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dimanche 15 novembre 2015

Le Pape denonce l'hypocrisie des puissants qui parlent de paix mais qui vendent des armes

©Stefano Rellandini/Reuters
Le Pape François s'est confié à "Paris Match" sur le capitalisme qu'il estime être devenu trop présent dans l'humanité, la COP21 ainsi que la montée du terrorisme en Syrie et en Irak. Le Saint-Père a également dénoncé l'hypocrisie des puissants qui prônent la paix, mais vendent des armes en parallèle.
Le Pape a accordé une interview à Paris Match dans laquelle il dénonce "l'hypocrisie des puissants".





Le Pape François a reçu Paris Match au Vatican. Dans une interview exclusive accordée à l'hebdomadaire, le Saint-Père a déploré la place qu'occupe le capitalisme dans l'humanité.
Selon lui, "le capitalisme et le profit ne sont pas diaboliques si on ne les transforme pas en idoles. Ils ne le sont pas s'ils restent des instruments". En revanche, nuance le Pape, "si l'argent et le profit à tout prix deviennent des fétiches qu'on adore, si l'avidité est à la base de notre système social et économique, alors nos sociétés courent à la ruine".
Le Pape appelle les sociétés à se recentrer sur les valeurs essentielles de l'humanité et à faire abstraction de cette course au profit qui anime le monde. "L'humanité doit renoncer à idolâtrer l'argent et doit replacer au centre la personne humaine, sa dignité, le bien commun, le futur des générations qui peupleront la Terre après nous" a-t-il déclaré.
Lors de son discours au siège de l'ONU en septembre dernier, le souverain pontife avait expliqué attendre qu'un accord soit trouvé sur la lutte contre le réchauffement climatique, au terme de la COP21. Dans les colonnes de Paris Match, le Pape espère que la conférence sur le climat "pourra contribuer à des choix concrets, partagés et visant, pour le bien commun, le long terme".
Très engagé, le Saint-Père s'est également exprimé sur la situation en Syrie et n'a pas hésité à dénoncer l'hypocrisie de certains dirigeants. "N'oublions pas non plus l'hypocrisie de ces puissants de la Terre qui parlent de paix mais qui, en sous-main, vendent des armes" a-t-il déploré. 

 http://www.francesoir.fr/politique-monde/le-pape-denonce-lhypocrisie-des-puissants-qui-parlent-de-paix-mais-qui-vendent-des
Auteur : La rédaction de FranceSoir.fr
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MAIS ! :
 
Vatican : le banquier de Dieu vend des armes
La nomination par le pape démissionnaire Benoît XVI du nouveau président de l'IOR, la banque du Vatican, soulève de nombreuses polémiques.


 http://www.lepoint.fr/monde/vatican-le-banquier-de-dieu-vend-des-armes-16-02-2013-1628208_24.php

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mardi 29 septembre 2015

Tabou de boue : Aidez-nous à produire un film sur l'un des derniers grands tabous de notre époque

Bonjour à tous ! Hello everybody !









Large_bandeau2-1441471277-1441471391J'ai le grand plaisir de vous envoyer cet appel à participation pour la collecte de fonds de mon film documentaire Tabou de boue, lancée vendredi :



A ce jour, nous avons atteint 1 665 Euros soit 21 % de la somme demandée grâce à la plateforme de crossfunding kisskissbankbank. C'est un début amical et je remercie vivement les 18 souscripteurs actuels; il ne reste cependant que 25 jours pour récolter la totalité des fonds nécessaire à la finalisation de ce projet.

Je compte sur vous pour atteindre cet objectif en participant à la collecte, même modestement: les petits ruisseaux font les grandes rivières !

L'argent étant encaissé par l'association Image en Vers que nous avons créée pour encadrer ce projet, vous pourrez demander un crédit d'impôt; merci de m'envoyer un mail pour recevoir un reçu fiscal.

Si les fonds ne sont pas atteints, votre participation vous sera remboursée. Sinon, vous recevrez vos contreparties dès que le film aura éclos.

