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jeudi 27 janvier 2011

Sur l'Egypte, les Américains sont moins « révolutionnaires »


Par Pascal Riché, Rue89, 27/1/2011

A propos de la révolution tunisienne, la diplomatie américaine a attiré les louanges - il est vrai que le contraste avec la piteuse diplomatie française a joué en sa faveur. Les messages envoyés par Washington au peuple tunisien, pendant les derniers jours du dictateur Ben Ali, étaient de clairs encouragements à aller au bout de leur révolution. Pour autant, on aurait probablement tort de croire que Washington rêve d'un « 1989 du monde arabe », dans lequel les régimes autoritaires tomberaient les uns après les autres.
La révolte d'Egypte n'enthousiasme pas Washington autant que la révolution de Tunisie. On peut aisément le comprendre :
-La Tunisie est un pays qui ne pèse pas très lourd dans la région, dont la population est très éduquée, où l'islamisme est limité et sans pétrole ou presque : la situation reste donc contrôlable.
-L'Egypte est un pays pétrolier, central dans la région, et pesant lourd dans le dialogue israélo-palestinien. Par ailleurs, la chute du président Moubarak (82 ans dont 30 ans de règne) risquerait d'offrir le pouvoir aux Frères musulmans, ce qui n'est pas fait pour enchanter les Américains.
Hosni Moubarak
Deux phrases musclées d'Hillary Clinton
C'est à cette lumière qu'il faut lire les deux phrases, musclées, prononcées mercredi par Hillary Clinton, la secrétaire d'Etat américaine. Elle s'exprimait devant la presse, aux côtés du ministre jordanien des affaires étrangères Nasser Judeh qu'elle recevait :
1) « Nous croyons fermement que le gouvernement égyptien a, en ce moment, une occasion importante d'engager des réformes politiques, économiques et sociales pour répondre aux besoins légitimes et aux intérêts du peuple égyptien.
2) “Nous appelons les autorités égyptiennes à ne pas empêcher les manifestations pacifiques ou à bloquer les communications, y compris les médias sociaux”
Rarement un secrétaire d'Etat américain ne se sera exprimé aussi franchement sur les affaires de l'allié égyptien. Mais dans ces deux phrases, Hillary Clinton n'encourage pas les manifestants tunisiens : elle donne plutôt un conseil à Hosni Moubarak en vue de sauver son poste : pour éviter le sort subi par Ben Ali, renoncez donc à la répression, ne censurez pas Facebook, et annoncez d'urgence des réformes !
Moubarak, de son côté, semble loin d'avoir décidé de lâcher le pouvoir.Il est soutenu par son appareil policier, mais aussi par l'armée, élément essentiel du régime.
Option Tiananmen ?
Pendant la journée de mercredi, les forces de police ont réprimé sans relâche les groupes de manifestants qui cherchaient à maintenir l'élan du mouvement historique de mardi. Des centaines de personnes ont été arrêtées, et des affrontements auraient fait encore deux morts.
Le “raïs” égyptien doit aujourd'hui faire un choix :
L'option américaine : autoriser les manifestations et annoncer des réformes importantes pour calmer le courroux du peuple (au risque de donner un signe de faiblesse, et donc d'encourager le mouvement naissant).
L'option Tiananmen : étouffer dans l'oeuf ce mouvement, quitte à accentuer lourdement la répression des opposants (au risque de faire grimper la violence).
Si Washington et l'Union européenne l'encouragent à prendre la première voie, l'option “Tiananmen” ne serait pas pour déplaire aux autres régimes autoritaires dans le monde arabe, qui craignent l'embrasement.
En France, le silence
En France, enfin, Nicolas Sarkozy se garde de commenter la situation. La ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie “déplore les morts” mais ne va guère plus loin dans la critique du pouvoir égyptien.
Pour justifier son mutisme pendant la révolution tunisienne, le Président français avait mardi revendiqué “une certaine réserve” concernant les anciennes colonies de la France. L'Egypte n'en faisant pas partie, Nicolas Sarkozy pourrait se montrer plus hardi sur le sujet. Mais pour les même raisons que l'administration américaine, il n'a visiblement pas l'intention de lâcher Moubarak (qu'il aime bien par ailleurs : ne lui a-t-il pas proposé la première co-présidence de l'Union méditerranéenne ? ). Avec l'Egypte aujourd'hui comme avec la Tunisie hier, le mot d'ordre est donc maintenu : silence.

