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samedi 9 novembre 2013

Comment Hassan Bouhemou s’est payé un nid douillet à Paris à la barbe du fisc et du contrôle des changes

Par Ali Benacher, demainonline, 7/11/2013

Hassan Bouhemou (Photo DR)
Hassan Bouhemou (Photo DR)
Enquête. Cet homme au visage poupin et aux épais sourcils noirs est un tueur. Un serial-killer du business. Fils d’épicier, il a gravi l’échelle sociale en jouant des coudes. Il faut dire qu’il a un éblouissant CV de technocrate : Lycée Moulay Youssef à Rabat (où il a usé ses fonds de culotte avec le journaliste Aboubakr Jamaï et Anas Alami, le nabot de la CDG), X-Mines à Paris, des premiers pas chez Schlumberger en France, puis la BMCI et la BMCE.

« Hassan la calculette »
Chez Othman Benjelloun, il gérait les portefeuilles de titres des clients de la banque. Son savoir-faire lui a donné un surnom auprès de ses vieux potes de la finance : « Hassan la calculette ». Là, il se fait remarquer par la concurrence, entendez par là le camp d’en face, celui de Majidi et consorts.
Mounir Majidi qui gèrait le cash généré par FC Com (la boite qui a fait de lui le « Seigneur des panneaux » –publicitaires- grâce à la mansuétude de Driss Basri) le débauche. Il entre à l’ONA, et ses qualités de gestionnaire averti lui permettent d’atteindre les sommets. Il devient la tête pensante de Siger, le holding royal, et prend la présidence de la SNI (Société nationale d’investissement), véhicule d’investissement de Mohamed VI dans l’industrie. « Il monte, il monte Bouhemou ! » titrait ces lèche-babouches de Maroc Hebdo …
Majidi lui donne les clés de la gestion patrimoniale du roi. Son idée machiavélique a été pour ceux qui s’en rappellent encore la fameuse « rotation de participations » de l’ONA, un tour de passe-passe qui a permis à Momo de passer de 14% à presque 80% dans l’ONA par le jeu complexe de participations croisées et surtout par le hold-up fait aux fonds de pensions. On avait attribué la pirouette financière à Bassim Jai Hokimi, le patron de l’ONA avant qu’il ne soit chassé comme un malpropre. En réalité son concepteur était Bouhemou, bien planqué dans son bureau tout en marbre de Siger. Si Mohamed VI a fait une entrée remarquée dans le top 10 des têtes couronnées les plus riches de la planète de Forbes, c’est bien grâce à cet homme.
Peu connu du grand public, Hassan Bouhemou est aussi le mauvais génie de la clique royale. Il allait se faire connaître dans deux gros scandales vite étouffés. Celui des investissements hasardeux du roi dans l’industrie du jeu à Macao où il a fait perdre des plumes à Momo (on ne fait jamais du B2B avec les triades chinoises sans se faire entuber !) et dans les financements occultes de Mawazine quand un patron américain de JLEC, sponsor du mégafestival, un certain Peter Barker Homek, l’avait accusé de lui avoir sollicité des pots-de-vins…  En réaction, Bouhemou avait poussé des cris d’orfraie quand la presse internationale l’avait alors accusé d’être un aigrefin…

