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Affichage des articles dont le libellé est torture au Maroc. Afficher tous les articles
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dimanche 15 novembre 2015

Titres sur http://solidmar.blogspot.com du 8 au 15/11/2015

   
Maroc, pays de  de la torture endémique , de la violence, de la répression
Le peuple marocain en colère, de véritables marées humaines dans les rues !
France : Attentats ignobles à Paris

mardi 2 juin 2015

Torture : un projet de loi pour donner priorite à la justice marocaine

Zakaria Moumni et Naâma Asfari au journal de Soir 3 hier soir
Par Hélène L., 2/5/2015

Lundi 1er juin, France 3 revient sur les plaintes pour torture contre le Maroc qui empoisonnent les relations entre Paris et Rabat depuis maintenant un an et demi.




(FRANCE 3)

173 cas de torture en quatre ans

En avril dernier, Manuel Valls s'est rendu à Rabat et a accepté un nouvel accord. Les tribunaux marocains auraient priorité pour juger les faits commis dans leur pays, même quand la victime est française. Ce projet de loi scandalise les juristes d'Amnesty, notamment car des chercheurs d'Amnesty viennent de documenter 173 cas de torture au Maroc et au Sahara occidental en quatre ans.



samedi 31 mai 2014

Torture au Maroc : Zakaria Moumni écrit à Navanethem Pillay


Zak Moumni
Dans l’actualité concernant les droits de l’Homme au Maroc, le champion du monde de boxe thaïe Zakaria Moumni a adressé un courrier à Mme Navanethem Pillay, haut commissaire des Nations unies pour les droits de l’Homme. L’intéressée se trouve actuellement en déplacement au Maroc et sera reçue par le roi. Elle y restera jusqu’à jeudi 29 mai.
A cette occasion, Zakaria Moumni lui demande de soulever son cas auprès du roi. Selon M. Moumni, le roi serait « parfaitement au courant » de son affaire et de tous les éléments du dossier puisque dans la lettre qu’il lui a adressée le boxeur affirme qu’il est prêt à toute confrontation avec les personnes qu’il dénonce et à présenter les enregistrements des échanges avec l’ex-ministre de l’intérieur marocain et les autres émissaires mandatés par le roi, Mohand Laenser. Dans ces échanges, on l’obligerait notamment à « composer avec le secrétaire particulier du roi », Mohamed Mounir Majidi et on lui dirait que « même le roi ne peut rien faire face à ces gens-là ».