mardi 23 février 2010

Palestine : Quand Michèle Alliot-Marie joue les girouettes

Communiqué de l'AFPS -
Par Dominique Vidal, Paris, 21/2/2010
Sur le racisme et l’antisémitisme, Michèle Alliot-Marie, comme d’ailleurs le chef du gouvernement, profèrent des mensonges aussi grossiers que diffamatoires, qui mériteraient sans doute d’être poursuivis.
Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie est aussi ministre d’Etat. C’est dire qu’elle occupe une place éminente dans le second gouvernement de François Fillon. Elle manque pourtant singulièrement de cohérence.
Le 18 février dernier, participant au dîner de l’antenne bordelaise du Conseil de représentatif des institutions juives, elle déclare, dans le cadre de « son » combat contre l’antisémitisme : « Je n’accepte pas que des personnes, responsables associatifs, politiques ou simples citoyens, appellent au boycott de produits au motif qu’ils sont casher ou qu’ils proviennent d’Israël. Je souhaite que le parquet fasse preuve de davantage de sévérité à ce sujet. J’ai donc adressé une circulaire aux parquets généraux, leur demandant d’identifier et de signaler tous les actes de provocation à la discrimination. J’entends que tous les auteurs d’actes soient poursuivis dès qu’ils auront été identifiés et notamment quand les appels auront été faits sur Internet (1). »
Pourtant, le 25 mai 2009, interrogée sur boycott par le député UMP Eric Raoult, elle répondait depuis le banc des ministres, à l’Assemblée nationale : « Monsieur le député, il est vrai que, depuis le début du conflit israélo-palestinien au mois de décembre 2008, plusieurs associations de défense de la cause palestinienne sont intervenues dans des grandes surfaces en appelant au boycott des produits en provenance d’Israël ou de pays supposés apporter une aide à ce pays (…). Ces opérations, il faut bien le préciser, touchent des produits importés d’Israël et non des produits casher. Ils sont signalés par des étiquettes qui leur sont apposées, quand il s’agit de fruits ou de légumes, ou par des tracts distribués aux clients. Les forces de l’ordre, chaque fois qu’elles sont appelées, interviennent, notamment pour éviter des violences ou des heurts. Il est évident que, si des plaintes précises étaient déposées ou si des infractions pénales étaient constituées, des poursuites auraient lieu. Mais, à ce jour, je dois vous préciser qu’aucune plainte n’a été déposée, ni par des grandes surfaces, ni par des associations (2). »
En neuf mois, MAM a donc accouché d’une nouvelle théorie, fondement d’une campagne répressive. Pourquoi ? Aucune des associations engagées dans la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction ne « cible » les produits ou boutiques ou restaurants casher. Aujourd’hui comme hier, rien ne nous est plus étranger que le racisme et l’antisémitisme. Disons-le franchement : sur ces deux points, Michèle Alliot-Marie, comme d’ailleurs le chef du gouvernement, profèrent des mensonges aussi grossiers que diffamatoires, qui mériteraient sans doute d’être poursuivis.
Le secret du revirement de notre girouette nationale, Daniel Shek, l’ambassadeur d’Israël en France, l’a révélé récemment : « Nous encourageons des organisations à porter plainte contre les organisateurs du boycott. Nous conduisons des activités politiques à l’ambassade en liaison directe avec des ministres, des organisations, des étudiants et des consommateurs, qui se réveillent (3) ». Non seulement cette ingérence ouverte dans les affaires intérieures de notre pays n’a fait l’objet d’aucune protestation des autorités françaises, mais aucun démenti ne lui a été apporté. Quels sont donc ces ministres avec lesquels le représentant d’Israël se targue de comploter ? Qui fait donc partie de ce que le général de Gaulle appelait férocement « le parti de l’étranger » ?
Que nos dirigeants le sachent en tout cas : la répression que le pouvoir entend déployer contre les militants de la solidarité avec le peuple palestinien ne parviendra ni à les discréditer, ni à les intimider. Au contraire, ils amplifieront une campagne BDS large et rassembleuse en veillant à ne pas tomber dans les pièges qui leur sont tendus. Alliot-Marie veut punir, avec une loi datant de 1881, celles et ceux qui exigent l’application du droit international bafoué quotidiennement au Proche-Orient. Nous voulons, nous, que cesse l’impunité dont bénéficient les dirigeants israéliens. C’est à tort qu’elle pense vaincre avec la force répressive de l’Etat : nous retournerons l’arsenal juridique à nos fins, car nous avons pour nous le droit et la justice.
(1) http://www.crif.org/?page=articles_display/detail&aid=18913&returnto=articles_display/detail&artyd=2
(2) http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2008-2009/20090247.asp#P301_63966
(3) The Marker, Tel-Aviv, 27 janvier 2010.