au 10 décembre


La torture et les mauvais traitements perdurent aux quatre coins de la planète et ces violations des droits de l’homme demeurent trop souvent impunies.

Les défenseurs des droits de l’homme sont la voix de celles et ceux qui en sont privés parce qu’ils sont victimes de torture, de mauvais traitements ou encore d’exécutions sommaires.

L’OMCT soutient leur courageux combat depuis de nombreuses années. Du 1er au 10 décembre, l’organisation a décidé de mettre en lumière la lutte contre la torture de ces femmes et de ces hommes, en illustrant les défis et obstacles auxquels ils sont confrontés, les espoirs et déceptions qui animent leur quotidien.

10 portraits sur 10 jours vous seront donc présentés, à travers des visages venus de cinq continents.

Nous vous invitons à découvrir le parcours et le combat de ces défenseurs.
http://www.omct.org/fr/human-rights-defenders/events/2012/11/d22051/

jeudi 15 novembre 2012

Libération provisoire et poursuite du harcèlement judiciaire de M. Camara Laye


FIDH 15 novembre 2012
    L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Maroc.
    Nouvelles informations :

    L’Observatoire a été informé par l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et le Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM) de la libération provisoire et de la poursuite du harcèlement judiciaire de M. Camara Laye, ancien président et actuel coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM).

    Selon les informations reçues, le 9 novembre 2012, le Tribunal de première instance de Rabat a accepté la demande de mise en liberté provisoire de M. Camara Laye déposée par ses avocats dans le cadre du procès ouvert contre ce dernier pour « vente d’alcool et de cigarettes sans autorisation » (voir rappel des faits). Le juge a également décidé le renvoi de l’audience au 20 novembre 2012.

    Peu avant, les avocats de M. Camara ont été informés par le Parquet que ce dernier était également poursuivi dans le cadre d’une seconde affaire pour « usage de faux » en vue d’obtenir un titre de séjour. L’examen de cette deuxième affaire a d’abord été fixé au 20 décembre puis avancé au 4 décembre.

    Une heure avant l’audience, l’association Adala/Justice, l’AMDH, le Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM), le Collectif des communautés subsahariennes au Maroc (CCSM), le Forum des alternatives Maroc (FMAS), le GADEM et l’Organisation pour la liberté d’information et d’expression (OLIE/Hatem) avaient organisé un sit-in pour demander la libération de M.FIDH,  Camara et dénoncer la répression visant les migrants devant le tribunal. En représailles, la police sur ordre du procureur du Roi a refusé l’accès des militants qui avaient participé au sit-in à la salle d’audience.

    L’Observatoire rappelle que les poursuites judiciaires engagées contre M. Camara Laye s’inscrivent dans un contexte de répression croissante des migrants au Maroc et de multiplication des actes d’intimidation visant les individus et les structures œuvrant pour la défense des droits des migrants au Maroc.

    L’Observatoire salue la libération de M. Camara Laye et remercie toutes les personnes, organisations et institutions qui sont intervenues en sa faveur. Toutefois, l’Observatoire s’inquiète de la poursuite du harcèlement judiciaire à son encontre, en ce qu’il ne semble viser qu’à sanctionner ses activités de défense des droits des migrants, et condamne les conditions dans lesquelles s’est déroulé son procès jusqu’à présent. L’Observatoire demande donc instamment aux autorités marocaines d’abandonner les poursuites contre M. Camara Laye immédiatement et sans conditions.

    Rappel des faits :

    Dans la nuit du 20 au 21 octobre 2012, vers minuit, M. Camara Laye a été arrêté à son domicile et placé en garde-à-vue au commissariat du 3ème arrondissement de Rabat. Son avocat s’est vu refuser l’autorisation de le rencontrer, en violation du Code de procédure pénale et malgré les assurances qui lui avaient été données par le magistrat de permanence au parquet du Tribunal de première instance de Rabat. Le 22 octobre, il a été présenté devant le procureur du Roi, qui a renvoyé l’affaire devant le Tribunal de première instance de Rabat et placé M. Camara Laye en détention provisoire à la prison de Salé. Il est poursuivi pour vente d’alcool et de cigarettes sans autorisation, sur le seul fondement d’un procès-verbal de police mais en l’absence de saisie des bouteilles et paquets qui auraient été trouvés en sa possession. Le 23 octobre à 13h30, le Tribunal a renvoyé l’affaire à l’audience du 30 octobre et a rejeté la demande de libération conditionnelle présentée par ses avocats.