Pour avoir un aperçu de l'esprit dans lequel nous envisageons ce film, vous pouvez visionner le teaser du film sur http://www.kisskissbankbank.com/tabou-de-boue ou encore sur Vimeo: https://vimeo.com/136698030

Si vous croyez à notre projet merci de faire passer l'appel à collecte à vos amis et contacts.
Je vous enverrai encore quelques mails sans vous inonder pour vous tenir informés de la suite.


Pour les allergiques aux collectes en ligne, il est aussi possible d'envoyer un chèque à :
Image en vers
2 rue Bérangère
34120 PEZENAS

Voici un petit résumé de Tabou de boue que vous pouvez allègrement faire passer.



A faire circuler :



Nous sommes à la recherche de fonds pour notre projet filmique "Tabou de boue" . 

Il s'agit d'un docu-fiction de 52 mn (avec une version de 90 mn, si matière suffisante, pour une diffusion dans les cinémas) sur l’excrément, l’un des derniers grands tabous de notre époque. Bien qu’universel et quotidien, le rapport à la chose est rarement simple. Pour des raisons de bienséance, nous allons parfois jusqu’à mettre notre santé en danger. Interdit social et transit : les conséquences des non-dits sur le fondement de l’être  En tentant de comprendre les origines psychosociologiques du tabou de la défécation et de l'analité en général,  le film nous plonge dans l’envers du miroir, du côté du déchu, du relégué.   En bref, sur quoi tirons-nous la chasse ?

Avec l'aide de comédiens, de professionnels liés à "la chose" et de particuliers, je cherche à filmer ce qui ne se dit pas: un tabou qui dérange… pas toujours! Loin de la scatologie et du pipi caca des enfants, je tente une rencontre avec notre plus simple humanité, notre corps,  entre humour et danse Buto

Notre projet n'a pas été financé par les aides publiques car considéré comme trop décalé et peut-être un peu troptabou! Nous faisons appel à vous pour le financer sur la plateforme de crowdfunding:


Pour être en mesure de réaliser cette nouvelle production, nous devons  récolter 8 000 euros pour payer l'équipe qui a, jusque-là, travaillé de manière gracieuse en attendant les financements et financer la post-production qui débute maintenant! Le travail ainsi réalisé sera projeté à l'occasion de la Journée Mondiale des Toilettes le 19/11/2015 et nous l'espérons, pendant de nombreuses années dans les festivals et cinémas d'art et d'essai.



Merci de participer selon vos moyens à hauteur de 5€ ou plus : vous contribuerez ainsi à la réalisation d'un documentaire engagé, qui dénonce les conséquences d'un tel tabou sur la santé mais également sur l'environnement.

En échange vous recevrez des tirages, affiches, DVDs et pourrez même participer au montage/ mixage du film ainsi qu'à l'avant-première du film. Projections possibles dans votre ville.

Lancez-vous dans l'aventure!




Voici encore quelques bonnes raisons pour vous aider à passer à l'acte :



- vous êtes constipé et vous aimeriez ne plus l'être!

- vous avez un souci de santé et n'osez pas consulter un spécialiste

- le tout-à-l'égout vous choque

- vous êtes curieux

- vous aimez les Dames Pipi

- vous aimez le buto

- vous ne connaissez pas le buto

- vous en avez marre des documentaires de France 5

- vous aimeriez savoir à quoi ça sert de parler de caca

- vous avez envie de rire

- vous vous demandez pourquoi les poissons changent de sexe à la sortie des stations d'épuration

- vous aimeriez réaliser un film mais n'avez pas le temps

- vous avez aimé "Le charme discret des intestins" 

- vous avez aimé "La fabuleuse histoire des excréments" sur Arte et aimeriez en savoir plus.

- vous n'avez pas aimé "chier dans les bois"

- vous êtes soulagés que je passe enfin à l'acte!

- vous ne me connaissez pas mais vous trouvez le projet culotté!



Si vous ne vous reconnaissez dans aucune de ces raisons, n'hésitez pas à vous faire rayer de ma liste, je ne vous ennuierai plus (et désolée pour les envois multiples !). Si vous nous avez déjà soutenus et que je continue à vous envoyer des mails, faîtes-les passer à vos amis.


A très bientôt et merci pour votre soutien!


