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mercredi 14 octobre 2009

Ecole : plan d'urgence pas si brillant que ça !

Entretien avec Aâssou Aâkka, secrétaire provincial du Syndicat national de l'éducation

Publié par Info du bled, 13/10/2009

Libé: Est-ce que votre syndicat approuve la philosophie et l'approche que le Plan d'urgence prône pour sortir de l'ornière notre système éducatif ?
Aâssou Aâkka : Pas du tout. Au niveau de notre syndicat, nous sommes convaincus que le Plan d'urgence en question ne fera que retarder, encore plus, le lancement de la vraie réforme de notre système de l'enseignement. Toutefois, nous reconnaissons que ce plan est le premier du genre à se démarquer par rapport aux autres tentatives de réforme passées, par la dimension du budget alloué. D'immenses moyens financiers sont en effet mobilisés par ce programme afin de venir à bout des obstacles qui entravent l'avancée de l'enseignement. Mais, malheureusement, nous considérons qu'il ne faut pas s'attendre au miracle !

Pourquoi craignez-vous que ce plan échoue?

En premier lieu, parce que l'élaboration du projet a encore péché par l'attitude d’auto- suffisance et d'exclusion de la part de son initiateur à l'encontre des partenaires sociaux de l'école. Pourtant, à scruter les dispositions et recommandations du plan, il s'avère que le corps enseignant est tenu d’être l'un des maillons forts et le principal acteur dans la réussite de l'application de cette réforme .C'est donc à l'aune de l'engagement et d'adhésion des enseignants au projet qu'on peut évaluer les chances de son succès sur le terrain. Malheureusement, aujourd'hui, cette attitude du ministère du tutelle a engendré au contraire une grande démobilisation dans les rangs de ceux-ci vis-à-vis d'un projet qui est, comme je viens de dire, catapulté d'en haut, non concerté, et donc à vision unilatérale.


En deuxième lieu, en raison d'une gestion dénotant encore de dysfonctionnements d'antan (demi-mesures, improvisation…) à l'origine de l'échec des tentatives antérieures de la réforme du système. Cela est perceptible déjà au niveau de plusieurs volets du plan. Nous pouvons citer, à titre indicatif, le programme Tissir lancé depuis l'an dernier. Ce projet visant à maintenir les apprenants démunis à l'école, a déjà suscité beaucoup de remous et protestations auprès des parents d'élèves bénéficiaires à cause des cafouillis subis par l'opération de la part de l'administration provinciale chargée de son exécution.


Pourtant la délégation provinciale de l'Education se targue d'un programme qu'elle juge efficient quant à la lutte contre la déperdition scolaire, notamment au niveau des bourses, des cantines et transport scolaire, d'aides financières aux parents d'élèves pauvres pour lutter contre l'absentéisme, etc.

Concernant le transport scolaire, les chiffres avancés cachent l'ampleur du phénomène de l'abandon à cause de l'éloignement des structures scolaires des lieux de résidence des élèves. Il faut se demander combien d'élèves sont privés de ce service pour s'apercevoir du nombre insignifiant qui en bénéficie. Les bus mis à contribution en la matière ne dépassent pas quelques véhicules qu'on peut compter sur le bout des doigts. Il n'y a donc pas de quoi pavoiser ! Idem pour les bourses. La demande est très loin de l'offre. On prétend étendre l'assiette des bénéficiaires, mais cela n'a pas grand effet sur la rétention des élèves à l'école puisque les abandons se comptent encore par centaines, notamment dans le milieu rural où la pauvreté sévit et agit comme cause de l'arrêt de scolarité des apprenants. Quant aux cantines, outre leur insuffisance, on remarque la persistance des mêmes difficultés . D'abord, ce service n'est dispensé que tardivement au milieu de l’année scolaire, notamment dans certaines régions rurales où justement ce service est primordial.


