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dimanche 1 septembre 2013

Les larmes du Sphinx et la onzième plaie de l’Egypte


vendredi 23 août 2013

Pour les musulmans

Au risque de ruiner l’espoir démocratique des révolutions arabes, le coup de force égyptien ravive l’alternative désastreuse entre dictature ou obscurantisme qui emprisonnait leurs peuples jusqu’en 2011. En écho, cette régression risque de nourrir les préjugés islamophobes qui érigent nos compatriotes d’origine, de culture ou de religion musulmanes en boucs émissaires de nos peurs de l’avenir. Parti pris en forme de mise en garde.
Dieu ou l’armée. L’étau dans lequel est pris le peuple égyptien, soudain renvoyé à l’affrontement entre pouvoir militaire et islamisme politique qui l’a si longtemps privé de sa liberté, menace aussi notre propre débat public.

Inaugurées en Tunisie, les révolutions arabes avaient ouvert l’espoir d’une nouvelle ère politique méditerranéenne qui, potentiellement, pouvait nous libérer, en France même, des passions négatives sur lesquelles la politique de la peur de l’après-11-Septembre fondait sa réussite, enrégimentant nos sociétés dans une guerre sans fin contre un terrorisme identifié à l’islam.
Depuis le tournant tunisien de décembre 2010-janvier 2011, onde de choc géopolitique sans frontières, la réalité du soulèvement démocratique des peuples avait ébranlé cette idéologie au nom de laquelle nos gouvernants (et même nos opinions) cautionnaient, voire soutenaient sans états d’âme, des pouvoirs dictatoriaux, liberticides et corrompus, au prétexte qu’ils faisaient barrage à l’islamisme.
La voici désormais ravivée, sur fond d’inculture, de méconnaissance et d’ignorance, par l’échec au pouvoir des formations issues de l’islam politique, après qu’elles soient sorties gagnantes des premières élections libres en Tunisie et en Égypte. Un échec qui résulte de leur incapacité à dialoguer avec leurs sociétés et à en accepter le pluralisme, sans compter leur impuissance et leur incompétence face aux urgences sociales qui les avaient légitimées.
Ce n’est en rien l’excuser que de rappeler que le coup de force sanglant des militaires égyptiens fut précédé du coup de force politique de Mohamed Morsi quand, en décembre 2012, le président issu des Frères musulmans a précipité l’avortement de la révolution en s’arrogeant les pleins pouvoirs. Il suffit d’ajouter la sanglante impasse syrienne, l’instabilité meurtrière irakienne, l’inquiétant désordre libyen et l’extension guerrière nord-malienne pour noircir encore plus le tableau où tente de se dessiner, dans une transition chaotique et douloureuse, à l’issue improbable et à la durée incertaine, l’invention par ces peuples d’un avenir dont ils seraient enfin les maîtres.

Les idéologues du choc des civilisations, qui essentialisent les identités, les cultures et les religions, n’ont que faire des incertitudes et des précautions d’une pensée complexe de cette crise multiforme, où il faudrait aussi tenir compte du sursaut démocratique turc lors des manifestations d’Istanbul, de la soudaine révolte marocaine contre le pouvoir royal, voire – au-delà du monde arabe et dans l’islam chiite – de la victoire d’un candidat modéré et pragmatique à l’élection présidentielle iranienne. Car toutes ces sociétés bougent en profondeur, convergeant bien plus qu’elles ne divergent des nôtres – démographiquement, familialement, culturellement – comme l’avaient fort bien démontré Emmanuel Todd et Youssef Courbage en 2007 dans Le Rendez-vous des civilisations.
Sans que l’on puisse en faire un pronostic définitif pour l’avenir, l’une des données de la crise égyptienne, sous sa confusion indécidable, n’est-elle pas l’expression directe d’une société définitivement sortie de sa résignation, au point qu’elle s’est massivement retournée contre l’exercice du pouvoir par les Frères musulmans après le leur avoir sans conteste confié ? Prompts à décréter que l’islam est incompatible avec la démocratie, en faisant le pari de la défaite de peuples qu’il faudrait plutôt soutenir dans leurs revendications d’idéaux universels de liberté et d’égalité, nos idéologues de la guerre des mondes n’ont hélas que faire de ces nuances et de ces contradictions.

En envisageant, après la répression sanglante de leurs manifestations, l’interdiction politique des Frères musulmans, décision qui criminaliserait leur mouvement et plongerait leurs militants dans la clandestinité, le pouvoir militaire égyptien assume le choix d’alimenter ces caricatures et ces simplismes. Cette fuite en avant contient le risque d’une répétition du dramatique scénario algérien où l’interruption en 1992 du processus électoral, suivie de l’interdiction du Front islamique du salut (FIS), ouvrit une décennie de guerre civile dont l’Algérie n’est toujours pas complètement remise. Un scénario dont on a pu constater, en France, combien l’impunité accordée à la répression militaire là-bas s’accompagnait ici d’une diabolisation croissante de l’islam.

Aussi y a-t-il fort à parier que les tenants d’une politique de la peur, celle-là même qui a accompagné les désastres de l’après-2001, vont s’empresser de revenir à leurs obsessions, fermant avec un plaisir non dissimulé la porte d’espoir ouverte depuis 2011. Ce faisant, c’est notre avenir qu’ils risquent de compromettre. D’abord parce que ce dernier se construit dans la relation avec les autres nations méditerranéennes pour d’évidentes raisons géopolitiques où se mêlent histoire, géographie, économie, démographie et culture. Ensuite parce qu’en France, de longue date sous le poids d’un passé colonial jamais vraiment soldé et, plus récemment, sous l’effet d’une banalisation de l’islamophobie depuis les attentats new-yorkais de 2001, la question musulmane détient la clé de notre rapport au monde et aux autres, selon qu’on la dénoue ou qu’on l’exacerbe, qu’on l’apaise par la raison ou qu’on l’agite par la passion.

