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lundi 24 août 2015

En défense des lanceurs d’alerte

Julian Assange a été ovationné aux Journées d’été d’EELV lors d’un débat sur les lanceurs d’alerte que j’animais. Retour en vidéos sur une cause fondatrice de Mediapart : le droit de savoir sans lequel il n’est pas de démocratie véritable. 
Le virtuel, c’est du réel (bis, voir ici un précédent billet, de 2014). Journal indépendant et participatif, c’est-à-dire ne vivant que de ses lecteurs et, de ce fait, leur devant des comptes, Mediapart va régulièrement à la rencontre du public. Ce fut notamment le cas ces temps derniers à propos des bouleversements induits par la révolution numérique dans le paysage des médias, avec le surgissement de ces nouveaux héros de la liberté de l’information que sont les lanceurs d’alerte, ces citoyens qui prennent leur risque et assument leur responsabilité pour dénoncer des atteintes aux droits fondamentaux commises à l’abri de la puissance, financière ou étatique.
C’est donc tout naturellement que j’ai accepté l’invitation de la députée européenne Eva Joly à animer, vendredi 21 août à Lille, une table-ronde sur le thème : « Lanceurs d’alerte, ils protègent la démocratie, protégeons les ». Y participaient le député socialiste Yann Galut et les lanceuses d’alerte Stéphanie Gibaud et Nicole Marie Meyer. Mais aussi, en duplex depuis l’ambassade de l’Equateur à Londres, Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks. Ce fut l’occasion d’un moment rare, de rassemblement et de ferveur autour d’une cause commune essentielle pour l’avenir de nos démocraties :

Lanceurs d'alerte, protégeons les ! aux Journées d'été EELV le 21/08/2015
La pétition, lancée par EELV, pour que la France accorde l’asile à Julian Assange peut être signée ici. J’aurais évidemment accepté de la même façon un tel débat sous d’autres parrainages politiques, tant cette cause n’a pas de frontières partisanes. 

samedi 22 août 2015

TAFTA : RENCONTRE AVEC JULIAN ASSANGE


“ Plus près des jetables que des notables. ”




QUI VEUT GAGNER CENT MILLE EUROS TOUT EN

 DÉTRUISANT LE CAPITALISME ?

Le
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"Si Wikileaks révelait des secrets nords-coréens, Julian Assange se verrait attribuer le Prix Nobel de la Paix..."
C’est facile, il vous suffit de faire parvenir le texte du TAFTA à Wikileaks. L’organisation de Julian Assange vient de lancer un appel pour récolter 100.000 euros comme prime à celui qui fera fuiter le texte du TAFTA. Et ça marche, le jour même plus de 21.000 euros étaient déjà versés. Des personnalités comme Yanis Varoufakis, l’ex-ministre grec des finances, ou Daniel Ellsberg, qui avait divulgué les "Pentagon Papers" à la presse américaine en 1971, s’associent à l’opération. Mais pourquoi faut-il percer ce secret ?
TAFTA (ou TTIP) c’est le petit nom du Traité de commerce transatlantique qui va faire de l’Europe et des États-Unis un seul grand super marché commun pour 820 millions d’heureux consommateurs. Finies les barrières douanières et les différentes réglementations, nous roulerons bientôt nos caddies dans la plus grande zone de libre-échange au monde. Engagées en juillet 2013, les négociations devraient passer à la vitesse supérieure cet automne, selon la Commissaire européenne au commerce, Cécilia Malmström. Pour ces veinards d’européens, TAFTA va être à l’économie ce que l’OTAN est à la défense.

jeudi 5 avril 2012

Maroc, le partenaire discret d’Israël

Par Ali Amar

Si WikiLeaks a confirmé que Rabat et Tel-Aviv s’accordaient sur bien des sujets diplomatiques, c’est dans le business que leur coopération est la plus méconnue.

«On est pour le maximum d'échanges». Telle était la réponse du directeur commercial du port Tanger Med à la question du commerce avec Israël, dans les colonnes du Figaro, qui titrait en juillet 2008: «Le Maroc veut être un pays modèle pour l’UPM (Union pour la Méditerranée)». Un point de vue qui demeure tabou pour l'opinion publique, mais les diplomates et les chefs d'entreprises marocains conviennent, en privé, que les routes commerciales avec Israël existent et se développent à grands pas.
Sous l’œil bienveillant de Washington

Dans une missive adressée en 2009 au roi Mohammed VI, Barack Obama écrivait:

«J’espère que le Maroc va jouer un rôle important dans le rapprochement entre le monde arabe et Israël, tout en sachant que cela entraînera une paix stable et une solution au conflit au Moyen-Orient».

Une lettre qui intervenait au moment où le Maroc était considéré par Washington comme le pays du Maghreb le moins hostile à l’État hébreu. La situation est d’autant plus remarquable aujourd’hui avec les révolutions arabes: la difficile transition politique en Égypte, le chaos en Syrie et la rupture de Tel-Aviv avec Ankara soulignent encore davantage l’isolement diplomatique de l’État hébreu dans la région.

Le Maroc, qui est vu comme un modèle aux yeux de l’Occident joue aussi cette carte, malgré la défiance de son opinion publique vis-à-vis d’Israël —surtout qu’il a par ailleurs rompu avec fracas ses relations diplomatiques avec l’Iran.

Dans un câble diplomatique révélé par WikiLeaks datant du 9 juin 2009, l’ambassade américaine à Rabat voit d’un bon œil le retour à la normale entre le Maroc et Israël, après les contacts que les deux pays ont eu dans la capitale chérifienne, entre le 3 et 5 juin 2009, à l’occasion de la tenue d’une rencontre sur le terrorisme nucléaire. «Des contacts qui ont permis aux responsables des deux pays de prendre langue après une période de froid suite à la guerre israélienne contre Gaza».
Des liens diplomatiques ininterrompus

Malgré la fermeture, en octobre 2000, du bureau de liaison d’Israël à Rabat et le départ de Gadi Golan, son diplomate qui avait rang d’ambassadeur, les contacts entre les deux pays n’ont jamais vraiment cessé. En 2003, Silvan Shalom, alors chef de la diplomatie israélienne était reçu par Mohammed VI. En décembre 2008, le directeur général du ministère des Affaires étrangères, Aharon Abramovitz, s'est rendu quasi officiellement à Rabat.

En septembre 2009, une radio israélienne rapportait que le ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Liebermann, avait rencontré en catimini à New York son homologue marocain, Taïeb Fassi-Fihri, en marge de l’assemblée générale des Nations unies. La participation d’une délégation israélienne, conviée la même année à un congrès international à Marrakech, confirmait un mouvement perceptible de décrispation avec Tel-Aviv, malgré le coup de froid né de l’offensive de Tsahal sur Gaza quelques mois auparavant.

Le chassé-croisé diplomatique s’est d’ailleurs intensifié: Jason Isaacson, le directeur du Comité juif américain d’affaires gouvernementales et internationales, et fervent défenseur de la cause sioniste, a été décoré de la médaille de Chevalier du Trône du Royaume du Maroc.

«Par la réforme et la réconciliation politiques, par sa position ferme contre l’extrémisme, par sa protection continue des minorités religieuses, le Maroc a prouvé à maintes reprises son amitié, sa force, ses principes», avait déclaré Isaacson lors de la cérémonie, dont les médias officiels marocains ont pourtant opportunément tu l’événement, l’opinion marocaine étant à l’écrasante majorité défavorable à tout rapprochement avec Israël —en témoigne encore récemment la polémique suscitée par la visite de Tzipi Livni à Tanger.

