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samedi 5 octobre 2013

A mon ami Anouzla



Cher ami,
Tu savais et nous savions que la meute ne tarderait pas à être lâchée.
Tu savais et nous savions que la horde sauvage piaffait d'impatience.
Tu savais et nous savions que la curée ne saurait tarder.
Tu savais et nous savions que tu étais dans leur viseur.
Leur restait à trouver un prétexte.

Khalid Jamai
Tu savais et nous savions qu'ils préparaient leur harka contre toi en mobilisant leurs officines nauséabondes spécialisées dans le mensonge, le dénigrement, la diffamation, l'infamie, la fausse rumeur. Officines animées par des plumitifs mercenaires à la solde du makhzen.
Rien ne te fut épargné.
Tu fus calomnié, vilipendé, insulté, trainé dans la boue.
Tu savais et nous savions que ceux qui te harcelaient, te persécutaient, qui s'étaient jurés de te faire la peau étaient les avortons de ce makhzen allergique à la liberté d'expression, d'opinion, à la démocratie, à toute idée de citoyenneté. Nostalgiques et fervents admirateurs de l'ère hassanienne, de son système totalitaire animé par des tortionnaires sanguinaires sans foi ni loi.
Continuité dans le changement !!!!

Cher ami,
Tu savais et nous savions que nous autres journalistes n'étions que des prisonniers en liberté provisoire.
Ce qui nous faisait dire : « nta sabaq ouhna lahkine !!! »(1).
Tu savais et nous savions qu'ils ont à leur disposition tous les moyens pour nous faire taire, pour nous jeter derrière les barreaux.
Tu savais et nous savions que la justice était à leurs bottes, docile, soumise, obéissante, oubliant juste que s'ils peuvent nous mettre en prison, jamais ils ne pourront mettre la prison dans nos têtes, que s'ils peuvent occire le messager, jamais ils ne tueront le message, que jamais, ils ne pourront mettre les fers aux mots et encore moins aux idée !!

Cher ami,
Ils t'accusent de terrorisme pour nous terroriser, pour que les mots de liberté, de vérité, de justice ne sortent plus de nos gorges et que nos mains ne les écrivent plus.
Ces mots ils les veulent crucifiés à jamais.
Ils t'accusent de terrorisme afin que règnent leurs fausses vérités, leurs fausses paroles, afin de nous mettre dans les camisoles de silence.

Cher ami,
Tu savais et nous savions que très nombreux sont les Torquemada qui ont érigé les instances politiques de leurs partis en véritables tribunaux d'inquisition où ils s'octroyèrent les rôles et de « mogharrek »et de juges.
Exit la présomption d'innocence, exit les impératifs de tout procès équitable.
Ce faisant ils ont dévoilé leurs vrais visages hideux de fascistes, ennemis jurés de toute réelle démocratie, de toute forme de tolérance.

Cher ami,
Tu savais et nous savions que tu as commis les « pires crimes » :
- Exiger que ceux qui exercent le pouvoir à quelque échelon que ce soit, soient comptables de leurs décisions, de leurs actes,
- Dévoiler les magouilles et trafics du makhzen économique,
- Dénoncer les prédateurs de notre économie qui se prévalent de leur proximité du pouvoir,
- Divulguer les véritables identités de ceux que le présupposé premier ministre appelle « les tamasihs »(2) et les « afarites »(3).
Ces « crimes » , nous les assumons pleinement aussi.

Cher ami,
Grâce à tes écrits, à tes prises de positions, le mythe du changement s'écroule. Preuve aussi que « darou lokmane ma zalat 3la haliha » (4).

Cher ami,
Tu savais et nous savions qu'à travers toi c'est le site de Lakome qui est visé, un site qui les a mis sous haute surveillance, un site qui grâce à eux a acquis une stature internationale et qui a fait de toi un symbole, de par le monde, de la liberté d'expression.

Cher ami,
Quant à klab al gourna, laisse les aboyer et souviens toi des sages paroles de al imam achafii3i : « Si les chiens peuvent bien danser sur les cadavres des lions, il n'en demeure pas moins que les lions resteront des lions et les chiens des chiens ».
Khalid Jamai, Rabat le 4/10/2013
1- Au suivant
2- Crocodiles
3-Les démons
4-Rien n'a changé dans la maison de « Lokman »


