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jeudi 12 décembre 2013

L’Algérie intéresse les USA plus que le Maroc

L’Algérie enterre le Maroc

 Riad, 4 Décembre 2013


Le rapport du département d’Etat américain sur la situation des droits de l’Homme au Maroc, tombe au mauvais moment pour l’émir du Makhzen. Dans l’embarras, le monarque du Maroc perd sa bataille devant l’Algérie et reconnaît que le dossier du Sahara traverse un moment pénible. Privé de son amie, l’ex- secrétaire d’Etat américain, Hillary Clinton, le roi Mohamed 6, est accusé de torture par le nouveau maitre de la diplomatie américaine, John Kerry.


La décision des Etats Unis de soutenir l’élargissement du mandat des casques bleus au Sahara continue de retentir au Maroc. Le choc a été brutal. Tout le monde, les autorités marocaines, les premières, semblent avoir été pris de court, pourtant un faisceau d’éléments permet d’expliquer logiquement le revirement américain. « Les négociations [à propos de l'opération militaire African Lion 2013, ndlr] entre les gouvernements des Etats-Unis et du Maroc continuent au niveau des missions de l’ONU », indique, laconique, Rodney Ford, information officer, au département des affaires publiques de l’ambassade des Etats Unis à Rabat. L’onde de choc provoquée par la décision des Etats Unis, le 9 avril, de présenter un projet de résolution élargissant le mandat de la Minurso à la surveillance du respect des droits de l’homme n’a toujours pas été absorbée. 
On rigole bien en haut lieu...
Au Maroc, la nouvelle a créé la stupeur, comme si personne ne s’y attendait. Quelques voix s’élèvent, pourtant, pour assurer que non seulement le revirement américain est rationnel, logique, voire que le Maroc aurait pu l’anticiper. La première clé de compréhension c’est John Kerry. L’ancien candidat démocrate à la présidentielle américaine de 2004 a remplacé Hillary Clinton au poste de secrétaire d’Etat, le 1er février dernier. « On parle souvent de « pouvoir institutionnel » dans les décisions internationales, mais il y a aussi l’influence des personnes et les différents lobbying. Hillary Clinton, la précédente secrétaire d’Etat américaine avait tenu à préserver la relation des Etats Unis avec le Maroc, comme elle reconnaissait aussi la présence administrative marocaine. Par contre John Kerry, s’est toujours opposé à la position marocaine, il a toujours prôné l’élargissement du mandat de la Minurso », explique Mohamed Darif, spécialiste de la question du Sahara. 

Un rééquilibrage de la politique américaine au Maghreb au profit de l’Algérie.
Il « avait préconisé, en tant que Président de la commission des Affaires étrangères au Sénat, dès l’arrivée au pouvoir de l’Administration Obama en 2008, un rééquilibrage de la politique américaine au Maghreb au profit de l’Algérie. Il jugeait que les années Bush et Clinton ont largement favorisé le Maroc, sans apporter d’impact réel sur la situation politique au Sahara », rappelle Brahim Fassi Fihri, actuellement conseiller royal. Dès l’accession au poste de secrétaire d’Etat américain de John Kerry, nous avions ainsi indiqué que le Maroc perdait, avec Hillary Clinton, un allié sérieux aux Etats Unis, sur la question du Sahara. Du 24 au 31 août dernier, la fondation américaine a réalisé une mission d’observation au Sahara dont les résultats accablaient l’administration marocaine. « En s’intéressant au cas d’Aminatou Haïdar, la Fondation Robert Kennedy, a su sensibiliser une partie de la classe politique démocrate à la question de supposées atteintes généralisées des Droits de l’Homme au Sahara », estime Brahim Fassi Fihri. 
Selon le site marocain Lakome.com, Christopher Ross, l’envoyé spécial des Nations Unies pour le Sahara,  aurait aussi convaincu John Kerry. Mi-mai 2012. Le Maroc avait, dès lors  annoncé qu’il retirait sa confiance à Christopher Ross, mais devant le désaveu général (les Etats Unis et Ban Ki-Moon renouvellent leur confiance à Christopher Ross) le Maroc fait marche arrière, six mois plus tard. « Le cafouillage ayant conduit au retrait de la confiance par le Maroc de Christopher Ross lors de l’été 2012, a été considéré par l’administration américaine comme un affront pour leur diplomatie, estime Brahim Fassi Fihri. 

John Kerry accuse le Maroc de violations des droits de l’Homme
Au-delà de l’offense personnelle qui lui a été faite par le Maroc, Christopher Ross, comme John Kerry et le reste de l’administration américaine, a assisté à la montée de la problématique des droits de l’homme au Sahara qui est intervenue plusieurs fois dans l’actualité récente du Maroc. Le procès du groupe de Gdeim Izik, des civils, s’est déroulé devant un tribunal militaire. Plusieurs associations des droits de l’homme ont dénoncé le déroulement du procès et les condamnations. L’envoyé spécial de l’ONU sur la torture au Maroc, Juan Mendez, a également recensé des actes de tortures dans les prisons marocaines, dans son rapport final rendu public au début du mois de mars. Dans son rapport, il note avoir « reçu des témoignages crédibles au sujet de pressions physiques et mentales exercées sur des détenus pendant les interrogatoires dans des affaires de droit commun et, plus particulièrement, dans des affaires touchant la sûreté de l’État. Ces témoignages sont largement corroborés par des rapports médico-légaux ». Ce n’est pas seulement une question liée au droit de l’homme, c’est aussi le résultat d’une défaillance généralisée de l’Etat marocain.
 
