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dimanche 26 juillet 2015

Maroc : « En 2022, les retraites ne seront plus versées », avertit le gouvernement



 
Le gouvernement Benkirane est décidé à réformer les caisses de retraites dans « les meilleurs délais ». Le gouvernement met en garde contre tout retard dans la mise en œuvre de ce chantier et se dit prêt à « assumer ses responsabilités ». 
L’Exécutif marocain est déterminé à réformer les caisses de retraite. Le gouvernement ne souhaite visiblement pas attendre une solution de compromis avec les syndicats pour lancer ce chantier. « La décision de mettre en œuvre la réforme dans les meilleurs délais a été prise », indique un communiqué de la réunion du conseil du gouvernement du jeudi 23 juillet.
« Un choix obligatoire », ajoute la même source. Dans le cas contraire, « le gouvernement sera, en 2018, dans l'obligation de faire des ponctions sur les salaires pour combler le déficit, ou de ne pas verser les pensions, en 2022, en l'absence de ressources financières nécessaires », avertit le texte. Tout retard devrait rendre la réforme « couteuse » et « impossible », met encore en garde le gouvernement.
Ce scénario catastrophe ne concerne dans un premier temps que les fonctionnaires affiliés à la Caisse marocaine de retraite, un organisme public. En revanche pour les adhérents de la CNSS (Caisse nationale de la sécurité sociale) ou au RCAR (Régime collectif d’allocation de la retraite, géré par la Caisse de dépôt et de gestion), ils ont quelques années de répit avant que les finances n’atteignent la zone rouge.

Benkirane répond au rejet des syndicats de son offre
Cette position ferme est affichée deux jours après le rejet par trois syndicats (UMT, CDT et FDT, le courant opposé à Lachgar) des « cadeaux » du gouvernement aux salariés en échange d’un accord sur son projet de redressement de la CMR. « Benkirane aurait proposé une augmentation des allocations familiales de 200 à 300 dirhams pour cinq enfants et non plus comme cela est en vigueur pour les trois premiers seulement. Il s’est dit également prêt à exonérer totalement les fonctionnaires qui gagnent 3 600 dirhams par mois de l’impôt général sur le revenu », nous confie une source syndicale.
Dans un communiqué, parvenu à notre rédaction, les trois syndicats qualifient l’offre de l’Exécutif de « très faible ». Selon eux, elle ne répond même pas au « niveau des aspirations et espoirs de la classe ouvrière marocaine et à l’ensemble des salariés de la fonction publique, des collectivités locales, des offices publics et semi-publics et ceux du privé ».
L’UMT, la CDT et la FDT se disent prêts à défendre les droits des travailleurs mais se refusent d’annoncer des grèves ou des protestations pour le moment. C’est pour eux une manière de laisser une chance au dialogue, d’autant qu’ils ont des amis au sein du gouvernement, notamment chez le PPS de Nabil Benabdellah qui est présent dans le tour de table de la direction de l’UMT.
Copyright Yabiladi.com

http://yabiladi.com/articles/details/37736/maroc-2022-retraites-seront-plus.html

mardi 23 juillet 2013

Printemps arabe : la lutte entre les élites politiques




 Par , 18/7/2013



Comme une réplique au tremblement de terre des soulèvements arabes, les pays du Maghreb vivent actuellement une période de grandes turbulences. les forces économiques du Maghreb doivent rapidement faire l'apprentissage de la démocratie (un manifestant brandit le drapeau égyptien, le 31 janvier 2011 au Caire. AFP/MARCO LONGARI).

Comme une réplique au tremblement de terre des soulèvements arabes, les pays du Maghreb vivent actuellement une période de grandes turbulences.

Après que les processus électoraux aient bénéficié aux partis islamistes, les pays d'Afrique du Nord voient en effet monter les tensions entre les élites traditionnelles et les nouvelles élites. Dans ces sociétés arabes en pleine transformation, les élites pieuses, qui ont toujours existé, acquièrent de plus en plus de visibilité.
Parallèlement, de nouvelles élites, issues de l'Islam politique, cherchent quant à elles, à consolider leur pouvoir et pas seulement en infiltrant les institutions de l'Etat. Affrontements et crises politiques masquent en effet à peine la dynamique à l'œuvre qui oppose les forces nouvelles et traditionnelles. Cette compétition effrénée pour le contrôle de la sphère économique fait craindre la probabilité d'un " choc des élites " qui aura un impact certain sur les mutations en cours de la région.
Les forces économiques du Maghreb - et leurs élites - ont des histoires différentes, intimement liées à la manière dont la décolonisation s'est déroulée et au rapport que les différents pays ont gardé avec les anciennes puissances occupantes. Certes, ces forces ne sont pas monolithiques, mais sont plutôt constitués de groupes aux visions et intérêts convergents.

