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mardi 7 juin 2011

Mission d'observation du 3 juin 2011 à Safi -décès de Kamal Amari

De : Rachid Zrioui, 5/6/ 2011
l'agonie de Kamal

Rapport succinct de notre dernière mission d'observation du 3/6/2011 à Safi, merci de faire suivre



Ce vendredi 3 juin 2011 AFD International et Me Samira Gazzaz Avocate au Barreau de Bruxelles se sont rendus dans la ville de Safi (Maroc) dans le but d'enquêter sur la mort du jeune Kamal Amari décédé dans des circonstances inquiétantes.
Les observateurs ont pu rencontrer d’une part, les frères de Kamal Amari,  Abdelilah Amari, Nordin Amari, Mohamed Amari qui ont expliqué comment leur frère a été tué et d’autre part, le comité de coordination du mouvement 20 février de la ville de Safi.

La première rencontre s'est déroulée au domicile d'un ami de la famille.

La seconde rencontre s’est tenue dans les locaux du parti politique « Union Socialiste Unifié » de Safi avec une délégation des jeunes du mouvement du "20 février".

Ces deux rencontres ont permis aux observateurs de recouper les informations récoltées.

Le décès fait suite à une répression accrue des manifestations depuis le 22 mai 2011 et qui a connu son paroxysme le 29 mai 2011.

Kamal
Un rapport détaillé reprenant l'ensemble des constats et témoignages de la famille du défunt mais également des jeunes du mouvement du 20 février, victimes des mêmes pratiques violentes lors des deux dernières manifestations du 22mai 2011 et du 29 mai 2011 est en cours d’élaboration

Kamal Amari est né le 24 aout 1981, il était universitaire en physique. Il donnait des cours du soir en mathématique et physique. Depuis quelques mois,  faute de trouver un emploi dans son domaine, il travaillait en tant que gardien pour une société privée au port commercial de Safi. De nature très calme et apprécié de tous,  il faisait partie des citoyens qui répondent régulièrement aux appels des manifestations du collectif du 20 février de la ville de Safi.

Le 29 mai 2011 de retour de la manifestation pacifique dans sa ville sur le chemin de son travail, il est accosté par des policiers qui lui demandent les papiers de sa mobylette.

A la question "Faisiez-vous partie de la manifestation ? »  Kamal répondit très naturellement "Oui".

C'est à ce moment que l'enfer commence pour lui. Il est frappé d'après les témoins par 7 policiers, aucune partie de son corps n'est épargnée, des coups de poing, de pieds les forces de l’ordre utilisent des matraques

Les témoins parlent d’une  violence inouïe et gratuite.

Dans cette ambiance de peur et de panique, Kamal Amari, ne sera conduit chez lui que tardivement dans un état très dégradé.

Kamal n'osera pas se rendre à l'hôpital de peur d'être à nouveau arrêté et torturé, mais face aux douleurs, il se résigne à se rendre dans à  la clinique.

En effet, des rumeurs circulent sur la présence des forces de l’ordre au sein de l' hôpital arrêtant tous les blessés se présentant aux urgences.

Des vidéos sur internet nous montre un Kamal agonisant à petit feu (voir vidéo) qui s'éteindra le jeudi dans le même hôpital.

La rencontre avec les membres du comité du 20 février nous à permis de confirmer les pratiques utilisées par les "Aigles"[1] qui interpellent les manifestants avant l’heure des rassemblements ou pendant  et les jettent  dans des camionnettes banalisées afin de les conduire en dehors de la ville  (Minimum 15 km) lors du trajet, ils sont frappés, insultés, menacés.

A l’arrivée, leurs tortionnaires les sortent des camionnettes, leurs confisquent carte d’identité, téléphone portable, argent, chaussures, et les laissent ainsi dans l'obscurité, loin de tout, dans un état physique et psychique très dégradé. Plusieurs victimes ont confirmé ces mêmes pratiques :

Monsieur Othman Hanzaze déclare être passé par ces camionnettes.

Le 29 mai 2011, il a été molesté, insulté, menacé. On lui a confisqué, sa carte d’identité, deux téléphones portables et son scooter. Il a été laissé à près de 15  Km de Safi.

Monsieur Hafid Zarzar déclare également être victime des « aigles » le 29 mai 2011.

