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vendredi 8 janvier 2010

Ne pas oublier Zahra, la plus jeune prisonnière politique du Maroc, toujours en prison

Parcours. Zahra, libre derrière les barreaux

Le verdict en appel de “la plus jeune détenue politique du Maroc” est attendu le 23 décembre. Zahra Boudkour est en prison depuis 19 mois pour avoir manifesté. Elle est affaiblie, mais seulement physiquement.

Dans sa cellule de la prison de Boulmharez à Marrakech, Zahra attend le début de la soirée, le moment où les gardiens ne passent plus, où les codétenues ont baissé la télé et les bébés cessé de pleurer. C’est alors qu’elle se plonge tant bien que mal dans ses cours de droit. “Je suis en
train d’étudier le cours sur les contrats, explique-t-elle. Je n’ai reçu les documents que récemment, et il y a des examens en janvier”. Zahra veut devenir avocate. Jusqu’en mai 2008, elle était en deuxième année à l’Université de Marrakech. Mais à 21 ans, sa vie a basculé.
Elève modèle et révoltée
Zahra est née à Zagora, après 11 frères et sœurs. Son père est un militaire, et même un ancien résistant. Orpheline de mère à 2 ans, elle est élevée par sa sœur aînée, Moulouda. “Une enfance normale, ni heureuse ni malheureuse. J’étais toujours la première au lycée. Mais dès l’adolescence, j’ai commencé à remarquer les injustices sociales, les gens qui mouraient faute d’être bien soignés, les problèmes d’accès à l’eau…”. Alors, “pour défendre le peuple”, à 20 ans, Zahra choisit d’étudier le droit à l’Université de Marrakech. Elle adhère à l’UNEM (Union nationale des étudiants marocains) et à la Voie démocratique (Annahj Addimocrati). Poussée par une bonne dose de naïveté juvénile et une motivation inébranlable, elle embrasse le marxisme-léninisme comme une vocation. Et rejoint ainsi les rangs des “moutons noirs” de la fac.
Le 14 mai 2008, elle est parmi les 3000 étudiants manifestant contre les frais d’hospitalisation trop élevés imposés aux étudiants. Les agents des CMI foncent dans le tas. L’infortuné Abdelkebir Bahi sera même “jeté” du haut d’un bâtiment et aura la colonne vertébrale fracturée. 18 étudiants sont arrêtés, conduits au commissariat de Jamaâ El Fna et torturés pendant 5 jours. On a beaucoup parlé à l’époque des traitements réservés à Zahra, seule fille du groupe. Elle est jetée nue dans une cave, menacée de viol, et reçoit des coups de barre de fer sur la tête qui la font souffrir jusqu’à aujourd’hui.
Dès le 9 juin 2008, un premier groupe de 7 étudiants, condamnés à 1 an de prison chacun. Le lendemain, les 18 détenus entament une grève de la faim de 46 jours pour protester contre ce verdict. Le procès du “groupe des 11” (dont fait partie Zahra) est si houleux que, de report en report, il va traîner pendant plus d’un an. Finalement, le 9 juillet 2009, un étudiant est condamné à 4 ans et les 10 autres écopent de 2 ans. Les chefs d’accusation relèvent du registre de la grande criminalité. Pour Zahra seront retenus “possession d’armes blanches”, “constitution de groupe armé” et “insulte aux magistrats”. Pourquoi cet acharnement contre une poignée de jeunes ? L’appartenance politique ou l’origine sahraouie d’une partie d’entre eux ont-elle joué ? “C’est vrai que Annahj était clairement visé, estime Zahra. Au commissariat, les policiers nous demandaient si nous étions marxistes. Si nous répondions oui, ils nous frappaient”.
Cachée pour la visite royale
Depuis, pour ces jeunes, la vie a le goût de la prison. Placée pendant longtemps dans une cellule surpeuplée avec 50 femmes, Zahra est récemment arrivée dans un secteur plus propre, avec des chambres de 8 (plus les bébés). Mais elle ne peut toujours pas marcher à l’air libre (“je n’ai pas vu le soleil depuis 3 semaines”), la douche hebdomadaire est à l’eau froide, et, surtout, elle ne peut pas consulter un médecin spécialiste pour sa santé déclinante. La jeune femme a toujours des séquelles des coups reçus (douleurs crâniennes) et de la grève de la faim (hypoglycémie, douleurs abdominales). Elle a demandé à plusieurs reprises d’être transportée à l’hôpital aux frais de sa famille, sans succès. Elle ne s’apitoie pas sur son sort pour autant. “Vous devriez plutôt parler des 10 garçons. Eux vivent réellement dans des conditions atroces, entassés à 100 dans une même cellule”.
Heureusement que ses frères et sœurs, très soudés, la soutiennent autant qu’ils le peuvent. Moulouda (qu’elle appelle sa mère) s’est installée à Marrakech pour pouvoir lui rendre visite chaque semaine et lui apporter de la nourriture correcte. Et malgré les tentatives pour l’isoler et les fréquents changements de cellule (pendant la visite du roi en septembre, on l’a même transférée à Kelaât Sraghna !), elle parvient toujours à bien s’entendre avec ses codétenues. Elle s’occupe de leurs enfants, leur sert d’écrivain public et leur donne des conseils juridiques. Elle a même donné des cours d’alphabétisation. Mais dès qu’elle a un moment à elle, Zahra ouvre un livre : des écrivains palestiniens, le Soviétique Maxime Gorki… selon le bon vouloir des matons qui interceptent des livres ou des journaux (sans parler des lettres d’Amnesty International).
Cette année, elle a obtenu de pouvoir passer les examens en prison. Mais depuis son arrestation, l’étudiante modèle reçoit des relevés de notes farfelus. “On m’a d’abord notifié mon absence aux examens, raconte-t-elle avec ironie. Après les avoir repassés à deux reprises, j’ai reçu des notes validant mes modules, mais une semaine après, on m’a envoyé des résultats d’échec !” Et pourtant, Zahra est bien décidée à braver cette intimidation et à reprendre ses études (et son militantisme) à la fac de Marrakech. “S’ils m’empêchent d’avoir mes diplômes, tant pis. Et s’il faut retourner en prison, j’y retournerai. La liberté du peuple vaut bien ça”.
Le mercredi 23 décembre reprend le procès en appel du “groupe de Zahra Boudkour”. Les avocats espèrent qu’une réduction de peine sera prononcée, ce qui entraînerait la libération immédiate pour 10 étudiants. Ce que pense Zahra de tout cela ? “Ils sont aussi bien capables de diminuer que d’augmenter la peine, ça n’a aucune importance pour moi. De toute façon, il y a des choses pires que la prison”.