Retrouvez le film sur : 
https://www.facebook.com/cecile.couraud.7/

 Pour info, 

Diffusion d'une interview sur Tabou de boue demain sur Radio Pays d'Hérault.
La diffusion aura lieu demain vendredi 2 octobre à 8h30 et 12h40 dans le cadre de l'émission "Vivre ici".
A écouter en live sur 89 FM (Pézenas, Hérault) ou sur www.rphfm.org puis en podcast.
A bientôt sur les ondes!
Merci de répondre à ma nouvelle adresse : cecile.realisations@gmail.com
Cécile Couraud
Réalisatrice

Port: 06 18 91 75 53
Email : cecile.realisations@gmail.com

samedi 28 septembre 2013

Interview : Khalid Jamai sur l’affaire Anouzla

Khalid Jamai, journaliste

Khalid Jamai a bien voulu répondre aux questions de Lakome sur l’affaire Ali Anouzla. Pour lui, cette poursuite est hautement politique et témoigne d’un acharnement qui ne date pas d’hier contre la presse libre au Maroc.
Selon vous, pourquoi le journaliste Ali Anouzla fait objet de poursuite dans le cadre de la loi anti-terroriste ?
Il est erroné de croire que c’est Ali Anouzla qui est visé par cette arrestation. L’objectif est de fermer le site Lakome.  Lakome est une équation qui réunit deux expériences gênantes pour le régime marocain : Le journal Hebdo et Al Jarida Al Oula respectivement dirigée par Abou Bakr Jamai et Ali Anouzla. On se souvient tous comment le pouvoir avait usé de toutes sortes de stratagèmes pour juguler ces deux organes de presse.
Lakome constitue, avec d’autres sites d’information électroniques ce dernier carré de résistance de la liberté d’expression au Maroc. Je pense aussi que la version francophone du site gêne les autorités car son contenu touche les représentations diplomatiques et un public étranger habitués aux dépêches et aux communiqués officiels.
Pensez-vous que la ligne éditoriale de Lakome constitue une menace pour le régime marocain ?
Absolument. Lakome mène des investigations sur des problématiques gênantes pour l’entourage du roi Mohammed VI. Je pense notamment à l’enquête sur les carrières de sable pour laquelle aucun communiqué officiel, ni de la part du Cabinet royal, ni du ministère de l’équipement n’est venu démentir les conclusions de cette enquête. C’est aussi Lakome qui a révélé l’affaire du DanielGate.
Pensez-vous qu’Ali Anouzla a fait de l’apologie du terrorisme en informant les Marocains de l’existence d’une vidéo d’Aqmi qui menace le roi du Maroc ?
Je pense plutôt que la vidéo est un prétexte, car les autorités en croyant arrêter Anouzla pensaient faire cesser le site Lakome de fonctionner.
Certains parlent d’acharnement contre la presse indépendante, partagez-vous cet avis ?
Parfaitement. Les censeurs d’aujourd’hui sont en parfaite harmonie avec ce qu’avaient commencé leurs prédécesseurs quelques années auparavant en fermant un certain nombre d’organes de presse comme Demain, Le Journal Hebdo, Assahifa ou Al Jarida Al Oula. C’est la même logique liberticide contre la liberté de la presse qui continue. Le génie qui a orchestré ce procès contre Anouzla est le même esprit qui a pondu l’incident diplomatique avec l’Espagne sur le rocher Leila et qui a failli coûté une guerre entre le Maroc et L’Espagne au point que Colin Powel écrivit dans ces mémoires "ces Marocains qui m’ont fait perdre 24 heures de ma vie !".
La décision de poursuite contre Anouzla aurait alors un caractère politique ?
Je dirai même qu’il s’agit d’une décision hautement politique qui a été prise au cabinet royal, sinon plus haut. Personne ne pourra me faire croire que  le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane ou son ministre de la Justice et des libertés, Mustapha Ramid ont pu prendre pareille décision. Je pense qu’ils ont été les derniers à être informés des poursuites engagées contre Ali, mais ceci n’exonère en rien leur responsabilité dans cette histoire, en tant que membres du gouvernement. Ramid est Chef du parquet. Le fait pour lui de ne pas avoir initié les poursuites n’exclut pas sa responsabilité. Je pense aussi que c’est une affaire qui a été montée au niveau de la Direction des Affaires pénales et des Grâces, connue pour se charger de ce genre de dossier et surtout pour ses liens avec certains cercles influents du pouvoir.
