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mercredi 3 septembre 2014

Abdellatif Hammouchi est-il devenu le Abdelfattah Sissi du Maroc ?

 Alifpost, 28/8/2014

Pourquoi la Presse de Pavlov veut faire du directeur de la DST Hammouchi El Houssine Majdoubi le Sissi du Maroc ?

Pourquoi la Presse de Pavlov veut faire du directeur de la DST Hammouchi le Sissi du Maroc ? El Houssine Majdoubi
Photo montage du général Sissi et le directeur de la DST Hammouchi El Houssine Majdoubi Bahida - 16 مارس، 2014 
 
Abdellatif Hammouchi est-il devenu le Abdelfattah Sissi du Maroc ? La question peut sembler étrange, voire absurde, en raison de la différence entre les contextes politiques Marocain et Egyptien, et aussi parce que le premier dirige un organe sécuritaire alors que le second est d’abord un militaire.
Cependant, les deux hommes ont un point commun, qui est le traitement par les médias de l’un et de l’autre. En effet, après les événements survenus en Egypte début juillet 2013, et le renversement du président Mohammed Morsi, certains médias égyptiens ont commencé, et de la façon la plus stupide, à présenter le général Abdelfattah Sissi comme un sauveur de l’Egypte qui lui a évité une catastrophe historique. Ces médias ont rapidement brossé une image de l’homme proche de la sacralité, n’hésitant pas à évoquer sa relation filiale avec le Prophète Mohammed. Toute critique de Sissi est devenue, pour ces médias, l’équivalent d’un crime ou d’un sacrilège.
Un processus similaire se produit en ce moment au Maroc avec le directeur de la DST, Abdellatif Hammouchi, après la décision de la justice française de le convoquer pour un interrogatoire dans le cadre des plaintes pour torture. Les médias marocains se sont divisés en deux catégories : la première expose objectivement les faits et en rappelle le contexte général. Elle n’essaie nullement de duper l’opinion publique. La deuxième, par contre, n’hésite pas à tromper le lecteur et à avancer des versions et des données fictives.
 Si chaque organe de presse fait de son mieux pour approcher la vérité et la réalité, à sa manière, certains sites numériques s’acharnent contre la ligne éditoriale des autres, pour la simple raison qu’ils ne voient pas les choses de la même manière.  Curieusement, ces sites se dressent comme un seul homme, en même temps, et usent du même style et fournissent les mêmes arguments, afin d’accuser de participation à un complot contre l’unité de la nation (rien que ça) toute personne qui, en abordant l’affaire Hammouchi, s’éloigne un tant soit peu de la version officielle. Toute réflexion en dehors de la doxa de l’Etat est rapidement cataloguée dans la rubrique de la haute trahison. Cela montre à quel point le Big Brother de ces sites est peu professionnel et franchement incompétent, car s’il l’était, les partisans du Polisario n’auraient pas réussi à accomplir tout ce qu’ils ont accompli dans les villes du Sahara.
Les gesticulations de ces médias de la diffamation et de l’insulte ne changeront rien aux faits, qui sont têtus. Le dossier Hammouchi pas clos en France et l’Etat français s’interdit de s’immiscer dans le travail de la justice, qui est indépendante, comme l’a clairement annoncé le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius il y a deux semaines.  Aucun responsable français n’a parlé de dossier clos. Prétendre le contraire, c’est faire preuve de mensonge et d’hypocrisie.
Est-ce que ces médias cherchent à créer de toutes pièces l’image d’un héros national appelé Hammouchi, à l’image de Sissi ? Apparemment oui. En effet, car au Maroc rien n’est plus facile que de critiquer les ministres, les leaders de partis politiques, et de critiquer le Chef du Gouvernement, voire de l’injurier sans trop de crainte. On peut même critiquer le roi Mohammed VI, mais dès qu’un article aborde l’affaire Hammouchi,  certains médias se précipitent non pas pour apporter la contradiction argumentée, mais proférer les pires insultes, puisant dans un arsenal d’injures qui fait pâlir celui de l’époque d’Oufkir, de Dlimi et de Basri.  Ces derniers, tous despotes qu’ils étaient, savaient garder un minimum d’honneur. Le Maroc Officiel et des services S est-il en train d’inventer « la presse de Pavlov » ?
 Cette stratégie médiatique est foncièrement stupide parce que le Maroc est très différent de l’Egypte. Au Maroc, où les actions de militantisme sincère et courageux ne manquent pas,  la sacralisation des personnes n’est plus tolérée par la société. Même la personne du monarque n’est plus sacrée depuis que la Constitution de 2011 s’est contentée de mentionner le respect qui lui est dû. Tout citoyen Marocain a le droit de discuter des affaires du pays depuis l’institution royale à la plus banale des autres institutions. C’est un leurre que de vouloir placer la DST et ses responsables au-dessus de la critique ou de leur conférer une quelconque immunité.
Il y a de fortes présomptions que ces médias ne font qu’exécuter des ordres émanant de certains responsables en haut de l’appareil étatique, puisque certains articles qui blanchissent Hammouchi et le glorifient accusent en même temps le prince Moulay Hicham de déstabiliser le Maroc et de financer des médias hostiles, sans que la justice ne se saisisse de l’affaire pour ouvrir une enquête. Alors que la loi prévoit le devoir de respect aux princes,  la justice demeure paradoxalement muette alors qu’un prince est l’objet d’accusations graves et n´est pas objet de critiques, parce que intellectuellement, la presse de Pavlov et le Big Brother sont incapables. Ce silence de l’appareil judiciaire confirme que cette presse est bel et bien Pavlovienne.
La stratégie serait encore plus stupide si d’aventure il s’avérait  un jour  que ce sont des responsables au sein de l’Etat qui manigancent pour tresser des lauriers à Hammouchi. En effet, l’expérience a démontré que tout processus de glorification est suivi d’une avalanche d’erreurs et de fautes, dont le citoyen paie le prix par la suite.  La faute serait encore plus lourde s´il se confirme un jours que c’est le directeur de la DST qui orchestre lui-même cette campagne médiatique, au moment où le Maroc a grandement besoin d’une véritable stratégie médiatique pour le dossier du Sahara, où les tenants du référendum font de plus en plus entendre leur voix dans le monde.
 L’hypothétique mais probable instrumentalisation de quelques médias sans crédibilité,  en vue de répliquer de manière peu éthique aux journalistes qui publient des analyses qui peuvent fâcher, est une attitude peu glorieuse. De même, user et abuser de l’accusation de trahison, qui est l’arme des perdants, n’est qu’une perte de temps et d’énergie. Par contre, la vraie trahison consiste à persister à vouloir masquer ses propres turpitudes, en sacrifiant la morale et en utilisant les moyens de l’Etat, c’est-à-dire des citoyens, au lieu de défendre réellement les causes stratégiques qui engagent  le destin du pays.


