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jeudi 16 juin 2011

LORSQUE TOMBE LE MUR DE LA PEUR
Par KHALID JAMAI, 8/6/2011
Pendant des jours et des jours, ils ont voulu terroriser les jeunes du mouvement du 20 février, leurs parents leurs proches
Pour cela, ils n’ont reculé devant aucun moyen : mobilisation des Moqadem, des chioukh, des « baltagia »et autres sbires. Puis ce furent les répressions sauvages frôlant la barbarie des 15, 22 et 29 mai qui se sont soldées par des dizaines de blessés et autres traumatismes comme ceux dont devait succomber Kamal Amari.
Ainsi, et selon une enquête de l’ONG belge l’Alliance for Freedom and Dignity (AFD) menée à Safi, le militant du mouvement du 20 février serait mort des suites d’une agression mortelle perpétrée par une nouvelle unité de la police appelée les « Aigles » dont la spécialité est de repérer des manifestants durant les marches pacifiques, puis de les suivre après la manifestation, les arrêter et les tabasser « gratuitement ». Ces "Aigles" interpellent aussi les manifestants avant l’heure des rassemblements ou pendant, les jettent dans des camionnettes banalisées afin de les conduire en dehors de la ville (Minimum 15 km). Lors du trajet, ils sont frappés, insultés, menacés puis délestés de leur carte d’identité, de leur téléphone portable, de leur argent, de leurs chaussures puis laissés dans l'obscurité, loin de tout.
Par ces méthodes, ces pratiques dignes des républiques bananières, le régime croyait pouvoir venir à bout de ce mouvement qui lui semblait relever d’un épiphénomène, voire d’un phénomène de mode.
Un mouvement animé par quelques « ba3aliques », par quelques « brahech » qualifiés par les défenseurs du régime de « pédés », « d’efféminés » de « bouffeurs de ramadan » et par quelques « barhouchates » taxées de « putes », de « males baisées ». Les uns et les autres formant une « cinquième colonne » au service du Polisario et « Chevaux de Troie » aux ordres des ennemies du pays.
Le régime ne s’est pas contenté de ces pratiques barbares, de ce langage ordurier qu’un Khalid Naciri qualifie de « civilisés », mais a tenu à officialiser, par écrit, ses menaces, son terrorisme physique et psychologique et ce en envoyant des lettres officielles aux dirigeants de ce mouvement et des ONG et partis politiques qui soutiennent ces jeunes. Des lettres indiquant que toute manifestation, ou rassemblement étaient interdits sans autorisation préalable, précisant que toute infraction à ces dispositions, mettrait les contrevenants hors la loi. Ceux-ci devant assumer les conséquences de ces manquements à la loi.
Bien entendu le régime n’entendait délivrer aucune autorisation.
Ce n’était là, pour lui que simple stratagème, simple subterfuge pour « légitimer » sa teneur et les violations des droits humains, des citoyens et citoyennes.
Malgré cette stratégie de teneur qu’ont avalisé par leur silence la quasi-totalité des partis politiques, ils et elles sont descendus dans les rues de plus de 80 villes et villages. Des dizaines de milliers relevant le défi, passant outre l’interdiction, dépassant la peur, et la peur de leur peur du makhzen, de ses gros bras, et ses sbires qui n’ont rien à envier aux plus dévoyés et aux plus endurcis des « chmakrias ».
Ils et elles sont descendus dans les rues conscients des risques et des dangers qu’ils couraient, mais déterminés à faire face aux coups, aux insultes, aux humiliations auxquelles ne manqueront pas de recourir les forces dit de l’ordre.
Ils et elles avaient décidé de payer de leur vie s’il le fallait comme le fit Kamal Amari.
Ils, elles savaient que lorsqu’on accepte de tout perdre, on devient invincible.
Ils et elles sont descendus pour réclamer leurs droit, pour exiger que soient respectées leur dignité, leur liberté, leur choix de société, que soient satisfaites leurs revendications.
Ils et elles ont voulu rendre la honte plus honteuse, de servir de miroir brisé pour le régime. Miroir qui reflétera le vrai visage de la nouvelle ère. Visage odieux, innommable, qui se cachait derrière un masque policé.
Et le monde découvrit, à travers les dizaines de vidéo, relayées par des dizaines de chaines de télévision, la mort en direct de Kamal Amari au visage tuméfié, battu sauvagement qu’il fut par plusieurs policiers le 29 mai à Safi, le passage à tabac d’une citoyenne avec son gamin et de ce jeunes de 15 ans victime d’une horde de flics hystériques, sans oublier la tête ensanglantée de Oussama Khalifi.. .
En un mot les « moyens civilisés » utilisés par les forces de l’ordre et portées au pinacle par un Khalid Naciri.
Le dimanche 5 juin, les meutes sont tenues en laisse. Point de curée ni de haro sur les militants du Mouvement du 20 février.
Le makhzen a fait marche arrière, non parce qu’il avait été touché par une quelque grâce démocratique, mais parce que forcé et contraint.
Forcé et contraint par des dizaines de milliers de citoyens et citoyennes décidés à mourir pour leur liberté, leur dignité, leurs droits.
Forcé et contraint parce qu’il se savait, désormais, mis à nu, démystifié par ces dizaines de vidéos qui ont fait le tour du monde.
Forcé et contraint par ce que l’UE et les USA ne veulent pas d’un dérapage à la yéménite ou à la libyenne au Maroc, parce que dénoncé par les organisations des droits humain telle Amnesty International
Forcé et contraint parce qu’il n’avait plus de choix, car ne lui restait que le recours aux balles réelles et au massacre à la mitrailleuse. Ce que jamais l’occident ne tolérera.
Cela ne veut pas dire, pour autant, qu’il a renoncé.
Mais tel que le cumin le makhzen n’entend raison que lorsqu’on l’affronte, que lorsque tombe le mur de la peur qu’il inspire.