FORMÉS AUX ETATS-UNIS OU EN ANGLETERRE
Le paysage économique de l'Egypte, bouleversé par la révolution nassérienne, voit depuis les années 1970 la montée de l'armée comme force économique au point de contrôler prés du quart de l'économie du pays.
Formés majoritairement aux Etats-Unis ou en Angleterre, les officiers supérieurs égyptiens se reconvertissent très naturellement dans les affaires, selon une loi non-écrite édictée par Hosni Moubarak.
L'armée égyptienne était donc la première touchée par la crise économique qui frappe de plein fouet le pays depuis deux ans. Elle était aussi la première pénalisée par l'incapacité de Mohammed Morsi à remettre en route la machine économique.
En Tunisie, où la décolonisation a été relativement douce, ce sont les élites francophones, généralement formées dans l'hexagone, qui continuent de dominer dans l'économie et la technostructure administrative nationale, avec une légère percée des élites anglophones.
En Algérie, c'est une élite économique " hybride ", issue de la fertilisation croisée de la Nomenklatura du FLN et de l'armée qui occupe la majorité du terrain économique. Elle défend notamment son pré-carré lié à l'exploitation des hydrocarbures et à la délivrance de toutes sortes d'autorisations dans un pays aux procédures administratives parfois déroutantes.

POLYTECHNIQUE, CENTRALE, MINES
Concernant le Maroc, les élites économiques traditionnelles se sont construites autour d'un noyau dur d'entreprises familiales dominées par les grands bourgeois de Fès. Les originaires du Souss, quant à eux, contrôlent historiquement le commerce de détail. Puis, à la faveur de la vague de marocanisation des années 1970, de grands groupes se sont constitués puis diversifiés.
Plus de la moitié de leurs dirigeants – aussi bien dans le secteur public que privé - sont des lauréats de l'enseignement supérieur français, avec une nette prédominance pour les écoles d'ingénieur parisiennes : Polytechnique, Centrale, Mines ou encore Supelec.
Les forces économiques traditionnelles du Maghreb ont leurs habitudes à Paris, Londres ou Washington. Les nouveaux entrants leurs préfèrent les capitales du Moyen-Orient, Jeddah, Abu Dhabi, ou plus récemment Doha. Leurs centres de gravité internationaux sont donc radicalement différents.
Idéologiquement, la fracture entre les deux groupes est profonde, car les élites économiques anciennes ont porté depuis la décolonisation un idéal de séparation du politique et du religieux, se rapprochant en cela du modèle laïc français.
Les nouvelles élites islamistes du Maghreb, quant à elles, affirment préférer le modèle de sécularisation du politique inspiré des Etats-Unis. Elle prennent toutefois soin dans leur discours de ne pas évoquer sa manifestation la plus exacerbée, la période néo-conservatrice de George Bush Jr.

INCAPACITÉ DES ISLAMISTES DU MAGHREB
Or, depuis l'arrivée au pouvoir des partis islamistes à la faveur des révolutions arabes, les élites économiques anciennes instruisent un procès méthodique en incompétence à l'endroit des nouveaux venus ; ces derniers mettent en avant la légitimité des urnes qui les a portés au pouvoir.
En somme, les élites nouvelles sont accusées d'incompétence et les anciennes d'illégitimité.
Dans les faits, l'incapacité des islamistes du Maghreb à proposer un modèle économique alternatif, construit sur une meilleure répartition des richesses et un retour à une croissance dynamique, semble donner raison à leurs détracteurs. Ces derniers les accusent au mieux d'inexpérience dans les affaires de l'Etat, au pire de nourrir un agenda caché afin d'en recueillir à terme des bénéfices politiques. Bref, de jouer la politique du pire.
De surcroît, les difficultés de mise en œuvre des réformes nécessaires pour l'amélioration de la gouvernance, qui avaient pourtant constitué la colonne vertébrale des promesses de campagnes d'Ennahda en Tunisie ou des Frères musulmans en Egypte confortent les thèses de ceux qui affirment que les islamistes maghrébins ne sont pas faits du même bois que l'AKP.
En effet, le parti islamiste turc a su en son temps allier réformes structurelles et opportunisme économique pour favoriser l'émergence de la Turquie.
Cette confrontation – qui relève d'une véritable guerre économique - est accentuée par la résistance des élites anciennes aux tentatives de conquête de territoires par les pouvoirs islamistes.

