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mardi 8 novembre 2016

Maroc : pourquoi les manifestations pour Mouhcine Fikri ont réveillé l’esprit du 20 février




Alors que la Conférence des Nations unies sur le climat (COP22) s’ouvre ce lundi à Marrakech, une partie de la société civile tente de faire perdurer les manifestations qui ont suivi la mort du poissonnier, à leurs yeux un nouveau chapitre de la contestation née en 2011.

 Résultat de recherche d'images pour "enterrement Mohcine Fikri"
 Des hommes en deuil portent le cercueil de Mouhcine Fikri à al-Hoceima (Reuters)


À Nador, Rabat, Casablanca, Agadir, Tétouan, Marrakech ou encore à l’étranger à l’appel de Marocains résidant à Paris ou Bruxelles : ces derniers jours, les manifestations ont débordé d’al- Hoceima, dans le Rif, où Mohcine Fikri, poissonnier, est mort broyé dans une benne à ordures.
À Rabat, 2 000 personnes se sont rassemblées ce dimanche à Bab al-Had, d’où partent généralement les manifestations, pour appeler à la fin de la hogra (l’humiliation, l’arbitraire) et à une réelle enquête sur les circonstances du décès de Fikri.

lundi 31 octobre 2016

vendredi 4 avril 2014

Moulay Hicham: Le règne de Mohammed VI, ” un rendez-vous raté avec l’Histoire “

Entretien avec Le Monde /Moulay Hicham: Le règne de Mohammed VI, ” un rendez-vous raté avec l’Histoire “

Entretien avec Le Monde /Moulay Hicham: Le règne de Mohammed VI, ” un rendez-vous raté avec l’Histoire “
Prince Moulay Hicham Le Monde 5 avril 2014 - 4 أبريل، 2014 
 
Moulay Hicham, cousin du roi, dénonce la toute-puissance du ” Makhzen “, la cour marocaine
 Surnommé ” le prince rouge ” pour ses prises de position iconoclastes sur la monarchie marocaine, Moulay Hicham El- Alaoui, 50 ans, récidive. Dans le Journal d’un prince banni (Grasset), à paraître le 9 avril, le cousin de Mohammed VI dresse un portrait intime et féroce de la cour chérifienne, où il a été élevé. L’auteur, qui vit depuis 2002 aux Etats-Unis, plaide surtout pour l’abolition du Mahkzen, terme qui a donné en français ” magasin ” et qui désigne la cour, les institutions liées au palais et les proches conseillers du roi.
Pourquoi publier aujourd’hui un livre que vous avez commencé à écrire en 2007 ?
Dès le début des années 1990, j’ai peu à peu conquis ma liberté, ma liberté critique et ma liberté intellectuelle. Non seulement je l’ai conquise, mais je l’ai défendue bec et ongles. Ce livre est le couronnement de cette libre pensée à laquelle je suis très attaché. Petit à petit, j’ai subi une transformation qui m’a rendu étranger, non au Maroc, mais étranger à la famille et au milieu dans lesquels j’ai grandi. J’ai senti que, dans mon itinéraire, une séquence était fermée, et aussi que quelque chose avait profondément changé avec le ” printemps arabe “. Tout ce que j’ai dit pendant des années trouve maintenant une actualité brûlante.
Je veux éclairer les gens, contribuer au débat et, dans ce cas précis, faire comprendre une partie de l’histoire contemporaine de mon pays. Je suis allé au cœur du réacteur. Beaucoup diront : ” Vous êtes tombé du carrosse et vous cherchez à revenir. “ Non. Dans ma culture, ce n’est pas comme cela que l’on revient. On revient en intriguant, en faisant amende honorable.
 
Vous affirmez ne prétendre à aucun rôle, mais vous ne vous interdisez rien…
C’est exact. On ne sait pas de quoi est fait l’avenir. Si l’occasion se présentait, j’apporterais ma contribution, mais je ne crois pas que cela viendra du Palais. Cela dépend de l’interaction de forces à un moment particulier : va-t-on vers un scénario de rupture, de changement apaisé ? Aucune idée ! Mais j’ai quitté ma maison, et je n’y reviendrai pas.
Vous dites qu’il faut ” démanteler le Makhzen “. Mais celui-ci n’est-il pas constitutif de la monarchie ?
Le Makhzen s’appuie sur la monarchie pour vivre et la monarchie s’appuie elle-même sur le Mahkzen pour vivre à sa manière ; c’est une relation symbiotique et il faut redéfinir complètement cette interdépendance. Tout l’exercice des trois rois qui se sont succédé - depuis l’indépendance - a été de maintenir cette dualité, chacun à sa manière. Je pense, moi, que le Maroc ne peut pas se développer avec le Makhzen. Et s’il ne peut pas, c’est la monarchie qui en paiera le prix. La mise à mort du Makhzen est indispensable. C’est un pouvoir néo-patrimonial qui empêche le développement économique, un système de prédation et de subjugation. Il ne peut donc pas libérer les énergies économiques et donc il ne pourra pas, non plus, faire monter l’eau de la source. Le deuxième volet, c’est la création d’un véritable Etat moderne, un État de droit. Aujourd’hui, nous avons une monarchie avec une Constitution, nous n’avons pas une monarchie constitutionnelle.

