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mardi 1 février 2011

Une soif de justice réveille le monde arabe

Par Agnès Rotivel, la Crois, 31/1/2011

Au fil des années, les dirigeants du monde arabe se sont coupés de leur population en privilégiant leurs intérêts personnels et en limitant l’exercice des droits de l’homme

Un manifestant égyptien hissé sur un réverbère, place Tahir, au Caire, dimanche 30 janvier (photo Hamra/AP).
Tunisie, Égypte, qui sera le prochain pays du monde arabe à exploser ? En Tunisie, le fruit était mûr. Il est tombé, tant la corruption avait gangrené le régime. Un diplomate en poste à Tunis note que les télégrammes de WikiLeaks, qui circulaient sur Internet traduits en arabe et en français, ont joué le rôle de révélateur.
« Les Tunisiens ont été confortés par l’analyse des diplomates américains. Ils se sont dits : “Si les Américains disent eux aussi que le régime est corrompu, c’est qu’on a raison” », explique-t-il. Aujourd’hui, les Tunisiens, tout ébahis de leur audace, parlent de « dignité retrouvée ».
Par son arrogance, son arrivisme et sa cupidité, le régime Ben Ali a « humilié » son peuple qui réclame aujourd’hui son dû : travail et liberté de parole. « Ici, c’est 1789 », soulignait un Tunisien la semaine dernière.
"C’est le réveil des sociétés civiles"

Après la Tunisie, l’Égypte à son tour est dans la rue. Pas seulement les jeunes diplômés au chômage parce qu’ils n’ont pas le piston nécessaire pour décrocher un emploi, mais des femmes qui réclament un avenir pour leurs enfants, des hommes qui ne peuvent plus subvenir aux besoins élémentaires de leur famille. Des Égyptiens révoltés par des parodies d’élections où toute opposition est muselée, comme cela a encore été le cas pour les législatives en novembre dernier.
On dit les dirigeants des pays arabes inquiets, ils ont des raisons de l’être. Leurs discours accusant les ennemis de l’extérieur – États-Unis, Israël, l’Occident – de fomenter la révolte n’ont plus cours. La révolte en Tunisie et en Égypte n’a rien d’idéologique.
De ce point de vue, le discours du président Hosni Moubarak, à la télévision vendredi soir, était surréaliste : il parlait de « souveraineté nationale », « sécurité des frontières », lorsque les Égyptiens réclamaient la liberté d’expression, la fin de la corruption et le partage des richesses.
« C’est le réveil des sociétés civiles et des classes moyennes mondialisées, analyse Yves Aubin de la Messusière, ancien diplomate, spécialiste du Proche-Orient. Ces sociétés aspirent à plus de liberté, à participer à un espace public confisqué par des régimes qui connaissent des crises de légitimité. Et dirigés, comme en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Arabie saoudite, par des leaders vieillissants. »
"C’est un programme démocratique et non idéologique"
Ces révoltes, dont les causes sont le plus souvent sociales, ne sont pas structurées, c’est là leur faiblesse. En Tunisie, en Égypte, il n’y a pas de leader de la contestation. Celle-ci est multiple. Même si, en Égypte, l’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Mohamed El Baradei, tente de s’imposer comme tel.
Les oppositions traditionnelles ont été absentes du mouvement. Soit parce que, en Tunisie, l’opposition islamiste a été écrasée par le pouvoir, soit que, comme en Égypte, l’opposition des Frères musulmans n’a pas vu venir la contestation et a pris le train en marche, après s’en être désolidarisée dans un premier temps.
Quand les manifestants descendent dans la rue pour réclamer la liberté et une vie digne, ce ne sont pas des slogans initiés par des partis politiques. « Ce qui est remarquable, c’est que les slogans qui ont poussé des milliers de gens à agir sont les droits de l’homme et du citoyen, la démocratie sociale et la justice économique. C’est un programme démocratique et non idéologique », souligne Paul Salem, directeur du centre Carnegie au Moyen-Orient, basé à Beyrouth. C’est là aussi leur faiblesse, sans leader capable de prendre la relève.
Tour d’ivoire
Les manifestants dans la rue sont connectés au monde. Quotidiennement, ils regardent les chaînes de télévision satellitaires. Des heures durant, rivés à leurs ordinateurs, Tunisiens, Égyptiens, Syriens, Palestiniens dialoguent sur Internet, bravent les censures, s’expriment sur des blogs. Dans les manifestations, ils se regroupent par SMS, Twitter. Ils sont ouverts sur le monde mais cadenassés dans leur vie de tous les jours.
Leurs leaders, eux, sont enfermés dans leur tour d’ivoire, entourés d’une cour qui leur renvoie l’image du pays qu’ils veulent voir. Des régimes le plus souvent corrompus, qui ont failli à développer un minimum de bien-être pour leur population, mais envoient leur famille et leurs enfants étudier à l’étranger, dans les meilleures universités, et mènent grande vie.
Pour Ghassan Salamé, professeur de sciences politiques à Paris, si le monde arabe est familiarisé avec la tyrannie depuis la décolonisation, il y a eu depuis trente ans une évolution calamiteuse. « Bourguiba et Boumediene (1) menaient une vie austère et ne considéraient pas l’État comme leur propriété », assure-t-il.
Pour cet expert du monde arabe, « c’est à partir des années 1970 que ces régimes ont commencé à se jeter dans le néolibéralisme pour le détourner à leur profit et établir une gouvernance corrompue en s’emparant de pans entiers de l’économie. » À qui le tour ?
(1) Le père de l’indépendance tunisienne, Habib Bourguiba, a gouverné durant trente ans à partir de 1957, et Houari Boumediene a dirigé l’Algérie de 1965 à 1978.

Maroc urgent : Appels du Capitaine ADIB

Par Mustapha ADIB, 1/2/2011

Bonjour,

Je m’appelle Mustapha Adib. J’ai été Capitaine dans l’armée de l’air au Maroc quand, en 1998, j’avais dénoncé la corruption qui sévit dans l’armée du Maroc par courrier au prince héritier de l’époque, Mohamed VI, et qui est actuellement le roi du Maroc.
Le mekhzen avait alors diligenté une enquête qui avait abouti à l’arrestation de 4 personnes dont 2 militaires et deux civils.
Juste après, j’ai fait l’objet de nombreuses brimades, punitions, mutations arbitraires, et prison militaire, comme vengeance des supérieurs de l’armée qui n’avaient pas apprécié que je dénonce des pratiques qu’ils ne cessent eux même de commettre pour s’enrichir frauduleusement, comme leur avait demandé Hassan II juste après le coup d’état raté de Skhirat en 1972.
J’avais tout fait pour faire cesser cette vengeance, y compris la réécriture à Mohamed VI qui était devenu roi entre temps. J’avais même fini par demander ma libération de l’armée. En vain.
Le responsable du cabinet du roi à l’époque, Fouad Ali Elhimma, se contentait juste de me dire de patienter… ce que j’avais fait pendant des semaines et des semaines.
Ne voyant rien venir pour me secourir de ce calvaire que je subissais suite à l’accomplissement de mon strict devoir d’officier, j’ai fini par rendre public le fait que l’armée au Maroc était corrompue et ce, sur les colonnes du journal Français Le Monde.
Avant même que l’article ne soit publié, j’ai été arrêté et séquestré sans jugement ou notification, dans une caserne militaire à 100m du bureau de Mohamed VI. En Janvier 2000, j’ai été présenté au Tribunal Permanent des Forces Armées Royales de Rabat pour des motifs imaginaires, à savoir « violation des consignes militaires » et « outrage à l’armée ». Après plusieurs audiences, ou tous mes droits ainsi que ceux de ma défense ont été systématiquement bafoués, j’ai été condamné à deux ans et demi de prison ferme.

