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samedi 20 décembre 2014

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mercredi 30 janvier 2013

Nadir Dendoune incarcéré en Irak (suite)

Irak 29/01/2013 à 15h40

Nadir Dendoune, journaliste français détenu à Bagdad pour des photos


Par Camille Polloni | Journaliste Rue89,  Irak 29/01/2013 à 15h40

Nadir Dendoune en 2010, alors qu’il organisait la Journée sans immigrés 
(Audrey Cerdan / Rue89)
Vers 20h45 lundi soir, Nadir Dendoune, journaliste indépendant de 40 ans, poste un message sur sa page Facebook. Pas tout à fait lui, en réalité : le texte parle de Nadir à la troisième personne (il a été retiré depuis). Le journaliste aurait été arrêté à Bagdad et détenu depuis cinq jours dans une prison irakienne.
Au bout de plusieurs commentaires incrédules et quelques blagues, sa sœur Houria confirme que c’est sérieux. Des amis à lui y vont de leur conseil, témoignent de leur soutien, glissent le numéro de la cellule de crise au ministère des Affaires étrangères. Les derniers qui pensent encore à une plaisanterie se font rabrouer.
Les nombreux messages apparaissent au fur et à mesure, comme un tchat un peu surréaliste autour de la détention de leur ami qui devait rentrer en France dans les jours qui viennent. Mardi, un nouveau post a remplacé l’ancien :
« Pas trop d’initiatives persos pour l’instant, merci. Plein de choses sont faites. Restons vigilants. On vous donne des nouvelles dans la journée de mardi. »

Reportage sans autorisation

Entre temps, une dépêche AFP citant une source consulaire a fait état de la situation de Nadir Dendoune, « arrêté par la police irakienne pour avoir pris des photos sans autorisation à Bagdad » :
« Nadir Dendoune a été arrêté dans le quartier de Dora (sud-ouest) “en milieu de semaine dernière” et “est toujours en détention, il n’a pas été encore inculpé”, a ajouté la source consulaire. Les autorités irakiennes ont assuré qu’il “est bien traité, il n’a pas de problème médical”, selon elles.
Selon sa sœur Houria Dendoune, contactée par l’AFP, le journaliste aurait été arrêté alors qu’il prenait des photos d’une usine de traitement des eaux. »
La dépêche précise que Nadir Dendoune, qui a la triple nationalité française, algérienne et australienne, faisait un reportage pour Le Monde Diplomatique sur les dix ans de l’invasion du pays.

Un journaliste hors norme

Il est aussi collaborateur de L’Humanité et chroniqueur pour Le Courrier de l’Atlas, dans lequel il a publié plusieurs billets sur son voyage en Irak, mettant à profit son surnom revendiqué : « le tocard ».
En 2010 et 2011, Nadir Dendoune a publié trois articles sur Rue89. Diplômé sur le tard du Centre de formation des journalistes (CFJ) à Paris, le journaliste a toujours réussi ses défis un peu dingues :
  • faire 3 000 km à vélo en Australie (puis faire le tour du monde) ;
  • être bouclier humain en Irak en 2003 ;
  • gravir l’Everest (oui oui) à 37 ans ;
  • organiser une « journée sans immigrés » pour montrer leur importance dans l’économie française.
En septembre, il publie une tribune reprochant à Canal Plus d’avoir masqué son tee-shirt « Palestine » au Grand Journal.

Le précédent américain

En mai 2003, des journalistes français avaient déjà été arrêtés à Bagdad et détenus trois jours, cette fois-ci par les Américains. C’était une équipe de Canal Plus : un rédacteur, un journaliste reporter d’images, un traducteur et leur chauffeur.
Leur crime : avoir tourné sans autorisation des images d’un bâtiment, appartenant – ils l’apprennent plus tard – aux Forces spéciales américaines. Les quatre hommes, pourtant identifiés comme journalistes, sont arrêtés par des Irakiens armés, se souvient aujourd’hui Michel Despratx, le rédacteur de l’équipe. Avant d’être confiés aux Forces spéciales américaines :
« Nous avons été maltraités, encagés, avec le statut de prisonnier de guerre. Nous avons vécu deux simulacres d’exécution, une fois alignés contre un mur, l’autre au bord d’un fleuve, avant que l’armée américaine nous sorte de là. Un général américain nous a ensuite présenté des excuses officielles. »
A l’époque, un article de Télérama raconte l’épisode. Et précise :
« A une semaine du transfert de souveraineté, les conditions de travail des journalistes n’ont jamais été aussi exécrables. “ Plus dangereux que pendant la guerre ”, commente-t-on dans les rédactions. [...]
Dans ce climat pourri, entre attentats quotidiens, enlèvements et balles perdues, les reporters hésitent de plus en plus à sortir de leur hôtel bunkerisé. »
Comme les journalistes de Canal Plus il y a dix ans, Nadir Dendoune a pris le risque de sortir.
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Un journaliste français détenu en Irak 