Dans un câble diplomatique américain de l'ambassade américaine à Rabat révélé par WikiLeaks, Yassine Mansouri, le chef du contre-espionnage marocain, avait pour sa part confié à des diplomates américains que «Tzipi Livni est un bon partenaire»…

L’épisode Livni ou la visite chaotique des étudiants de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) avaient suscité une véritable levée de boucliers au Maroc, faisant dire à Mamfakinch, le média citoyen du Mouvement du 20 février qu’au Maroc, «il vaut mieux militer pour Israël que pour la démocratie ou la Palestine».

Le réchauffement avec l’État hébreu s’expliquerait par l’affaire du Sahara, la position marocaine étant soutenue par des politiques américains proches du puissant Aipac (American Israel Public Affairs Comittee) et par des firmes de lobbying diplomatique basées à Washington, qui entretiennent des relations similaires avec Tel-Aviv et dont les ramifications se croisent avec des intérêts économiques communs.
Des circuits gigognes et discrets

La télévision israélienne avait consacré en juillet 2009 des programmes sur le Maroc, une initiative menée en collaboration avec l’Union mondiale des juifs d’origine marocaine dans le cadre de la commémoration du dixième anniversaire de la disparition d’Hassan II et de l’accession de Mohammed VI au trône.

But affiché de l’opération: faire la promotion… des offres immobilières de luxe de Tanger et de Fès très prisées en Israël, avait rapporté le quotidien Maariv, dont l’éditorialiste n’avait pas manqué à l’occasion de rappeler avec nostalgie «l’espérance gâchée» du premier Sommet économique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (Mena), qui s'était tenu en 1994 à Casablanca et où ont participé 64 pays —dont Israël.

En dépit de l’opposition populaire à la normalisation avec l’État hébreu, traduite par les nombreuses marches dans le royaume contre Israël lors des événements de Gaza, Rabat continue à entretenir des relations commerciales avec Tel-Aviv, dont les flux sont loin d’être négligeables.

De nombreuses associations marocaines dénoncent régulièrement les liens commerciaux entre l'État hébreu et le royaume chérifien. L'initiative nationale de boycott d'Israël estime qu’ils atteignent les 50 millions de dollars (35,3 millions d’euros) par an, notamment dans l’agro-industrie. Semences et technologie transitent par l’Europe pour masquer leur origine israélienne.

Certaines entreprises marocaines importent des produits d’Espagne, des Pays-Bas ou du Danemark, dont la technologie ou les intrants proviennent en réalité d’Israël. En 2005, la presse avait rapporté l’existence de containers débarqués à Casablanca frappés de l’étoile de David ou de certains composants made in Israël intégrés dans du matériel de télécommunications importé par Maroc Telecom…

Cette situation a créé  des poussées de fièvre chez les politiques, notamment les islamistes qui réclament la fin de ce commerce caché.

En réalité, le Maroc et Israël ont réaffirmé dans le cadre de l’Euromed leur volonté d’entamer des négociations ayant pour objectif commun de créer une zone de libre-échange. D’ailleurs, nombre de réseaux d’affaires euro-méditerranéens dans lesquels le patronat marocain est très actif accueillent des chefs d’entreprise israéliens… Les nombreuses pétitions lancées au Maroc appelant au boycott des produits israéliens restent lettre morte.

Les médias israéliens tels le Jerusalem Post ou Yehodot Aharonot rapportent régulièrement la signature d’accords commerciaux, des transactions financières ou des programmes de coopération avec des instances gouvernementales ou par le secteur privé. Dans la finance, les banques Leumi et Hapoalim ont ainsi mis en place des passerelles pour les opérations d’import-export entre le Maroc et Israël, via des conventions de correspondant banking avec plusieurs institutions financières marocaines.

Le New York Times avait annoncé que la compagnie aérienne El Al cherchait à tisser des liens avec la Royal Air Maroc —et pour cause, le tourisme est aussi un business en expansion avec l’État hébreu.

A la suite d’un rapprochement avec Maroc Tours, Yambateva Voyage a ouvert récemment un bureau de représentation à Marrakech. L’opérateur israélien ambitionne de s'accaparer 45% du tourisme israélien au Maroc. Un marché qui représente, selon le tour opérateur, entre 5.000 et 7.000 visiteurs par an.

Déjà actifs au Maroc depuis une dizaine d'années, les voyagistes israéliens explorent de nouveaux créneaux tels que l'écotourisme et les forfaits voyages extrêmes. A sa nomination au poste d’ambassadeur américain à Rabat, Samuel Kaplan avait tenu à souligner «la liberté dont jouissent les Marocains de confession juive ayant immigré en Israël pour visiter le Maroc», qualifiant cette expérience de «tout à fait unique dans cette partie du monde».

Dans le cadre de son programme Fincome (Forum international des compétences marocaines à l’étranger), Rabat entend bien inciter la diaspora juive d’origine marocaine à revenir au pays pour s’y installer et faire du business dans l’offshoring, le textile, l’électronique, l’aéronautique, l’automobile, les biotechnologies ou les nanotechnologies.

Une note du gouvernement israélien soulève la question d’un rapprochement dans les domaines des technologies de pointe:

«La Silicon Valley marocaine devra se référer au modèle israélien qui a fait ses preuves, en nouant de réels partenariats entre les universités et les industriels».

L’armement au cœur des affaires

C’est dans le militaire que cette «normalisation passive» est la plus discrète. Fait rarissime pour un pays arabe, Rabat a opté pour des achats militaires auprès de l’industrie d’armement israélienne. Le sujet est tellement sensible que les deux pays en font un secret d’État.

Selon IsraelValley, le site officiel de la chambre de commerce France Israël, l'entreprise publique Israël Military Industries (IMI) a conclu avec Lockheed Martin un accord très juteux portant sur la fourniture de certains équipements et composants électroniques pour les deux escadrilles d’avions F-16 achetés par le Maroc aux États-Unis.

Le contrat est évalué à plus de 100 millions de dollars et porte sur la fourniture de matériel de navigation, de transmission et des réservoirs de kérosène permettant à ces appareils de se ravitailler en vol. Israël est le 5e exportateur d’armements dans le monde, mais il est très rare qu’il contribue directement à des contrats de vente d’armes à un pays arabe.

L’armée marocaine a déjà été équipée par la technologie et le matériel des équipementiers israéliens, notamment pour des blindés légers de l’armée de terre ou du matériel électronique qui équipe le mur du Sahara, la ligne de défense édifiée par l’armée royale pour empêcher les incursions des séparatistes du Front Polisario. Ces transactions passaient généralement par des intermédiaires en Afrique du Sud du temps d’Hassan II.

Le Centre de coopération internationale dépendant du ministère israélien des Affaires étrangères, le Mashav, est souvent le moyen efficace pour conclure des marchés. Les technologies de télécommunication, en plein boom sur le continent, sont également un marché porteur. La société israélienne Alvarion, leader mondial du Wimax prospecte au Maroc. Mais cette haute technologie se déploie aussi dans le monde secret de la surveillance: experts militaires, spécialistes des écoutes téléphoniques, informaticiens, spécialistes des liaisons satellites se concertent et collaborent en secret.