Pendant, et après ce procès, j’ai fait l’objet de soutien d’un grand nombre d’associations internationales comme :
- Amnesty international m’avait adopté comme détenu d’opinion ;
- Transparency International m’a décerné le Prix International de l’Intégrité 2000 ;
- Le Groupe de Travail sur le Détention Arbitraire qui relève de l’ONU avait même conclu que ma détention était arbitraire et avait demandé au Maroc de me libérer immédiatement et sans condition, mais le Maroc ne l’a pas fait et a préféré que je demande la grâce au roi, chose que je n’ai pas faite ;
- La FIDH, l’OMCT, ASF, et autres
En quittant la prison après avoir purgé la totalité de ma peine, je n’ai pas pu trouver un travail au Maroc, malgré mon diplôme d’Ingénieur en Télécommunication et mon expérience dans les réseaux de télécommunication militaires.
Aujourd’hui, ma conscience m’interpelle concernant ce qui se passe au Maroc comme injustices et dérives. Et je crains que ce régime autocrate de Mohamed VI ne sache pas comment se comporter avec les Marocains s’ils étaient amenés à manifester comme c’est le cas dans les pays voisins. C’est pourquoi j’ai émis deux appels : le premier au roi, le deuxièmes à mes camarades de l’armée, et où j’explique de la façon la plus transparente, la plus directe et sans aucune hypocrisie la situation au Maroc telle que je la sens. J’y demande aussi au roi et à mes camarades d’armes de prendre chacun ses responsabilités.
Ces appels sont ci-joints, et je vous serai reconnaissant si vous voulez bien les publier ou les diffuser à la plus grande échelle possible.
Je vous remercie par avance.
Cordialement.
Mustapha Adib
Tél. +33 6 42 37 42 45 (en France)
Tél. +212 6 62 10 95 22 (au Maroc)
*******

Appel adressé à Mohamed VI, roi du Maroc
de la part de Mustapha ADIB Ex-Capitaine de l’armée marocaine :
Soyez intelligent et pro réactif pour l’intérêt effectif de tous.
Mohamed VI,
Comme vous le savez et comme le sait maintenant la majorité du peuple marocain, le bilan de la dynastie alaouite, dont vous êtes le représentant, est très négatif. Durant les règnes successifs des monarques alaouites, jamais les Marocains n’ont été respectés par leurs dirigeants. Ces derniers les ont toujours considérés comme un peuple inférieur, de second rang. Certains monarques en étaient tellement convaincus qu’ils avaient même livré le Maroc à l’étranger – le Protectorat – avec pour seul souci de rembourser leurs dettes personnelles contractées auprès de pays étrangers. Ces monarques pensent, pour des raisons mystérieuses, que le Maroc est leur propriété, et que les marocains sont leurs esclaves.
Le pire est que, même à notre époque, aucun monarque n’a eu le courage de reconnaitre les nombreux torts de cette dynastie qui s’est distinguée par de multiples faits de corruption, de dérives et de crimes. Aucun monarque n’a pu ou su réconcilier cette dynastie avec le peuple marocain, comme si celui-ci n’avait pas d’autre alternative que de passer sa vie à se soumettre à ses desiderata et à ses caprices et à vivre dans l’humiliation et l’indignité.
Ainsi, durant le règne de Hassan II, le peuple marocain en a vu de toutes les couleurs : dahirs à profusion, constitution taillée sur mesure, pouvoir absolu du roi, répression féroce du peuple, disparitions forcées des opposants, corruption généralisée, dilapidation de l’argent public par le palais et ses affidés, clientélisme omniprésent, etc. Quand le peuple voulait exercer son droit légitime de manifester, Hassan II n’hésitait pas à donner l’ordre à l’armée de l’époque, gendarmerie comprise, de tirer à balles réelles sur des manifestants désarmés. Des centaines de personnes sont mortes ainsi, des milliers d’autres blessées, sans compter les disparus.
Avant même que vous ne montiez sur le trône, le makhzen a tenté de donner de vous l’image d’un futur roi différent des autres : roi des pauvres, roi anti-corruption, roi anti-favoritisme et clientélisme, roi ouvert d’esprit, et j’en passe. Bref, le souverain qui allait réconcilier le peuple avec la dynastie alaouite.
Aujourd’hui, les Marocains n’ont plus de doute : tout cela n’était qu’une mascarade du makhzen destinée à vous assurer une transition maitrisée. Force est de constater que rien n’a fondamentalement changé pour eux et pour leur vie quotidienne.
Mohamed VI,
En tant que citoyen très attaché à mon pays, je ne souhaite pas voir des Marocains manifester comme en ce moment dans d’autres pays arabes et mourir par centaines. Je ne souhaite pas non plus revenir aux jours sombres du règne de Hassan II. Enfin, je ne voudrais pas que vous vous retrouviez dépassé par de graves événements. C’est pourquoi, sans préavis, j’ai décidé de lancer un double appel, à vous-même et à l’armée marocaine, en espérant que vous prendrez personnellement les décisions adéquates, loin des « conseils » de ceux qui tirent déjà profit de la situation actuelle. Loin également des conseils des partisans de méthodes sécuritaires archaïques.
Si ma démarche devait conduire à mon arrestation ou pire encore, sachez que j’en serais honoré. Car comme des dizaines de millions de mes compatriotes, je ne supporte plus les nombreuses injustices causées par votre régime et ses vautours.
Mohamed VI,
Je vous invite à prendre sans tarder les mesures attendues par l’immense majorité des Marocains, en vous priant instamment de ne pas tergiverser ou recourir à toutes sortes de prétextes ou d’excuses destinées à gagner du temps. Je vous demande ainsi d’annoncer sans délais :
1- Le début de consultations pour une nouvelle Constitution, ou, au moins, une réforme profonde de l’actuelle Constitution, en prenant en compte les aspirations légitimes du peuple marocain et notamment, la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Il faudra y reconnaitre la suprématie de la Constitution nationale ainsi que celle des Conventions Internationales sur le droit interne en cas de conflit.
2- Le début de consultations pour une réforme radicale de notre système judiciaire qui ne répond ni aux attentes des Marocains, ni à celles de nos partenaires étrangers. C’est toute la crédibilité du Maroc qui est également en jeu.
3- L’arrestation immédiate des personnes impliquées dans les affaires de corruption et de violation des Droits de l’Homme au Maroc, et le gel de tous leurs avoirs au Maroc et à l’étranger, en vue de les présenter à la justice. Ces arrestations ne doivent épargner aucune personne, quelle que soit son degré de proximité ou de collaboration avec la famille royale.
Mohamed VI,
Des décisions en ce sens, même si elles doivent être suivie d’autres, notamment celles relatives au social et à l’économie, contribueraient à calmer les esprits et à rétablir la confiance. Il est temps que vous choisissiez clairement et courageusement votre camp : celui du peuple. Vous devez bien le comprendre, Mohamed VI : choisir son camp après la révolte sera certainement trop tard. Un bon chef d’état est celui qui, en voyant la révolution se préparer, la provoque lui-même. Et il n’ya pas de honte en cela.

Vive un Maroc libre !
Vive un Maroc juste !
Vive un Maroc fraternel !
Vive le Maroc !
Mustapha Adib
Le 01/02/2011
- Ex-Capitaine de l’armée de l’air au Maroc ;
- Ancien détenu d’opinion suite à la dénonciation de la corruption au sein de l’armée ;
- Lauréat du Prix de l’Intégrité 2000 décerné par Transparency International ;
- Adopté par Amnesty International ;
- Soutenu par Avocats Sans Frontières, la FIDH, l’OMCT et HRW ;
- Objet d’une décision du Groupe de Travail sur la Détention Arbitraire (ONU) demandant au gouvernement du roi du Maroc de libérer le Capitaine Adib immédiatement et sans condition, et que ledit gouvernement n’a pas daigné libérer avant l’exécution de la totalité de la peine de deux ans et demi ;
- Ingénieur en Télécommunication.
*******************
Appel adressé de la part de Mustapha ADIB Ex-Capitaine
à ses camarades dans l’armée marocaine
Nous faisons partie du glorieux peuple marocain, et nous pouvons le montrer à tout moment, et à quiconque.

