Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est économie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est économie. Afficher tous les articles

lundi 22 juillet 2013

Benkirane a-t-il échoué ?





Abdelilah Benkirane
Abdelilah Benkirane



Ali Anouzla
Dix-neuf mois après sa nomination, on est en droit de faire bilan de l'action d'Abdelilah Benkirane, à la tête du gouvernement marocain et de s'interroger, à l'aune des derniers développements, si l'expérience n'aurait pas atteint ses limites et si par son acharnement, l'intéressé ne serait pas en train de signer son propre suicide politique et, à terme, la perte de son parti. Un scénario qui pourrait s'avérer coûteux pour le Maroc et les marocains.
  Benkirane, alias le "Punching-ball"
A l'heure où j'écris ces lignes, je reste parfaitement conscient que la vie du patron du PJD ressemble, en tous points, à celle du punching-ball sur lequel, à tour de rôle, chacun vient affûter ses poings. Pourfendre Benkirane est devenu un sport national, à telle enseigne que le Chef du gouvernement s'en est ouvert à la Chambre des Conseillers, reconnaissant qu'il est devenu la cible privilégiée de toutes les attaques.
N'ai-je pas hésité dans un précédent papier, à dénoncer les pourfendeurs de l'homme qui n'avaient pas le courage de s'en prendre au véritable détenteur du pouvoir dans ce pays ? Je me contenterai donc de poser cette simple question: Benkirane aurait-il échoué dans la conduite du gouvernement ?
La réponse pourrait sembler facile, à tout un chacun, au premier abord. Un partisan de Benkirane vous soutiendrait mordicus, que l'homme vole de victoire en victoire, même si celles-ci relèvent du symbole. Il citerait, en appui, ses joutes oratoires et ses envolées lyriques au parlement, qui font ressembler le Chef du gouvernement au maître de classe, réprimandant des élèves paresseux. A contrario, un opposant dresserait le constat impitoyable de son échec dans la gestion de la chose publique et ajouterait que cet échec est si flagrant qu'il n'a nul besoin d'être prouvé.
Rendons tout de même justice l'homme, en rappelant quelques un de ses succès.

Plusieurs décennies et quelques succès
Benkirane restera celui qui aura convaincu le pouvoir d'ouvrir aux islamistes la participation à la vie politique, après avoir convaincu ses troupes de la légitimité d'une action politique pacifique. Il a également bâti le plus grand parti islamiste et remporté les dernières élections, s'imposant du même coup comme un interlocuteur crédible du Pouvoir. Premier leader islamiste à mener son parti vers une victoire électorale et à arracher, les circonstances aidant, le poste de Chef de gouvernement du Maroc, il a su imposer un style qui lui a valu la sympathie de larges franges de la population marocaine et l'a aidé à faire passer la pilule amère des augmentations du prix des carburants et du gel d'une grande partie des investissements publics.

Echecs en rafale
Mais s'il a fallu à Benkirane plusieurs décennies pour ces accomplissements, quelques mois seulement lui auront suffi, pour cumuler tant d'échecs et générer tant de désillusions. Il a échoué à faire rentrer la Jamaa Adl Wa Al Ihssane dans la légalité politique. D'autres mouvements islamistes tels que « Al Badil Al Hadarie» et «Al Oumma» n'ont toujours pas le droit de se constituer en partis politiques, malgré la volonté de leurs dirigeants d'accepter les conditions du jeu politique tel qu'il est aujourd'hui. L'homme a échoué à rallier les élites du salafisme à son parti plutôt qu'à d'autres. Il a raté l'ouverture de son parti aux démocrates de gauche. Il n'a gagné ni la confiance du Pouvoir ni la bénédiction du Palais malgré toutes les concessions qu'il a consenties et qu'il se dit prêt à consentir. Il n'a jamais réussi à imposer ses arguments, lors des négociations avec le pouvoir, qu'il s'agisse du jeu politique, des élections ou de la formation du gouvernement. Du coup, il n'a pas réussi à former un gouvernement stable, ni à s'assurer une majorité cohérente et loyale, ni à mener ses projets de réformes et encore moins exercer ses prérogatives de chef du gouvernement.
Enfin, il n'a pas réussi à concrétiser ce qui fut son fameux slogan de campagne : «Ton vote est ta chance pour lutter contre la corruption et la tyrannie». En adoptant la soumission et la docilité comme stratégie, Benkirane a vite capitulé face à ces deux fléaux dont il est même devenu le plus précieux des alliés. On peut même affirmer que cette soumission à la machine de corruption est le trait saillant de ses 19 premiers mois à la tête du gouvernement.
Mais le plus grave échec à mettre au passif de Benkirane, aura été son pari de réformer le « système » de l'intérieur. Une vieille chimère sur laquelle s'étaient cassés les dents les socialistes et qui valut à l'USFP de sortir laminée au bout de dix ans au gouvernement.

La logique du changement de l'intérieur
L'entêtement de Benkirane à s'extirper de cette logique, ne peut que lui faire mordre la poussière, comme ce fut le cas d'Abderrahman Yousfi et son parti, réduits au statut d'un organe de presse enchaînant communiqués et déclarations d'opposition au gouvernement, dans l'espoir de gagner tout au plus quelques strapontins dans ce même gouvernement. Une pure escroquerie intellectuelle qui a déjà montré ses limites. Comment peut-on, en effet, décemment lutter contre la corruption en s'alliant aux corrompus ? Ou encore lutter contre la dictature en s'aplatissant face aux tyrans ?
Benkirane et les membres de son parti serinent à qui veut les entendre, qu'ils n'ont que deux options. La première serait une nouvelle majorité à composer avec le «Rassemblement National des Indépendants». La seconde serait le recours à des élections anticipées.
La première reviendrait à reconduire l'expérience des derniers mois, en pire et se révélerait du pain bénit pour le chef du RNI qui se remettrait en selle, alors que les membres du PJD n'ont cessé de l'agonir de leurs critiques au Parlement. Le PJD y perdrait le reliefs de crédibilité qui lui restent, la "valeur ajoutée" du RNI étant, par ailleurs nulle, le parti ayant depuis toujours, été associé aux gouvernements successifs qui ont orchestré le pillage systématique du pays et la répression du peuple.
La deuxième option n'est pas véritablement du ressort du PJD et ne ferait que reproduire la même carte politique balkanisée avec en prime, le risque de voir un autre parti remporter les élections et la perpétuation du vaudeville politique que vit le pays depuis le fameux « processus démocratique » jusqu'à cette prétendue « révolution des urnes », tout droit sortie de la farce nommée « nouvelle Constitution ».