Petite escapade au Grand Duché du Luxembourg
L’homme qui gère la fortune de Momo est aussi un investisseur avisé pour son propre compte. Comme toute personne qui s’enrichit à la faveur de sa proximité avec le roi, il se devait de se payer comme son couple de copains Ali Fassi-Fihri et Yasmina Baddou un pied-à-terre à Paris.
Rive Gauche pensiez-vous ? Non, les quartiers visés par les Marocains friqués sont loin des hauts-lieux de la culture et des arts. On se bouscule à Neuilly, dans le 16ème ou le 8ème arrondissement à une foulée de savates (ou a un jet de cendrier c’est selon) du logis royal, rue de Varenne (trop marrant !), ou de celles des princesses avenue Foch. Ce sera rues Bassano et Magellan pour les Fassi-Fihri, pratique pour déambuler dans les grands magasins des Champs-Élysées et à l’ombre des platanes de l’avenue de Courcelles pour M. et Mme Bouhemou.
Étonnant tout de même de la part de Bouhemou connu pour être très « anti-français » dans les affaires (affaires Auchan, Axa et tout le tintouin). Mais bon, diriez-vous, même les votants FN en France achètent des riyads à Marrakech … Le confort et l’argent n'ont plus de frontières pour ces gens-là.
Mais voilà, on ne va pas demander une autorisation à l’Office des Changes pour s’offrir un joli nid douillet à Paris. Seuls les manants font la queue dans une agence bancaire avec les étudiants qui veulent transférer la retraite de papa pour espérer louer une chambre de bonne sous les combles en banlieue !
Non, on met à profit ses compétences de grand gymnaste de la finance royale pour brouiller les pistes. Attachez vos ceintures pour le grand huit !
Première étape, on s’envole pour un paradis fiscal. Tiens, pourquoi pas le Grand Duché du Luxembourg qui accueille à bras ouverts la fortune des dictateurs comme Momo d’ailleurs qui y loge tous ses « biens » ?
Bonne idée ! Hassan Bouhemou et son épouse, Amina Benseddik , pharmacienne de son état (qui fournit ses médocs au Palais, le business devant rester en famille n’est-ce pas ?) s’envolent le 17 décembre 2012 au Luxembourg pour y fonder deux sociétés civiles aux noms évocateurs : LuxeAbeille et LuxeBee, toutes deux domiciliées au 18 avenue Marie Thérèse. Elles sont respectivement capitalisées de la modique somme de 7000 euros. Pourquoi si peu ? Et bien parce-qu’elles ne servent que d’écran, banane ! Le meilleur est à venir…
La société Luxabeille propriété de Hassan Bouhemou et de son épouse Benseddik (Photo capture d'écran)
La société Luxabeille propriété de Hassan Bouhemou et de son épouse Amina Benseddik (Photo capture d’écran)
La société Luxbee, propriété, encore une fois, de Hassan Bouhemou et d'Amina Benseddik (Photo capture d'écran)
La société Luxbee, propriété, encore une fois, de Hassan Bouhemou et d’Amina Benseddik (Photo capture d’écran)

Deuxième étape : Paris et ses beaux quartiers où le couple a déniché un splendide appartement au 13 boulevard de Courcelles dans le 8ème arrondissement, au-dessus du très bling bling Café Huitième et juste en face de la bouche du métro Villiers. Parions qu’ils n’y ont pas débarqué par là…
Malheureux ceux qui vivent pauvrement au 13 boulevard de Courcelles à Paris 8e (Photo Google Maps)
L’imposant immeuble hausmanien sis 13 boulevard de Courcelles dans le très sélect 8e arrondissement de Paris (Photo Google Maps)
 « On achète chérie ? », « Oui, oui h’bibi… ! »
On imagine la scène : « On achète chérie ? », « Oui, oui, h’bibi… ». Mais comment se payer ce logement de rêve en toute discrétion ? C’est aussi simple qu’un jeu d’enfants : le couple va créer une troisième entreprise, cette fois enregistrée à Paris, mais où leurs noms n’apparaitront plus, histoire de ne pas banquer au fisc français et surtout de ne pas se faire remarquer au Maroc …
Dommage pour les deux tourtereaux, Demain les suit à la trace depuis le Luxembourg …. et voilà ce que nous avons découvert :
A travers LuxeAbeille et LuxeBee, la société Courcelles Pacific est inscrite au BODACC parisien (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) du 28 février 2013.
La société BODACC
Courcelles Pacific, la société fantôme de Bouhemou et compagnie (Photo capture d’écran)
C’est donc Courcelles Pacific qui comme son pedigree l’indique servira de couverture à l’achat de la résidence et probablement à d’autres, son objet social étant assez large pour le permettre.
On s’est renseigné sur le prix du mètre carré dans ce bel immeuble haussmanien : autour de 12 000 euros.
Vous voulez savoir combien a précisément coûté l’appartement des Bouhemou ? Nous aussi. On aurait pu vous l’apprendre, il suffit d’éplucher les comptes de la société Courcelles Pacific qui est enregistrée à l’Infogreffe français (suivez le lien ici : Infogreffe), mais la consultation est tarifée à 65,09 euros, bien trop cher pour Demain qui ne vit que d’investigation et d’eau fraîche à cause du boycott publicitaire que lui impose le Makhzénistan.