Chers camardes de l’armée marocaine :
Comme vous le savez, la majorité d’entre nous avait choisi l’armée par conviction, et essentiellement pour servir la patrie.
Malheureusement, une fois engagés, nous avons tous été confrontés à des pratiques qui non seulement n’avaient pas pour but de servir la patrie, mais au contraire, la desservaient et n’avaient plus rien à voir avec nos ambitions et nos valeurs. Personnellement, en dénonçant la corruption qui sévit dans l’armée pour que, entre autre, mes subalternes puissent bien manger et puissent accéder à tous leurs droits sans chantage, j’ai été condamné à la prison au lieu d’être promu. Cette prison a été un honneur pour moi, car mes subalternes m’apprécient pour ça à vie.
Aujourd’hui, après 12 ans de règne de Mohamed VI, et en toute franchise et responsabilité, qu’est ce qui a changé au Maroc ? On peut constater que la pauvreté a augmenté, tout comme la corruption, le favoritisme et le clientélisme, aussi bien au sein de l’armée que chez nos concitoyens civils. La fierté d’appartenir à l’armée se dissipe petit à petit à cause de la mauvaise gestion de Mohamed VI et de son entourage. Ne soyons pas dupes ou peureux, le roi a tous les pouvoirs pour remédier à cette situation. S’il n’a rien fait durant ces 12 ans, ce n’est pas seulement parce qu’il est mal entouré, c’est parce qu’il y trouve son compte aussi. Ne donnons pas l’impression que nous sommes lâches, car nous ne le sommes pas. Nos ancêtres ont déjà fait preuve de bravoure et de loyauté, comme lorsqu’ils avait arrêté les armées ottomanes à la frontière algérienne sans la présence d’un roi à leur côté, ou lorsqu’ils ont conquis l’Espagne alors que Tarik Ibn Ziad, qui les accompagnait, avait brulé tous les navires, sauf un seul qu’il avait gardé pour lui-même en cas d’échec.
Chers camarades,
Un roi qui se respecte, qu’il soit au Maroc ou ailleurs, est un roi qui d’abord respecte son peuple.
Un roi qui laisse pourrir ses officiers, sous-officiers et hommes de troupe, qui les condamne par des jugements abusifs et arbitraires en son nom dans un tribunal d’exception, qui de surcroit fait d’une telle armée corrompue le pilier de son régime absolutiste, qu’il soit au Maroc ou ailleurs, est un roi qui ne mérite aucun respect.
Des généraux qui fuient les champs de bataille, qui, dans leurs luxueux bureaux, passent leurs journées à voler les biens du peuple, ou sèment la terreur et la déception parmi les militaires et même nos concitoyens civils, sont des généraux qui ne méritent ni respect ni obéissance.
Chers Camarades,
Notre armée compte un grand nombre d’officiers, de sous-officiers et d’hommes de Troupe dignes et intègres. Ceux-ci sont régulièrement chassés et maltraités par ces hauts gradés corrompus. Faites confiance au peuple marocain et ne marchez pas au diapason de ces hauts gradés qui se remplissent les poches avec les biens du peuple marocain.
C’est pourquoi, le jour où il y aura une révolte au Maroc, si le roi ou ses généraux vous sollicitent, je vous implore, chers camarades, de ne pas ouvrir le feu sur nos concitoyens. Déployez-vous comme on vous le demandera, mais ne titrez pas sur vos familles. Je vous implore de protéger les femmes manifestantes qui sont nos mères, nos sœurs, nos filles et nos épouses. Je vous implore de ne pas ouvrir le feu sur nos jeunes, qui sont nos frères, nos fils et peut être les époux de certaines d’entre nous. Ces jeunes sont notre avenir, et s’ils se révoltent, c’est parce que ce régime, dirigé par Mohamed VI, n’a rien fait pour eux.
Je vous implore de ne pas obéir à tout ordre contraire à nos valeurs de défense du peuple marocain d’abord. N’ayez pas peur des pitoyables menaces de mise aux arrêts, de destitution ou de traduction devant une cour martiale, car leurs ordres ne seront pas justifiés. Ce sont eux qui, devant la volonté et la détermination du peuple marocain, finiront devant ces cours martiales. Ces ripoux, dont beaucoup dirigent notre armée, ont depuis longtemps sali notre image de militaires loyaux que nous sommes, et, par voie de conséquence, l’image du peuple marocain tout entier.
Il est d’ores et déjà temps pour le roi de choisir son camp : soit il veut être au côté du peuple et donc il doit entamer les réformes que celui-ci exige, soit il s’oppose au peuple, et dans ce cas là il ne doit pas compter sur l’armée qui est issue du peuple.
Mais s’il attend que la situation explose, il sera certainement trop tard.
Chers camarades,
Vive un Maroc libre !
Vive un Maroc juste !
Vive un Maroc fraternel !
Vive le Maroc !

Premières manifestations de solidarité avec les Tunisiens et les Egyptiens au Maroc

 Par Ignacio Cembrero El Pais, 31/1/2011

Des centaines de personnes dans la rue à Tanger et Fès pour se solidariser avec les Égyptiens et Tunisiens et protester contre la cherté de la vie
Les protestations qui parcourent le monde arabe sont arrivées ce week-end au Maroc, mais l'ont fait avec modération. Des centaines de personnes se sont jetées à la rue la nuit du dimanche à Tanger et Fès pour exprimer leur solidarité les Égyptiens et les Tunisiens, mais ils ont profité aussi pour protester contre la cherté de la vie. Les deux manifestations ont été dissoutes par les forces de l'ordre.
Convoqués par l'Association pour la Taxation des Transactions et de l'Aide au Citoyen (ATTAC), un groupe entre 100 et 150 personnes se sont concentrés dans la place centrale des Nations . : "Moubarak, Moubarak, l'Arabie Saoudite t'attend!", c'était l'un des slogans les plus répétés par les manifestants. Le roi Abdala d'Arabie Saoudite a accueilli, le 14 janvier, le président déchu de Tunisie, Zine El Abidine Ben Ali, et si le chef d'État égyptien se voit obligé à quiter le pays il est probable qu'il finisse dans le même endroit.

À la même heure des centaines d'étudiants se sont jetées à la rue à Fès dont l'université est l'une des plus combatives du Maroc. Ils protestaient, entre beaucoup d'autres choses, pour le l'augmentation des salaires que le Gouvernement marocain a octroyé aux policiers.
Cet après-midi une troisième manifestation a été convoquée de plus devant l'ambassade de l'Égypte à Rabat. Avant que le président tunisien Ben Ali ne tombe, le Ministère de l'Intérieur marocain a interdit les concentrations de solidarité avec le peuple tunisien.
Un Mouvement Liberté pour la Démocratie inconnu a convoqué, finalement, dans le réseau social de Facebook des manifestations dans les principales villes marocaines pour le 20 février.
Dans une interview accordée à El Pais, le prince Moulay Hicham, le cousin germain du roi de Mohamed VI, affirme que "le Maroc ne sera probablement pas une exception". "Presque tous systèmes autoritaires seront affectés par la grande vague de protestations", ajoute-t-il.
La ministre espagnol des Affaires Etrangères, Trinidad Jiménez, a exposé hier à Bruxelles la thèse opposée. "Je crois sincèrement que la situation en Tunisie et en Égypte est clairement différente de la situation au Maroc", assura-t-elle. "(...) il ne faut pas oublier que le Maroc est un pays qui a déjà entamé, il y a quelques années, un processus d'ouverture démocratique".
"La dynamique de la libéralisation politique initiée à la fin des années 1980 [durant le règne de Hassan II] est presque épuisée", soutenait, par contre, Moulay Hicham dans l'interview.
Photos du sit in organisé avec succès par des démocrates marocains devant l'ambassade de l'Egypte à Rabat. Les organisateurs ont tenu à exprimer leur solidarité avec la révolution du peuple égyptienne contre la dictature.
Khadija Ryadi, la présidente de l'AMDH, et Samira Kinani membre du bureau central de l'AMDH, toujours au rendez-vous
 L'infatigable, Abdelhamid Amine.