samedi 26 avril 2014

"Journal d'un prince banni" en ligne



Lisez en ligne  le livre du Moulay Hicham, Journal d'un prince banni, Demain le Maroc


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Moulay Hicham El Alaoui: "Le devoir d'un prince, c'est de se taire. J'ai choisi de parler"



Publiée le 8 avr. 2014


Le prince Moulay Hicham El Alaoui, cousin du roi de Maroc et exilé aux Etats-Unis, publie un livre dans lequel il critique vivement le régime de Mohamed VI.


Retrouvez toutes les interviews vérité de Thomas Sotto sur http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emi...

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En savoir plus :
« Moulay Hicham » tel que je l’ai connu : Le généreux bienfaiteur de la presse (Episode 2)
http://www.demainonline.com/2014/04/30/moulay-hicham-tel-que-je-lai-connu-le-genereux-bienfaiteur-de-la-presse-episode-2/
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 Salah Elayoubi 2/5/2014
  Les révélations de Ali Lmrabet à propos d'"Iznogoud" m'inspirent le plus profond dégoût pour ce dernier, conforme à l'idée qu'on se fait de "ces gens-là", tous ces gens-là: manipulateurs, sans foi, sans loi, comploteurs, hâbleurs, égocentriques, dissimulateurs, mythomaniaques et psychotiques.
Le deuxième commentaire coule de source: Il n'y a de corrupteurs que parce qu'il y a des corrompus. Tant de nos compatriotes ayant depuis longtemps décidé de troquer ce qui leur reste d'honneur et de dignité, pourvu que les bandits qui se sont emparés du pays daignent partager avec eux un peu de cette manne qu'ils lui ont volée. Des comportements endémiques à notre pays et qui contribuent grandement à maintenir au pouvoir la "crapulocratie" actuelle !

jeudi 17 avril 2014

"Journal du prince banni": Benkirane répond à Moulay Hicham

  • H24info, 15/4/2014
Abdelilah Benkirane a réagi à la sortie de Moulay Hicham, notamment sur France 24, pour défendre "son" Maroc. "Nous ne sommes certes pas la Suisse, mais nous avons notre démocratie, qui se construit pas à pas", a déclaré le chef du gouvernement, qui intervenait samedi lors des travaux du 3e congrès du Forum marocain des professionnels.  

