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samedi 7 juin 2014

Un dirigeant tunisien refuse d’assister au dîner offert au roi du Maroc

Par Thami Afailal, 1er/6/2014

Hamma Hammami (Photo DR)
Hamma Hammami (Photo DR)

Hamma Hammami sauve un peu l’honneur des Tunisiens. Cet opposant historique à la dictature de Ben Ali, porte-parole d’un parti longtemps clandestin, le Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), devenu le Parti des travailleurs, a annoncé qu’il refusait d’assister à un dîner offert en l’honneur du roi Mohamed VI par le président Moncef Marzouki, ce médecin hier opposant à la dictature tunisienne, aujourd’hui cireur de babouches de l’autocratie alaouite.
Hamma Hammami s’en explique dans une vidéo où il se solidarise avec les jeunes du Mouvement du 20 février, avecle rappeur Lhaqed, avec le journaliste Ali Anouzla et avec le reste des prisonniers politiques marocains. Il rappelle aussi que la torture est toujours pratiquée dans les geôles du Makhzen.
Mais à part Hamma Hammami, époux de l’avocate et opposante Radhia Nasraoui, peu de politiciens tunisiens ont suivi son exemple. A commencer par Rachad Ghannouchi, le chef du parti islamiste Ennahda qu’on a vu applaudir le discours du dictateur marocain.
Les Tunisiens ont la mémoire courte. Ils ne se rappellent pas que le Makhzen a été l’allié objectif de la dictature tunisienne, alors que les opposants marocains, aujourd’hui encore persécutés, ont été les amis et les alliés des dissidents tunisiens.
Un exemple frappant de cette collaboration des dictatures :  Kamel Jendoubi, l’ex-président de l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE), qui a organisé les premières élections libres de la Tunisie post-Ben Ali, et autre opposant historique à la dictature benalienne. En octobre 2010, quelques mois avant la chute de la dictature en Tunisie, il fut arrêté à l’aéroport de Rabat parce que, selon le quotidien français Le Monde, « le régime de Ben Ali [est intervenu] auprès du palais royal du Maroc pour le faire refouler de ce pays ».
Cruauté gratuite du Makhzen, le pauvre Jendoubi fut obligé, alors qu’il était malade, de dormir dans l’avion qui allait le ramener le lendemain en France après son expulsion du Maroc.
Et aujourd’hui ces Tunisiens qui ont souffert la dictature applaudissent le discours d’un homme, le roi du Maroc, dont le modèle sécuritaire était la dictature d’un certain Ben Ali.
Thami Afailal

dimanche 30 janvier 2011

"Un champ de ruines" à Tunis

Par La Dépêche, 28/01/2011

Des manifestants tunisiens fuient les gaz lacrymogènes, le 28 janvier 2011 à Tunis.
Des manifestants tunisiens fuient les gaz lacrymogènes, le 28 janvier 2011 à Tunis. AFP

Les mains sur le visage, en pleurs, un manifestant tente de se protéger des fumées épaisses des gaz lacrymogènes. La place de la Kasbah, épicentre de la contestation de la rue tunisienne depuis cinq jours, vient d'être évacuée.
L'odeur âcre emplit la place, sous les fenêtres du Premier ministre Mohammed Ghannouchi dont plusieurs manifestants réclamaient encore dans l'après-midi le départ "comme tous les agents de Ben Ali", l'ex-homme de fer de Tunis.

Tout commence par un discret mouvement: les uniformes verts des militaires, tampon rassurant entre les policiers anti-émeutes et les manifestants, disparaissent d'une des rues qui donne sur la place. Immédiatement, des groupes de jeunes craignent un assaut et vont au-devant des policiers, pierres à la main.
Très vite, casqués, équipés de masques à gaz et de boucliers, les policiers chargent. Les tirs de grenades lacrymogènes s'enchaînent, enfumant toute une partie de l'esplanade.