Au croisement, était un autre chemin
Cependant, en plus de ces deux options dans lesquelles Benkirane et son parti voudraient s'enfermer, il y aurait une troisième solution qu'ils aimeraient éviter, c'est celle de la rue. La seule qui puisse rebattre convenablement les cartes et imposer de nouvelles règles au jeu politique, avec en perspective la révision de la constitution, de la loi électorale, du mode de scrutin et du découpage électoral. Au final, le seul espoir de bâtir un jour, des institutions crédibles qui représenteraient véritablement la population.
Une option qui ferait appel au courage et à l'audace. Benkirane présenterait ses excuses au peuple et procéderait à une sévère autocritique, pour recouvrer la confiance perdue. Persister à affirmer que le parti met la stabilité du pays au-dessus de toutes considérations politiques ou calculs partisans, revient à cacher derrière un mensonge grossier, sa propre lâcheté et sa complicité objective avec la tyrannie.
Le parti de Benkirane se trouve à un carrefour stratégique de son histoire: soit il retourne à ses objectifs initiaux d'éradication de la corruption et de lutte contre la tyrannie, soit il continue de les couvrir et les justifier. Dans ce cas c'est l'Histoire impitoyable qui se chargera de le juger!
C'est le même Benkirane noyant aujourd'hui le poisson, en évoquant les crocodiles et les démons, qui n'avait, pourtant pas hésité, un jour d'avril 2011, en plein meeting, à citer nommément des corrompus: « Majesté, ils puisent leur pouvoir de la proximité avec toi, ils ne font aucun bien et ne font que semer le Fassad et tout cela n'est plus acceptable ! ».
Ne pourrait-il retrouver le même courage de dire ouvertement au peuple:
-« Oui, les mêmes corrompus continuent de sévir et je ne me tairais plus d'avantage. Je suis résolu à les dénoncer et à rompre toutes relations avec eux, afin de cesser d'être perçu comme leur complice ! ».
L'avenir prochain le dira.
Traduction de l'arabe par Ahmed Benseddik
 http://fr.lakome.com/index.php/chroniques/1111-benkirane-a-t-il-echoue
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------

AFP, 
Le nouveau chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane. / DR
Abdemlillah Benkirane

   Agrandir


Selon l'Agence France-Presse (AFP), le Mouvement du 20 février s'est dit prêt mardi à dialoguer avec le nouveau chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, tout en posant des conditions.
“Nos conditions sont la libération des prisonniers politiques, l'ouverture des dossiers liés à la corruption, la liberté de la presse et le renforcement des libertés individuelles. Si ces conditions sont réunies, le dialogue avec M. Benkirane sera ouvert et public.”
Najib Chaouki, un des responsables du M20.

“Nous avons perdu confiance dans le régime politique marocain, mais nous sommes prêts à dialoguer avec le nouveau chef du gouvernement sous conditions”, a poursuivi Chaouki, cité par l'AFP.
Lors d'une rencontre avec la presse au lendemain de la victoire de son parti (PJD) aux législatives du 25 novembre, Abdelilah Benkirane, depuis désigné chef du gouvernement par le Roi, s'est dit disposé à discuter immédiatement avec les jeunes du Mouvement.
“S'ils disent des choses sérieuses, il faut les écouter. Si un seul Marocain a des choses sérieuses à dire, il faut l'écouter. Eux (dans le Mouvement du 20 février), ils sont des milliers”.
aufait
--------------------------------------------------------------------------
  Le temps passe vite et les réformes prennent de plus en plus de retard 

 
     C’est bientôt la fin de juillet et beaucoup de chantiers, qui auraient dû être déjà mis en route, sont reportés à des dates indéterminées.
Après beaucoup de critiques sur la lenteur de la production des textes législatifs, le gouvernement du PJD avait présenté un programme de lois à faire voter par le Parlement pour mettre la Constitution en application. Mais, nous ne voyons toujours rien de concret aujourd’hui et aucun indicateur n’annonce à quel moment tout cela sera mis en œuvre.
Or, nous l'avons maintes fois constaté, il ne faut pas s’attendre à ce que l’opposition, ou les oppositions, applaudissent à une quelconque décision venant du gouvernement, quelle que soit cette opposition et quel que soit ce gouvernement.
Or, la réforme de la caisse de compensation n’est toujours pas finalisée, et il semble difficile d’obtenir un consensus sur les mesures qui doivent être adoptées.
Idem pour l’élaboration de la loi de Finances 2014 qui part avec un lourd handicap. Ses grandes lignes auraient déjà dû être rédigées et distribuées aux différents départements ministériels. Le départ de l’Istiqlal et la nécessité de reconstituer une nouvelle majorité gouvernementale vont certainement reporter son élaboration aux calendes grecques.
Pourtant, des arbitrages difficiles doivent être faits d’urgence dans le budget de fonctionnement de l’État, car les perspectives 2014 ne sont vraiment pas bonnes, avec une prévision de croissance de seulement 2,5%, selon la dernière étude du HCP.
Les derniers chiffres de la balance commerciale, à fin juin, montrent aussi que nos difficultés sont toujours là. Car si la couverture de nos importations par nos exportations est passée de 47,5% à 48,6%, il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir. Le plus important n'est pas dans la variation de ces chiffres mais plutôt dans le niveau total du taux de couverture, qui reste trop bas, entre 45 à 50%.
Un état de faits qui détruit irrémédiablement nos réserves de change, jour après jour, et ce malgré les transferts des MRE, les recettes du tourisme, les investissements étrangers et les dons de nos frères.
Le temps passe très vite, et très vite, nous allons arriver au terme de cette première législature de l’ “ère démocratique” du Maroc, sans aucune réforme et sans mise en application des lois organiques prévues dans la Constitution.

