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dimanche 29 mars 2015

MAROC. Le grand écart du roi Mohammed VI



Pierre Haski





MONDOVISION. Tout se passe comme si le roi Mohammed VI voulait moderniser la société... Il garde pourtant un contrôle absolu sur celle-ci.


Monarque tout puissant, Mohammed VI mène le jeu à sa manière au Maroc. (CITIZENSIDE / YANN BOHAC)Monarque tout puissant, Mohammed VI mène le jeu à sa manière au Maroc. 









Appelons ça de la nervosité plutôt que de la peur. Le Maroc a accusé le coup de l’attaque du Musée du Bardo, à Tunis, qui lui a rappelé un mauvais souvenir : l’attentat commis le 28 avril 2011 place Jemaa-el-Fna, au cœur de Marrakech, faisant dix-sept morts dont huit Français. Une cible touristique, des victimes étrangères, un choc immense...
Aujourd’hui, le Maroc redoute d’être de nouveau la cible des djihadistes, au sein desquels figure un important contingent de jeunes Marocains, comme le rappelait en couverture le magazine "TelQuel" la semaine de l’attentat de Tunis.
A Rabat, où je me trouvais cette semaine-là, les patrouilles militaires et policières étaient omniprésentes, et la Tunisie dans tous les esprits. Il y a même eu un rassemblement spontané de solidarité devant l’ambassade de Tunisie, et le ministre marocain des Affaires étrangères a été dépêché à Tunis avec un message du roi.
Le contexte marocain est très différent de celui de la Tunisie, mais il n’en est pas moins exposé à l’offensive djihadiste.

Audace royale...

Le Maroc vit une drôle de cohabitation entre un monarque tout-puissant, Mohammed VI, un gouvernement qu’il a confié aux "islamistes du Palais", comme on surnomme le Premier ministre Abdelilah Benkirane et ses amis du Parti de la Justice et du Développement (PJD), et une société civile, vivante et remuante, qui a accompagné le "printemps arabe" en 2011 avant de revenir à un rapport de forces plus classique.
Mohammed VI mène le jeu à sa manière, en surprenant parfois tout le monde. Ainsi, le 16 mars, le roi a "ordonné" au gouvernement, ainsi qu’au Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) du Maroc, de préparer, avant un mois, une réforme de la loi visant à légaliser sous conditions l’avortement ; sujet sensible s’il en est, surtout s’agissant d’un gouvernement (modérément) islamiste.
Le souverain réagissait à une polémique surgie au début de l’année, lorsqu’un médecin marocain, le docteur Chafik Chraïbi, actif dans la lutte contre l’avortement clandestin, a été mis à pied dans son hôpital pour avoir participé à un reportage de France 2. L’affaire avait fait grand bruit et attiré l’attention sur les quelque 600 à 800 avortements clandestins quotidiens au Maroc, entraînant de nombreux décès.
En prenant position sur une telle question, Mohammed VI se met du côté de la société contre les plus conservateurs, à l’opposé de ce qui s’est plusieurs fois produit lorsque, pour combattre les islamistes, les pouvoirs arabes ont renforcé le poids de la tradition.

...et rétrécissement des libertés

Dans le même temps, pourtant, cette audace royale se double d’un rétrécissement de l’espace de liberté au Maroc. Liberté de la presse en berne, arbitraire policier, justice aux ordres... Tous les indicateurs sont en régression. La semaine dernière, Hicham Mansouri, membre de l’Association marocaine des journalistes d’investigation, était arrêté lors d’une descente de police chez lui et accusé… d’adultère ! Tout se passe comme si le roi voulait moderniser la société sans perdre son contrôle absolu sur celle-ci, un grand écart difficile à tenir.
Parmi les jeunes citadins marocains, dont les aspirations à plus de liberté restent intactes malgré l’échec des "printemps arabes", cette régression inquiète, comme j’ai pu le constater lors d’un échange avec des étudiants à Rabat.
S’il veut que les "modernistes", selon le vocabulaire à la mode, fassent rempart contre la menace djihadiste, le roi doit aussi entendre cette jeunesse-là. La génération internet marocaine ne veut ni de l’intégrisme ni du retour de l’autoritarisme.
Pierre Haski

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