depuis une semaine

Cela fait désormais 7 jours que le journaliste français Nadir Dendoune est détenu à Bagdad. Arrêté mercredi 23 janvier, Nadir Dendoune a pu contacter un ami le lundi suivant, pour faire savoir qu’il était en bonne santé, et correctement traité. Depuis, ses proches n’ont reçu aucune nouvelle, pas plus que le ministère français des affaires étrangères.

Journaliste indépendant âgé de 40 ans, auteur de plusieurs ouvrages, dont le remarqué Un tocard sur le toit du monde, Nadir Dendoune s’était rendu à Bagdad pour le Monde diplomatique, qui lui avait remis une lettre de mission. Contrairement à la version diffusée par les autorités irakiennes, qui affirment que le journaliste a été arrêté parce qu’il prenait en photo un «site sensible», il était bel et bien titulaire d’un visa presse, selon son comité de soutien.
Répondant à une question d’une journaliste lors d’un point presse ce mercredi 30 janvier, le ministère français des affaires étrangères a diffusé les information suivantes : « Nous suivons avec la plus grande attention la situation de M. Nadir Dendoune, aussi bien à Paris, où les services du ministère des Affaires étrangères sont mobilisés, que sur place, à travers notre ambassade à Bagdad. D'après nos informations, notre compatriote a été arrêté alors qu'il prenait des photographies d'une installation de traitement d'eau à Dora, sans accréditation ni autorisation de photographier des installations sensibles. Dès qu'elle a été informée de l'arrestation de M. Dendoune, notre ambassade a effectué des démarches officielles auprès des autorités irakiennes, afin d'obtenir des informations sur les motifs de cette arrestation et pour s'assurer de ses conditions de détention et de son état de santé, dans le cadre de la protection consulaire que nous accordons à tous nos compatriotes détenus. L'organisation d'une visite consulaire sur son lieu de détention a été demandée par notre Ambassade dès son arrestation connue. » Contacté ce mercredi après-midi, le ministère assure de la pleine mobilisation des services consulaires sur place.
Créé ce mercredi, le comité de soutien de Nadir Dendoune organisera de son côté un point presse à l’auditorium de l’Institut du monde arabe à Paris, jeudi à 17h00. « Palestine », le film de Nadir, sera diffusé par la suite à 18h30. Un rassemblement est prévu vendredi 18h30 devant le quai d’Orsay. La famille de Nadir demande notamment à être reçue par le ministère, «ne serait-ce que pour obtenir des information sur le sort de Nadir, explique Madjid Messaoudene, du comité de soutien. Jusqu’ici, le ministère nous a fait savoir qu’il suivait la situation. Mais nous n’avons aucune nouvelle, et le ministère se contente de relayer sur son site la version des autorités irakiennes. Or, Nadir était en règle, son arrestation est donc sans objet, et nous sommes très inquiets.»
Outre son comité, Nadir Dendoune a reçu le soutien de plusieurs organisations, dont le syndicat des journalistes
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Lettre de Pierre Laurent à l'Ambassadeur irakien

Pierre Laurent
Secrétaire national du PCF
Sénateur de Paris
Monsieur Fareed Yasseen
Ambassadeur
Ambassade de la République d'Irak
53, rue de la Faisanderie
75016 Paris


Paris, le 30 janvier 2013

Monsieur l'Ambassadeur,
J'ai appris avec surprise et inquiétude l'arrestation et l'incarcération à Bagdad de monsieur Nadir Dendoune, journaliste et réalisateur français.
Nadir Dendoune est bien connu de la direction et des adhérents de notre parti. Nous l'avons accueilli, il y a quelques mois, au siège de notre parti pour la présentation de son dernier film, « Palestine ».
Nous savons son engagement sincère de solidarité avec tous les peuples qui agissent pour leur souveraineté, en particulier dans le monde arabe.
Les médias français indiquent qu'il aurait pris des photos sans autorisation, ou bien en des lieux où cela serait interdit.
Nous ne savons pas, en réalité, les raisons de son arrestation et nous souhaiterions naturellement disposer des précisions nécessaires à cet égard.
Je tiens seulement à souligner que Nadir Dendoune s'est très souvent retrouvé avec nous dans des rencontres et des initiatives positives, solidaires et démocratiques. Sa situation nous préoccupe au plus haut point et nous espérons vivement qu'il nous sera possible de le voir revenir en France au plus vite.
Je vous prie d'agréer, Monsieur l'Ambassadeur, l'expression de mes salutations distinguées.