"Ils arrivent! Ils arrivent!", hurlent plusieurs jeunes.
Une foule paniquée reflue, en courant, criant, cherchant un refuge provisoire qui sous un porche, qui dans une ruelle. Des dizaines de personnes fuient vers la médina tandis que d'autres se ruent de l'autre côté vers l'avenue du 9 avril et slaloment en courant entre les voitures.
"J'ai vu au moins cinq blessés. Plusieurs saignent", raconte Majdi Hammami, un médecin du Samu de Tunis resté dans les parages à la fin de son service "pour aider si besoin". "Des jeunes ont été blessés par des pierres lancées par la police. J'ai vu aussi un manifestant touché par un tir de lacrymogène à bout portant".
En moins d'une heure, la place de la Kasbah a été vidée. Alors que les policiers poursuivent les derniers manifestants dans les ruelles de la médina, les militaires investissent l'esplanade.
"C'est un champ de ruines", lâche un passant. Les tentes qui abritaient les manifestants venus pour beaucoup des villes du centre frondeur et défavorisé du pays ont été éventrées et piétinées. Matelas, couvertures, cartons de lait, tracts jonchent le sol. Méthodiquement, les militaires quadrillent la place, en rangée serrée.
Tandis que des policiers contrôlent les accès des lieux, des collègues exhibent le maigre butin de la journée: une trentaine de petits couteaux de cuisine, quelques bâtons, une paire de ciseaux et du papier à cigarette.
"En cinq jours d'occupation, on n'a pas vu une vitre brisée. Cette violence pour déloger les gens était inutile. Ce mouvement aurait pu mourir de sa mort naturelle. Maintenant, ils sont tristes", dit à l'AFP Fourat Dridi, un sociologue venu aux nouvelles.
De retour sur l'esplanade dès les fumées dissipées, avocats et militants des droits de l'Homme interpellent les policiers, furieux.
"Chiens! Pourquoi vous faites ça?", crie un avocat(...)
"Au moment même où une négociation s'engageait pour voir comment arriver à une évacuation en douceur, les forces de l'ordre ont chargé. C'est scandaleux. J'ai parlé au Premier ministre, je lui ai demandé de faire immédiatement arrêter les tirs de lacrymogène et de libérer les manifestants arrêtés", explique à la presse Mokhtar Trifi, le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme.
Peu après, une vingtaine de jeunes qui s'étaient cachés dans un hôpital jouxtant la place de la Kasbah quittent leur refuge, encadrés d'avocats. "Nous allons les abriter à la maison du barreau, puis les raccompagner à une station de bus, pour qu'ils rentrent chez eux", en province, explique l'un d'eux.
"Je me sens déshonoré, humilié. On va repartir les mains vides", lâche Hamdi Ben Souf, un jeune de Gbelli (sud).

jeudi 27 janvier 2011

Sur l'Egypte, les Américains sont moins « révolutionnaires »