A ZAHRA
Par Khalid Jamaï

Ils vous savaient torturée
Ils vous savaient mourante.
Pourtant, ils se sont tus, murés dans un silence complice et approbateur.
Et ce silence dévoila leur statut de tortionnaires.
Tortionnaires par procuration mais tortionnaires néanmoins.
Et n’auraient-ils pour noms Abbas El Fassi et tous ses ministres, ainsi que la quasi-totalité des chefs de partis politiques, et tous ceux et celles, y compris vos propres profs de fac, qui se sont tus tout au long de votre calvaire.
Quel sinistre partage de responsabilité l'histoire devra faire un jour
entre les tortionnaires silencieux aux mains si propres,
les donneurs d'ordres directs et les policiers qui se sont
acharnés sur votre corps frêle dans le sous-sol nauséabond du
commissariat de Jamâa El Fna, nouveau Derb Moulay Chrif :

« Pendant trois jours, et après vous avoir fait subir les pires tortures, on vous a dévêtue devant vos camarades, eux aussi suppliciés, et on vous a laissé gisante pendant trois longues journées, baignant dans le sang de vos menstruations ».

Face à vos tortionnaires par procuration, face à vos bourreaux, du haut de vos vingt printemps, du haut de vos principes, vous leur avez jeté à la face 45 jours d’une grève de la faim sans concession.
En acceptant de tout perdre y compris votre vie, vous avez acquis la vraie liberté privant vos tortionnaires de tout emprise sur vous.
En acceptant de mourir vous avez débusqué vos bourreaux, vous les avez mis à nu, vous avez arraché leurs masques et dévoilé leur vraie nature.
« Des petits hommes », comme les appelaient William Reich.
Que demandiez-vous Zahra ? Juste de jouir de vos droits en tant qu’être humain, en tant que prisonnière : poursuivre vos études, avoir accès à la bibliothèque , recevoir les visites de vos proches, retrouver vos camarades.
Les principes et la détermination finissent toujours par triompher de l’épée.
Et c’est ainsi que vous avez fait plier l’échine à vos tortionnaires, les revêtant du coup du linceuls de la honte, de l’opprobre, de la lâcheté, pour les clouer , à jamais, sur les pages les plus infamantes de notre l’Histoire.

1, 2, 3 grèves de la faim

par Haytham MANNA, 5/1/2010. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
La citoyenne algérienne Meriem Mehdi est en train d’agoniser et de mourir lentement depuis plus de 25 jours dans un silence total. Silence total non seulement des responsables de son entreprise et des autorités nationales, mais aussi de la société civile algérienne. S’il n’y avait pas eu Salah Eddine Sidhoum et Kamel Eddine Fakhar pour nous informer, même notre Commission arabe des droits humains aurait participé de ce silence.
Meriem a été licenciée de son travail d’une manière injuste et aberrante le 8 novembre 2009 par British Gas (BG Algeria), société multinationale dont le siège est à Hassi Messaoud et elle a entamé sa grève de la faim le 10 décembre, journée internationale des droits humains. Elle la continue à ce jour (5 janvier 2010) malgré son état alarmant.

Avant de commencer son jeûne, qui est le dernier recours pour les victimes d’injustices, Mme Mehdi a épuisé tous les recours légaux auprès de l’Inspection du Travail, qui a établi un procès-verbal de non-conciliation avec l’employeur. Elle a même déposé une plainte au pénal pour licenciement abusif. Toutes ces démarches, à en croire les journaux, ont été ignorées par le premier responsable du secteur du « travail ». Et ce malgré la mobilisation et le soutien du Comité  national de soutien qui regroupe des syndicalistes autonomes, des militants politiques et des activistes des droits humains, relayés par les médias, sous l’impulsion de jeunes journalistes engagés et courageux. Le mutisme semble la règle de la direction de British Gas et des autorités algériennes, censées défendre la dignité des citoyens et les droits légitimes des travailleurs.
Ailleurs dans le Grand Maghreb, mais cette fois-ci concernant la liberté d’enquête des journalistes, un journaliste mauritanien vient de purger une peine de prison de 6 mois, dont le Comité de protection des journalistes a dénoncé  le caractère arbitraire. Hanefi Ould Dehah, incarcéré à la prison de Dar Naïm, dans la banlieue  de la Nouakchott, a commencé une grève de la faim le 27 décembre pour protester contre le fait qu’il n’a pas été remis en liberté après avoir fait son temps. Normalement libérable le 24 décembre, il a été maintenu en détention sans jugement. Lui aussi, n’a trouvé comme seul recours contre l’injustice que la grève de la faim.
 La prison de Dar Naïm

Contrairement à certains syndicats arabes quasi-officiels qui laissent les journalistes combattre seuls l’arbitraire policier, le Syndicat des journalistes mauritaniens, sous la houlette de son président Hous­sein Ould Med­dou, a déployé ses efforts pour obtenir la libération de tous les emprisonnés de la parole critique et de l’investigation osée : à notre époque, le journaliste honnête fait peur au pouvoir, pour lequel tous les moyens sont bons pour le priver de liberté et l’empêcher de communiquer avec les gens. Comme le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik*, qui purge actuellement une condamnation à 6 mois de prison, punition notoire pour sa position durant l’élection présidentielle, ou encore le journaliste syrien Maan Aqil, qui a fini en prison pour avoir engagé des enquêtes sur la corruption.

Que des gens soient contraints de recourir à la grève de la faim pour faire valoir leurs droits n’est pas seulement l’indicateur d’une dégradation des droits et libertés, mais aussi un indice négatif du silence de la société dite civile sur de telles atteintes, qui ne laisse que la mise en jeu de sa propre vie pour défendre ses droits bafoués.
* Taoufik Ben Brik a commencé lui-même une grève de la faim 2 jours après la publication de l’original arabe de cet article.

LE RESPONSABLE DE LA MINURSO REND VISITE AUX RÉFUGIÉS SAHRAOUIS



«Je transmettrai mes conclusions aux Nations unies»
Par E.M., Le Temps d'Algérie, 5/1/2010

Le nouveau représentant personnel du secrétaire général de l'ONU pour la Sahara occidental et chargé de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso), l'Egyptien Abdel Aziz Hany, a rendu visite dimanche aux réfugiés sahraouis à Rabouni pour s'enquérir de leur situation.
Cette visite entre dans le cadre d'une série d'entrevues avec les deux parties antagonistes dans l'optique de trouver une solution rapide et efficace pour le règlement définitif du problème sahraoui. Ainsi, M. Hany s'est montré très confiant et optimiste quant au règlement de cette situation dans le cadre des résolutions des Nations unies.