L’Algérie intéresse les USA plus que le Maroc
Dans ce contexte, les arguments de l’Algérie et du Polisario appelant à l’extension du mandat de la Minurso sont devenus plus palpables que jamais. Pour autant, la question des droits de l’Homme est régulièrement instrumentalisée et la véritable raison du revirement américain pourrait aussi se trouver dans leurs intérêts au Maghreb. Les intérêts américains au Maroc, sont largement inférieurs à ceux que les Etats Unis ont en Algérie. Il y a le gaz et le pétrole, bien sûr, des échanges commerciaux largement supérieurs avec l’Algérie. Depuis 2011, l’Algérie est une source d’information sur le dossier terroriste au Sahel car elle accumule des connaissances avec sa propre expérience nationale.

Une communication sur la haine et la xénophobie au Maroc

07/12/2013

Suite au meurtre d'un jeune camerounais dans la région de Tanger , en l'absence d'une réaction officielle du gouvernement camerounais, nous vous livrons ci-dessous l'intégralité de la communication du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie, la nature ayant horreur du vide...
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Noirs Maocr
Suite au meurtre d'un jeune camerounais dans la région de Tanger et à la montée des violences à caractère raciale qui touchent la communauté noire au Maroc, le Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie par la voix de son président a initié un dialogue avec Me Driss LACHGAR Premier Secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires du Maroc.
En l'absence d'une réaction officielle du gouvernement camerounais, nous vous livrons ci-dessous l'intégralité de la communication, la nature ayant horreur du vide...
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Monsieur le Premier Secrétaire et cher Camarade,

Mercredi 4 décembre dernier au quartier de Boukhalef, à Tanger un de nos jeunes compatriotes, installé au Maroc depuis 5 ans a trouvé la mort. Ceci à la suite d’une course poursuite avec la police de la ville ainsi que le rapporte le Yassine Lachiri, journaliste à Tanger. Ce troisième meurtre en l’espace de trois mois nous amène à saisir votre parti qui est notre partenaire politique afin d’attirer votre attention, mais aussi celle du parlement marocain et évidemment du gouvernement frère et ami du Royaume du Maroc.
L’immigration est un problème partout dans le monde aujourd’hui et le Cameroun comme le Maroc ne sont pas en reste. Le Maroc est pour beaucoup une porte vers l’Europe et nous comprenons les inquiétudes du Royaume à cet effet. Avec gravité et sincérité, nous voulons vous dire que nous sommes les interprètes d’un Cameroun qui reste attaché à l’amitié séculaire qui unit nos deux peuples et les gouvernants de notre pays et ceux de votre Royaume. Cette longue amitié entre nos peuples ne doit pas être stigmatisée. Aujourd’hui, son inquiétude est réelle, sa cause est profonde et argumentée.
De nombreux hommes d’affaires du Royaume du Maroc sont installés dans notre pays, et au niveau gouvernemental, les autorités camerounaises ont accordé des facilités aux multinationales marocaines notamment dans la gestion et la distribution de l’eau. Nous constatons que les nombreux assassinats et la maltraitance dont sont victimes nos compatriotes font surgir des tensions, plus que détestables. Les réseaux sociaux sont trop souvent devenus les vecteurs d’une violence féroce entre immigrants et population locale voire avec les autorités policières. Nous sommes les premiers à affirmer, pour avoir visité le Maroc à plusieurs reprises, que la société marocaine a progressé ces dernières années en tolérance, mais voici que renaissent des comportements préjudiciables à tous.
Face à cette situation, nous ne pouvons oublier qu’en dehors de vos fonctions à l’Internationale Socialiste où nous avons eu l’honneur de nous rencontrer, vous êtes avocat, défenseur des droits de l’homme et député. Nous ne pouvons donc que vous demander d’agir, car les risques de rupture existent. De nombreux parents camerounais ont leurs enfants dans les grandes écoles et universités marocaines; l’inquiétude est grandissante et cette inquiétude devrait être entendue.
Nous nous inscrivons ici dans le respect de la souveraineté du Royaume du Maroc qui se doit d’appliquer sur son territoire les lois, les siennes, nous ne pouvons donc pas nous ériger en juges. Cependant, les gémissements des parents, les inquiétudes de nos enfants et compatriotes même en situation d’illégalité par rapport à leur statut nous interpellent.

Cher camarade, au moment, où nous rédigeons cette correspondance, les images embarrassantes, insupportables des barques atterrissant sur les plages de Lampedusa avec leurs chargements de « boat people » en provenance de Tunisie, de Libye, et de plus loin encore occupent les écrans de télévision sans fin prévisible. Ce n’est pas du Royaume du Maroc et de son peuple que nous devons entendre cette voix : nous sommes chez nous – Noirs-Africains, mourez ou rentrez chez vous le fusil dans les reins.
Si l’on a quelque honnêteté intellectuelle, de telles situations interdisent tout discours bien-pensant. Nous risquerions-nous alors, comme nous le proposions déjà lors de notre première correspondance, à faire l’éloge de l’hospitalité, voire de cette hospitalité « inconditionnelle » que notre maître et devenu avec les années un ami le philosophe Jacques Derrida, dans des essais désormais célèbres, avait définie comme la forme même de la démocratie, et donc de la politique à venir? Cette hospitalité qui nous demande d’accueillir l’étranger, non seulement comme un « semblable » ou un « frère », mais comme un égal avec qui construire la « maison commune » de nos droits et de nos projets? Eh bien oui, en dépit des difficultés dont nous avons une conscience aiguë comme acteur politique, mais aussi comme intellectuel. Et cela pour trois raisons.