Demain
A Mme Navanethem PILLAY
Haut Commissaire des Nations Unies Bureau du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme Palais des Nations CH-1211 Genève 10, SUISSE
Paris, le lundi 26 Mai 2014
A l’Attention de Madame Navanethem PILLAY, Haut-Commissaire des Nations Unies
Madame la Haut-Commissaire,
Je me permets de vous envoyer ce courrier dans le cadre de votre visite au Maroc et votre prochaine entrevue avec le roi Mohammed VI. Je souhaite en effet évoquer l’injustice extrêmement grave dont j’ai été la victime au Maroc de la part du pouvoir marocain.
Je m’appelle Zakaria Moumni, j’ai 34 ans, je suis citoyen Français et sportif professionnel : champion du monde de Boxe Thaïlandaise lors des Championnats WKA (World Kick Boxing Association) sous les couleurs du Maroc, mon pays natal.
Le 27 septembre 2010, ma vie a basculé. Ce jour-là, en arrivant à l’aéroport de Rabat venant de Paris, j’ai été emmené par des policiers pour « atteinte à la personne sacrée du roi ». J’ai été ensuite enlevé par quatre policiers en civil (la police secrète de la DGST Direction Générale de la Surveillance du Territoire) dans une voiture banalisée qui m’attendait sur le tarmac de l’aéroport de Rabat. Ils m’ont bandé les yeux, ligoté les mains, m’ont couché à l’arrière de la voiture et m’ont recouvert d’une veste. J’ai été conduit dans un endroit secret, qui s’est avéré être le centre de détention secret de Temara, où j’ai été séquestré et où j’ai subi 4 jours de tortures. La CIA a d’ailleurs confirmé l’existence des centres de torture au Maroc, dont ce centre de Temara dans la banlieue de Rabat.
A mon arrivée, ils m’ont mis nu, m’ont ligoté les pieds et les mains. Toujours les yeux bandés, j’ai subi des tortures de toutes sortes : j’ai été électrocuté partout sur le corps, suspendu par les pieds et tabassé avec des barres de fer sur les jambes et les tibias.
Pendant ces quatre jours, j’ai été privé de nourriture, d’eau et de sommeil. Je devais leur raconter durant des heures ma vie. En fait, ils voulaient me contraindre par la torture à oublier ma rencontre avec le roi et son secrétaire particulier, M. Mounir Majidi. A chaque fois que je parlais du roi ou de M. Majidi, ils cognaient plus fort en me disant « Ce chapitre-là, il faut que tu le rayes de ta mémoire« . A un moment de torture et avec la rage, j’ai réussi à enlever le bandeau sur mes yeux et c’est à ce moment-là que j’ai vu le directeur de la DGST, M. Abdellatif Hammouchi. A. Hammouchi a alors quitté la pièce en courant.
Tout au long de ces quatre jours de tortures, ils n’ont cessé de me répéter : « Ici, c’est l’abattoir de Sa Majesté et, nous, on ne dépend ni du ministère de l’Intérieur, ni du ministère de la Justice. Nous, on travaille directement avec le roi. Et ça, c’est les ordres du roi. Ici, on va te découper, faire de toi de la viande hachée et tu sortiras dans des boîtes de conserve, Tu as beau remuer ciel et terre, tu ne sortiras pas d’ici vivant et comme ça, ça t’apprendra à aller manifester devant chez le roi ou parler de Majidi dans les médias » .
Au terme de ces terribles quatre journées, on m’a fait subir un procès expéditif, seul, sans avocat pour me défendre et sans me dire ce qui m’était reproché.
Je me suis donc retrouvé le jeudi 30 septembre dans la nuit en prison. Ni ma famille au Maroc, ni mon épouse à Paris, n’ont su où j’étais durant 4 jours.
Le lundi 4 octobre, j’ai appris que j’étais condamné à une peine de trois ans de prison ferme pour « escroquerie » après un simulacre de procès sans victimes et des « aveux » que j’ai dû signer sous la torture et les yeux bandés.
Au total, j’ai passé 18 mois en prison suite à une procédure judiciaire arbitraire et un procès inique dans des conditions de détention inhumaines et dégradantes dans les prisons de Salé-Zaki et Rommani au Maroc.
Ces pratiques de torture dont j’ai été la victime et le procès inique que j’ai subi ont été condamnées unanimement par Human Rights Watch (HRW), Amnesty International, la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et des associations marocaines de défense des Droits de l’Homme ainsi que par le Parlement Européen. J’ai eu également le soutien de plusieurs hommes et femmes politiques français et députés de plusieurs pays. La FIDH a envoyé le 8 décembre 2011 une Lettre ouverte au roi du Maroc pour ma libération immédiate. Toutes ces associations ont appelé à ma libération en s’adressant aux autorités marocaines à plusieurs reprises.