Selon, en somme, que l’on considère (et qu’on accepte et qu’on respecte) nos compatriotes musulmans – d’origine, de culture ou de religion, ces trois modalités disant une pluralité de cheminements ou d’appartenances – dans leur diversité justement, ou qu’on les essentialise en bloc, figeant tout ce qui ressort, peu ou prou, de l’islam dans une menace indistincte qui légitimerait leur exclusion ou leur effacement, un double impératif à se faire discrets et à se faire oublier… Paradoxalement, cette réduction des musulmans de France à un islam lui-même réduit au terrorisme et à l’intégrisme est un cadeau offert aux radicalisations religieuses, dans un jeu de miroirs où l’essentialisation xénophobe justifie l’essentialisation identitaire.

Des généralisations douteuses et irresponsables, selon Edward Said

Dans un essai lumineux sur L’Islam dans les médias, illustration concrète de sa réflexion sur l’orientalisme comme construction d’un Orient imaginaire par l’Occident, Edward W. Said avait tôt souligné cette exception de la question musulmane comme le nouveau point aveugle de notre rapport à l’Autre, au différent, au dissonant et au dissemblable. « Si les généralisations douteuses sur les cultures étrangères ne sont plus tolérées en Occident, l’Islam constitue l’exception, écrivait-il dans la préface à la réédition en 1997 de ce livre d’abord paru en 1981 : le discours sur la mentalité, la personnalité, la religion et la culture musulmanes semblerait tout à fait déplacé dans un débat politiquement correct sur les Africains, les juifs, les Asiatiques ou d’autres peuples orientaux. »
Palestinien devenu Américain, politiquement libéral au sens anglo-saxon de radicalité démocratique, Edward Said (1935-2003) était peu suspect de sympathie pour les forces conservatrices et réactionnaires du monde musulman, soulignant dans le même texte le « climat passionnel » qu’elles installent et « cette image peu engageante de l’Islam » qu’elles véhiculent. Mais ce qui le frappait, depuis New York où il vivait et livrait cette alarme quatre ans avant le 11-Septembre, c’est l’instrumentalisation dans nos contrées de « l’étiquette “islam” » comme « une forme d’offensive » sur le mode « fondamentalisme égale islam égale ce-contre-quoi-nous-devons-lutter-aujourd’hui, tout comme nous avons lutté contre le communisme pendant la guerre froide ».
S’opposant à ces « généralisations inacceptables, irresponsables »« les circonstances concrètes sont gommées », il rétorquait que « “l’Islam” ne définit qu’une infime partie du monde musulman, qui compte un milliard de personnes, comprend des douzaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et contient quantité de réalités différentes ». Jugeant « absurde d’imputer tout cela à “l’islam” » et de croire « que l’islam régit les sociétés islamiques dans le moindre détail, que dar al-islam a une identité fixe et unique, que la religion et l’État ne font qu’un dans les pays musulmans et ainsi de suite », il s’inquiétait des conséquences de cet  aveuglement occidental. Et celle, notamment, de produire, dans une sorte de prophétie auto-réalisatrice, « un “Islam” résolument prêt à jouer le rôle que lui a instinctivement assigné l’Occident, soumis à l’orthodoxie dominante et en proie au désespoir ».
La sombre prédiction de Said s’est hélas réalisée, radicalisant, s’il en était encore besoin, les représentations occidentales dominantes des musulmans. Et ce qui se joue dans la crise égyptienne, selon son issue, c’est la confirmation ou le démenti de cette caricature où se nourrissent, en Orient comme en Occident, les crispations identitaires et xénophobes. Si notre impuissance est grande pour peser sur son cours en Égypte même, notre responsabilité est en revanche immense sur son effet en France, pays d’Europe où vit la plus importante communauté musulmane dans la diverse acception de cet adjectif – l’origine, la culture, la religion – et dont l’islam est le premier des cultes minoritaires face au catholicisme, devant le judaïsme et le protestantisme.
C’est ici qu’il convient d’alerter par avance dans l’espoir fragile de conjurer les amalgames et les stigmatisations. Car comment ne pas constater combien l’alternance électorale de 2012 n’a pas su construire un barrage solide contre la lame de fond sur laquelle la présidence Sarkozy s’est aventurée en eaux extrêmes, piétinant l’engagement constitutionnel d’une République respectueuse de « toutes les croyances » et s’engageant à « assurer l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » ? Depuis le non-débat sur l’identité nationale de 2010, une partie de l’ex-droite républicaine assume, dans la foulée de l’extrême droite, l’injonction faite à nos compatriotes musulmans à devenir invisibles, en effaçant tout signe extérieur de leur croyance, pourtant minoritaire – qu’il s’agisse d’un vêtement (le voile), d’un aliment (le halal) ou d’un lieu (la mosquée).
Or, loin d’installer fermement une pédagogie contraire, le nouveau pouvoir socialiste a laissé son ministre de l’intérieur, administrativement en charge des cultes, donner le la d’un discours qui nourrit les mêmes dérives. Les officiels messages de solidarité face aux violences de plus en plus libérées dont font l’objet les musulmans de France y pèsent moins que les douteuses résonances et les flagrantes renonciations. Manuel Valls ne se contente pas de critiquer le droit de vote des étrangers (pourtant promesse électorale de François Hollande), d’enterrer le récépissé des contrôles d’identité (où se joue la discrimination ordinaire) et d’assumer sa faveur pour l’interdiction du foulard (en critiquant une décision de la Cour de cassation et en appuyant un rapport mort-né du HCI).
Il ajoute à ces positions, que ne démentirait pas un ministre de droite, l’exploitation hexagonale des tensions internationales où se construit une représentation diabolique de l’islam. Récusant, par un mensonge sur son origine prétendument iranienne (lire ce qu’il en est vraiment sous la plume de Carine Fouteau), le terme « islamophobie », façon de minimiser la discrimination qu’il désigne, le ministre de l’intérieur a ainsi récemment déclaré : « L’islamophobie est le cheval de Troie des salafistes. » Cet appel explicite à une indifférence doublée de méfiance – ceux qui se plaignent sont des terroristes en puissance – n’est pas loin d’une invitation à la guerre intestine, soit une guerre contre une partie de nous-mêmes puisque le même Manuel Valls n’a pas hésité, dès 2012, à qualifier de « véritables ennemis de l’intérieur » les jeunes Français égarés dans l’islamisme radical.