Premièrement, l’appel à une hospitalité inconditionnée doit certes exercer une influence, et même une contrainte sur les États. Mais il ne s’adresse pas à eux. Des États, qui gèrent (fort mal) les flux de population, les codes de nationalité, les polices des frontières, nous n’attendons rien de tel. Non seulement parce qu’ils n’en sont pas capables, mais parce que telle n’est pas leur fonction. Cela ne veut pas dire que nous les déchargions de leur responsabilité dans le déchaînement d’un manque d’hospitalité généralisé qui - surtout pour les plus démunis - affecte désormais la circulation et la condition des hommes dans le monde. Au contraire, au nom du principe d’hospitalité et de l’inconditionnalité qu’il comporte, nous exigeons des États qu’ils créent les conditions, autant qu’ils le peuvent, d’une circulation des habitants de la planète, convenablement « réglementée » ou, mieux, organisée avec le concours de tous ceux qu’elle concerne, mais essentiellement libre. Et, pour cela, qu’ils cessent d’instrumentaliser les peurs et les xénophobies, mais exposent à la discussion les vraies dimensions économiques, culturelles ou démographiques de la migration, les changements qu’elle induit, les problèmes qu’elle pose et les bénéfices mutuels qu’elle comporte.
Deuxièmement, un tel appel ne s’adresse pas non plus aux personnes qui nous entourent, mais pour une raison inverse : c’est qu’elles n’ont pas besoin qu’on les exhorte à ce qu’elles font déjà, et dont elles nous enseignent à la fois l’urgence, la valeur, et la difficulté. L’hospitalité inconditionnelle, c’est la solidarité, c’est l’hébergement, les secours, l’écoute, la connaissance qui brisent l’isolement des étrangers sur le territoire national, et particulièrement de ceux qui s’y trouvent en situation de précarité, d’illégalité ou d’exclusion, en raison de la contradiction violente entre les nécessités de leur existence et le pouvoir des intérêts dominants. Mais beaucoup d’entre nous, en terre africaine, avons oublié à cet égard les enseignements de notre histoire, et de nos textes fondateurs. Nous avons déchu par rapport à d’autres civilisations à qui nous ne nous privons pas de donner des leçons.

Enfin, la résistance au manque d’hospitalité importe à notre citoyenneté : nous voulons parler de cette citoyenneté active, collectivement instituée, qui ne se réduit jamais à l’obéissance aux gouvernements, mais ne se réfugie pas pour autant dans l’irresponsabilité politique. Faute d’hospitalité, les étrangers (ou certains d’entre eux, en quelque sorte « plus étranges » que d’autres) sont traités comme des ennemis redoutables, indésirables et haïssables. Cette perversion de l’appartenance ne renforce pas les États et ne préserve pas les nations. Au contraire, elle les délégitime et les déstabilise. Elle instaure un état d’exception permanent qui s’apparente à une guerre civile mondialisée. Elle annonce des catastrophes qui ne seront plus seulement « humanitaires ».
Faute d’hospitalité, les citoyens d’ici et les citoyens d’ailleurs (par exemple ceux du Cameroun et ceux du Maroc), entre lesquels se dresse un mur de ségrégation et de préjugés, sont privés des moyens de penser leurs intérêts communs (travail, emploi, création, environnement, éducation...) et de régler leurs différends (qu’ils datent d’hier ou d’aujourd’hui). Personne ne peut croire que les intérêts s’harmoniseront spontanément, mais personne ne doit, non plus, prétendre sans débat qu’ils soient inconciliables. Faute d’hospitalité, les populations ne sont que des « variables d’ajustement » pour l’économie de marché ou des « races », servant de boucs émissaires en temps de crise. Ce ne sont pas des peuples, au sens historique, culturel et démocratique du terme. Faire l’éloge de l’hospitalité, et la pratiquer en dépit de tout, ce n’est donc pas se réfugier dans le moralisme ou, comme disent certains, dans « l’angélisme », mais c’est travailler sans relâche, en tant que citoyens de certains États et du monde, à faire en sorte que l’inconditionnel, qui est tout simplement l’humain, entre dans la réalité. C’est faire de la politique, et recréer la politique.

Monsieur le Premier secrétaire et cher camarade, comme social-démocrate, nous estimons qu’il est de bon ton de vous saisir, comme élu de la Nation. Oui, votre combat est au Parlement, mais comme leader socialiste vous avez le devoir de sensibiliser. Les parents et nos enfants ont besoin d’être rassurés. Réconciliez nos peuples!
Dr Vincent-Sosthène FOUDA
Président du M.C.P.S.D

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Melilla-Maroc, une frontière qui broie les hommes