Benkirane, dont la formation a eu droit à bien des critiques dans l'ouvrage du prince, a affirmé que le Maroc aujourd'hui est un pays sécurisé, stable et...démocratique. "Je sais ce que je dis... Sinon, comment expliquer que cette même personne puisse s'exprimer en toute liberté et que son livre soit autorisé au Maroc", a-t-il dit. "À ceux qui ne veulent pas investir l'espace démocratique (allusion faite à la confrérie Justice et bienfaisance, présentée par Moulay Hicham comme la "vraie" formation islamiste du pays) je conseille de faire vite, sinon ils seront atteints de ménopause politique", ajoute Benkirane.

Hicham El alaoui et Tamazight

vendredi 4 avril 2014

Moulay Hicham: Le règne de Mohammed VI, ” un rendez-vous raté avec l’Histoire “

Entretien avec Le Monde /Moulay Hicham: Le règne de Mohammed VI, ” un rendez-vous raté avec l’Histoire “

Entretien avec Le Monde /Moulay Hicham: Le règne de Mohammed VI, ” un rendez-vous raté avec l’Histoire “
Prince Moulay Hicham Le Monde 5 avril 2014 - 4 أبريل، 2014 
 
Moulay Hicham, cousin du roi, dénonce la toute-puissance du ” Makhzen “, la cour marocaine
 Surnommé ” le prince rouge ” pour ses prises de position iconoclastes sur la monarchie marocaine, Moulay Hicham El- Alaoui, 50 ans, récidive. Dans le Journal d’un prince banni (Grasset), à paraître le 9 avril, le cousin de Mohammed VI dresse un portrait intime et féroce de la cour chérifienne, où il a été élevé. L’auteur, qui vit depuis 2002 aux Etats-Unis, plaide surtout pour l’abolition du Mahkzen, terme qui a donné en français ” magasin ” et qui désigne la cour, les institutions liées au palais et les proches conseillers du roi.
Pourquoi publier aujourd’hui un livre que vous avez commencé à écrire en 2007 ?
Dès le début des années 1990, j’ai peu à peu conquis ma liberté, ma liberté critique et ma liberté intellectuelle. Non seulement je l’ai conquise, mais je l’ai défendue bec et ongles. Ce livre est le couronnement de cette libre pensée à laquelle je suis très attaché. Petit à petit, j’ai subi une transformation qui m’a rendu étranger, non au Maroc, mais étranger à la famille et au milieu dans lesquels j’ai grandi. J’ai senti que, dans mon itinéraire, une séquence était fermée, et aussi que quelque chose avait profondément changé avec le ” printemps arabe “. Tout ce que j’ai dit pendant des années trouve maintenant une actualité brûlante.
Je veux éclairer les gens, contribuer au débat et, dans ce cas précis, faire comprendre une partie de l’histoire contemporaine de mon pays. Je suis allé au cœur du réacteur. Beaucoup diront : ” Vous êtes tombé du carrosse et vous cherchez à revenir. “ Non. Dans ma culture, ce n’est pas comme cela que l’on revient. On revient en intriguant, en faisant amende honorable.
 
Vous affirmez ne prétendre à aucun rôle, mais vous ne vous interdisez rien…
C’est exact. On ne sait pas de quoi est fait l’avenir. Si l’occasion se présentait, j’apporterais ma contribution, mais je ne crois pas que cela viendra du Palais. Cela dépend de l’interaction de forces à un moment particulier : va-t-on vers un scénario de rupture, de changement apaisé ? Aucune idée ! Mais j’ai quitté ma maison, et je n’y reviendrai pas.
Vous dites qu’il faut ” démanteler le Makhzen “. Mais celui-ci n’est-il pas constitutif de la monarchie ?
Le Makhzen s’appuie sur la monarchie pour vivre et la monarchie s’appuie elle-même sur le Mahkzen pour vivre à sa manière ; c’est une relation symbiotique et il faut redéfinir complètement cette interdépendance. Tout l’exercice des trois rois qui se sont succédé - depuis l’indépendance - a été de maintenir cette dualité, chacun à sa manière. Je pense, moi, que le Maroc ne peut pas se développer avec le Makhzen. Et s’il ne peut pas, c’est la monarchie qui en paiera le prix. La mise à mort du Makhzen est indispensable. C’est un pouvoir néo-patrimonial qui empêche le développement économique, un système de prédation et de subjugation. Il ne peut donc pas libérer les énergies économiques et donc il ne pourra pas, non plus, faire monter l’eau de la source. Le deuxième volet, c’est la création d’un véritable Etat moderne, un État de droit. Aujourd’hui, nous avons une monarchie avec une Constitution, nous n’avons pas une monarchie constitutionnelle.