Pierre Laurent



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 le 30/1/2013
Lettre de Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité, député au Parlement européen, à Madame Catherine Ashton, Haute Représentan -
Lettre de Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité, député au Parlement européen, à Madame Catherine Ashton, Haute Représentante de l'Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.

"Madame la Haute Représentante,
Je tiens, en urgence, à attirer votre vigilante attention sur la situation faite à un journaliste français, disposant d’un passeport franco-algéro-australien, Monsieur Nadir Dendoune, arrêté par la police irakienne à Bagdad et incarcéré en cette ville depuis le 24 janvier 2013.
Monsieur Dendoune séjourne en Irak en toute légalité puisqu’il s’est vu délivrer un visa de presse par les autorités irakiennes. Ses activités, depuis le début de son séjour en Irak, sont publiques. Elles s’effectuent au grand jour, en vue de la préparation d’un reportage sur ce pays et vraisemblablement d’un livre, retraçant l’histoire de ces dix dernières années.
Son incarcération est donc totalement injustifiée et incompréhensible. Il ne lui est reproché que le fait d’avoir pris des photos dans la rue. C’est donc la liberté de travail d’un journaliste et la liberté d’informer qui est ici mise gravement en cause. De plus, je peux personnellement témoigner de l’intégrité et de l’éthique professionnelle du journaliste Nadir Dendoune.
Aussi, Madame la Haute Représentante, je vous saurais reconnaissant de bien vouloir instruire en urgence ce dossier et de réclamer la remise en liberté de M. Nadir Dendoune, auprès des autorités irakiennes.
Dans l’attente, recevez, Madame la Haute Représentante, l’expression de ma plus haute considération."
http://www.humanite.fr/fil-rouge/nadir-dendoune--lettre-de-patrick-le-hyaric-a-catherine-ashton


 Nadir Dendoune au sommet de l'Everest

- le 30/1/2013

Patrick Le Hyaric: "Libération immédiate pour notre confrère Nadir Dendoune"

Nadir Dendoune est incarcéré dans une prison irakienne, sans inculpation, depuis le milieu de la semaine dernière pour avoir pris des photos sans autorisation à Bagdad.
Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité et député européen, a écrit à l'ambassadeur d'Irak pour protester fermement contre cette arrestation. Il a de même alerté par lettre Viviane Reding, Commissaire à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté et Vice-présidente Commission européenne, ainsi que Catherine Ashton, Haute Représentante de l'Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.

Par ailleurs, un comité de soutien à Nadir Dendoune a été créé "par sa famille et ses proches".Celui-ci reprenait, ce mercredi après-midi sur sa page Facebook, la déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères: "Nous suivons avec la plus grande attention la situation de M. Nadir Dendoune, aussi bien à Paris, où les services du ministère des Affaires étrangères sont mobilisés, que sur place, à travers notre ambassade à Bagdad."

Protection consulaire
"Dès qu'elle a été informée de l'arrestation de M. Dendoune, notre ambassade a effectué des démarches officielles auprès des autorités irakiennes, afin d'obtenir des informations sur les motifs de cette arrestation et pour s'assurer de ses conditions de détention et de son état de santé, dans le cadre de la protection consulaire que nous accordons à tous nos compatriotes détenus. L'organisation d'une visite consulaire sur son lieu de détention a été demandée par notre ambassade dès son arrestation connue", rapporte le comité de soutien de Nadir Dendoune.
  • A lire aussi:
Un journaliste collaborateur de l'Humanité.fr, emprisonné en Irak
lettre de Patrick Le Hyaric à Catherine Ashton
Lettre de Patrick Le Hyaric à Viviane Reding
Lettre de Patrick Le Hyaric à l'ambassadeur d'Irak en France