--------------------------------------------------------------------------

Par Siham Ali à Rabat et Hassan Benmehdi à Casablanca pour Magharebia – 21/07/13

Le Maroc a peut-être su éviter le pire de la crise financière mondiale, a affirmé le Premier ministre Abdelilah Benkirane cette semaine, mais ses perspectives à long terme dépendront de la politique.
Dans ces temps de vaste incertitude économique, le Maroc a su préserver ses fondamentaux, même si les résultats ne répondent pas aux aspirations, a expliqué Benkirane mercredi 17 juillet lors de la session parlementaire mensuelle consacrée à l'investissement, à l'industrie et au commerce.
[Hassan Benmehdi] Le Premier ministre Benkirane exprime sa confiance dans l'économie marocaine."Il faut être patient", a-t-il déclaré. "La réforme ne se fait certes pas au rythme escompté, mais elle se fera progressivement."
 Hassan Benmehdi
Pour continuer de protéger le royaume contre la crise qu'ont connu la Grèce et d'autres pays, le gouvernement a cependant besoin d'un "soutien politique", a ajouté Benkirane.
Or, ce soutien est loin d'être acquis.
Les parlementaires ont en effet critiqué vertement la stratégie gouvernementale en matière économique et d’investissement.
"L'économie marocaine est fragile", a déclaré Abdelhamid Saadaoui, président du groupe parlementaire du Mouvement populaire à la Chambre des conseillers.
En témoignent selon lui les indicateurs économiques qui sont au rouge, notamment le taux de croissance, le déficit commercial et la pression de l’endettement.
"Le gouvernement est appelé à réviser ses choix stratégiques. Il faut créer des commissions locales pour examiner les dossiers d’investissement", a-t-il précisé.
Les parlementaires ont appelé le gouvernement à écouter toutes les propositions, notamment la lutte contre les lourdeurs administratives, l’amélioration du climat des affaires, la lutte contre la corruption et la transition à une économie ouverte aux marchés étrangers.
"Le gouvernement donne des assurances. Mais la réalité et le vécu des citoyens témoignent du marasme de l’économie. 2013 a été une année blanche", a déclaré Driss Radi, président du groupe de l’Union constitutionnelle.
Le Maroc traverse actuellement une crise de confiance, a-t-il ajouté.
Et le récent retrait du parti de l'Istiqlal de la coalition au pouvoir vient encore compliquer la tâche pour Benkirane.
Les tractations visant le remplacement de l'Istiqlal par une nouvelle formation en mesure d'assurer au gouvernement sa majorité se font dans la plus grande discrétion, mais les résultats tardent toujours à venir.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI), favori pour remplacer le parti de l'Istiqlal, n'a toujours pas donné son accord de principe. Mardi dernier, il a réfuté les rumeurs selon lesquelles il serait disposé à entrer dans le gouvernement Benkirane.
"Compte-tenu des sensibilités différentes des deux partis, les tractations vont durer quelque temps", a expliqué l'éditorialiste Hassan El Mekoui à Magharebia.
''Il est important de rappeler que le RNI n'a jamais caché son opposition catégorique au projet islamiste du PJD", a-t-il ajouté.
Benkirane "devra marcher sur une corde raide, tiraillé entre la nécessité de reconstituer une majorité et la pression des islamistes au sein de son parti, pour lesquels le RNI est une formation qui s'oppose farouchement au projet de société islamiste", a expliqué la militante féministe Leila Attali.
Mercredi, Benkirane a souligné que la présidence du gouvernement n'était pas son but ultime.
Le PJD est prêt à tous les scénarios envisageables, y compris la dissolution du gouvernement et la tenue d'élections anticipées, a-t-il souligné.
 http://magharebia.com/fr/articles/awi/features/2013/07
---------------------------------------------------------------------------

Fil d’actualité sur facebook

  • Le communiqué du cabinet royal relatif aux démissions des ministres dit "...et ainsi permettre au chef de gouvernement d'entamer ses consultations en vue de constituer une nouvelle majorité".
    Faut il comprendre de ce communiqué que le roi veut forcer Benkirane à ne pas envisager l’autre option, à savoir des élections anticipées ? C'est ça le respect de la Constitution ?