Vous paraissez plus indulgent pour votre oncle Hassan II à la fin de son règne que pour votre cousin Mohammed VI…
Indulgence n’est pas le mot. Mais à la fin de son règne, Hassan II a trouvé le ressort de voir qu’il était dans une impasse. Or, lorsque Mohammed VI accède au pouvoir, il hérite d’une situation de consensus et d’apaisement inédite dans la monarchie marocaine. C’est la première fois que le passage de témoin se passe dans des conditions aussi favorables, tous les autres ont eu lieu dans un moment de troubles et de tensions. Au début, Mohammed VI a hésité. Mais, finalement, nous sommes restés dans la même logique. C’est un rendez-vous raté avec l’Histoire.
Sous Hassan II, il y a eu une alternance avec un gouvernement socialiste coopté. Cela aurait pu mener à la démocratie. Or qu’a fait Mohammed VI ? Il a abandonné la logique démocratique pour un gouvernement de technocrates en 2002 - dirigé par Driss Jettou - , puis cinq ans après, avec un autre issu de l’Istiqlal - parti de l’indépendance dirigé par Abbas El-Fassi - qui a été vidé de toutes ses prérogatives avec la création de commissions royales et de hautes instances. A partir de 2007-2008, Mohammed VI s’apprêtait à donner le coup de grâce avec la création d’un nouveau parti, le PAM - Parti authenticité et modernité - . Il ne reculera qu’avec les mouvements populaires et le ” printemps arabe “, le secours d’une nouvelle Constitution qui crée beaucoup d’ambiguïtés, et une méthode utilisée avec les socialistes : créer un renouvellement de façade avec les islamistes du PJD - Parti de la justice et du développement - . On amène de nouvelles élites que l’on vampirise, pour les lâcher ensuite comme des zombies sans vie. Pour moi, tout cela rentre dans la logique de la continuité. On joue le temps, on vide la coquille de sa substance et on attend que la pression descende.
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Hassan II avait trop de passion pour le métier de roi, ce qui l’a poussé vers l’absolutisme. Avec Mohammed VI, c’est le contraire  : un manque de passion qui a fait que la démocratisation n’a pas abouti. Un même résultat avec deux personnalités différentes.

Vous avez soutenu le ” printemps arabe ” et prédit la chute des monarchies arabes, mais pas une n’a bougé
…Bahreïn est une occupation saoudienne ! Oui, j’ai été proche des familles royales saoudienne et jordanienne, mais se respecter, c’est aussi respecter les opinions des autres. Aujourd’hui, ces monarchies m’en veulent beaucoup, parce qu’on estime que je me suis retourné contre ma race. Il n’y a pas d’exception marocaine, il y a un avantage monarchique. C’est un système qui n’est pas entièrement fermé  : il y a des vannes et des soupapes. Mais je pense que les soupapes ne sont pas assez grandes pour évacuer la pression. Le changement de génération, de classe moyenne, la récession en Europe, sont autant de nouveaux paramètres. La vraie exception, ce n’est pas le Maroc. La vraie exception du monde arabe, c’est la Tunisie, et ça le reste. Mais la fascination pour l’autoritarisme dans la région s’est cassée. Le sentiment d’impuissance aussi.

Quelle solution pour le Sahara occidental, qui reste un problème épineux ?
Le Maroc bute sur le Sahara parce qu’il n’a pas de projet de démocratisation. Le problème du Sahara est le même que celui du Maroc : au lieu d’engager les gens sur une base citoyenne, on les a engagés sur des bases clientélistes. Et le clientélisme ne donne rien. Cette décentralisation va forcément devoir intégrer des principes de droit international. Je veux m’en tenir là, parce que si je dis ” autodétermination “, nous allons entrer dans des qualificatifs de ” traître à la patrie “, etc. Mais forcément, cette décentralisation doit être au diapason du droit international. Tout le reste est une question de négociations.
Propos recueillis par Isabelle Mandraud



mercredi 5 février 2014

Prince Moulay Hicham : Le Printemps Arabe essoufflé mais encore ressuscitable

Par Adam Sfali - Lemag , 1 /1/ 2014 
PH Stanford University
PH Stanford University

  Le prince Moulay Hicham a publié une tribune longuement analytique au journal français, le Monde Diplomatique, sur l’avenir du printemps arabe, à la lumière de ses développements actuels. 
Intitulé ‘Le ‘printemps arabe n’a pas dit son dernier mot ’, l’article, du prince, cousin du Roi Mohammed VI, tient un diagnostique de l’état actuel, du Printemps arabe, dans ses théâtres les plus marquant, parmi les pays arabes qui sont s’en ébranlés.

Entre la Tunisie qui par sa réussite relative, donne espoir d’une nouvelle vague du printemps arabe révolutionnaire dans la région, et la Syrie qui par son chaos, l’a mortifié, le prince Moulay Hicham a dressé  un bilan des évolutions post-révolutionnaires dans tous les pays traversés par ce courant historique nouveau.