«Le règlement de la situation de façon pacifique et politique est possible et en tant que chef de la Minurso nous essayons tant bien que mal d'apporter notre touche dans le cadre de notre champ d'action même étroit à la question. Et ce en symbiose avec la délégation des Nations unies qui travaille déjà sur le dossier, le secrétaire général de l'ONU et les pays membres», a-t-il affirmé.
Le nouveau représentant de Ban Ki-moon a insisté sur l'urgence de la situation en affirmant : «Nous souhaitons un règlement de la question sahraouie aujourd'hui avant demain et ce dans le but d'atténuer la souffrance de ce peuple.» M. Hany qui a eu une entrevue avec l'union des femmes sahraouies a déclaré en marge de la rencontre que «ces femmes sont pleines d'énergie et très courageuses et s'impliquent de façon active dans ce dossier».
M. Hany, qui a été interrogé sur l'objectif de cette tournée, a tenu à préciser : «Cette tournée intervient à un mois seulement de mon installation à la tête de la Minurso et son objectif est la prise de contact avec les différentes parties avec lesquelles ont aura à travailler à l'avenir et ce durant toute la période de mon mandat.»
Et d'ajouter : «Je suis là que depuis deux jours et pour le moment je n'ai aucun avis sur la question, d'autant plus que mon rôle n'est pas politique. Mais j'ai écouté les avis des deux parties, et sincèrement j'ai ressenti une grande disponibilité et prédisposition de la part des autorités marocaines chez qui j'ai séjourné pendant deux jours à Rabat, avant ma visite à El Ayoune où j'ai eu un entretien avec les autorités sahraouies qui sont prêtes aussi à négocier.»
M. Hany se rendra ensuite à Alger et à Nouakchott, en Mauritanie, pour les mêmes raisons, pour atterrir enfin à New York, pour la remise de son rapport.
Le représentant du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental a insisté sur la disponibilité marocaine à négocier : «Je n'ai ressenti aucune intransigeance de la part des autorités marocaines, bien au contraire elles se disent favorables aux négociations.»

Le «oui, mais…» du Maroc
Le chargé de la Minurso a avoué que «les autorités marocaines sont pour le règlement politique de la question bien que les points de vue émis ne sont pas en adéquation avec la vision des autorités sahraouies, ni avec celle des Nations unies, sinon le problème serait déjà réglé, mais les négociations sont un atout majeur dans le règlement de la question».
S'agissant du rôle de M. Hany, celui-ci s'est montré prêt et disponible pour arriver à un consensus, malgré le non-dit, le représentant de Ban Ki-moon chapeaute la Minurso qui a pour mission première l'auto-détermination du Sahara occidental.
A ce propos, M. Hany a annoncé : «J'espère être actif pour le règlement de la situation et je compte effectuer d'autres visites à l'avenir.» Dans le même sillage, le responsable de la Minurso a souhaité la rencontre des deux parties prochainement sous l'égide de Christopher Ross. Concernant la conclusion de sa visite des deux parties, M. Hany a assuré : «Je vais rapporter fidèlement tout ce que j'ai entendu de la part des deux parties et sincèrement je ne cherche pas à gérer les équilibres mais je laisse le soin aux décisions des politiques surtout que la partie marocaine est favorable aux négociations que ce soit de manière officielle ou non, le plus important c'est de régler la question.»
La schizophrénie de Mohammed VI
Dans un discours adressé à la nation sans une occasion apparente, le roi du Maroc a étalé son nouveau plan de gestion de son royaume au lendemain de la visite du responsable de la Minurso. Le souverain marocain a décidé d'innover et de redéfinir le concept de son royaume qui était jusque-là régi de manière centralisée.
Il a appelé son gouvernement à se pencher sur un autre mode de gestion, il s'agit de la gestion régionalisée du pays en impliquant le Sahara occidental dans son plan comme étant une «grande région» !
Ce double discours du roi explique un peu plus la mauvaise foi et les engagements pris à la légère, ce qui est devenu monnaie courante chez l'indu occupant envers le représentant des Nations unies.
Mais aussi envers le peuple sahraoui qui tient plus que jamais à son autodétermination vu sa légitimité, et ce avec l'aide de la communauté internationale et l'ensemble des pays qui ne cessent d'accroître pour soutenir l'indépendance du Sahara occidental. N'en déplaise au roi !

E. M.

jeudi 7 janvier 2010

La place de la femme dans la littérature berbère

L’écriture et le livre, un moyen pour libérer la parole des femmes berbères

Entretien avec Fatima Kerrouche.
Source: http://www.cbf.fr

Raconter, se raconter...Les femmes du monde ont beaucoup de choses à dire. Certaines ont réalisé d’énormes progrès, notamment dans les sociétés démocratiques...D’autres, la parole leur est interdite. Qu’en est-il des femmes berbères ? Existe-t-il un essor de la parole des femmes berbères par le biais de l’écriture ? Un frémissement... Fatima Kerrouche, auteur de livres berbères pour enfants, "Ninisse la petite berbère", présente au salon du livre "le monde berbère, parole d’écrivains", qui a eu lieu le 13 décembre dernier, nous confie son expérience et ses réflexions.


Parlez de nous de votre parcours
Outre mon parcours personnel, professionnel voire spirituel, mon histoire s’inscrit plus spécifiquement autour de l’identité et de l’écriture. De formation juridique et littéraire, je suis cadre territorial, dans une grande Ville, responsable d’un pôle Administration-Communication. Mon parcours est celui d’une forte identité culturelle qui s’est construite sur au moins deux axes celui de l’histoire de l’immigration et de la culture berbère, un balancier harmonieux, du moins, je m’y emploie, entre deux cultures. J’ai toujours été animée par l’envie de m’instruire, d’accéder à la connaissance, de défendre ses convictions, de faire connaître ma culture, de m’élever intellectuellement et personnellement. Finalement comme beaucoup d’entre nous, nous aspirons à la liberté, à l’harmonie, à la défense de valeurs universelles sauf que l’oscillation est un peu moins aisé quand on est une femme berbère née en France... J’ai la chance d’être imprégnée de deux cultures, il s’agit pour moi d’assumer mes choix et mes idées. Et à mon avis, mon parcours d’écriture qui n’en est là qu’à ses prémices correspond parfaitement à la façon dont j’ai envie d’être présente dans cette société en tant que citoyenne, en tant que cadre, en tant que femme de conviction, en tant que fille issue de l’immigration, en tant que femme berbère, en tant qu’artiste... j’aime être là où je suis... Mon parcours de vie, est dans un monde de dualité entre deux cultures, deux identités, deux pays, deux rives... tel un tissage qu’il a fallu tricoter à chaque instant pour juste être en accord avec soi et bâtir ses propres codes. Et c’est bien !
A quel âge avez vous commencez à écrire ?
J’ai toujours aimé écrire depuis mon plus jeune âge, mais le préalable à l’écriture était la lecture. J’ai lu mon premier livre littéraire à 8 ans, le Petit Chose d’Alphonse Daudet et durant toute ma scolarité, j’ai assidument fréquenté les bibliothèques, l’amour de la lecture est une chance, un don, une découverte ; de plus sans distinction, je me suis aussi bien intéressée à la littérature française qu’à la littérature berbère. Je me suis laissé bercer entre Balzac, Feraoun, Minouni, Dib, Flaubert, Amin Maalouf, Mouloud Mammeri et Proust... Pendant plusieurs années, j’ai rédigé des articles humoristiques dans un journal interne du personnel. Mes collègue ont apprécié, et notamment un mémorable papier intitulé : « la diététique au bureau » !! Cette expérience a été un encouragement pour la suite...
Mon parcours d’auteur est assez particulier, car j’ai édité mes livres moi-même, par passion, en plus de mon activité professionnelle et je n’avais pas imaginé que ce chemin serait incroyable. J’ai lu, il y a quelques jours que Mouloud Ferraoun a débuté ainsi pour publier son livre : le fils du pauvre !!! Mes livres rencontrent un joli succès dans les différents salons où j’ai eu l’honneur d’être conviée : Salon International du Livre à Alger, Maghreb du Livre à Paris, Comédie du Livre à Montpellier.... J’ai encore beaucoup de travail à accomplir, d’autres livres à écrire et même si mes 2 livres sont un bon début mais ce n’est pas encore suffisant. Du coup, devant les sollicitations et l’intérêt pour mes ouvrages tant en France qu’en Algérie, tout cela me paraît une responsabilité. Ecrire est un acte de création, un acte vital aussi essentiel que de danser ou que de chanter !!!