Autre domaine dans lequel les Israéliens s’illustrent avec succès: le commerce de minerais et de pierres précieuses. Le leader mondial du diamant poli, Israël Diamond Institute, serait un grand fournisseur des joailleries locales.
Transactions en hausse constante

«Le Maroc commence vraiment à intéresser fortement les entreprises israéliennes», commente Avraham Alevi, rédacteur d’un rapport sur les flux commerciaux entre Israël et le monde arabe. Il constate une augmentation de 40% par an des exportations vers le royaume chérifien. Quarante-six firmes israéliennes exportent actuellement au Maroc pour un total de 6 à 10 millions de dollars par an, selon des statistiques officielles jugées bien en deçà de la réalité, tant les chiffres sont caviardés pour des raisons aussi diplomatiques que sécuritaires.

Le Maroc aurait atteint un total d’importations de plus de 55 millions de dollars en 2008 et surclasserait ainsi dans certains secteurs des pays comme l’Égypte, la Tunisie et la Jordanie. En 2006, le royaume arrivait déjà en bonne place derrière la Jordanie, l’Égypte et le Liban, pour les destinations arabes des exportations israéliennes, constituées essentiellement de technologies de l’information, de technologies agricoles, de produits d’équipement et d’habillement.

Le Maroc occupait alors la quatrième position arabe après certains pays frontaliers avec l’État hébreu. Il s’agit de la Jordanie, qui arrive en première place avec un volume global de 58,3 millions de dollars; de l’Égypte, deuxième avec 34 millions de dollars et enfin du Liban, troisième avec un volume d’échanges de 19,5 millions de dollars.

Le dernier rapport de l’Institut israélien des exportations (IEICI) prévoit une progression du commerce entre Israël et le Maroc à un rythme aussi soutenu notamment dans le tourisme, les télécoms, l’armement et l’agro-industrie. Si rien n’est dit sur les sociétés israéliennes qui exportent vers le Maroc, l’IEICI ne cache pas que l’agriculture et les technologies de l’information viennent en tête (hormis les contrats d’armement, qui sont répertoriés à part). C’est le cas, par exemple, de la société Chromagen (énergie solaire), qui dispose d’une officine au Maroc ou encore de la société Kafrit, spécialisée dans le plastique pour serres agricoles et qui exporte au Maroc via sa filiale allemande.

Selon le président de l’Association israélienne de plasturgie, Ilan Tessler, cité par la presse, le Maroc arrive en tête de liste des pays arabes importateurs de produits israéliens à base de plastique. Ces importations concernent le matériel d’irrigation, entrant notamment dans la fabrication de systèmes de goutte-à-goutte. Selon les importateurs, les Israéliens sont leaders en matière de gestion de l’eau et leur expertise en la matière est démontrée. Pour élargir leurs débouchés commerciaux, ils investissent de plus en plus les pays du sud de la Méditerranée.

Pour contourner l’embargo imposé par certains d’entre eux, notamment le Maroc, ils recourent à des circuits complexes. Les industriels israéliens passent en effet par des sociétés écrans qu’ils ont implantées essentiellement en Andalousie (sur de l’Espagne). L’acquéreur peut même obtenir, sur demande, un certificat d’origine ne faisant aucune allusion à Israël.

Quant aux businessmen israéliens désireux de prospecter le marché marocain, ceux-ci peuvent se procurer un formulaire officiel de visa d’affaires spécialement conçus pour eux auprès des représentations diplomatiques chérifiennes, notamment aux États-Unis.
http://www.slateafrique.com/37555/economie-maroc-le-partenaire-discret-d-israel

lundi 12 septembre 2011

Maroc, le partenaire discret d’Israël

Par Ali Amar, Slate, 9/9/2011

Si WikiLeaks a confirmé que Rabat et Tel-Aviv s’accordaient sur bien des sujets diplomatiques, c’est dans le business que leur coopération est la plus méconnue.

«On est pour le maximum d'échanges». Telle était la réponse du directeur commercial du port Tanger Med à la question du commerce avec Israël, dans les colonnes du Figaro, qui titrait en juillet 2008: «Le Maroc veut être un pays modèle pour l’UPM (Union pour la Méditerranée)». Un point de vue qui demeure tabou pour l'opinion publique, mais les diplomates et les chefs d'entreprises marocains conviennent, en privé, que les routes commerciales avec Israël existent et se développent à grands pas.

Sous l’œil bienveillant de Washington
Dans une missive adressée en 2009 au roi Mohammed VI, Barack Obama écrivait:
«J’espère que le Maroc va jouer un rôle important dans le rapprochement entre le monde arabe et Israël, tout en sachant que cela entraînera une paix stable et une solution au conflit au Moyen-Orient».
Une lettre qui intervenait au moment où le Maroc était considéré par Washington comme le pays du Maghreb le moins hostile à l’État hébreu. La situation est d’autant plus remarquable aujourd’hui avec les révolutions arabes: la difficile transition politique en Égypte, le chaos en Syrie et la rupture de Tel-Aviv avec Ankara soulignent encore davantage l’isolement diplomatique de l’État hébreu dans la région.

Le Maroc, qui est vu comme un modèle aux yeux de l’Occident joue aussi cette carte, malgré la défiance de son opinion publique vis-à-vis d’Israël —surtout qu’il a par ailleurs rompu avec fracas ses relations diplomatiques avec l’Iran.

Dans un câble diplomatique révélé par WikiLeaks datant du 9 juin 2009, l’ambassade américaine à Rabat voit d’un bon œil le retour à la normale entre le Maroc et Israël, après les contacts que les deux pays ont eu dans la capitale chérifienne, entre le 3 et 5 juin 2009, à l’occasion de la tenue d’une rencontre sur le terrorisme nucléaire. «Des contacts qui ont permis aux responsables des deux pays de prendre langue après une période de froid suite à la guerre israélienne contre Gaza».

Des liens diplomatiques ininterrompus
Malgré la fermeture, en octobre 2000, du bureau de liaison d’Israël à Rabat et le départ de Gadi Golan, son diplomate qui avait rang d’ambassadeur, les contacts entre les deux pays n’ont jamais vraiment cessé. En 2003, Silvan Shalom, alors chef de la diplomatie israélienne était reçu par Mohammed VI. En décembre 2008, le directeur général du ministère des Affaires étrangères, Aharon Abramovitz, s'est rendu quasi officiellement à Rabat.

En septembre 2009, une radio israélienne rapportait que le ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Liebermann, avait rencontré en catimini à New York son homologue marocain, Taïeb Fassi-Fihri, en marge de l’assemblée générale des Nations unies. La participation d’une délégation israélienne, conviée la même année à un congrès international à Marrakech, confirmait un mouvement perceptible de décrispation avec Tel-Aviv, malgré le coup de froid né de l’offensive de Tsahal sur Gaza quelques mois auparavant.

Le chassé-croisé diplomatique s’est d’ailleurs intensifié: Jason Isaacson, le directeur du Comité juif américain d’affaires gouvernementales et internationales, et fervent défenseur de la cause sioniste, a été décoré de la médaille de Chevalier du Trône du Royaume du Maroc.

«Par la réforme et la réconciliation politiques, par sa position ferme contre l’extrémisme, par sa protection continue des minorités religieuses, le Maroc a prouvé à maintes reprises son amitié, sa force, ses principes», avait déclaré Isaacson lors de la cérémonie, dont les médias officiels marocains ont pourtant opportunément tu l’événement, l’opinion marocaine étant à l’écrasante majorité défavorable à tout rapprochement avec Israël —en témoigne encore récemment la polémique suscitée par la visite de Tzipi Livni à Tanger.