    •  Lisez bien la Constitution et surtout le projet de loi sur les commissions parlementaires et vous comprendrez que le PEUPLE ne détient aucun pouvoir (même représenté au Parlement). Alors que le Roi réponde rapidement à ces demandes de démissions ou ne le fasse pas, cela ne changera rien à la question DEMOCRATIQUE, qui, sans elle, nous demeurerons un peuple sous développé à la merci lobbies capitalistes prédateurs qui ne pensent qu'à se remplir les poches au détriment de l'édification d'une véritable société juste et équitable!...Arrêtez SVP de louer gratuitement la politique de Mohammed 6. Celle-ci ne méritera des éloges que lorsqu'elle conduira vers une Constitution à laquelle adhère l'ENSEMBLE des forces vives de ce pays, y compris les islamistes de Al Adl au lieu de rester comme aujourd'hui un document applaudi uniquement par une élite qui profite de l'ordre établi nonobstant les scores bréjnévien annoncé suite au référendum!

lundi 1 avril 2013

Priorités de développement pour l’après 2015 L’ONU consulte les Marocains

Rachid Loudghiri, AuFait, 
Bruno Pouezat (d), coordinateur résident des Nations Unies au Maroc, aux côtés des ministres de la Fonction publique et de la modernisation, Abdeladim El Guerrouj (g) et des Affaires générales et de la gouvernance, Mohamed Najib Boulif (c). /DR
Agrandir

Dans le cadre consultations sur les objectifs de développement de l’après-2015, un Forum bilan s'est tenu jeudi à Rabat. Les premiers retours font ressortir une attente concernant l'accès aux soins pour tous, le resserrement des inégalités sociales et l'amélioration du système éducatif.


Bruno Pouezat (d), coordinateur résident des Nations Unies au Maroc, aux côtés des ministres de la Fonction publique et de la modernisation, Abdeladim El Guerrouj (g) et des Affaires générales et de la gouvernance, Mohamed Najib Boulif (c). /DR Agrandir

    Bruno Pouezat
    Le forum de restitution des consultations nationales lancées par les Nations Unis au Maroc en février dernier, en coopération avec le ministère chargé des Affaires générales et de la gouvernance sur les priorités de développement de l’après 2015, s’est tenu jeudi à Rabat.
    La démarche, qui a servi pour la réflexion engagée autour de “l’avenir que nous voulons” pour l’après 2015, est inclusive, participative et transparente. Les personnes consultées ont estimé que les actions prioritaires à engager dans l’immédiat doivent se focaliser sur l’amélioration du système éducatif, un meilleur accès pour tous à des soins de qualité et l’éradication de la pauvreté et des inégalités sociales.
    “Nous nous sommes efforcés de donner la voix à des groupes souvent ignorés. Cependant, le nombre des personnes touchées n’est qu’un échantillon modeste pour participer au dialogue global sur l’avenir que nous voulons.”
    Bruno Pouezat, coordinateur résident des Nations Unies au Maroc
    En plus de partenaires institutionnels, du secteur privé, de l’université, des médias, des missions diplomatiques, de la société civile et des MRE, la parole a cette fois été donnée aux sans voix, aux populations vulnérables, tel les personnes à besoins spécifiques, les professionnelles du sexe ou les grands malades.
    Une centaine de réunions préparatoires ont été nécessaire pour déblayer le terrain. Une trentaine de consultations auprès de plus de 800 personnes ont été réalisées, dont 14 groupes focus avec des populations marginalisées. L’ensemble des conclusions des consultations réalisées au niveau de 90 pays (50 à l’origine) alimenteront l’émergence d’un consensus global sur l’agenda de développement post-2015, qui sera discuté par l’Assemblée générale des Nations Unies dès l’automne 2013.

    Des attentes concrètes et urgentes
    Les personnes consultées sont impatientes et réclament des actions immédiates, mais leurs rêves ne sont ni utopiques, ni irréalisables. Ils rêvent d’avoir un système éducatif qui permette de produire des citoyens avec des capacités d’analyse, des citoyens entrepreneurs aptes à s’assumer et porteurs de projets de développement.
    Dans ce contexte, le pré-scolaire, indispensable pour l’affirmation de la personnalité de nos enfants en bas âge, pourrait aussi contribuer à la création de ressources et d’emplois.
    La mise en place de passerelles entre le collège et la formation professionnelle ou l’intégration de cette formation dans le cursus scolaire, sans attendre que l’élève soit dans l’échec scolaire, serait aussi souhaitable, selon les vœux des sondés. Les élèves devront aussi bénéficier de plus d’opportunité pour s’épanouir à travers des activités d’innovation, de loisir et de sport.
    Dans le domaine de la santé, la mise en place d’un système de protection sociale efficace et qui couvre l’ensemble des citoyens du territoire tarde à se concrétiser sur le terrain. Les gens sont de plus en plus révoltés face à l’ampleur du nombre de décès de femmes pendant leur accouchement et des enfants âgés de moins de 5 ans.
    En matière de développement économique et de lutte contre la précarité, les gens demandent plus de stabilité politique et de continuité dans l’action administrative. L’essentiel de leurs revendications porte sur la bonne gouvernance, la préservation de l’environnement, l’accès à l’emploi grâce à une formation en adéquation avec les emplois offerts, la parité homme-femme, une justice plus équitable, la lutte contre la corruption, l’impunité et les inégalités sociales et économiques.
    Dans le cadre d’un aménagement du territoire plus équitable, les jeunes ruraux demandent à ce que les richesses tirées de leur territoire (produit miniers, phosphate, agriculture, énergie renouvelable…) soient mis en premier lieu au service du développement local. Ils veulent ainsi que leur travail valorise leur environnement quotidien, avant de servir les intérêts du grand capital dans les grandes villes ou à l’étranger.

    lundi 12 septembre 2011

    Maroc, le partenaire discret d’Israël

    Par Ali Amar, Slate, 9/9/2011

    Si WikiLeaks a confirmé que Rabat et Tel-Aviv s’accordaient sur bien des sujets diplomatiques, c’est dans le business que leur coopération est la plus méconnue.

    «On est pour le maximum d'échanges». Telle était la réponse du directeur commercial du port Tanger Med à la question du commerce avec Israël, dans les colonnes du Figaro, qui titrait en juillet 2008: «Le Maroc veut être un pays modèle pour l’UPM (Union pour la Méditerranée)». Un point de vue qui demeure tabou pour l'opinion publique, mais les diplomates et les chefs d'entreprises marocains conviennent, en privé, que les routes commerciales avec Israël existent et se développent à grands pas.