Mon cas est symbolique de pratiques scandaleuses dans mon pays alors que le roi a affirmé à plusieurs reprises son engagement pour le respect des droits de l’homme en signant plusieurs conventions internationales.
Le 04 février 2012, sous la pression des associations de défense des droits de l’Homme et des médias, le roi Mohammed VI m’a envoyé un émissaire Adil Belgaid pour m’informer que le roi allait me gracier le jour de mon anniversaire le 04 Février 2012 car il croyait en mon innocence.
Après ma libération et mon retour à Paris, au cours de la conférence de presse organisée par la FIDH pour ma réhabilitation, j’ai demandé audience publiquement au roi pour lui dire ce qu’il se passe dans son pays et en son nom. J’ai alors été contacté par le Directeur du Protocole Royal et ensuite par le ministre de l’Intérieur de l’époque M. Mohand Laenser qui m’a expliqué qu’il était « mandaté par le roi » pour réparer l’injustice dont j’ai été victime et juger les personnes responsables de ce que j’ai subi comme tortures.
Le 3 mars 2013, nous nous sommes rendus au Maroc, moi et mon épouse, pour une durée de 48h, sur invitation de M. Mohand Laenser en vue d’une audience avec le Roi qui n’a pas eu lieu car le Roi était occupé selon leurs dires. D’ailleurs, le Quai d’Orsay avait été mis au courant de cette invitation et de notre déplacement au Maroc, nous l’avions informé si jamais nous avions des « mauvaises surprises » sur place.
Après notre retour, et après quelques mois d’échanges avec M. Laenser et M. Hamid Chnouri, Directeur central des renseignements généraux, on m’a clairement expliqué que le Maroc ne pouvait pas me rendre justice parce que les personnes responsables de ce que j’ai subi sont «intouchables», en parlant des commanditaires et de mes tortionnaires.
Aujourd’hui, mes avocats Maître Patrick Baudouin, avocat au Barreau de Paris et Président d’honneur de la FIDH (Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme) et Maître Clémence Bectarte, ont déposé le 21 Février 2014 en mon nom auprès du Procureur du Pôle spécialisé Crimes conte l’Humanité / Crimes de Guerre du Tribunal de Grande Instance de Paris, une plainte pour Torture visant M. Abdellatif Hammouchi, directeur général de la DGST marocaine.
Contrairement aux allégations de l’ex-ministre de l’Intérieur marocain, M. Mohand Laenser, qui a toujours nié me connaître et m’avoir contacté (cité dans un quotidien marocain arabophone, Akhbar Elyaoum, le 25 mars 2014), les propos relayés par le même journal le 08 Avril 2014, confirment à l’évidence que M. Laenser m’a bien contacté comme je le soutiens depuis 2012.
Les aveux du Ministre Laenser ne laisse plus de doute quant à la personne à l’origine des instructions données à M. Laenser et l’objectif de réparer l’injustice dont j’ai été victime, à savoir le roi du Maroc.
Monsieur le Président Barack Obama est au courant de mon affaire car je lui ai adressé une lettre à l’occasion de la visite officielle du roi Mohammed VI à Washington le 22 Novembre 2013, et j’ai également adressé un courrier à Monsieur John Kerry, le Secrétaire d’État, le 04 Avril 2014. J’ai également adressé un courrier à Monsieur François Hollande, Président de la République Française, le 07 Mars 2014. J’ai enfin adressé un courrier à Monsieur Ban Ki-Moon le 14 Avril 2014.
De surcroît, j’ai adressé une lettre ouverte au roi du Maroc le 24 Mars 2014 pour lui expliquer ce que l’on m’a fait subir dans son pays. Dans cette lettre, j’affirme que je suis prêt à toute confrontation avec les personnes que je dénonce et présenter les enregistrements des échanges avec l’ex-ministre de l’Intérieur marocain et les autres émissaires mandatés par le roi. Dans ces échanges, fait très grave, on m’oblige à « composer avec le secrétaire particulier du roi » - Mounir Majidi – et on me déclare que « même le roi ne peut rien faire face à ces gens-là » .
J’ai toute confiance en vous, Madame la Haut-Commissaire, et dans l’engagement très fort de votre administration en faveur du respect des droits de l’Homme. J’espère que mon cas sera soulevé lors des échanges avec le roi du Maroc puisque, en me graciant, le roi a reconnu mon innocence et par la suite, a conforté cela en m’adressant ses émissaires.
Vous remerciant par avance de prêter une bienveillante attention à la présente requête, je vous prie de croire, Madame la Haut-Commissaire, à l’assurance de ma très haute considération.
Zakaria Moumni