Le ministère public n’a-t-il pas pensé aux conséquences désastreuses d’une telle affaire sur l’image du Maroc d’autant qu’un très large mouvement de solidarité à l’intérieur et à l’extérieur du Maroc s’est constitué en faveur du journaliste Ali Anouzla ?
Mon sentiment est que les autorités marocaines sont conscientes d’enfreindre la loi dans cette affaire. Elles sont dans une logique de répression aveugle qui ne se soucie guère d’une reddition des comptes. Par contre, elles ont sous-estimé les effets d’une telle arrestation. Aujourd’hui, 50 des organisations de défense des droits de l’homme et de libertés de la presse les plus réputées dans le monde s’indignent contre une telle décision. Des tribus sahraouies dont Ali Anouzla est originaire et dont une partie se trouve à Guelmim et l’autre en Mauritanie se sont soulevées contre cette injustice. C’est dire la portée internationale d’une telle décision non réfléchie.
Pensez-vous que le Maroc a eu raison de poursuivre El Pais pour avoir fait un papier sur la vidéo d’AQMI ?
Le ridicule ne tue plus au Maroc ! Je me demande pourquoi Ramid n’attaque pas le site Youtube, tant qu’il y est ! Ou les sites américains qui ont relayé l’information. Mais je ne pense pas que les autorités vont aller  au bout de leur logique liberticide. Jusqu’à maintenant aucune plainte officielle n’a été enregistrée contre le quotidien espagnol. Mais l’intelligence de ce gouvernement n’arrête pas d’égrener des perles. Monsieur El Khalfi, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement nous justifie la plainte contre El Pais par le fait que la vidéo incriminée  a été diffusé en langue arabe. Et là j’ai une question à poser à monsieur le ministre : si la vidéo comportait des expressions diffamatoires à l’égard du roi du Maroc, en anglais ou dans une autre langue, celle-ci aurait été tolérée ?
Le timing de l’arrestation d’Ali Anouzla a-t-il une signification pour vous ?
Je pense que le Makhzen veut nous montrer comment il compte appliquer le contenu de la nouvelle charte de la réforme de la justice et remet ainsi en question la crédibilité de son contenu.
De plus, cette arrestation a été précédé d’une série d’encarts publiés ici et là contre Lakome pour préparer l’opinion publique à une telle décision. Ces articles rappellent la méthode adoptée contre le Journal Hebdo lorsqu’il fut accusé de "5ème colonne", de média pro-polisario ou hostile à l’intégrité territoriale.
Que pensez-vous de la réaction de certains partis politiques concernant cette affaire ?
Ils  restent fidèles à leur vocation. Je vous rappelle le rôle joué par Nabil Benabdellah lorsqu’il était ministre de la Communication ainsi que son acolyte Khalid Nassiri durant l’affaire du Journal Hebdo. On assiste au même modus operandi. On se souvient comment ces deux-là avaient écumé les plateaux de télévisions pour préparer la mise à mort de ce qui restait de la presse libre au Maroc. Le PJD ainsi que les autres partis (MP, RNI, etc…) ont publié des communiqués dans lesquels ils expriment leur solidarité avec ceux qui ont donné l’ordre de poursuivre Ali. La messe est dite. Ces partis partagent une caractéristique qui leur est consubstantielle : ils vont toujours au delà du désir du pouvoir ! 
Votre pronostic sur l’avenir de la presse indépendante ?
Je pense que l’ensemble du peuple marocain et pas seulement la presse sont dans une sorte de « liberté provisoire » qui menace tous les esprits libres et qui se dresse en épouvantail contre toute appréciation critique des centres de décision au Maroc.

vendredi 22 février 2013

Maroc : Interview de Madmad Tahani, du M20F



Au Maroc, le Mouvement du 20 Février (M20F), la variante marocaine du Printemps arabe, soufflera bientôt ses deux bougies. Nous avons rencontré Madmad Tahani, 21 ans, active dans le M20F à Rabat, pour faire le point sur l’évolution de la situation au Maroc.