Il était présent et nous avons pu constater les blessures laissées sur son corps par les policiers, sa jambe gauche était de couleur bleue, gonflée de partout,  et il est incapable de marcher.

Les mêmes faits nous sont rapportés par d'autres et tous vont dans le même sens: enlèvements, confiscations (vols) des biens, tortures, menaces de viols, d’emprisonnement.

Les membres du mouvement du 20 février sont interpellés avant, pendant et après les manifestations. D'après les témoins rencontrés certaines personnes sont au moment où nous rédigeons ce texte dans un état grave et ont peur de se rendre dans un hôpital pour se faire soigner.  Tout est mis en place pour terroriser les jeunes  et les contraindre à ne plus sortir manifester.

AFD International appelle une fois de plus les autorités marocaines à stopper toutes violences à l'encontre des membres du mouvement du 20 février et à respecter leurs droit de se rassembler, de manifester, et de s’exprimer librement.

AFD International
Département Moyen-Orient et Nord Afrique
Site web: http://www.afdbelgium.org/afd/index.php?option=com_content&view=article&id=368:kamal&catid=87:communiques-afd&Itemid=391

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[1] Policiers civils se déplaçant sur des motos (souvent en binôme) qui se chargent de mâter les manifestants.

lundi 6 juin 2011

Match Maroc Algérie, triste victoire...

La Blessure

Par Larbi,  5/6/ 2011

Sur ce blog j’évite d’étaler mes états d’âme… je suis émotif, je sais, et ce n’est peut-être pas le moment de faire le rabat-joie.

Pourtant c’est à l’occasion du match Maroc Algérie, en me retrouvant au milieu de concitoyens célébrant la belle victoire des lions de l’Atlas, que je réalise que je suis arrivé peut-être à un point de non-retour. Faut-il vous le confesser le plus sincèrement au monde, sans haine ni détour : je suis resté insensible à la victoire marocaine, insensible à la joie des supporters, cela ne m’a fait ni chaud ni froid moi qui était toujours un fan zélé de l’équipe marocaine. Comme si au fond cette liesse concernait un autre peuple qui n’est pas le mien.

Sur les klaxons des voitures et les chants de la foule en liesse, les images poignantes révoltantes de la répression sauvage qui s’est abattue sur les manifestants depuis trois semaines prennent le dessus. Je n’arrive pas à m’en détacher. Je ne comprends pas pourquoi et comment on a fait et laissé faire tout cela. Je ne comprends pas la sauvagerie sans nom dont ont fait preuve les éléments de police pour matraquer blesser, parfois lâchement et à plusieurs, des gens dont le seul crime c’est de manifester pacifiquement. Je ne comprends pas comment on a donné l’ordre à cette entreprise horrible, comment les gradés ont planifié organisé et ordonné cette répression se rendant coupable d’un crime de bureau. Je ne comprends pas comment le chef de l’Etat a laissé faire lui qui se disait être sincère dans sa volonté de réforme.

Je ne comprends comment des Marocains se sont rendus, à ce point, insensibles à cette violente répression, trouvant parfois des excuses et des justificatifs à la violence de l’Etat. Je ne comprends pas comment des acteurs de la société civile, des éditorialistes, et hommes politiques sont à ce point incapables d’avoir un mot d’humanité pour dire stop à cette répression.

Je ne comprends pas tous ceux qui ne comprennent pas tout cela.

Je n’avais aucune envie de partager un moment de joie avec un pays qui dès demain reprendra ses matraques et ses polices pour faire des manifestations pacifiques un moment de détresse et de peine. Et cela dans les mêmes endroits où des supporters fêtent la victoire de ce soir.

Toutes les raisons du monde, ne justifieraient la répression sauvage dont les autorités marocaines ont fait usage à l’égard des manifestants. Que peut-on espérer d’un pays qui matraque violente et réprime des manifestants pour le seul crime d’avoir manifesté pour leur dignité et leur liberté ? Et comment peut-on partager la victoire de son équipe nationale, entre deux dimanches de répression sauvage et violente ? Le cœur n’y est pas.

Beaucoup de manifestants ont reçus des coups, ont été hospitalisé et humiliés. Et pour beaucoup de Marocains, de ces trois dernières semaines ils garderont une profonde blessure qui ne se cicatrisera probablement jamais. Ceux-là, et j’en fais partie, n’ont vraiment pas le cœur à s’associer à cette fête. Ils appréhendent déjà ce dimanche de manifestation qui se lève et qui va peut-être approfondir la blessure.
http://www.larbi.org/post/2011/06/La-Blessure?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+larbi+%28Comme+une+bouteille+jet%C3%A9e+%C3%A0+la+mer!%29

vendredi 3 juin 2011

Vous avez dit : l’exception marocaine ?