euronews,09/12/2013

 Melilla-Maroc, une frontière qui broie les hommesLe 20 novembre dernier, la Garde civile espagnole repère comme souvent, une coulée humaine à flanc de montagne au Maroc : près d’un millier de clandestins tentent de prendre d’assaut la frontière avec l’enclave espagnole de Melilla. C’est l’une des opérations menées régulièrement par ces migrants qui après avoir été refoulés par les forces de sécurité, se cachent côté marocain dans les hauteurs du mont Gurugu qui surplombe Melilla. Nous partons à leur rencontre, sans autorisation. Il nous faut être discrets pour ne pas attirer l’attention de la police marocaine qui sillonne la zone. “Les policiers en civil sont partout,” nous dit un migrant, “ils nous attendent.”
Venus du Mali, du Cameroun, de Côte d’Ivoire ou encore du Niger, certains sont là depuis des années. Beaucoup ont été blessés lors de leurs nombreuses tentatives pour passer la frontière. Ils survivent grâce à la charité des habitants des villages alentour. Mais ils sont prêts à tout pour réaliser leur rêve. “Ce n’est pas facile,” confie l’un d’eux qui vient du Cameroun, Claude Guillaume Dibonde, “on nous arrête lors des tentatives pour entrer, on nous frappe, on vit dans une telle misère, ce n’est pas facile pour un être humain de vivre comme on vit,” poursuit-il, “on est obligé de le faire, on ne peut plus faire marche arrière parce qu’on a laissé tant de personnes dans la misère pour venir chercher le Bien. Il faut qu’on essaie, on remet tout cela dans les mains des ténèbres,” lance-t-il.
Son compagnon d’infortune, Toure Lassina, originaire de Côte-d’Ivoire, estime qu’“il faut risquer les choses ; si je ne rentre pas, mes cheveux vont blanchir ici, je suis obligé de rentrer en Europe,” insiste-t-il, “l’Europe est la seule chose qui peut changer ma vie actuellement.”

Le groupe s‘éclipse rapidement. Après ces interviews, nous devons repartir sans avoir pu monter jusqu’au campement des clandestins en haut de la colline ; la police marocaine est sur le qui-vive et la situation est de plus en plus risquée pour eux. Quelques minutes plus tard, nous croisons une patrouille que nous voyons pourchasser, puis arrêter brutalement plusieurs clandestins. Impossible d’intervenir ou de filmer sans risquer de se voir confisquer notre matériel. Nous prenons quelques images avec un téléphone portable.
Ce minuscule territoire de 12 km², Melilla, avec l’enclave voisine de Ceuta, est le seul point de passage terrestre entre l’Afrique et l’Europe. Une frontière protégée par une triple barrière de sept mètres de hauteur, largement financée par l’Union européenne qui s‘étend sur une dizaine de kilomètres. L’ajout de barbelés truffés de lames de rasoir au sommet du grillage doit rendre ce mur rempli de capteurs, de radars et de caméras, toujours plus infranchissable.
Le 17 septembre dernier, des centaines de clandestins étaient parvenus à passer par-dessus lors d’un assaut spectaculaire. Beaucoup avaient été arrêtés et renvoyés au Maroc par la Garde civile. Une centaine d’entre eux étaient arrivés jusqu’au centre de rétention temporaire des migrants de Melilla, le CETI. Ce site prévu pour quelque 500 personnes en accueille près du double. Tout migrant qui parvient à Melilla doit en théorie y être envoyé par la Garde civile. Sekou Traore et plusieurs de ses amis venant de Guinée-Conakry sont arrivés le 5 novembre. Il nous raconte comment l’un d’eux n’a pas réussi à passer la barrière. “Le gars est monté un peu, il n’a pas réussi à atteindre le sommet, il est tombé, c’est là-bas qu’il est décédé,” raconte-t-il. “Sur les plus de 320 personnes qui ont tenté de passer la barrière, 120 sont rentrés ici et la Garde civile a déjà fait sortir plus de 34 personnes,” précise-t-il.
Hilaire Fomezou, migrant en provenance du Cameron, nous explique lui avoir passé deux ans à Gurugu : “j’ai vu ce que c’est que la souffrance, j’ai mangé presque n’importe quoi, j’ai fouillé les poubelles pour me trouver de quoi manger. Donc aujourd’hui, quand je suis en train de parler, j’ai mal,” poursuit-il. “Je pense à mes frères qui sont de l’autre côté, merci seigneur si je suis là ! Je suis bien traité,” dit-il. “Je promets à ma famille, à mes amis de me battre pour eux, je vais tout donner quelle que soit la douleur qu’il faudra supporter de ce côté pour assurer mon avenir et celui de mes enfants,” assure-t-il.
Nous rencontrons un migrant provenant du Mali, il nous dit avoir fui la guerre : “je suis orphelin de père et de mère, j’ai juste une petite soeur qui me suit, puis le frère que j’avais est mort pendant les massacres,” raconte-t-il, “je suis parti comme un sacrifié, je n’ai pas peur de la mort : pour l’Europe, je n’ai pas peur de mourir.”