Vous paraissez plus indulgent pour votre oncle Hassan II à la fin de son règne que pour votre cousin Mohammed VI…
Indulgence n’est pas le mot. Mais à la fin de son règne, Hassan II a trouvé le ressort de voir qu’il était dans une impasse. Or, lorsque Mohammed VI accède au pouvoir, il hérite d’une situation de consensus et d’apaisement inédite dans la monarchie marocaine. C’est la première fois que le passage de témoin se passe dans des conditions aussi favorables, tous les autres ont eu lieu dans un moment de troubles et de tensions. Au début, Mohammed VI a hésité. Mais, finalement, nous sommes restés dans la même logique. C’est un rendez-vous raté avec l’Histoire.
Sous Hassan II, il y a eu une alternance avec un gouvernement socialiste coopté. Cela aurait pu mener à la démocratie. Or qu’a fait Mohammed VI ? Il a abandonné la logique démocratique pour un gouvernement de technocrates en 2002 - dirigé par Driss Jettou - , puis cinq ans après, avec un autre issu de l’Istiqlal - parti de l’indépendance dirigé par Abbas El-Fassi - qui a été vidé de toutes ses prérogatives avec la création de commissions royales et de hautes instances. A partir de 2007-2008, Mohammed VI s’apprêtait à donner le coup de grâce avec la création d’un nouveau parti, le PAM - Parti authenticité et modernité - . Il ne reculera qu’avec les mouvements populaires et le ” printemps arabe “, le secours d’une nouvelle Constitution qui crée beaucoup d’ambiguïtés, et une méthode utilisée avec les socialistes : créer un renouvellement de façade avec les islamistes du PJD - Parti de la justice et du développement - . On amène de nouvelles élites que l’on vampirise, pour les lâcher ensuite comme des zombies sans vie. Pour moi, tout cela rentre dans la logique de la continuité. On joue le temps, on vide la coquille de sa substance et on attend que la pression descende.
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Hassan II avait trop de passion pour le métier de roi, ce qui l’a poussé vers l’absolutisme. Avec Mohammed VI, c’est le contraire  : un manque de passion qui a fait que la démocratisation n’a pas abouti. Un même résultat avec deux personnalités différentes.

Vous avez soutenu le ” printemps arabe ” et prédit la chute des monarchies arabes, mais pas une n’a bougé
…Bahreïn est une occupation saoudienne ! Oui, j’ai été proche des familles royales saoudienne et jordanienne, mais se respecter, c’est aussi respecter les opinions des autres. Aujourd’hui, ces monarchies m’en veulent beaucoup, parce qu’on estime que je me suis retourné contre ma race. Il n’y a pas d’exception marocaine, il y a un avantage monarchique. C’est un système qui n’est pas entièrement fermé  : il y a des vannes et des soupapes. Mais je pense que les soupapes ne sont pas assez grandes pour évacuer la pression. Le changement de génération, de classe moyenne, la récession en Europe, sont autant de nouveaux paramètres. La vraie exception, ce n’est pas le Maroc. La vraie exception du monde arabe, c’est la Tunisie, et ça le reste. Mais la fascination pour l’autoritarisme dans la région s’est cassée. Le sentiment d’impuissance aussi.

Quelle solution pour le Sahara occidental, qui reste un problème épineux ?
Le Maroc bute sur le Sahara parce qu’il n’a pas de projet de démocratisation. Le problème du Sahara est le même que celui du Maroc : au lieu d’engager les gens sur une base citoyenne, on les a engagés sur des bases clientélistes. Et le clientélisme ne donne rien. Cette décentralisation va forcément devoir intégrer des principes de droit international. Je veux m’en tenir là, parce que si je dis ” autodétermination “, nous allons entrer dans des qualificatifs de ” traître à la patrie “, etc. Mais forcément, cette décentralisation doit être au diapason du droit international. Tout le reste est une question de négociations.
Propos recueillis par Isabelle Mandraud



mercredi 12 décembre 2012

Maroc : Les mosquées doivent-elles accueillir les SDF cet hiver ?


Chaque année, lorsque le mercure flirte avec le 0, la question des conditions de vie des SDF revient au devant de l’actualité marocaine. Pour éviter que ces SDF passent un hiver glacial sur les trottoirs, un Marocain appelle les mosquées du pays à ouvrir leurs portes pour les accueillir. L'initiative ne plait pas à tout le monde.
« Malgré un beau soleil sur la totalité du royaume, il fait de plus en plus froid », a annoncé, hier soir, la présentatrice de la météo Najwa Bensouda sur 2M. Alors que certains vont réfléchir à la couleur du pull qu’ils vont mettre le lendemain, d’autres pensent aux conditions de vie des Sans Domicile Fixe (SDF) marocains vivant dans les rues.
Omar Louzi, président de l’ONG Amazigh rights a envoyé le 25 novembre une lettre au ministère des Habous et des Affaires Islamiques pour demander qu’il autorise les 40 000 mosquées du pays à ouvrir leur porte aux milliers de Marocains qui devront passer la nuit dehors cet hiver. Une lettre publiée sur la page Facebook qu'il a crée intitulée « Appel à l'Ouverture des 40 000 Mosquées à des sans abris, pendant la nuit ».