lundi 31 janvier 2011

Le Maroc expulse 4 Européens du Sahara Occidental pour avoir rencontré des militants sahraouis des droits humains

Par SPS, 31/1/2011
El Aaiun (Sahara Occidental occupé), 30/01/2011 (SPS) Un groupe d' étudiants européens, notamment de la Norvège, la Suède et de la Finlande ont été expulsés dimanche des territoires occupés du Sahara Occidental, après s'être rencontré avec les militants sahraouis des droits de l'homme, a-t-on appris de la représentation du Front Polisario en Finlande.
Les trois étudiants, Helena Engleson (23 ans), Emilia Mollgren (20 ans) et Lina B. Røssevold (19 ans) et leur professeur ont été appelés dimanche à quitter les territoires occupés du Sahara occidental à bord d’un bus à destination d’Agadir (Maroc), a-t-on précisé.
La délégation était arrivée vendredi dernier afin de s’enquérir davantage sur les violations des droits humains, et élaborer un sondage selon lequel, le peuple sahraoui veut ou non un renouvellement de l'actuel accord de pêche UE - Maroc, qui inclut les eaux territoriales du Sahara Occidental occupé, a ajouté la même source.
"Des agents de la police marocaine en civil nous suivaient depuis qu'on a quitté le Maroc vers le Sahara occidental. Ils étaient avec nous dans le bus qui nous transportait, et ils étaient logés près de l'hôtel, afin de nous poursuivre partout" a déclaré Lina Røssevold.
Plusieurs dizaines de groupes politiques, journalistes et touristes ont été expulsés du Sahara Occidental occupé illégalement par le Maroc ces derniers mois, rappelle-t-on. (SPS)

Entre Tunis et Le Caire, le rêve brisé de Sarkozy

Gérard Courtois (Chronique "France") Le Monde,  1/2/11

Quand l'Histoire s'invite avec tant d'insistance dans l'actualité nationale, l'embarras du chroniqueur est extrême. Que privilégier, en effet ? Les interrogations métaphysiques des centristes, menacés de "centrifugation", selon le mot du sénateur Jean Arthuis ? Ou les questionnements existentiels de Nicolas Hulot, décidé, semble-t-il, à chiper à Dominique Strauss-Kahn la palme du vrai-faux candidat ?
Faut-il plutôt s'alarmer du recours de nos concitoyens aux conduites magiques pour conjurer la crise, puisqu'ils ont misé plus de 40 milliards d'euros en 2010 dans tous les jeux de hasard, paris et casinos - soit, tout de même, plus du tiers du déficit budgétaire pour 2011 ? Ou doit-on prendre au sérieux le plan du ministre de l'éducation nationale pour faire pousser la bosse des maths aux petits Français, en oubliant que cet homme-là lance en l'air, comme un jongleur, une réforme tous les trois mois ?
Que dire, enfin, de ces détresses poignantes qui nous entourent ? Celle de l'ancien président Jacques Chirac, trop vieilli, usé et fatigué, plaide son entourage, pour affronter le procès des emplois fictifs de la Ville de Paris qui l'attend dans un mois. Ou la détresse des 46 policiers de la CRS 54, basée à Marseille, qui ont commencé une grève de la faim pour dénoncer l'éventuelle suppression de leur compagnie. L'affaire n'est pas banale, quand on pense que ce sont ces CRS, ou leurs collègues, dont la ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, vantait il y a peu l'exceptionnel professionnalisme au point de vouloir en faire bénéficier le régime chancelant du président tunisien Ben Ali...
Il est vrai que l'Histoire a heureusement tranché autrement : l'homme qui tenait la Tunisie sous sa botte depuis plus de vingt ans a fui devant la révolte de son peuple. L'essentiel a été dit, depuis, sur le silence ancien, complice et coupable de la France à l'égard du clan au pouvoir à Tunis, sa corruption, son autoritarisme policier et son mépris pour les droits de l'homme.
Mais il a été moins relevé que cette "révolution du jasmin" (et de sang) signe l'échec cinglant du grand projet méditerranéen de Nicolas Sarkozy. Surtout depuis qu'une fièvre semblable a gagné l'Egypte et menace chaque jour davantage le président Moubarak, coprésident depuis juillet 2008, avec son homologue français, de l'Union pour la Méditerranée.
Dès le soir de son élection, le 6 mai 2007, le chef de l'Etat avait lancé "un appel à tous les peuples de Méditerranée pour leur dire que c'est en Méditerranée que tout va se jouer, qu'il nous faut surmonter toutes les haines pour laisser place à un grand rêve de paix et de civilisation". Lyrique, il ajoutait que la France serait "du côté des opprimés du monde", de "tous ceux qui croient aux valeurs de la tolérance, de la liberté, de la démocratie".
Superbe perspective, que M. Sarkozy avait confirmée à Tanger, au Maroc, à l'automne suivant : "En tournant le dos à la Méditerranée, l'Europe se couperait non seulement de ses sources intellectuelles, morales, spirituelles, mais également de son futur. C'est en Méditerranée que l'Europe gagnera sa prospérité, sa sécurité ".
Les 13 et 14 juillet 2008, enfin, après des mois de rugueuses tractations, le président français pouvait savourer son succès : à l'exception du Libyen Kadhafi, les 43 dirigeants de l'Europe et du pourtour méditerranéen étaient réunis sous la coupole du Grand Palais, à Paris. "Nous ne voulons plus seulement être des voisins, mais des partenaires" et "écrire ensemble notre histoire commune sur un pied d'égalité entre le Nord et le Sud" et autour de "projets concrets" (en matière d'environnement, d'éducation, de développement ou d'énergie), pouvait leur lancer le président de la République.
A l'instar de la réconciliation franco-allemande et européenne, au lendemain de la guerre, il plaidait que cette Union permettrait non pas d'occulter, mais de dépasser les drames, les conflits et les injustices passés.
Les spécialistes souligneront que, depuis, ce grand dessein s'est enlisé, paralysé par mille susceptibilités, cisaillé par la guerre israélienne contre Gaza en janvier 2009, plombé par la crise économique mondiale. Et ils auront raison : les solidarités concrètes n'ont pratiquement pas vu le jour et la deuxième conférence générale de l'Union pour la Méditerranée est ajournée depuis des mois.
Mais le mal - le vice de forme en quelque sorte - est plus profond, comme le démontrent la révolution tunisienne et le soulèvement égyptien : l'Europe a tout simplement négligé les peuples, leurs colères contre l'injustice et leurs aspirations à la liberté ; Nicolas Sarkozy, en particulier, a oublié la défense des droits de l'homme et des opprimés invoquée le 6 mai 2007, jusqu'à déclarer, lors d'un voyage officiel en 2008, que "l'espace de liberté progresse en Tunisie".
Tout y a contribué. Bien sûr, les liens étroits et le réalisme commode qui conduisent à coopérer avec les régimes en place quels qu'ils soient. Mais aussi la règle de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays de l'autre rive méditerranéenne, surtout s'ils sont d'anciennes colonies ou protectorats français.
Enfin, la lutte contre l'islamisme radical et le terrorisme contre lesquels Paris a voulu croire, jusqu'à l'aveuglement, que les potentats les plus autoritaires sont un rempart efficace.
Dressé par Le Quotidien d'Oran (cité par Courrier international), le bilan est désastreux et résonne comme un avis de décès pour l'Union pour la Méditerranée : "Le Maghreb et sa population n'ont rien à attendre de l'Europe en général et de la France en particulier."
Plus cruel encore, le romancier égyptien Alaa El-Aswany, l'auteur de L'Immeuble Yacoubian, concluait son témoignage sur la "révolution" en marche sur les bords du Nil d'une phrase qui résume ce fiasco : "La France nous a donné l'exemple avec des écrivains comme Camus et Sartre, engagés pour la liberté" (Libération, 30-31 janvier). Il est plus que regrettable que l'on s'en souvienne au Caire, et pas à Paris.
Courriel : courtois@lemonde.fr.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/31/entre-tunis-et-le-caire-le-reve-brise-de-sarkozy_1473086_3232.html

Le prince Moulay Hicham : « Le Maroc ne fera probablement pas exception »

Entretien réalisé par IGNACIO CEMBRERO, El País, Madrid, 31/1/2011

Le troisième dans la ligne de succession au trône du Maroc prévoit que le Maroc n’échappera pas aux révoltes qui secouent le monde arabe.