" PROVOCATION "
N'ayant pas voulu - ou su - composer avec l'opposition malgré la demande expresse du Général Al-Sissi , le premier président islamiste d'Afrique du Nord, Mohamed Morsi, a vu son mandat écourté brutalement par l'institution militaire, qui avait le plus à perdre en termes économiques d'une déstabilisation durable du pays.
En Tunisie, la relance de l'économie est devenue tellement prioritaire que même la bière nationale, la " Celtia " a été mise à contribution . Elle est en effet officiellement exportée vers la France depuis la mi-juin, provoquant la colère des nouvelles élites conservatrices et islamistes, qui voient dans cette démarche une " provocation ".
L'apparition au Maroc, à côté de l'organisation patronale CGEM d'une nouvelle association de " patrons " d'obédience islamiste : Amal entreprises, constitue un autre avatar de cette ambition portée par les élites islamistes.
Ces différents exemples, avec des degrés de gravité certes différents, illustrent bien la tectonique à l'œuvre dans ce Maghreb en transition où les dissensions et clivages le disputent à la polarisation.
A tous les niveaux, donc, les ingrédients d'un " choc des élites " sont réunis en Afrique du nord et il devient urgent d'organiser le dialogue, basé sur le respect mutuel et l'arrêt des procès en sorcellerie. Il est en effet essentiel que les anciennes élites acceptent de partager plus -notamment sur le plan économique- et que les nouvelles élites résistent à la tentation hégémonique.
En clair, les forces économiques du Maghreb doivent rapidement faire l'apprentissage de la démocratie. A défaut, elles courent le risque de déstabiliser durablement la rive sud de la Méditerranée.

Abdelmalek Alaoui Abdelmalek Alaoui, auteur et consultant, est le pésident exécutif du think tank Association marocaine d'intelligence économique (AMIE Center)
 www.amiecenter.org.
 http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/18/printemps-arabe-la-lutte-entre-les-elites-politiques_3449754_3232.html

jeudi 6 septembre 2012

Le prince Hicham, ce grand défenseur du trône marocain

Par Ali Amar, Slate, 6/9/2012

Pour l'écrivain et journaliste Ali Amar, le cousin germain du roi du Maroc, réputé pour être son contradicteur intime, se révèle comme son meilleur allié objectif. Est-ce vraiment une surprise?


Le prince Hicham devant le cercueil du roi Hassan II, 25 juillet 1999, Rabat, AFP/MANOOCHER DEGHATI

S’il avait quelque inquiétude à l’endroit du trublion de la famille royale, le roi Mohammed VI devrait plutôt s’en réjouir.
Son cousin germain, le prince Hicham Ben Abdallah El Alaoui, avec qui les liens sont officiellement coupés depuis son intronisation en 1999, vient de lui donner le meilleur des gages à son attachement à la Couronne.

Un hymne subliminal à la monarchie

Preuve en est la tribune qu’il publie dans le New York Times intitulé «Morocco is on the path to Change» (Le Maroc est sur la voie du changement). Un hymne subliminal à la monarchie alaouite.
Il y estime d’emblée que «le Maroc est sur la voie du changement», en expliquant de quelle manière les monarchies arabes ont résisté à la déferlante révolutionnaire contrairement aux régimes tutélaires de Tunisie, d’Egypte, voire de Syrie, nonobstant leurs différences.
La manne des pétrodollars pour les royaumes et sultanats du Golfe et une forme de dextérité politique pour le Maroc et la Jordanie les ont, selon le prince, sauvés de la dévastation.
Le prince Hicham explique notamment que, à part les monarchies pétrolières du Golfe qui ont acheté la paix sociale grâce à la richesse de leur sous-sol, le Maroc et la Jordanie, dépourvus de cette rente, «n’ont pas eu d’autres choix que de libéraliser le système plutôt que de le rendre plus démocratique». 
 En clair, le rendre plus permissif à certains égards tout en le maîtrisant à travers un système forcément sécuritaire.

Un chauvinisme génétique assumé

Malgré toute la subtilité du texte et la minutie de son auteur, réputé pour le doigté dont il revêt chacune de ses expressions écrites, son verbe est révélateur.
Le contenu de l’article confirme l’aveu, après tout sincère, de ce prince au sang bleu. En 2011, interrogé sur la question monarchique, alors que les régimes arabes étaient tous secoués d’une manière ou d’une autre par le big bang tunisien, il répondait par un chauvinisme génétique consubstantiel à son lignage:
«Je reste convaincu qu'un changement dans le cadre d'une monarchie réformée représente la solution la moins coûteuse pour le Maroc. Je mentirais si j'affirmais que la biologie est étrangère à cette conviction.»
La biologie justement. Ici réside l’indépassable dans la réflexion du prince depuis qu’il a endossé très tôt les habits de l’intellectuel politique réformateur. L’ADN pour légitimité, le savoir en science politique pour se frotter à l’agora. Tels sont les deux versants de son charisme, mais aussi de ses limites.  