40 000 mosquées ouvertes ?
« En lisant un jour une dépêche qui disait qu’au Maroc, il y avait 40 000 mosquées, j’ai fait une simple opération estimant qu'une mosquée pouvait accueillir une centaine de personnes. Résultat : toutes ces mosquées pourraient rassembler au total 4 000 000 Marocains », estime Omar Louzi. « Dans cette lettre, j’ai voulu rappeler au ministère qu’une mosquée est avant tout un lieu de solidarité, de morale et d’entraide. Si on n'ouvre pas les mosquées aux plus démunis, nos prières ne servent strictement à rien », poursuit-il.
Omar Louzi ne comprend pas comment une mosquée, financée par les deniers publics, puisse être ouverte seulement 5 fois par jour, pour le temps des prières, alors qu'elle pourrait ouvrir ses portes pour que des gens y passent la nuit. « On met sur la table 60 millions de dirhams pour organiser le Festival du Film de Marrakech et accueillir les grandes stars du moment : là on trouve l’argent. Mais quand on parle d’abriter des milliers de sans-abris, on ne trouve plus d’argent à débloquer », déplore-t-il.
Miloudi el Bouazzaoui, assistant social et responsable du programme rue au sein du Samu Social, est du même avis qu’Omar Louzi : les mosquées ne devraient pas ouvrir leur porte seulement lors des prières. Chaque hiver, il descend dans la rue à la rencontre de ces Casablancais qui dorment sur les trottoirs pour leur donner à manger, des vêtements, des couvertures ou tout simplement leur parler. « Il faut s’inspirer des exemples des églises. Même à Casablanca, l’une des églises de la ville ouvrent ces portes aux chrétiens les plus démunis », lâche-t-il.

« lls vont salir » les mosquées
Néanmoins, tout le monde ne partage pas le même avis. Dans le milieu religieux, ouvrir les mosquées aux SDF fait grincer des dents. « Les apparences peuvent être trompeuses. Parmi ces gens pauvres, certains peuvent être des voleurs et voler tout ce qu’ils trouveront dans les mosquées », estime un administrateur au sein du conseil des oulémas à Fès qui a souhaité garder l'anonymat. « Ces gens vont dormir où dans la mosquée ? Il n’y a pas de matelas. Ils vont la salir et laisser des odeurs derrière eux. Ce qui fait que quand les fidèles vont vouloir prier, ils ne trouveront pas un lieu propre », ajoute-t-il.
« Si on ouvre les mosquées au SDF, ça ne seront plus des SDF ! On devra leur donner à boire et à manger. Je ne suis pas sûre que les mosquées aient assez d’employés pour faire le ménage », considère Saïd Kamali, jurisconsulte et conférencier à la Mosquée Masjid Sounna à Rabat. « Ce n’est pas le rôle de la mosquée d’accueillir des SDF mais plutôt aux centres d’accueil sociaux », poursuit-il.

Mauvaise foi
« Cela veut dire que pour eux la mosquée est pour les gens propres ! Les mosquées ne sont pas des usines désaffectées. Elles sont censées être propres. S’il y a de l’eau pour faire ses ablutions, il y aura de l’eau pour la nettoyer. C’est de la mauvaise foi ! », s'indigne Omar Louzi.
Miloudi el Bouazzaoui dénonce également un manque de bonne volonté. « Ces questions de propreté et de logistique peuvent être réglées en faisant intervenir des associations extérieures comme par exemple le Croissant Rouge qui se chargeraient de l’accueil des SDF dans les mosquées », conclut-il. 10 jours après l’envoi de sa lettre au ministère des Habous, Omar Louzi n’a toujours pas reçu de réponse à sa demande.
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Sans détour:

Ici et là, on voit des facebookeurs marocains appeler à l'ouverture la nuit, durant cette saison très froide, des mosquées du pays aux sans-abris. Ce qui est en soi une démarche fort louable.
Mais là où il y a erreur, c'est quand certaines de ces voix mettent la responsabilité de la fermeture la nuit de ces mosquées sur le dos du ''chef'' islamiste du gouvernement et lui imputent la responsabilité des retombées de cette décision de fermeture sur le bien-être de ces sans-abris.
N'importe quelle personne qui a étudié l'histoire de la politique du champ religieux au Maroc vous dira au moins deux choses.

Primo: la décision de fermer les mosquées en dehors des heures de prière revenait à Hassan II (1961-1999) et son fils et successeur, Mohamed VI (1999-), n'a fait là encore que privilégier la continuité au lieu du changement.
Si Hassan II avait pris cette décision et son homme de basses oeuvres, Driss Basri, l'avait fait exécuter avec zèle, c'était pour lutter contre l'islamisme (Chabiba islamiya, Jamaa Islamiya (futur PJD), Al-Adl Wal-Ihssane, etc.) qui se servait notamment de ''mosquées sauvages'' comme de lieux de propagande et de recrutement de membres. Mais cette stratégie a évidemment révélé son échec puisque l'islamisme n'a pas été contré et a largement échappé au contrôle du régime.