Qui est ce personnage "Ninisse la berbère" et comment avez-vous eu l’idée de le crée ? Quelle est son histoire ?
Ninisse, est une voyageuse de la méditerranée, entre petits voyages et grandes aventures, ou même l’inverse. L’idée de ce personnage s’est imposée d’elle-même... Et je vous renvoie au processus de l’idée créatrice... Cette petite fille qui n’est ni Martine, ni Bécassine se promène, navigue et danse avec légèreté et gravité sur les deux rives de la méditerranée, entre la France, le Maroc, l’Algérie.... Elle est le personnage de mes livres : j’ai publié tout d’abord en décembre 2007, Ninisse, la petite Berbère qui se compose de quatre nouvelles ; en décembre 2008, Ninisse, la Petite Berbère au Cœur de l’Atlas qui se déroule au Maroc. Ensuite, mon premier livre a été publié par un éditeur algérien, Hibr Editions en version bilingue français/tamazight ; traduction réalisée en kabyle par Akli Kaci, professeur de berbère à Béjaïa et animateur à radio Soummam. Et bien entendu, j’envisage de faire évoluer mon personnage dans d’autres aventures... Mes contes inspirés du patrimoine, sont inventés et sortis tout droit de mon imagination. Et si mes histoires plaisent aux enfants c’est qu’ils y trouvent des messages qui les touchent, qui leur parle... C’est formidable... il y a dans mes textes, le rêve, l’espoir, l’imagination, les rires, le chagrin, la joie, les bêtises, la gourmandise, les larmes, la vie, la mort, l’amour, le voyage, l’exil, la danse, la musique... et je pense que les enfants s’y retrouvent... c’est pour moi une vrai surprise, un enchantement... Chacun, petits et grands, y puisera ce qu’il voudra... en tout état de cause, Ninisse, la Petite Berbère est pour moi une magnifique aventure, il est important que mes contes soient également lus par les enfants d’Algérie. Ninisse la petite Berbère est un hymne au voyage, à la joie et à la liberté !!!

La femme a t-elle toute sa place dans le paysage de la littérature berbère ?
Le fait même de poser la question de la place de la femme dans le paysage de la littéraire berbère, suppose que celle-ci n’est pas acquise....... S’agit-il de parler des personnages féminins dans la littérature berbère (telle la Kahina, Loundja, Fatma n’Soumer, Tsériel...) ou bien de parler des femmes écrivains... En tout état de cause, il est dommage pour la société berbère d’avoir à s’interroger sur la place de la femme... que ce soit dans la littérature ou dans les instances du pouvoir.... cela devrait être une évidence et non un questionnement.... Les femmes du monde ont beaucoup de choses à dire, à raconter et à défendre...les femmes berbères en particulier. D’ailleurs, lors de la conférence que vous avez organisé le 13 décembre, « parler du monde berbère et des berbères - parole d’écrivain », j’étais la seule femme, mais assise en place centrale !!!! Il me semble qu’il y existe un essor de la parole des femmes berbères par le biais de l’écriture, même si la médiatisation est encore faible... il y a une incontestable écriture des femmes, dont la pionnière serait Djamila Debêche... et puis les héritières de Taos Amrouche ou de Fathma Aït Mansour, dont Maïssa Bey, Nora Aceval, Léïla Sebbar, Aïssia Djebbar, Tassadit Imache, Faroudja Amazil, Fatima Agnaou, Tassadit Yacine... et j’en oublie... Il y a certainement une place à défendre pour raconter des histoires, créer des textes, témoigner par le roman ou par le théâtre, à l’instar de Zohra Ait Abbas ou d’Aïni Iften... C’est une littérature à faire connaître, à développer dans le cadre de la littérature berbère en général... Avec peut-être, une certaine spécificité pour les femmes, qui de par la puissance de leur écriture font progresser leur droit, leur liberté, leur statut et leur identité... Il est également essentiel de renforcer la place de la femme dans le paysage littéraire berbère en d’une part perpétuant l’œuvre de transmission, de retranscription des contes ancestraux, aussi et surtout en étant la force créatrice d’une nouvelle littérature berbère, imaginative et lumineuse. Quoiqu’il en soit, si la place de la femme dans le paysage de la littérature berbère est certainement en mouvement en évolution et sûrement en pleine création... j’aime cette phrase de Mouloud Mammeri qui aurait dit : « une femme qui écrit vaut son pesant d’or... »... Je ne sais pas si c’est vrai, mais cela me plaît beaucoup !
Quel est votre analyse sur le marché du livre berbère aujourd’hui en France et ailleurs ?

Je n’ai pas de données précises sur le marché du livre berbère en France aujourd’hui... Et doit-on parler de livres écris par des auteurs berbères, de livres qui traitent de thèmes berbères ou de livres rédigés en langue berbère ? En tout état de cause dans les différents salons auxquels j’ai participé, le nombre de livres berbères a une certaine présence, existence, mais souffre peut-être d’un manque de médiatisation par les chaines de télévision en France ; ce que j’ai pu constater, notamment, lors du salon Maghreb du livre où la richesse de la littérature berbère n’est pas à démontrer ; de même la présence au Salon du livre d’Alger du Haut Comité à l’Amazighité signifie la promotion de la littérature berbère... La littérature berbère est dense, variée... et en plein essor mais encore méconnue bien qu’elle suscite un engouement et un intérêt tout particulier pour la culture berbère que ce soit en France, au Maghreb et bien outre atlantique, au Québec notamment. Le développement de la production littéraire et la création de manifestations culturelle autour du livre berbère telle que l’a fait la Coordination des Berbères de France, permettront entre autre de mieux nous faire connaître dans le monde, de défendre notre langue en la faisant vivre par des créations innovantes, par la traduction d’auteurs classiques européens et maghrébins, mais aussi par l’enseignement du berbère dans les lycées de France, puisqu’il est possible de choisir la langue berbère comme épreuve au baccalauréat, ce qui fut mon cas !! Dès lors, il m’a semblé important, logique et fondamental que « Ninisse la petite berbère » existe aussi en kabyle. Akli Kaci, en traduisant, a rencontré une pensée « interculturelle », un enchevêtrement de mots, d’images et d’expressions... Mon souhait serait qu’un jour Ninisse la petite Berbère puissent entrer dans les écoles françaises et algériennes et que mon personnage soit connu des enfants du monde entier...
Bibliographie : Ninisse la petite Berbère - Editions Le Vert Galant Ninisse au cœur de l’Atlas - Editions Letouriste Ninisse la petite berbère - version bilingue traduit par Akli Kaci - Hibr Editions (Alger)