Dans un câble diplomatique américain de l'ambassade américaine à Rabat révélé par WikiLeaks, Yassine Mansouri, le chef du contre-espionnage marocain, avait pour sa part confié à des diplomates américains que «Tzipi Livni est un bon partenaire»…

L’épisode Livni ou la visite chaotique des étudiants de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) avaient suscité une véritable levée de boucliers au Maroc, faisant dire à Mamfakinch, le média citoyen du Mouvement du 20 février qu’au Maroc, «il vaut mieux militer pour Israël que pour la démocratie ou la Palestine».

Le réchauffement avec l’État hébreu s’expliquerait par l’affaire du Sahara, la position marocaine étant soutenue par des politiques américains proches du puissant Aipac (American Israel Public Affairs Comittee) et par des firmes de lobbying diplomatique basées à Washington, qui entretiennent des relations similaires avec Tel-Aviv et dont les ramifications se croisent avec des intérêts économiques communs.
Des circuits gigognes et discrets

La télévision israélienne avait consacré en juillet 2009 des programmes sur le Maroc, une initiative menée en collaboration avec l’Union mondiale des juifs d’origine marocaine dans le cadre de la commémoration du dixième anniversaire de la disparition d’Hassan II et de l’accession de Mohammed VI au trône.

But affiché de l’opération: faire la promotion… des offres immobilières de luxe de Tanger et de Fès très prisées en Israël, avait rapporté le quotidien Maariv, dont l’éditorialiste n’avait pas manqué à l’occasion de rappeler avec nostalgie «l’espérance gâchée» du premier Sommet économique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (Mena), qui s'était tenu en 1994 à Casablanca et où ont participé 64 pays —dont Israël.

En dépit de l’opposition populaire à la normalisation avec l’État hébreu, traduite par les nombreuses marches dans le royaume contre Israël lors des événements de Gaza, Rabat continue à entretenir des relations commerciales avec Tel-Aviv, dont les flux sont loin d’être négligeables.

De nombreuses associations marocaines dénoncent régulièrement les liens commerciaux entre l'État hébreu et le royaume chérifien. L'initiative nationale de boycott d'Israël estime qu’ils atteignent les 50 millions de dollars (35,3 millions d’euros) par an, notamment dans l’agro-industrie. Semences et technologie transitent par l’Europe pour masquer leur origine israélienne.

Certaines entreprises marocaines importent des produits d’Espagne, des Pays-Bas ou du Danemark, dont la technologie ou les intrants proviennent en réalité d’Israël. En 2005, la presse avait rapporté l’existence de containers débarqués à Casablanca frappés de l’étoile de David ou de certains composants made in Israël intégrés dans du matériel de télécommunications importé par Maroc Telecom…

Cette situation créée des poussées de fièvre chez les politiques, notamment les islamistes qui réclament la fin de ce commerce caché.

En réalité, le Maroc et Israël ont réaffirmé dans le cadre de l’Euromed leur volonté d’entamer des négociations ayant pour objectif commun de créer une zone de libre-échange. D’ailleurs, nombre de réseaux d’affaires euro-méditerranéens dans lesquels le patronat marocain est très actif accueillent des chefs d’entreprise israéliens… Les nombreuses pétitions lancées au Maroc appelant au boycott des produits israéliens restent lettre morte.

Les médias israéliens tels le Jerusalem Post ou Yehodot Aharonot rapportent régulièrement la signature d’accords commerciaux, des transactions financières ou des programmes de coopération avec des instances gouvernementales ou par le secteur privé. Dans la finance, les banques Leumi et Hapoalim ont ainsi mis en place des passerelles pour les opérations d’import-export entre le Maroc et Israël, via des conventions de correspondant banking avec plusieurs institutions financières marocaines.

Le New York Times avait annoncé que la compagnie aérienne El Al cherchait à tisser des liens avec la Royal Air Maroc —et pour cause, le tourisme est aussi un business en expansion avec l’État hébreu.

A la suite d’un rapprochement avec Maroc Tours, Yambateva Voyage a ouvert récemment un bureau de représentation à Marrakech. L’opérateur israélien ambitionne de s'accaparer 45% du tourisme israélien au Maroc. Un marché qui représente, selon le tour opérateur, entre 5.000 et 7.000 visiteurs par an.

Déjà actifs au Maroc depuis une dizaine d'années, les voyagistes israéliens explorent de nouveaux créneaux tels que l'écotourisme et les forfaits voyages extrêmes. A sa nomination au poste d’ambassadeur américain à Rabat, Samuel Kaplan avait tenu à souligner «la liberté dont jouissent les Marocains de confession juive ayant immigré en Israël pour visiter le Maroc», qualifiant cette expérience de «tout à fait unique dans cette partie du monde».

Dans le cadre de son programme Fincome (Forum international des compétences marocaines à l’étranger), Rabat entend bien inciter la diaspora juive d’origine marocaine à revenir au pays pour s’y installer et faire du business dans l’offshoring, le textile, l’électronique, l’aéronautique, l’automobile, les biotechnologies ou les nanotechnologies.

Une note du gouvernement israélien soulève la question d’un rapprochement dans les domaines des technologies de pointe:

«La Silicon Valley marocaine devra se référer au modèle israélien qui a fait ses preuves, en nouant de réels partenariats entre les universités et les industriels».

L’armement au cœur des affaires
C’est dans le militaire que cette «normalisation passive» est la plus discrète. Fait rarissime pour un pays arabe, Rabat a opté pour des achats militaires auprès de l’industrie d’armement israélienne. Le sujet est tellement sensible que les deux pays en font un secret d’État.

Selon IsraelValley, le site officiel de la chambre de commerce France Israël, l'entreprise publique Israël Military Industries (IMI) a conclu avec Lockheed Martin un accord très juteux portant sur la fourniture de certains équipements et composants électroniques pour les deux escadrilles d’avions F-16 achetés par le Maroc aux États-Unis.

Le contrat est évalué à plus de 100 millions de dollars et porte sur la fourniture de matériel de navigation, de transmission et des réservoirs de kérosène permettant à ces appareils de se ravitailler en vol. Israël est le 5e exportateur d’armements dans le monde, mais il est très rare qu’il contribue directement à des contrats de vente d’armes à un pays arabe.

L’armée marocaine a déjà été équipée par la technologie et le matériel des équipementiers israéliens, notamment pour des blindés légers de l’armée de terre ou du matériel électronique qui équipe le mur du Sahara, la ligne de défense édifiée par l’armée royale pour empêcher les incursions des séparatistes du Front Polisario. Ces transactions passaient généralement par des intermédiaires en Afrique du Sud du temps d’Hassan II.

Le Centre de coopération internationale dépendant du ministère israélien des Affaires étrangères, le Mashav, est souvent le moyen efficace pour conclure des marchés. Les technologies de télécommunication, en plein boom sur le continent, sont également un marché porteur. La société israélienne Alvarion, leader mondial du Wimax prospecte au Maroc. Mais cette haute technologie se déploie aussi dans le monde secret de la surveillance: experts militaires, spécialistes des écoutes téléphoniques, informaticiens, spécialistes des liaisons satellites se concertent et collaborent en secret.