La résonance de l'alarme lancée par Emile Zola

Ces généralisations ne sont pas seulement stupides, elles sont surtout dangereuses. Confondre une communauté – d’origine, de culture ou de croyance – avec les actes d’individus qui s’en réclament ou s’en prévalent, c’est faire le lit de l’injustice. Et laisser s’installer ces discours par notre silence, c’est habituer nos consciences à l’exclusion, en y installant la légitimité de la discrimination et la respectabilité de l’amalgame. Au XXe siècle, la tragédie européenne nous a appris la fatalité de cet engrenage, dans l’acceptation passive de la construction d’une question juive. Ne serait-ce que parce que nous avons la responsabilité de cet héritage, nous refusons de toute notre âme cette insidieuse et insistante construction contemporaine d’une question musulmane.
Car aurions-nous oublié le meilleur de nous-mêmes ? Ce sursaut des consciences françaises qui est resté comme l’alarme prophétique dont l’écho, s’il a dans l’instant sauvé un homme et une nation, n’a pas su, hélas, empêcher la catastrophe du génocide ? Cette défense, à travers la cause d’un individu, Alfred Dreyfus, du peuple, le peuple juif, auquel on l’identifiait, au carrefour d’une origine, d’une culture et d’une religion ? Ce refus non seulement de l’injustice d’État dont le capitaine était victime, mais de l’antisémitisme ordinaire et quotidien, par lequel se construisait et s’installait une haine de l’Autre inconsciente d’elle-même, dans l’essentialisation aveugle d’une communauté, assignée à des caricatures, préjugés et fatalités ?
Ce fut hier une histoire de presse, comme, aujourd’hui, la question de l’islamophobie engage en priorité la responsabilité des médias, tant y sont diffusées, banalisées sous la forme d’évidences, les représentations qui construisent la stigmatisation d’une population, d’hommes, de femmes et d’enfants, au prétexte de leur identité religieuse. Si notre profession a gardé en mémoire le fameux J’accuse, par lequel, dans L’Aurore du 13 janvier 1898, Émile Zola (1840-1902) prend la défense du capitaine Dreyfus, alors enfermé au bagne de Cayenne, en Guyane, sous une accusation mensongère et falsifiée d’espionnage, elle ne se souvient plus de ce qui l’a précédé – et qui, en fait, marque le véritable basculement de l’écrivain, jusqu’alors indifférent à la cause.
Il s’agit d’un article paru un an et demi plus tôt, le 16 mai 1896, dans Le Figaro, quotidien peu suspect de radicalité et d’audace, dont Zola est devenu l’une des signatures en 1880. Depuis le succès de L’Assommoir (1876), l’écrivain est une personnalité respectable et respectée, chevalier (1888), puis officier (1893) de la Légion d’honneur, président de la Société des Gens de Lettres, candidat à l’Académie française, bref un homme menacé par « tous les périls de l’argent et de la gloire », comme l’écrira l’historien Henri Guillemin (Zola, légende et vérité, Utovie, 2012). Le voici donc qui va renoncer à ce capital illusoire, lui préférant l’éternité des principes en se mettant à dos tous les bien-pensants du moment. Et l’acte décisif de cette rupture sera cet article de 1896, où le nom de Dreyfus n’est pas une seule fois mentionné mais dont le propos amènera les premiers dreyfusards, notamment Bernard Lazare, à contacter Zola pour le rallier à leur cause.
Il s’intitule, tout simplement Pour les juifs, et il suffit de remplacer, dans ses premières lignes, le mot « juifs » par celui de « musulmans » pour entendre la résonance avec notre époque : c’est un cri de colère contre un sale climat (son texte intégral est ici). « Depuis quelques années, écrit d’emblée Zola, je suis la campagne qu’on essaie de faire en France contre les juifs, avec une surprise et un dégoût croissants. Cela m’a l’air d’une monstruosité, j’entends une chose en dehors de tout bon sens, de toute vérité et de toute justice, une chose sotte et aveugle qui nous ramènerait à des siècles en arrière, une chose enfin qui aboutirait à la pire des abominations, une persécution religieuse, ensanglantant toutes les patries. Et je veux le dire. »
Zola s’adresse explicitement aux siens, comme sans doute nous le faisons ici même tant la question musulmane divise nos propres lecteurs. Il évoque, d’ailleurs, ces « amis à moi » qui « disent qu’ils ne peuvent pas les souffrir », comme d’autres, aujourd’hui, ne supportent pas l’affirmation d’une foi ou d’une identité musulmanes. Et il s’efforce de démonter leurs préjugés, et le principal d’entre eux, celui qui, sur fond de vieil antijudaïsme chrétien – « nos dix-huit cents ans d’imbécile persécution », écrit-il – fut la matrice de l’antisémitisme moderne : le reproche fait aux juifs d’être un peuple à part dont le ressort serait « l’amour de l’argent ». Auquel s’ajouta ensuite, dans sa théorisation nazie, l’assimilation du judaïsme au bolchévisme, de l’être juif à la menace communiste, sans patrie ni frontière.
Décrivant son mécanisme, Zola synthétise remarquablement l’argumentaire par lequel se rend acceptable un racisme dont les cibles peuvent toujours varier selon les époques, les contextes et les circonstances. « Les juifs, résume-t-il, sont accusés d’être une nation dans la nation, de mener à l’écart une vie de caste religieuse et d’être ainsi, par-dessus les frontières, une sorte de secte internationale, sans patrie réelle, capable un jour, si elle triomphait, de mettre la main sur le monde. » Où l’on retrouve nos fantasmes d’aujourd’hui sur « l’ennemi intérieur » qu’installerait à demeure un islam menaçant, potentiellement sinon naturellement terroriste, indistinctement identifié à nos compatriotes musulmans, par leur origine, leur culture ou leur croyance.
« Qu’il y ait, entre les mains de quelques juifs, un accaparement douloureux de la richesse, c’est un fait certain, rétorque pour finir Zola. Mais le même accaparement existe chez des catholiques et chez des protestants. Exploiter les révoltes populaires en les mettant au service d’une passion religieuse, jeter surtout le juif en pâture aux revendications des déshérités, sous le prétexte d’y jeter l’homme d’argent, il y a là un socialisme hypocrite et menteur, qu’il faut dénoncer, qu’il faut flétrir. » En somme, l’écrivain refusait ce premier pas du rejet de l’Autre qui consiste à le figer hors de toute histoire, de toute contradiction et de tout pluralisme, bref à lui dénier sa liberté.