Des thèses presque officielles

Derrière quelques artifices de mise en garde, le cousin germain du roi, troisième dans l’ordre de succession monarchique —ne l’oublions pas—, déclare dans sa tribune du New York Times deux postulats que la propagande chérifienne ne renierait pas:
—D'une part, les monarchies arabes, dont celle du Maroc, ont survécu à la déferlante des révolutions. Elles y sont parvenues grâce à leur enracinement dans l’identité nationale de leurs Etats, leur combat contre le colonialisme et du fait de l’importance historique de leur institution.
—D'autre part, les monarchies ont traditionnellement arbitré les conflits entre les différents groupes et classes, agissant en tant que gardiens bienveillants de la société. Ils ont également permis à d'autres institutions, comme les parlements, de représenter le peuple, restant ainsi au-dessus de la mêlée politique.
Voilà un démenti cinglant à ceux qui voulaient entrevoir dans la posture politique du «Prince rouge» des caractères réminiscents d’un Philippe-Egalité en France à la fin du XVIIIe siècle.
Le prince Hicham adopte à l’évidence un ton qui tranche avec la plupart de ses précédentes sorties médiatiques, notamment lorsqu’il déclarait en janvier 2011 au journal espagnol El Pais, au sujet des révoltes arabes:
«Le Maroc n’est pas encore touché mais il ne faut pas se leurrer sur ce fait: pratiquement tous les systèmes autoritaires vont être atteints par la vague de contestation et le Maroc ne fera probablement pas exception.»
Reste que moins d’un an plus tard, il disait déjà à L’Express que l’instauration d'une assemblée constituante au Maroc serait irréaliste:
«Cela signifierait la fin du régime. Historiquement, les assemblées constituantes servent à consommer la fin d'un régime.»
 Et surtout que:
«L'institution monarchique est à la fois une institution d'arbitrage et le symbole de l'identité de la nation. Les populations de ces pays adhèrent majoritairement à ce concept.»
«Mais cela pourrait bien, à terme, ne plus être le cas si ces monarchies ne prennent pas en compte l'aspiration des peuples au changement. Or elles peinent à faire face à cette urgence, notamment lorsqu'il s'agit de monarchies de droit divin.»
Le cousin du roi avait donc déjà tout dit. Avec cependant ce bémol —que l’on retrouve à l’identique dans sa contribution au New York Times—, à savoir la nécessité d’un changement dont il ne définit jamais la nature.

Des idées passéistes et révisionnistes

Mais enfin de quel changement parle au juste le prince? Mystère et boule de gomme. Revenons donc à son dernier texte pour mieux comprendre son idée. Et là, les problèmes surgissent.
Le premier est que les assertions du prince Hicham sont empreintes de révisionnisme historique doublé d’une vision passéiste des événements qui secouent depuis plus d’un an cette partie du monde.
Quel historien peut aujourd’hui sérieusement accréditer la thèse que la dynastie alaouite a été le rempart contre l’occupation française du Maroc? L’a-t-elle été plus tard avec le sultan Mohammed V, choisi par la France, déposé par la France et réintronisé roi, toujours avec la bénédiction de la France? Faut-il croire encore à l’hagiographie officielle qui pollue encore de nos jours les manuels scolaires?
Les historiens marocains sont pour la plupart encore très frileux pour s’aventurer dans de telles recherches, leur carrière universitaire en dépend. Le Graal des archives coloniales de Nantes et plus encore l’accès à la sacro-sainte bibliothèque royale est réservé aux adoubés. 
En réalité, la légitimation même de la royauté telle qu’elle existe aujourd’hui a été plutôt le résultat d’un façonnage idéologique, politique, culturel et religieux, voulu et imaginé par la France. Et cela se voit jusque dans ses attributs de sacralité et dans le moindre détail de son décorum et de son faste, que Hassan II a poussé jusqu’à son paroxysme durant ses 38 années de règne. De ce point de vue, Mohammed VI est depuis treize ans dans un moment d’inertie.
Aussi, toute évocation de transition démocratique au Maroc confine à de la complicité avec un régime qui ravale sa façade, mais maintient en l’état sa nature féodale.