Quand ils ne passent pas par la barrière ou par la mer, certains tentent leur chance via la frontière de Beni-Ensar où quelque 30.000 personnes font chaque jour l’aller-retour entre le Maroc et Melilla. Les véhicules sont passés au peigne fin. Il y a même des capteurs qui décèlent la respiration humaine. Tous les moyens sont bons pour tenter de passer comme des migrants qui se cachent sous la carrosserie des voitures au péril de leur vie.
Pour le représentant du gouvernement espagnol à Melilla, l’Europe doit mieux coordonner sa politique d’immigration : “je voudrais que l’Europe s’implique plus dans le contrôle, non pas de la frontière entre le Maroc et l’Espagne, mais de la frontière entre le Maroc et l’Europe que constituent Ceuta et Melilla,” déclare Abdelmalik el Barkani. “C’est également nécessaire de coopérer beaucoup plus avec les pays d’origine et avant tout,” ajoute-t-il, “de faire face une fois pour toutes aux mafias.”
Militant des droits de l’Homme le plus connu de Melilla, le président de l’ONG Prodein José Palazon fustige quant-à-lui la surenchère sécuritaire. “Je crois que la politique européenne d’immigration est un désastre total,” dénonce-t-il. “Cela ne sert à rien sauf à provoquer de la souffrance et des morts : on a des barbelés entre autres, mais on peut mettre toujours plus d’obstacles contre les immigrants, ils continuent à passer,” estime-t-il. “On parle beaucoup de mafia,” fait-il remarquer, “mais ce qui arrive, c’est qu’on fait monter le prix qu’il faut payer pour entrer et donc, loin d’en finir avec le problème de l’immigration, on est en train de le promouvoir.”
Le lendemain, nous retrouvons plusieurs de ceux que nous avons rencontré au CETI. Ils sont venus se faire enregistrer au commissariat central de Melilla. Une étape préalable, espèrent-ils, à un départ vers la péninsule ou un autre pays d’Europe. Nous croisons Franklin Diko qui vient du Gabon : “on attend sous la pluie depuis une heure et demi maintenant, simplement pour obtenir un laissez-passer pour Madrid ou Barcelone, on ne sait pas si on va pouvoir partir ce matin,” dit-il, “on prie Dieu pour qu’il fasse quelque chose pour nous ; s’il vous plaît,” implore-t-il, “l’Union européenne peut nous aider, on souffre.”
Sous la pluie battante, tous nous demandent de venir en aide à leurs camarades restés dans la forêt de Gurugu. Nous décidons de leur rendre une autre visite. Ils nous montrent l’une des caves où ils dorment dans la pluie et le froid. Certains ont tenté de franchir la barrière la nuit même, sans succès. D’autres ont été arrêtés. Le découragement les gagne. “On ne vient pas ici parce qu’on aime trop l’Europe, on veut juste chercher quelque chose pour aider notre famille,” assure Andrew Kamaha, du Gabon. “Je ne pars pas pour rester 20 ans en Europe ! Si je peux trouver des fonds pour rentrer chez moi et faire du commerce, je vais le faire,” explique-t-il, “l’Europe peut me donner une nouvelle chance dans ma vie parce que là, j’ai zéro chance. L’Europe,” dit-il, “reconnaît les droits de l’Homme, même s’il y a du racisme ; nous, on peut supporter cela, ici on a tout vu, on nous a craché dessus, on nous a tout fait. Tout ce que je veux, c’est réussir ma vie,” conclut-il. Ronni Abas, également originaire du Gabon, veut lui lancer un message : “vraiment, on a besoin d’aide ! Nous, on pleure, on prie beaucoup et on se demande qui viendra nous sauver un jour, mais on ne sait pas.”
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Il y a 7 ans : LA TRAGEDIE D'ANFGOU : Des amazighes enterrés vivants...Et depuis ?

LA TRAGEDIE D'ANFGOU : Des amazighes enterrés vivants

Par : Moha Moukhlis



ANFGOU(1). Petit hameau ignoré par les scribes de la Qaraouine, encastré au coeur des gigantesques montagnes du Haut Atlas Oriental. Un village que cerne le Parc national où le mouflon et le phacochère mènent une vie paisible, sous haute protection. Un village synonyme d'une tragédie : une trentaine de mort dont le dernier est décédés le 27 janvier 2007. Anfgou pleure ses morts et la désolation règne sur tout le village. 

 Une communauté amazighes de 3000 âmes y vit, des résistants ou descendants de résistants qui ont participé à la bataille de Tazizawt dont le site est situé à une trentaine de kilomètres d'Anfgou, près de douar d'Aghddou. Des résistants qui ont tenu tête à l'arsenal militaire français sur le plateau de Hamdoun, sur le mont Baddou et qui ont pris part à la bataille de Bougaffer. Il s'agit des Ayt Amer n Ounfgou. Une fraction de la tribu des Ayt Hdiddou qui fait partie de la confédération des Ayt Yafelmane.
Une communauté de braves oubliés par le Makhzen et par nos respectables « députés de la nation » qui mènent une vie d'aisance dans leurs villa calfeutrées et chauffées à Rabat. Des députés et un parlement « national » qui a lu la fatiha après la pendaison du tyran arabiste Saddam et qui n'a pas jugé utile de lire la fatiha sur les morts d'Anfgou. Ignorés et oubliés par tous les amazighes « citadinisés » qui regardent TV5, ARTE ou Al Jazira. Une population qui vivote, qui survit grâce à une agriculture vivrière et son cheptel. Des amazighes dont ne parle pas le « doyen » des journalistes marocains, un certain Mustapha El Alaoui, car ils lui rappellent les « apaches » et les « putschistes ». Une population livrée à elle-même, dans l'Etat de droit de la « nouvelle ère ».