En plus, le règlement des rémunérations relatives au personnel recruté pour les cuisines accuse des retards qui peuvent durer un an. D'autre part, les rétributions octroyées à ces cuisiniers notamment des milieux ruraux montagneux lointains (Tafraout, Aflla Ighir…) sont chichement dérisoires, à tel point qu'elles ne peuvent couvrir les dépenses liées au transport pour pouvoir les percevoir à la délégation. Cela a poussé nombre d'entre eux à ne plus se réengager. Et à de nombreuses cantines de cesser ainsi leurs services faute de cuisiniers. Pour le programme Tissir, celui-ci pâtit des mêmes problèmes dus encore à la mauvaise gestion. Des aides décidées l'année dernière, ne sont toujours pas octroyées aux parents d'élèves bénéficiaires dans certaines régions de la province. Ceux-ci ont protesté en brandissant la menace de retirer leurs progénitures de l'école !Est-ce ainsi que nous allons lutter contre l'abandon scolaire? L'instituteur qui constitue l'acteur central dans la réussite de cette opération, puisque c'est à lui qu’incombe le travail de suivi de la présence des élèves devant bénéficier du soutien pécuniaire, le programme d'urgence a-t-il pensé à le motiver pour accomplir correctement ce travail ? Pas du tout ! Au contraire, il se voit ainsi contraint à une corvée supplémentaire à son travail normal, car il est tenu, en plus, de veiller au contrôle des absences de cette catégorie d'élèves. Une opération soumise à une série de dispositions et formalités particulières. Mais sans contrepartie. Et en l'absence même d'une formation suffisante pour ce faire. Ainsi lors de l’année scolaire précédente, ce n'est que vers le milieu de l’année qu'une formation expéditive leur a été donnée. Ce qui a donné lieu à beaucoup d'improvisations dans la gestion de cette opération et s'en est suivi surtout un manque flagrant de contrôle rigoureux et régulier des absences par les enseignants qui en sont chargés, étant démotivés par un projet imposé et auquel ils n'adhèrent pas. Bref, il faut reconnaître qu'avec des méthodes pareilles, on ne doit pas s'attendre à pouvoir faire la “révolution” que les initiateurs du programme d'urgence laissent miroiter.

Qu’en est-il des ressources humaines?
La situation au niveau de la délégation de Tiznit affiche des déficits inquiétants d'enseignants disponibles. Le redéploiement de l'effectif devient ainsi un sacré problème. Car elle se retrouve à chaque opération entre l'enclume de cette problématique et le marteau des pressions dont certains syndicats influents usent pour placer leurs adhérents à des postes douillets dans les périmètres urbains, et ce même au détriment de l'intérêt des élèves des zones rurales, qui se voient du coup abandonnés dans des classes sans enseignant!


On doit savoir que la région de Tiznit s'avère être désormais un lieu de transit pour des enseignants. Beaucoup d'entre eux passent par cette région avant de se faire muter vers les destinations choisies. D'où le fait que ces ressources humaines quittent massivement la région à travers des mouvements de mutations nationales et régionales plus qu'elle n’en reçoit. Pour ainsi créer ce déficit récurrent. Je pense que c'est là l'origine du problème. Mais à dire que des syndicats usent de ce comportement que vous avez évoqué, nous considérons que c’est exagéré. L'opération de redéploiement, prend en considération certains cas sociaux, comme par exemple les enseignants souffrant de maladies chroniques pour les rapprocher lors de leur affectation des lieux de soins dans ou près des villes, ainsi que les institutrices mariées qui doivent travailler près de leurs conjoints. Mais à part ces cas, je ne pense pas que les syndicats transgressent les dispositions gérant l'opération.

Le Plan d'urgence, pour pallier ce problème, a opté pour le recrutement parmi les docteurs chômeurs. Que pensez-vous du niveau de la formation éclair qui leur est « ingurgitée »?
De notre côté, nous saluons quand même cette mesure qui va certainement soulager les rangs de nos chômeurs diplômés. Nous avons déjà vécu cette expérience; nous estimons même que le rendement de ces recrutés à l'école est meilleur et nous considérons que cela ne pose pas problème. Certes, une formation pédagogique est nécessaire et le ministère en est conscient. Il a pris toutes les dispositions qui s'imposent à cet effet. Cependant, je veux à l'occasion remettre sur le tapis un problème que tout le personnel de l'académie de SMD vit actuellement au niveau de la formation continue. Cette opération est centralisée à Agadir pour toute la région de Souss-Massa-Draâ. Par ailleurs, de grandes enveloppes sont allouées dans le budget de l'Académie régionale pour l'aménagement de l'enceinte du collège Zerktouni, qui abrite les locaux où sont dispensées les formations continues au personnel de l'enseignement, des structures d'accueil et de restauration. Mais à notre grande surprise, il s'est avéré que ce service n'est pas dispensé à tous. Dernièrement, des enseignants de Ouarzazate et Zagora, ont été invités à Agadir pour recevoir une formation dans le cadre du programme Tissir. Ceux-ci ont dû payer eux-mêmes les frais de nourriture et de logement à l'hôtel pendant leur séjour. On se demande alors qui s'est emparé des services de ces locaux. Nous avons beau signaler cela aux responsables, même au directeur de l'académie ; mais on a compris qu'il n'en a cure ! Nous demandons à ce que ces formations soient faites au niveau des délégations qui doivent être dotées de centres d'accueil ouverts à tout le personnel de l'enseignement sans discrimination aucune.