Le 20 mars 2011, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans la rue à Casablanca. Le M20F, à l’initiative de cette manifestation, est toujours actif, malgré la répression dont il est l’objet. (Photo Magharebia, Mawassi Lahcen)

Où en est-on dans le M20F ?

Madmad Tahani. Dans presque chaque ville, il y a une coordination, et chacune fonctionne à son rythme, sans véritable direction ou coordination nationale. Sauf un mot d’ordre national d’organiser chaque mois une manifestation dans chaque localité, partout dans le pays.
À présent, il y a moins de monde qu’avant. Nous pensons que c’est à cause de la répression. Le régime intervient de plus en plus durement contre le mouvement. Actuellement, plus de 200 activistes sont en prison. Nous nous battons pour leur libération, mais la peur s’est installée et le mouvement est partiellement décapité. En outre, le régime s’est efforcé d’essayer de discréditer et de dénigrer le mouvement, en faisant croire que nous sommes manipulés par l’étranger et servons un agenda « extérieur ». En plus, il essaie de jouer sur les sentiments religieux des gens en nous présentant comme des athées qui veulent combattre la religion.
En revanche, il y a maintenant de plus en plus de mouvements sociaux. Des bidonvilles se soulèvent pour le droit au logement, des quartiers se révoltent contre la hausse des prix, comme à Marrakech en décembre dernier. Ces mouvements sont violemment réprimés. Une dizaine de personnes ont été condamnées à un an de prison à Marrakech. D’autres mouvements ont éclaté tant au Nord qu’au Sud du pays. Chaque fois autour de problèmes socio-économiques.
Il y a quelques jours, à Fès, des étudiants ont été sauvagement torturés suite à des protestations contre les mauvaises conditions d’hébergement, et  un étudiant en dernière année de droit a été tabassé à mort par les forces de l’ordre. Cela a provoqué un grand émoi et une mobilisation nationale des étudiants. La famille veut que la vérité soit établie et demande une autopsie du corps.

Qu’a pu réaliser le mouvement  jusqu’à présent ?

Madmad Tahani. Le mouvement a mis sur la table des thèmes auparavant indiscutables comme le rôle de la monarchie, la Constitution. Cela a forcé le pouvoir à une réforme constitutionnelle, même si nous ne sommes pas satisfaits du résultat. Je pense que nous avons aussi joué un rôle d’élément déclencheur dans les nombreux mouvements sociaux actuels, comme dans les bidonvilles et les villages isolés.

Il y a un an, les islamistes se sont retirés du mouvement du 20 Février. Cela n’a-t-il pas affaibli le mouvement ?

Madmad Tahani. Je ne pense pas. Le mouvement islamiste Al Adl Wal Ihsane (Justice et Bienfaisance) ne faisait pas partie du mouvement au départ et n’a pas participé à son déclenchement. En plus, il concentrait sa présence dans les grandes villes comme Casablanca, Tanger, Rabat…, là où étaient les médias, créant ainsi l’impression d’être la force dominante.
Lorsqu’il était dans le mouvement, cela créait des difficultés pour faire respecter le principe de l’égalité entre hommes et femmes, par exemple. Mais en fait leur impact sur les gens n’est pas tellement  important.

Mais ils ont tout de même gagné les élections…

Madmad Tahani. Il s’agit d’une autre composante du mouvement islamiste, le PJD (Parti de la justice et du développement), qui a dès le départ choisi de se rallier au pouvoir contre le mouvement du 20F. En plus, pendant ces élections de 2011, il y a eu énormément d’abstention (le taux de participation est estimé à moins de 25 %), car les gens sont dégoûtés des processus électoraux truqués. Le PJD a participé aux élections et les gens qui ont voté se sont dit « on a tout essayé, sauf le PJD ». Le pouvoir devait faire croire à un changement et n’avait pas beaucoup de choix, puisque tous les autres partis sont déjà passés par le gouvernement. En plus, le discours religieux passe encore mieux pour la majorité des votants.
Des mouvements ont éclaté tant au Nord qu’au Sud du pays. Chaque fois autour de problèmes socio-économiques.
Depuis fin 2011, le PJD est au pouvoir, et son président, Abdelilah Benkirane, est chef du gouvernement. Cependant, ils n’ont rien fait pour les gens, parce que, d’une part, ils n’ont pas de solutions aux problèmes du pays et, d’autre part, ils n’ont pas le vrai pouvoir. Je ne pense pas qu’ils regagneront les élections.
Ces deux mouvements islamistes, PJD et Al Adl Wal Ihsan, font un travail caritatif parmi les plus pauvres et dans les écoles. L’État fait semblant de les combattre mais, en réalité, il les laisse faire, il les encourage même pour s’en servir contre la gauche. Si la gauche faisait ce qu’ils font, le régime serait intervenu depuis longtemps pour réprimer.