 
L'Etat préfère colmater les murailles de la qaraouine et les vielles ruelles où habitaient les arabo-andalous que de porter secours à des citoyens en plein désarroi. L'Etat préfère « importer » des artistes qui sentent la pouffiasse et leur ouvrir les écrans des médias publics que de se soucier des malades d'Anfgou et de ses environs. Car, si la tragédie à touché directement Anfgou, d'autres localités vivent dans les mêmes conditions : ANMZI, AGOUDDIM, AGHDDOU, TIRGHIST.Toutes situées sur la route, je veux dire la piste, qui relie Anfgou et Tounfit. La population vit sous l'emprise des autorité du Ministère de l'intérieur : on se croirait en zone militaire. Les caids et autres khalifa se comporteraient comme des cow boy sur un territoire « pacifié ».
Pour accéder à Anfgou, quand les conditions météorologiques sont clémentes, il faut emprunter la route qui mène de Rabat à Errchaidia. Arrivé à Zaida (20 kilomètres avant Midelt), vous tournez à droite. Après une vingtaine de kilomètre, virer à gauche et traverser Boumia vers Tounfit. A Tounfit, renseignez-vous bien. La route est parsemé de dangers : verglas, crues, éboulements, froid. Quatre heures, minimum, sont nécessaire pour aller de Tounfit à Anfgou (environ 80 kilomètres), en passant par Taoudit, Agouddim et Anmzi. Une piste dangereuse que n'empruntent que les véhicules solides : les camions et les 4/4.  Sur le chemin, la peur vous prend par les tripes. Au froid glacial, qui peut atteindre moins 10° le jour, se conjuguent les innombrables ravins qui vous donnent le vertige.
Par moments, vous ne pouvez vous empêcher de vous demander si votre destination existe réellement. Stoïque vous continuez à slalomer sur un sentier aux abords incertains. La rivière vous guette à chaque virage. De temps à autres vous croisez des hommes ou de femmes à dos de mulet qui vous dévisagent et dont le regard semble vous dissuader de continuer la route. Des hommes ou des femmes qui se déplacent de Tirghist, Aghddou, Anfgou ou Anmzi, traversent la piste pour arriver au seul souk hebdomadaire qui se tient tous les dimanche à Tounfit. Il faut dire que le déplacement à dos de mulet est plus sûr et plus rapide que le voyage par camion. Car sur un camion, vous voyagez avec le bétail et les vivres et les risques sont énormes. Imaginez un bovin ou un mouton qui vous charge !
Après un voyage homérique, vous arrivez à Anfgou. Hameau adossé au bas de la montagne. Des dizaines d'enfants se ruent vers vote véhicule, pieds nus, les cheveux hirsutes et le regard interrogateur. Ils vous guident pour traverser la rivière et vous diriger vers les ères de battage. Espace où l'assemblée de la tribu vous attend. Une dizaine d'hommes emmitouflés dans des burnous de laine blanche veillent à ce que la distribution des dons soit équitable. Chacun des 260 foyers qui composent la fraction aura sa part. Les décisions sont prises collectivement auparavant et sont rigoureusement respectées.
Quelques heures plus tard, vous retrouvez le chemin du retour. Une véritable épreuve. A Tounfit, au contact des premiers rudiments de la « civilisation », vous restez étourdi. Vous avez l'impression de sortir d'un cauchemar. Tellement les disparités entre votre monde et celui de la population d'Anfgou sont énormes que vous vous demandez si vous vivez dans le même pays qu'elle.
Aujourd'hui, des enfants continuent à mourir à Anfgou. La réaction médiatisée de l'Etat ne fut qu'un feu d'artifice. Seules les ONG continuent à acheminer l'aide. La population est soulagée momentanément, mais son calvaire reprendra dès les prochaines chutes de pluie et de neige. Le problème principal, c'est la route et le droit d'exploiter la forêt, unique ressource spoliée par l'Etat et des élus corrompus. Toute autre solution relèverait du replâtrage. A Anfgou, la population vit sous une forme de colonisation aux couleurs nationales. Sa forêt ne lui appartient plus. Plus d'une vingtaine de coupes arrivent quotidiennement dans les grandes villes alors que la population d'Anfgou est obligée d'acheter les poutres pour les toits des maisons. Avec quels moyens ?
Sous prétexte que la « mystérieuse maladie » d'Anfgou est « contagieuse », les autorités à Tounfit demandent aux ONG de débarquer leurs dons. Les autorités se chargeront de les distribuer aux douars ! Les populations de Tounfit et ses communes organisent des marches de protestation et demandent : une visite royale*, la construction des routes, le droit d'exploiter la forêt et la traduction en justice des responsables des communes. 

Ils n'ont pas besoin de denrées alimentaires. Ils ont de quoi vivre et travaillent pour assurer leurs besoins. Ce qu'ils réclament, c'est la justice. Un vieux des Aït Amer d'Anfgou dit : « nous amazighes, la faim ne nous tuera pas. Seul des balles peuvent mettre fin à notre existence. A méditer.

(1) ANFGOU : toponyme amazighe, dérivé du nom « AFGOU », qui signifie le cri poussé par la chouette pour mobiliser le lièvre et attaquer. On dit, da tkkat afgou (elle pousse son cri). Dans un vers de poésie amazighe, on retrouve le vocable « afgou », qui signifie le cri :
-Id afgou a gha s utgh mad ism nnes ayd as qqargh i wenna righ ad id iffgh ixamn.


Voir une video, faite par un journaliste marocain, de ce désastre

Auteur: Moha Moukhlis
Date : 2007-02-15
http://www.amazighworld.org/human_rights/index_show.php?id=958
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* Il y a eu une visite du roi (arrivé en hélicoptère, pas par la route.) Il a fait de grandes promesses auxquelles les montagnards ont cru, suivies de peu de réalisations : une portion de route, un dispensaire sans personnel ni médicaments. Il y a encore des morts, chaque hiver, pas par la "mystérieuse maladie", mais de froid, de trop de difficultés pour atteindre le lieu de résidence d'un médecin. Ce sont toujours les ONG qui apportent de quoi tenir le temps du plus dur de l’hiver. L'Etat se désintéresse toujours de ce bout de Maroc considéré comme vraiment inutile ! NDLR

mercredi 11 décembre 2013

Gard : battues,trois femmes maghrébines déposent plainte et sont expulsées

Par LAURE DUCOS,11/12/2013
 
Apeurées, elles ne sont pas encore prêtes à lever le voile et préfèrent l’anonymat.
Apeurées, elles ne sont pas encore prêtes à lever le voile et préfèrent l’anonymat. (L. D.) 
 
