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vendredi 19 février 2016

« À bout », les migrants attendent les bulldozers


Emilien Urbach, 19/2/2016

Photo : Philippe Huguen/AFP
Le gouvernement s’apprête à expulser les migrants réfugiés dans le bidonville de Calais.
Photo : Philippe Huguen/AFP
La préfecture a laissé jusqu’à la fin de la semaine pour vider la moitié de la « jungle », avant son démantèlement. Les associations dénoncent une politique de la terre brûlée.

Calais, envoyé spécial.

« Ils ont imposé ce bidonville aux réfugiés, il y a à peine dix mois, et aujourd’hui, ils veulent tout détruire : les habitations de fortune et les infrastructures mises en place par les associations. » Maya, bénévole de l’Auberge des migrants, d’ordinaire si combative, n’arrive pas à cacher son abattement. Dans le bidonville créé en avril 2015, à l’initiative du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, et de la municipalité de Calais, l’heure est à la stupéfaction.

Jeudi matin, la neige tombée à l’aube tapisse les toits de bâches et les chemins boueux de la « jungle ». Sur les baraques, des affichettes exposent le nouveau plan des autorités. En dépit de la froidure hivernale, Fabienne Buccio, préfète du Pas-de-Calais, a lancé l’ultimatum : la moitié du site devra être vidée de ses habitants d’ici à la fin de la semaine. Pour la préfecture, ce nouveau coup de force concerne 800 à 1 000 personnes. Les associations présentes au quotidien dans le campement évoquent, pour leur part, plus de 2 000 âmes, dont « plusieurs centaines d’enfants », obligées de tout abandonner. Elles viennent de remporter une première victoire puisque l’école laïque du chemin des dunes ne sera pas rasée.

« Nous refusons de participer à ça »

La préfecture voulait s’appuyer sur la collaboration des associations, mais pour ces dernières, la coupe est pleine. Six d’entre elles ont adressé une lettre ouverte à Bernard Cazeneuve, lui demandant de surseoir à l’évacuation. « Lorsqu’on nous a demandé d’aider à la création d’une bande de 100 mètres entre l’autoroute et les premières habitations, on a joué le jeu, tempête Maya. Il s’agissait simplement de déplacer quelques cabanes vers d’autres recoins du camp. Là, c’est de la destruction pure et simple. Nous refusons de participer à ça. »
Si le plan de la préfète est exécuté, la semaine prochaine, un théâtre, plusieurs lieux de culte, le centre de vaccination, le centre d’accueil juridique, l’Ashram Kitchen, principal lieu de distribution de repas chauds à l’intérieur du bidonville, le centre réservé aux femmes, celui dédié aux enfants, devraient disparaître. En plus des habitats, la zone sur laquelle Fabienne Buccio s’apprête à envoyer ses bulldozers comprend la quasi-totalité des lieux bâtis par les bénévoles venus de toute l’Europe pour pallier les manquements de l’État.
La préfecture promet que des solutions dignes seront proposées aux personnes délogées. Elle met en avant un parc de containers aménagés en dortoirs. Mais seules 400 places y restent disponibles. Et ce centre d’accueil provisoire suscite de nombreuses réticences dues au manque de transparence sur l’utilisation des données personnelles, notamment biométriques, obligatoirement collectées pour y avoir accès. L’autre alternative soutenue serait le placement dans un des centres d’accueil et d’orientation ouverts cet automne sur l’ensemble du territoire national. Mais ces lieux sont, pour la plupart, des centres de vacances fermés en basse saison et qui reprendront leur fonction initiale dès le printemps. Ils s’apparentent, de plus, à de véritables zones de triage, d’où de nombreux exilés, enregistrés à leur arrivée en Europe dans un autre pays, ont été reconduits à la frontière, selon les prérogatives du règlement de Dublin III. Les dernières statistiques sur ces centres dits de répit établissent que 54 % des personnes en attente de placement dans l’un d’entre eux sont passibles d’expulsion dans le cadre de la « procédure Dublin ».
Dans le bidonville, Maya avoue son impuissance face à l’indignité des autorités : « On n’arrête pas d’expliquer que si les bulldozers arrivent, toute réaction violente ne servirait à rien et serait contre-productive. Mais ici, les gens sont à bout. »


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