Guantanamo, 8 ans déjà




Devenu le symbole de la mondialisation de l'état d'urgence, de la détention arbitraire sans frontière, des prisons free zone et des commissions militaires, Guantanamo est désormais l'expression d'un système qui favorise l'état de non-droit en ce début du 21ème siècle.
La fermeture de Guantanamo signifie le freinage d'un état d'exception qui risque de devenir chronique avec la culture de la peur.
Pour mettre fin au système Guantanamo, une dizaine d'ONG ayant milité depuis des années pour la fermeture du camp de la honte vous invite à une soirée débat avec la participation, entres autres, de:
Anne- Marie Lizin, sénatrice indépendante Belge et Représentante spéciale pour Guantanamo-OSCE
William Bourdon, Président de Sherpa et avocat des ex-détenus à Guantanamo
Violette Daguerre, Présidente de la Commission arabe des droits humains (ACHR)
Sami el Haj, cameraman d’Aljazeera détenu pendant 6 ans à Guantanamo, directeur du département des droits humains à Aljazeera.
Haytham Manna, Porte-parole de la Commission arabe des droits humains, ancien porte-parole de la Global Coordination against Guantanamo.
Cette rencontre se déroulera en présence de la délégation euro-américaine des ONG pour la fermeture de Guantanamo et de personnalités concernées  comme d’anciens détenus. Nous vous y attendons.
12 janvier 2010 de 18h30 à 21h30
A la salle Polyvalente de la  maison de la vie associative
26, rue Victor Hugo – 92240 Malakoff
Métro Malakoff-Plateau de Vanves

Saharamarathon, 10ème édition

Une épreuve sportive et solidaire



Les inscriptions sont ouvertes. Si vous êtes intéressé, demandez des renseignements supplémentaires et inscrivez-vous sans tarder, afin que tout puisse être organisé pour la joie et le confort de tous, à : marathondusahara@free.fr


Date du Marathon : 22 février 2010
Les distances : marathon, semi, 10km, 5 km et course des enfants
Lieu : Dans les campements de réfugiés sahraouis, près de Tindouf, désert algérien
Compétition internationale alliant sportivité, solidarité, découverte, dans un cadre exceptionnel.
Infos, résultats 2009, photos, vidéo, détails techniques : www.saharamarathon.org
Voir aussi le site d'un coureur : http://monmarathondusahara.neuf.fr/
Dates du séjour : du 19 ou 20 au 27 ou 28 février 2010
Coût hors frais de voyage et adhésion (France/Alger et Alger Tindouf) : 200 euros
inclus : inscription course, hébergement (gîte et couvert chez l'habitant), participation projet solidaire, visites.
Document de voyage : passeport encore valide 6 mois, + visa pour l'Algérie

Bonne aventure…


mercredi 6 janvier 2010

Le Maroc viole le cessez-le-feu

L'armée marocaine a violé le cessez-le-feu en vigueur entre les deux armées, sahraouie et alaouite.

Par Massinissa Benlakehal, Le Midi Libre, 4/1/2010
Encore une fois, la preuve est donnée par le Maroc de sa détermination à faire «la sourde oreille», n'accordant aucune importance aux appels à l'arrêt de la provocation et de la violation des traités des Nations unies. En effet, selon le bureau du secrétariat national du front Polisario, les forces marocaines auraient exécuté des manœuvres militaires aériennes et terrestres, au sud du Sahara occidental occupé. Cette violation du traité de cessez-le-feu entre les deux armées est dénoncé fortement par le front Polisario. 
 Par ces mouvements militaires, l'armée de sa majesté vise à "la fortification du mur militaire" a souligné le front Polisario. Ce dernier, dans un communiqué rendu public dimanche, a estimé qu'il s'agit d'une "violation flagrante du cessez-le feu en vigueur entre les deux armées sahraouie et marocaine sous les auspices de l'ONU dans l'attente de la tenue d'un referendum d'autodétermination" , a rapporté l'agence de presse sahraouie, SPS. "Il est nécessaire de mettre fin immédiatement aux manœuvres militaires marocaines provocatrices dans les territoires occupés du Sahara occidental ainsi que les actions visant la fortification du mur militaire", a déclaré le front Polisario. "Un mur, qui constitue une menace réelle pour la sécurité et la paix et un crime contre l'humanité", a-t-il ajouté. Le bureau du secrétariat national du front Polisario, dans le même contexte, a appelé, encore une fois, les Nations unies à "assumer leurs responsabilité s" en mettant un terme à "cette dangereuse politique d'escalade", qui ne favorise nullement "la tenue de négociations directes entre les deux parties en conflit, le front Polisario et le Maroc, à même de garantir le droit indéfectible et imprescriptible du peuple sahraoui à l'autodétermination et à l'indépendance conformément à la légalité internationale" .
Le Polisario, a, par ailleurs, condamné, lors d'une réunion tenue samedi sous la présidence du secrétaire général du front Polisario et du président sahraoui Mohamed Abdelaziz, "la poursuite des campagnes de répression, d'arrestations et d'intimidation visant les citoyens, les étudiants et les militants des droits de l'Homme dans les territoires occupés et dans les universités marocaines. Un appel a été lancé, par le Polisario, pour une intervention internationale urgente en vue de mettre fin à la campagne de "répression marocaine sauvage à l'encontre des citoyens sahraouis sans défense", (après) la levée de l'assignation à résidence infligée à la militante sahraouie,  Aminatou Haïdar, et la libération de tous les détenus politiques sahraouis, notamment, les sept militants des droits de l'Homme encore en prison "à tort, au vu et au su de tous".