Un mythe prêt à être déconstruit

Cette idée d’une monarchie indélébile à l’identité nationale évoquée par le prince Hicham est née de la fabrication d'une certaine conscience historique dans le Maroc postcolonial. Un mythe que les générations actuelles sont désormais prêtes à déconstruire.
Autre idée fallacieuse du prince, celle de ce fameux arbitrage des royautés agissant avec «bienveillance entre les groupes et classes». Au Maroc, sans parler du passé lointain ou le sultan portait le fer pour régner et se cloîtrait pour survivre, cela s’est traduit par un demi-siècle de violentes répressions contre tout dissident. Une damnation de toute une génération, que le régime ne reconnaît qu’à demi-mots, jouant sur une ouverture factice pour assurer sa perpétuation.
Comment parler de mansuétude du pouvoir quand les cultures plurielles de ce pays ont été anéanties au nom d’une idéologie excluant les identités majoritaires amazighes, sans parler des minorités juives et autres, rabaissées à de la figuration folklorique au nom d’un arabo-islamisme politique et nationaliste (qui renie même de facto son héritage andalou) et dont la norme politique actuelle est un résidu de conservatisme religieux et d’infâmie politique?
Les monarchies arabes se seraient donc ainsi élevées et sauvées de la berezina en autorisant la création d’institutions et de parlements représentant le peuple. Qui peut croire encore en une telle fable?
Le multipartisme à la sauce marocaine, avec ses joutes oratoires creuses, sa corruption institutionnalisée et ses rendez-vous manipulés aux urnes, serait-il alors plus immunisé contre les soulèvements que ne l’a été le règne du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique) de Ben Ali et de son clan en Tunisie? Pures fadaises.
Le prince Hicham prend pour acquis que les printemps arabes ont épargné les monarchies pour ces raisons, même s’il reconnaît que ce momentum n’est pas éternel. Il croit encore que la société civile, les syndicats et certains partis politiques, plus téméraires au Maroc qu’ailleurs, jouent toujours le rôle de soupape sociale, voire d’alibi du régime. En cela, il se trompe lourdement.

Un contrat social obsolète

Il ne semble pas saisir que les termes du contrat social avec la monarchie alaouite se sont dématérialisés avec le temps et l’accélération de l’Histoire. Il ne reste peut-être qu’une empathie réelle chez certains, une foi en un talisman chez les démunis qui face à la hogra croient encore à la munificence du «roi sauveur». Mais rien de plus. La dépolitisation voulue par la monarchie joue contre elle aujourd’hui.
Hicham Ben Abdallah El Alaoui semble léviter intellectuellement par rapport à la rupture qui s’est faite irrémédiablement entre le trône, ses apparatchiks et les plus conscientisés des jeunes Marocains d’aujourd’hui.
Ceux qui justement battent le pavé jour après jour, brisant ce plafond de verre qu’est l’ordre établi, faisant fi des codes et des usages, traquant la tyrannie jusque dans ses coutumes et son apparat, appelant à la chute du régime. Un régime en qui ils ne se reconnaissent plus. Trop lointain, trop ringard, trop guindé et si autiste à leur soif de liberté.
Même si ceux-ci sont à l’évidence encore groupusculaires, le prince Hicham tend à minimiser les effets vivifiants de la transmission d’idées radicales d’une élite, hier gauchiste et romantique, à une jeunesse avide de dignité et de liberté dont les référents intellectuels, culturels et politiques sont désormais véhiculés par la mondialisation des médias et de la connaissance universelle, à défaut de terreau local, tant l’éducation publique a été le parent pauvre du Maroc moderne.
Faut-il être surpris de voir émerger une lame de fond contestaire, révolutionnaire, plus déterminée et surtout plus nombreuse à être bardée de savoirs que celle des années 70 où le panarabisme et le marxisme inquiétait davantage les pouvoirs régaliens arabes?