‘‘La contestation dans le monde arabe, menacée par les ingérences étrangères et par les divisions confessionnelles, cherche un second souffle’’ écrit le Prince, ajoutant que ‘‘Si la Syrie vit le pire des scénarios, la Tunisie confirme que l’aspiration à la citoyenneté et la recherche de compromis peuvent déboucher sur des avancées réelles’’.

Pour Moulay Hicham, le printemps arabe a livré des arabes une autre image : ‘‘il a fait voler en éclats les préjugés occidentaux. Il a mis à mal les clichés orientalistes sur l’incapacité congénitale des Arabes à concevoir un système démocratique et ébranlé la croyance selon laquelle ils ne méritaient pas mieux que d’être gouvernés par des despotes’’ a-t-il affirmé.

Les monarchies arabes, selon lui, jouent désormais, mutuellement, un rôle de frein au développement de ce printemps, l’Arabie Saoudite, plus influente grâce à ses richesses, prend les devants, dit-il, d’un courant contre-révolutionnaire, en soutenant les putschistes militaires en Egypte et en livrant des aides financières conséquentes, aux autres monarchies arabes fragilisées, comme le Maroc, la Jordanie et le Bahrein.

Moulay Hicham prédit pour le printemps arabe un futur immédiat très incertain, à cause, estime-il, des risques grandissant, de l’exacerbation des polarisations dans la région, d’ordres confessionnels, ethniques et idéologiques. Ainsi, sunnites, chiites, libéraux ou salafistes sont candidats à croiser le fer, s’inquiète le prince, aidées dans leurs déchirements par les interventions des puissances occidentales et régionales.

Mais l’espoir reste vivant, conclut Moulay Hicham, grâce à la Tunisie et au fait que le printemps arabe ait effacé pour définitif, les peurs dans lesquelles gisaient depuis des décennies les peuples arabes.

samedi 16 novembre 2013

Le Maroc en 2018: quand le cousin du roi fait de la politique-fiction

« L’AUTRE MAROC »

 Ecrit par Anaïs Lefébure - publié le 19/4/2013

Le Prince Moulay Hicham Ben Abdallah El Alaoui, cousin du roi du Maroc Mohammed VI, a livré pour la revue trimestrielle française « Pouvoirs » une vision futuriste et utopique du pays, tel qu’il serait dans cinq ans. Extraits.
Le prince Moulah Hicham (à droite) devant le tribunal de Casablanca, le 17 septembre 2012 © Magharebia / flickr-cc
« Je sais que cette date restera gravée dans ma mémoire : nous sommes le jeudi 8 février 2018. Pour la première fois depuis le « changement », l'euphémisme français pour ce que mes compatriotes arabophones appellent plus justement thawra, « révolution », je suis de retour au Maroc ». Ainsi commence le texte intitulé « L'autre Maroc » écrit par Moulay Hicham, cousin du roi marocain, dans la dernière parution de la revue française Pouvoirs.

Un Maroc idéal

L'auteur plante dès lors le décor futuriste du royaume chérifien : après des années de soulèvements, la protestation révolutionnaire monte dans tous les coins du royaume, forçant la monarchie à se retirer : « Face à une vague de contestation […] confondant militaires et civils, Arabes et Berbères, laïcs et islamistes, le roi s'est mis à l'écart in extremis – en demandant également à tous les membres de sa famille de se tenir à l'écart », écrit l’auteur.
Le roi obéit à la voix de la population, et cède tous ses pouvoirs à une Assemblée constituante représentant le peuple. Les palais royaux sont transformés en musées et en hôpitaux, les lois sont appliquées par un pouvoir judiciaire indépendant, les politiciens répondent aux masses, les journalistes travaillent librement et sans crainte de représailles... « Au terme d'un débat sans fard, le Maroc est devenu une monarchie constitutionnelle, une démocratie couronnée d'un symbole. Le roi incarne l'unité nationale et la volonté de vivre ensemble. La gestion de la cité relève des citoyens et de leurs élus ».
« C'est le rêve de tout militant révolutionnaire. Sauf que l'auteur est un prince, celui qui se trouve en troisième position dans la lignée monarchique du Maroc », peut-on lire sur le site Free Arabs, qui rappelle que Moulay Hicham est bien connus des Marocains – et du roi – pour son esprit dissident et ses idées démocratiques. « Toutefois, son article est sans doute le plus dur de ses critiques », note le journaliste.