Clôture de la Marche de la Liberté pour Gaza


Par Claude Léostic, Afps, 3/1/2010
Après une semaine de démarches et demandes infructueuses auprès des autorités égyptiennes pour que la Marche puisse aller à Gaza, les dernières actions des Marcheurs ont eu lieu le 1er janvier au Caire.
Des initiatives menées tous les jours aux cris de « Free Gaza » ont affirmé la détermination des Marcheurs à demander la levée du siège et la fin de l’impunité des criminels de guerre israéliens.
Manifestation auprès du Nil, rassemblement en soutien à la grève de la faim menée en solidarité avec Gaza, veillées aux bougies, rassemblements en solidarité avec les journalistes et juristes égyptiens qui soutiennent Gaza et d’autres initiatives encore, les Marcheurs se sont retrouvés par centaines chaque jour. Les associations de la coordination européenne (ECCP) ont réussi à quitter le Caire à bord de 5 bus avant d’être bloqués à 8O km sur la route vers Gaza.
Dans une unique ouverture qui a permis finalement aux autorités égyptiennes de se dédouaner à bon compte, sur pression de l’ambassade des Etats-Unis, quelques 80 personnes, principalement américaines, ont été autorisées à se rendre à Gaza dans une démarche humanitaire qui n’était absolument pas l’objectif de la Marche. Ils ont néanmoins pu se joindre aux Palestiniens qui ont manifesté à Gaza le 31 décembre.
Côté israélien quelque 2000 manifestants, pacifistes israéliens, Palestiniens d’Israël et Internationaux ont aussi marché jusqu’au point de passage d’Erez pour exiger la levée du blocus et de l’occupation.
Pour les Marcheurs coincés au Caire, parallèlement aux actions organisées par le Comité de pilotage de la Marche ou des délégations spécifiques, les réunions et démarches se sont aussi succédé, entre nous et auprès de diverses instances, dont nos ambassades et l’Union européenne, et les représentants de l’Autorité palestinienne, pour ce qui est de délégations européennes.
Nous avons demandé de façon réitérée que nos représentants en Egypte appuient de tout leur poids notre demande d’aller à Gaza auprès des autorités égyptiennes, qu’ils obtiennent pour les 1400 marcheurs qui avaient pour seul objectif de marcher à Gaza dont la seule porte d’entrée était l’Egypte, le droit –universel – de se déplacer et de se réunir. Et à tout le moins que les délégations européennes puissent aussi se rendre à Gaza, dans une démarche en accord avec les principes de la Marche. Les réponses dilatoires se sont succédé jusqu’au premier janvier.
C’est donc par trois actions séparées mais animées par une volonté commune que la Marche s’est clôturée hier : rassemblement de quelques centaines de personnes devant l’ambassade d’Israël, présence de quelques dizaines d’Européens devant les locaux de l’Union européenne en appui à la délégation qui y présentait nos requêtes (d’appui soutenu et d’action) et nos reproches (que les promesses diverses n’aient été que verbales) et enfin, à 18h, rassemblement à l’initiative des organisateurs de la Marche. Sur une place près du musée du Caire, des centaines de Marcheurs ont fait état de leurs perceptions de cette initiative qui a su rassembler des personnes de 42 pays, de culture politique et pratiques militantes différentes.
Les Marcheurs ont exprimé, bien au-delà de leur frustration de s’être vu interdire d’aller à Gaza, leur détermination renforcée à faire primer le droit des peuples. Toutes nations, couleurs et cultures confondues, nous avons dit qu’ensemble nous allions continuer ce que cette Marche a entamé, un engagement citoyen international pour la justice qui renforcera nos actions et campagnes politiques dans nos pays respectifs.
Cette Marche avortée reste un succès car elle a permis, dans un grand élan collectif de solidarité internationale, de faire savoir au monde l’injustice coloniale qui veut faire plier Gaza et qu’elle témoigne de la détermination des citoyens du monde à faire prévaloir le droit sur la force brutale de l’occupation.
Source Cyber@cteurs

Le mur de la honte et la tour d'orgueil


par Ayman El Kayman, Coups de dent n°123, 5/1/2010
Tout monarque qui se respecte se doit de marquer son passage éphémère sur cette terre par au moins une construction monumentale digne de lui et qui laisse une empreinte durable sur les hommes et dans le paysage. Louis XIV nous a laissé Versailles, Shah Jahan nous a laissé le Taj Mahal, Mitterrand la Pyramide du Louvre, Hassan II la mosquée de Casablanca et le Mur du Sahara. Deux monarques régnants arabes n’ont pas voulu manquer à cette tradition.


Le Mur d’Acier de Moubarak

Hosni Moubarak, le pharaonicule, lèguera à la postérité un monument très particulier, Al Jidar Al Fouladhi, Le Mur d’acier, qu’on appellera Jidar Al Khazi Al Moubarakii (Le Mur de la honte de Moubarak).
Ce mur d’acier enterré à 35 mètres de profondeur, est en train d’être construit tout le long de la frontière entre la bande de Gaza et l’Égypte. Il sera doublé d’un canal souterrain amenant de l’eau de la Méditerranée, qui servira à noyer les tunnels creusés par les Gazaouis pour échapper à leur enfermement meurtrier. Le chantier bat son plein. Il est supervisé par des officiers des services de renseignements militaires US et français installés dans un QG à l’ambassade US du Caire et disposant d’un “poste de commandement avancé” à El Arish. À la mi-décembre, le général français Benoît Puga, chef de la DRM (Direction du renseignement militaire) a visité le chantier.
Cette affaire a éclaté fin décembre, suite à des indiscrétions israéliennes et le gouvernement égyptien, après des faibles dénégations, a finalement reconnu que le projet était en cours de réalisation. Les Palestiniens et leurs amis se sont alors sérieusement énervés et les critiques ont commencé à fuser.
Le 29 décembre, Cheih Yousouf Al Qardaoui, président de l’Union internationale des Oulémas musulmans, a émis une déclaration (improprement qualifiée par certains  commentateurs de “fatwa”) condamnant ce mur comme “un crime injustifiable” que l’Islam ne saurait tolérer et lançant un appel à la Ligue Arabe et à l’Organisation de la conférence islamique pour qu’elles interviennent auprès de l’Égypte afin qu’elle annule le chantier.

Le 1er janvier, réponse du berger à la bergère: Cheikh Mohammed Said Tantaoui et ses 25 collègues du Conseil de recherche scientifique islamique de l’Université Al-Azhar, qui sont des fonctionnaires religieux stipendiés par le gouvernement égyptien, ont émis rien moins que ce qu’ils présentent eux-mêmes comme une fatwa, déclarant que le mur d’acier est strictement halal (licite) et que ceux qui s’y opposent “violent les commandements de l’Islam”, autrement dit sont des apostats. En effet,  expliquent nos docteurs (ou)folislam*, les tunnels creusés par les Gazaouis sous la frontière,“sont utilisés pour des trafics de drogue et autres contrebandes qui menacent la stabilité de ‘Égypte”. Bref, de quoi s’arracher tous les poils de la barbe.

