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samedi 21 décembre 2013

RSF dénonce la justice marocaine et la « mafia du cèdre »

Par demainonline, RSF, 20/12/2013

Mohamed Attaoui
Reporters sans frontières déplore vivement la décision de la cour d’appel de Meknès, le 3 décembre 2013, de condamner Mohamed Attaoui, citoyen-journaliste militant de l’Atlas oriental marocain, à un an de prison ferme et à 10 000 dirhams (environ 890 euros) au titre de dommages au profit du demandeur, fonctionnaire de l’Administration des Eaux et Forêts.
“Ce verdict illustre parfaitement la collusion entre les potentats locaux et les juges ainsi que le manque d’indépendance de la justice marocaine, malgré les promesses de réformes annoncées depuis des années par les autorités. Le procès de Monsieur Attaoui devant la cour d’appel a enfreint non seulement les dispositions prévues par la législation marocaine, mais également les normes internationales en matière de procès équitable. Nous demandons au Procureur général d’examiner réellement les requêtes introduites par ses défenseurs, et de revenir sur sa décision de condamner Mohamed Attaoui”, a déclaré l’organisation.
En mars 2010, Mohamed Attaoui, alors correspondant du quotidien arabophone Al-Monataf et président de l’Association Avenir pour le cèdre et le mouflon et fonctionnaire de la commune rurale de Tounfite, avait été condamné à deux ans de prison ferme en première instance par le tribunal de Midelt (Atlas oriental, au sud-est de Rabat), officiellement pour avoir extorqué la somme de 1 000 dirhams (environ 90 euros) – dossier 2080/2010.
Reporters sans frontières avait alors dénoncé cette affaire montée de toutes pièces afin d’empêcher Mohamed Attaoui, citoyen-journaliste actif dans la défense des droits économiques et environnementaux dans une région dont les richesses sont spoliées au dépend de ses habitants, de poursuivre ses investigations sur “la mafia du cèdre” dans sa région. Ce cas avait également été mentionné dans un rapport d’enquête publié en juin 2010 (Des enquêtes à hauts risques, déforestation et pollutions).
El Mostafa Ramid, ministre de l'injustice et du peu de libertés (Photo DR)
El Mostafa Ramid, ministre de l’injustice et du peu de libertés (Photo DR)
Le 22 mars 2010, Mohamed Attaoui avait déposé une plainte pour “rapt et séquestration” et “contrefaçon de documents officiels” contre un fonctionnaire des Eaux et forêts et trois gendarmes auprès du Procureur général à la Cour d’appel de Meknès. Malgré l’existence de témoins et d’éléments circonstanciés, la plainte avait été classée sans suite le 24 juin 2010. Dans un courrier adressé le 10 octobre 2012 au ministre de la Justice, Mustafa Ramid, et resté sans réponse, Reporters sans frontières avait souligné que les tentatives de réactiver la plainte avaient été vouées à l’échec. L’organisation avait également déploré “les actes d’intimidation et la stratégie de réduire au silence ce journaliste, dans l’impunité la plus totale”, contraires aux engagements internationaux du Maroc, et demandé “l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale”. Après près de vint-cinq reports d’audience, la cour d’appel a tranché. Le 3 décembre 2013, le juge a confirmé le jugement de première instance sur son principe, en retenant les charges d’“extorsion de fonds sous la menace” à l’encontre de Mohamed Attaoui, tout en réduisant la peine.
D’après les informations recueillies par Reporters sans frontières, la procédure devant la cour d’appel n’a pas respecté les règles d’un procès équitable, constituant une atteinte flagrante aux garanties de la procédure pénale. Le tribunal a en effet décidé de mettre l’affaire en délibéré en l’absence de l’avocat de Mohamed Attaoui, et ce malgré une demande expresse de renvoi, le privant ainsi de moyens de défense adéquates. Et la vidéo fournie par Monsieur Attaoui n’a pas été visionnée, et les témoins de la défense n’ont pas été auditionnés. Contacté par Reporters sans frontières, Mohamed Attaoui a exprimé son intention de se pourvoir en cassation.
En représailles de ces actions dénonçant les abus et les passe-droits de certains potentats locaux, intentées contre le Président de la Commune rurale de Tounfite, Mohamed Attaoui a été suspendu le 1er septembre 2012 de ses fonctions de technicien assermenté agréé par la commune rurale de Tounfite chargé de contrôler les infractions des normes de constructions, sur arrêté du Président de la localité (n°70/2012).
Cet arrêté a été annulé par le tribunal administratif de Meknès le 31 octobre 2013 par son jugement en annulation 1008/1912/2013, dossier 118/1912/2013.Le Président de la Commune rurale de Tounfite a un mois pour faire appel de cette décision.
Monsieur Attaoui est citoyen-journaliste, actif dans la défense des droits économiques et environnementaux dans une région dont les richesses sont spoliées au dépend de ses habitants.
RSF
URL courte: http://www.demainonline.com/?p=28629http://www.demainonline.com/?p=28629