Le prince Moulay Hicham (46 ans), troisième dans la ligne de succession au trône alaouite, se penche sur les révoltes qui secouent le monde arabe depuis fin décembre. Il prévoit que, d’une façon ou d’une autre, le Maroc n’y échappera pas. Moulay Hicham, qui a écrit de nombreux articles sur le monde arabe et parraine un centre de recherches sur cette région à l’Université de Princeton, entretient des rapports conflictuels avec son cousin germain, le Roi Mohamed VI du Maroc.

Question. Est-ce que 2011 sera pour le monde arabe ce que fut 1989 pour le communisme ?

Réponse. Le cours de l’histoire a déjà changé avec le renversement du régime de Ben Ali et quelle que soit l’issue de la crise égyptienne, il est évident que l’ancien régime ne saurait être préservé en l’état. Il faut donc conjuguer le changement au présent et pas au futur. Par ailleurs, le mur qui rendait impossible le soulèvement populaire était le mur de la peur, érigé dans la tête de chacun. Il se trouve que ce mur-ci s’est écroulé, ce qui a donné naissance à des mouvements de contestation démocratique dans le monde arabe. A vrai dire, la crise que connaissent les pouvoirs autoritaires pouvait être devinée depuis longtemps. Seulement, jusqu’aux derniers évènements, elle ne se traduisait que par un malaise profond. La nouveauté est dans le déclic qui a causé des éruptions et s’exprime par une lame de fond dans toute la région.

Q. Ces révolutions tunisienne, égyptienne n’ont pas grand-chose à voir avec ce que nous avons connu jusqu’à présent dans le monde arabe.

R. C’est une rupture avec les schémas précédents qui guidaient les mouvements de contestation dans le monde arabe depuis plus de deux décennies : le conflit israélo-arabe n’est plus au cœur des nouveaux mouvements de démocratisation, l’islamisme radical ne les inspire en rien. Mieux encore, l’acte fondateur de la révolution Jasmin en Tunisie a été l’immolation d’un jeune diplômé-chômeur, ce qui n’a aucun caractère religieux. Les nouveaux mouvements ne sont plus marqués par les anciens antagonismes comme l’anti-impérialisme, l’anti-colonialisme ou l’anti-sécularisme. Les manifestations de Tunis et du Caire ont été dépourvues de tout symbolisme religieux. C’est une rupture générationnelle qui réfute la thèse de l’exceptionnalisme arabe. De plus, ce sont les nouvelles technologies de communication de l’internet qui animent ces mouvements. Ceux-ci proposent une nouvelle version de la société civile où le refus de l’autoritarisme va de pair avec le rejet de la corruption. Ces mouvements sont nationalistes et non-autoritaires à la fois, ils sont pan-arabistes selon un nouveau modèle, en rupture avec la version anti-démocratique qui a sévi par le passé.

Q. Quelles leçons tirer pour le Maroc et pour l’ensemble du Maghreb ?
R. Le Maroc n’est pas encore touché mais il ne faut pas se leurrer sur ce fait : pratiquement tous les systèmes autoritaires vont être atteints par la vague de contestation et le Maroc ne fera probablement pas exception. Reste à savoir si cela se traduira par une contestation purement sociale ou par une revendication politique au sein des formations politiques en place, celles-ci étant enhardies par les récents événements. De toutes manières, il vaudrait mieux prévenir que guérir, procéder à l’ouverture bien avant que la vague de contestation ne déferle, plutôt qu’après. Il sera ainsi possible de préserver une certaine marge de manœuvre. Sinon la crise rendra beaucoup plus malaisé le changement politique. C’est loin d’être un pari gagné car la dynamique de libéralisation politique lancée depuis la fin des années 90 s’est largement essoufflée. De ce fait redynamiser la scène politique marocaine dans ce contexte régional sans tomber dans la radicalisation sera un défi majeur.

Q. En quoi le Maroc ressemble-t-il a su voisin tunisien ?
R. Par rapport à la Tunisie, il est vrai que le Maroc présente davantage de médiation sociale entre le pouvoir politique et les masses mais ces médiations sont sérieusement décrédibilisées et le jeu institutionnel qui les relie est largement verrouillé. La très faible participation aux dernières élections l’a clairement démontré. Par ailleurs, le Maroc, du fait de ses dimensions, présente des différences notables avec la Tunisie : sa population est plus diversifiée, son ancrage dans l’histoire est beaucoup plus ancien et la différentiation sociale est plus grande et plus variée. Néanmoins, le fossé entre classes sociales sape la légitimité du système politique et économique. Les diverses formes de clientélisme dans l’appareil d’Etat mettent en péril sa survie. Enfin, si la majorité des acteurs politiques reconnaissent la monarchie, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils sont mécontents de la vaste concentration du pouvoir dans l’exécutif. Les nouveaux mouvements sociaux en Tunisie, au Yémen, en Jordanie, en Algérie et en Egypte ont mis en évidence la dignité du citoyen comme étant au centre du politique. Indépendamment des qualités humaines de l’individu, et même s’il s’agit d’un monarque éclairé, l’étendue du pouvoir monarchique depuis l’indépendance est incompatible de fait avec cette nouvelle dimension. Et la dignité du citoyen est devenue aujourd’hui fondamentale.


Q. Vous êtes depuis toujours un observateur du monde arabe. Vos conseils sont-ils demandés à Rabat en cette période de turbulences ?
R. Aucune partie, officielle ou officieuse, au Maroc ne m’a demandé mon avis. Le pays regorge d’intelligences et de ressources intellectuelles et politiques. Quant à moi, je compte préserver mon autonomie intellectuelle. Du reste, j’ai mes propres obligations dans le cadre de diverses institutions internationales et mon propre travail.