Autre domaine dans lequel les Israéliens s’illustrent avec succès: le commerce de minerais et de pierres précieuses. Le leader mondial du diamant poli, Israël Diamond Institute, serait un grand fournisseur des joailleries locales.
Transactions en hausse constante

«Le Maroc commence vraiment à intéresser fortement les entreprises israéliennes», commente Avraham Alevi, rédacteur d’un rapport sur les flux commerciaux entre Israël et le monde arabe. Il constate une augmentation de 40% par an des exportations vers le royaume chérifien. Quarante-six firmes israéliennes exportent actuellement au Maroc pour un total de 6 à 10 millions de dollars par an, selon des statistiques officielles jugées bien en deçà de la réalité, tant les chiffres sont caviardés pour des raisons aussi diplomatiques que sécuritaires.

Le Maroc aurait atteint un total d’importations de plus de 55 millions de dollars en 2008 et surclasserait ainsi dans certains secteurs des pays comme l’Égypte, la Tunisie et la Jordanie. En 2006, le royaume arrivait déjà en bonne place derrière la Jordanie, l’Égypte et le Liban, pour les destinations arabes des exportations israéliennes, constituées essentiellement de technologies de l’information, de technologies agricoles, de produits d’équipement et d’habillement.

Le Maroc occupait alors la quatrième position arabe après certains pays frontaliers avec l’État hébreu. Il s’agit de la Jordanie, qui arrive en première place avec un volume global de 58,3 millions de dollars; de l’Égypte, deuxième avec 34 millions de dollars et enfin du Liban, troisième avec un volume d’échanges de 19,5 millions de dollars.

Le dernier rapport de l’Institut israélien des exportations (IEICI) prévoit une progression du commerce entre Israël et le Maroc à un rythme aussi soutenu notamment dans le tourisme, les télécoms, l’armement et l’agro-industrie. Si rien n’est dit sur les sociétés israéliennes qui exportent vers le Maroc, l’IEICI ne cache pas que l’agriculture et les technologies de l’information viennent en tête (hormis les contrats d’armement, qui sont répertoriés à part). C’est le cas, par exemple, de la société Chromagen (énergie solaire), qui dispose d’une officine au Maroc ou encore de la société Kafrit, spécialisée dans le plastique pour serres agricoles et qui exporte au Maroc via sa filiale allemande.

Selon le président de l’Association israélienne de plasturgie, Ilan Tessler, cité par la presse, le Maroc arrive en tête de liste des pays arabes importateurs de produits israéliens à base de plastique. Ces importations concernent le matériel d’irrigation, entrant notamment dans la fabrication de systèmes de goutte-à-goutte. Selon les importateurs, les Israéliens sont leaders en matière de gestion de l’eau et leur expertise en la matière est démontrée. Pour élargir leurs débouchés commerciaux, ils investissent de plus en plus les pays du sud de la Méditerranée.

Pour contourner l’embargo imposé par certains d’entre eux, notamment le Maroc, ils recourent à des circuits complexes. Les industriels israéliens passent en effet par des sociétés écrans qu’ils ont implantées essentiellement en Andalousie (sur de l’Espagne). L’acquéreur peut même obtenir, sur demande, un certificat d’origine ne faisant aucune allusion à Israël.

Quant aux businessmen israéliens désireux de prospecter le marché marocain, ceux-ci peuvent se procurer un formulaire officiel de visa d’affaires spécialement conçus pour eux auprès des représentations diplomatiques chérifiennes, notamment aux États-Unis.



mardi 12 avril 2011

AMNESTY INTERNATIONAL DENONCE LES CONDITIONS TRÈS DURES DE LA DÉTENTION DU SOLDAT LIÉ À L'AFFAIRE WIKILEAKS

Par Amnesty International, 24/4/2011
Bradley Manning 
est soumis à un isolement carcéral maximum depuis huit mois.
© APGraphicsBank


Les autorités américaines doivent améliorer les conditions particulièrement dures de la détention provisoire de Bradley Manning, le soldat accusé d'avoir divulgué des informations à Wikileaks, a déclaré Amnesty International jeudi 24 mars.

Dans des lettres adressées au président Barack Obama et au secrétaire à la Défense Robert Gates, Amnesty International a demandé que des mesures soient prises afin de veiller à ce que Bradley Manning ne soit plus maintenu à l'isolement 23 heures sur 24 ni soumis à d’autres restrictions déraisonnables.
« Bradley Manning est détenu dans des conditions plus sévères que nécessaire, qui ne s’accordent pas avec son statut de prisonnier attendant d’être jugé, a indiqué Susan Lee, directrice du programme Amériques d'Amnesty International.
« Nous exhortons les autorités américaines à réexaminer la situation de Bradley Manning. Aux termes des normes internationales, les prisonniers qui n’ont pas encore comparu devant un tribunal doivent être traités dans le respect du principe de présomption d'innocence.
« Ses demandes de revoir à la baisse sa catégorie de détention ont été refusées, bien qu'il ne pose semble-t-il aucun problème aux gardiens ni aux autres détenus, et qu’il n'ait aucun antécédent d'infractions disciplinaires en détention. »

Amnesty International a déjà fait part de ses préoccupations quant aux conditions de détention de Bradley Manning dans un courrier adressé au secrétaire à la Défense Robert Gates le 19 janvier.
Sa lettre est restée sans réponse et les conditions de détention du soldat n’ont pas changé.
Âgé de 23 ans, Bradley Manning a été arrêté en mai 2010 en Irak. Il a été accusé d'avoir transféré des données classées secret défense sur son ordinateur personnel et divulgué ces informations à une tierce partie non autorisée.
En mars 2011, il a été inculpé de 22 nouveaux chefs d'accusation, dont celui de « collusion avec l'ennemi ».
Depuis le mois de juillet 2010, il est confiné 23 heures sur 24 dans une petite cellule, sans effets personnels et avec un accès limité à la lecture et à l’écriture.
Toutes les visites, y compris celles de sa famille et de son avocat, se déroulent dans un lieu ne permettant aucun contact. Selon les informations dont dispose Amnesty International, durant ces visites, il porte des chaînes aux poignets et aux chevilles.
Bradley Manning fait toujours l'objet de mesures relatives au Programme de prévention du suicide, ce qui signifie qu’il n’est pas autorisé à avoir de draps ni d’oreiller séparé et qu’il est contrôlé par les gardiens toutes les cinq minutes pendant la journée.
En outre, il n’est pas autorisé non plus à faire de l’exercice dans sa cellule et ne bénéficie que rarement de la possibilité de faire de l’exercice en plein air, ce qui va à l’encontre des règles des Nations unies pour le traitement des détenus.
L’isolement prolongé dans une petite cellule, sans avoir la possibilité de faire suffisamment d’exercice et en étant soumis à d’autres restrictions, peut entraîner de graves troubles psychologiques, notamment de la dépression et de l’anxiété.
Dans le courant du mois de mars, Bradley Manning a été contraint de retirer tous ses vêtements et de dormir nu pendant plusieurs jours consécutifs. Ce traitement lui a été imposé peu après qu’il ait fait une remarque à l’un des gardiens, lorsqu’il a appris que les mesures relatives au Programme de prévention du suicide seraient maintenues à son égard (il avait fait remarquer que, s’il voulait se suicider, il pouvait se servir de la ceinture élastique de son slip). Il a expliqué qu’il devait se présenter nu devant la porte de sa cellule, dans le froid, chaque matin, avant que ses vêtements ne lui soient rendus.
« Bradley Manning est actuellement le seul prisonnier détenu sur la base des marines à Quantico qui ait été soumis à un isolement carcéral maximum et aux mesures de prévention du suicide pendant huit mois, a indiqué Susan Lee.
« Nos préoccupations quant à son traitement sont d’autant plus vives que les psychiatres militaires ont recommandé à plusieurs reprises que Bradley Manning soit retiré de la catégorie des détenus " à risque suicidaire " ».
POUR EN SAVOIR PLUS
USA: Open letter to President Obama regarding the treatment in custody of PFC Bradley Manning (lettre ouverte, 24 mars 2011)
USA: Open letter to Secretary of Defense Robert Gates regarding the treatment in custody of PFC Bradley Manning (lettre ouverte, 24 mars 2011)
Les États-Unis sont accusés de traitements inhumains envers le soldat lié à l'affaire Wikileaks (nouvelle, 24 janvier 2011)
Questions et réponses : Wikileaks et la liberté d'expression (nouvelle, 16 décembre 2010)
Un câble diplomatique publié par Wikileaks corrobore les éléments faisant état de frappes aériennes américaines au Yémen (nouvelle, 1er décembre 2010)
Les États-Unis doivent enquêter sur les informations publiées par WikiLeaks relatives aux violences infligées à des détenus (nouvelle, 21 octobre 2010)
Des fuites sur l'Afghanistan mettent en évidence l'incohérence des lignes de conduite de l'OTAN concernant les pertes civiles (nouvelle, 25 juillet 2010)
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mercredi 23 février 2011