Ce que font les hommes ensemble plutôt que ce qu'ils croient séparément

Telle est donc l’alarme que l’on voudrait, de nouveau, faire entendre, en défense des musulmans, dans la diversité humaine de ce que ce mot recouvre. En défense de toutes celles et de tous ceux qu’ici même, la vulgate dominante assimile et assigne à une religion, elle-même identifiée à un intégrisme obscurantiste, tout comme, hier, les juifs furent essentialisés, caricaturés et calomniés, dans un brouet idéologique d’ignorance et de défiance qui fit le lit des persécutions. L’enjeu n’est pas seulement de solidarité avec l’autre mais de lucidité sur nous-mêmes.
Car, dans cette crispation où s’efface la frontière entre droite et gauche, ce qui est mis en péril, c’est l’avenir de la France comme société pluraliste, acceptant sa propre diversité et assumant ses défis sociaux. De ce point de vue, l’obsessionnelle question du foulard, relancée à l’université par des apprentis sorciers au cœur de l’été, est un voile jeté sur nos sensibilités, générosités et curiosités. Brandir la visibilité de ce morceau de tissu comme la question décisive pour notre espace public, c’est nous inviter à ne plus voir le reste, tout ce que cette focalisation occulte et masque, et au premier chef la question sociale, celle des quartiers populaires comme l’a récemment fort bien démontré ici-même Stéphane Alliès.
De cet aveuglement témoigne le contresens habituellement commis par ceux qui, à gauche, confondent religion et intégrisme, transformant du coup une laïcité tolérante et pluraliste en laïcisme guerrier et univoque. Il s’agit de cette citation-cliché de Karl Marx sur la religion comme « opium du peuple ». Or si l’on prend la peine de la lire dans son contexte, on comprend que le message de Marx était tout autre : non pas une invitation à faire la guerre à ceux qui revendiquent leurs croyances, mais un appel à entendre les souffrances dont la religion est le réceptacle, fût-il illusoire.
Voici donc le passage de L’Introduction à la critique de la Philosophie du droit de Hegel où surgit chez Marx cette comparaison de la religion à l’opium, entendu comme paradis artificiel et bonheur illusoire : « La détresse religieuse est pour une part l’expression de la détresse réelle, et pour une autre part la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. »
Bref, ce ne sont pas propos de condamnation, mais phrases de compréhension qui, pour autant, ne signifient aucune complaisance avec les idéologies religieuses. Mais, refusant de réduire les croyants à une identité figée et pariant sur leur libre arbitre face à l’expérience concrète, Marx juge plus important ce que les hommes font ensemble que ce qu’ils croient séparément. Il les accepte comme ils sont, surtout si, dans l’exclusion sociale qu’ils vivent, ils n’ont d’autres échappées que ce soupir religieux. Aussi, commentant longuement cette citation afin de décortiquer cette « haine de la religion » qui s’est emparée aujourd’hui d’une partie de la gauche, Pierre Tevanian souligne combien, hier, ses référents intellectuels critiquaient au contraire les extrémistes de l’irréligion.
Être musulman, l’exprimer ou le revendiquer, n’est pas plus incompatible en soi avec des idéaux de progrès et d’émancipation que ne l’était l’affirmation par les ouvriers ou les étudiants de la JOC et de la JEC de leur identité chrétienne, alors même qu’ils rejoignaient les combats syndicaux et politiques du prolétariat ou de la jeunesse. Sauf, encore une fois, à renouer avec les préjugés coloniaux qui essentialisaient d’autres cultures pour les dominer et les opprimer, les rejeter ou les soumettre, rien ne justifie que l’on décrète l’incompatibilité entre la République, ses idéaux et ses principes, et la revendication d’être reconnu, respecté et admis comme musulman.
Tout au contraire même puisque c’est dans la reconnaissance des minorités que se joue la vitalité d’une démocratie acceptant la diversité des siens, la pluralité de leurs conditions, la richesse de leurs différences. Et construisant, par le respect de ces dissemblances, une ressemblance supérieure, celle que proclament les principes dynamiques, jamais épuisés, de liberté, d’égalité et de fraternité. Sous la question musulmane se joue, en vérité, la question française : notre capacité à inventer une France qui, au lieu de se crisper sur une identité fantasmée et mortifère, s’élance vers le monde en faisant de sa relation au divers le meilleur des Sésame.
Pour les musulmans donc parce qu’en les défendant, c’est nous tous que nous sauvons.

lundi 12 août 2013

Les hérétiques du ramadan 07 Aug 2013

Dessin de Riss les hérétiques du ramadan
En terre d’Islam, mastiquer par les temps ramadanesques qui courent peut s’avérer pour le moins hasardeux.