Q. L’Europe craint l’instabilité sur sa rive sud, une poussée de l’islamisme, une augmentation de l’émigration clandestine etc.
R. Ce n’est pas l’Europe qui est déterminante, pour une fois, ni l’Occident. Ces mouvements ont pris de court des régimes cajolés par l’Occident et, en particulier, en Afrique du Nord, par la France. C’est peut-être pour la première fois depuis l’ère coloniale que le monde arabe s’autodétermine, fait ses propres choix et se donne les moyens de sa démocratisation par des manifestations de rue qui n’ont pas été soutenues par l’Occident. Quant à l’Europe et plus globalement, le monde occidental, il doit se réveiller, arrêter de soutenir des dictatures non-viables et tout faire pour appuyer des mouvements qui visent le changement pluraliste dans la région. Il faut aussi sortir de la dichotomie manichéenne, encouragée par les régimes arabes, qui consiste à faire peur au nom de l’islamisme pour préserver le statu quo. Dans les nouveaux mouvements sociaux, la religion ne joue aucun rôle majeur. C’est plutôt une nouvelle génération sécularisée qui revendique sa liberté et sa dignité de citoyen face à des régimes qui agissent à l’encontre des droits de l’homme et du citoyen. Cela ne signifie pas pour autant que l’islam politique ne va jouer aucun rôle dans l’avenir des sociétés en voie de démocratisation. Il sera un élément parmi d’autres dans l’échiquier politique. Le problème majeur de ces mouvements n’est pas aujourd’hui l’islamisme mais l’absence de leadership politique.
SOURCE : Retrouvez cet article sur le site de El País http://www.medelu.org/spip.php?article710

Les révoltes populaires en Tunisie et en Égypte troublent l’Occident

 Par Omar Benderra, Mediapart, 31/1/2011
 Les manifestations populaires en Égypte, contrairement à celles qui ont mis fin à la dictature de Ben Ali, ne suscitent pas la même sympathie dans les grands médias   occidentaux. L’exigence de liberté, de dignité et de justice d’un peuple qui vit depuis trente ans sous état d’urgence serait-elle moins recevable que celle exprimée par les Tunisiens ? Tous les peuples ont également le droit de vivre libres et de ne se soumettre qu’à la seule souveraineté du droit. La réticence occidentale, nettement plus marquée qu’à l’endroit de la révolution tunisienne, s’explique directement par l’importance géopolitique de l’Égypte et son voisinage avec Israël. Un gouvernement démocratique – les dirigeants occidentaux le savent – exprimerait le refus du peuple égyptien de l’alignement de Hosni Moubarak et de son régime sur la politique américaine.
Peu, bien entendu, mettent en avant le tropisme israélien. L’argument le plus fréquemment avancé est que le peuple égyptien serait plus disposé que le tunisien à choisir une voie islamiste, toujours présentée de manière univoque et globalisante sous ses aspects les plus repoussants. En invoquant le terme, les médias convoquent immédiatement le registre de l’émotion : l’« islamisme » est une notion lourde de menaces, une synthèse de fanatisme, de terrorisme et d’antiféminisme pathologique. Cet islamisme fantasmé est pratique – convenient diraient les Anglais –, car il permet de faire l’économie de la réflexion. Les « spécialistes » suggèrent donc – ils n’osent plus vraiment l’affirmer péremptoirement, la leçon tunisienne ayant servi – que la faiblesse numérique de la classe moyenne égyptienne et le taux élevé d’analphabétisme, à la différence de la Tunisie, rend ce pays moins apte à la démocratie. Le fanatisme religieux trouverait dans l’arriération de la société un terreau tout à fait propice à une prise de pouvoir aux conséquences apocalyptiques. S’agissant du Yémen, où se déroulent également des manifestations pour la démocratie, l’appréciation est encore plus négative. Les Yéménites seraient encore plus attardés que les Égyptiens et donc encore moins éligible à la démocratie et aux libertés.

Une vieille rengaine
L’air est connu. En Algérie même, il s’était trouvé des « politologues » pour prétendre, au lendemain du coup d’État militaire du 11 janvier 1992, que la démocratie n’était envisageable qu’à partir d’un certain niveau d’éducation moyen des populations. Venant d’universitaires algériens – avaient-ils lu l’appel du 1er Novembre 1954, texte fondateur de la Révolution algérienne ? –, cette absurde théorie prenait la dimension d’un véritable reniement. Ainsi donc, dans la hiérarchisation des sociétés que cette thèse sous-tend, les Égyptiens se situeraient quelques crans en dessous des Tunisiens. Les revendications du peuple des rives du Nil seraient moins acceptables car, si elles étaient satisfaites, elles déboucheraient inévitablement sur une dictature religieuse obscurantiste et belliqueuse.
Pour « preuve » de cette fatalité évidemment catastrophique, les mêmes spécialistes agitent le spectre de la révolution iranienne de 1979, qui a débouché sur l’ordre des ayatollahs. Les grands médias avaient convoqué, ad nauseam, cet épouvantail pour justifier le putsch des généraux algériens. Et à l’occasion des turbulences égyptiennes, ce bien commode croquemitaine est ressorti des placards de l’information « orientée ». Pourtant ces éléments de propagande – « de langage », selon les spin doctors – ne résistent pas à l’analyse. Il s’agit d’une construction fondée sur des présupposés erronés. Au-delà des « spécificités » chiites et du culturalisme, la théocratie iranienne est avant tout le produit de l’histoire tourmentée de ce pays. Comment comprendre la situation actuelle de l’Iran quand on omet de rappeler l’impact considérable et traumatisant de l’élimination du nationaliste Mossadegh par les services secrets anglo-américains en 1953, de l’épouvantable dictature du Chah et de la guerre déclenchée par Saddam Hussein en 1980 avec le soutien des Occidentaux ?
La diabolisation permanente et systématique de l’Iran est à mettre en perspective avec le traitement médiatique réservé à l’Arabie saoudite – indéfectible allié (pétrolier) de l’Occident. Pourtant, les formes les plus sombres de fanatisme religieux et d’obscurantisme meurtrier trouvent leur origine dans ce pays. Le salafisme djihadiste n’est qu’une déclinaison du wahhabisme saoudien, interprétation sectaire et médiévale de l’Islam. Les organisations terroristes qui se réclament de l’Islam trouvent toutes leur matrice idéologique dans le dogme officiel de ce pays. Ce n’est pas un secret : l’Arabie saoudite a financé à coup de milliards de dollars la propagation dans le monde musulman de cette doctrine régressive. Il est vrai que le djihadisme a été bien utile dans la guerre contre le communisme et la défaite de l’Union soviétique en Afghanistan. On comprend, à l’aune des services rendus et du tropisme israélien qu’il faut taire, pourquoi le sort des Iraniennes intéresse beaucoup de monde en Occident, contrairement aux malheureuses Saoudiennes, qui ne sont même pas autorisées à conduire leur automobile….

Des mouvements populaires enracinés dans l’histoire
On n’est pas obligé de partager les simplifications mensongères et les raccourcis manipulateurs. Les mouvements populaires dans les pays arabo-musulmans s’inscrivent dans le cadre de leurs cultures propres et de leurs histoires spécifiques. Pour exemplaire et éminemment désirable qu’elle puisse paraitre aux yeux de beaucoup, la laïcité française n’est pas une référence pour ces peuples. On peut le déplorer, mais c’est un fait. Au nom de quelle supériorité – de quelle « mission civilisatrice » ? – voudrait-on imposer à ces populations un marqueur politique français ? Pourquoi leur dénierait-on la démocratie, principe universel s’il en est ? Le regard à travers le prisme d’un particularisme local ne permet aucune compréhension des crises du monde arabe.
La myopie et l’absence de sens moral marquent le discours des élites médiatiques françaises à l’endroit des arabo-musulmans. La perte de crédit de la République française dans une aire si proche où elle tenait une place de premier plan en est un signe. Le mépris dans lequel les populations sont ostensiblement tenues et le soutien à des régimes dictatoriaux ont fini par brouiller l’image du pays des droits de l’homme et ont grandement réduit l’influence française. Il est affligeant de constater que pour beaucoup de jeunes Arabes – il serait bien trompeur de réduire cela à la question des visas –, la France officielle n’est perçue qu’en termes de capacité de nuisance. Et l’on s’étonne de découvrir lors des crises que le crédit de la France dans ces pays ne va pas au-delà des quartiers résidentiels sécurisés ? L’aveuglement est entretenu et consolidé par le rapport privilégié avec la variante « moderniste » des oppositions artificielles créées par les régimes pour donner l’illusion du pluralisme. Le cas algérien est ici aussi exemplaire. Depuis le putsch militaire et la « sale guerre » des années 1990, on ne voit sur les chaînes de télévision que des représentants en service commandé chargés de confirmer les peurs et les chimères islamophobes du néoconservatisme « à la française ».
La posture française est d’autant plus contre-productive que la représentation de populations bloquées dans leurs archaïsmes et rétives à la modernité est fausse. Tout comme celle d’un Islam univoque, patriarcal et replié sur lui-même. Les sociétés arabes font preuve d’une réelle vitalité et d’une considérable capacité de résistance à l’oppression. Contrairement aux thèses véhiculées par le discours dominant, ces sociétés sont en mouvement et sont bien plus ouvertes que ne le prétendent les propagandistes et les relais « experts » des dictatures. Il suffit d’observer la présence massive des femmes dans les rangs des manifestants aussi bien en Tunisie qu’en Égypte, ou même au Yémen. Les « chômeurs diplômés » et la généralisation d’Internet sont deux signes parmi d’autres de la transformation de ces sociétés. L’enfermement des populations, déjà battu en brèche par l’apparition des chaînes d’information satellitaires, est considérablement relativisé par le Web. Les populations sont informées hors des appareils des dictatures et, comme on a pu le constater, les opinions sont bien plus politisées qu’on ne le pense.