samedi 17 mai 2014

La torture au Maroc : une politique d’État


« … Ils m’ont enlevé mes vêtements. Tous mes vêtements. J’étais nu. Toujours les yeux bandés. Menottes derrières. Les pieds ligotés avec les menottes. Ils ont commencé à me taper. Ils m’ont mis par terre. Ils ont ligotés mes pieds. Il y avait deux mecs. Ils ont sorti une barre de fer sur laquelle ils ont attaché mes jambes. D’autres personnes me frappaient les pieds avec des tuyaux et des cordes. J’ai reçu des coups partout. Sur le ventre. Sur le torse. Ils se sont acharnés sur moi en disant tout le temps, sans arrêt, qu’ici c’est l’abattoir des hommes, on va te tuer. On va te découper. On va faire de toi de la viande hachée. On va te mettre dans des boîtes de conserves et personne n’en saura rien … »
Ceci n’est qu’un extrait de la torture qu’a subi Zakaria Moumni, champion du monde de Kick Boxing (1999). Zakaria a eu la « mauvaise » idée de réclamer ses droits haut et fort (l’application d’un décret royal donnant droit à une indemnité aux champions du monde marocains). Il a été enlevé le 27 septembre 2010 à l’aéroport de Rabat à sa descente de l’avion en provenance de Paris où il vit depuis plusieurs années avec sa femme. Il a été conduit secrètement, les yeux bandés, au centre de torture de Temara où il a subi les pires sévices [1]. Le passage cité ci-dessus n’est qu’un exemple des pratiques en œuvre dans ce lieu de torture selon les différents témoignages des victimes. Le centre de Temara a une mauvaise réputation au point que certaines personnes l’appellent Temara-ntánamo (en référence au camp américain de Guantanamo) et d’autres la surnomment le « Tazmamart » de « la nouvelle ère » [2] .
Face aux accusations régulières de « peine ou traitement cruel, inhumain ou dégradant » pratiqué par l’Etat marocain, ce dernier a recourt, généralement, à deux stratégies. Nier la torture de manière systématique, ou relativiser les cas révélés qui seraient selon lui « isolés » (En se référant, par exemple, aux « années de plomb », pour dire que c’était pire avant ! Quand même !).
L’usage de la torture n’est pas spécifique à un lieu particulier. Les Marocain(e)s habitué(e)s des commissariats de police ou des postes de gendarmerie (pour militantisme ou autre) connaissent très bien l’accueil qui leur est réservé en général dans ces lieux dits du « Makhzen ». Les témoignages ne manquent pas.
  • Samir Bradely, militant du mouvement contestataire du 20 février [3], ancien prisonnier politique et d’opinion est arrêté le 23 juillet 2012 et condamné à 6 mois de prison : « J’étais, toujours les yeux bandés, torturé dans la voiture de police ainsi que dans le commissariat ; j’ai reçu des coups de poings et des coups de pieds, on m’a obligé à dormir par terre pendant deux mois. Jusqu’à aujourd’hui, j’endure les conséquences de la torture ; j’ai une sciatique ».
  • Zahra Boudkour, militante de l’Union Nationale des Etudiants Marocains, est arrêtée le 15 mai 2008 et jugée le 19 mars 2009 après 10 mois de détention provisoire. Elle raconte les conditions de son interrogatoire : « … A minuit, on m’a descendue, nue, encore une fois, à la cave. On m’a demandé des noms et des adresses. Quand j’ai refusé de répondre, j’ai reçu une pluie de claques et de coups de pieds. Ce fut la même violence, lorsque qu’ils m’ont accusé d’avoir falsifié mon nom. Lorsque j’ai eu mes règles, on m’a laissé saigner pendant deux jours. Sans vêtements ! … »  [4].