Quel est le rôle de la gauche dans le mouvement ? Joue-t-elle un rôle important ?

Madmad Tahani. La gauche est malheureusement trop divisée, renfermée sur elle-même, trop occupée par ses querelles internes. Mais il y a de nouvelles tentatives pour surmonter cela.
Heureusement, il y a le reste de la société civile, et surtout le mouvement des droits humains et en particulier l’AMDH (Association marocaine des droits humains) qui joue un rôle important et qui a formé des jeunes.

Pourquoi le Printemps arabe au Maroc n’a-t-il pas pris la même ampleur qu’en Tunisie ou en Égypte ?

Madmad Tahani. Je pense qu’il y a le poids de l’histoire répressive du régime marocain, et la crainte qu’ont créées les tournures des choses en Lybie et en Syrie. Et puis, le mouvement n’a pas été médiatisé de la même manière au Maroc qu’en Tunisie ou en Égypte. Al-Jazeera, financée par la monarchie du Qatar, n’a pas eu la même attitude au Maroc. Enfin, il y a aussi et surtout le soutien inconditionnel de l’Occident au régime marocain.

Quels sont les problèmes de la jeunesse marocaine ?

Madmad Tahani. Les problèmes commencent à l’école, et même avant, avec le manque d’accessibilité des soins de santé, des classes de 50 à 60 élèves, le manque de matériel, d’infrastructure… Tout le monde n’a pas les possibilités d’aller à l’université, où il y a un gros problème de logement, de manque de matériel et de professeurs… Et, après d’éventuelles études, c’est le chômage qui attend les jeunes et la répression du mouvement des diplômés sans emploi. Et puis, il y a aussi la cherté de la vie, l’absence d’infrastructures culturelles, sportives et récréatives.

dimanche 7 octobre 2012

Instructif : L’ex-capitaine Mustapha Adib raconte la corruption dans l’armée, les généraux et …Mohamed VI

Par Demain, 7/10/2012


Mustapha Adib à sa sortie de prison en 2002 (Photo DR)

 
C’est une interview intéressante. L’ex-capitaine Mustapha Adib se lâche sur la radio Paltalk. Il raconte tout. L’ex-militaire qui a fait sensation en exhibant à Paris une pancarte demandant le départ de Mohamed VI raconte son odyssée dans l’armée de l’air marocaine. La corruption endémique, le jour où Mohamed VI a ordonné lui-même sa détention et jugement après qu’il eut dénoncé la corruption dans l’armée…. (Tu cries au voleur ! L’armée répond : Ferme ta gueule ou on t’accuse de voler).
Ce qui est intéressant, c’est qu’Adib ne se gêne pas au moment de donner les noms des généraux mafieux et tortionnaires. Leur CV et « faits d’armes ».
Adib, c’est aussi une longue litanie d’arrêts de rigueur dans les différentes casernes du royaume, sa demande de démission de l’armée, son kidnapping (et oui, même les militaires sont séquestrés au Maroc) après qu’il eut dénoncé sa situation au journal Le Monde et enfin sa condamnation à une peine de 5 ans de prison par le tribunal militaire de Rabat, ramenée à 2 ans et demi en appel.

Après les deux ans et demi de prison, qu’il a accomplis jour pour jour, il est parti à l’étranger, est revenu au Maroc et a vu comment les portes de l’emploi se fermaient une après l’autre.

