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vendredi 3 avril 2015

Témoignage : Voilà comment les douanes marocaines m’ont traité à Bab Sebta

Témoignage d'Ali Lmrabet, 

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Dimanche 29 mars, entre 20h et 21h, venant d’Espagne je me présente à la frontière de Bab Sebta pour rentrer chez moi, au Maroc. Je suis accompagné de ma femme et de mes deux enfants. Au poste-frontière, je remplis les fiches de police et je présente les passeports. Tout se passe bien. Comme je suis motorisé, je me dirige vers un douanier qui me demande d’ouvrir le coffre de la voiture. Je m’exécute.
« Avez-vous quelque chose à déclarer ? », me demande-t-il.
Non !
De l’électroménager ?
Non ! Juste des valises avec des effets personnels.
Il me fait ouvrir une valise, la fouille puis m’explique que je dois aller enregistrer ma voiture dans une guérite de la douane. C’est ce que je fais. Je remplis la fiche de renseignements verte en trois exemplaires et je la remets au douanier avec mon passeport, la carte grise et l’assurance. Je suis un quidam qui doit faire ce que l’autorité lui demande de faire.
Le douanier commence par vérifier mon passeport, les papiers de la voiture, puis il fixe son regard sur la carte grise.
« C’est une carte grise ? Vous n’avez pas d’autre ? », me demande-t-il.
Je lui réponds que c’est bien une carte grise, et que c’est la seule que j’aie. Je lui signale qu’elle n’est pas abîmée et qu’elle est parfaitement lisible.
« Il y a un problème », me dit-il.
Quel problème ?