ASDHOM
Adresse postale : 79, rue des Suisses 92000 Nanterre
asdhom@asdhom.org www.asdhom.org

Bureau exécutif de l’ASDHOM, Paris, 1/6/2011

La vidéo postée sur Youtube depuis Casablanca a fait le tour des rédactions. Elle continue à être visionnée. Elle se passe de tout commentaire.
Les faits remontent au 29 mai dernier quand les jeunes du mouvement 20 février à Casablanca sont allés à la rencontre des habitants du quartier populaire Sbata. Cette manifestation était pacifique et ne présentait aucun danger qui puisse porter atteinte à l’ordre public. Les autorités marocaines en ont jugé autrement. Elles ont décidé de casser du manifestant. A elles seules, les images de la vidéo montrent la violence de l’intervention policière qui n’a épargné personne. La femme qu’on voit avec son petit garçon, âgé à peine de quelques années, a eu sa part de cette violence inouïe.
D’autres rassemblements et manifestations, organisés le même jour par le mouvement 20 février à travers plusieurs villes marocaines, ont eu droit au même traitement.
Cette répression n’a rien d’exceptionnel. Elle s’inscrit dans la démarche du pouvoir à vouloir anéantir la contestation populaire qui s’enracine et se développe sous la houlette du mouvement du 20 février. Après s’être rendu compte que l’agitation médiatique qui a suivi les quelques mesures annoncées (commission chargée de réformer la Constitution, CNDH, etc.) n’a pas pu mettre un terme à la volonté des jeunes de ne pas baisser les bras, mais au contraire, elle a amplifié leur mouvement et affiné leurs exigences d’en finir avec le despotisme, la corruption et tous les maux qui gangrènent la société marocaine.
L’Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM) est très préoccupée par cette escalade dans la répression opérée par les forces de l’ordre marocaines. L’usage de la violence contre les manifestants pacifiques du mouvement du 20 février, le 15 mai à Témara et Rabat, les 22 et 29 mai dans plusieurs villes du pays, est inadmissible. Il en est de même de l’intervention violente, les 16 et 17 mai, à la prison de Salé pour réprimer les détenus dits de Salafia Jihadia, qui protestaient contre le non respect des promesses reçues quant à l’amélioration de leurs conditions de détention, voire de leur libération imminente. Depuis cette intervention qui a fait des blessés graves, la situation s’est dégradée.

C’est cette même violence condamnable qui a conduit à la mort, le 20 février à Séfrou, du jeune Karim Chaieb et de cinq autres à Al Hoceima dans des circonstances non encore élucidées. L’ASDHOM dénonce et condamne avec force toutes les arrestations qui ont touché les manifestants du mouvement 20 février ainsi que leurs soutiens parmi les militants des forces vives et démocratiques du Pays. Elle rappelle aux autorités marocaines que cette répression est contraire au discours officiel, tenu au plus haut niveau de l’Etat, en termes de respect des libertés individuelles et collectives et la garantie de leur exercice.
Les engagements internationaux du Maroc en la matière ne sont pas honorés.
L’acharnement des forces de l’ordre sur les manifestants du mouvement 20 février montre bien que les autorités marocaines n’ont toujours pas encore choisi en réalité la voie de l’Etat de droit. C’est bien ce dernier, basé sur la liberté, la dignité, la justice sociale et la démocratie, que réclame pacifiquement avec insistance, courage et maturité le mouvement du 20 février.
Les images que nous renvoie le Maroc officiel en guise de réponse aux aspirations légitimes des manifestants font mal. Elles sont inacceptables.
La femme, violentée devant son petit enfant, aurait souhaité qu’on lui dise « bonne fête », étant donné que ce dimanche 29 mai était jour de fête des mères. Les forces de l’ordre, elles, ont choisi de lui faire « sa fête ».