Secundo: Donc, si quelqu'un veut vraiment que les mosquées marocaines soient réouvertes la nuit pour accueillir les sans abris en cette saison froide, il devrait adresser sa missive au véritable décideur à ce chapitre, c'est-à-dire Mohamed VI, et non à un Abdelillah Benkirane qui n'est qu'un subordonné du chef de l'État et du véritable et seul détenteur du pouvoir au Maroc.

mardi 13 novembre 2012

Le roi du Maroc fait le tri dans ses affaires

Le conglomérat contrôlé par le holding royal (SNI) délaisse l'agro-industrie pour se développer dans d'autres secteurs, en plein essor.


Mohamed VI inaugure le parc éolien de Nareva, à Tanger, en juin 2010. AFP
Mohamed VI inaugure le parc éolien de Nareva, à Tanger, en juin 2010. AFP
 
C'est l'un des hommes les plus puissants du royaume. A Casablanca, dans son bureau cossu, Hassan Bouhemou a pris soin d'afficher deux portraits du roi Mohammed VI et deux de son père, Hassan II. Sorti des meilleures écoles françaises (X-Mines après une prépa à Louis-le-Grand), passé par Schlumberger, Bouhemou, 44 ans, est le gestionnaire en chef du business du roi. Il préside la Société nationale d'investissement (SNI), un conglomérat qui va des mines à l'agroalimentaire en passant par les télécoms. Et il dirige le saint des saints, Siger (anagramme de régis, "roi" en latin), le holding personnel du roi qui contrôle cette tentaculaire SNI, aux côtés d'actionnaires minoritaires comme Danone ou Lafarge.

Calmer la fronde
Surtout, Hassan Bouhemou est l'homme du changement de la stratégie royale. En un an, il a vendu trois piliers de l'agro-industrie marocaine à des groupes étrangers, les huiles au français Sofiprotéol, le lait à Danone et les biscuits à l'américain Kraft. "Dès que nos sociétés ont atteint leur maturité, nous en cédons le contrôle, confie-t-il à Challenges. Nous avons changé de modèle. Nous avions l'habitude de contrôler nos filiales de façon tatillonne. Désormais, nous leur laissons la plus grande autonomie." Selon Béatrice Hibou, chercheuse au CNRS et spécialiste du Maghreb, il s'agit "d'un choix financier bien sûr, mais aussi d'un choix politique, celui de ne plus être en première ligne, en transformant la SNI en holding patrimonial".
Si le roi se désengage, c'est aussi pour répondre aux critiques sur son pouvoir absolu dans les affaires. Dans un livre récent (Le Roi prédateur, Seuil), les journalistes Catherine Graciet et Eric Laurent ont accusé le monarque d'avoir fait fructifier sa fortune en écartant les concurrents gênants. Et lors des grandes manifestations, l'an dernier, les proches du palais étaient représentés en pieuvre tentaculaire contrôlant l'économie. "Des hommes d'affaires marocains, qui dénoncent les avantages dont bénéficient les sociétés liées au roi, ont sponsorisé ces manifestations", rapporte Lazare Beullac, rédacteur en chef de la lettre spécialisée Maghreb confidentiel. Les critiques pointent notamment les conflits d'intérêt dans l'agroalimentaire, où les sociétés royales touchent des subventions pour majorer les prix au producteur et les réduire pour le consommateur.
Sans surprise, ce secteur sensible a été le premier visé par les cessions. Et la SNI a réussi à trouver des repreneurs, affichant une logique industrielle. Dans la Centrale laitière, Danone, actionnaire depuis 1953, est devenu majoritaire en reprenant un bloc de 38% du capital pour 550 millions d'euros: "Nous serons une tête de pont pour attaquer l'Afrique de l'Ouest", prédit Driss Bencheikh, le PDG de cette société, qui détient 60% du marché. Dans les huiles, le nouveau propriétaire, Sofiprotéol, spécialiste des oléagineux, "va mettre les innovations de Lesieur France à notre disposition", espère Samir Oudghiri Idrissi, le patron de la filiale marocaine. Mais ces désengagements s'avèrent plus compliqués que prévu.

Les hommes du roi veulent céder la société sucrière, la Cosumar, en position de monopole, qui fait vivre 80.000 petits producteurs: "Il sera difficile d'attirer les géants mondiaux, plus intéressés par les grands espaces du Brésil ou de Thaïlande", témoigne Jean Peyrelevade, président de Leonardo & Co France, conseil de la SNI. Et le holding aura du mal à vendre une partie du capital de sa pépite, Attijariwafa Bank, première banque du pays, qui a profité de l'explosion du nombre de comptes bancaires, multiplié par quatre en six ans. "A cause des nouveaux ratios prudentiels, les banquiers ne veulent plus prendre de participations minoritaires bancaires", regrette Jean Peyrelevade.