    Sous l’œil bienveillant de Washington
    Dans une missive adressée en 2009 au roi Mohammed VI, Barack Obama écrivait:
    «J’espère que le Maroc va jouer un rôle important dans le rapprochement entre le monde arabe et Israël, tout en sachant que cela entraînera une paix stable et une solution au conflit au Moyen-Orient».
    Une lettre qui intervenait au moment où le Maroc était considéré par Washington comme le pays du Maghreb le moins hostile à l’État hébreu. La situation est d’autant plus remarquable aujourd’hui avec les révolutions arabes: la difficile transition politique en Égypte, le chaos en Syrie et la rupture de Tel-Aviv avec Ankara soulignent encore davantage l’isolement diplomatique de l’État hébreu dans la région.

    Le Maroc, qui est vu comme un modèle aux yeux de l’Occident joue aussi cette carte, malgré la défiance de son opinion publique vis-à-vis d’Israël —surtout qu’il a par ailleurs rompu avec fracas ses relations diplomatiques avec l’Iran.

    Dans un câble diplomatique révélé par WikiLeaks datant du 9 juin 2009, l’ambassade américaine à Rabat voit d’un bon œil le retour à la normale entre le Maroc et Israël, après les contacts que les deux pays ont eu dans la capitale chérifienne, entre le 3 et 5 juin 2009, à l’occasion de la tenue d’une rencontre sur le terrorisme nucléaire. «Des contacts qui ont permis aux responsables des deux pays de prendre langue après une période de froid suite à la guerre israélienne contre Gaza».

    Des liens diplomatiques ininterrompus
    Malgré la fermeture, en octobre 2000, du bureau de liaison d’Israël à Rabat et le départ de Gadi Golan, son diplomate qui avait rang d’ambassadeur, les contacts entre les deux pays n’ont jamais vraiment cessé. En 2003, Silvan Shalom, alors chef de la diplomatie israélienne était reçu par Mohammed VI. En décembre 2008, le directeur général du ministère des Affaires étrangères, Aharon Abramovitz, s'est rendu quasi officiellement à Rabat.

    En septembre 2009, une radio israélienne rapportait que le ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Liebermann, avait rencontré en catimini à New York son homologue marocain, Taïeb Fassi-Fihri, en marge de l’assemblée générale des Nations unies. La participation d’une délégation israélienne, conviée la même année à un congrès international à Marrakech, confirmait un mouvement perceptible de décrispation avec Tel-Aviv, malgré le coup de froid né de l’offensive de Tsahal sur Gaza quelques mois auparavant.

    Le chassé-croisé diplomatique s’est d’ailleurs intensifié: Jason Isaacson, le directeur du Comité juif américain d’affaires gouvernementales et internationales, et fervent défenseur de la cause sioniste, a été décoré de la médaille de Chevalier du Trône du Royaume du Maroc.

    «Par la réforme et la réconciliation politiques, par sa position ferme contre l’extrémisme, par sa protection continue des minorités religieuses, le Maroc a prouvé à maintes reprises son amitié, sa force, ses principes», avait déclaré Isaacson lors de la cérémonie, dont les médias officiels marocains ont pourtant opportunément tu l’événement, l’opinion marocaine étant à l’écrasante majorité défavorable à tout rapprochement avec Israël —en témoigne encore récemment la polémique suscitée par la visite de Tzipi Livni à Tanger.

    Dans un câble diplomatique américain de l'ambassade américaine à Rabat révélé par WikiLeaks, Yassine Mansouri, le chef du contre-espionnage marocain, avait pour sa part confié à des diplomates américains que «Tzipi Livni est un bon partenaire»…

    L’épisode Livni ou la visite chaotique des étudiants de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) avaient suscité une véritable levée de boucliers au Maroc, faisant dire à Mamfakinch, le média citoyen du Mouvement du 20 février qu’au Maroc, «il vaut mieux militer pour Israël que pour la démocratie ou la Palestine».

    Le réchauffement avec l’État hébreu s’expliquerait par l’affaire du Sahara, la position marocaine étant soutenue par des politiques américains proches du puissant Aipac (American Israel Public Affairs Comittee) et par des firmes de lobbying diplomatique basées à Washington, qui entretiennent des relations similaires avec Tel-Aviv et dont les ramifications se croisent avec des intérêts économiques communs.
    Des circuits gigognes et discrets

    La télévision israélienne avait consacré en juillet 2009 des programmes sur le Maroc, une initiative menée en collaboration avec l’Union mondiale des juifs d’origine marocaine dans le cadre de la commémoration du dixième anniversaire de la disparition d’Hassan II et de l’accession de Mohammed VI au trône.

    But affiché de l’opération: faire la promotion… des offres immobilières de luxe de Tanger et de Fès très prisées en Israël, avait rapporté le quotidien Maariv, dont l’éditorialiste n’avait pas manqué à l’occasion de rappeler avec nostalgie «l’espérance gâchée» du premier Sommet économique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (Mena), qui s'était tenu en 1994 à Casablanca et où ont participé 64 pays —dont Israël.

    En dépit de l’opposition populaire à la normalisation avec l’État hébreu, traduite par les nombreuses marches dans le royaume contre Israël lors des événements de Gaza, Rabat continue à entretenir des relations commerciales avec Tel-Aviv, dont les flux sont loin d’être négligeables.

    De nombreuses associations marocaines dénoncent régulièrement les liens commerciaux entre l'État hébreu et le royaume chérifien. L'initiative nationale de boycott d'Israël estime qu’ils atteignent les 50 millions de dollars (35,3 millions d’euros) par an, notamment dans l’agro-industrie. Semences et technologie transitent par l’Europe pour masquer leur origine israélienne.