C’est dans ce climat général de terreur que veulent instaurer les autorités que des militants et responsables d’associations ont été la cible privilégiée des forces de police. L’arrestation à Bouarfa (Province de Figuig) de plusieurs citoyens dont Seddik Kabouri, militant de l’AMDH et animateur de la coordination contre la cherté de la vie, après l’importante marche du 18 mai qu’a connu la ville pour exprimer le mécontentement et les craintes suite à la tentative de quelques jeunes diplômés chômeurs de s’immoler par le feu, illustre bien cet état d’esprit.

L’ASDHOM demande aux autorités marocaines de respecter le droit de manifester, garanti par tous les textes internationaux auxquels adhère le Maroc et de procéder immédiatement à la libération de tous les détenus du mouvement du 20 février.
L’ASDHOM soutient le mouvement du 20 février dans ses revendications légitimes et exige de l’Etat marocain leur satisfaction.
L’ASDHOM met en garde les autorités marocaines contre toute escalade dans la violence à l’égard des manifestants.

Bureau exécutif de l’ASDHOM, Paris, 1/6/2011

Dernière minute : Au moment où nous nous apprêtions à publier ce communiqué, nous apprenons avec affliction la mort du jeune Kamal Ammari des suites de ses blessures après l’intervention sauvage des forces de l’ordre le 29 mai à Safi.
De quelle exception marocaine nous parle-t-on ?

AMNESTY INTERNATIONAL Le Maroc doit mettre un terme à la répression violente des manifestations .


Les manifestations se succèdent au Maroc depuis le 20 février

Par Amnesty International 2/6/2011
Les autorités marocaines doivent s’abstenir de déployer une force excessive contre les manifestants a déclaré Amnesty International le 2 juin, alors que des militants lançaient un nouvel appel à manifester dans tout le pays dimanche 5 juin.
Un grand nombre de manifestants ont été brutalisés par les forces de sécurité au Maroc ces dernières semaines.
Sept personnes sont toujours détenues à Tanger et risquent d'être poursuivies pour des faits en relation avec leur participation aux manifestations.
« L’action des autorités face à des gens qui ne font qu’exercer leur droit à la liberté d’expression et de réunion est d’une sévérité excessive, a déclaré Amnesty International.
« Les forces de sécurité marocaines ne doivent pas reproduire les erreurs des semaines passées, qui ont été marquées par la répression violente des manifestations pacifiques », a ajouté l'organisation.
Les autorités marocaines sont sous pression face au mouvement en faveur du changement dans le domaine politique et des droits humains ; les manifestations se poursuivent depuis le début, le 20 février, de la contestation inspirée des événements se déroulant ailleurs en Afrique du Nord.
Parmi les manifestants figurent des militants politiques, des membres d’organisations de défense des droits humains et des partisans du Mouvement du 20 février, qui, dans la lignée des mouvements en faveur du changement apparus dans la région, réclame des réformes au Maroc.
Les 28 et 29 mai, de nouvelles manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du Maroc, notamment Kenitra, Safi, Fès, Tanger, Casablanca et Salé, pour réclamer des réformes politiques et sociales ainsi que la fin de la corruption.Elles se sont déroulées dans l'ensemble sans violence. ( cette phrase est contredite par les faits et par la suite du texte - ndlr) Cependant,) Amnesty International a reçu de nombreux témoignages indiquant que des dizaines de manifestants avaient été pris à partie physiquement par des agents des forces de sécurité en uniforme ou en civil. Ils ont été matraqués, frappés avec des bâtons et roués de coups de pied. Plusieurs des victimes, dont des femmes et des enfants, ont été blessées à la tête et au visage.
À Safi, 10 hommes auraient été arrêtés par les forces de sécurité, qui les auraient fait monter dans des voitures et les auraient brutalisés avant de les abandonner dans des endroits éloignés. La plupart ont dû rentrer à pied alors qu’ils souffraient de graves blessures.
Le 25 mai, quelque 8 000 médecins se sont rassemblés pour un sit-in devant le ministère de la Santé à Rabat. Ils avaient l’intention de marcher jusqu’au Parlement. Selon les informations recueillies, les forces de sécurité s’en sont prises à eux physiquement, à coups de pied et de matraque. Au moins 40 personnes ont été blessées. Un médecin de 43 ans a dû subir une opération à la suite d’une fracture du bassin.
Amnesty International a également reçu des informations indiquant que des agents des forces de sécurité allaient voir les familles des membres du Mouvement du 20 février pour les intimider et les menacer.
L’organisation continue également de recevoir des informations selon lesquelles certains manifestants soignés dans des hôpitaux publics ne peuvent pas obtenir une copie des rapports médicaux décrivant leurs blessures et les causes probables de celles-ci, ce qui risque de les empêcher d’obtenir justice et réparation.
Un certain nombre de réformes ont été annoncées en mars, dont la création d’un Conseil national des droits de l'homme. Le roi Mohammed VI a également promis une réforme constitutionnelle et a déclaré qu’il abandonnerait certains de ses pouvoirs politiques.
La dispersion des mouvements de protestation porte toutefois un sérieux coup aux promesses officielles de réforme.