Le réveil des Marocains et la « révolution du cumin »

Et en effet, le cousin du roi ne fait pas dans la dentelle, lorsqu’il « prophétise » en annonçant la « révolution du cumin » qui débarrasserait le pays du Prince Rouge – le roi –  et du « makhzen tentaculaire » [le « makhzen » qualifie, dans le langage courant marocain, l’ensemble des institutions régaliennes].
« Ce n'est pas pour rien que les bouleversements au Maroc, venant bien après le Printemps arabe et le Mouvement du 20 février, ont été surnommés « révolution du cumin » : comme l'aromate dans leurs tajines, les Marocains donnent seulement le meilleur d'eux quand on les frotte fortement… », écrit l’auteur. « Maintenant, tous semblent s'être réveillés à l'idée que notre « histoire multiséculaire », dont nous sommes légitimement fiers, n'est pas seulement la vie morte à laquelle nous tournons le dos mais, aussi et surtout, la matière première devant nous qu'il faut travailler », continue-t-il.

De roi-soleil à roi-citoyen

Même si en 2018, le Maroc est toujours une monarchie, dans le scénario fictif du prince Moulay Hicham, le roi, en tant qu’institution du nouvel ordre politique, « réconcilie enfin légitimité historique et populaire ».
Et reprenant une métaphore utilisée par un analyste du Monde en 2001, qui reprochait aux Marocains « d’être habitués à se définir par rapport au roi tel un champ de tournesols qui s’orientent par rapport au soleil », l’auteur conclut : « À présent, ce roi-soleil est devenu roi-citoyen. Les êtres héliotropes ont perdu leur orientation. Au lieu de tourner la tête, ils apprennent à s'en servir ».

samedi 29 juin 2013

Maroc - Sahara : Ban Ki Moon et le prince Hicham remettent la surveillance des droits de l'homme sur le tapis

Par
 

Décidément, la question des droits de l’homme au Sahara est de nouveau sous les projecteurs après une accalmie diplomatique. Alors que les Etats-Unis viennent de saluer le plan d'autonomie proposé par le Maroc, Ban Ki Moon soulève à nouveau la nécessité de la surveillance des droits de l'homme.
En visite officielle à Washington, le conseiller du roi Taïeb Fassi Fihri a été reçu hier par le secrétaire générale de l’ONU. Après les encouragements protocolaires, Ban Ki Moon est revenu sur la question des droits de l’homme au Sahara et dans les camps de réfugiés. Il a insisté sur la nécessité de surveillance des droits de l’homme au Sahara et dans les camps de réfugiés sahraouis, indique un communiqué du porte-parole de M. Ban, rapporte l'agence de presse espagnole EFE.
Depuis la crise malienne en effet, le diplomate sud-coréen dit craindre des infiltrations terroristes en terre sahraouie. Pour lui, il est devenu urgent de trouver une solution au conflit. 
Dans son dernier rapport publié en Avril dernier, il préconisait la création d’un mécanisme indépendant chargé de la surveillance des droits de l'homme, étant donné que l'élargissement des prérogatives de la Minurso posait problème au Maroc.
Mais depuis qu’il a émis cette proposition, le sujet a connu de nombreuses péripéties. Alors que le HCR déjà présent au Sahara était pressenti pour la surveillance des droits de l’homme au Sahara, il n’y a eu depuis aucune confirmation. Ban Ki Moon a tout de même appelé Rabat, non seulement à respecter les standards internationaux des droits de l'homme, mais aussi à participer aux efforts visant à instaurer la confiance du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) pour le programme des visites familiales.

Rabat devrait se méfier?
La surveillance des droits de l’homme au Sahara est une question assez épineuse au Maroc. Et ça, toutes les parties concernées de près ou de loin par le conflit vieux de bientôt quarante ans le savent. Pour l’instant, les officiels marocains ne se sont pas exprimés. Taïeb Fassi Fihri ne s’est pas non plus adressé à la presse au sortir de sa rencontre avec le secretaire général de l'ONU.
Il faut cependant dire que dans ce dossier, la position des Etats-Unis, très influents au Conseil de sécurité, reste mitigée. Ils étaient les premiers à déstabiliser Rabat avec leur projet de résolution proposant d’élargir le mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’Homme au Sahara. Une orientation qui semblait être en faveur du Polisario. Contre toute attente, Washington avait révisé sa position. La n°2 de la diplomatie américaine, Wendy Sherman, a même enfoncé le clou, qualifiant le plan d’autonomie d’« option crédible ».
Toutefois, le Maroc devrait rester sur ses gardes. D’autant que Ban Ki Moon peut désormais compter sur le soutien d’une diplomate influente en matière de droits de l’homme, en la personne de la nouvelle ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Samantha Power.Tous ces paramètres, associés à l'interpellation de Ban Ki Moon à Taïeb Fassi Fihri, pourraient mettre Rabat sous pression.
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Le dossier du Sahara selon le prince Moulay Hicham. 