France : les intérêts mercantilistes avant les droits de l'Homme

L’État français complice 
des dictatures arabes
Par Contrepoints,  22/02/2011
De nouveaux documents diffusés par Wikileaks montrent que l’Etat français et son gouvernement ont systématiquement ignoré les atteintes flagrantes aux Droits de l’Homme au Maghreb au nom de certains intérêts mercantilistes et sécuritaires.
Lors de son premier voyage en Tunisie, Nicolas Sarkozy n’a pas souhaité rencontrer d’acteurs non-étatiques de la société civile. Les seules discussions portant sur les Droits de l’Homme en Tunisie ont eu lieu en privé et à l’initiative de Ben Ali.
Deux semaines plus tard, un diplomate français du nom de Serge Degallaix affirmait même à un diplomate américain que l’Etat tunisien ne serait pas une dictature.
Lorsque le Premier Ministre François Fillon est allé en Tunisie en 2009, il avait à ses côté 60 hommes d’affaires français, mais pas le Ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner. La seule déclaration substancielle de François Fillon sur la situation politique du pays a été : « la France ne donne pas de leçons de Droits de l’Homme [...] ces problèmes relatifs aux Droits de l’Homme sont présents dans à peu près tous les pays. »
En février 2010, un diplomate français du nom de Cyrille Rogeau, sous-directeur responsable de l’Afrique du Nord au Ministère des Affaires Etrangères, a déclaré à Charles Rivkin, ambassadeur américain à Paris, que l’administration française considérait la Tunisie comme le régime le plus stable du Maghreb.
Realpolitik, dirigisme et incompétence
Ces télégrammes diffusés lundi 21 février par Wikileaks montrent le même système de cynisme en politique étrangère et de collaboration avec les plus grandes entreprises françaises vivant de contrats d’Etat en politique intérieure.
Mieux, ils montrent aussi l’incapacité des hommes d’Etat à prévoir les changements politiques d’ampleur à l’étranger. Un diplomate français, Jay Dharmadhikari, a ainsi affirmé que le chef de l’Etat algérien Abdelaziz Bouteflika aurait bien de la chance s’il parvenait à survivre d’ici la fin de son mandat en 2009. Force est de constater que Bouteflika est toujours en vie et au pouvoir en 2011.
Selon la diplomate française Nathalie Loiseau, Nicolas Sarkozy a plusieurs fois téléphoné à Moammar Khadafi afin de l’inviter à Paris. Cyrille Rogeau note que « les libyens ne font que parler mais n’achètent rien de français. Il n’y a que les italiens pour signer des contrats avec eux. »
De tels propos sont révélateurs des liens ténus qui existent entre les grandes entreprises françaises et l’administration du pays. Ces liens sont très anciens et relèvent d’une tradition colbertiste et dirigiste fortement anti-libérale. En effet, si la France était un pays libéral, l’Etat n’aurait pas de relations privilégiées avec les entreprises, grandes et petites.
Comme il existe une séparation entre la religion et l’Etat (plus imparfaite qu’on ne le dit en France), il devrait exister une séparation entre l’Etat et les activités de la société civile (associations, entreprises, etc.). 
Ludwig von Mises
À la base de toutes les doctrines totalitaires se trouve la croyance que les gouvernants sont plus sages et d'un esprit plus élevé que leurs sujets, qu'ils savent donc mieux qu'eux ce qui leur est profitable.

mardi 1 février 2011

Une soif de justice réveille le monde arabe

Par Agnès Rotivel, la Crois, 31/1/2011

Au fil des années, les dirigeants du monde arabe se sont coupés de leur population en privilégiant leurs intérêts personnels et en limitant l’exercice des droits de l’homme

Un manifestant égyptien hissé sur un réverbère, place Tahir, au Caire, dimanche 30 janvier (photo Hamra/AP).
Tunisie, Égypte, qui sera le prochain pays du monde arabe à exploser ? En Tunisie, le fruit était mûr. Il est tombé, tant la corruption avait gangrené le régime. Un diplomate en poste à Tunis note que les télégrammes de WikiLeaks, qui circulaient sur Internet traduits en arabe et en français, ont joué le rôle de révélateur.
« Les Tunisiens ont été confortés par l’analyse des diplomates américains. Ils se sont dits : “Si les Américains disent eux aussi que le régime est corrompu, c’est qu’on a raison” », explique-t-il. Aujourd’hui, les Tunisiens, tout ébahis de leur audace, parlent de « dignité retrouvée ».
Par son arrogance, son arrivisme et sa cupidité, le régime Ben Ali a « humilié » son peuple qui réclame aujourd’hui son dû : travail et liberté de parole. « Ici, c’est 1789 », soulignait un Tunisien la semaine dernière.
"C’est le réveil des sociétés civiles"