Il explique dans le détail pourquoi il a renoncé à la nationalité marocaine. Il divorce du régime, pas du Maroc ni du peuple marocain. Et pourquoi il a décidé de viser la tête de ce conglomérat qui s’appelle le Maroc : le roi lui-même.
Pour comprendre la révolte de Mustapha Adib contre le régime, il faut l’écouter et l’entendre.
Demain
URL courte: http://www.demainonline.com/?p=22009http://www.demainonline.com/?p=22009

samedi 19 février 2011

20 février : Interview en arabe avec le journaliste Boualem Rhobachi

Vous trouverez ci-dessous l’interview (en arabe) que j’ai donnée au journaliste marocain Boualem Rhobachi au sujet du rassemblement du 20 février.
Cordialement,
Ayad Ahram
...............................................................
Réponses aux questions
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مع خالص تقديري
بوعلام غبشي

lundi 31 janvier 2011

Le prince Moulay Hicham : « Le Maroc ne fera probablement pas exception »

Entretien réalisé par IGNACIO CEMBRERO, El País, Madrid, 31/1/2011

Le troisième dans la ligne de succession au trône du Maroc prévoit que le Maroc n’échappera pas aux révoltes qui secouent le monde arabe.

Le prince Moulay Hicham (46 ans), troisième dans la ligne de succession au trône alaouite, se penche sur les révoltes qui secouent le monde arabe depuis fin décembre. Il prévoit que, d’une façon ou d’une autre, le Maroc n’y échappera pas. Moulay Hicham, qui a écrit de nombreux articles sur le monde arabe et parraine un centre de recherches sur cette région à l’Université de Princeton, entretient des rapports conflictuels avec son cousin germain, le Roi Mohamed VI du Maroc.

Question. Est-ce que 2011 sera pour le monde arabe ce que fut 1989 pour le communisme ?

Réponse. Le cours de l’histoire a déjà changé avec le renversement du régime de Ben Ali et quelle que soit l’issue de la crise égyptienne, il est évident que l’ancien régime ne saurait être préservé en l’état. Il faut donc conjuguer le changement au présent et pas au futur. Par ailleurs, le mur qui rendait impossible le soulèvement populaire était le mur de la peur, érigé dans la tête de chacun. Il se trouve que ce mur-ci s’est écroulé, ce qui a donné naissance à des mouvements de contestation démocratique dans le monde arabe. A vrai dire, la crise que connaissent les pouvoirs autoritaires pouvait être devinée depuis longtemps. Seulement, jusqu’aux derniers évènements, elle ne se traduisait que par un malaise profond. La nouveauté est dans le déclic qui a causé des éruptions et s’exprime par une lame de fond dans toute la région.

Q. Ces révolutions tunisienne, égyptienne n’ont pas grand-chose à voir avec ce que nous avons connu jusqu’à présent dans le monde arabe.

R. C’est une rupture avec les schémas précédents qui guidaient les mouvements de contestation dans le monde arabe depuis plus de deux décennies : le conflit israélo-arabe n’est plus au cœur des nouveaux mouvements de démocratisation, l’islamisme radical ne les inspire en rien. Mieux encore, l’acte fondateur de la révolution Jasmin en Tunisie a été l’immolation d’un jeune diplômé-chômeur, ce qui n’a aucun caractère religieux. Les nouveaux mouvements ne sont plus marqués par les anciens antagonismes comme l’anti-impérialisme, l’anti-colonialisme ou l’anti-sécularisme. Les manifestations de Tunis et du Caire ont été dépourvues de tout symbolisme religieux. C’est une rupture générationnelle qui réfute la thèse de l’exceptionnalisme arabe. De plus, ce sont les nouvelles technologies de communication de l’internet qui animent ces mouvements. Ceux-ci proposent une nouvelle version de la société civile où le refus de l’autoritarisme va de pair avec le rejet de la corruption. Ces mouvements sont nationalistes et non-autoritaires à la fois, ils sont pan-arabistes selon un nouveau modèle, en rupture avec la version anti-démocratique qui a sévi par le passé.