mercredi 6 janvier 2010

Guerre des plumes entre le Maroc et l'Algérie

Conflit du Sahara Occidental

Par Ali Chibani, Le Monde Diplomatique, janvier 2010

Quand la presse algérienne défend « la Gandhi du Sahara Occidental », les titres marocains décèlent un « piège algérien (1) ». La grève de la faim observée depuis le 15 novembre par la militante sahraouie Aminatou Haïdar à l’aéroport de Lanzarote, aux Canaries, après qu’elle a été refoulée par les autorités marocaines, a ravivé les querelles entre journalistes des deux pays. Une vieille guerre que chaque camp justifie.
Nourdine Jouhari, directeur de la rédaction de Maroc Hebdo International, estime que la défense du territoire, le maintien du Sahara Occidental sous l’autorité de la monarchie, fait l’unanimité dans son pays. Pour lui, seule l’autonomie du « Sahara marocain » est acceptable, car « il y va de la survie de la marocanité et de l’intégrité territoriale du pays ». Son hebdomadaire n’a de cesse d’évoquer un possible conflit armé avec le voisin algérien. Ces dernières années ont en effet été marquées par un renforcement de l’arsenal militaire algérien, et la presse marocaine suit de près ce dossier. C’est le cas de Maroc Hebdo International, qui énumère dans le détail les nouvelles acquisitions algériennes et conclut : « “Qui veut la paix prépare la guerre”, conseille le dicton. Alger, surtout, et, dans une moindre mesure, Rabat, ne dérogent pas à la règle (1) . »
« Notre position [pour l’indépendance des territoires sahraouis] est déterminée par notre histoire, rétorque Mohammed Touati journaliste au quotidien algérien L’Expression. Nous avons vécu cent trente ans d’un colonialisme brutal, nous ne pouvons donc pas accepter que d’autres peuples vivent la même expérience. » Merzak Tigrine, journaliste à Liberté, partage cet avis : « Nous condamnons l’occupation du territoire sahraoui comme nous condamnons la barbarie israélienne contre les Palestiniens. Nous sommes passés par là ! »
Tout porte à polémique. Le 18 septembre 2009, la presse marocaine rapporte que des « violations des droits de l’homme [dans les camps des réfugiés] à Tindouf ont été dénoncées vigoureusement à Genève par une délégation de Sahraouis unionistes ». L’Expression réplique par une diatribe sans concession contre la « délégation sahraouie fantoche (2)  » dont les membres sont traités de « harkis ». Néanmoins, le journal algérien appelle les Marocains à se prononcer en faveur de l’autodétermination du Sahara occidental. Et il leur rappelle leur engagement passé en faveur de l’indépendance de l’Algérie : « Le peuple marocain, dont la longue tradition de lutte contre la torture et le respect des droits de l’homme est devenue un symbole, trouve en la cause sahraouie le plus bel exemple de fraternité entre les peuples… »
Karim Boukhari, directeur de rédaction à l’hebdomadaire indépendant marocain TelQuel, se méfie des surenchères : « Nous nous efforçons de garder la tête froide au sujet du Sahara. On tente d’éviter des termes comme “séparatistes” – on parle plutôt d’“indépendantistes” – pour qualifier les membres du Front Polisario. On évite des expressions comme “la cause de tous les Marocains”, et tout ce qui ressemble de près ou de loin à la propagande, tant marocaine que non marocaine. Ce n’est pas toujours évident, puisque cela peut nous valoir des incompréhensions, même chez certains de nos lecteurs. »
Certains d’entre eux sont, en effet, habitués à une condamnation sans nuance de l’Algérie, censée être la seule à entraver le processus de paix au Sahara Occidental à cause des « appétits de la junte militaire […], qui avance sans ambages la solution du partage d’un territoire séculairement rattaché au Royaume (3). »
« L’Algérie crée tous les problèmes possibles pour éviter la fin du conflit avec le Sahara Occidental », affirme Nourdine Jouhari. A quoi les médias algériens ripostent que la monarchie n’offre aux Sahraouis que le statut de province autonome et refuse l’organisation d’un référendum sur leur indépendance. Mohammed Touati insiste : « Nous défendons, certes, la cause sahraouie, mais ce n’est pas pour autant que nous voulons être partie prenante du conflit. Nous souhaitons la tenue d’un référendum pour permettre aux Sahraouis de faire leur choix. Et s’ils optent pour leur rattachement à la monarchie marocaine, nous respecterons leur décision. »
Une chose est sûre : les journalistes algériens se sentent confortés par l’Organisation des Nations unies (ONU), qui considère le Sahara Occidental comme l’un des seize derniers « territoires non autonomes » entrant dans ses efforts de « décolonisation ». Le directeur d’Aujourd’hui le Maroc minimise ces résolutions et tranche : « La solution réaliste ne peut tourner qu’autour du projet d’autonomie proposé par le Maroc. Un point c’est tout (4). »