Par Pascal Riché, Rue89, 27/1/2011

A propos de la révolution tunisienne, la diplomatie américaine a attiré les louanges - il est vrai que le contraste avec la piteuse diplomatie française a joué en sa faveur. Les messages envoyés par Washington au peuple tunisien, pendant les derniers jours du dictateur Ben Ali, étaient de clairs encouragements à aller au bout de leur révolution. Pour autant, on aurait probablement tort de croire que Washington rêve d'un « 1989 du monde arabe », dans lequel les régimes autoritaires tomberaient les uns après les autres.
La révolte d'Egypte n'enthousiasme pas Washington autant que la révolution de Tunisie. On peut aisément le comprendre :
-La Tunisie est un pays qui ne pèse pas très lourd dans la région, dont la population est très éduquée, où l'islamisme est limité et sans pétrole ou presque : la situation reste donc contrôlable.
-L'Egypte est un pays pétrolier, central dans la région, et pesant lourd dans le dialogue israélo-palestinien. Par ailleurs, la chute du président Moubarak (82 ans dont 30 ans de règne) risquerait d'offrir le pouvoir aux Frères musulmans, ce qui n'est pas fait pour enchanter les Américains.
Hosni Moubarak
Deux phrases musclées d'Hillary Clinton
C'est à cette lumière qu'il faut lire les deux phrases, musclées, prononcées mercredi par Hillary Clinton, la secrétaire d'Etat américaine. Elle s'exprimait devant la presse, aux côtés du ministre jordanien des affaires étrangères Nasser Judeh qu'elle recevait :
1) « Nous croyons fermement que le gouvernement égyptien a, en ce moment, une occasion importante d'engager des réformes politiques, économiques et sociales pour répondre aux besoins légitimes et aux intérêts du peuple égyptien.
2) “Nous appelons les autorités égyptiennes à ne pas empêcher les manifestations pacifiques ou à bloquer les communications, y compris les médias sociaux”
Rarement un secrétaire d'Etat américain ne se sera exprimé aussi franchement sur les affaires de l'allié égyptien. Mais dans ces deux phrases, Hillary Clinton n'encourage pas les manifestants tunisiens : elle donne plutôt un conseil à Hosni Moubarak en vue de sauver son poste : pour éviter le sort subi par Ben Ali, renoncez donc à la répression, ne censurez pas Facebook, et annoncez d'urgence des réformes !
Moubarak, de son côté, semble loin d'avoir décidé de lâcher le pouvoir.Il est soutenu par son appareil policier, mais aussi par l'armée, élément essentiel du régime.
Option Tiananmen ?
Pendant la journée de mercredi, les forces de police ont réprimé sans relâche les groupes de manifestants qui cherchaient à maintenir l'élan du mouvement historique de mardi. Des centaines de personnes ont été arrêtées, et des affrontements auraient fait encore deux morts.
Le “raïs” égyptien doit aujourd'hui faire un choix :
L'option américaine : autoriser les manifestations et annoncer des réformes importantes pour calmer le courroux du peuple (au risque de donner un signe de faiblesse, et donc d'encourager le mouvement naissant).
L'option Tiananmen : étouffer dans l'oeuf ce mouvement, quitte à accentuer lourdement la répression des opposants (au risque de faire grimper la violence).
Si Washington et l'Union européenne l'encouragent à prendre la première voie, l'option “Tiananmen” ne serait pas pour déplaire aux autres régimes autoritaires dans le monde arabe, qui craignent l'embrasement.
En France, le silence
En France, enfin, Nicolas Sarkozy se garde de commenter la situation. La ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie “déplore les morts” mais ne va guère plus loin dans la critique du pouvoir égyptien.
Pour justifier son mutisme pendant la révolution tunisienne, le Président français avait mardi revendiqué “une certaine réserve” concernant les anciennes colonies de la France. L'Egypte n'en faisant pas partie, Nicolas Sarkozy pourrait se montrer plus hardi sur le sujet. Mais pour les même raisons que l'administration américaine, il n'a visiblement pas l'intention de lâcher Moubarak (qu'il aime bien par ailleurs : ne lui a-t-il pas proposé la première co-présidence de l'Union méditerranéenne ? ). Avec l'Egypte aujourd'hui comme avec la Tunisie hier, le mot d'ordre est donc maintenu : silence.