http://fr.lakome.com/index.php/chroniques/1449-a-mon-ami-anouzla

samedi 28 septembre 2013

Interview : Khalid Jamai sur l’affaire Anouzla

Khalid Jamai, journaliste

Khalid Jamai a bien voulu répondre aux questions de Lakome sur l’affaire Ali Anouzla. Pour lui, cette poursuite est hautement politique et témoigne d’un acharnement qui ne date pas d’hier contre la presse libre au Maroc.
Selon vous, pourquoi le journaliste Ali Anouzla fait objet de poursuite dans le cadre de la loi anti-terroriste ?
Il est erroné de croire que c’est Ali Anouzla qui est visé par cette arrestation. L’objectif est de fermer le site Lakome.  Lakome est une équation qui réunit deux expériences gênantes pour le régime marocain : Le journal Hebdo et Al Jarida Al Oula respectivement dirigée par Abou Bakr Jamai et Ali Anouzla. On se souvient tous comment le pouvoir avait usé de toutes sortes de stratagèmes pour juguler ces deux organes de presse.
Lakome constitue, avec d’autres sites d’information électroniques ce dernier carré de résistance de la liberté d’expression au Maroc. Je pense aussi que la version francophone du site gêne les autorités car son contenu touche les représentations diplomatiques et un public étranger habitués aux dépêches et aux communiqués officiels.
Pensez-vous que la ligne éditoriale de Lakome constitue une menace pour le régime marocain ?
Absolument. Lakome mène des investigations sur des problématiques gênantes pour l’entourage du roi Mohammed VI. Je pense notamment à l’enquête sur les carrières de sable pour laquelle aucun communiqué officiel, ni de la part du Cabinet royal, ni du ministère de l’équipement n’est venu démentir les conclusions de cette enquête. C’est aussi Lakome qui a révélé l’affaire du DanielGate.
Pensez-vous qu’Ali Anouzla a fait de l’apologie du terrorisme en informant les Marocains de l’existence d’une vidéo d’Aqmi qui menace le roi du Maroc ?
Je pense plutôt que la vidéo est un prétexte, car les autorités en croyant arrêter Anouzla pensaient faire cesser le site Lakome de fonctionner.
Certains parlent d’acharnement contre la presse indépendante, partagez-vous cet avis ?
Parfaitement. Les censeurs d’aujourd’hui sont en parfaite harmonie avec ce qu’avaient commencé leurs prédécesseurs quelques années auparavant en fermant un certain nombre d’organes de presse comme Demain, Le Journal Hebdo, Assahifa ou Al Jarida Al Oula. C’est la même logique liberticide contre la liberté de la presse qui continue. Le génie qui a orchestré ce procès contre Anouzla est le même esprit qui a pondu l’incident diplomatique avec l’Espagne sur le rocher Leila et qui a failli coûté une guerre entre le Maroc et L’Espagne au point que Colin Powel écrivit dans ces mémoires "ces Marocains qui m’ont fait perdre 24 heures de ma vie !".
La décision de poursuite contre Anouzla aurait alors un caractère politique ?
Je dirai même qu’il s’agit d’une décision hautement politique qui a été prise au cabinet royal, sinon plus haut. Personne ne pourra me faire croire que  le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane ou son ministre de la Justice et des libertés, Mustapha Ramid ont pu prendre pareille décision. Je pense qu’ils ont été les derniers à être informés des poursuites engagées contre Ali, mais ceci n’exonère en rien leur responsabilité dans cette histoire, en tant que membres du gouvernement. Ramid est Chef du parquet. Le fait pour lui de ne pas avoir initié les poursuites n’exclut pas sa responsabilité. Je pense aussi que c’est une affaire qui a été montée au niveau de la Direction des Affaires pénales et des Grâces, connue pour se charger de ce genre de dossier et surtout pour ses liens avec certains cercles influents du pouvoir.
Le ministère public n’a-t-il pas pensé aux conséquences désastreuses d’une telle affaire sur l’image du Maroc d’autant qu’un très large mouvement de solidarité à l’intérieur et à l’extérieur du Maroc s’est constitué en faveur du journaliste Ali Anouzla ?
Mon sentiment est que les autorités marocaines sont conscientes d’enfreindre la loi dans cette affaire. Elles sont dans une logique de répression aveugle qui ne se soucie guère d’une reddition des comptes. Par contre, elles ont sous-estimé les effets d’une telle arrestation. Aujourd’hui, 50 des organisations de défense des droits de l’homme et de libertés de la presse les plus réputées dans le monde s’indignent contre une telle décision. Des tribus sahraouies dont Ali Anouzla est originaire et dont une partie se trouve à Guelmim et l’autre en Mauritanie se sont soulevées contre cette injustice. C’est dire la portée internationale d’une telle décision non réfléchie.
Pensez-vous que le Maroc a eu raison de poursuivre El Pais pour avoir fait un papier sur la vidéo d’AQMI ?
Le ridicule ne tue plus au Maroc ! Je me demande pourquoi Ramid n’attaque pas le site Youtube, tant qu’il y est ! Ou les sites américains qui ont relayé l’information. Mais je ne pense pas que les autorités vont aller  au bout de leur logique liberticide. Jusqu’à maintenant aucune plainte officielle n’a été enregistrée contre le quotidien espagnol. Mais l’intelligence de ce gouvernement n’arrête pas d’égrener des perles. Monsieur El Khalfi, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement nous justifie la plainte contre El Pais par le fait que la vidéo incriminée  a été diffusé en langue arabe. Et là j’ai une question à poser à monsieur le ministre : si la vidéo comportait des expressions diffamatoires à l’égard du roi du Maroc, en anglais ou dans une autre langue, celle-ci aurait été tolérée ?
Le timing de l’arrestation d’Ali Anouzla a-t-il une signification pour vous ?
Je pense que le Makhzen veut nous montrer comment il compte appliquer le contenu de la nouvelle charte de la réforme de la justice et remet ainsi en question la crédibilité de son contenu.
De plus, cette arrestation a été précédé d’une série d’encarts publiés ici et là contre Lakome pour préparer l’opinion publique à une telle décision. Ces articles rappellent la méthode adoptée contre le Journal Hebdo lorsqu’il fut accusé de "5ème colonne", de média pro-polisario ou hostile à l’intégrité territoriale.
Que pensez-vous de la réaction de certains partis politiques concernant cette affaire ?
Ils  restent fidèles à leur vocation. Je vous rappelle le rôle joué par Nabil Benabdellah lorsqu’il était ministre de la Communication ainsi que son acolyte Khalid Nassiri durant l’affaire du Journal Hebdo. On assiste au même modus operandi. On se souvient comment ces deux-là avaient écumé les plateaux de télévisions pour préparer la mise à mort de ce qui restait de la presse libre au Maroc. Le PJD ainsi que les autres partis (MP, RNI, etc…) ont publié des communiqués dans lesquels ils expriment leur solidarité avec ceux qui ont donné l’ordre de poursuivre Ali. La messe est dite. Ces partis partagent une caractéristique qui leur est consubstantielle : ils vont toujours au delà du désir du pouvoir ! 
Votre pronostic sur l’avenir de la presse indépendante ?
Je pense que l’ensemble du peuple marocain et pas seulement la presse sont dans une sorte de « liberté provisoire » qui menace tous les esprits libres et qui se dresse en épouvantail contre toute appréciation critique des centres de décision au Maroc.