  • Ezedine Erroussi, ancien détenu politique à la prison locale de Taza, militant de l’Union Nationale des Etudiants Marocains (UNEM) est arrêté le 1er décembre 2011 et libéré le 18 avril 2012. Il a mené une longue grève de la faim pour réclamer sa libération, protester contre ses conditions de détention et réaffirmer son combat politique. Dans une lettre, il dit : « ... Alors un des agents a mis encore une fois un pistolet dans ma bouche et sur ma tempe, il m’insultait et me menaçait « je vais t’exploser la tête si tu ne parles pas.. » J’ai quand même gardé le silence. Alors ils ont commencé à arracher mes cheveux, à tel point qu’ils arrachèrent mon cuir chevelu ... Ils se sont mis à me provoquer pour m’obliger à parler. Comme ils n’ont pas réussi, ils ont repris la torture. Ils ont mis un torchon plein de boue et d’huile de moteur dans ma bouche. J’ai failli m’étouffer car ils ont continué à me rouer de coups sur la totalité de mon corps, surtout sur les parties sensibles ... » i/
D’autres exemples encore :
  • En juillet 2002, Mohammed Ait Si Rahal (immigré marocain en France) succombe aux violences exercées par le commissaire du commissariat de Marrakech [5].
  • Le 17 septembre 2010 ; Foudail Abderkane est mort suite aux blessures sous la torture au commissariat central de Hay Salam à Salé.
  • Récemment, fin janvier 2014, une jeune femme affirme avoir été violée par un policier lors de sa garde à vue dans un commissariat à Rabat.
  • A Marrakech encore, début février, un jeune est mort dans le commissariat de police. Une fois encore, durant le mois de février 2014, une autre personne, Salah Eddine Saki, est décédée lors de sa présence au service régional de la police judiciaire de la ville de Safi.
A cela, s’ajoutent les interventions des forces de l’ordre qui entraînent la mort. A titre d’exemples, Karim Chaib (Ville de Séfrou), Kamal Ammari (Ville de Safi), Mohamed Boudouroua (Ville de Safi), Kamal Hussaini (Ville Aït Bouayach) ont tous trouvé la mort pendant l’année 2011. Respectivement le 20 février, le 29 mai, le 13 octobre et le 27 octobre.
Après sa mission menée du 15 au 22 septembre 2012, le rapporteur spécial des Nations-Unies, Juan Mendes, a rendu public son rapport. Il parle d’un « recours accru aux actes de torture et aux mauvais traitements lors de l’arrestation et pendant la détention » [6] . Il se dit « vivement préoccupé par plusieurs témoignages relatifs au recours à la torture et aux mauvais traitements dans des cas présumés de terrorisme ou de menace contre la sécurité nationale » [7].
On remarque d’ailleurs une similitude dans les méthodes et outils de torture entre des commissariats dans des lieux pourtant éloignés géographiquement. Il y a un "savoir-faire" (pour emprunter la terminologie de Michèle Alliot-Marie [8]), qui circule entre les tortionnaires. Il est probable que ces tortionnaires aient suivi des formations dans le domaine.
Le Maroc est allé plus loin en sous-traitant ses services de professionnels de la torture à la Central Intelligence Agency (CIA). Binyam Mohamed est emmené, en juillet 2002, « à bord d’un avion affrété par la CIA jusqu’au Maroc, où il est détenu au secret pendant environ dix-huit mois » [9]. Binyam révèlera au journal hebdomadaire anglais The Mail on Sunday [10] les pratiques cruelles et inhumaines qu’il a endurées. Il s’est fait découper la poitrine et les parties génitales à l’aide d’un scalpel [11]. Selon Reprieve, une organisation qui lutte à travers le monde contre la peine de mort, plusieurs responsables seraient impliqués directement dans ces opérations. Comme son prédécesseur Hamidou Laânigri, patron de la DST (de 1999 à 2003) et de la DGSN (jusqu’à 2006), Abdellatif Hammouchi, l’actuel patron de la DST, « aurait supervisé les différentes opérations entrant dans ce cadre ».