Un schéma de pensée révolu

Le prince s’oublie dans un schéma de pensée révolu. Il croit encore dans la quiétude des classes moyennes marocaines. Selon lui, elles demeurent certes insatisfaites de ce pluralisme politique de façade et de cette exclusion des institutions participatives, mais leurs revendications s’arrêteraient aux marches du Palais.
«Ils ne veulent pas la révolution, mais la réforme vers la monarchie constitutionnelle, un nouveau système de gouvernance qui incarne l'esprit de la démocratie, tout en conservant le rôle historique du monarchisme dans ces sociétés» écrit-il dans le New York Times.
Le prince Hicham a un train de retard. Et de conclure ainsi sa tribune:
«C’est une route qui promet d’être chaotique mais le processus est bel et bien enclenché.»
 Mais encore une fois de quel processus parle-t-il? Celui qu’il imagine sauvegardant la monarchie pour ce qu’elle est par la grâce de la tradition?
Si les classes moyennes sont conservatrices et légitimistes aujourd’hui et aspirent effectivement à la sécurité, à un certain confort de vie, elles ne seront demain que les suiveuses du changement quel qu’il soit. Celui de la voie démocratique ou celui du vrai chaos.
Et dans ce schéma, la monarchie n’aura plus sa place, faute justement d’avoir initié le vrai changement. Celui de se désincarner de la féodalité pour entrer dans le nouveau siècle.

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 Par Ahmed Benani

Merci Ali pour ce papier lumineux! L'ADN vole au secours du Prince Hicham; après 13 années de duperie, de louvoiement et de "discorde" avec l’Autiste, savamment entretenue, Monseigneur rejoint enfin le cousin prédateur. Il fait bien de le dire clairement; la conclusion qui s’impose à tous est tout aussi limpide que son propos: la monarchie est entrée dans la phase finale de son existence. Hicham a un mérite dorénavant à mes yeux, il refuse de se mentir à lui-même, la biologie autant que ses intérêts l’ont amenés à cette confession publiée dans le New York Times intitulé «Morocco is on the path to Change» (Le Maroc est sur la voie du changement). Parole princière et en somme sacrée, oui, le Maroc va changer de régime ! Ahmed Benani
PS: L'article d'Ali est à lire et relire, merci de lui assurer la plus grande diffusion parmi vos contacts

mercredi 22 août 2012

Maroc: Retour de flammes pour le «Benkishow»

Par Ali Amar, Slate, 22/8/2012

Après huit mois à la tête du gouvernement marocain, l’islamiste Abdelilah Benkirane paie déjà le prix de ses multiples impairs.

Le premier ministre Abdelilah Benkirane à Rabat le 14 juillet 2012. REUTERS/ Stringer
Abdelilah Benkirane avait fait de la satire son atout-maître pour séduire un électorat lassé par la raideur de la fonction de Premier ministre. L’image de falot qui collait à Abbas El Fassi son prédécesseur et leader du parti de l’Istiqlal l’avait aidé en cela.

Le changement par la gouaille

Le changement pour lui passait par sa gouaille assortie de grosses pelletées de populisme. Benkirane, grande gueule dans les meetings de campagne, Benkirane qui taille des croupières aux plus intimes des amis du roi à la réputation de corrompus, Benkirane à tu et à toi avec les journalistes sur les plateaux télé: la mayonnaise avait vite pris, le conservatisme ambiant et la volonté du Palais ayant fait le reste.
Charmeur et décomplexé, le chef du gouvernement a flirté avec tout le monde. Des bourgeoises qui le recevaient dans une villa de maître de Casablanca à grand renfort de publicité, séduites par sa bonhommie, aux classes moyennes qui voyaient enfin un fils du peuple les représenter aux plus hautes fonctions, rivalisant même avec le roi et son Cabinet, Abdelilah Benkirane était sur un petit nuage.
«Les plus optimistes espéraient même que le rééquilibrage des pouvoirs au sein de l'exécutif, inscrit dans la nouvelle Constitution, serait bel et bien appliqué et que le roi se délesterait d'une partie de ses prérogatives au profit de son Premier ministre» écrit L’Express   qui reprend le fil de ses premiers mois à la tête du gouvernement, accumulant bourdes et revers.
Ses promesses, souvent surréalistes, avaient de quoi redonner espoir aux exclus à qui il parle le langage cru de la rue. La formule était imparable face à ses compétiteurs, guindés et élitistes, et surtout usés par des années de compromissions avec le pouvoir.

Un discours menaçant et vite usé

Bien sûr, il y a la face obscure du personnage qu’il a d’ailleurs su d’abord tourner à son avantage bien plus qu’il en a pâtit: islamisation des mœurs, homophobie, vindicte anti-occidentale, des menaces qui n’ont inquiété que les plus progressistes des Marocains, le bon peuple, mi-silencieux, mi-résigné, en redemandait de ses sorties tonitruantes, de son vocabulaire souvent outrageux, de ses colères feintes. Son «Benkishow» a alimenté les colonnes des journaux et les discussions de café. Jusqu’à l’usure.
Car Benkirane, ultra-monarchiste déclaré, n’a jamais été un révolutionnaire dans l’âme. Aujourd’hui, il prouve qu’il n’est pas non plus un réformateur avisé.
«Après près de 8 mois à la tête du gouvernement, Abdelilah Benkirane ne semble pas encore avoir pris ses marques. Même avec ses sorties, le Chef du gouvernement n’est pas arrivé à imprimer un rythme soutenu à son exécutif qui roule à deux vitesses» constate L’Economiste, le quotidien proche du patronat qui décrit un gouvernement bicéphale, celui qu’incarne Benkirane flanqué des ministres de son parti, le PJD islamiste, perçus comme agités et désordonnés et l’autre, à l’ombre du roi, où technocrates et conseillers du Palais tirent les ficelles du vrai pouvoir.