Non, ce n’est pas un mois de jeûne. Comme en témoignent les opulentes tables de victuailles ajoutées pour l’occasion devant toutes les épiceries orientales de France et de Navarre, le ramadan est un mois où l’on se goinfre. Zellabia, chabbakia, mekrout et autres spécialités dégoulinantes de sucre s’ingurgiteront frénétiquement dès le coucher du soleil, c’est-à-dire à 22 heures en ce mois d’août. Trêve de calories, un si long mois, censé être ascétique, engloutit à lui seul une bonne partie du budget annuel des ménages qui s’y conforment.
Si le musulman lambda est convaincu qu’Allah ordonna le jeûne pour éprouver ce qu’endurent les nécessiteux, il n’en plongera pas moins jalousement ses doigts dans le tajine du soir, sans penser une seconde à partager sa pitance avec les pauvres qui pullulent pourtant dans son quartier. D’ail- leurs, les plus misérables des musulmans sont aussi tenus de faire le ramadan, peu importe s’ils ont le ventre vide à longueur d’année. Ce ne sont pas ceux-là qui préoccupent le musulman lambda, mais les autres, ceux qui, enfants de sa peau et de sa race, osent l’affront de s’alimenter devant lui alors qu’il a tant investi dans la logistique de son estomac.
Lorsque manger devient un acte de subversion, les États légifèrent, maladroitement, pour faire respecter le régime général forcé.

Alep

Sexe et diète
Comme si elle n’avait pas assez d’ennemis comme ça, l’opposition syrienne se met à dos les inconditionnels du café du matin. Les dirigeants de la Syrie libre et démocratique de demain ont décrété à Alep que toute personne qui n’observerait pas le jeûne du ramadan serait passible d’un an de prison. C’est également à eux que l’on doit l’innovant concept de «djihad sexuel», appelant les servantes d’Allah à rejoindre les maquis du djihad pour y vider les couilles des combattants. Là, il faudra qu’elles attendent qu’ils se remplissent le ventre d’abord après le crépuscule. Espérons que le nouveau code du travail syrien a prévu des primes pour le travail de nuit.

Dessin de Riss les hérétiques du ramadanTunisie

Identité nationale
À défaut de régler la crise politique et économique qui secoue le pays, les barbus post-Ben Ali s’attellent à prévenir les crises d’hypoglycémie. Dès le début du ramadan, le ministre des Affaires religieuses, Noureddine El-Khademi, a déclaré sur une radio nationale que l’ouverture des restaurants et cafés pendant le mois sacré serait contraire à l’identité nationale. Le prétexte à cette mesure d’aigri est que la majorité des Tunisiens seraient musulmans et qu’ils seraient donc tous concernés par le ramadan. Ce ne sont pas des Martiens qui lui ont répondu, non sans humour, simplement en publiant des photos où on les voit en train de se délecter d’une pizza ou d’un jus d’orange, clin d’œil à Bourguiba, qui en avait bu publiquement en plein mois du jeûne. Des dizaines de Tunisiens ont voulu ainsi démontrer que ce n’est pas demain la veille qu’ils renonceront à leur réputation de pays d’Afrique du Nord le plus tolérant envers les non-jeûneurs. Ça, pour le coup, c’est l’identité nationale tunisienne.


Kabylie

Cabale antichrétienne
Dans ces territoires rebelles, le ramadan donne lieu à une étrange traque chaque année. Dès le début du mois du jeûne, la gendarmerie nationale algérienne sévit par brigades entières contre ces citoyens qui mangent parfois dans l’intimité de leur maison. Une cafétéria a même été mise sous scellés et son registre du commerce confisqué, sous prétexte qu’elle continue à servir des gens censés jeûner. Plutôt que de devoir boire leur honte de non-jeûneurs, les populations se sont mobilisées pour faire valoir leur droit de manger. Ici, c’est le fief de la communauté chrétienne algérienne, non reconnue et même combattue par l’État. Le ramadan n’incite pas à la tolérance religieuse, bien au contraire.


Le Caire

Être copte en silence
Dessin de Riss les hérétiques du ramadan S’il est une terre où l’on jeûne plus qu’ail- leurs, c’est bien l’Égypte. Mais ce n’est pas aux musulmans que l’on doit ce record, mais aux coptes, pourtant minoritaires.
 Fervents pratiquants, de nombreux chrétiens égyptiens sont réputés jeûner plus de 200 jours par an. Toutefois, leur pratique du carême est si discrète qu’on peine à en vérifier la durée. Les musulmans, eux, jeûnent trente jours par an et c’est tout le pays qui en est chamboulé. Dans les administrations, les horaires s’adaptent, et les voilées qui carburent au bakchich le reste de l’année indiquent austèrement aux citoyens le tiroir où il faudra glisser le billet. Hors de question de se salir les mains en touchant la corruption en plein ramadan ! Les rares restaurants qui restent ouverts pour les touristes ou les coptes, notamment les fast-foods, diffusent des cassettes de Coran à tue-tête. Les versets s’en prenant aux chrétiens seront privilégiés, petite vengeance, toute lâche, de ces Égyptiens aussi frisés que les autres, qui ont, eux, le droit de manger.