Position de challenger
Ce retrait programmé ne doit pas faire illusion. Dans le même temps, la SNI a investi des secteurs en plein essor. "Notre trésor de guerre sera consacré à nos sociétés en développement, dans les télécoms et les énergies nouvelles", confirme Hassan Bouhemou. Une fois n'est pas coutume, la société royale est là en position de challenger. Son opérateur télécoms, Wana, n'est que le numéro trois - derrière Maroc Telecom, la filiale de Vivendi, et Méditel, celle d'Orange - avec 23% du marché. "Nous avons choisi une mauvaise norme technique, déplore Rachid Sefrioui, l'un de ses dirigeants. Grâce à notre stratégie low cost, nous avons rattrapé une partie de notre retard." Dans les énergies renouvelables, la société royale, Nareva, a été recalée dans les appels d'offres face aux géants chinois ou américains. "Les cinq premières années, nous n'avons connu que des échecs, admet Ahmed Nakkouch, son PDG. Associée à GDF Suez, Nareva a toutefois remporté le parc éolien de Tarfaya, dans l'extrême sud du pays. "Notre présence reste essentielle pour pouvoir former des ingénieurs marocains", ajoute Nakkouch.
La dernière activité en plein boom, la grande distribution, est plus confortable pour la SNI: sa filiale contrôle 55% du marché. "Nous sommes encore en phase d'évangélisation de la grande distribution, qui représente à peine 15% du commerce, une part que nous pouvons doubler rapidement", relève Mohamed Lamrani, le patron de Marjane, qui compte déjà 29 hypermarchés. Après avoir divorcé d'Auchan en 2007, bouté hors du pays après un conflit sur la gestion des sociétés communes, la SNI profite de la croissance exponentielle de sa filiale, dont le chiffre d'affaires a été multiplié par quatre en dix ans (11 milliards d'euros). A Casablanca, Marjane vient d'ouvrir un hypermarché de 7.000 mètres carrés au sein du Morocco Mall, le plus grand centre commercial d'Afrique et du Moyen-Orient, en obtenant les meilleurs emplacements au sein de ce nouveau temple de la consommation. Quand on est une société du roi et leader du marché, autant en profiter.
 

dimanche 28 octobre 2012

France : Nouveau protetorat ? Une manifestation devant le château du roi du Maroc à Betz interdite



Les autorités françaises ont interdit une manifestation d’opposants marocains qui devait se dérouler à partir de samedi devant un château appartenant au roi du Maroc à Betz, un village situé à environ 70 kilomètres au nord-est de Paris.

Le collectif pour la dénonciation de la dictature au Maroc avait appelé dans un communiqué les Marocains de toutes tendances confondues à manifester de samedi au vendredi 2 novembre devant le château pour dénoncer les injustices et les indignités du régime marocain, selon un communiqué.
Le préfet a pris un arrêté interdisant la manifestation à titre préventif, a-t-on indiqué à la préfecture de l’Oise.
Il a considéré qu’à cet endroit, et dans la configuration qui était prévue – les manifestants voulaient camper jour et nuit sur le site -, il y avait un risque de trouble à l’ordre public qui résultait de la volonté même d’organiser cette manifestation. C’est un motif d’opposition à la manifestation.
Selon la préfecture, un dispositif de sécurité adapté a été mis en place autour du château.
Sur sa page Facebook, le Collectif a indiqué maintenir sa mobilisation malgré l’arrêté d’interdiction, mais avoir réduit la durée du campement à deux jours, de samedi à lundi midi, à la demande de la majorité des manifestants.
Samedi vers 12H15 (10H15 GMT), aucun manifestant n’était toutefois présent sur les lieux, surveillés par une vingtaine de gendarmes, selon un correspondant de l’AFP.
Mardi, le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture avait affirmé que le Maroc utilisait la torture dans son propre pays et contre des opposants impliqués dans le conflit au Sahara occidental. (AFP)

Le château d'Armainvilliers est un fief très ancien, dont on trouve mention au XIIe siècle. Il s'étend aujourd'hui sur les communes de Tournan-en-Brie et de Gretz-Armainvilliers. Un château y est mentionné dès le XIVe siècle, qui donne refuge à François Ier en 1544 après la prise de Château-Thierry par Charles-Quint. À partir de cette époque, il devient la résidence des seigneurs de Tournan. Au XVIIe siècle, il appartient aux Beringhen, puis au comte d'Eu et au duc de Penthièvre, mais il est en partie détruit pendant la Révolution. Les La Rochefoucauld-Doudeauville le restaurent sous le second Empire, y font remonter les boiseries du château de Bercy et aménager le parc. Sosthènes de La Rochefoucauld, 2ème duc de Doudeauville, ancien aide-de-camp du Roi Charles X, y décède en 1864. Acquis en 1877 par Edmond de Rothschild, le château est complètement rasé et remplacé par une résidence moderne, complétée par de luxueux pavillons de gardes, des fermes en style normand, de vastes communs, une grande orangerie, sur le modèle anglais. Pendant la Première Guerre mondiale, une infirmerie y est aménagée et, pendant la Seconde Guerre mondiale, il est occupé par des troupes allemandes. Il appartient aujourd'hui au roi du Maroc. (source: wikipedia) 
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Par Abou Farid Hassan  

 Vers un nouveau Protectorat : la liberté de manifester bafouée à Betz en France.