    Certaines entreprises marocaines importent des produits d’Espagne, des Pays-Bas ou du Danemark, dont la technologie ou les intrants proviennent en réalité d’Israël. En 2005, la presse avait rapporté l’existence de containers débarqués à Casablanca frappés de l’étoile de David ou de certains composants made in Israël intégrés dans du matériel de télécommunications importé par Maroc Telecom…

    Cette situation créée des poussées de fièvre chez les politiques, notamment les islamistes qui réclament la fin de ce commerce caché.

    En réalité, le Maroc et Israël ont réaffirmé dans le cadre de l’Euromed leur volonté d’entamer des négociations ayant pour objectif commun de créer une zone de libre-échange. D’ailleurs, nombre de réseaux d’affaires euro-méditerranéens dans lesquels le patronat marocain est très actif accueillent des chefs d’entreprise israéliens… Les nombreuses pétitions lancées au Maroc appelant au boycott des produits israéliens restent lettre morte.

    Les médias israéliens tels le Jerusalem Post ou Yehodot Aharonot rapportent régulièrement la signature d’accords commerciaux, des transactions financières ou des programmes de coopération avec des instances gouvernementales ou par le secteur privé. Dans la finance, les banques Leumi et Hapoalim ont ainsi mis en place des passerelles pour les opérations d’import-export entre le Maroc et Israël, via des conventions de correspondant banking avec plusieurs institutions financières marocaines.

    Le New York Times avait annoncé que la compagnie aérienne El Al cherchait à tisser des liens avec la Royal Air Maroc —et pour cause, le tourisme est aussi un business en expansion avec l’État hébreu.

    A la suite d’un rapprochement avec Maroc Tours, Yambateva Voyage a ouvert récemment un bureau de représentation à Marrakech. L’opérateur israélien ambitionne de s'accaparer 45% du tourisme israélien au Maroc. Un marché qui représente, selon le tour opérateur, entre 5.000 et 7.000 visiteurs par an.

    Déjà actifs au Maroc depuis une dizaine d'années, les voyagistes israéliens explorent de nouveaux créneaux tels que l'écotourisme et les forfaits voyages extrêmes. A sa nomination au poste d’ambassadeur américain à Rabat, Samuel Kaplan avait tenu à souligner «la liberté dont jouissent les Marocains de confession juive ayant immigré en Israël pour visiter le Maroc», qualifiant cette expérience de «tout à fait unique dans cette partie du monde».

    Dans le cadre de son programme Fincome (Forum international des compétences marocaines à l’étranger), Rabat entend bien inciter la diaspora juive d’origine marocaine à revenir au pays pour s’y installer et faire du business dans l’offshoring, le textile, l’électronique, l’aéronautique, l’automobile, les biotechnologies ou les nanotechnologies.

    Une note du gouvernement israélien soulève la question d’un rapprochement dans les domaines des technologies de pointe:

    «La Silicon Valley marocaine devra se référer au modèle israélien qui a fait ses preuves, en nouant de réels partenariats entre les universités et les industriels».

    L’armement au cœur des affaires
    C’est dans le militaire que cette «normalisation passive» est la plus discrète. Fait rarissime pour un pays arabe, Rabat a opté pour des achats militaires auprès de l’industrie d’armement israélienne. Le sujet est tellement sensible que les deux pays en font un secret d’État.

    Selon IsraelValley, le site officiel de la chambre de commerce France Israël, l'entreprise publique Israël Military Industries (IMI) a conclu avec Lockheed Martin un accord très juteux portant sur la fourniture de certains équipements et composants électroniques pour les deux escadrilles d’avions F-16 achetés par le Maroc aux États-Unis.

    Le contrat est évalué à plus de 100 millions de dollars et porte sur la fourniture de matériel de navigation, de transmission et des réservoirs de kérosène permettant à ces appareils de se ravitailler en vol. Israël est le 5e exportateur d’armements dans le monde, mais il est très rare qu’il contribue directement à des contrats de vente d’armes à un pays arabe.

    L’armée marocaine a déjà été équipée par la technologie et le matériel des équipementiers israéliens, notamment pour des blindés légers de l’armée de terre ou du matériel électronique qui équipe le mur du Sahara, la ligne de défense édifiée par l’armée royale pour empêcher les incursions des séparatistes du Front Polisario. Ces transactions passaient généralement par des intermédiaires en Afrique du Sud du temps d’Hassan II.

    Le Centre de coopération internationale dépendant du ministère israélien des Affaires étrangères, le Mashav, est souvent le moyen efficace pour conclure des marchés. Les technologies de télécommunication, en plein boom sur le continent, sont également un marché porteur. La société israélienne Alvarion, leader mondial du Wimax prospecte au Maroc. Mais cette haute technologie se déploie aussi dans le monde secret de la surveillance: experts militaires, spécialistes des écoutes téléphoniques, informaticiens, spécialistes des liaisons satellites se concertent et collaborent en secret.

    Autre domaine dans lequel les Israéliens s’illustrent avec succès: le commerce de minerais et de pierres précieuses. Le leader mondial du diamant poli, Israël Diamond Institute, serait un grand fournisseur des joailleries locales.
    Transactions en hausse constante

    «Le Maroc commence vraiment à intéresser fortement les entreprises israéliennes», commente Avraham Alevi, rédacteur d’un rapport sur les flux commerciaux entre Israël et le monde arabe. Il constate une augmentation de 40% par an des exportations vers le royaume chérifien. Quarante-six firmes israéliennes exportent actuellement au Maroc pour un total de 6 à 10 millions de dollars par an, selon des statistiques officielles jugées bien en deçà de la réalité, tant les chiffres sont caviardés pour des raisons aussi diplomatiques que sécuritaires.