L’émergence de la société
La gouvernance par la terreur et le bâillonnement, défendue au nom de la guerre à l’islamisme, est une impasse politique, sociale et économique. Les intérêts de grandes puissances en Égypte sont considérables et constituent un facteur important qui empêche de pronostiquer un basculement à court terme de l’Égypte dans la démocratie. Il n’en reste pas moins qu’un énorme verrou a sauté. La société s’impose comme un acteur dont il faudra désormais tenir compte. Le progrès est insuffisant – les Égyptiens le ressentent en maintenant la pression contre un régime soutenu par les occidentaux –, mais c’est indiscutablement un nouveau point de départ. Après les indépendances formelles acquises dans les années 1950 et 1960, les peuples arabes expriment leur volonté de bénéficier des droits et des libertés démocratiques. Les Occidentaux devront s’en accommoder, sauf à entretenir et à assumer pour des objectifs inavouables une logique de guerre de civilisation. Aussi désagréable que cela puisse paraître à certains, la démocratie dans le monde arabe fonctionnera nécessairement dans un contexte fortement déterminé par l’Islam. La sécularisation ne se décrète pas et nulle part dans le monde on n’exige des populations d’abandonner préalablement leurs croyances et leurs usages avant de prétendre aux libertés et à l’État de droit…
La classification des sociétés sur une échelle d’« aptitude à la démocratie » est une aberration. Il n’existe pas de hiérarchie des peuples, aucun peuple n’est mineur à vie et aucune société humaine n’est ontologiquement inéligible à la démocratie. Il n’y a pas de prérequis « éducatif » à l’exercice des droits citoyens. La seule pédagogie en la matière est celle du débat et l’unique cadre en est le droit. Le soutien d’une démocratie à des dictatures au nom du containment de l’« islamisme » est inacceptable. La lutte contre l’islamisme rétrograde par la répression et la violence est également une option irréaliste et contreproductive. Les militants de la démocratie réellement ancrés dans leurs sociétés ne cessent de répéter que ce sont la dictature et les inégalités qui nourrissent l’instabilité et pas l’inverse. Ils prêchent dans un désert occidental où la pensée dominante est façonnée par un prisme sécuritaire déformé et déformant.
http://www.mediapart.fr/club/blog/omar-benderra/300111/les-revoltes-populaires-en-tunisie-et-en-egypte-troublent-l-occident

Casablanca : La lutte pour l'habitat décent continue

Par Ali Fkir , 30/1/2011

Malgré le mauvais temps, des centaines d'habitant-es des quartiers populaires de Casablanca ont répondu présent-es au sit in organisé (le 30/01/2011) par le "comité de suivi du dossier de l'habitat à Casablanca".
Rappelons que le dit comité est composé des représentant-es des quartiers populaires et de l'AMDH, section de Casablanca.
La lutte continue, la lutte doit s'intensifier.
Les droits ne s'octroient jamais, ils s'arrachent.


Ligue Arabe : le Maroc peut-il se révolter ?


Par CDpresse, 30/1/2011
Suite à la révolution tunisienne et aux manifestations qui embrasent l’Egypte, le Yémen et la Jordanie connaissent aussi des incidents. Peut-il y avoir une révolution dans tous les pays arabes, du Maroc à la Syrie, en passant par l’Algérie, la Libye ou les émirats arabes ? Petits descriptifs de ces états arabes, de leur régime politique et de leur situation économique. Le Maroc peut-il se révolter ?

Quels sont les pays de la Ligue Arabe ?
Voici, par ordre chronologique d’adhésion, les 22 pays de la Ligue Arabe : Egypte – Irak – Liban – Arabie Saoudite – Syrie – Jordanie – Yémen – Libye – Soudan – Maroc – Tunisie – Koweït – Algérie – Bahreïn – Qatar – Emirats arabes unis – Oman – Mauritanie – Somalie – Autorité palestinienne – Djibouti – Comores

Certaines populations pourraient prochainement être tentées par la révolution « à la Tunisienne »…
Maroc : le Maroc est bordé par l’Atlantique et la Méditerranée et est frontalier de l’Algérie et de la Mauritanie. Le Maroc compte 32 millions d’habitants et sa capitale est Rabat. Le régime politique est une monarchie constitutionnelle ou plutôt une monarchie héréditaire avec comme roi, Mohammed VI qui a de très nombreux pouvoirs et qui nomme le premier ministre. Ancien protectorat français et espagnol, le Maroc est la 2me puissance économique du Maghreb derrière l’Algérie et la 2me place boursière africaine derrière celle du Cap en Afrique du Sud.

Problèmes et atouts du Maroc : le Sahara occidental contrôlé par le Maroc mais dont la souveraineté n’est pas reconnue par l’ONU. L’économie du Maroc est tirée par le tourisme et l’agriculture avec un PIB par habitant en constante augmentation et par l’implantation d’entreprises européennes profitant de bas salaires et d’une politique fiscale attrayante. Pourtant, le chômage important (entre 9 et 15 % selon les chiffres) et il existe une forte économie parallèle avec le travail au noir donc peu de protections sociales. On note de grandes différences entre les plus pauvres et les plus riches, entre les stations de vacances pour les occidentaux et les villages pauvres. Comme en Tunisie, l’on trouve au Maroc plus de 100 000 jeunes diplômés et chômeurs. Si le travail des enfants est interdit, il perdure encore dans les quartiers pauvres et les villages isolés du Maroc. Le Maroc est aussi le plus grand producteur mondial de cannabis ce qui entraîne des trafics en tout genre.