Contrairement aux bruits que certains ont pu faire courir, des représentants du « Collectif pour la dénonciation de la dictature au Maroc » se sont rendus ce samedi 27 octobre 2012 à Betz dans l’Oise, là où se trouve le grand château du roi du Maroc en France. 
 La gendarmerie était présente aux quatre coins du village. Un premier groupe a été contrôlé à l’entrée du village, un second devant le château. Les gendarmes qui appliquaient des consignes strictes venus du plus haut niveau, interdisaient à quiconque de prendre la moindre photo. Les journalistes seront les premiers à pâtir de ces directives qui les empêcheront de faire leur travail. Devant se soumettre à des contrôles d’identité, on leur confisquera même les quelques photos qu’ils étaient parvenues à prendre. Les membres du Collectif étaient pour leur part venus sur place attendant la décision du juge des référés qui avait été saisi par leur avocat contre l’interdiction de manifester. D’autres militants attendaient dans d'autres villes pour venir manifester dans le cas où l’interdiction serait levée. Finalement, après s’être entretenus avec des journalistes de la presse française et marocaine, les représentants du Collectif décideront de quitter Betz dans l’attente de la décision de justice qui tardait à venir. 
Le Collectif réaffirmera son intention de manifester librement en France, terre de Montesquieu et de Jean-Jacques Rousseau, pour porter la voix de la démocratie au Maroc. Il informera tous les militants épris de justice des suites à donner à ce qui peut être considéré comme une restriction portées aux libertés civiques.
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 Par Mohamed Jaite
Le préfet a considéré qu'à cet endroit, et dans la configuration qui était prévue - les manifestants voulaient camper jour et nuit sur le site -, il y avait un risque de trouble à l'ordre public qui résultait de la volonté-même d'organiser cette manifestation. C'est un motif d'opposition à la manifestation», a-t-on ajouté de même source.

A Betz,  un cordon de policiers était au rendez-vous mais pas les manifestants -Pourquoi ?
  1. Personnellement, je n'ai pas pu aller à cause de mon travail (J'ai travaillé deux nuits de suite sans sommeil). 2. On ne s'attendait pas à beaucoup de monde vue la sensibilité de l'action pour certain(ne)s .... 
3. L'interdiction a persuadé quelques personnes qui devaient se rendre à ne pas le faire. 
4. Ce genre d'action doit continuer là ou il y un château (du roi des pauvres) pour "démasquer" la complicité des pays concernés.



jeudi 2 août 2012

Maroc: Benkirane n'amuse plus le roi

Par ,


Après des débuts prometteurs, la cohabitation se tend entre Mohammed VI et son Premier ministre, l'islamiste Abdelilah Benkirane. Le gouvernement est contesté dans la rue aussi, sur fond de crise économique. 
Maroc: Benkirane n'amuse plus le roi
Midelt, Maroc- Le 29 novembre 2011, le roi Mohammed VI reçoit Abdelilah Benkirane, dont le parti vient de remporter les élections législatives, afin de le nommer Premier ministre. AFP/Azzouz Boukallouch
Un peu plus de six mois après sa nomination, le gouvernement de coalition dirigé par l'islamiste Abdelilah Benkirane connaît ses premiers déboires. C'était prévisible : un contexte économique marqué par la crise, des révolutions arabes qui s'éternisent et font planer le risque d'une reprise de la contestation dans la rue, une monarchie soucieuse de préserver son capital sympathie et de ne pas être associée à l'échec éventuel du gouvernement sont autant de facteurs qui expliquent ces difficultés. 
Tout avait plutôt bien commencé. Déjouant les pronostics de ceux qui prédisaient une cohabitation tendue entre le roi et le Parti de la justice et du développement (PJD), vainqueur dans les urnes, le chef du gouvernement s'était rapidement forgé une image de boute-en-train, fort en thème, blaguant devant un Mohammed VI apparemment complice. Cerné par un protocole pesant et des courtisans aussi empressés qu'intéressés, le roi paraissait assez séduit par ce parler-vrai rafraîchissant. Les plus optimistes espéraient même que le rééquilibrage des pouvoirs au sein de l'exécutif, inscrit dans la nouvelle Constitution, serait bel et bien appliqué et que le roi se délesterait d'une partie de ses prérogatives au profit de son Premier ministre.  