De son côté, l’ambassade du Maroc à Paris serait impliquée dans la préparation d’une entreprise criminelle [12] contre deux Franco-Marocains à la demande de l’industriel Serge Dassault. Le numéro 2 de l’ambassade à Paris aurait déclaré, selon les révélations de France Inter : « Ces gens-là vous font chanter ? On va s’en occuper Monsieur Dassault ! » [13].
D’ailleurs, l’Etat français, quel que soit le parti au pouvoir (UMP comme PS), reste complice de la politique répressive menée par le régime monarchique. Il serait même impliqué dans le « blocage » des dossiers comme celui de l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka [14] le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp à Paris. Or, ce dossier n’évolue toujours pas au nom de la « raison d’Etat » et par absence de décision politique. Dans le même temps, l’avocat de la famille Ben Barka, Maurice Buttin, est poursuivi devant la justice française, certainement pour l’intimider. Il ne serait pas étonnant que soient étouffées, d’une manière ou d’une autre par le pouvoir politique, les plaintes déposées récemment par l’Action Chrétienne pour l’Abolition de la Torture [15] et Maître Joseph Breham, contre le patron marocain de la DST .
L’impunité des tortionnaires, l’absence d’enquêtes indépendantes, la répétition fréquente d’actes de « peine ou traitement cruel, inhumain ou dégradant » sans poursuite des responsables, le retour à l’enfermement carcéral, dans des conditions inhumaines, pour les voix dissidentes (comme en témoigne la longue liste des prisonniers politiques) appuient l’interprétation que l’Etat marocain a recours systématiquement à la torture. Déjà en 2000-2001, l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) avait publié une liste des noms de responsables [16], certains toujours en poste, pour lesquels l’association dispose de présomptions sur leur implication dans les crimes d’enlèvements, d’assassinats, d’arrestations arbitraires et de torture [17] . L’Etat n’a pas jugé utile de réagir à cette liste.
D’ailleurs, nonobstant l’opération de communication qui a accompagné l’annonce de « la nouvelle ère », largement relayée en Europe, notamment en France, l’Etat marocain a gardé le même appareil sécuritaire répressif que lors du règne d’Hassan II. Certains même de ceux présentés comme des « nouveaux visages » ont passé des stages de formation chez le ministre de l’Intérieur Idriss Basri, connu pour sa main de fer au service de la dictature d’Hassan II.
Le point commun entre les différents cas de tortures c’est l’impunité. Il faut se battre, parfois des années (cas de Zoubida Aït Si Rahal épouse de Mohammed Ait Si Rahal évoqué plus haut), pour obtenir un jugement contre un des tortionnaires ; puis il faut encore se battre pour que le jugement soit appliqué. La somme importante des cas rapportés permet de douter de la justification officielle selon laquelle ceux-ci seraient des « cas isolés ». La torture touche une large partie des citoyen(ne)s ; passant de simples personnes à des « militant(e)s » de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc (UNEM), des « islamistes », des « syndicalistes », des « activistes » des mouvements sociaux, des « défenseur(euses) des droits humains », des « militant(e)s sahraouis », des « militant(e)s du mouvement amazigh », des opposant(e)s politiques, etc.