Cela n’avait échappé à personne. Le vendredi 21 juin, lors de la conférence Human Rights Watch (HRW) sur la torture au Maroc, Moulay Hicham était présent au milieu de l’assistance suivant, sans intervenir, la conférence. Personne n’a pu alors interviewer le prince. Ce n’est que le 26 juin, que le journaliste espagnol Ignacio Cembrero publie sur son blog un article avec le témoignage du prince. 

 Moulay Hicham, fraichement nommé le 20 juin par HRW conseiller pour la supervision des droits de l'Homme dans la région MENA, s’est exprimé sur la question du Sahara. « Pour faire valoir la souveraineté nationale sur les territoires sahraouis, il faudrait respecter les droits de l’homme reconnus internationalement, mais aussi établir une véritable démocratie », avant de conclure, « deux domaines dans lesquels on a des lacunes », rapporte Cembrero. Le cousin de SM le Roi Mohammed VI atteste que la critique des violations des droits de l’homme dans le dossier du Sahara est, pour le peu, sensible. « Le problème est que mes compatriotes, et pas seulement les représentants du gouvernement, estiment que toute discussion ou critique vis-à-vis des abus sur le territoire marocaine, est dirigé contre eux » confie-t-il. « Ils doivent comprendre que les droits de l'homme sont des valeurs universelles applicables à tous et partout ». Voilà qui devrait relancer encore le débat ! (H24 Info)

dimanche 4 décembre 2011

Un entretien avec le prince Moulay Hicham, chercheur à Stanford, cousin du roi du Maroc.

Propos recueillis par Sara Daniel, 29/11/2011

« La victoire du Parti islamiste au Maroc
" Marcher pour ne pas bouger : Rien n'a changé. L'essentiel du pouvoir reste entre les mains du Roi"

Les élections qui viennent de se dérouler au Maroc, et qui viennent de consacrer le parti islamiste PJD, premier parti du Maroc, inaugurent elles une nouvelle ère démocratique ?

Les élections qui viennent d’avoir lieu inaugurent un nouveau cycle de la politique marocaine. Elles couronnent un processus inauguré par le discours royal du 9 mars 2011, qui répondait à la pression populaire de la rue. Car contrairement à ce qu’on a pu dire, il n’y a pas d’exception marocaine : le peuple marocain aspire à la démocratie. Et le régime politique marocain est un régime autoritaire confronté comme tant d’autres dans la région au printemps arabe.
Certes, la nouvelle constitution octroie quelques pouvoirs limités au gouvernement. Le chef de celui-ci est, contrairement au passé, issu du parti arrivé en tête aux élections, c’est à dire aujourd’hui le PJD.
Cependant sur le fond rien de fondamental n’a changé. L’essentiel des pouvoirs reste entre les mains du roi. La constitution dont l’élaboration a été soigneusement encadrée par le palais a été plébiscitée avec un score (98 %) qu’affectionnent les autocraties. Et il est apparu assez vite que l’objectif était moins de procéder à une réforme de fond du système que de désamorcer la menace que le printemps arabe faisait peser sur la monarchie.
Manipulation du découpage des circonscriptions, refus d’établir une commission électorale indépendante : les élections ont été organisées pour que rien ne change… Cependant, le mouvement de contestation du 20 février ainsi que les forces d’opposition n’ont pas désarmé. Et il est clairement apparu au régime que ce simulacre de démocratie ne suffirait pas à apaiser le mécontentement.

Vous pensez donc que le succès du PJD a été organisé par le palais pour « contenir » les revendications démocratiques des opposants ?

Les résultats des élections traduisent la peur du changement du régime.
On savait que le taux de participation allait constituer l’enjeu véritable qui irait crédibiliser l’ensemble du processus lancé par la monarchie depuis le mois de mars. Cela explique-t-il l’annonce précipitée d’un taux de participation à 45 % ? En tout cas les observateurs [y compris ceux de l’Union Européenne] ont bien noté l‘absence des listes électorales d’une partie importante de la population en âge de voter. Un autre fait troublant est que le taux de participation est passé de quelques 21% à 45% en quelques heures. Si l’on prend en compte toutes les formes d’influence exercées par l’administration en particulier dans le monde rural, et le battage des médias proches du pouvoir, il parait clair que le taux de participation réel devait en réalité se situer au-dessous des 40 %. Plus révélateur encore, les 20% de bulletins nuls indiquent le désintérêt clair de la population. Ce pourcentage ainsi que le faible taux de participation, constituent un désaveu pour des élections qui voulaient fondatrices. Nous sommes donc très loin des chiffres de l'élection tunisienne.
Une fois de plus la cuisine électorale politique semble avoir bien fonctionné : un succès du PJD, contrebalancé par la présence des partis “libéraux “ autoritaires.