« Attendez, je vais aller vérifier ».
Le douanier se lève et se dirige vers deux femmes « douanières » qui mangent un sandwich dans une autre guérite. Puis, après une conversation de plusieurs minutes, il revient.
« Il y a un problème avec votre carte grise », me lance-t-il. « Vous n’avez jamais eu de problèmes avec cette carte grise ? »
Ben non ! C’est la septième ou huitième fois que je passe avec cette voiture et cette carte grise par ce même poste-frontière, et à part les tracasseries habituelles je n’ai jamais eu de problème d’ordre administratif.
Le douanier ne répond pas. Il pianote le clavier de son ordinateur et celui-ci affiche des informations avec des données de ma voiture. J’arrive à apercevoir une liste d’entrée au Maroc par date qui indique à la fin le mot « Marocain » à chaque entrée ou sortie du pays.
« C’est bizarre. L’ordinateur indique que tout est ok, pourtant il y a un problème », me répète le douanier.
« Mais quel problème ? Elle est volée cette voiture ? La carte grise est falsifiée ? C’est pas moi la personne qui y apparaît ? C’est quoi au juste le problème, Allah yarham babak ?
« Je ne sais pas », répond-il gêné.
Furieux, je lui demande d’enregistrer le document et de me laisser partir, parce, lui dis-je, j’ai fait un long voyage et je veux rentrer chez moi pour me reposer.
« Je ne peux rien faire », me dit-il. « Il y a un problème ».
Mais lequel ?
Il ne répond pas. Il sourit, prend mon passeport et le regarde.
Je me fâche et je commence à crier. « Il est où ce problème ? ». « Il est où votre chef ? ».
Il ne répond pas. Je crie encore plus fort, et à un certain moment, un jeune homme brun en civil s’avance vers moi, prend mes papiers, me les jette à la figure : « C’est moi le chef, va voir avec le Makhzen pour te régler ton problème », crie-t-il.
Je crie alors encore plus fort. Je hurle. Oui, je hurle. J’en ai marre d’avoir des « problèmes » inexpliquées à chaque fois que je rentre et que je sors du Maroc. Je lance à tous : « C’est quoi cette dictature de merde ? C’est quoi le problème de cette voiture ? ».
Un autre jeune douanier en uniforme s’approche vers moi et tente de m’agresser. Puis d’autres s’avancent, menaçants. « On ne va rien signer », me dit un officier portant des lunettes qui paraît être un petit chef.
Je commence alors à hurler encore plus fort. Ma gorge va éclater. « Y en a marre ! C’est toujours la même histoire ! Il y a toujours un problème que personne ne veut m’expliquer ».
A un certain moment, le téléphone portable du petit chef douanier commence à sonner. Il le prend et s’éloigne. Après quelques minutes d’attente, il revient vers moi pour me demander mon passeport et les papiers de la voiture. Il les prend et s’éloigne encore une fois.
Ma femme et mes enfants sont sonnés, ahuris, inquiets. Ils étaient venus passer quelques jours de vacances au Maroc et ils découvrent un énorme poste-frontière, très différent de tous ceux qu’ils ont vus auparavant, une frontière blindée, pleine à craquer d’hommes en uniforme. Un Etat policier, avec ses petites frappes et ses méthodes kafkaïennes. Le petit chef revient. La fiche de renseignements verte a été signée, cachetée, tamponnée. Il me la remet avec mon passeport. « Tenez vos papiers, vous pouvez y aller ».
« Mais c’était quoi le problème au juste ? ».
« Il n’y a aucun problème. Je suis venu vous voir pour vous demander votre problème et vous n’avez pas voulu répondre. C’est vous qui avez inventé ce problème ».
Et la tentative d’agression d’un de vos agents ?
Il n’y a eu aucune tentative d’agression. Vous l’avez inventé aussi.
Sauf que ma femme, habituée à ces tracasseries frontalières, a filmé toute la scène…
En sortant du poste-frontière, mon fils me lance : « Papa, pourquoi les policiers espagnols ne te disent jamais rien et les policiers marocains (en fait les douaniers) t’embêtent tout le temps ? ».
C’est ça le Maroc mon fils !
Résumé : Toutes ces tracasseries, je le sais, ont un seul et unique but : me dégoûter du Maroc, qui est mon pays contrairement à ceux qui se prétendent originaires de la péninsule arabique. Et je ne vais pas me laisser faire.
J’ai connu Driss Basri, tout puissant et arrogant, me menaçant en paroles et en gestes du haut de son trône du ministère de l’intérieur parce que je lui avais posé des questions qui n’étaient pas prévues dans le scénario. Puis, je l’ai revu quelques années plus tard à Paris, exilé, amer, mais humain, et pestant contre l’ingratitude de Mohamed VI.
J’ai connu le général Hamidou Laânigri, le patron de la DST, la police politique et tortionnaire marocaine, utilisant un ton comminatoire et agressif pour tenter de m’intimider au milieu d’une foule de bouteilles de vin qu’il avait vidé avec un entrain et une rapidité olympiques. Puis, je l’ai aperçu il n’y a pas si longtemps déchu de son pouvoir d’antan et titubant dans le hall de l’hôtel Royal Mansour de Casablanca, appuyés sur deux généreux bras qui empêchaient que son volumineux corps ne s’effondre.
Et je ne parle pas de ces hauts responsables déchus, ex-ministres, ex-hauts serviteurs de l’Etat, en réalité serviteurs de leur maître, qui me passent un coup de fils quand ils se trouvent dans leur nid douillet de la Costa del Sol ou passent me voir pour me raconter leurs petits malheurs.
Tôt ou tard, la racaille makhzenienne tombe. Et celle d’aujourd’hui, celle qui a pris la relève de Basri et de Laânigri, tombera un jour. J’en suis sûr.
Quant au Grand Manitou en jellaba et babouches, s’il lisait des livres, surtout ceux qui traitent de l’histoire du monde, il saurait que les plus grands empires ont fini par s’écrouler.
Ali Lmrabet
Post-Scriptum : je vais publier bientôt une petite liste, documentée, des petites tracasseries policières et para-makhzeniennes, aux postes-frontières du royaume.
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