    Le Maroc aurait atteint un total d’importations de plus de 55 millions de dollars en 2008 et surclasserait ainsi dans certains secteurs des pays comme l’Égypte, la Tunisie et la Jordanie. En 2006, le royaume arrivait déjà en bonne place derrière la Jordanie, l’Égypte et le Liban, pour les destinations arabes des exportations israéliennes, constituées essentiellement de technologies de l’information, de technologies agricoles, de produits d’équipement et d’habillement.

    Le Maroc occupait alors la quatrième position arabe après certains pays frontaliers avec l’État hébreu. Il s’agit de la Jordanie, qui arrive en première place avec un volume global de 58,3 millions de dollars; de l’Égypte, deuxième avec 34 millions de dollars et enfin du Liban, troisième avec un volume d’échanges de 19,5 millions de dollars.

    Le dernier rapport de l’Institut israélien des exportations (IEICI) prévoit une progression du commerce entre Israël et le Maroc à un rythme aussi soutenu notamment dans le tourisme, les télécoms, l’armement et l’agro-industrie. Si rien n’est dit sur les sociétés israéliennes qui exportent vers le Maroc, l’IEICI ne cache pas que l’agriculture et les technologies de l’information viennent en tête (hormis les contrats d’armement, qui sont répertoriés à part). C’est le cas, par exemple, de la société Chromagen (énergie solaire), qui dispose d’une officine au Maroc ou encore de la société Kafrit, spécialisée dans le plastique pour serres agricoles et qui exporte au Maroc via sa filiale allemande.

    Selon le président de l’Association israélienne de plasturgie, Ilan Tessler, cité par la presse, le Maroc arrive en tête de liste des pays arabes importateurs de produits israéliens à base de plastique. Ces importations concernent le matériel d’irrigation, entrant notamment dans la fabrication de systèmes de goutte-à-goutte. Selon les importateurs, les Israéliens sont leaders en matière de gestion de l’eau et leur expertise en la matière est démontrée. Pour élargir leurs débouchés commerciaux, ils investissent de plus en plus les pays du sud de la Méditerranée.

    Pour contourner l’embargo imposé par certains d’entre eux, notamment le Maroc, ils recourent à des circuits complexes. Les industriels israéliens passent en effet par des sociétés écrans qu’ils ont implantées essentiellement en Andalousie (sur de l’Espagne). L’acquéreur peut même obtenir, sur demande, un certificat d’origine ne faisant aucune allusion à Israël.

    Quant aux businessmen israéliens désireux de prospecter le marché marocain, ceux-ci peuvent se procurer un formulaire officiel de visa d’affaires spécialement conçus pour eux auprès des représentations diplomatiques chérifiennes, notamment aux États-Unis.



    mardi 4 janvier 2011

    L'impasse du modèle tunisien

    par Said Mekki, Le Quotdien d’Oran, 4/1/2011
    La bonne gouvernance économique tunisienne louée par les institutions financières masque un dualisme entre pays côtier et l'arrière-pays. Les troubles sociaux qui ont éclaté dans le pays ont agi comme un révélateur. Le modèle est d'autant plus dans l'impasse que la Tunisie, dépourvue de rentes minières ou fossiles, ne dispose pas d'alternatives.

    Les récents troubles partis de la ville de Sidi Bouzid au centre de la Tunisie ont révélé au monde l'envers du décor de carte postale souvent associé au pays du jasmin. Il est apparu aux yeux d'un monde plutôt surpris que les indéniables progrès économiques de la Tunisie ne profitent pas à tous et ne parviennent pas à réduire le nombre de chômeurs qui se recrutent de plus en plus dans les rangs des diplômés. Face au vide de perspective et l'arbitraire, le désespoir des jeunes s'exprime de manière atroce par le suicide. Le feu a été mis aux poudres par la tentative de suicide d'un jeune chômeur de 24 ans qui a crié avant de passer à l'acte «Non au chômage, non à la misère». Slogan bien peu militant mais ô combien révélateur de la tragédie silencieuse vécue par des dizaines de milliers de jeunes universitaires piégés dans une impasse impitoyable. Les manifestations se sont étendues à pratiquement tout le pays Le modèle tunisien célébré par le FMI et les classements internationaux du climat des affaires aurait-il atteint ses limites ? C'est en tous cas ce que pensent beaucoup d'économistes, dont le professeur Lahcen Achy du Carnegie Middle East Center qui dans un article publié le 28 décembre dernier par le Los Angeles Times considère que la dépendance excessive de l'économie tunisienne à l'égard du marché européen est la raison principale du blocage actuel.

    Une dépendance critique

    La spécialisation de l'économie tunisienne dans des secteurs à forte intensité de main-d'œuvre peu qualifiée semble avoir fait son temps. De ce point de vue, la Tunisie est concurrencée directement par les pays d'Asie. Elle en souffre d'autant plus que la structure de son marché du travail s'est modifiée. La proportion de demandeurs d'emplois titulaires d'un diplôme universitaire est passée de 20% de la population active en 2000 à plus de 55% en 2009 ! Selon Lahcen Achy, «la Tunisie affiche l'un des niveaux les plus élevés de chômage des Etats arabes: plus de 14% au total et 30% parmi ceux âgés de 15 et 29 ans». La situation ne devrait pas connaître d'amélioration sensible tant que le taux de croissance, de l'ordre de 3,8% pour 2010, restera en deçà du seuil des 5%. La concentration des échanges avec l'Europe place la Tunisie dans une situation de dépendance critique, les retournements de conjoncture et la reprise très molle de la croissance en Europe affectent directement les performances tunisiennes. Cela vaut aussi bien pour le secteur du textile que pour celui du tourisme de gamme intermédiaire, les secteurs d'activités les plus significatifs en termes de recettes externes.