Volonté de rompre avec les anciennes pratiques

D'entrée de jeu, Abdelilah Benkirane et son équipe ont affiché leur volonté de rompre avec certaines pratiques. Première mission: partir en croisade contre la corruption et l'économie de rente, qui gangrènent la société marocaine. Le ministre de l'Equipement et des transports, Abdelaziz Rabbah, a été l'un des premiers à faire parler de lui en dévoilant la liste, jusque-là non publique, des bénéficiaires des autorisations de transport de voyageurs, les "grimates". L'opacité qui entoure l'attribution de très nombreux agréments (pas seulement dans le domaine des transports) a souvent été dénoncée au Maroc. Ce système des grimates est même considéré comme un maillon essentiel du contrôle des populations par le Makhzen, l'administration royale. Ainsi, dans le sillage des manifestations qui ont agité le royaume pendant les premiers mois de l'année 2011, moqadem et caïds - les agents de l'administration locale - ont parcouru bourgs et villages pour y distribuer de précieux avantages, en échange d'une allégeance renouvelée. Ce discours anticorruption s'est cependant assez vite essoufflé, la lutte contre l'économie de rente se limitant à des effets d'annonce et à la publication de quelques noms. Le PJD est revenu aux fondamentaux de l'idéologie islamo-conservatrice, au risque de déplaire à la fraction moderniste de la société... et au souverain. 
Le premier faux pas est venu de la seule femme du gouvernement, Bassima Hakkaoui, après le suicide, au mois de mars, d'une adolescente mariée de force à son violeur présumé. Le drame avait suscité une forte émotion dans le royaume et à l'étranger. De nombreuses associations de femmes avaient alors demandé que soit abrogé l'article 475 du Code pénal marocain, qui permet à un homme coupable de viol sur mineure d'échapper à sa peine en épousant sa victime. Affirmant que "parfois le mariage de la violée à son violeur ne lui porte pas un réel préjudice", Bassima Hakkaoui leur avait opposé une fin de non-recevoir en se déclarant opposée à l'abrogation de l'article incriminé "sous la pression de l'opinion publique internationale".  

Des propos malvenus du ministre de la Justice

Autre ministre, autre bévue: le tonitruant détenteur du portefeuille de la Justice, Mustapha Ramid, ancien avocat de détenus salafistes, pointait, lors d'une visite à Marrakech, l'attitude selon lui "dépravée" des étrangers, accusés de "passer beaucoup de temps à commettre des péchés et s'éloigner de Dieu" lors de leurs séjours dans la capitale du sud du royaume. Des propos malvenus, alors même que, un an après l'attentat qui a secoué le café Argana, la ville ocre mise plus que jamais sur le retour des touristes. Au cours de cette même visite, Ramid a également eu un entretien très médiatisé avec une figure controversée de la scène religieuse marocaine, le cheikh Maghraoui, connu pour avoir, en 2008, émis une fatwa autorisant le mariage d'une fillette de 9 ans... 
Dans un premier temps, la monarchie est restée sur la réserve, tout en engageant discrètement une véritable course aux nominations. Avant même l'arrivée d'Abdelilah Benkirane à la primature, après avoir musclé son cabinet en y introduisant de nouveaux conseillers, dont son ami Fouad Ali el-Himma et l'ancien ministre des Affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri, Mohammed VI avait nommé une série d'ambassadeurs. Le mouvement préfectoral du mois de mai dernier a de nouveau été piloté presque entièrement par le Palais. C'est le roi qui a choisi la plupart des nouveaux walis (préfets) et gouverneurs, le chef du gouvernement jouant les figurants. Dans la même veine, quelques jours avant, Mohammed VI avait créé une nouvelle commission - chargée de la réforme de la justice, celle-là -, dont les membres ont tous été nommés par décret royal.  
Il aura fallu que le ministre de la Communication, Mustapha el-Khalfi, annonce la mise en application des nouveaux cahiers des charges de l'audiovisuel public, pour que le Palais sorte de sa réserve et entame la deuxième phase de son bras de fer avec le PJD. Mustapha el-Khalfi proposait en substance que les chaînes de télévision marocaines (Al Aoula et 2M) retransmettent tous les appels à la prière de la journée, accordent une plus grande place à l'arabe et à l'amazigh (au détriment des langues étrangères que sont le français et l'espagnol), s'interdisent de diffuser de la publicité pour les jeux de hasard... Ces mesures n'ont pas manqué de susciter l'ire des patrons de chaînes. Réputés proches du Palais, ces derniers se sont épanchés dans les médias sur leur désaccord avec leur ministre de tutelle. Le différend a pris un tour nouveau quand le roi en personne a convoqué Abdelilah Benkirane et Mustapha el-Khalfi. Avant de rendre un verdict sans appel: les dispositions de ce texte ne correspondent pas à l'esprit de la nouvelle Constitution, qui se veut pluraliste. En l'état, il ne sera pas adopté. 

Fin de la lune de miel

C'est le premier vrai revers enregistré par le gouvernement. Les dirigeants du PJD n'en continuent pas moins de mettre en avant le soutien que leur accorde toujours le roi, mais ces contre-feux ne trompent personne: la lune de miel entre Abdelilah Benkirane et Mohammed VI semble terminée. Un malheur n'arrivant jamais seul, l'opposition parlementaire, comme enhardie par ce désaveu, n'a pas tardé pas à prendre le relais. Cette fois, ce sont les augmentations de prix décidées par le gouvernement qui ont mis le feu aux poudres.  
L'avenir de la Caisse de compensation, un fonds mis en place par l'Etat sous Hassan II pour subventionner les produits de première nécessité, fait l'objet d'un débat récurrent au Maroc. Dans un contexte budgétaire difficile pour le royaume, confronté à l'envolée des prix du pétrole et à la facture des subventions accordées pour maintenir la paix sociale l'an dernier, le gouvernement a pris une décision impopulaire, il y a quelques semaines, en annonçant une augmentation du prix de l'essence et en laissant entendre que d'autres hausses pourraient suivre. 