mardi 7 juin 2011

Mission d'observation du 3 juin 2011 à Safi -décès de Kamal Amari

De : Rachid Zrioui, 5/6/ 2011
l'agonie de Kamal

Rapport succinct de notre dernière mission d'observation du 3/6/2011 à Safi, merci de faire suivre



Ce vendredi 3 juin 2011 AFD International et Me Samira Gazzaz Avocate au Barreau de Bruxelles se sont rendus dans la ville de Safi (Maroc) dans le but d'enquêter sur la mort du jeune Kamal Amari décédé dans des circonstances inquiétantes.
Les observateurs ont pu rencontrer d’une part, les frères de Kamal Amari,  Abdelilah Amari, Nordin Amari, Mohamed Amari qui ont expliqué comment leur frère a été tué et d’autre part, le comité de coordination du mouvement 20 février de la ville de Safi.

La première rencontre s'est déroulée au domicile d'un ami de la famille.

La seconde rencontre s’est tenue dans les locaux du parti politique « Union Socialiste Unifié » de Safi avec une délégation des jeunes du mouvement du "20 février".

Ces deux rencontres ont permis aux observateurs de recouper les informations récoltées.

Le décès fait suite à une répression accrue des manifestations depuis le 22 mai 2011 et qui a connu son paroxysme le 29 mai 2011.

Kamal
Un rapport détaillé reprenant l'ensemble des constats et témoignages de la famille du défunt mais également des jeunes du mouvement du 20 février, victimes des mêmes pratiques violentes lors des deux dernières manifestations du 22mai 2011 et du 29 mai 2011 est en cours d’élaboration

Kamal Amari est né le 24 aout 1981, il était universitaire en physique. Il donnait des cours du soir en mathématique et physique. Depuis quelques mois,  faute de trouver un emploi dans son domaine, il travaillait en tant que gardien pour une société privée au port commercial de Safi. De nature très calme et apprécié de tous,  il faisait partie des citoyens qui répondent régulièrement aux appels des manifestations du collectif du 20 février de la ville de Safi.

Le 29 mai 2011 de retour de la manifestation pacifique dans sa ville sur le chemin de son travail, il est accosté par des policiers qui lui demandent les papiers de sa mobylette.

A la question "Faisiez-vous partie de la manifestation ? »  Kamal répondit très naturellement "Oui".

C'est à ce moment que l'enfer commence pour lui. Il est frappé d'après les témoins par 7 policiers, aucune partie de son corps n'est épargnée, des coups de poing, de pieds les forces de l’ordre utilisent des matraques

Les témoins parlent d’une  violence inouïe et gratuite.

Dans cette ambiance de peur et de panique, Kamal Amari, ne sera conduit chez lui que tardivement dans un état très dégradé.

Kamal n'osera pas se rendre à l'hôpital de peur d'être à nouveau arrêté et torturé, mais face aux douleurs, il se résigne à se rendre dans à  la clinique.

En effet, des rumeurs circulent sur la présence des forces de l’ordre au sein de l' hôpital arrêtant tous les blessés se présentant aux urgences.

Des vidéos sur internet nous montre un Kamal agonisant à petit feu (voir vidéo) qui s'éteindra le jeudi dans le même hôpital.

La rencontre avec les membres du comité du 20 février nous à permis de confirmer les pratiques utilisées par les "Aigles"[1] qui interpellent les manifestants avant l’heure des rassemblements ou pendant  et les jettent  dans des camionnettes banalisées afin de les conduire en dehors de la ville  (Minimum 15 km) lors du trajet, ils sont frappés, insultés, menacés.

A l’arrivée, leurs tortionnaires les sortent des camionnettes, leurs confisquent carte d’identité, téléphone portable, argent, chaussures, et les laissent ainsi dans l'obscurité, loin de tout, dans un état physique et psychique très dégradé. Plusieurs victimes ont confirmé ces mêmes pratiques :

Monsieur Othman Hanzaze déclare être passé par ces camionnettes.

Le 29 mai 2011, il a été molesté, insulté, menacé. On lui a confisqué, sa carte d’identité, deux téléphones portables et son scooter. Il a été laissé à près de 15  Km de Safi.

Monsieur Hafid Zarzar déclare également être victime des « aigles » le 29 mai 2011.

Il était présent et nous avons pu constater les blessures laissées sur son corps par les policiers, sa jambe gauche était de couleur bleue, gonflée de partout,  et il est incapable de marcher.

Les mêmes faits nous sont rapportés par d'autres et tous vont dans le même sens: enlèvements, confiscations (vols) des biens, tortures, menaces de viols, d’emprisonnement.

Les membres du mouvement du 20 février sont interpellés avant, pendant et après les manifestations. D'après les témoins rencontrés certaines personnes sont au moment où nous rédigeons ce texte dans un état grave et ont peur de se rendre dans un hôpital pour se faire soigner.  Tout est mis en place pour terroriser les jeunes  et les contraindre à ne plus sortir manifester.

AFD International appelle une fois de plus les autorités marocaines à stopper toutes violences à l'encontre des membres du mouvement du 20 février et à respecter leurs droit de se rassembler, de manifester, et de s’exprimer librement.

AFD International
Département Moyen-Orient et Nord Afrique
Site web: http://www.afdbelgium.org/afd/index.php?option=com_content&view=article&id=368:kamal&catid=87:communiques-afd&Itemid=391

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[1] Policiers civils se déplaçant sur des motos (souvent en binôme) qui se chargent de mâter les manifestants.