jeudi 21 mars 2013

El Jamei & La Monarchie






  • www.youtube.com 
    http://youtu.be/sPbxb5N-0Es

    Mustapha Adib
    Seul le parti du roi existait et existe toujours
    Le doyen des journalistes marocains libres, vétéran politique ayant démontré de sa bonne foi en gelant son inscription au parti de l'Istiklal, et qui est âgé de 67 ans aujourd'hui, dit qu'il n'y a jamais eu  de pluripartisme au Maroc (sauf les groupuscules de gauche et d'extrême gauche) et que seul le parti du roi existait et existe toujours. Il pointe le roi comme responsable puisque le mot "Mekhzen" ne désigne que le roi lui même et que ce mot n'est utilisé que par peur de pointer du doigt le roi lui même.
    Merci Ssi Khalid Jamai pour votre courage et perspicacité.

dimanche 31 juillet 2011

Référendum : "...la risée des chancelleries..."

Si et si et si !
Par  Khalid Jamai, 29/7/2011

Khalid Jamaï
Il est des décisions politiques devant lesquelles on reste dubitatif, plus encore, pantois. Il en est ainsi de l’engagement public du roi Mohamed VI de voter en faveur du projet de la constitution.
En prenant un tel engagement, il s’est départi de son rôle d’arbitre « au-dessus de la mêlée », et a agi en chef de parti. Et surtout a transformé un référendum sur une simple réforme constitutionnelle en référendum sur sa personne et sur la monarchie. De même qu’il a empiété sur la liberté de choix des électeurs et électrices en les acculant à à voter soit pour lui, soit contre lui, d’autant plus que le makhzen s’était saisi de ce oui royal pour stigmatiser ceux et celles qui voulaient, soit se prononcer contre le projet constitutionnel, soit boycotter le référendum. Ces « récalcitrants » furent cloués au pilori, vilipendés, taxés de traîtres au service de l’étranger, de cinquième colonne du Polisario, de mécréants « bouffeurs » de ramadan voués à la géhenne , de déviants sexuels et enfin, suprême anathème, de « msakhet al malik » (les maudis par le roi). Le but recherché de ce lynchage, ramassis de dénigrements, de mensonges, de diffamations, de calomnies et d’insultes, est de livrer ces « sujets régimbant » à la vindicte populaire.
En assimilant le vote sur la constitution à un vote sur le roi, les « grands stratèges » de cette assimilation se sont mis la corde au cou et se sont condamnés à faire en sorte que le projet constitutionnel soit adopté à plus de 90%. A défaut, c’est le régime monarchique qui, disent-ils, sera remis en question.
Rappelons dans ce sens la « mésaventure » de l’hebdomadaire « Telquel » qui avait initié, en collaboration avec le journal «Le Monde », un sondage sur les réalisations des dix années de règne de Mohamed VI. Les deux publications furent censurées pour avoir eu l’outrecuidance de demander aux marocains ce qu’ils pensaient de l’œuvre réalisée par leur monarque lors de cette période.
Explication de M.Khalid Naciri, ministre de la Communication: « Le fait même d'effectuer un sondage dans lequel le pivot central est de demander aux citoyens ce qu'ils pensent de l'œuvre de leur roi est déjà en soit une atteinte au principe et au fondement du système monarchique ».
Signalons, au passage, que… 91% des sondés avaient jugé ce bilan positif ou très positif !!!!
Il semble donc que ce chiffre de 91% constitue un désaveu de la monarchie !!!
Mais en soutenant que voter en faveur de la constitution c’est voter pour le roi n’a-t-on pas fait, justement, du souverain « le pivot central » de cette consultation ?
N’a-t-on pas, aussi, porté « atteinte au principe et au fondement du système monarchique » ?
N’a-t-on pas transformé une consultation référendaire en plébiscite sur le roi et la monarchie ?
Ce faisant, on se condamnait à faire en sorte que la constitution soit avalisée par la quasi-totalité des électeurs.

D’où ce « score » de 98, 50 %, car une moindre « adhésion » aurait porté atteinte à l’aura monarchique selon la logique makhzanéenne.
Or, cette « performance » ne pouvait devenir que la risée des chancelleries de par le monde et assimiler la monarchie marocaine à une monarchie bananière.
Maintenant que serait –il advenu si le roi Mohamed VI ne s’était pas engagé publiquement en faveur du projet constitutionnel,
- s’il avait laissé les « non » et ceux qui ont boycotté s’exprimer librement à l’instar des « oui »,
- s’il avait interdit que l’on fasse appel, rubis sur ongle, à des « Chmakrias », aux « bou chakor », et autres repris de justice et dévoyés qui se présentaient, hélas, comme les remparts de la monarchie,
- s’il avait refusé que le makhzen ne recoure à des méthodes et subterfuges, jadis affectionnés par Basri, passé maître dans l’art de trafiquer toute consultation populaire,
- si on avait tiré la leçon de l’abstention très élevée des électeurs lors des élections législatives de 2007, et ce malgré l’appel pressant du souverain en faveur d’une participation massive.
Tout simplement, le projet de la constitution aurait été avalisé.
Et au cas où il ne l’aurait pas été, le roi aurait pu demander à la Commission Consultative pour la Révision de la Constitution de revoir sa copie……
Au temps d’Hassan II, Noubir Amaoui déclara que le Maroc avait besoin d’une monarchie où le roi règne mais ne gouverne pas.
Courtisans et autre affidés du pouvoir demandèrent au souverain défunt de traduire en justice « l’impertinent » leader syndical. Hassan II opposa un refus catégorique à cette suggestion en affirmant que s’il faisait juger le secrétaire général de la CDT, il allait introduire la monarchie dans le prétoire et la mettrait dans le box des accusés !
Moralité: qui met sa tête dans du son se fait picorer!

mardi 12 juillet 2011

Lettre ouverte à Mr Alain Juppé : Mensonges et flagorneries

Par Khalid Jamai, 12/7/2011 .
Dans un communiqué en date du 2 juillet 2011, vous aviez affirmé que « Les Marocains ont pris une décision claire et historique à l’occasion d’une campagne référendaire transparente » qui se serait déroulée « dans le respect des règles démocratiques »,

De même, vous souteniez que la révision de la constitution a été conduite à partir de « consultations étendues, associant tous les partis politiques, les syndicats et une large palette de représentants de la société civile ».
Mensonges et flagorneries
Par Khalid JAMAI

Monsieur le Ministre,

Enfin vous alléguiez que « La participation du peuple marocain à ce référendum a été forte et a donné lieu à des débats animés et substantiels, reflétés dans les médias et notamment sur Internet ».