Maroc

Fachos du ramadanDessin de Riss les hérétiques du ramadan
Un royaume de 34 millions de tubes digestifs qui se nourrissent tous à la même heure, des mêmes mets, en regardant les mêmes émissions de télévision... Le ramadan marocain ferait pâlir de jalousie les meilleurs théoriciens du fascisme. C’est sans doute l’un des pires endroits sur terre pour ceux qui ne jeûnent pas, notamment les Marocains. Mieux encore, dans le pays qui prétend être une exception de tolérance religieuse, l’article 222 du Code pénal condamne toute personne qui mangerait ou boirait (de l’eau) publiquement à une peine allant d’un à six mois de prison. Une situation qui suscite l’indignation des défenseurs des droits humains. Pour son édition de 2013, le ramadan n’a pas encore entamé sa seconde moitié que la police marocaine a déjà arrêté, à quelques jours d’intervalle seulement, un jeune homme, puis une jeune fille, condamnés tous les deux à trois mois de prison pour avoir fumé une cigarette. La majeure partie de l’opinion publique marocaine approuve de telles mesures, sous prétexte de «respect» de la religion. Une religion qui, de facto, perd toute respectabilité. 
http://www.charliehebdo.fr/news/Les-heretiques-du-ramadan-924.html#.UgeFzT_ePGA.facebook


mardi 23 juillet 2013

Printemps arabe : la lutte entre les élites politiques




 Par , 18/7/2013



Comme une réplique au tremblement de terre des soulèvements arabes, les pays du Maghreb vivent actuellement une période de grandes turbulences. les forces économiques du Maghreb doivent rapidement faire l'apprentissage de la démocratie (un manifestant brandit le drapeau égyptien, le 31 janvier 2011 au Caire. AFP/MARCO LONGARI).

Comme une réplique au tremblement de terre des soulèvements arabes, les pays du Maghreb vivent actuellement une période de grandes turbulences.

Après que les processus électoraux aient bénéficié aux partis islamistes, les pays d'Afrique du Nord voient en effet monter les tensions entre les élites traditionnelles et les nouvelles élites. Dans ces sociétés arabes en pleine transformation, les élites pieuses, qui ont toujours existé, acquièrent de plus en plus de visibilité.
Parallèlement, de nouvelles élites, issues de l'Islam politique, cherchent quant à elles, à consolider leur pouvoir et pas seulement en infiltrant les institutions de l'Etat. Affrontements et crises politiques masquent en effet à peine la dynamique à l'œuvre qui oppose les forces nouvelles et traditionnelles. Cette compétition effrénée pour le contrôle de la sphère économique fait craindre la probabilité d'un " choc des élites " qui aura un impact certain sur les mutations en cours de la région.
Les forces économiques du Maghreb - et leurs élites - ont des histoires différentes, intimement liées à la manière dont la décolonisation s'est déroulée et au rapport que les différents pays ont gardé avec les anciennes puissances occupantes. Certes, ces forces ne sont pas monolithiques, mais sont plutôt constitués de groupes aux visions et intérêts convergents.

FORMÉS AUX ETATS-UNIS OU EN ANGLETERRE
Le paysage économique de l'Egypte, bouleversé par la révolution nassérienne, voit depuis les années 1970 la montée de l'armée comme force économique au point de contrôler prés du quart de l'économie du pays.
Formés majoritairement aux Etats-Unis ou en Angleterre, les officiers supérieurs égyptiens se reconvertissent très naturellement dans les affaires, selon une loi non-écrite édictée par Hosni Moubarak.
L'armée égyptienne était donc la première touchée par la crise économique qui frappe de plein fouet le pays depuis deux ans. Elle était aussi la première pénalisée par l'incapacité de Mohammed Morsi à remettre en route la machine économique.
En Tunisie, où la décolonisation a été relativement douce, ce sont les élites francophones, généralement formées dans l'hexagone, qui continuent de dominer dans l'économie et la technostructure administrative nationale, avec une légère percée des élites anglophones.
En Algérie, c'est une élite économique " hybride ", issue de la fertilisation croisée de la Nomenklatura du FLN et de l'armée qui occupe la majorité du terrain économique. Elle défend notamment son pré-carré lié à l'exploitation des hydrocarbures et à la délivrance de toutes sortes d'autorisations dans un pays aux procédures administratives parfois déroutantes.

POLYTECHNIQUE, CENTRALE, MINES
Concernant le Maroc, les élites économiques traditionnelles se sont construites autour d'un noyau dur d'entreprises familiales dominées par les grands bourgeois de Fès. Les originaires du Souss, quant à eux, contrôlent historiquement le commerce de détail. Puis, à la faveur de la vague de marocanisation des années 1970, de grands groupes se sont constitués puis diversifiés.
Plus de la moitié de leurs dirigeants – aussi bien dans le secteur public que privé - sont des lauréats de l'enseignement supérieur français, avec une nette prédominance pour les écoles d'ingénieur parisiennes : Polytechnique, Centrale, Mines ou encore Supelec.
Les forces économiques traditionnelles du Maghreb ont leurs habitudes à Paris, Londres ou Washington. Les nouveaux entrants leurs préfèrent les capitales du Moyen-Orient, Jeddah, Abu Dhabi, ou plus récemment Doha. Leurs centres de gravité internationaux sont donc radicalement différents.
Idéologiquement, la fracture entre les deux groupes est profonde, car les élites économiques anciennes ont porté depuis la décolonisation un idéal de séparation du politique et du religieux, se rapprochant en cela du modèle laïc français.
Les nouvelles élites islamistes du Maghreb, quant à elles, affirment préférer le modèle de sécularisation du politique inspiré des Etats-Unis. Elle prennent toutefois soin dans leur discours de ne pas évoquer sa manifestation la plus exacerbée, la période néo-conservatrice de George Bush Jr.