Tous ces faits mènent à penser que la pratique de la torture au Maroc, par son caractère systématique, est une politique d’Etat. Elle est un des maillons d’un système répressif ancré au cœur des mécanismes du pouvoir. Comme le reste des régimes despotiques, malgré une façade démocratique, le pouvoir en place dispose d’un vaste arsenal d’interventions pour contrer les mouvements sociaux et démocratiques qui combattent l’arbitraire policier, la corruption et les politiques anti sociales au service d’une logique de prédation internationale et locale menée et soutenue au plus haut niveau de l’appareil d’Etat.
En France tout comme au Maroc, intellectuels, médias et partis institutionnels dominants sont totalement muets face à une situation pourtant connue. Sans doute, le rôle que joue le pouvoir marocain comme tête de pont et allié stratégique dans le maintien de la Françafrique, le poids des intérêts des entreprises du CAC 40, la défense de l’Europe forteresse y sont pour beaucoup. Il serait judicieux d’ouvrir une enquête détaillée sur les coopérations sécuritaires, qui loin d’être seulement techniques, aboutissent à transférer un savoir-faire dans « la gestion des débordements sociaux » et à faire face, par tous les moyens, au risque d’un soulèvement populaire.
Car le Maroc est loin d’être une exception par rapport aux autres pays de la région, même si le pouvoir « bien conseillé » par les officines impériales a pu maitriser la première vague de contestation. Cette complicité va jusqu’au soutien affiché des initiatives royales pour leur donner un label démocratique avec l’aval de la communauté internationale.
Au Maroc, on réprime, on torture, on assassine dans l’impunité totale.. Nous ne pouvons nous résigner à cette situation et il est urgent que se développe un large mouvement de solidarité contre la pratique de la torture et la répression sous toutes ses formes au Maroc, condition pour dessiner un avenir démocratique pour notre peuple mais aussi d’une région où l’exigence d’un changement radical soit portée par des dynamiques progressistes.
CHAWQI Lotfi, militant du mouvement du 20 février.
EL HANKOURI Ouadie, militant du mouvement du 20 février.
JAITE Mohamed, militant du mouvement du 20 février.
[1Pour écouter le témoignage en intégralité de Zakaria Moumni : http://www.dailymotion.com/video/xoxio9_temoignage-zakaria-moumni-torture_news
[2Tazmamert était une prison secrète pour prisonniers politiques au Sud-Est du Maroc. Elle est un symbole d’oppression dans l’histoire du Maroc.
[3Mouvement né en 2011 à la suite de la vague de protestation qui a touché le Maghreb et le Machrek
[4Extrait du témoignage de Zahra Boudkour, ancienne prisonnière politique et d’opinion. Cf. http://ar.mideastyouth.com/?p=141
[6A/HRC/22/53/Add.2, « Rapport du Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, Juan E.Méndez », page 2.
[7A/HRC/22/53/Add.2, « Rapport du Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, Juan E.Méndez », page 6.
[8Ministre française des affaires étrangères entre le 14 novembre 2010 et le 27 février 2011. Elle avait proposé le « savoir-faire » français pour réprimer le soulèvement tunisien contre le dictateur Ben Ali. Cf. http://www.youtube.com/watch?v=3pHORBsfNR8
[14Opposant marocain socialiste connu pour ses positions critiques vis-à-vis de la monarchie
[17Comme le cas du général Hosni Benslimane, commandant de la gendarmerie royale depuis 1974. Il serait impliqué dans l’enlèvement et le meurtre de Mehdi Ben Barka. Un mandat d’arrêt international est en cours contre lui.