dimanche 29 mai 2011

L'État marocain pris en flagrant délit d'illégalité : Omar Radi, victime de la terreur

Les méthodes policières marocaines en deux actes

par Omar Radi, journaliste, jeune du 20 février, 29/5/2011
C’est la troisième semaine que le Mouvement du 20 février au Maroc subit de plein fouet les foudres du régime politique marocain, à travers ses appareils répressifs et idéologiques, qui ne servent qu’à liquider toute aspiration des forces vives du pays, particulièrement sa jeune génération, à l’émancipation, à la liberté, et à une démocratie réelle.
A Rabat, ayant enregistré plus d’une centaine de blessés lors des manifestations brutalement réprimées des 15 et 22 mai derniers, le mouvement, ainsi que les organisations qui le soutiennent, ont décidé d’organiser, ce samedi 28 mai, un sit-in devant le parlement pour condamner la répression policière à l’encontre de ses militants. 
Après avoir interdit le sit-in pacifique, les forces de police, toutes catégories confondues sont intervenues pour disperser de force les manifestants. En 2 minutes, la place devant le parlement s’est vidée. S’en est suivi des courses-poursuites qui ont duré près d’une heure. Tous les cafés et boutiques du quartier entourant le parlement ont été fouillés par la police, qui a commencé une chasse aux sorcières dans toutes les rues à la recherche des jeunes du 20 février.

Acte I :
Dispersion faite et réussie, les militants se sont séparés, chacun est parti vaquer à ses occupations. A 16h, personne n’avait plus l’intention de re-manifester. Dans une rue derrière l’hôtel Balima, Nizar Bennamate, un jeune du 20 février et moi, croyions la course-poursuite finie. On est alors surpris par une quarantaine d’agents BLIR (Brigades légères d’intervention rapide) surgir des deux bouts de la rue. On essaie de se cacher dans une épicerie. Mais on a été rattrapés par une dizaine de ces agents, venus nous sortir manu militari de l’épicerie. Dans la rue, un photographe de la police s’approche de nous, et nous prend en photo de différents angles. Par la suite on est passés à la matraque, aux coups de brodequins, et coups de poing avant de nous relâcher, non sans les formules habituelles d’humiliation et de provocation.
Cette scène est très courante au Maroc, les mouvements sociaux à Rabat s’y sont habitués. En revanche, ce qui suit sort de la banalité, et renvoie aux méthodes employées par la police politique lors des années de plomb, que la génération actuelle ne connaissait que dans les romans de la littérature carcérale.

Acte II :
A 20h, il n’y avait plus les forces d’intervention dans la place, tout semblait calme. J’attendais ma copine dans un café, pour rentrer à la maison, où on organisait une petite fête entre amis. Sur le chemin de la maison, deux policiers en uniforme (des CMI munis de gilets pare-balles) nous suivent depuis le café. Ils m’interpellent, me demandent ma pièce d’identité. Je demande avec insistance la raison de mon arrestation, « tu sauras dans quelques minutes » m’avaient-ils expliqué. Ils nous emmènent, ma copine et moi, dans une rue vide de monde. Après dix minutes d’attente, leur chef arrive. Il me trouve en train de parler au téléphone à une membre du Bureau central de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Il m’ordonne, coup de poing dans mon thorax à l’appui, de raccrocher. Le « chef », comme les deux CMI l’appelaient, était vêtu d’un uniforme marron, et était mieux musclé que la plupart des autres policiers. Les personnes à qui j’ai demandé des renseignements sur ce corps de la police, en uniforme marron, n’en savent rien. Ma copine terrorisée par cette violence physique et verbale, j’ai essayé de garder mon calme et ne pas réagir à leur provocation. « Nous t’avons vu dans la manifestation de tout à l’heure, et nous t’avons pris en photo » me dit-il. Il ajoute, en m’étranglant : «La prochaine fois que je te vois avec les jeunes du 20 février, dans un café ou dans la rue, la prochaine fois que tu participes à leurs réunions, la prochaine fois que tu manifesteras, je vais te briser le dos, je m’occuperai moi-même de te tuer et de t’enterrer. Rappelle-toi bien de moi ».Je me demande comment je pourrai l’oublier…