    Le 30 octobre, les avocats ont dénoncé le fait que la police avait essayé de bloquer l’accès au tribunal à de nombreuses personnes venues pour assister à l’audience. Ils ont ensuite demandé un nouveau renvoi pour préparer la défense, certains de ses avocats n’ayant pu encore avoir accès au dossier. Le juge a renvoyé l’affaire au 9 novembre. Après le renvoi, les avocats ont demandé la libération provisoire de Camara jusqu’au procès, mettant en avant les nombreuses garanties présentées et le fait que la détention provisoire est normalement une mesure exceptionnelle. Le parquet a requis le maintien en détention provisoire, et le juge a refusé sa libération.

    L’Observatoire rappelle que, le 10 juin 2012, M. Marcel Amiyeto, coordinateur de la commission préparatoire du congrès constitutif de l’Organisation démocratique des travailleurs immigrés – Maroc (ODT-I), qui l’a élu secrétaire général le 1er juillet, avait été interpellé par la police, interrogé pendant plusieurs heures sur ses activités de défenseur puis relâché. L’appartement d’un militant du CCSM a fait l’objet de deux cambriolages, les 7 et 15 octobre 2012, et du vol de son ordinateur et de matériel audio-visuel mais également de matériel militant sans valeur marchande. A ce jour, l’enquête ouverte par la police de Rabat suivait son cours. Le 17 octobre 2012, des membres des forces de police, accompagnés d’autres personnes non identifiées, ont procédé à l’interpellation violente de plusieurs membres de l’Association de lutte contre l’émigration clandestine au Maroc (ALECMA) dans un foyer où ils se trouvaient. Ils auraient également saisi sans autorisation leurs effets personnels (passeports, argent, ordinateurs, caméras, etc.). Au moment de la publication de cet appel, les membres de l’ALECMA qui ont été refoulés à la frontière algérienne restaient bloqués à Oujda. De plus, le 20 octobre 2012, M. Pascal Mpele, secrétaire général de l’ALECMA, de nationalité camerounaise, a également été arrêté à son domicile et placé en garde-à-vue au commissariat du 3ème arrondissement de Rabat pour défaut de titre de séjour avant d’être refoulé à la frontière algéro-marocaine le 21 octobre malgré de multiples interventions des avocats saisis par des associations (notamment le GADEM).

    Actions requises :

    L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités marocaines en leur demandant de :

    i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de M. Camara Laye, de M. Marcel Amiyeto, des membres du CCSM et de l’ALECMA ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme au Maroc ;

    ii. Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris judiciaire, à l’encontre de M. Camara Laye, de M. Marcel Amiyeto et des membres de l’ALECMA, ainsi que de tous les défenseurs des droits de l’Homme au Maroc, afin qu’ils puissent mener leurs activités de défense des droits de l’Homme librement et sans entrave ;

    iiii. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à :
    - son article 1 qui dispose que « chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international »,
    - et son article 12.2, qui dispose que « l’État prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration » ;

    iv. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Maroc.