INCAPACITÉ DES ISLAMISTES DU MAGHREB
Or, depuis l'arrivée au pouvoir des partis islamistes à la faveur des révolutions arabes, les élites économiques anciennes instruisent un procès méthodique en incompétence à l'endroit des nouveaux venus ; ces derniers mettent en avant la légitimité des urnes qui les a portés au pouvoir.
En somme, les élites nouvelles sont accusées d'incompétence et les anciennes d'illégitimité.
Dans les faits, l'incapacité des islamistes du Maghreb à proposer un modèle économique alternatif, construit sur une meilleure répartition des richesses et un retour à une croissance dynamique, semble donner raison à leurs détracteurs. Ces derniers les accusent au mieux d'inexpérience dans les affaires de l'Etat, au pire de nourrir un agenda caché afin d'en recueillir à terme des bénéfices politiques. Bref, de jouer la politique du pire.
De surcroît, les difficultés de mise en œuvre des réformes nécessaires pour l'amélioration de la gouvernance, qui avaient pourtant constitué la colonne vertébrale des promesses de campagnes d'Ennahda en Tunisie ou des Frères musulmans en Egypte confortent les thèses de ceux qui affirment que les islamistes maghrébins ne sont pas faits du même bois que l'AKP.
En effet, le parti islamiste turc a su en son temps allier réformes structurelles et opportunisme économique pour favoriser l'émergence de la Turquie.
Cette confrontation – qui relève d'une véritable guerre économique - est accentuée par la résistance des élites anciennes aux tentatives de conquête de territoires par les pouvoirs islamistes.

" PROVOCATION "
N'ayant pas voulu - ou su - composer avec l'opposition malgré la demande expresse du Général Al-Sissi , le premier président islamiste d'Afrique du Nord, Mohamed Morsi, a vu son mandat écourté brutalement par l'institution militaire, qui avait le plus à perdre en termes économiques d'une déstabilisation durable du pays.
En Tunisie, la relance de l'économie est devenue tellement prioritaire que même la bière nationale, la " Celtia " a été mise à contribution . Elle est en effet officiellement exportée vers la France depuis la mi-juin, provoquant la colère des nouvelles élites conservatrices et islamistes, qui voient dans cette démarche une " provocation ".
L'apparition au Maroc, à côté de l'organisation patronale CGEM d'une nouvelle association de " patrons " d'obédience islamiste : Amal entreprises, constitue un autre avatar de cette ambition portée par les élites islamistes.
Ces différents exemples, avec des degrés de gravité certes différents, illustrent bien la tectonique à l'œuvre dans ce Maghreb en transition où les dissensions et clivages le disputent à la polarisation.
A tous les niveaux, donc, les ingrédients d'un " choc des élites " sont réunis en Afrique du nord et il devient urgent d'organiser le dialogue, basé sur le respect mutuel et l'arrêt des procès en sorcellerie. Il est en effet essentiel que les anciennes élites acceptent de partager plus -notamment sur le plan économique- et que les nouvelles élites résistent à la tentation hégémonique.
En clair, les forces économiques du Maghreb doivent rapidement faire l'apprentissage de la démocratie. A défaut, elles courent le risque de déstabiliser durablement la rive sud de la Méditerranée.

Abdelmalek Alaoui Abdelmalek Alaoui, auteur et consultant, est le pésident exécutif du think tank Association marocaine d'intelligence économique (AMIE Center)
 www.amiecenter.org.
 http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/18/printemps-arabe-la-lutte-entre-les-elites-politiques_3449754_3232.html

dimanche 14 juillet 2013

Egypte : la démocratie, les femmes, les violations des ddH, les Tamarods...

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Un dessin de Mayk

 dessin  de Mayk

La rue égyptienne, sans la présence d’institutions étatiques solides, ne peut révoquer un élu avant la fin de son mandat sans générer l’instabilité ou risquer la manipulation, affirme l’éditorialiste.
Il y a quelques semaines, j’ai abordé la question du pouvoir et des contre-pouvoirs qui lui sont nécessaires pour garantir l’existence d’un Etat de droit et pour atténuer la tyrannie qu’une majorité politique peut exercer à l’encontre de celles et ceux qui n’ont pas voté pour elle.
L’exemple à ce sujet étant la Turquie, où les victoires électorales successives de l’AKP [le parti islamiste au pouvoir] ont vraisemblablement convaincu le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qu’il est le maître absolu de son pays et de sa société. Pour résumer, il apparaît que le monde arabo-musulman n’est pas suffisamment attentif à la mise en place de contre-pouvoirs dès lors qu’il s’engage dans un processus de transition démocratique.La situation actuelle en Egypte permet de poursuivre la réflexion sur un autre plan, en abordant une autre question fondamentale pour la démocratie. Comment faire pour renvoyer celui qui a été élu sans attendre la prochaine échéance électorale ? Comment le faire sans générer de l’instabilité au sein des institutions ? Mais commençons d’abord par une mise au point.
Un président légitime
Rappelons donc que le président égyptien, Mohamed Morsi, a été démocratiquement élu par les Egyptiens au terme d’un scrutin qui, de l’avis de la majorité des observateurs, a été le plus régulier de l’histoire de l’Egypte indépendante (ce qui ne signifie pas qu’il a été parfait, loin de là). Cela n’est pas chose négligeable. Si l’on respecte la démocratie, si l’on respecte les règles du jeu que cette dernière impose, on est obligé de reconnaître la légitimité de sa présidence.
Balayer cela d’un revers de manche au prétexte que l’on est un adversaire des islamistes et que l’on ne supporte pas leur présence au pouvoir, c’est adopter une attitude antidémocratique, et c’est se faire le partisan de scrutins censitaires où ne voteraient que les gens avec lesquels on serait d’accord. Des scrutins qui, par exemple, écarteraient les islamistes et leurs électeurs potentiels. C’est d’ailleurs ce dont rêvent, sans vraiment l’assumer, nombre de "démocrates" et autres "laïcs" dans le monde arabe.
Incapables de peser politiquement et électoralement face aux islamistes, ils préféreraient des élections débarrassées de ces puissants adversaires et cela sous la houlette d’un arbitre suprême, c’est-à-dire l’armée (ou, plus rarement, l’Occident). Relevons au passage cette (fausse ?) naïveté qui fait croire que l’armée égyptienne a chassé Morsi pour remettre le pouvoir à son opposition. En leur temps, les éradicateurs algériens opposés à la victoire de l’ex-Front islamique du salut (FIS) [en 1991] ont cru la même chose, persuadés qu’ils étaient que le pouvoir les récompenserait d’avoir contribué à sa propre survie. On connaît la suite…