Qu’en est-il de l’exactitude de ces propos que vous présentiez comme des vérités indiscutables, intangibles même ?

Un leader de l’USFP, parti de gauche siégeant au gouvernement, Ali Bouabid, pourtant fervent partisan du oui, a écrit sur sa page Facebook, après avoir voté :

« Je viens de voter. Je remets ma carte d’électeur. Je demande si on doit vérifier mon identité. On me dit « on ne fait pas ça ». On trouve mon nom sur les listes. On met une croix en face de mon nom. Je vote. Je demande si je dois signer on me dit non. Je dis : mais vous pouvez mettre autant de croix à la place des personnes qui ne sont pas venues voter puisque aucune signature n’est requise ! Amer. »

Quant au secrétaire général du PJD, parti islamiste, qui a mené compagne en faveur du projet constitutionnel, il a déclaré à l’envoyée du Financial Times : « Les chiffres fournis par le ministère de l’Intérieur sont exagérés. Le taux de participation doit tourner autour de 50%. »

Et, ils ne furent pas les seuls à dénoncer les fraudes massives qui ont entaché cette consultation référendaire. Loin s’en faut. Des dizaines de vidéos circulant sur la toile en apportent les preuves irréfutables. Il en est de même de la presse internationale écrite et télévisuelle telle que France 24 et TV5.

Nous sommes à mille lieux d’une campagne référendaire « transparente » qui se serait déroulée « dans le respect des règles démocratiques », comme vous l’affirmiez.

Monsieur le Ministre,

Pour arriver à ses fins et pour faire croire que le projet de la constitution avait été approuvé par plus de 98,50%, le pouvoir marocain a mobilisé toute son administration, tout son potentiel humain et matériel. De même qu’il a raclé les bas-fonds pour recruter, embrigader, contre monnaie sonnante et trébuchante, (comme le prouvent là aussi les dizaines de vidéos) chômeurs, citoyens dans le besoin, repris de justice, « chmakria », africains sub-sahariens en rupture de ban. Ces énergumènes, véritables « Tontons Macoutes Makhzanéens » ont permis, au régime de sous-traiter sa répression contre les militants du Mouvement du 20 février* , réussissant ainsi, à ne point se faire « tancer » par l’UE et les USA, hostiles à tout recours à la violence contre les manifestations pacifiques comme celles menées par ce mouvement.

Sans oublier l’instrumentalisation de la religion opérée à travers la mise à contribution forcée des imams et le recours à des confréries religieuses telle la Zaouïa Bouchichia.

Cet embrigadement tous azimuts a été rendu impératif pour pallier  l’incapacité des partis politiques, adeptes du oui, à mobiliser les citoyennes et citoyens, et à les contraindre, si c’est nécessaire par la menace et le chantage, à voter en faveur du projet constitutionnel.

Quant au score de 98,50%, qui n’a pu être réalisé que grâce à une OPA opérée par le makhzen sur les urnes, il s’inscrit dans la logique référendaire marocaine : 84% en 1962, 98% en 1972, 99 99% en 1992 et 99, 69% en 1996.

Pouvait-il en être autrement ?

Non, car tous ces référendums ont été présentés comme des référendums sur la monarchie. Or, celle-ci ne peut tolérer d’être remise en cause, ne serait-ce que par une infime partie de la population.

Monsieur le Ministre,

De par les dispositions de la constitution « adoptée », le roi Mohamed VI garde tous ses pouvoirs tant législatifs, exécutifs, judiciaires que religieux, sans qu’il soit pour autant astreint à rendre des comptes. Ce qui constitue une violation de l’article premier de cette même constitution qui établit « Une corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes ». Ajouter à cela la sacralité de ses discours qui ne peuvent faire l’objet de débats.

La révision de la constitution, n’a pas été conduite, comme vous le prétendez, à partir de « consultations étendues, associant tous les partis politiques, les syndicats et une large palette de représentants de la société civile ».

Elle fut initiée par une commission consultative nommée par le roi et constituée d’affidés au pouvoir. Ainsi, en est-il, entre autres, de Mr Ahmed Herzenni ancien président du défunt CCDH pour qui le Maroc a « besoin d’une monarchie traditionnelle, chérifienne et religieuse ».

Rappelons au passage ce qu’il avait « conseillé » aux parents des membres du groupe Zahra Boudkour qui, torturés sauvagement et emprisonnés, menaient une grève de la faim : « Ce que vous pouvez faire de mieux, c’est d’aller acheter des linceuls pour vos enfants » !!

Quant à Mr Abdeltif Mennouni, président de ladite commission, il a tenu à préciser que « le discours royal a déterminé les domaines que doit englober la réforme constitutionnelle » précisant qu’il ne s’agissait « nullement de l’élaboration d’une nouvelle constitution mais uniquement de réformer l’actuelle ».

De consultations, il n’eut point. Tout au plus des auditions. Et pas de réformes en final, que des réformettes.