Après les coups de matraque, l’humiliation, la provocation, la police marocaine semble passer à une vitesse supérieure dans l’usage de la violence à l’encontre des militants. Le 22 mai dernier, elle a eu recours aux rafles nocturnes à Casablanca. Le 15 mai, en poursuivant les militants du 20 février, les chefs de police ordonnaient aux agents d’intervention rapide : « Cassez lui le bras, cassez lui la jambe », en ciblant méthodiquement les militants les plus actifs. Les méthodes d’intimidation se multiplient dans les quartiers et dans la rue, où la police s’attaque à tout citoyen qui aurait manifesté un jour, et qui ait eu le malheur d’avoir été pris en photo par leurs photographes.

En tant que citoyen marocain, je considère que les forces de police agissent en toute illégalité, et que, par leurs actes que je dénonce, elles plongeront mon pays dans la terreur des années de plomb. Face à des mouvements qui prônent la protestation pacifique, le seul acteur qui emploie la violence actuellement, c’est l’Etat marocain.
Tout en revendiquant mon droit à l’expression et à la protestation pacifique, je réclame mon droit à une enquête sur cet agent de la police qui m’a explicitement menacé de mort, menaces que je prends très au sérieux, et je tiens, par conséquent, le ministre de l’Intérieur, Taieb Cherkaoui, pour unique responsable de ce qui pourrait m’arriver dans le futur, de la part des différentes catégories de la police.

Maroc : La V.D. condamne la répression sauvage contre les marches du 22 mai !

La Voie Démocratique Région Europe



Communiqué

La Voie Démocratique (Région d’Europe) condamne énergiquement la répression sauvage qui s’est abattue sur les marches pacifiques du dimanche 22 mai 2011
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La Voie Démocratique (Région d’Europe) tient d’abord à rappeler la légitimité des revendications du mouvement de 20 février pour un régime démocratique garantissant la dignité, la démocratie, la liberté et la justice sociale.
Elle rappelle également le droit inaliénable et reconnu par le standard international en matière de démocratie et des droits humains à manifester pacifiquement.
Encore une fois, le régime a démontré son incapacité à satisfaire ces revendications. Bien au contraire, c’est la répression sauvage suivie d’une vague d’arrestations que ce pouvoir autocratique a réservées aux masses populaires sorties ce dimanche 22 mai 2011 dans au moins une centaine de villes et de villages.
Toutes les manœuvres du régime ont échoué pour stopper ce mouvement grandissant: d’abord il a tenté de le contenir par le discours royal du 9 mars, ensuite par un lynchage médiatique sans précédent ; et aujourd’hui il essaie de le détourner de son caractère pacifique. Ainsi le régime sanguinaire espère ramener le mouvement du 20 février vers un terrain qu’il maitrise très bien : répression, torture, assassinats, enlèvements…
Ce changement s’est amplifié depuis la décision du mouvement d’organiser un pique-nique autour du centre de détention et de torture de Temara. Le mouvement du 20 février ne se trompe pas lorsqu’il fait de la lutte contre l’impunité un axe de lutte principale. Il ne peut y avoir de démocratie, de dignité, de liberté ni de justice sociale sans mettre fin à l’impunité.

La Voie Démocratique (Région d’Europe) :
- tient à saluer l’extrême maturité et civilité du mouvement du 20 février qui n’a pas cédé aux provocations.
- condamne énergiquement la répression sauvage qui s’est abattue sur les marches pacifiques du dimanche 22 mai 2011.
-  exige la libération de tous les détenus politiques et à leur tête les prisonniers du mouvement du 20 février
- dénonce la présence des groupuscules sionistes sur le sol marocain.
Enfin,  la Voie Démocratique (Europe Occidentale) met en garde le pouvoir contre toute tentative d’user de la démarche sécuritaire pour contenir  le mouvement du 20 février et qui peut entrainer le pays vers une situation que personne ne peut prédire, et dont il portera seul la responsabilité.