    Pas d'alternatives

    Les alternatives ne sont pas nombreuses, le développement de nouveaux secteurs susceptibles d'absorber les cadres de haut niveau bute sur les réticences des entrepreneurs tunisiens, rebutés par l'opacité et le déficit d'Etat de droit, à se risquer dans des créneaux d'investissements plus complexes et donc plus risqués. Les investissements dans des secteurs à forte valeur ajoutée se heurtent à la concurrence féroce d'économies mieux armées et disposant d'une expérience autrement plus affirmée. La réorientation de l'économie tunisienne vers d'autres marchés est une démarche à moyen et long terme dont les résultats ne sont pas garantis, tant les avantages comparatifs de la Tunisie sont battus en brèche par des compétiteurs redoutables, en Asie et au Moyen-Orient. La crise du modèle tunisien est riche d'enseignements pour les pays de la région. La relative bonne gouvernance économique tunisienne ne suffit pas à installer une dynamique sociale vertueuse. La solution pourrait se trouver dans la stimulation du marché intérieur, mais l'étroitesse de ce dernier limite fortement ses marges de manœuvre. Une sortie par le haut de cette impasse consisterait en la réorientation vers le marché maghrébin et la coordination des stratégies macro-économiques régionales. Mais cela ne semble pas être à l'ordre du jour dans un Maghreb plus que jamais virtuel.

    samedi 27 février 2010

    Immigrés : le test de la "journée sans nous"

    par Laetitia Van Eeckhout, Le Monde, 27/2/2010
    Ce ne sera pas une grève mais un moment symbolique : en appelant à la mobilisation le 1er mars, le collectif "24 heures sans nous, une journée sans immigrés" entend "démontrer l'apport indispensable de l'immigration" à la France, en particulier son poids dans l'économie. Elle vise aussi à exprimer l'exaspération d'une nouvelle génération d'immigrés et d'enfants d'immigrés à l'égard des "dérapages" et des propos stigmatisants de plus en plus fréquents dans le discours politique.
    Cette initiative, organisée le même jour en Italie et en Grèce, s'inspire d'une expérience observée aux États-Unis en 2006 : visés par une loi criminalisant la travail clandestin, des centaines de milliers d'immigrés hispaniques avaient paralysé les grandes villes du pays. Les manifestations avaient abouti au retrait du texte.
    En France, le mouvement, qui se veut apolitique, cherche avant tout, en cessant de consommer et/ou de travailler, à "marquer la nécessité de la participation des immigrés à la vie de la cité".
    En réalité, leur apport n'a jamais été mesuré. A la différence d'autres pays, comme la Grande-Bretagne ou l'Espagne, la France n'a jamais cherché à connaître l'impact de l'immigration sur son économie.
    Les immigrés occupent pourtant une part non négligeable dans la population active. Selon les dernières données tirées du recensement par l'Insee, en 2007, 2,4 millions d'immigrés résidant en France métropolitaine déclaraient travailler ou se trouver au chômage : ils représentaient 8,6 % des actifs.
    Si l'on s'en tient à la seule population active occupée (hors chômeurs), leur part se maintient même à un niveau plus élevé : de 10,7 % en 1995, elle s'établissait à 11,3 % en 2007, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). "Cette stabilité de la présence des immigrés dans l'emploi total montre que quelle que soit la conjoncture, on ne s'en passe pas", relève Jean-Pierre Garson, chef de la division des migrations internationales de l'OCDE.
    Cette stabilité globale masque une situation contrastée selon les secteurs. Mais, contrairement à une idée reçue, les immigrés sont loin de travailler dans les seuls secteurs en déclin que sont l'agriculture ou l'industrie. Leur présence, bien qu'en recul, reste forte dans la construction. Elle l'est cependant plus encore et tend à croître dans les services. Comme le reste de la population en emploi, les immigrés travaillent désormais majoritairement dans le tertiaire. Dans certaines activités, comme les services domestiques et l'hôtellerie-restauration, ils représentent même plus de 20 % de la main-d'oeuvre.
    "FORCE DE TRAVAIL "
    Leur nombre est important et progresse dans des secteurs plus qualifiés, tels l'informatique (17,4 %) ou les services aux entreprises (16,5 %). Les immigrés accompagnent ainsi l'évolution de l'appareil productif de l'industrie vers les services. "Ils ne constituent pas qu'une main-d'œuvre non substituable et confinée à deux ou trois secteurs. Ils sont une force de travail complémentaire à la main-d'œuvre nationale", insiste M. Garson.Leur part dans la création nette d'emplois tend d'ailleurs à croître. De 13 % en moyenne entre 1997-2007, celle-ci a connu un renforcement marqué sur la seconde moitié de cette décennie, s'élevant à 40 %, selon l'OCDE.
    Bien que non négligeable, la contribution des immigrés à la création nette d'emplois en France reste néanmoins inférieure à ce qu'elle est notamment au Royaume-Uni, en Espagne, ou encore en Italie, pays qui ont connu sur la même période des flux migratoires à des fins d'emploi nettement plus forts. "L'apport des immigrés dépend étroitement de la structure de l'emploi et de l'intensité de l'activité du pays. Or, en France, le marché du travail n'est pas très porteur. Et surtout les réserves de main-d'œuvre sont encore importantes, en particulier parmi les jeunes et les femmes", explique M. Garson. Si, partout, les immigrés, plus vulnérables, jouent un rôle d'amortisseur en temps de crise, ils viennent dans d'autres pays davantage renforcer la croissance qu'en France. "C'est là, dit M. Garson, une leçon à retenir dans la perspective de la reprise et du rôle déterminant que peuvent y jouer les travailleurs immigrés."