La Tour Infernale de Khalifa



À un autre bout du monde arabe, dans l’Émirat de Dubai (200 milliards de $ de dettes), a été inaugurée lundi 4 janvier la tour la plus haute du monde, Burj Al Khalifa (Château-Khalifa, du nom de l’émir régnant), qu’on pourrait appeler Burj Al Majd Al Abir Al Khalifa (Château de la Gloire éphémère de Khalifa) : haute de 828 mètres, elle compte 164 étages et a coûté la bagatelle de 1,5 miliard de dollars. Sa construction avait été quelque peu retardée par les grèves des esclaves asiatiques du chantier en 2007 (lire à ce sujet Révolte à Dubaibylone et L'intifada des travailleurs indiensmais finalement tout s’est bien terminé ("tout va bien jusqu'ici...").  "Vous vous demandez pourquoi on construit tout ça? Pour améliorer la qualité de vie et mettre un sourire sur les visages, et je crois que nous devons continuer à le faire. Les crises vont et viennent. Nous construisons pour l'avenir ", a expliqué Mohamed Alabbar, président de Emaar Properties, plus gros promoteur immobilier du monde arabe, à l’origine du projet. La tour (entourée d’un cercle sur notre photo satellite) constitue le fleuron d’un quartier qui a coûté 20 milliards. Elle devrait héberger 12 000 personnes, des bureaux et  un hôtel Armani.
De source généralement bien informée, on apprend que Cheikh Ben Laden n’attend plus que la livraison par Airbus d’un A 380 pour l’envoyer se crasher contre cette tour du diable.
À ma connaissance, Château-Khalifa n’a fait l‘objet d’aucune fatwa, ni pour ni contre. Pourtant, il ya aurait de quoi dire. Je livre quelques éléments de réflexon aux oulémas qui voudraient se pencher sur la question.
Parmi les signes de la fin des temps et de l’approche du Jugement dernier, le Prophète (صلى الله عليه و سلم), répondant à une question de Jibrîl (عليه السلم) indique celui-ci : "Quand tu verras (…) les va-nu-pieds, les gueux, les miséreux et les bergers rivaliser dans la construction de maisons de plus en plus hautes." (hadith rapporté par Al-Boukhâri et Mouslim)
« Bâtissez-vous par frivolité sur chaque colline un monument? Et édifiez-vous des châteaux comme si vous deviez demeurer éternellement? », demande le prophète Hûd (عليه السلم), descendant du prophète Noah  (عليه السلم), au peuple infidèle des Aad dans le Coran (Sourate 26, As Shuaraa, Les Poètes, 128-129) et il ajoute : « Je crains pour vous le châtiment d'un Jour terrible. » Et le châtiment viendra, sous forme d’une sécheresse, apportée par un « vent stérile », les Aad s’étant repentis trop tard de leur orgueil.

Le mot de la fin à un autre immortel, le grand Bertolt Brecht :
Questions que se pose un ouvrier qui lit

Qui a construit Thèbes aux sept portes ?
Dans les livres, on donne les noms des Rois.
Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ?
Babylone, plusieurs fois détruite,
Qui tant de fois l’a reconstruite ? Dans quelles maisons
De Lima la dorée logèrent les ouvriers du bâtiment ?
Quand la Muraille de Chine fut terminée,
Où allèrent ce soir-là les maçons ?  Rome la grande
Est pleine d’arcs de triomphe. Qui les érigea ? De qui
Les Césars ont-ils triomphé ? Byzance la tant chantée.
N’avait-elle que des palais
Pour les habitants ? Même en la légendaire Atlantide
Hurlant dans cette nuit où la mer l’engloutit,
Ceux qui se noyaient voulaient leurs esclaves.

Le jeune Alexandre conquit les Indes.
Tout seul ?
César vainquit les Gaulois.
N’avait-il pas à ses côtés au moins un cuisinier ?

Quand sa flotte fut coulée, Philippe d’Espagne
Pleura. Personne d’autre ne pleurait ?
Frédéric II gagna la Guerre de sept ans.
Qui, à part lui, était gagnant ?

A chaque page une victoire.
Qui cuisinait les festins ?
Tous les dix ans un grand homme.
Les frais, qui les payait ?

Autant de récits,
Autant de questions.

Ayman El Kayman, délégué local de l’UMTA (Union mondiale des talib amateurs, Al Intihad Al Alami Li Talabati Al Houat)

* L’auteur fait ici un triple jeu de mots, dont il reconnaît être assez fier, entre Docteur Folamour, foul (fèves en arabe) et oufoul (la fin en arabe).
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
...et à la semaine prochaine !