Trois Gardoises mariées à des Français ont reçu une obligation de quitter le territoire après avoir averti la police des sévices qu’elles subissaient. Explications.
Le rendez-vous est pris. À la nuit tombante, dans un lieu tenu secret, trois femmes d’une beauté pleine de dignité s’avancent, collées les unes aux autres. Chaque mot qui sera alors prononcé sera pesé, empli de méfiance. Elles sont terrorisées. Et vivent en permanence cachées, dans la peur. Nadia, Layane et Sherazade (1) ne se connaissaient pas, mais aujourd’hui, ces femmes vivant dans le Gard sont plus que jamais liées par leur histoire : battues pendant des mois, voire des années, elles ont porté plainte contre leur mari pour violences conjugales et se retrouvent à cause de cela dans une situation ubuesque.

La rage d’obtenir un semblant de justice
La préfecture leur a signalé leur obligation de quitter le territoire juste parce qu’elles ont quitté leur bourreau (2), au motif qu’elles n’ont ni enfant et qu’elles ont rompu la vie commune. Trois femmes courageuses, qui oscillent entre désespoir, larmes mais aussi la rage d’obtenir un semblant de justice. Trois femmes qui, par leur obstination, forcent le respect. Trois parcours quelque peu différents, avec la même issue.

"Je ne savais pas que ce n’était pas normal"
Sherazade n’a pas 30 ans. Les larmes aux yeux, elle raconte son calvaire au quotidien avec ce Français venu "l’acheter" dans son pays. "Il était très âgé et très riche. Mes parents ont cru que je serai bien avec lui, en France." Mais à son arrivée dans la maison gardoise, "après le déchirement d’avoir quitté les miens", la toute jeune femme comprend très vite ce qu’elle va devoir endurer, et ce pendant des années.
"J’étais comme son esclave. J’avais l’impression d’être mariée avec mon grand-père. Je ne peux pas dire tout ce qu’il m’a fait subir, les insultes racistes me faisant comprendre que je n’étais rien, les coups, les objets jetés sur mon visage et surtout les sévices sexuels que je devais accepter." Ne parlant pas le français, elle ne pouvait pas se défendre, même avec des mots. "J’ai tout gardé en moi, mes parents ne sont pas au courant et surtout je ne savais pas que ce qu’il faisait n’était pas normal, ni condamné par la loi."

"Je m’en veux de ne pas m’être défendue"
La jeune épouse, interdite de sortir, est (heureusement) tenue de se rendre à des cours de français afin d’obtenir son titre de séjour. "La formatrice m’a aidée, m’a fait comprendre que je pouvais avoir une autre vie. "Par la suite, elle décide de commencer des études. Son époux refuse, la met dehors et porte plainte contre elle pour violences. "Je ne l’ai jamais frappé. Et pourquoi ? Je m’en veux de ne pas m’être défendue." Aujourd’hui, elle vit recluse mais se reconstruit doucement et a même obtenu un travail en CDI.

Nadia, la quadra du groupe, essaie de ne pas trop montrer son émotion. "Le jour où je suis rentrée chez lui, je n’étais plus rien", avoue-t-elle la gorge serrée. Interdite de regarder la télé ou de s’asseoir sur le canapé, elle devait obéir à celui qui avait été si charmant avant leur mariage. "Mais que faire d’autres, à part accepter. Accepter l’humiliation, les coups et tout le reste."

Si elle revient, il la tuera
Un jour, l’homme se lasse, la jette dehors et lui annonce que si elle revient, il la tuera. La première nuit, elle dormira dans la rue, puis elle sera accueillie par une dame avant d’entamer des démarches. "Pour pouvoir bénéficier d’aides, il fallait que je porte plainte." La peur au ventre, elle s’exécute. Elle travaille alors dans le nettoyage jusqu’à la notification de la préfecture.
"J’étais folle de lui" Layane Depuis, elle se terre et malgré une promesse d’embauche en CDI, l’administration ne veut rien entendre. "Pour mes proches, j’aurais dû rester avec lui. Comment prouver ce qu’il se passe dans le huis clos d’une maison."

"J’étais folle de lui. Les coups sont tombés très rapidement"
Contrairement aux deux autres, Layane, la vingtaine, a fait un mariage d’amour, ni forcé, ni arrangé. "J’étais folle de lui, annonce-t-elle, les yeux pétillants. Les coups sont tombés très rapidement. J’ai pardonné maintes fois, à chaque fois..." Jusqu’au jour où la voisine prévient la police. "Il m’a mis dehors et menacée." Après sa plainte, certificats médicaux à l’appui, il la tabassera dans la rue. Mais comme ses consœurs de circonstance, toutes ses dépositions seront classées sans suite. "On est victimes quatre fois : de notre famille, nous ne sommes plus les bienvenues, des coups de nos maris, de la justice, qui a classé les affaires, et de l’administration du pays des droits de l’Homme." Elle aussi est intégrée dans notre société, elle a un CDI et loue même un petit appartement.
"Eux, ils ont été violents, ils ne risquent rien. Nous, nous sommes victimes, voire esclaves, et on a tout risqué. On veut rester en France, rien, ni personne ne nous attendent dans notre pays." Et finalement, en leur envoyant une notification d’expulsion, l’État ne donne-t-il pas raison à ces hommes ? Ces femmes, sans leur mari, ne sont rien et n’ont aucun droit.

L'incroyable hommage musical à Mandela

Nelson Mandela est mort mais l'apartheid est toujours vivant



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Après avoir salué la disparition d'un « dirigeant moral de premier ordre », Benyamin Netanyahou a décidé de ne pas se rendre aux obsèques de Nelson Mandela en raison du coût du voyage. Le motif invoqué est pour le moins surprenant alors que le monde entier rend hommage au héros de la lutte antiapartheid. Le premier ministre israélien s'est-il souvenu que son pays avait entretenu d'étroites relations économiques et militaires avec le régime blanc de l'Afrique du Sud ? L'un de ses proches lui a-t-il rappelé que Nelson Mandela avait affirmé le 4 décembre 1997 que « notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens » ?