Q. Quelles leçons tirer pour le Maroc et pour l’ensemble du Maghreb ?
R. Le Maroc n’est pas encore touché mais il ne faut pas se leurrer sur ce fait : pratiquement tous les systèmes autoritaires vont être atteints par la vague de contestation et le Maroc ne fera probablement pas exception. Reste à savoir si cela se traduira par une contestation purement sociale ou par une revendication politique au sein des formations politiques en place, celles-ci étant enhardies par les récents événements. De toutes manières, il vaudrait mieux prévenir que guérir, procéder à l’ouverture bien avant que la vague de contestation ne déferle, plutôt qu’après. Il sera ainsi possible de préserver une certaine marge de manœuvre. Sinon la crise rendra beaucoup plus malaisé le changement politique. C’est loin d’être un pari gagné car la dynamique de libéralisation politique lancée depuis la fin des années 90 s’est largement essoufflée. De ce fait redynamiser la scène politique marocaine dans ce contexte régional sans tomber dans la radicalisation sera un défi majeur.

Q. En quoi le Maroc ressemble-t-il a su voisin tunisien ?
R. Par rapport à la Tunisie, il est vrai que le Maroc présente davantage de médiation sociale entre le pouvoir politique et les masses mais ces médiations sont sérieusement décrédibilisées et le jeu institutionnel qui les relie est largement verrouillé. La très faible participation aux dernières élections l’a clairement démontré. Par ailleurs, le Maroc, du fait de ses dimensions, présente des différences notables avec la Tunisie : sa population est plus diversifiée, son ancrage dans l’histoire est beaucoup plus ancien et la différentiation sociale est plus grande et plus variée. Néanmoins, le fossé entre classes sociales sape la légitimité du système politique et économique. Les diverses formes de clientélisme dans l’appareil d’Etat mettent en péril sa survie. Enfin, si la majorité des acteurs politiques reconnaissent la monarchie, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils sont mécontents de la vaste concentration du pouvoir dans l’exécutif. Les nouveaux mouvements sociaux en Tunisie, au Yémen, en Jordanie, en Algérie et en Egypte ont mis en évidence la dignité du citoyen comme étant au centre du politique. Indépendamment des qualités humaines de l’individu, et même s’il s’agit d’un monarque éclairé, l’étendue du pouvoir monarchique depuis l’indépendance est incompatible de fait avec cette nouvelle dimension. Et la dignité du citoyen est devenue aujourd’hui fondamentale.


Q. Vous êtes depuis toujours un observateur du monde arabe. Vos conseils sont-ils demandés à Rabat en cette période de turbulences ?
R. Aucune partie, officielle ou officieuse, au Maroc ne m’a demandé mon avis. Le pays regorge d’intelligences et de ressources intellectuelles et politiques. Quant à moi, je compte préserver mon autonomie intellectuelle. Du reste, j’ai mes propres obligations dans le cadre de diverses institutions internationales et mon propre travail.

Q. L’Europe craint l’instabilité sur sa rive sud, une poussée de l’islamisme, une augmentation de l’émigration clandestine etc.
R. Ce n’est pas l’Europe qui est déterminante, pour une fois, ni l’Occident. Ces mouvements ont pris de court des régimes cajolés par l’Occident et, en particulier, en Afrique du Nord, par la France. C’est peut-être pour la première fois depuis l’ère coloniale que le monde arabe s’autodétermine, fait ses propres choix et se donne les moyens de sa démocratisation par des manifestations de rue qui n’ont pas été soutenues par l’Occident. Quant à l’Europe et plus globalement, le monde occidental, il doit se réveiller, arrêter de soutenir des dictatures non-viables et tout faire pour appuyer des mouvements qui visent le changement pluraliste dans la région. Il faut aussi sortir de la dichotomie manichéenne, encouragée par les régimes arabes, qui consiste à faire peur au nom de l’islamisme pour préserver le statu quo. Dans les nouveaux mouvements sociaux, la religion ne joue aucun rôle majeur. C’est plutôt une nouvelle génération sécularisée qui revendique sa liberté et sa dignité de citoyen face à des régimes qui agissent à l’encontre des droits de l’homme et du citoyen. Cela ne signifie pas pour autant que l’islam politique ne va jouer aucun rôle dans l’avenir des sociétés en voie de démocratisation. Il sera un élément parmi d’autres dans l’échiquier politique. Le problème majeur de ces mouvements n’est pas aujourd’hui l’islamisme mais l’absence de leadership politique.
SOURCE : Retrouvez cet article sur le site de El País http://www.medelu.org/spip.php?article710