    Adresses :

    · Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Ibn Al Hassan, Roi du Maroc, Palais Royal, Rabat, Maroc, Fax : + 212 37 73 07 72 / + 212 53 77 68 515
    · M. Abdelilah Benkirane, Premier Ministre, Bureau du Premier Ministre, Palais Royal, Rabat, Maroc, + Fax : + 212 37 76 86 56
    · M. Mustafa Ramid, Ministre de la Justice et des Libertés, Ministère de la Justice, Place El Mamounia, Rabat, Maroc, Fax : +212 537 21 37 37
    · M. Mohand Laenser, Ministre de l’Intérieur, Quartier Administratif, Rabat, Maroc, Fax : + 212 537 76 20 56
    · M. Saad-Eddine El Othmani, Ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Ministère des Affaires étrangères et de la coopération, Avenue Franklin Roosevelt, Rabat, Maroc. Fax : +212 37 76 11 25 / +212 37 76 23 24, Email : mail@maec.gov.ma
    · M. Driss El Yazami, Président du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH), Place Achouhada, B.P. 1341, 10 001, Rabat, Maroc. Fax : +212 537 72 68 56. E-mail : cndh@cndh.org.ma
    · Mission permanente du Royaume du Maroc auprès des Nations unies à Genève, Chemin François-Lehmann 18a, Case postale 244, 1218 Grand-Saconnex, Suisse, E-mail : mission.maroc@ties.itu.int , Fax : +41 22 791 81 80
    · Mission diplomatique du Royaume du Maroc à Bruxelles, 2 avenue F.D. Roosevelt, 1050 Bruxelles, Belgique, Fax : + 32 2 626 34 34.

    Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Maroc dans vos pays respectifs.

    ***
    Paris-Genève, le 15 novembre 2012

    Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.

    L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.

    Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :
    · E-mail : Appeals@fidh-omct.org
    · Tel et fax FIDH : 33 1 43 55 25 18 / 33 1 43 55 18 80
    · Tel et fax OMCT : + 41 22 809 49 39 / 41 22 809 49 29
    http://www.fidh.org/Maroc-Liberation-provisoire-et-12433

    vendredi 9 décembre 2011

    DÉCLARATION CONJOINTE À L'OCCASION DE LA JOURNÉE DES DROITS DE L'HOMME DE L'ONU

     
    Une occasion unique de mettre un terme à la torture au Moyen-Orient et en Afrique du Nord
    Dix étapes dans la lutte contre la torture

    Genève, le 10 /12/2011. 