Grands seigneurs, nous cédons cette partie de l’enquête au Procureur du roi qui va, on n’en doute pas un instant, s’auto-saisir pour tirer les fils de cette monstrueuse fuite de devises …  Enfin, s’il daigne lever un instant les yeux du dossier du pauvre Ali Anouzla pour faire le boulot qu’on attend de lui …. Sinon, il y a bien un confrère de la presse locale qui peut dégainer sa carte bleue et reprendre le flambeau, non ?
Aller un peu de courage les amis, c’est même pas le prix d’une chemise Desigual et c’est pour la bonne cause, on ne vous en remerciera jamais assez !
Ali Benacher

Post-Scriptum (samedi 2 novembre 2013) : Un lecteur de Demain – journaliste d’investigation de son état – nous précise fort à propos qu’étant donné que la société Courcelles Pacific est une SCI (Société civile immobilière), il n’y a pas d’obligation de dépôt des bilans au greffe. Donc, à part les statuts de cette société civile immobilière déposés sous le n° 14225 le 13/02/2013, il n’y a rien à creuser sur Infogreffe. Mais tout reste à découvrir partout ailleurs…

mardi 16 avril 2013

« Sidna » cesse de trop se « sucrer »

demainonline, 17/4/2013

A travers la SNI (Société nationale d’investissement), la boite royale pour faire des affaires au Maroc et ailleurs dirigée par Hassan Bouhemou, le roi Mohamed V vient de vendre 27,5 % de la Cosumar (Compagnie sucrière marocaine), la seule entreprise qui produit ce produit de première nécessité au Maroc, à Wilmar, un géant du négoce alimentaire.
Le montant obtenu par la SNI est de l’ordre de 2,3 milliards de dirhams (202,5 millions d’euros).
On annonce également que « Sidna »qui contrôle la SNI à travers la holding royale Siger, va céder 26,5 % de la Cosumar à un groupe d’investisseurs institutionnels marocains, qui avec Wilmar, exerceront le contrôle majoritaire à hauteur de 54 % sur la société sucrière.
Et le reste ? Il restera entre les mains de « Sidi » !

URL courte: http://www.demainonline.com/?p=26518

1 Commentaire pour “« Sidna » cesse de trop se « sucrer »”

Républicain
Dans l’hémisphère nord, il est strictement interdit à un homme politique d’exercer des activités commerciales, sous peine de se voir traîné devant une cour de justice. Il ne peut être les deux à la fois, sans être en conflit d’intérêt.
Au Maroc, pays au régime politique personnel, répressif, féodal et arriéré, tout le monde semble trouver normal que le roi puisse être un épicier-grossiste, un cultivateur-exportateur, un patron de centaines de buisiness et un chef d’Etat en même temps !
C’est cela la particularité dont parlent les medias au service du palais. Une particularité faite de dictature, d’arbitraire, de vol et de pillage des richesses de l’Etat dont il est supposé être le chef pour observer les lois à la lettre.
Mais quelle loi va t-il observer s’il est au dessus des lois ? Que même sa parole la plus bête fait office de loi ? Pourquoi se gênerait-il de piller le pays ?
Mais Gandafou l’a fait avant lui. Son dernier refuge était un égout !

mardi 13 novembre 2012

Le roi du Maroc fait le tri dans ses affaires

Le conglomérat contrôlé par le holding royal (SNI) délaisse l'agro-industrie pour se développer dans d'autres secteurs, en plein essor.


Mohamed VI inaugure le parc éolien de Nareva, à Tanger, en juin 2010. AFP
Mohamed VI inaugure le parc éolien de Nareva, à Tanger, en juin 2010. AFP
 
C'est l'un des hommes les plus puissants du royaume. A Casablanca, dans son bureau cossu, Hassan Bouhemou a pris soin d'afficher deux portraits du roi Mohammed VI et deux de son père, Hassan II. Sorti des meilleures écoles françaises (X-Mines après une prépa à Louis-le-Grand), passé par Schlumberger, Bouhemou, 44 ans, est le gestionnaire en chef du business du roi. Il préside la Société nationale d'investissement (SNI), un conglomérat qui va des mines à l'agroalimentaire en passant par les télécoms. Et il dirige le saint des saints, Siger (anagramme de régis, "roi" en latin), le holding personnel du roi qui contrôle cette tentaculaire SNI, aux côtés d'actionnaires minoritaires comme Danone ou Lafarge.