Monsieur le Ministre,

Vingt-quatre heures après vos déclarations dithyrambiques, des milliers de militants et sympathisants du mouvement du 20 février investissaient les rues de Casablanca, Rabat, Agadir, Oujda, Fès, Tanger, Marrakech et des dizaines d’autres villes et villages pour dénoncer les fraudes massives qui ont marqué le déroulement du référendum. Des pratiques frauduleuses que l’on croyait enterrées à jamais avec les Hassan II, Basri et autres Oufkir.
3 juillet 2011 à Casablanca
Ils ont aussi manifesté pour revendiquer le droit à la liberté, à la dignité, à la justice, pour réclamer une meilleure répartition des richesses, une vraie séparation des pouvoirs, la fin de l’impunité, de l’affairisme royal et de la corruption qui sévit aux plus hauts échelons de l’Etat. De telles manifestations ne constituent-elles pas un démenti cinglant à vos pseudo-vérités ?

Monsieur le Ministre,

Vos propos n’ont rien à envier à ceux du président Sarkozy qui avait félicité,

- avant même l’annonce officielle du résultat de l’élection présidentielle, M. Bouteflika pour sa victoire obtenue avec… 90% des voix ;

-avant tout le monde, MM. Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev pour leurs succès électoraux réalisés dans des conditions frauduleuses ;

-Ben Ali pour « les progrès de la démocratie en Tunisie » où les élections étaient aussi démocratiques que dans l’ancienne RDA.

Monsieur le Ministre,

Auriez-vous trouvé plausible qu’un référendum soit voté à plus de 98,50 % dans votre pays ?

Auriez-vous accepté que votre gouvernement mobilise, à son profit, tous les moyens de l’Etat pour mener campagne lors d’une consultation référendaire ?

Auriez-vous admis que les discours de votre président de la république ne fassent pas objet de débats ? Auriez- vous toléré que votre chef d’Etat ne rende pas compte de ses décisions, de sa politique ?

Bien sur que non.

Alors pourquoi chanter les louanges de tels dérèglements qui contredisent, sapent même les fondements de toute véritable démocratie?

Pour quoi ce tissu d’inexactitudes, pour ne pas dire de mensonges ?

Vos flagorneries sont une insulte pour le peuple marocain.

Monsieur le Ministre,

Avez-vous fait preuve de mauvaise foi en tombant en pâmoison devant la nouvelle constitution marocaine que l’on a triturée, en catimini, jusqu’à la dernière minute ? Savez-vous que le texte officiel du projet de constitution, soumis au référendum, a été publié par le Bulletin officiel 5952bis le 17 juin 2011, a été retouché en catimini le 30 juin 2011 soit la veille du référendum ? Et que le bulletin officiel 5956 qui a publié ces « correctifs » n’a été rendu disponible sur le site du secrétariat général du gouvernement que le 06 juillet 2011 ? Ces « correctifs » sont loin des coquilles d’orthographe car elles concernent la nomination du président de la chambre constitutionnelle et diminuent encore les prérogatives du chef de gouvernement au profit du roi. Ainsi, la nouvelle constitution n’est pas celle qui a été proposé à référendum.


Avez-vous été mal informé et donc induit en erreur par vos services ?

Pourtant, votre ambassadeur à Rabat, Mr. Bruno Joubert est un spécialiste du renseignement. N’a-t-il pas occupé le poste de directeur de la stratégie à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) au Ministère de la Défense de 1997 à 2001 ?

Ou avons-nous affaire à un double langage ?

Une fois encore, vous semblez préférer écouter les dirigeants et leurs divagations et ignorer la voix du peuple. Une fois encore, vous semblez tabler sur le passé au lieu de miser sur l’avenir. Une myopie politique que, hélas, partage avec vous, Catherine Ashton et Hillary Clinton!

---
*C’est un mouvement pluriel qui regroupe, entre autres, démocrates, marxistes , anti- mondialistes , étudiants, diplômés chômeurs et islamistes , principalement ceux d’El Adl Wa EL Ihsan (Justice et bienfaisance) qui appellent, désormais, à un Etat civil.
http://fr.lakome.com/politique/42-actualites-politique/530--lettre-ouverte-a-mr-alain-juppe-par-khalid-jamai-mensonges-et-flagorneries.html

jeudi 23 juin 2011

19 juin 2011 : APRES L’ETAT MAKHZANIEN ARRIVE L’ETAT « CHMAKRI »

PAR KHALID JAMAI

Le 19 juin 2011.

Triste journée pour la monarchie.

Triste journée pour le gouvernement.

Triste journée pour le régime.


Triste journée pour des partis qui furent, à un moment de l’histoire contemporaine de notre pays, fers de lance du changement, de la démocratie, de la justice, de la liberté, plaidant pour un citoyen libre dans un pays libre.

Triste journée, mais combien révélatrice pour toutes ces composantes, acculées, faute de mieux, à faire appel, contre monnaie sonnante et trébuchante, à des repris de justice, à des voyous de la pire espèce, à des « chmakrias » pour faire l’apologie de la nouvelle constitution.

Les dizaines de vidéos circulant sur le net sont plus qu’édifiantes quant aux profils de ces « Chmakrias ».

Sur l’une d’elles enregistrée à Safi et rapportant « une manifestation spontanée », des « chmakris » scandent « Ahaab yourid zatla wal lfanid »(1), ( Le peuple veut du « hach » et des comprimés hallucinogènes ) 

Sur une autre enregistrée à Casablanca, un «chmakri» déclare, hilare : « Nous avons fait quinze prisonniers parmi les militants du 20 février et nous les avons délestés de leurs portables ».

Si on était dans un État de droit, un tel individu aurait été poursuivi pour vol qualifié. Ce qui ne sera pas le cas bien entendu.

Sur une troisième, une « chmakria » réclame son dû pour sa « prestation en faveur de la constitution» et se voit répondre qu’elle doit attendre… que le roi ait fini de prononcer son discours.

Quelle déchéance et quelle décrépitude pour un makhzen réduit à de telles extrémités et condamné à recourir à de telles bassesses, à de telles méprisantes magouilles. 