Aussi, Nourdine Jouhari peut expliquer : « La proposition d’organiser un référendum sur l’“autonomie des provinces sahariennes” a été acceptée par la communauté internationale. Mais Alger veut empêcher sa réalisation. »
Dans cette lutte au couteau, le journaliste tente souvent de ternir l’image du camp adverse. Côté algérien, la presse opère un parallèle entre les peuples sahraoui et palestinien, et utilise une même terminologie pour les deux conflits, parlant de « territoires occupés » et d’« Intifada » ; La Tribune dénonce les « forces d’occupation marocaines ».
El Moudjahid se fait la voix du Front Polisario en couvrant les voyages de M. Mohamed Abdelaziz, « président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) », et en reprenant les informations de l’agence de presse sahraouie SPS. Quant à Mohammed Touati, il égratigne ses confrères marocains : « Nous reprenons les articles pour rectifier le tir. Nous nous sentons agressés par tous ceux qui refusent l’indépendance des populations colonisées. »
Les journalistes marocains, eux, exploitent les mouvements sociaux chez leurs voisins, notamment ceux du « pays kabyle (5) », que Maroc Hebdo International décrit aussi comme une « Intifada ». Rappelant la naissance d’un mouvement autonomiste kabyle, l’hebdomadaire ironise sur le soutien aux Sahraouis et fait mine de s’interroger : « Et si le Maroc, sans autre forme de cynisme à l’algérienne, revendiquait devant les instances internationales le droit du peuple kabyle à disposer de lui-même, quitte à se constituer en Etat souverain… (6)  ? » « Cette extrapolation me fait rire ! Que je sache, en Algérie, il n’y a pas de peuple en danger », réplique Mohammed Touati. « Nous n’avons pas inventé de revendications pour le peuple algérien, se défend le rédacteur en chef de Maroc Hebdo International. Nous ne sommes pas pour le démembrement de l’Algérie. »
Des deux côtés, les journalistes s’alignent le plus souvent sur les positions des autorités politiques. Les accusations réciproques fusent. Ainsi, le quotidien arabophone algérien Al Khabar désigne les hôpitaux marocains comme destinataires d’un trafic d’organes d’enfants qui se fournit en Algérie. Maroc Hebdo International riposte en dénonçant les « nombreuses dérives de la presse algérienne (7)  ».
Les journalistes sont-ils manipulés par le pouvoir ? « Je ne subis aucune pression et personne ne me force à écrire mes articles, se défend Mohammed Touati. Pour moi, c’est la presse marocaine qui n’est pas libre… ». Nourdine Jouhari soutient que le Palais n’exerce aucune pression sur sa profession. « Il n’y a pas non plus d’autocensure, mais de la responsabilité. Quand nous écrivons sur le Sahara marocain, nous avons en tête le conflit avec l’Algérie et avons conscience de la nécessité de défendre l’intégrité de notre territoire. » Karim Boukhari, lui, rappelle que TelQuel est allé enquêter sur les camps de Tindouf en Algérie et que « les conclusions de [ses] reporters allaient à l’encontre de la propagande marocaine ». Un reportage mal perçu par des internautes marocains, qui ont accusé l’hebdomadaire de « manque de professionnalisme ».
Cette guerre des plumes contribue à l’enracinement du conflit dans les consciences. Toute nuance devient suspecte. Quand le souverain marocain fait part de sa volonté d’ouvrir ses frontières, El Watan y voit un signe de « l’aggravation de la situation socioéconomique au Maroc (8)  » et Le Soir d’Algérie une volonté d’envoyer en Algérie les Marocains pauvres.
Pour Jamal Berraoui, de La Gazette du Maroc, « le véritable conflit est entre le Maroc et l’Algérie. Le Sahara marocain sert de prétexte à deux nationalismes qui s’affrontent ! » Karim Boukhari ajoute : « Le conflit du Sahara est essentiellement une guerre de diplomatie officielle et parallèle, une guerre de “lobbies”, de propagande, etc. Je crois que toutes les parties l’acceptent et s’en accommodent. C’est même devenu un cache-misère et un bon moyen de désinformation. »
« La presse des deux pays devrait agir pour une solution humaine du problème, estime Jamal Berraoui, qui voit « la société sahraouie en pleine transformation alors que les journalistes ne suivent pas ». Et d’ajouter : « Les deux presses se sont dévalorisées parce qu’elles ne font pas leur travail d’information. Elles relaient seulement la position officielle », avant de conclure : « S’il n’y a pas de dialogue entre Alger et Rabat, ce problème durera encore trente ans. »