Après la Tunisie, l’Égypte à son tour est dans la rue. Pas seulement les jeunes diplômés au chômage parce qu’ils n’ont pas le piston nécessaire pour décrocher un emploi, mais des femmes qui réclament un avenir pour leurs enfants, des hommes qui ne peuvent plus subvenir aux besoins élémentaires de leur famille. Des Égyptiens révoltés par des parodies d’élections où toute opposition est muselée, comme cela a encore été le cas pour les législatives en novembre dernier.
On dit les dirigeants des pays arabes inquiets, ils ont des raisons de l’être. Leurs discours accusant les ennemis de l’extérieur – États-Unis, Israël, l’Occident – de fomenter la révolte n’ont plus cours. La révolte en Tunisie et en Égypte n’a rien d’idéologique.
De ce point de vue, le discours du président Hosni Moubarak, à la télévision vendredi soir, était surréaliste : il parlait de « souveraineté nationale », « sécurité des frontières », lorsque les Égyptiens réclamaient la liberté d’expression, la fin de la corruption et le partage des richesses.
« C’est le réveil des sociétés civiles et des classes moyennes mondialisées, analyse Yves Aubin de la Messusière, ancien diplomate, spécialiste du Proche-Orient. Ces sociétés aspirent à plus de liberté, à participer à un espace public confisqué par des régimes qui connaissent des crises de légitimité. Et dirigés, comme en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Arabie saoudite, par des leaders vieillissants. »
"C’est un programme démocratique et non idéologique"
Ces révoltes, dont les causes sont le plus souvent sociales, ne sont pas structurées, c’est là leur faiblesse. En Tunisie, en Égypte, il n’y a pas de leader de la contestation. Celle-ci est multiple. Même si, en Égypte, l’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Mohamed El Baradei, tente de s’imposer comme tel.
Les oppositions traditionnelles ont été absentes du mouvement. Soit parce que, en Tunisie, l’opposition islamiste a été écrasée par le pouvoir, soit que, comme en Égypte, l’opposition des Frères musulmans n’a pas vu venir la contestation et a pris le train en marche, après s’en être désolidarisée dans un premier temps.
Quand les manifestants descendent dans la rue pour réclamer la liberté et une vie digne, ce ne sont pas des slogans initiés par des partis politiques. « Ce qui est remarquable, c’est que les slogans qui ont poussé des milliers de gens à agir sont les droits de l’homme et du citoyen, la démocratie sociale et la justice économique. C’est un programme démocratique et non idéologique », souligne Paul Salem, directeur du centre Carnegie au Moyen-Orient, basé à Beyrouth. C’est là aussi leur faiblesse, sans leader capable de prendre la relève.
Tour d’ivoire
Les manifestants dans la rue sont connectés au monde. Quotidiennement, ils regardent les chaînes de télévision satellitaires. Des heures durant, rivés à leurs ordinateurs, Tunisiens, Égyptiens, Syriens, Palestiniens dialoguent sur Internet, bravent les censures, s’expriment sur des blogs. Dans les manifestations, ils se regroupent par SMS, Twitter. Ils sont ouverts sur le monde mais cadenassés dans leur vie de tous les jours.
Leurs leaders, eux, sont enfermés dans leur tour d’ivoire, entourés d’une cour qui leur renvoie l’image du pays qu’ils veulent voir. Des régimes le plus souvent corrompus, qui ont failli à développer un minimum de bien-être pour leur population, mais envoient leur famille et leurs enfants étudier à l’étranger, dans les meilleures universités, et mènent grande vie.
Pour Ghassan Salamé, professeur de sciences politiques à Paris, si le monde arabe est familiarisé avec la tyrannie depuis la décolonisation, il y a eu depuis trente ans une évolution calamiteuse. « Bourguiba et Boumediene (1) menaient une vie austère et ne considéraient pas l’État comme leur propriété », assure-t-il.
Pour cet expert du monde arabe, « c’est à partir des années 1970 que ces régimes ont commencé à se jeter dans le néolibéralisme pour le détourner à leur profit et établir une gouvernance corrompue en s’emparant de pans entiers de l’économie. » À qui le tour ?
(1) Le père de l’indépendance tunisienne, Habib Bourguiba, a gouverné durant trente ans à partir de 1957, et Houari Boumediene a dirigé l’Algérie de 1965 à 1978.