Pourquoi ce recours à ces « chmakrias », pour organiser des « manifestations spontanées », dans toutes les villes, dans les lieux et aux moments où devaient manifester les militants de M.20 février ?

Un tel timing indique que l’on a affaire à une action planifiée qui s’inscrit dans une stratégie makhzanienne visant à contrer et à faire taire ce mouvement.

Le recours à ces énergumènes, payés entre 40 et 200 DH chacun, serait le moyen qu’ont trouvé les stratèges du Makhzane pour poursuivre la répression du M. 20 sans pour autant indisposer les USA et l’UE qui ont clairement fait savoir qu’ils s’opposaient à tout recours à la violence contre les manifestations pacifistes.

Par le biais aussi de ces dévoyés, le pouvoir pourra continuer à terroriser les militants de ce mouvement, voire à organiser contre eux des expéditions punitives.

Grâce à ce stratagème, le makhzen entend sous- traiter sa répression.

De même qu’il pourra toujours arguer, en cas de violence, qu’il ne s’agit que d’affrontements entre pro et anti nouvelle constitution. Il croit pouvoir, ainsi, tromper américains et européens. Or ceux-là, comme chacun sait, disposent de tous les moyens pour être au courant, et dans les plus petits détails, de ce qui se passe sur la scène politique marocaine, comme l’ont montré les révélations publiées par Wikileaks concernant la corruption qui sévit aux plus hauts niveaux de l’Etat.

De même, ce recours est le seul moyen qui restait pour le makhzen pour remédier à l’incapacité des partis, tels que ceux de l’Istiqlal, l’USFP, le PPS et autre RNI, à mobiliser les masses populaires et faire contre poids aux militants du 20 février.

Enfin, et comme le fait remarque un internaute, l’instrumentalisation des « chmakrias » de la plus vile et pire espèce révèle « Un makhzen aux abois, enfoncé dans ses contradictions, ses incuries, et ses aveuglements qui fuit en avant et adopte la concertation sur ses positions, ses privilèges, obsédé et dominé par son autoritarisme sans bornes, ses habitudes et pratiques moyenâgeuses et ses coutumes d’hégémonie et de force brutale »

Mais, les « stratèges makhzanéens » semblent avoir oublié qu’en faisant appel à ces hordes de dépravés, ils ont, non seulement, attenté gravement à l’image et à la crédibilité de Mohamed VI, mais transformé le referendum sur la constitution en referendum sur la monarchie et sur la personne même du monarque. 

De même qu’ils laissent supposer que le roi n’a plus pour autres soutiens que balafrés, repris de justice, drogués et autres « Bouchakors ».

Le recours aux « chmakrias », en fait un copié coller de ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, n’est pas une nouvelle innovation « makhzanienne ».

Que l’on se rappelle comment les autorités avaient mobilisé des « chmakrias » pour s’attaquer au « Journal hebdomadaire » lors de l’affaire des caricatures du prophète. 

Que l’on se rappelle les « manifestations spontanées » initiées et orchestrées par ce même makhzen contre l’AMDH et le journaliste Mrabet.

Mais ce recours a eu le mérite, le grand mérite de révéler encore plus de visage hideux et voyou de ce régime et faire comprendre, à tout un chacun, que les dispositions de la nouvelles constitution concernant les droits humains, la liberté d’expression, le droit à la différence ne sont rien d’autre que de la poudre aux yeux.

En faisant appel aux « chmakrias », le régime joue aux apprentis sorciers car ceux-ci sont incontrôlables. Ainsi, tôt ou tard, l’un d’eux commettra l’irréparable.
Lors des manifestations de dimanche dernier les agents du makhzen désignaient les cibles pour ces « chmakrias » lesquels s’empressaient de les attaquer. C’est ainsi que Samira Kinani membre de la direction de l’AMDH, fut battue, insultée, ses agresseurs voulant la forcer à clamer « vive la roi » et « allah, al watan, al malik ».

Quant à Khadija Ryadi, présidente de la dite association, elle risqua le pire. 

Un régime réduit à de telles extrémités mérite qu’on lise à son encontre la fatiha.

A signaler, au passage, que jamais pendant les années les plus noires du régime de Hassan II, le pouvoir n’eut recours à des « chmakrias » pour défendre ses option.

Après l’Etat makhzanien arrive, à grands renforts de « chamakria » et de repris de justice, l’Etat « chmakri ».