Vous pensez-donc que le Parti de la justice et du développement sera contrôlé par le palais ?

Non, car si le PJD est loyaliste, il est aussi ambitieux. Il tire sa popularité de son appel à la moralisation de la vie publique et du fait qu'il se trouve non compromis jusqu'à présent, par la gestion des affaires publiques. Cette popularité découle également de son opposition farouche au parti « Authenticité et Modernité », créé par le Palais .Ce parti avait concentré privilèges, passe droits et corruption et il était détesté par les Marocains. De ce point de vue, le PJD était au diapason avec l’opinion publique, et son succès électoral constitue un vote de sanction à l’encontre de la monarchie et de ses partis.
Ainsi se dessine le nouveau paysage politique, dominé par trois acteurs principaux : la monarchie, le PJD et le mouvement du 20 février.

Comment va évoluer la situation politique marocaine ?

Tout porte à croire que le régime va connaître un répit de courte durée, grâce aux difficultés du mouvement de contestation du 20 février à se transformer en mouvement de masse.
Cependant, la société marocaine ne tolérera pas longtemps l’immobilisme politique. Le mouvement est appelé à reprendre, et imposer les réformes indispensables. Il faut empêcher de nuire ces cénacles opaques de pouvoir qui gravitent autour du palais, ces bureaucraties administratives, sécuritaires, religieuses, ces réseaux économiques, partis et syndicats aux ordres, ces intellectuels et artistes inféodés au palais, bref ce qu’on appelle au Maroc le « Makhzen » qui n’aspire qu’à l’immobilisme et au partage de la rente.

Pourquoi le mouvement d’opposition marocain a-t-il plus de mal à se structurer que dans d’autres pays arabes ?

La jeunesse et la diversité des militants du mouvement du 20 février sont un de ses atouts majeurs. Beaucoup d’entre eux sont indépendants mais ils comptent aussi dans leurs rangs des membres des partis traditionnels acquis au makhzen (PPS et USFP) ainsi que des militants de l’organisation interdite Al Adl wa L’Ihsan (interdite) qui prône l’instauration d’un califat islamique. Résultat, beaucoup de ces militants tiennent un discours public tout en conservant des stratégies personnelles…
Et puis le Makhzen est très retors ! Depuis le mois de mars, il s’emploie à désamorcer la pression exercée par le mouvement de contestation. Mais cela ne veut pas dire qu’il s’adresse à ce mouvement. En réalité son discours passe, par-dessus la tête de tous ceux qui aspirent au renouveau et s’adresse à toutes les forces qui craignent le changement et les risques qui peuvent l’accompagner.

Telles sont, je crois, les deux logiques, qui président à l’action et au discours, respectivement de la galaxie makhzen et du mouvement du 20 février . La rencontre de ces deux logiques dans le champ politique marocain fait que l’on risque de faire du sur place pendant un certain temps, au bénéfice des ennemis de la démocratisation

Le PJD peut-il réussir ?

Cela dépendra sans doute de sa capacité et de sa volonté à faire sauter les verrous du système, et à surmonter ses propres contradictions. Car ce parti oscille toujours entre l’allégeance et le populisme. Le PJD a été d’abord contre la réforme constitutionnelle avant de se rallier à la nouvelle constitution. Il a choisi depuis toujours de faire partie du système pour le réformer « de l’intérieur » L’avenir dira s‘il va réussir son pari, ou bien finir par être digéré par le Makhzen, comme les partis qui l’ont précédé au pouvoir. Dans ce cas, on aurait un islamisme royal qui s’opposerait à des mouvements plus radicaux. Enfin, notons que ce parti est très conservateur voire obtus. Ceci le différencie clairement des partis islamiques turc et tunisien auxquels on le compare à tort.
Le PJD pourrait se tourner vers le mouvement du 20 février pour élargir sa marge de manœuvre auprès de la monarchie... Mais il y a des raisons sérieuses pour douter du succès d’une telle démarche .Car le PJD se contente d’agiter l’épouvantail du mouvement de contestation pour arracher des concessions de la part du palais et des autres partis.
Dans ces conditions, tout indique que la demande d’un changement sera de plus en plus forte. Le pays connaît dans toutes ses provinces des vagues de protestation sociale. Cela engagera le mouvement du 20 février à surmonter ses difficultés.
Fort du soutien de ses notables, le système attend sans doute que le printemps arabe passe comme une mauvaise fièvre, et avec lui le mouvement du 20fevrier. Illusion : ce sont plutôt les institutions non démocratiques qui passeront.