    A l'occasion de la Journée des droits de l'homme, l'Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) et quatorze organisations partenaires de huit pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (voir ci-dessous) lancent un appel commun à tous les gouvernements de la région pour que la prohibition absolue de la torture et des mauvais traitements devienne réalité. Pour ce faire, l'OMCT et ses 13 organisations partenaires ont élaboré un agenda « en dix étapes », qui est présenté ci-dessous.
    L'année 2011 a été marquée par l'appel à la liberté et à la justice lancé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La vague de protestations populaires et pacifiques visait à renverser des régimes répressifs, qui se caractérisaient par la pratique répandue de la torture et de mauvais traitements infligés en toute impunité et profondément ancrés dans un système fondé sur des lois d'urgence et d'exception.
    « Nous sommes à une croisée des chemins, qui offre une occasion historique de mettre enfin un terme aux pratiques endémiques et systémiques de torture et de mauvais traitements dans la région », ont expliqué l'OMCT et ses quatorze organisations partenaires. « Il est donc essentiel que la lutte contre la torture et l'impunité occupe une place centrale dans l'agenda des réformes des pays qui s'engagent dans une véritable transition. De même, nous ne devons pas lésiner sur les efforts pour mettre un terme au recours à la torture et pour que soient jugés les responsables de la répression violente des mouvements dissidents et d'opposition. »
    Tandis que des pays, tels que la Tunisie, se sont engagés dans un processus de transition, de nouveaux faits de torture rendent nécessaires, aujourd'hui encore, des réformes durables à même de garantir des poursuites à l'encontre des auteurs et de prévenir les actes de torture à l'avenir. D'autres gouvernements de la région, notamment le Maroc, ont réagi aux protestations naissantes en lançant un certain nombre de réformes. Cependant, la poursuite de pratiques de torture et de mauvais traitements et le manque d'engagement dans la lutte contre l'impunité demeurent une source de préoccupation majeure, comme l'a relevé le Comité des Nations Unies contre la torture la semaine dernière.
    D'autres Etats, tels que l'Algérie, ont engagé des réformes qui si elles étaient adoptées renforceraient les restrictions actuelles aux libertés fondamentales. La levée de l’état d’urgence n’a eu aucune conséquence positive puisque les dispositions d'urgence ont été conservées dans le droit commun et de nouvelles lois sont venues renforcer le dispositif permettant de ne pas respecter les droits des personnes arrêtées et détenues, allant même jusqu’à inscrire dans la loi la détention dans des lieux secrets. Dans ce contexte, les violations des droits de l'homme, y compris la torture, les détentions arbitraires et les disparitions forcées sont commises de manière trop fréquente par des forces de sécurité, qui jouissent d'une totale impunité. En outre, cette impunité est renforcée par le fait que les textes d’application de la Charte pour la paix et la réconciliation Nationale prescrivant une impunité totale des agents de l’Etat pour les crimes commis durant le conflit des années 90, sont toujours en application.
    Alors que la Tunisie et l'Egypte étaient les premiers pays de la région à organiser des élections libres (élection de l'Assemblée constituante dans le premier cas et élections parlementaires dans le second) et que de nouvelles opportunités se profilent, l'héritage du passé en matière de violations des droits de l'homme représente un défi de taille. En Egypte, en particulier, on ne constate guère de réformes significatives visant à mettre un terme à la pratique répandue de la torture, puisque le Conseil suprême des forces armées (CSFA) continue de se fonder sur des lois d'urgence et de recourir aux tribunaux militaires pour juger des civils, de réprimer dans la violence des manifestations pacifiques et de viser des personnes considérées comme critiques à l'égard de l'autorité en place. Les changements survenus en Libye ont nourri de grandes attentes et l'espoir que les graves violations des droits de l'homme perpétrées sous le régime de Kadhafi se terminent enfin. Cependant, les révélations selon lesquelles des actes de torture, des mauvais traitements et des détentions arbitraires ont été perpétrés, y compris par les forces de l'autorité de transition, montrent la nécessité de déployer des efforts soutenus pour prévenir la torture et pour garantir que les auteurs sont poursuivis, ainsi que de poursuivre la coopération avec la Cour pénale internationale.
    Dans d'autres pays, la situation demeure précaire. C'est notamment le cas du Yémen et de Bahreïn. En Syrie en particulier, les forces de sécurité continuent à réagir face aux protestations par le recours à la force et à la torture. Dans son rapport publié le 28 novembre 2011, la commission d'enquête  internationale indépendante sur la Syrie a exprimé sa profonde préoccupation du fait des crimes contre l'humanité commis par l'armée et les forces de sécurité depuis le début de la répression contre les manifestations de protestation en mars 2011. Au vu de l'attitude arrogante adoptée jusqu'à présent par la Syrie, une réponse plus forte et unanime de l'ONU, y compris du Conseil de sécurité, doit dorénavant inclure un renvoi devant la Cour pénale internationale.
    Les récentes manifestations au Moyen-Orient et en Afrique du Nord annoncent peut-être l'avènement d'une ère nouvelle dans la région. Toutefois, le chemin à parcourir pour atteindre la liberté, la justice et la démocratie est encore long ; l’exemple du Liban, qui a lui aussi connu son « printemps » en 2005, montre combien la lutte contre la torture et l'impunité doit constituer une priorité. Malgré des progrès en matière de libertés individuelles, le pays est en effet loin d’avoir aboli la torture qui reste une pratique extrêmement courante des services procédant à des arrestations.
    A l'occasion de la Journée mondiale des droits de l'homme et pour poursuivre l'élan donné par le Printemps arabe, l'OMCT et ses quatorze organisations partenaires dans la région ont élaboré un agenda en « dix étapes » contre la torture, et prient instamment les gouvernements de la région et les autres acteurs impliqués de les adopter pleinement.