-1« Zalta », terme de l’argot algérien signifiant Hachich 

jeudi 16 juin 2011

LORSQUE TOMBE LE MUR DE LA PEUR
Par KHALID JAMAI, 8/6/2011
Pendant des jours et des jours, ils ont voulu terroriser les jeunes du mouvement du 20 février, leurs parents leurs proches
Pour cela, ils n’ont reculé devant aucun moyen : mobilisation des Moqadem, des chioukh, des « baltagia »et autres sbires. Puis ce furent les répressions sauvages frôlant la barbarie des 15, 22 et 29 mai qui se sont soldées par des dizaines de blessés et autres traumatismes comme ceux dont devait succomber Kamal Amari.
Ainsi, et selon une enquête de l’ONG belge l’Alliance for Freedom and Dignity (AFD) menée à Safi, le militant du mouvement du 20 février serait mort des suites d’une agression mortelle perpétrée par une nouvelle unité de la police appelée les « Aigles » dont la spécialité est de repérer des manifestants durant les marches pacifiques, puis de les suivre après la manifestation, les arrêter et les tabasser « gratuitement ». Ces "Aigles" interpellent aussi les manifestants avant l’heure des rassemblements ou pendant, les jettent dans des camionnettes banalisées afin de les conduire en dehors de la ville (Minimum 15 km). Lors du trajet, ils sont frappés, insultés, menacés puis délestés de leur carte d’identité, de leur téléphone portable, de leur argent, de leurs chaussures puis laissés dans l'obscurité, loin de tout.
Par ces méthodes, ces pratiques dignes des républiques bananières, le régime croyait pouvoir venir à bout de ce mouvement qui lui semblait relever d’un épiphénomène, voire d’un phénomène de mode.
Un mouvement animé par quelques « ba3aliques », par quelques « brahech » qualifiés par les défenseurs du régime de « pédés », « d’efféminés » de « bouffeurs de ramadan » et par quelques « barhouchates » taxées de « putes », de « males baisées ». Les uns et les autres formant une « cinquième colonne » au service du Polisario et « Chevaux de Troie » aux ordres des ennemies du pays.
Le régime ne s’est pas contenté de ces pratiques barbares, de ce langage ordurier qu’un Khalid Naciri qualifie de « civilisés », mais a tenu à officialiser, par écrit, ses menaces, son terrorisme physique et psychologique et ce en envoyant des lettres officielles aux dirigeants de ce mouvement et des ONG et partis politiques qui soutiennent ces jeunes. Des lettres indiquant que toute manifestation, ou rassemblement étaient interdits sans autorisation préalable, précisant que toute infraction à ces dispositions, mettrait les contrevenants hors la loi. Ceux-ci devant assumer les conséquences de ces manquements à la loi.
Bien entendu le régime n’entendait délivrer aucune autorisation.
Ce n’était là, pour lui que simple stratagème, simple subterfuge pour « légitimer » sa teneur et les violations des droits humains, des citoyens et citoyennes.
Malgré cette stratégie de teneur qu’ont avalisé par leur silence la quasi-totalité des partis politiques, ils et elles sont descendus dans les rues de plus de 80 villes et villages. Des dizaines de milliers relevant le défi, passant outre l’interdiction, dépassant la peur, et la peur de leur peur du makhzen, de ses gros bras, et ses sbires qui n’ont rien à envier aux plus dévoyés et aux plus endurcis des « chmakrias ».
Ils et elles sont descendus dans les rues conscients des risques et des dangers qu’ils couraient, mais déterminés à faire face aux coups, aux insultes, aux humiliations auxquelles ne manqueront pas de recourir les forces dit de l’ordre.
Ils et elles avaient décidé de payer de leur vie s’il le fallait comme le fit Kamal Amari.
Ils, elles savaient que lorsqu’on accepte de tout perdre, on devient invincible.
Ils et elles sont descendus pour réclamer leurs droit, pour exiger que soient respectées leur dignité, leur liberté, leur choix de société, que soient satisfaites leurs revendications.
Ils et elles ont voulu rendre la honte plus honteuse, de servir de miroir brisé pour le régime. Miroir qui reflétera le vrai visage de la nouvelle ère. Visage odieux, innommable, qui se cachait derrière un masque policé.
Et le monde découvrit, à travers les dizaines de vidéo, relayées par des dizaines de chaines de télévision, la mort en direct de Kamal Amari au visage tuméfié, battu sauvagement qu’il fut par plusieurs policiers le 29 mai à Safi, le passage à tabac d’une citoyenne avec son gamin et de ce jeunes de 15 ans victime d’une horde de flics hystériques, sans oublier la tête ensanglantée de Oussama Khalifi.. .
En un mot les « moyens civilisés » utilisés par les forces de l’ordre et portées au pinacle par un Khalid Naciri.
Le dimanche 5 juin, les meutes sont tenues en laisse. Point de curée ni de haro sur les militants du Mouvement du 20 février.
Le makhzen a fait marche arrière, non parce qu’il avait été touché par une quelque grâce démocratique, mais parce que forcé et contraint.
Forcé et contraint par des dizaines de milliers de citoyens et citoyennes décidés à mourir pour leur liberté, leur dignité, leurs droits.
Forcé et contraint parce qu’il se savait, désormais, mis à nu, démystifié par ces dizaines de vidéos qui ont fait le tour du monde.
Forcé et contraint par ce que l’UE et les USA ne veulent pas d’un dérapage à la yéménite ou à la libyenne au Maroc, parce que dénoncé par les organisations des droits humain telle Amnesty International
Forcé et contraint parce qu’il n’avait plus de choix, car ne lui restait que le recours aux balles réelles et au massacre à la mitrailleuse. Ce que jamais l’occident ne tolérera.
Cela ne veut pas dire, pour autant, qu’il a renoncé.
Mais tel que le cumin le makhzen n’entend raison que lorsqu’on l’affronte, que lorsque tombe le mur de la peur qu’il inspire.

jeudi 24 février 2011

La gifle

Khalid Jamaï
Par Khalid Jamaï, lakome.com, 16/2/2011

Avec leurs divers services de renseignements qui se targuent d’être les plus performants du monde, avec leurs innombrables think tanks, leurs bureaux d’études et de recherches, leur panoplie de diplomates, l’Europe, les USA, Israël, ont été pris au dépourvu par le tsunami populaire qui a emporté les régimes dictatoriaux tunisien et égyptien et dont l’onde de choc n’épargnera surement pas le reste du monde arabo-islamique.
Rappelons que les services « barbouzes » américains, pour reprendre le qualificatif utilisé par le journal satirique français « Le Canard enchainé », sont au nombre de 16, regroupant quelques 100 000 fonctionnaires et consommant près de 100 milliards de dollars dont 80 fournis par le seul Pentagone. C’est tout dire !!!
Comment avec de tels moyens, expliquer un tel aveuglement politique ?
Toute réponse à cette question ne peut être que plurielle.
Tout d’abord, ils semble que l’Occident a péché par arrogance et par son mépris total des peuples arabes, un mépris aux relents racistes.
Que l’on se rappelle le discours de Sarkozy à Dakar où il avait affirmé que « l’homme africain ne serait pas assez entré dans l’histoire ».
Ainsi, cet homme africain, y compris sa composante arabe, serait un sous homme, non seulement a-historique, mais atteint d’une déficience génétique qui le rendrait inapte, ou du moins réfractaire à la démocratie.
De tels propos véhiculent, en outre, une posture et une pensée colonialistes dont, principalement, les dirigeants français, hollandais, belges et anglais n’arrivent pas à se défaire, tellement elles sont intégrées dans leur subconscient.
A ce mépris, il y a lieu d’ajouter une islamophobie latente.