Les Marocains peuvent-ils se révolter ?
Avant la révolution tunisienne de ces dernières semaines, beaucoup pensaient que les Marocains allaient les premiers se révolter. En effet, il s’agit d’un pays très pauvre, quoi qu’on en pense, avec 3 000 dollars de revenus par an et par habitant mais c’est une moyenne car 7 millions de personnes vivent avec 2 dollars par jour, 90 % des habitants ont moins de 270 euros par mois. On note aussi de très fortes inégalités. Les premières manifestations étudiantes datent de 2004 au Maroc et ont été réprimées devant le Parlement. Les jeunes diplômés se rassemblent fréquemment pour demander des emplois. Déjà, en 2007, plusieurs d’entre eux avaient essayé de s’immoler par le feu, soit bien avant les événements de Tunisie. Les émeutes de la faim ont aussi ébranlé le Maroc en 2007 et le gouvernement avait subventionné les produits de première nécessité (le pain, l’huile, le sucre) mais aussi l’essence. En 2009, des violences ont éclaté à Sidi Ifni et aussi à Casablanca, la plus grande ville économique du royaume du Maroc. Fin 2010, c’était au tour de Al Hoceima, de Mohammedia , de Tinghir ou de Laâyoun au Sahara occidental de connaître des manifestations violentes et des affrontements avec la police. Tous ces mouvements sont pour l’instant disséminés sans de vraie coordination générale au pays. La croissance de 4 % du pays n’est pas suffisante pour offrir du travail aux jeunes diplômés et en outre, les récoltes ont été mauvaises en 2010. Ainsi, le climat social s’aggrave au Maroc.
Cela dit, le roi Mohammed VI rassemble quand même le peuple car il fait beaucoup au plan social et la presse semble libre au Maroc, au contraire de la Tunisie. Les efforts du roi sont cependant encore insuffisants car très peu de personnes cotisent pour leur retraite par exemple ou sont couvertes par une assurance maladie. On reproche aussi au roi et à ses conseillers de concentrer les pouvoirs et les politiques sont déconsidérés avec une très forte abstention lors d’élections. C’est ainsi que l’on note une poussée du PJD (parti de la justice et du développement), un parti islamiste modéré qui reconnaît pourtant la prédominance du roi. Seule, l’association islamiste « justice et bienfaisance » s’oppose au roi.
Rien ne dit donc qu’une révolte des Marocains soit impossible car, si on ne peut comparer le régime politique marocain au système mis en place par Ben Ali en Tunisie, les motifs de mécontentements sont nombreux au Maroc.

dimanche 30 janvier 2011

"Un champ de ruines" à Tunis

Par La Dépêche, 28/01/2011

Des manifestants tunisiens fuient les gaz lacrymogènes, le 28 janvier 2011 à Tunis.
Des manifestants tunisiens fuient les gaz lacrymogènes, le 28 janvier 2011 à Tunis. AFP

Les mains sur le visage, en pleurs, un manifestant tente de se protéger des fumées épaisses des gaz lacrymogènes. La place de la Kasbah, épicentre de la contestation de la rue tunisienne depuis cinq jours, vient d'être évacuée.
L'odeur âcre emplit la place, sous les fenêtres du Premier ministre Mohammed Ghannouchi dont plusieurs manifestants réclamaient encore dans l'après-midi le départ "comme tous les agents de Ben Ali", l'ex-homme de fer de Tunis.

Tout commence par un discret mouvement: les uniformes verts des militaires, tampon rassurant entre les policiers anti-émeutes et les manifestants, disparaissent d'une des rues qui donne sur la place. Immédiatement, des groupes de jeunes craignent un assaut et vont au-devant des policiers, pierres à la main.
Très vite, casqués, équipés de masques à gaz et de boucliers, les policiers chargent. Les tirs de grenades lacrymogènes s'enchaînent, enfumant toute une partie de l'esplanade.

"Ils arrivent! Ils arrivent!", hurlent plusieurs jeunes.
Une foule paniquée reflue, en courant, criant, cherchant un refuge provisoire qui sous un porche, qui dans une ruelle. Des dizaines de personnes fuient vers la médina tandis que d'autres se ruent de l'autre côté vers l'avenue du 9 avril et slaloment en courant entre les voitures.
"J'ai vu au moins cinq blessés. Plusieurs saignent", raconte Majdi Hammami, un médecin du Samu de Tunis resté dans les parages à la fin de son service "pour aider si besoin". "Des jeunes ont été blessés par des pierres lancées par la police. J'ai vu aussi un manifestant touché par un tir de lacrymogène à bout portant".
En moins d'une heure, la place de la Kasbah a été vidée. Alors que les policiers poursuivent les derniers manifestants dans les ruelles de la médina, les militaires investissent l'esplanade.
"C'est un champ de ruines", lâche un passant. Les tentes qui abritaient les manifestants venus pour beaucoup des villes du centre frondeur et défavorisé du pays ont été éventrées et piétinées. Matelas, couvertures, cartons de lait, tracts jonchent le sol. Méthodiquement, les militaires quadrillent la place, en rangée serrée.
Tandis que des policiers contrôlent les accès des lieux, des collègues exhibent le maigre butin de la journée: une trentaine de petits couteaux de cuisine, quelques bâtons, une paire de ciseaux et du papier à cigarette.
"En cinq jours d'occupation, on n'a pas vu une vitre brisée. Cette violence pour déloger les gens était inutile. Ce mouvement aurait pu mourir de sa mort naturelle. Maintenant, ils sont tristes", dit à l'AFP Fourat Dridi, un sociologue venu aux nouvelles.
De retour sur l'esplanade dès les fumées dissipées, avocats et militants des droits de l'Homme interpellent les policiers, furieux.
"Chiens! Pourquoi vous faites ça?", crie un avocat(...)
"Au moment même où une négociation s'engageait pour voir comment arriver à une évacuation en douceur, les forces de l'ordre ont chargé. C'est scandaleux. J'ai parlé au Premier ministre, je lui ai demandé de faire immédiatement arrêter les tirs de lacrymogène et de libérer les manifestants arrêtés", explique à la presse Mokhtar Trifi, le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme.
Peu après, une vingtaine de jeunes qui s'étaient cachés dans un hôpital jouxtant la place de la Kasbah quittent leur refuge, encadrés d'avocats. "Nous allons les abriter à la maison du barreau, puis les raccompagner à une station de bus, pour qu'ils rentrent chez eux", en province, explique l'un d'eux.
"Je me sens déshonoré, humilié. On va repartir les mains vides", lâche Hamdi Ben Souf, un jeune de Gbelli (sud).

Maroc : Meeting de défense des habitants des bidonvilles

Une symbiose militante
Par Ali Fkir, 29/1/2011
Elles, ils n’ont pas besoin d’une mobilisation particulière pour venir assister au meeting du 29 janvier 2011 organisé conjointement par l’AMDH, section de Mohammedia, et le « comité de la défense et de l’action pour la libération des détenus et de la solidarité avec les victimes des intempéries et de l’exclusion ». En réalité les habitant-es des bidonvilles étaient venu-es assister à leur meeting. Pour ces démuni-es l’AMDH et le comité, sont leur AMDH et leur Comité. Elles , ils s’y retrouvent. L’abnégation des militant-es, leur dévouement aux causes justes, l’honnêteté, la simplicité, la détermination et leur courage ont fait de ces militant-es une référence, une source d’énergie militante.
Les centaines d’habitant-es de bidonvilles qui ont bravé les intimidations des caïds, des chioukhs et autres Moukdmines, le mauvais temps, ont tenu à se déplacer pour assister à ce meeting. A leur meeting.
Les familles des ex prisonniers et ces derniers ont tenu à prendre la parole pour remercier la section de l’AMDH et le comité, et à remercier également les militant-es de Casablanca qui les avaient épaulés dans les moments difficiles.
Les militant-es : Naïma (modératrice de l’activité), Aziza (présidente de la section locale de l’AMDH), Ali, le coordinateur du « Comité…de Mohammedia », Drissi, du « Comité…de Casablanca », Abounasr, président de l’AMDH, région de Casablanca ( qui regroupe 9 sections), ont réitéré l’engagement des militant-es de la région à soutenir inconditionnellement les luttes des victimes des politiques antisociales de l’Etat.
La présence des représentants des sections de l’AMDH de Berrechid et Sidi Bennour a contribué au succès de ce meeting.
Des photos et vidéos relatifs aux douars (Brahma Lhafra, Brahma « décharge », Chanti Jedid, Massira, Douar Haj Bouazza) ont été projetés grâce au « concours technique » précieux de la camarade Zhor.
Le groupe « SALEM » de Mohammedia a enchanté la foule par quelques chansons sociales de Nass Al Ghiwane.
Les révolutions tunisienne et égyptienne étaient présentes. Tout le monde à scandé à vive voix« si un jour le peuple veut vivre… »
Une soirée émouvante !
Le dévouement des militant-es aux causes justes n’a pas de limite, la gratitude des masses populaires est sans borne.