Guerre des plumes entre le Maroc et l'Algérie

Conflit du Sahara Occidental

Par Ali Chibani, Le Monde Diplomatique, janvier 2010

Quand la presse algérienne défend « la Gandhi du Sahara Occidental », les titres marocains décèlent un « piège algérien (1) ». La grève de la faim observée depuis le 15 novembre par la militante sahraouie Aminatou Haïdar à l’aéroport de Lanzarote, aux Canaries, après qu’elle a été refoulée par les autorités marocaines, a ravivé les querelles entre journalistes des deux pays. Une vieille guerre que chaque camp justifie.
Nourdine Jouhari, directeur de la rédaction de Maroc Hebdo International, estime que la défense du territoire, le maintien du Sahara Occidental sous l’autorité de la monarchie, fait l’unanimité dans son pays. Pour lui, seule l’autonomie du « Sahara marocain » est acceptable, car « il y va de la survie de la marocanité et de l’intégrité territoriale du pays ». Son hebdomadaire n’a de cesse d’évoquer un possible conflit armé avec le voisin algérien. Ces dernières années ont en effet été marquées par un renforcement de l’arsenal militaire algérien, et la presse marocaine suit de près ce dossier. C’est le cas de Maroc Hebdo International, qui énumère dans le détail les nouvelles acquisitions algériennes et conclut : « “Qui veut la paix prépare la guerre”, conseille le dicton. Alger, surtout, et, dans une moindre mesure, Rabat, ne dérogent pas à la règle (1) . »
« Notre position [pour l’indépendance des territoires sahraouis] est déterminée par notre histoire, rétorque Mohammed Touati journaliste au quotidien algérien L’Expression. Nous avons vécu cent trente ans d’un colonialisme brutal, nous ne pouvons donc pas accepter que d’autres peuples vivent la même expérience. » Merzak Tigrine, journaliste à Liberté, partage cet avis : « Nous condamnons l’occupation du territoire sahraoui comme nous condamnons la barbarie israélienne contre les Palestiniens. Nous sommes passés par là ! »
Tout porte à polémique. Le 18 septembre 2009, la presse marocaine rapporte que des « violations des droits de l’homme [dans les camps des réfugiés] à Tindouf ont été dénoncées vigoureusement à Genève par une délégation de Sahraouis unionistes ». L’Expression réplique par une diatribe sans concession contre la « délégation sahraouie fantoche (2)  » dont les membres sont traités de « harkis ». Néanmoins, le journal algérien appelle les Marocains à se prononcer en faveur de l’autodétermination du Sahara occidental. Et il leur rappelle leur engagement passé en faveur de l’indépendance de l’Algérie : « Le peuple marocain, dont la longue tradition de lutte contre la torture et le respect des droits de l’homme est devenue un symbole, trouve en la cause sahraouie le plus bel exemple de fraternité entre les peuples… »
Karim Boukhari, directeur de rédaction à l’hebdomadaire indépendant marocain TelQuel, se méfie des surenchères : « Nous nous efforçons de garder la tête froide au sujet du Sahara. On tente d’éviter des termes comme “séparatistes” – on parle plutôt d’“indépendantistes” – pour qualifier les membres du Front Polisario. On évite des expressions comme “la cause de tous les Marocains”, et tout ce qui ressemble de près ou de loin à la propagande, tant marocaine que non marocaine. Ce n’est pas toujours évident, puisque cela peut nous valoir des incompréhensions, même chez certains de nos lecteurs. »
Certains d’entre eux sont, en effet, habitués à une condamnation sans nuance de l’Algérie, censée être la seule à entraver le processus de paix au Sahara Occidental à cause des « appétits de la junte militaire […], qui avance sans ambages la solution du partage d’un territoire séculairement rattaché au Royaume (3). »
« L’Algérie crée tous les problèmes possibles pour éviter la fin du conflit avec le Sahara Occidental », affirme Nourdine Jouhari. A quoi les médias algériens ripostent que la monarchie n’offre aux Sahraouis que le statut de province autonome et refuse l’organisation d’un référendum sur leur indépendance. Mohammed Touati insiste : « Nous défendons, certes, la cause sahraouie, mais ce n’est pas pour autant que nous voulons être partie prenante du conflit. Nous souhaitons la tenue d’un référendum pour permettre aux Sahraouis de faire leur choix. Et s’ils optent pour leur rattachement à la monarchie marocaine, nous respecterons leur décision. »
Une chose est sûre : les journalistes algériens se sentent confortés par l’Organisation des Nations unies (ONU), qui considère le Sahara Occidental comme l’un des seize derniers « territoires non autonomes » entrant dans ses efforts de « décolonisation ». Le directeur d’Aujourd’hui le Maroc minimise ces résolutions et tranche : « La solution réaliste ne peut tourner qu’autour du projet d’autonomie proposé par le Maroc. Un point c’est tout (4). »
Aussi, Nourdine Jouhari peut expliquer : « La proposition d’organiser un référendum sur l’“autonomie des provinces sahariennes” a été acceptée par la communauté internationale. Mais Alger veut empêcher sa réalisation. »
Dans cette lutte au couteau, le journaliste tente souvent de ternir l’image du camp adverse. Côté algérien, la presse opère un parallèle entre les peuples sahraoui et palestinien, et utilise une même terminologie pour les deux conflits, parlant de « territoires occupés » et d’« Intifada » ; La Tribune dénonce les « forces d’occupation marocaines ».
El Moudjahid se fait la voix du Front Polisario en couvrant les voyages de M. Mohamed Abdelaziz, « président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) », et en reprenant les informations de l’agence de presse sahraouie SPS. Quant à Mohammed Touati, il égratigne ses confrères marocains : « Nous reprenons les articles pour rectifier le tir. Nous nous sentons agressés par tous ceux qui refusent l’indépendance des populations colonisées. »
Les journalistes marocains, eux, exploitent les mouvements sociaux chez leurs voisins, notamment ceux du « pays kabyle (5) », que Maroc Hebdo International décrit aussi comme une « Intifada ». Rappelant la naissance d’un mouvement autonomiste kabyle, l’hebdomadaire ironise sur le soutien aux Sahraouis et fait mine de s’interroger : « Et si le Maroc, sans autre forme de cynisme à l’algérienne, revendiquait devant les instances internationales le droit du peuple kabyle à disposer de lui-même, quitte à se constituer en Etat souverain… (6)  ? » « Cette extrapolation me fait rire ! Que je sache, en Algérie, il n’y a pas de peuple en danger », réplique Mohammed Touati. « Nous n’avons pas inventé de revendications pour le peuple algérien, se défend le rédacteur en chef de Maroc Hebdo International. Nous ne sommes pas pour le démembrement de l’Algérie. »
Des deux côtés, les journalistes s’alignent le plus souvent sur les positions des autorités politiques. Les accusations réciproques fusent. Ainsi, le quotidien arabophone algérien Al Khabar désigne les hôpitaux marocains comme destinataires d’un trafic d’organes d’enfants qui se fournit en Algérie. Maroc Hebdo International riposte en dénonçant les « nombreuses dérives de la presse algérienne (7)  ».
Les journalistes sont-ils manipulés par le pouvoir ? « Je ne subis aucune pression et personne ne me force à écrire mes articles, se défend Mohammed Touati. Pour moi, c’est la presse marocaine qui n’est pas libre… ». Nourdine Jouhari soutient que le Palais n’exerce aucune pression sur sa profession. « Il n’y a pas non plus d’autocensure, mais de la responsabilité. Quand nous écrivons sur le Sahara marocain, nous avons en tête le conflit avec l’Algérie et avons conscience de la nécessité de défendre l’intégrité de notre territoire. » Karim Boukhari, lui, rappelle que TelQuel est allé enquêter sur les camps de Tindouf en Algérie et que « les conclusions de [ses] reporters allaient à l’encontre de la propagande marocaine ». Un reportage mal perçu par des internautes marocains, qui ont accusé l’hebdomadaire de « manque de professionnalisme ».
Cette guerre des plumes contribue à l’enracinement du conflit dans les consciences. Toute nuance devient suspecte. Quand le souverain marocain fait part de sa volonté d’ouvrir ses frontières, El Watan y voit un signe de « l’aggravation de la situation socioéconomique au Maroc (8)  » et Le Soir d’Algérie une volonté d’envoyer en Algérie les Marocains pauvres.
Pour Jamal Berraoui, de La Gazette du Maroc, « le véritable conflit est entre le Maroc et l’Algérie. Le Sahara marocain sert de prétexte à deux nationalismes qui s’affrontent ! » Karim Boukhari ajoute : « Le conflit du Sahara est essentiellement une guerre de diplomatie officielle et parallèle, une guerre de “lobbies”, de propagande, etc. Je crois que toutes les parties l’acceptent et s’en accommodent. C’est même devenu un cache-misère et un bon moyen de désinformation. »
« La presse des deux pays devrait agir pour une solution humaine du problème, estime Jamal Berraoui, qui voit « la société sahraouie en pleine transformation alors que les journalistes ne suivent pas ». Et d’ajouter : « Les deux presses se sont dévalorisées parce qu’elles ne font pas leur travail d’information. Elles relaient seulement la position officielle », avant de conclure : « S’il n’y a pas de dialogue entre Alger et Rabat, ce problème durera encore trente ans. »

Jerada : Germinal marocain du 21ème siècle !!




Par Samira Kinani, 5/1/2010

Les derniers incidents à Jerada
ont remis sur scène
la situation désastreuse
qu'y vit la population
depuis la fermeture de la mine de charbon en 2001
et le licenciement de milliers d'ouvriers..
l'extraction de charbon se poursuit:
et oui
des autorisations furent données à des particuliers/mafias locales
et pauvreté aidant
les ex mineurs
vendent leur force de travail
pour des prix dérisoires
variant suivant les saisons
tout e monde s'y met
femmes,hommes,et enfants!!!
une situation plus qu'alarmante
une situation plus qu'inhumaine:
on travaille dans des conditions préhistoriques
on creuse des puits
on y pénètre attaches à des cordes
sans aucune sécurité
sans aucune garantie
des morts
des handicapés
ne parlons pas de la silicose
qui fait des morts par dizaine!!!
Jerada
bastion jadis d'un prolétariat organisé
jerada
ville jadis ayant acquis certains droits
est à la dérive
devant nous tous/toutes
un déboisement de la foret dense
qui la couvrait
une pollution
et surtout
une misère humaine insoutenable...
laisserons-nous faire?????????????
ces enfants qui abandonnent études
ces femmes/hommes qui risquent leurs vies
pour quelques dirhams
pour un semblant de vie...???