Le roi plane au-dessus de la mêlée, dans un rôle d'arbitre

Les syndicats proches de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), aujourd'hui dans l'opposition, se sont saisis de cette décision pour faire descendre leurs partisans dans la rue. Le dimanche 27 mai, plusieurs milliers de personnes ont donc manifesté à Casablanca, la capitale économique du pays, et scandé des slogans hostiles au gouvernement. Après les derniers échecs des appels à manifester lancés par le Mouvement du 20 février, fer de lance du mouvement protestataire de l'an dernier, ce rassemblement a surpris par son ampleur. L'état de grâce est bel et bien terminé pour le gouvernement emmené par le PJD, désormais sous le feu des critiques. 
Paradoxalement, la manifestation de Casablanca couronne de succès la gestion royale du "printemps arabe" marocain. Si la rue a pu sembler, un temps, être tentée par des slogans antimonarchiques, c'est aujourd'hui le gouvernement d'Abdelilah Benkirane qui est en première ligne. Alors même qu'il n'a rien perdu de son pouvoir réel, le roi plane désormais au-dessus de la mêlée, dans un rôle d'arbitre, à la fois recours des modernistes et alibi des islamistes. Reste les problèmes de fond de l'économie marocaine. Sortie indemne du "printemps arabe" et de la "marée verte" qui a suivi, la monarchie est aujourd'hui, comme l'ensemble du royaume, confrontée au vent de la crise qui souffle d'Europe. 

mercredi 10 novembre 2010

Un crime directement ordonné par Mohamed VI


Par Kharroubi Habib, Palestine Solidarité, 9/11/2010

L'assaut brutal contre le camp dressé près d'El Ayoun, au Sahara Occidental, donné par les forces d'occupation marocaines lundi matin à l'aube, a confirmé en tous points les cris d'alarme lancés dimanche, la veille, par le président de la RASD, Mohammed Abdelaziz, au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Dans son message, Abdelaziz sollicitait en effet une intervention urgente des Nations unies, au motif qu'il disait entrevoir une menace d'escalade militaire contre les dizaines de milliers de Sahraouis s'étant regroupés dans ce camp pour protester contre leurs conditions sociales sous l'occupation marocaine. Une escalade, a-t-il averti, qui pourrait déboucher «sur un nouveau crime contre l'humanité et à une catastrophe humanitaire de premier plan».

Les craintes exprimées par le président de la RASD se sont, hélas, avérées fondées. L'intervention des forces armées du Makhzen a été d'une violence inouïe contre les habitants du campement et les citoyens de la ville d'El-Ayoun qui tentaient de les rejoindre par solidarité. Il est difficile pour l'instant d'apprécier le bilan de cette répression barbare parce que les autorités d'occupation ont pris la précaution préalable d'interdire la présence aux alentours du camp à tout observateur étranger. Si massacre il y a, il a eu lieu à «huis clos».
En tout cas, de nombreuses ambulances ont été vues faisant la navette entre le camp et la ville d'El-Ayoun. Preuve s'il en est que l'intervention des forces de sécurité marocaines a été opérée sans ménagement. Il est à remarquer que l'assaut donné au camp des protestataires sahraouis a eu lieu après le discours prononcé par le Roi du Maroc à l'occasion du 35e anniversaire de la «Marche verte», dans lequel il a proféré la menace qu'il ne laisserait quiconque «honteusement instrumentaliser les libertés dont jouit le Maroc pour porter atteinte à son intégrité territoriale». Déclaration que Mohammed Abdelaziz a, à juste titre, qualifiée de «feu vert donné par le monarque au Makhzen pour commettre de nouveaux crimes contre des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants et des personnes âgées, pacifiques et isolés, qui ont seulement revendiqué des droits sociaux, économiques et politiques justes et légitimes».
Ce n'est pas non plus sans calcul et arrière-pensée que le Makhzen a programmé son coup de force contre le camp de la révolte à quelques heures de l'ouverture de la troisième session de négociations informelles entre le Polisario et le Maroc dans la banlieue de New York. Ce timing pousse à la déduction que les autorités marocaines ont cherché à créer un «casus belli» susceptible d'inciter le Polisario à revenir sur son engagement à poursuivre la négociation placée sous l'égide des Nations Unies.
Malgré la gravité de la situation créée par l'assaut barbare de la force de répression marocaine, le Polisario ne se laissera pas toutefois imposer la politique de la «chaise vide». Ses représentants trouveront au contraire un argument imparable dans le comportement du Makhzen marocain à l'égard de leurs concitoyens regroupés dans le camp près d'El-Ayoun pour leur refus de plan «de large autonomie» que le Roi veut voir se substituer au référendum d'autodétermination.
Sauf qu'il y a péril pour les milliers de personnes en butte à la répression déchaînée au signal du monarque, auquel les Nations unies se doivent de mettre un terme. Car, comme souligné par Mohammed Abdelaziz dans son message pressant à Ban Ki-moon, «l'ONU porte l'entière responsabilité pour mettre un terme à cette escalade dangereuse, afin d'empêcher les autorités d'occupation marocaines de commettre un nouveau crime contre l'humanité».
Source : Le Quotidien d'Oran
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