Humilié par le Palais

A chaque initiative qui sort des clous, le chef du gouvernement et ses ministres sont systématiquement recadrés: télévision, diplomatie, justice, nominations stratégiques, sécurité, vie sociale etc. Il n’y a pas un domaine où ils ne se sont pas fait taper sur les doigts, ajoutant l’humiliation à la cacophonie.
«Les couacs se sont multipliés au point de donner une image d’un gouvernement sans cohérence ni coordination, dont la mission incombe à Benkirane. De ce point de vue, il a failli à son rôle de chef d’orchestre» ajoute L’Economiste.
Et après chaque incartade, Benkirane a dû se résoudre à faire volte-face, tout en prétendant à qui veut bien l’entendre qu’avec le Palais, il forme un tandem dont les décisions sont prises dans la concertation.
La réalité sur cette improbable cohabitation est bien moins idyllique. Benkirane n’hésite pas à monter sur le front médiatique comme un bâteleur, mais le peuple a fini par se lasser de voir que ses paroles sont bien souvent démenties et que ses actes se résument trop souvent à de la communication débridée.
«Dieu pardonne ce qui est passé, mais celui qui récidive, Dieu le punira». En faisant fièrement de cette citation du Coran le slogan de sa politique de lutte contre la corruption, Abdelilah Benkirane a provoqué l'ire de la société civile marocaine. Non démentie par la suite, cette amnistie générale qui ne dit pas son nom tranche avec le discours d'hier, quand son Parti de la justice et du développement (PJD) faisait campagne - et remportait les élections - sur le terrain de cette même lutte anticorruption» écrit Jeune Afrique ajoutant que «sur Twitter, beaucoup de ceux qui, sans voter pour le PJD, lui accordaient le bénéfice du doute, ont rivalisé de critiques sur le #Benkishow».
«Le seul fait d’arme concret dont il peut s’enorgueillir reste la hausse du prix des carburants, mesure jugée impopulaire par une large partie de la population» relève de plus en plus critique la presse locale.
Même sur le protocole royal qu’il prétendait vouloir alléger avant son élection, en particulier la cérémonie de la Bay’a, celle-ci devrait être maintenue dans les moindres détails malgré les rumeurs  qui ont couru à ce propos.
Une radio de Casablanca s’est amusée à faire une analyse lexicale de ses discours  (Podcast) à travers laquelle on perçoit un manque de technicité sur les dossiers, notamment économiques en ces temps de crise et un recours appuyé aux formules religieuses et populistes.

Le retour du roi aux devants de la scène

L’épisode tragi-comique de ses excuses au roi a fini par le décrédibiliser. Une conséquence d’un rappel à l’ordre du Palais, inquiet, dit-on, de voir Benkirane manquer à son devoir de réserve.
«Le souverain alaouite voulait laisser le gouvernement prendre ses marques. Mais, plusieurs ministres ont fini par exaspérer l’opinion publique en créant un état de psychose chez les investisseurs», croit savoir la lettre Maghreb Intelligence qui cite un diplomate européen accrédité à Rabat.
Aussi, le Palais, convaincu d’avoir négocié au mieux les tensions nées du Printemps arabe est revenu aux avant-postes du pouvoir, interprétant la nouvelle Constitution à son avantage, nommant à tour de bras des hommes fidèles au trône aux postes-clés de l’Etat, et intervenant en toute souveraineté sur les grands dossiers. A la barbe de Benkirane.