Calmer la fronde
Surtout, Hassan Bouhemou est l'homme du changement de la stratégie royale. En un an, il a vendu trois piliers de l'agro-industrie marocaine à des groupes étrangers, les huiles au français Sofiprotéol, le lait à Danone et les biscuits à l'américain Kraft. "Dès que nos sociétés ont atteint leur maturité, nous en cédons le contrôle, confie-t-il à Challenges. Nous avons changé de modèle. Nous avions l'habitude de contrôler nos filiales de façon tatillonne. Désormais, nous leur laissons la plus grande autonomie." Selon Béatrice Hibou, chercheuse au CNRS et spécialiste du Maghreb, il s'agit "d'un choix financier bien sûr, mais aussi d'un choix politique, celui de ne plus être en première ligne, en transformant la SNI en holding patrimonial".
Si le roi se désengage, c'est aussi pour répondre aux critiques sur son pouvoir absolu dans les affaires. Dans un livre récent (Le Roi prédateur, Seuil), les journalistes Catherine Graciet et Eric Laurent ont accusé le monarque d'avoir fait fructifier sa fortune en écartant les concurrents gênants. Et lors des grandes manifestations, l'an dernier, les proches du palais étaient représentés en pieuvre tentaculaire contrôlant l'économie. "Des hommes d'affaires marocains, qui dénoncent les avantages dont bénéficient les sociétés liées au roi, ont sponsorisé ces manifestations", rapporte Lazare Beullac, rédacteur en chef de la lettre spécialisée Maghreb confidentiel. Les critiques pointent notamment les conflits d'intérêt dans l'agroalimentaire, où les sociétés royales touchent des subventions pour majorer les prix au producteur et les réduire pour le consommateur.
Sans surprise, ce secteur sensible a été le premier visé par les cessions. Et la SNI a réussi à trouver des repreneurs, affichant une logique industrielle. Dans la Centrale laitière, Danone, actionnaire depuis 1953, est devenu majoritaire en reprenant un bloc de 38% du capital pour 550 millions d'euros: "Nous serons une tête de pont pour attaquer l'Afrique de l'Ouest", prédit Driss Bencheikh, le PDG de cette société, qui détient 60% du marché. Dans les huiles, le nouveau propriétaire, Sofiprotéol, spécialiste des oléagineux, "va mettre les innovations de Lesieur France à notre disposition", espère Samir Oudghiri Idrissi, le patron de la filiale marocaine. Mais ces désengagements s'avèrent plus compliqués que prévu.

Les hommes du roi veulent céder la société sucrière, la Cosumar, en position de monopole, qui fait vivre 80.000 petits producteurs: "Il sera difficile d'attirer les géants mondiaux, plus intéressés par les grands espaces du Brésil ou de Thaïlande", témoigne Jean Peyrelevade, président de Leonardo & Co France, conseil de la SNI. Et le holding aura du mal à vendre une partie du capital de sa pépite, Attijariwafa Bank, première banque du pays, qui a profité de l'explosion du nombre de comptes bancaires, multiplié par quatre en six ans. "A cause des nouveaux ratios prudentiels, les banquiers ne veulent plus prendre de participations minoritaires bancaires", regrette Jean Peyrelevade.

Position de challenger
Ce retrait programmé ne doit pas faire illusion. Dans le même temps, la SNI a investi des secteurs en plein essor. "Notre trésor de guerre sera consacré à nos sociétés en développement, dans les télécoms et les énergies nouvelles", confirme Hassan Bouhemou. Une fois n'est pas coutume, la société royale est là en position de challenger. Son opérateur télécoms, Wana, n'est que le numéro trois - derrière Maroc Telecom, la filiale de Vivendi, et Méditel, celle d'Orange - avec 23% du marché. "Nous avons choisi une mauvaise norme technique, déplore Rachid Sefrioui, l'un de ses dirigeants. Grâce à notre stratégie low cost, nous avons rattrapé une partie de notre retard." Dans les énergies renouvelables, la société royale, Nareva, a été recalée dans les appels d'offres face aux géants chinois ou américains. "Les cinq premières années, nous n'avons connu que des échecs, admet Ahmed Nakkouch, son PDG. Associée à GDF Suez, Nareva a toutefois remporté le parc éolien de Tarfaya, dans l'extrême sud du pays. "Notre présence reste essentielle pour pouvoir former des ingénieurs marocains", ajoute Nakkouch.
La dernière activité en plein boom, la grande distribution, est plus confortable pour la SNI: sa filiale contrôle 55% du marché. "Nous sommes encore en phase d'évangélisation de la grande distribution, qui représente à peine 15% du commerce, une part que nous pouvons doubler rapidement", relève Mohamed Lamrani, le patron de Marjane, qui compte déjà 29 hypermarchés. Après avoir divorcé d'Auchan en 2007, bouté hors du pays après un conflit sur la gestion des sociétés communes, la SNI profite de la croissance exponentielle de sa filiale, dont le chiffre d'affaires a été multiplié par quatre en dix ans (11 milliards d'euros). A Casablanca, Marjane vient d'ouvrir un hypermarché de 7.000 mètres carrés au sein du Morocco Mall, le plus grand centre commercial d'Afrique et du Moyen-Orient, en obtenant les meilleurs emplacements au sein de ce nouveau temple de la consommation. Quand on est une société du roi et leader du marché, autant en profiter.