Quel regard portez-vous sur l’enseignement privé à Tiznit compte tenu de la réforme actuelle que connaît l'enseignement public ?

Le secteur de l'enseignement privé dans la région de Tiznit se renforce chaque année par l'ouverture des écoles au centre-ville et dans les nouveaux quartiers. On assiste à un véritable phénomène qui touche désormais certains espaces ruraux. Mais ce qui est regrettable, c’est que ce secteur exploite dans la région des bacheliers et licenciés, recrutés pour devenir des « enseignants », qui sont souvent contraints de percevoir un salaire dérisoire de 600 à 1000DH par mois. Ceci au moment où certains professeurs et instituteurs des écoles publiques dispensent des cours pour arrondir leur fin de mois au détriment de leurs classes qu'ils n'hésitent d’ailleurs pas à déserter. C'est dire que l’esprit mercantile continue toujours à animer certains promoteurs de ce secteur, loin des soucis pédagogiques et déontologiques requis. Le secteur a besoin d'un assainissement dans ce sens.



Source : libe.ma





















mercredi 2 septembre 2009

Enseignement : La démarche solitaire


Par libe.ma. 2/9/2009


Gaie, gaie la prochaine rentrée ? Pas forcément, puisque l'école marocaine n'est toujours pas sortie de l'ornière, qu'elle continue à faire les frais d'expérimentations aussi indicibles que hasardeuses et qu'elle demeure une fabrique d'incultes doublés de chômeurs potentiels parce qu'en déphasage total avec les nécessités du marché du travail.


Et pourtant, l'école n'a cessé d'être réformée depuis l'aube de l'indépendance. Les dernières tentatives du genre se sont inscrites dans le cadre de la Charte nationale éducation et formation dont l'âge dépasse actuellement les dix ans et du Plan d'urgence que le ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la Recherche scientifique a initié pour accélérer la cadence de réalisation des chantiers qu'elle comporte. Etalé sur la période 2009-2011, ce plan nécessitera une rallonge budgétaire de l'ordre de 19,5 MMDH et permettra à ce département fortement budgétivore de tourner, à terme, avec un budget de 37 MMDH environ. Deux volets essentiels sont concernés par ces financements : l'infrastructure scolaire et les ressources humaines. A preuve, 8012 structures scolaires nouvelles et 486 internats verront ainsi le jour et 41.449 enseignants seront recrutés en trois ans. L'avis de concours relatif à l’embauche de la première fournée de ces maîtres d'école d'un nouveau genre en a fait, néanmoins, déchanter plus d'un. Nulle part, il n'y est, en effet, indiqué qu'ils seront formés aux rigueurs de la pédagogie et des techniques d'apprentissage.

Autre hic de taille: l'actuel Plan d'urgence a été concocté sans que les principaux intéressés, à savoir les enseignants, n'y aient été associés, ou même consultés. Ce changement d'approche est d'autant plus irréversible qu'il s'inscrit dans le droit fil d'une démarche collective entreprise par cette défunte COSEF (Commission spéciale enseignement-formation) qui avait fédéré les efforts de tous en vue de faire de l'école un milieu ouvert sur la réalité et les besoins des jeunes. Ce changement est également fort étonnant au regard du fait qu'aucun projet de réforme, aussi parfait soit-il, ne peut déboucher sur les résultats escomptés s'il ne prend pas compte des avis de tous ceux qui sont censés le mener à bon port. Qu'en conclure ?