Article publié le 28 mars 2014 - actualisé le 25 mars 2014

samedi 15 mars 2014

Titres des articles de Solidmar parus du 2/3 au 9/3/2014

Belles pages pour la journée internationale de la femme, mais aussi  des la tristesse, des dénonciations de violences, humiliations, régression. Une lueur d’espoir avec le débat diffusé par France Inter lors de l’étonnant festival des étonnants voyageurs...C’est dynamique, prometteur, et sans langue de bois: http://www.franceinter.fr/emission-les-femmes-toute-une-histoire-en-direct-du-festival-des-etonnants-voyageurs-a-rabat-les-fem. Etonnant vraiment !
La lettre à François Hollande fait du bruit. Zakaria Moumni y dénonce la torture qu’il a subie dans les “abattoirs de sa Majesté” où il a vu Hammouchi le torturer ! Silence radio à l’Elysée !
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dimanche 18 août 2013

Une lettre ouverte à D. Reynders pour une assistance consulaire pour Ali Aarrass !



EXCLUSIF (dans Marianne Belgique) : 34 parlementaires belges signent une lettre ouverte


Monnaie 5 août Yasser
 Paru ce samedi 10 août dans Marianne Belgique:
34 parlementaires belges ont signé une lettre ouverte à Didier Reynders pour qu’il accorde enfin l’assistance consulaire à Ali Aarrass.

Voici la lettre:

Monsieur le Ministre,
Vous n’êtes pas sans savoir qu’Ali Aarrass, un citoyen belge possédant également la nationalité marocaine, est actuellement détenu à la prison de Salé, au Maroc, suite à un procès inéquitable où il s’est vu condamné, sur la seule base de ses propres aveux, à douze ans de réclusion pour faits de terrorisme. Pourtant, le juge d’instruction espagnol Baltasar Garzon avait déjà mené une longue enquête sur ces faits, laquelle avait abouti à un non-lieu.
Il est aujourd’hui établi que les aveux d’Ali Aarrass ont été obtenus sous la torture. En effet, en septembre dernier, le rapporteur spécial de l’ONU contre la torture, Juan Mendez, l’a rencontré en prison et l’a fait examiner par le médecin légiste qui l’accompagnait. Dans son rapport datant du 4 décembre 2012, Monsieur Juan Mendez fait état de traces physiques résultant d’actes de torture constatées sur le détenu (brûlures de cigarette, électrochocs aux testicules, coups assénés à la plante des pieds, etc.).
Monsieur le Ministre, vous vous êtes, par le passé, référé à la Convention de La Haye du 12 avril 1930 pour ne pas intervenir dans le dossier « Ali Aarrass ». Cette convention stipule, en effet, qu’un État s’abstient de toute intervention en faveur d’un de ses nationaux en difficulté dans un pays dont il aurait aussi la nationalité. Or, il apparaît que le Maroc n’est pas signataire de cette convention. La Belgique n’est donc nullement tenue de la respecter dans son cas précis.
En conséquence, nous, parlementaires belges, vous demandons solennellement d’activer enfin l’assistance consulaire dont Monsieur Aarrass n’a jamais pu bénéficier et à laquelle il a pourtant droit, au même titre que n’importe quel ressortissant belge en difficulté à l’étranger.

Signataires :
Aziz Albishari, député bruxellois (Ecolo) Sfia Bouarfa, députée bruxelloise (PS) Hassan Bousetta, sénateur (PS) Dominique Braeckman, députée bruxelloise (Ecolo) Michel Colson, député bruxellois (FDF) Jean-Claude Defossé, député bruxellois (Ecolo) Céline Delforge, députée bruxelloise (Ecolo) Serge de Patoul, député bruxellois (FDF) Anne Dirix, députée bruxelloise (Ecolo) Bea Diallo, député bruxellois (PS) Patrick Dupriez, député wallon (Ecolo) Ahmed El Khannouss, député bruxellois (CDH) Béatrice Fraiteur, députée bruxelloise (FDF) Zoé Genot, députée fédérale (Ecolo) Muriel Gerkens, députée fédérale (Ecolo) Didier Gosuin, député bruxellois (FDF) Benoît Hellings, sénateur (Ecolo) Anne Herscovici, députée bruxelloise (Ecolo) Eric Jadot, député fédéral (Ecolo) Zakia Khattabi, sénateur (Ecolo) Philippe Lamberts, député européen (Ecolo) Bénédicte Linard, députée wallonne (Ecolo) Vincent Lurquin, député bruxellois (Ecolo) Olivier Maingain, député fédéral (FDF) Vanessa Matz, sénateur (CDH) Jacky Morael, sénateur (Ecolo) Marie Nagy, députée bruxelloise (Ecolo) Mohamed Ouriaghli, député bruxellois (PS) Martine Payfa, députée bruxelloise (FDF) Fatiha Saidi, sénateur (PS) Fatoumata Sidibé, députée bruxelloise (FDF) Marc Tarabella, député européen (PS) Barbara Trachte, députée bruxelloise (Ecolo) Sarah Turine, députée bruxelloise (Ecolo)