A-t-il eu peur d'être montré du doigt comme le propagateur d'un système d'exclusion et de ségrégation qui, par de nombreux côtés, s'apparente à celui qui a prévalu en Afrique du Sud jusqu'en juin 1991, date à laquelle les quatre principaux piliers de l'apartheid ont été abolis ? Une aberration contre laquelle Nelson Mandela s'est battu avec un acharnement constant ? La question mérite d'être posée. Nelson Mandela est mort, mais l'apartheid vit toujours sous une forme non codifiée, non légalisée mais bien réelle, notamment en Israël. Un apartheid masqué, rampant, une mis à l'écart. Beaucoup pensent que l'utilisation du terme « apartheid » est exagérée voire outrageante pour l'Etat juif, mais ils oublient que l'apartheid prend des formes diverses héritées de la domination d'un groupe sur un autre ou sur plusieurs autres et aboutit à l'exclusion, la marginalisation, voire l'expulsion. L'apartheid n'est pas seulement le produit de l'occupation, il est le corollaire de la colonisation et de la volonté de se débarrasser d'un groupe de population en le cantonnant dans des endroits spécifiques ou des bantoustans afin de faire de la place à un autre groupe. Écarter ou cantonner les Palestiniens pour laisser le champ libre à la communauté juive. N'est-ce pas la définition qui en a été donnée par l'ONU en 1973 dans sa résolution 3068 qui décidait que « le crime d'apartheid désigne les actes inhumains commis en vue d'instituer ou d'entretenir la domination d'un groupe racial d'être humains sur n'importe quel autre groupe racial d'êtres humains et d'opprimer systématiquement celui-ci ». Qui peut nier qu'il ne s'agit pas d'une réalité en Israël actuellement ? Depuis des années, les dirigeants occidentaux exigent régulièrement qu'il soit mis fin à la colonisation, aux destructions des maisons palestiniennes, aux brutalités de l'armée, à la fin du blocus de Gaza, à la libération des prisonniers politiques sans obtenir le moindre écho des autorités israéliennes.

Chaque semaine ou presque, de nouveaux programmes de logement sont annoncés en Cisjordanie ou à Jérusalem. Chaque semaine ou presque, des Palestiniens sont tués.
Vingt-six depuis le début de l'année. Le dernier en date, le 7 décembre. Il avait quinze ans, tué d'une balle dans le dos à Ramallah. L'avant-dernier, le 30 novembre, un travailleur palestinien en situation irrégulière en Israël, abattu par un garde- frontière. Selon l'ONU, un tiers des blessés au cours de l'année 2013 sont des enfants. La justice militaire vient de clore une enquête en refusant toute poursuite à l'encontre d'un soldat qui avait tué un manifestant en décembre 2011 en tirant une grenade lacrymogène à quelques mètres de son visage. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou poursuit la mise en place du plan Prawer visant à sédentariser les Bédouins du Néguev qui, depuis des temps immémoriaux vivent en nomades, afin de faire de la place aux colons. Naftali Bennett, ministre de l'économie, a proposé, le 8 décembre, d'annexer « la zone où vivent 400 000 colons et seulement 70 000 Arabes ».
Comment faut-il qualifier une telle politique ? Comment appeler les restrictions imposées en zone C (62% de la Cisjordanie) qui, si elles étaient levées, permettraient d'augmenter le PIB de l'Autorité palestinienne de 35% selon la Banque mondiale ? Que faut-il conclure de la toute récente enquête de l'OCDE qui souligne qu'un Arabe sur deux vit sous le seuil de la pauvreté alors que le pourcentage est de un sur cinq pour les Juifs. Depuis 1948, date de la création d'Israël, aucune ville ni village arabe n'ont été construits alors que la population a été multipliée par dix et que 600 municipalités juives ont été créées. Plus d'une trentaine de lois-cadres « discriminant directement ou indirectement les citoyens palestiniens d'Israël » ont été répertoriées par Adalah, une organisation de défense des droits de l'homme. Y a-t-il un terme pour caractériser les 600 kilomètres de routes réservées aux seuls colons en Cisjordanie, la bonne centaine de permis de type différent que doivent posséder les Palestiniens pour pouvoir se déplacer, des infrastructures séparées pour chaque communauté et leur cloisonnement pratiquement intégral ?

Faut-il allonger la liste, donner des détails supplémentaires ? En octobre 1999, lors d'une visite à Gaza, Nelson Mandela avait invité les Palestiniens à ne pas renoncer, à poursuivre la lutte car, comme il l'avait souligné lors de sa libération « notre marche vers la liberté est irréversible. Nous ne pouvons pas laisser la peur l'emporter ». La peur, ce sentiment qui domine la politique israélienne et au nom duquel tout peut se justifier. Mandela l'avait compris. Yitzhak Rabin aussi. Il a été assassiné. Personne ne l'a remplacé. Et si Marwan Barghouti, leader du Fatah, emprisonné depuis onze ans, affirme que « l'apartheid a été vaincu en Afrique du Sud, il ne l'emportera pas en Palestine », on ne voit pas qui, pour le moment, va pouvoir y mettre un terme.
 
Michel Bôle-Richard est l'auteur de Israël : le nouvel apartheid, Edition Les liens qui libèrent, Paris, 2013.