Source : Liberation Maroc

jeudi 27 août 2009

Les chiffres de la rentrée scolaire





Quelques jours seulement nous séparent d'une rentrée scolaire qui aura lieu sous le signe de l'urgence. Celle de donner un nouveau tempo aux réformes contenues dans la charte de l'éducation, sous impulsion royale. En tout cas, le gouvernement ne s'est pas fait prier pour anticiper sur ce grand chantier avec des engagements chiffrés. Pas plus tard que mercredi dernier, le Premier ministre a présidé une réunion de la commission ministérielle de coordination des interventions au sujet de l'école.

Au cours de cette rencontre, Ahmed Akhchichine, ministre de l'Education nationale, a présenté un exposé assez révélateur des orientations à mettre en œuvre. Au-delà du débat souvent vague sur la qualité, l'école marocaine a surtout besoin de combler un déficit en moyens, devenu structurel. D'ailleurs, le bon sens ne voudrait-il pas que la qualité, terme cher aux ministres qui se sont relayés à l'Education, soit la résultante de moyens pédagogiques suffisants et non le contraire ? Justement, le ministre a insisté, par exemple, sur l'importance du transport scolaire qui sera renforcé et qui représente un facteur non négligeable pour garantir l'égalité des chances en matière d'accès à la scolarité. Le montant des bourses scolaires qui seront distribuées s'élèvera à 92,8 millions de DH et bénéficiera à 50.000 familles (90.000 élèves). Quant à l'initiative royale d'un million de cartables, elle profitera pour cette rentrée à pas moins de 3,7 millions d'élèves. L'autre bonne nouvelle pour les écoliers et leurs familles a cette fois-ci trait aux cantines scolaires et internats. Akchichine a fait savoir, à ce propos, que la bourse scolaire trimestrielle sera portée de 700 à 1260 DH, tandis que les cantines seront ouvertes durant 180 jours. Et comme les arbres aux racines profon des sont ceux qui montent haut, la charte de l'enseignement autant que sa nouvelle turbine qu'est le plan d'urgence ont mis l'accent sur le préscolaire et le primaire.Outre l'élargissement de l'offre pédagogique dans le primaire et le secondaire, le préscolaire bénéficiera d'un plan de mise à niveau au profit de 24.000 éducateurs et éducatrices en plus de la construction de plus de 230 classes dans les régions nécessiteuses et la remise de cartables et autres fournitures scolaires au profit de 7.000 enfants. Il n'y a pas meilleure solution que de soigner le mal à son origine. Tout le monde s'accorde à dire que le système éducatif marocain traîne le boulet de la déperdition scolaire dont les taux varient entre 6 et 8% dans le primaire. Le constat est alarmant au niveau du secondaire où l'abandon atteint 13,6% et le taux de redoublement 16,5%. Particularité de cette rentrée, les enfants qui intégreront pour la première fois l'école bénéficieront de nouvelles méthodes pédagogiques et d'un accompagnement individuel. La première année du primaire étant la base de la réussite dans les autres cycles de l'enseignement. Doté de presque 20 milliards de DH sur trois ans (2009-2011), le plan d'urgence est, certes, cher mais indispensable pour sortir du cycle vicieux des vœux pieux auréolés de bonnes intentions. Rien que pour l'année 2009, le budget de l'enseignement s'est vu gratifier de 8 milliards de DH supplémentaires. L'infrastructure scolaire et les ressources humaines en sont les principaux chevaux de bataille. Notamment par la mise en place de 8012 structures scolaires nouvelles et 486 internats ainsi que le recrutement de 41.449 nouveaux enseignants durant la période de cette réforme au pas accéléré. En effet, le mammouth qu'on a essayé par tous les moyens de dégraisser a encore besoin d'efforts. Les déficits sont énormes et le budget de fonctionnement continue de compromettre le changement qualitatif tant attendu. Mais l'éducation est aussi une question d'environnement. L'école ne peut être jamais isolée de sa région, sa commune ou sa ville. Sans pousser le zèle jusqu'à appeler à un plan marshal pour sauver l'école marocaine, la collectivité locale peut jouer le rôle de relais voire même s'engager dans des projets innovants et spécifiques.
Source Le Matin