    Les organisations signataires :
    - Forum dignité pour les droits humains – Maroc
    - Observatoire marocain des prisons (OMCT) – Maroc
    - Association marocaine des droits humains (AMDH) – Maroc
    - Organisation marocaine des Droits de l'Homme (OMDH) - Maroc
    - Collectif des Familles de Disparus en Algérie (CFDA) – Algérie
    - Conseil National pour la Liberté en Tunisie (CNLT) – Tunisie
    - Organisation Contre la Torture en Tunisie (OCTT) – Tunisie
    - Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LTDH) – Tunisie
    - Human Rights Solidarity Libya – Libye
    - Land Center for Human Rights (LCHR) – Egypte
    - Egyptian Organisation for Human Rights (EOHR) – Egypte
    - Centre Libanais des Droits de l’Homme (CLDH) – Liban
    - Syrian Human Rights Organization Sawassyah – Syrie
    - Bahrain Center for Human Rights (BCHR) – Bahreïn

    Dix étapes dans la lutte contre la torture
    1) S'engager à mettre un terme à la torture et aux mauvais traitements
    Alors que la région est en pleine mutation, les gouvernements devraient exprimer publiquement leur engagement univoque à mettre fin aux pratiques impliquant la torture et les mauvais traitements, à oeuvrer pour des réformes fondamentales favorisant les poursuites à l'encontre des auteurs d'actes de torture et à prévenir les actes de cette nature à l'avenir. Toutes les instances chargées de l'application de la loi doivent être clairement informées que les actes de torture et les mauvais traitements ne seront plus tolérés à l'avenir. Etant donné le recours à la torture continu, systématique et répandu dans certains pays de la région, notamment en Syrie, les gouvernements, y compris ceux de la région, devraient user de leur influence au sein de la communauté internationale pour garantir que leurs auteurs sont poursuivis (cf. point 10).
    2) Enquêter sur les actes de torture, traduire les auteurs en justice
    La torture étant un crime en vertu du droit international, les Etats ont l'obligation claire et sans équivoque de mener des enquêtes indépendantes et de traduire en justice les auteurs. Néanmoins, malgré les récentes réformes menées dans certains pays, rares sont les poursuites réellement menées et documentées à l'encontre des auteurs. Nous rappelons qu'il y a obligation immédiate à enquêter sur les actes de torture et que ces actes sont poursuivis d'office. Les enquêtes doivent également porter sur des abus perpétrés dans le passé, afin de garantir que les victimes de torture bénéficient de recours et de réparations et que le droit à la vérité est pleinement respecté.
    3) Garantir aux victimes le droit aux recours et aux réparations
    Le recours à la torture dans un cadre politique a fait des victimes, qui doivent être reconnues comme telles. Alors que certains pays commencent à admettre avoir eu recours à la torture dans le passé, il n'y a pas encore de reconnaissance suffisante du besoin de garantir des recours efficaces et des réparations en faveur des victimes de torture. Tout processus de réforme crédible doit se fonder sur la reconnaissance de celles et ceux qui ont survécu à la torture en tant que victimes d'une violation grave des droits humains, ce qui leur donne pleinement droit à des recours et des réparations effectifs, y compris une compensation et l'accès à la réhabilitation d'un point de vue juridique, social et médical.
    4) Démanteler l'appareil répressif
    Une priorité importante doit être le démantèlement de l'appareil répressif et la garantie que les instances chargées de faire appliquer la loi agissent dans le cadre de l'Etat de droit et non en dehors de celui-ci. Beaucoup de services de sécurité nationaux ont agi sur la base de mandats peu transparents, sur des fondements juridiques et selon des voies hiérarchiques ambiguës, dans un contexte qui garantissait de droit ou de fait l'impunité pour les actes de torture. Un cadre juridique clair et transparent, une séparation entre les fonctions de renseignement et d'application de la loi, les arrestations et les détentions incombant à cette dernière, et une surveillance efficace par la société civile et l'échelon judiciaire sont des critères essentiels.
    5) Démilitariser le système judiciaire et instaurer un système de protection