mardi 18 janvier 2011

Al Qaïda Maghreb islamique et les autres

 Par POJ, Médiapart,  17/1/2011

Les Tunisiens ont apporté une réponse au texte de Raymond Boudon, de l'Académie des sciences morales, intitulé "Que signifie donner le pouvoir au peuple ?".
Interrogé par Reuters, Christian Bouquet, spécialiste de l'Afrique du Nord et professeur de géopolitique à l'université Bordeaux III affirme que "Il est clair que la France va être obligée d'avoir une position éthiquement plus correcte par rapport aux droits de l'homme, à la liberté d'expression, et donc probablement commencer à réfléchir sur ce qu'elle va dire désormais sur l'Algérie et, tant qu'on y est, sur le Maroc."
Le pays des droits de l'homme s'est satisfaisait de la violation des droits de l'homme au Maghreb parce que les régimes autoritaires servent de bouclier à l'immigration en Europe (voir le traitement marocain des immigrés abandonnés dans le désert).
A ce mépris de l'humain s'ajoute la complicité dans la spoliation des ressources naturelles.
Celles du peuple sahraoui, par exemple. Il lui est refusé depuis des dizaines d'années le droit à l'autodétermination quand le sud Soudan y accède. La contradiction laisse supposer que les droits fondamentaux sont moins déterminants que les ressources pétrolières sur lesquelles vivent des noirs dont on ne veut pas en Europe ; juste bons pour la misère et le Coton (Let's make money) ou la conditions des mineurs congolais exploitant le Coltan.
L'Europe des droits de l'homme se sert des Arabes pour maintenir les noirs dans l'exploitation misérable qu'ils connaissent.
Cette logique s'écroule avec le renversement du régime tunisien, contredisant un schéma simpliste manichéen.
L'Europe admet la perpétuation de la mentalité de la traite négrière arabo musulmane. La concurrence chinoise exploitant la main d’œuvre concentrationnaire sert de prétexte à la situation.
Les inconvénients de la chute du régime tunisien, précurseur de celle de ses voisins ou d'une évolution incontournable menaçant le statu quo, coïncide avec l'apparition d'une branche d'Al Qaïda en Afrique occidentale ; laquelle justifie le maintien d'un appareil policier et militaire, pour la "sécurité dans le monde", celles des approvisionnements en matière première et des profits, et non la sécurité sanitaire, alimentaire et sociale des populations africaines, sans parler de leur droit à l'instruction.
L'inconvénient d'Al Qaïda est qu'on n'en sait pas grand'chose.
C'est un mouvement terroriste flou dans un "concept flou". La finalité terroriste est politique.
N'est pas terroriste ce qui n'est pas politique. Les "terroristes" étaient les partisans de Robespierre. La Mafia emploie la violence "terroriste" mais n'est pas considérée comme terroriste.
L'appellation assimilant les combattants illégaux auteurs d'attentats date des années 1880. Il n'y a a pas eu de terroriste, dans son sens actuel, avant Alfred Nobel. La Dynamite est devenu l'arme terroriste par excellence
Personne n'a rencontré Ben Laden depuis des années.
Ce mouvement n'a pas de revendication politique précise.
Les terroristes d'Al Quaïda sont toujours attrapés morts.
Il est aisé d’attribuer n'importe quoi à un mort sans risquer d'être démenti.
On ignore la branche de l'islam dont Al Quaïda se revendique précisément ; quand l'islam est multiple.
Celui qui est pratiqué en Arabie Saoudite n'est pas celui du Pakistan, de l'Afghanistan et donc du Maghreb. Cela ne dérange pas les commentateurs expliquant la violence en Irak par l'affrontement entre chiites et sunnites.
Les pays occidentaux s'accordent avec des gouvernements comme le Pakistan (Affaire Karachi) pour admettre des comportements criminels (voir les USA avec l'Afghanistan, selon les câbles révélés par Wilileaks).
Cette complicité explique-t-elle que la coopération "policière" n'ait pas permis d'attraper un bonhomme fuyant de cavernes en cavernes depuis dix ans, malgré des drones et une électronique de guerre ?
Il est étonnant que des services secrets comme ceux d'Israël ou des USA ne soient pas parvenus à localiser une personne supposée malade (ou même déjà morte), quand leur efficacité remplit régulièrement l'actualité.
Quant à AQMI, c'est le plus grand flou.
Un de ses leaders, Hassan Hattab, serait détenu dans une prison "secrète" mais d'autres le disent mort. Une prison "secrète" permet de dire n'importe quoi. Les etats occidentaux admettent l'idée de prison secrète quand il ne la pratique pas.
L'appellation même de AQMI est pléonasmatique.
A croire que ses promoteurs voulaient faire plus vrai que vrai, quand le Maghreb n'a jamais été autre chose qu'islamique depuis 1200 ans. Se distinguer d'un Maghreb chrétien, boudhiste, juif, ou, pourquoi pas, athée - dont personne n'a jamais entendu parler parce qu'ils n'existent pas - est étonnamment superflu.
AQMI déborde largement de la zone géographique du Maghreb.
Evoquer le terrorisme dans ces conditions donne le sentiment d'une manipulation de l'opinion.
L'exécution des deux Français s'inscrit dans ce décor.
Rien ne permet d'exclure que les deux victimes aient été kidnappées par de simples voyous.
La précipitation de l'intervention au mépris des règles de précaution en la matière et des services très compétents disponibles (RAID, GIGN) posent question (surtout quand ce "savoir-faire reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité" fut proposée au pouvoir tunisien).
Des revendications d'un groupuscule dont on en sait à peu près rien et dont on n'a jamais vu un membre vivant s'expliquer finit, dans ces conditions, d'exaspérer.
A qui tout cela profit-il ?
A ceux qui ont intérêt à ce que l'Afrique reste un mouroir misérable, sous la botte de la soldatesque d' "idiots utiles" du consensus de Washington, au service d'industries comme Monsanto, Mac Donald, Nestlé, ... le complexe militaro-industriel et de la logique financière qui le soutient .
L'irangate a montré comment cette logique sait persuader les gouvernements à surmonter leurs réticences les plus fortes faisant échec aux processus de paix.
Voilà un enjeu du débat sur la politique israélienne jamais abordé. Israêl, comme les USA, s'exonèrent du droit international en ratifiant très peu de traité sur les droits de l'homme (ex: la Cour pénale internationale, contre laquelle milite même activement les USA). L'Orient de Charles Malik est méprisé. Un tabou s'organise autour d'Israël et de ses exactions (lire les réactions d'Eric Fassin, Elisabeth Guigou sur la suppression du débat sur la Palestine avec Stéphane Hessel à L'Ecole nationale supérieure par sa directrice à al demande du Crif).
L'aspect économique des conflits (voir les 3000 milliards de dollars de la guerre en Irak) n'est jamais abordé. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité au Nations Unies sont de gros producteurs d'armes. Il faut beaucoup moins de dollars pour sauver le Monde.
La Paix apparaît dès lors comme une perte de revenus, malgré l'impact écologique de l'emploi d'armes à l'uranium appauvri.
Face à un tel mépris du vivant, force est de conclure que la vie de deux Français, de quelques millions de Palestiniens et d'un milliard d'Africains ne pèsent rien. Les familles des victimes de Karachi le mesurent chaque jour, comme la femme du juge Borrel, ...
L'affaire Karachi, le renflouement du secteur bancaire par les Français lésés par la crise en 2008, l'arbitrage rendu en faveur de Bernard Tapie montrent que le gouvernement n'est plus qu'un produit dérivé de la finance, Obama réduit à un actif de Goldman Sachs.
“Les financiers ne font bien leurs affaires que lorsque l'État les fait mal.” Talleyrand
Le juge Fragnoli a rendu une ordonnance de rejet dans l'affaire de Tarnac en jugeant que «les actes de terrorisme, par leur nature ou leur contexte, visent à intimider gravement une population, ou à contraindre indûment un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir ou à s'abstenir d'accomplir un acte quelconque, ou à gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d'une organisation internationale».
De nombreux peuples pourraient invoquer cette décision surtout que " L'intimidation et la terreur ne pouvant cependant se concevoir que par des actes répétés et vécus comme un harcèlement " et que constitue, selon le juge, «des indices graves et concordants» sur l’implication contre «l'atteinte à l'autorité de l'Etat» : «le contournement des règles relatives aux documents administratifs, la commission de faux, la falsification de documents administratifs ».
L'actualité politique et économique confirme l'interprétation de Monsieur Fragnoli montre que le magistrat n'est pas si éloigné que ça de la pensée de Julien Coupat.
Ces dernières années ont laissé s'imposer le mépris pour le droit et l'humain. Le triomphe des égoïsmes n'est pas un progrès. Le discours de l'inspirateur de la société des Nations, Léon Bourgeois et le solidarisme, est oublié. Out également Georges Orwell et la Common decency.
Mon emploi du temps ne me permet pas de continuer à rédiger des notes comme je l'ai fait jusqu'à présent et mon combat d'idées - celles que j'ai essayées de promouvoir - exige toute mon énergie, pour un certain temps.
Amicalement,
poj.eur@gmail.com
nb : J'ai été informé de la sanction privant Ambre de sa liberté de s'exprimer. Tous les arguments sont contestables et il est possible d'y répliquer. Rien ne justifie la censure. Le refus du débat et l'abdication de l'intelligence.
Je n'ai pas vu qu'elle appelait à la violence, à la haine, ou à la guerre, mais plutôt au respect des droits du peuple palestinien, comme Stéphane Hessel. Ambre s'indigne. La sanction paraît dès lors injustifiée et disproportionnée (1).
Il est incohérent que Médiapart - qui se bat jusque dans les prétoires et à raison, comme je l'ai soutenu, pour la liberté d'information - prive quelqu'un de sa liberté d'expression au risque de donner le sentiment de contester sa liberté de conscience.
Le complexe militaro industriel marque un point quand l'humanité perd un défenseur, une voix.
Le mépris l'emporte dans l'indifférence et le silence rend complice.
C'est la part d'Ambre de Médiapart.
Ce qui précède ne peut que faire douter de l'utilité d'avoir des idées en France et de tenter d'en débattre. Quant aux principes...
(1) La Déclaration universelle des droits de l'homme consacre la liberté d'expression mais elle est va plus loin en posant la liberté de conscience (sur l'intervention du délégué chinois Chang Peng Chung, la conscience s'ajoutant à la raison pour caractériser l'homme).
Art. 1er : "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience"
Art. 18 : "Toute personne a droit à la liberté (...) de conscience "
La Déclaration universelle des droits de l'homme est une règle coutumière. L'assemblée plénière du Conseil d'Etat a jugé que les règles coutumières sont applicables en droit interne (CE Ass. 6 juin 1997 – N°148683).
***
Excellent article. J'ai toujours dit que Al-Qaïda n'est qu'une invention de la CIA et de ses carpettes occidentales. Désinformation totale Jeudi dernier dans l'émission " Envoyé spécial" . Quand tous les services secrets ne trouvent aucun terroriste, les reporters en trouvent, bien enturbannés afin que personne ne les reconnaisse, parlant un français plus que correct. En revanche, pour un deuxième terroriste, on aurait cru entendre Michel Leeb dans son sketch "l'africain". C'était probablement un français des services secrets essayant de prendre l'accent. De plus, ce reportage tombe à pic vu l'assassinat des deux français au Niger. Coïncidence ? Sûrement pas.
Pour Ambre, je n'ai pas suivi ce problème( ni celui de Petit Robert). J'ai essayé de trouver leurs propos mais je n'ai pas eu assez de temps pour trouver ce qui leur était reproché. Je n'ai pas vu les insultes dont certains parlaient. Ayant moi-même subi la radiation de Rue89 pour soi-disant homophobie et d'AgoraVox pour rien, je suis contre ces bannissements.
18/01/2011 20:49 Par extralucide