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jeudi 10 février 2011

LE MAROC INVITÉ À PRESSER LE PAS DES RÉFORMES

Par Camer.be, 9/2/2011
De jeunes Marocains ont lancé récemment sur Facebook un mouvement, soutenu par quelques milliers de sympathisants, en faveur de manifestations pacifiques.
Depuis les révoltes de Tunisie et d'Egypte, des voix plus pressantes se font entendre au Maroc pour réclamer des réformes, mais sans remettre en cause la monarchie dans ce pays jusqu'ici épargné par la contagion.
"Beaucoup pensent qu'une réforme constitutionnelle permettant au Maroc de se doter d'institutions plus modernes est nécessaire", estime Driss Benali, économiste et analyste de la scène marocaine, évoquant une évolution vers une monarchie dotée de moins de pouvoirs.
Cette semaine, un important mouvement islamiste marocain, l'association Justice et Bienfaisance - non reconnue mais tolérée - a réclamé un "changement démocratique urgent" au Maroc, en saluant les événements de Tunisie et d'Egypte."Il est injuste que la richesse du pays soit accaparée par une minorité", a accusé le mouvement, dans un texte publié sur son site.
Le Maroc, où les inégalités demeurent fortes, ne connaît pas de mouvements de contestation importants, mais les récentes convulsions en Tunisie et en Egypte ont été suivies attentivement dans les grandes villes grâce à la chaîne qatarie Al-Jazeera.
De jeunes Marocains ont lancé récemment sur Facebook un mouvement, soutenu par quelques milliers de sympathisants, en faveur de manifestations pacifiques, le 20 février, pour une "large réforme politique". Et un débat s'amplifie sur le web sur l'opportunité ou non de changements.
Le prince Moulay Hicham, cousin du roi Mohammed VI et surnommé le "prince rouge" en raison de ses critiques contre la monarchie, a averti dans des interviews à des médias étrangers que le Maroc "ne serait probablement pas une exception" dans la contestation actuelle.
En visite à Rabat, le commissaire européen à l'élargissement Stefan Füle a pour sa part demandé aux autorités marocaines d'aller plus loin dans les réformes en particulier pour l'éradication de la pauvreté.
Mais les autorités se déclarent "sereines", soulignant que le pays est "engagé depuis longtemps dans un processus irréversible de démocratie". Elles ont toutefois maintenu les subventions pour éviter une hausse des prix des denrées de base comme la farine, le sucre ou le gaz butane.Pour Driss Benali, "la société marocaine n'est pas à l'abri de ce qui se passe ailleurs" et "plutôt que de subir les événements, il vaudrait mieux les anticiper et faire des réformes".

mercredi 2 septembre 2009

Enseignement : La démarche solitaire


Par libe.ma. 2/9/2009


Gaie, gaie la prochaine rentrée ? Pas forcément, puisque l'école marocaine n'est toujours pas sortie de l'ornière, qu'elle continue à faire les frais d'expérimentations aussi indicibles que hasardeuses et qu'elle demeure une fabrique d'incultes doublés de chômeurs potentiels parce qu'en déphasage total avec les nécessités du marché du travail.


Et pourtant, l'école n'a cessé d'être réformée depuis l'aube de l'indépendance. Les dernières tentatives du genre se sont inscrites dans le cadre de la Charte nationale éducation et formation dont l'âge dépasse actuellement les dix ans et du Plan d'urgence que le ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la Recherche scientifique a initié pour accélérer la cadence de réalisation des chantiers qu'elle comporte. Etalé sur la période 2009-2011, ce plan nécessitera une rallonge budgétaire de l'ordre de 19,5 MMDH et permettra à ce département fortement budgétivore de tourner, à terme, avec un budget de 37 MMDH environ. Deux volets essentiels sont concernés par ces financements : l'infrastructure scolaire et les ressources humaines. A preuve, 8012 structures scolaires nouvelles et 486 internats verront ainsi le jour et 41.449 enseignants seront recrutés en trois ans. L'avis de concours relatif à l’embauche de la première fournée de ces maîtres d'école d'un nouveau genre en a fait, néanmoins, déchanter plus d'un. Nulle part, il n'y est, en effet, indiqué qu'ils seront formés aux rigueurs de la pédagogie et des techniques d'apprentissage.

Autre hic de taille: l'actuel Plan d'urgence a été concocté sans que les principaux intéressés, à savoir les enseignants, n'y aient été associés, ou même consultés. Ce changement d'approche est d'autant plus irréversible qu'il s'inscrit dans le droit fil d'une démarche collective entreprise par cette défunte COSEF (Commission spéciale enseignement-formation) qui avait fédéré les efforts de tous en vue de faire de l'école un milieu ouvert sur la réalité et les besoins des jeunes. Ce changement est également fort étonnant au regard du fait qu'aucun projet de réforme, aussi parfait soit-il, ne peut déboucher sur les résultats escomptés s'il ne prend pas compte des avis de tous ceux qui sont censés le mener à bon port. Qu'en conclure ?

Source : Liberation Maroc