    Les lois d'urgence et autres lois d'exception utilisées sur le long terme ont créé un système judiciaire répressif avec des tribunaux militaires ou spéciaux ou des cours de sûreté de l'Etat, dont la juridiction s'étend souvent aux civils et qui valident les renseignements obtenus sous la torture. Ces systèmes judiciaires d'exception doivent être remplacés par un système judiciaire civil ordinaire. De plus, tout processus de réforme crédible et viable dans la région devrait se traduire par un renforcement de l'indépendance de la justice, par l'instauration de voies de recours efficaces, et dans les pays où des réformes constitutionnelles sont en cours, comme c'est le cas en Tunisie, des recours constitutionnels en matière de droits de l'homme devraient également être envisagés, par exemple des tribunaux constitutionnels.
    6) Prévenir la torture et mettre fin à la détention incommunicado
    La torture et les mauvais traitements pendant les gardes à vue sont aujourd'hui encore une réalité dans les pays de la région, y compris dans les affaires pénales « ordinaires ». Le renforcement des garanties effectives, telles que l'accès immédiat à des avocats dès le moment de l'arrestation sans
    qu'une permission spéciale soit nécessaire, de même que l'accès à une expertise médicale indépendante et d'autres mesures de protection contre la torture, doivent devenir réalité. Une surveillance efficace du système judiciaire est également requise, afin de garantir que les standards existants sont respectés. Ces standards sont également essentiels dans le domaine de la sécurité
    nationale et du contre-terrorisme, afin d'éviter tout abus.
    7) Etablir un suivi, un contrôle et une surveillance indépendants
    La transparence est la clé de la protection des droits de l'homme pendant la détention. La ratification du Protocole facultatif à la Convention des Nations Unies contre la torture devrait représenter un premier pas important et être suivie par la mise en place de mécanismes de visite nationaux indépendants, auxquels est affecté un personnel adéquat, et qui aurait accès à tout lieu de détention.
    De plus, un élément important dans la démarche de démocratisation est le fait que la société civile indépendante ait accès aux lieux de détention et puisse les surveiller. Cet élément devrait être ancré dans les réformes visant la démilitarisation du système pénitentiaire, afin de garantir le respect des standards internationaux et des principes de responsabilité démocratique.
    8) Créer un cadre favorable pour les défenseurs des droits de l'homme et la société civile
    Tout processus de réforme dans la région doit comprendre la transition d'un système de contrôle vers un système dans lequel les organisations de défense des droits de l'homme et les acteurs de la société civile peuvent élaborer des rapports critiques sur la situation en matière de droits de l'homme.
    Cela devrait permettre que les lois sur les associations et les rassemblements soient entièrement adaptées aux standards internationaux. Les autorités devraient également garantir que toute forme de menace ou de harcèlement visant les défenseurs des droits de l'homme est stoppée et que les auteurs sont traduits en justice.
    9) Utiliser la législation internationale contre la torture comme principale référence
    Des processus de transition en d'autres endroits nous ont enseigné que les standards internationaux en matière de droits de l'homme devraient être repris directement dans la législation nationale et devenir une référence pour que le processus de transition puisse aboutir. Cela implique que les
    standards internationaux soient intégrés dans la législation nationale, qu'il existe des moyens de garantir que la loi nationale respecte ces standards et peut inclure le fait que des décisions rendues par un mécanisme universel ou régional d'examen des plaintes soient reprises dans la loi. S'ils ne l'ont pas encore fait, les Etats devraient adhérer à la Convention des Nations Unies contre la torture, ainsi qu’au Protocole facultatif, et accepter la compétence du Comité contre la torture et du Comité des droits de l'homme pour connaître les plaintes individuelles.
    10) Renforcer la détermination de la communauté internationale
    Étant donné le recours continu à la torture dans certaines parties de la région, il est essentiel que la communauté internationale donne une réponse claire dans le domaine de la torture et de l'impunité et s'assure que les auteurs sont poursuivis. Il importe, en particulier, de garantir que dans des cas comme celui de la Syrie, la compétence est transférée à la CPI. Nous appelons les pays de la région à devenir des acteurs du changement en prenant parti en faveur de la protection des droits de l'homme et en appliquant et améliorant le système universel des droits de l'homme et ses mécanismes.