D’où leur certitude qu’une déferlante islamiste est à leurs portes.
Ce qui les a poussés à mettre dans le même sac El Qaïda, islamistes tunisiens du parti « Ennahdha » et Frères Musulmans égyptiens.
Obnubilés de la sorte, ils se sont alliés aux régimes arabes dictatoriaux, tels ceux de Ben Ali et de Moubarak et de bien d’autres, en qui ils ont vu un rempart contre cette déferlante imaginaire. Une attitude où on est tenté de voir quelques résidus inconscients des croisades.
De surcroit, ces dictatures, non seulement, n’ont nullement sécularisé leurs sociétés, mais ont fait bon ménage avec une islamisation de type néo-fondamentaliste comme le fait remarquer pertinemment le chercheur français Olivier Roy.
Exit les droits de l’homme et l’instauration de la démocratie.
Scotomisés et occultés la répression, le recours à la torture, le pillage des richesses par ces dictateurs prédateurs « amis » à qui certains dirigeants européens, français notamment, ne répugnent pas à solliciter, à l’occasion, certains « menus » services.
Les dirigeants occidentaux furent, par ailleurs, traumatisés par la révolution iranienne. Ce qui explique cette islamophobie latente, cause aussi de leur aveuglement politique.
Analysant les soulèvements tunisien et égyptien à travers cette révolution iranienne, par ailleurs vieille de plusieurs décades, ils sont passés à coté du fait qu’ils avaient affaire à de nouvelles générations qui n’avaient nullement pour modèle ladite révolution.
A titre indicatif, en Égypte, ces nouvelles générations constituent 50% de la population, sont instruites, ouvertes sur le monde, maitrisent les nouveaux moyens de communication.
Et, si nombre de ces jeunes sont des musulmans pratiquants, ils sont persuadés que l’islam n’est pas une panacée à même de résoudre leurs problèmes.
Le voile et la barbe deviennent ainsi une affirmation individuelle et non l’expression d’un quelconque obscurantisme ou fanatisme.
Yassin Alkhalil
C’est ce qui explique l’absence, lors des manifestations aussi bien en Tunisie qu’en Égypte, de slogans à connotation idéologique. De même qu’on n’y releva aucune diatribe anti-impérialiste ou anti-israélienne.
Toutes les revendications s’inscrivaient dans les droits universels: droit à la liberté d’expression et d’opinion, droit à la dignité, à la démocratie.
L’Occident qui s’attendait à voir déferler des hordes sauvages, détruisant, saccageant, pillant tout sur son passage, resta pantois devant la discipline, le sens de responsabilité, le refus de tout recours à la violence par ces peuples qui ne voulaient ni se venger, ni se livrer à un règlement de compte quelconque.
Comportement et attitude des plus civilisés.
Leçon de civisme.
Attitudes et postures qui ont pris à contre pieds un Occident abasourdi.
Démentis cinglants aux scenarii catastrophes d’une déferlante verte.
Démentis cinglants aussi pour ceux qui clamaient que les chrétiens étaient en danger en terre d’islam.
Ainsi, l’on vit sur la place « Attahrir » au Caire, les musulmans faire leurs prières sous la protection des coptes !!!
Ainsi, l’on vit, aussi, sur cette même place des pancartes et drapeaux où le croissant et la croix formaient un seul et unique signe religieux.
Nous sommes loin de la guillotine et des piques de la révolution française, des décapitations qu’a connues la révolution anglaise menée par Cromwell, des milliers de morts de la guerre civile américaine.
Par contre, l’occident a eu droit à une première, celle de voir un raz le bol, une exaspération se transformer en un soulèvement, puis en révolte, puis en révolution, et ce en quelques jours sans que ces mutations ne soient initiées ou orchestrées par quelque direction ou chef charismatique.
Des millions de citoyens agissant et pensant comme un seul homme.
Point de discipline mais une même et stricte autodiscipline.
Du jamais vu.
Ce qui ne fut pas le cas lors des « révolutions oranges » qu’a connues l’Europe de l’est. Révolutions financées par la CIA et autres Soros et boostées par les média occidentaux au contraire des révolutions tunisienne et égyptienne vis-à-vis desquelles l’Occident opta, dans un premier temps, pour le wait and see, puis pour une certaine neutralité.
Et lorsque furent chassés Ben Ali et Moubarak, deux hantises pour cet occident : le danger islamiste et le devenir d’Israël.
Puis, devant l’irréversible, on cloua au pilori les dictateurs hier encore encensés et courtisés.
On invita, bien entendu, les nouveaux régimes à instaurer, au plus tôt, la démocratie tout en espérant que celle-ci ne remettra pas en question les intérêts économiques et stratégiques de l’occident ou le devenir de l’état hébreux.
Avec les révolutions tunisienne et égyptienne et les dynamiques qu’elles vont engendrer, à l’échelle du monde arabo-musulman, on assiste un « turning point ».
Un nouveau Proche-Orient est en train de voir le jour, et ce n’est pas celui qu’espérait l’Occident. Un Occident appelé à plus de modestie.
Ironie de l’Histoire : Ben Ali, l’éradicateur des islamistes trouva refuge dans le pays le plus obscurantiste de la planète : l’Arabie Saoudite.
Et, il a suffit de vingt-trois jours pour balayer une dictature tunisienne qui a duré vingt-trois années et trente secondes (1) pour enterrer une tyrannie égyptienne qui a duré trente années !!!!!!
(1) Durée de l’allocution annonçant le départ de Moubarak prononcée par Omar Souleymane.