Le “recall”, une procédure délicate
Pour autant, il doit être possible d’exiger le départ de celui qui a été élu si l’on considère qu’il a failli et si une majorité l’exige. Trop souvent, le mandat électoral est assimilé à un blanc-seing, une sorte de chèque en blanc qui interdirait la moindre remise en cause. D’ailleurs, le monde politique n’aime pas trop aborder cette question du “recall”, c’est-à-dire la procédure par laquelle les citoyens peuvent obtenir qu’un élu s’en aille avant la fin de son mandat ou, tout du moins, qu’il se présente de nouveau devant les électeurs.
Exception faite de quelques pays comme les Etats-Unis, le Canada ou la Suisse, le “recall” n’est guère ancré dans les mentalités, alors qu’il a existé dès les premiers temps de la démocratie athénienne. En France, ni la droite ni la gauche ne veulent en entendre parler, au nom de la nécessité d’éviter l’instabilité que cela peut générer. Il est vrai qu’un élu a besoin de temps pour agir, mais cela ne saurait lui garantir une impunité totale.
Il reste donc à savoir comment organiser et obtenir un tel rappel des électeurs. En investissant les places publiques et en recueillant plusieurs millions de signatures exigeant le départ de Morsi, l’opposition égyptienne a usé de deux moyens complémentaires mais aux conséquences et à l’efficacité différentes. Comme c’est le cas aux Etats-Unis, la collecte de signatures permet d’éviter le recours à des manifestations publiques et donc, in fine, à l’anarchie qu’elles pourraient provoquer.
Mais cette manière pacifique d’appréhender un “recall” est-elle possible pour des pays qui s’engagent à peine dans une transition démocratique ? En Egypte aujourd’hui, demain ailleurs, la capacité de précipiter les événements reste liée à la mobilisation de la rue, avec ce que cela peut entraîner comme dérapages et manipulations. C’est en cela que la situation égyptienne parle à la planète entière. Au monde arabe d’abord, du moins à celui qui est en mouvement, comme c’est le cas en Tunisie.
Mais aussi au monde développé, où la rupture entre électeurs et élus est manifeste. Car, au XXIe siècle, la démocratie, c’est, entre autres, permettre au peuple d’élire librement ses représentants. Mais c’est aussi lui permettre de leur signifier leur congé quand il le juge nécessaire, et cela sans avoir à attendre les habituels rendez-vous électoraux.
  • Le Quotidien d’Oran |
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  • http://badiltawri.wordpress.com/2013/07/08/egypte-%E2%80%A2-peut-on-limoger-un-president-democratiquement-elu/
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     Mervat El-Tallawy, une politicienne Egyptienne très connue a déclaré que ce sont les femmes qui ont le plus souffert sous le régime de Morsi. " Son parti regarde les femmes pratiquement comme du cheptel ou des esclaves sexuelles, a-t-elle déclaré." Elle décrit les viols en bande comme du "terrorisme sexuel" dirigé contre les femmes, dont le but est de leur faire peur et de les cantonner dans un rôle de soumission.

    Le gouvernement de Morsi a planifié: 

    - de refuser aux femmes le droit de demander le divorce dans l'Islam, 
    -  de permettre et promouvoir l'excision.
     Il a licencié les femmes qui avaient un travail dans les postes à grande responsabilité dans le gouvernement, et a tenté de faire baisser l'âge légal du mariage pour les filles de 18 ans à 9 ans.

    Son parti est clairement "anti-femmes", ses membres ne nous voient pas comme des citoyennes bien que nous représentons presque la moitié de la population.

    Ils veulent nous traiter comme des esclaves dont le rôle est de faire des enfants et de servir d'esclave sexuelle pour les besoins des hommes. Ils ont tenté de nous faire régresser d'un pays moderne, civilisé et tolérant religieusement vers un autre digne du Moyen-Age "
    Les assaillants ont opéré dans un climat de totale impunité – encouragés par des fanatiques religieux au sein du gouvernement qui ont dit que les protestataires femmes étaient des putes et qui ont critiqué ces femmes pour n'être pas restées chez elles à la maison. Certains croient même que ces gangs ont été payés par les frères musulmans.

    Durant ces deux années et demi de bataille pour la démocratie en Egypte de nombreux cas de viols et d'agressions sexuelles ont été confirmés – simplement pour avoir "osé "prendre position". C'est la honteuse histoire non dite de la Révolution du Printemps Arabe.

    Et peut-être que ce qui est le plus perturbant, est qu'il a été déclaré que ces attaques ont été sanctionnées par Morsi et les frères musulmans.

     [extraits from the Daily Mail, UK -- merci Salah Elayoubi pour l'article]