jeudi 20 janvier 2011

"Tous les détenus politiques ont été libérés" en Tunisie

Le Point, 19/1/2011
Le gouvernement transitoire tunisien, au pouvoir depuis le départ vendredi du président Zine Ben Ali pour Djedda après quatre semaines d'émeutes, a annoncé, mercredi, la libération de tous les prisonniers politiques de Tunisie, y compris les islamistes. "Tous les détenus politiques ont été libérés aujourd'hui", a déclaré à Reuters le nouveau ministre du Développement régional, Najib Chebbi, par ailleurs dirigeant d'un parti d'opposition. Prié de dire si cela englobait les islamistes d'Ennahda (Renaissance), il a répondu : "Il n'y a plus de prisonniers d'Ennahda en prison."
Selon la Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, les émeutes qui ont provoqué la chute de Ben Ali, après 23 années de règne autocratique, ont fait une centaine de morts, alors que les autorités de Tunis ont avancé le chiffre de 78 tués. Des centaines de protestataires ont encore manifesté, mercredi, à Tunis pour réclamer le départ des ministres, notamment régaliens, liés à l'ère Ben Ali et retenus dans le gouvernement provisoire d'"unité nationale" du Premier ministre, Mohamed Ghannouchi.
Quatre opposants, dont trois membres de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), ont démissionné, mardi, de la nouvelle équipe en signe de protestation contre la présence au gouvernement de ces ministres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti au pouvoir. Avenue Habib Bourguiba, la principale artère de Tunis, qui porte le nom du père de l'indépendance tunisienne, un demi-millier de personnes ont manifesté pour réclamer la liquidation de l'ancien régime, soit un peu moins que ces derniers jours. "Ça se poursuivra chaque jour jusqu'à ce que nous soyons débarrassés du parti au pouvoir", a proclamé Faydi Borni, un instituteur. "Nous nous sommes débarrassés du dictateur, mais pas de la dictature. Nous voulons nous débarrasser de ce gouvernement qui nous fait taire depuis 30 ans."
La vie reprend son cours à Tunis
En tant que Premier ministre, après avoir occupé le poste de ministre de l'Intérieur, Ben Ali avait succédé en novembre 1987 à Bourguiba après avoir fait constater par une équipe de médecins la "sénilité" du père de l'indépendance tunisienne. Tous les Tunisois ne rejettent pas a priori l'équipe transitoire de Ghannouchi. "Nous avons été si longtemps bâillonnés que nous devons laisser une chance à ce gouvernement", confie une passante. "Les gens vont avoir l'occasion de voter." Mohamed Ghannouchi, qui a démissionné mardi du RCD, tout comme le président de Chambre des députés, qui assure l'intérim de Ben Ali, a promis d'organiser des élections présidentielles et législatives pluralistes dans les mois qui viennent.
Après la ferveur qui a accompagné la chute de Ben Ali, la vie semblait reprendre son cours mercredi dans la capitale tunisienne, où le couvre-feu nocturne a été raccourci de trois heures, restant désormais en vigueur la nuit. L'opposant historique Moncef Marzouki, rentré mardi de son exil français, s'est rendu dans la journée sur la tombe de Mohamed Bouazizi, un jeune chômeur diplômé dont l'immolation par le feu dans la ville centrale de Sidi Bouzid a déclenché les émeutes fatales au régime de Ben Ali.
Quelque 300 personnes ont acclamé le leader d'opposition, dont la notoriété en Tunisie est faible, mais qui compte tout de même se présenter à la prochaine élection présidentielle. La foule qui l'a accueilli réclamait le départ de Ghannouchi et de tous les "benalistes". "Si la situation persiste avec ce gouvernement bâti sur les restes de l'ex-dictature, les manifestations se poursuivront. Ce que je veux pour la Tunisie, c'est un retour aussi vite que possible à la stabilité", a confié Marzouki à Reuters.

vendredi 1 octobre 2010

Maroc-Tunisie : Solidarité avec Kamel Jendoubi

Par Ayad Ahram, Paris, 1/10/2010
Les associations de l'immigration soussignées, dénoncent avec force le refoulement par les autorités marocaines de Kamel Jendoubi, président du Réseau 
Euro-méditerranéen des droits de l'Homme (REMDH) et du Comité pour le respect des droits de l'Homme en Tunisie (CRLDHT).
Kamel Jendoubi est arrivé hier soir à l’aéroport de Rabat sur invitation de l’Organisation Marocaine des Droits Humains. Les autorités marocaines l’ont empêché de fouler le sol marocain en l’obligeant de passer toute la nuit à bord de l’avion. Il a été expulsé ce matin vers la France.
Kamel Jendoubi est militant de l'immigration et des droits de l'Homme depuis de nombreuse années. Son expulsion de Rabat démontre la complicité entre le pouvoir marocain et le régime tunisien.
Le Maroc qui se targue devant les instances européennes d'être au diapason des droits de l'Homme et qui a acquis le statut de pays avancé démontre par cette violation des droits qu'il ressemble aux régimes dictatoriaux de la région.
Nous exigeons des excuses des autorités marocaines pour cette expulsion injustifiable et le libre accès des militants des droits humains au territoire marocain.
Les associations signataires 
-  expriment leur totale indignation pour cette collaboration honteuse entre les deux régimes qui bafouent les droits les plus élémentaires. 
-  Interpellent le gouvernement français pour intervenir rapidement auprès des gouvernements marocains et tunisiens pour le respect et la protection des militants des droits humains.
Premières organisations signataires :
ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France)
FTCR (Fédération des Tunisiens Citoyens des Deux Rives)
ASDHOM (Association de Défense des Droits de l'Homme au Maroc)
EMCEMO (Centre euro-méditerranéen des Migrations et de développement, Pays-Bas)
IDD (Immigration Développement Démocratie)
ACORT (Association des Citoyens Originaire de Turquie)
ATF (Association des Tunisiens de France)