jeudi 12 décembre 2013

Il y a 7 ans : LA TRAGEDIE D'ANFGOU : Des amazighes enterrés vivants...Et depuis ?

LA TRAGEDIE D'ANFGOU : Des amazighes enterrés vivants

Par : Moha Moukhlis



ANFGOU(1). Petit hameau ignoré par les scribes de la Qaraouine, encastré au coeur des gigantesques montagnes du Haut Atlas Oriental. Un village que cerne le Parc national où le mouflon et le phacochère mènent une vie paisible, sous haute protection. Un village synonyme d'une tragédie : une trentaine de mort dont le dernier est décédés le 27 janvier 2007. Anfgou pleure ses morts et la désolation règne sur tout le village. 

 Une communauté amazighes de 3000 âmes y vit, des résistants ou descendants de résistants qui ont participé à la bataille de Tazizawt dont le site est situé à une trentaine de kilomètres d'Anfgou, près de douar d'Aghddou. Des résistants qui ont tenu tête à l'arsenal militaire français sur le plateau de Hamdoun, sur le mont Baddou et qui ont pris part à la bataille de Bougaffer. Il s'agit des Ayt Amer n Ounfgou. Une fraction de la tribu des Ayt Hdiddou qui fait partie de la confédération des Ayt Yafelmane.
Une communauté de braves oubliés par le Makhzen et par nos respectables « députés de la nation » qui mènent une vie d'aisance dans leurs villa calfeutrées et chauffées à Rabat. Des députés et un parlement « national » qui a lu la fatiha après la pendaison du tyran arabiste Saddam et qui n'a pas jugé utile de lire la fatiha sur les morts d'Anfgou. Ignorés et oubliés par tous les amazighes « citadinisés » qui regardent TV5, ARTE ou Al Jazira. Une population qui vivote, qui survit grâce à une agriculture vivrière et son cheptel. Des amazighes dont ne parle pas le « doyen » des journalistes marocains, un certain Mustapha El Alaoui, car ils lui rappellent les « apaches » et les « putschistes ». Une population livrée à elle-même, dans l'Etat de droit de la « nouvelle ère ».

 
L'Etat préfère colmater les murailles de la qaraouine et les vielles ruelles où habitaient les arabo-andalous que de porter secours à des citoyens en plein désarroi. L'Etat préfère « importer » des artistes qui sentent la pouffiasse et leur ouvrir les écrans des médias publics que de se soucier des malades d'Anfgou et de ses environs. Car, si la tragédie à touché directement Anfgou, d'autres localités vivent dans les mêmes conditions : ANMZI, AGOUDDIM, AGHDDOU, TIRGHIST.Toutes situées sur la route, je veux dire la piste, qui relie Anfgou et Tounfit. La population vit sous l'emprise des autorité du Ministère de l'intérieur : on se croirait en zone militaire. Les caids et autres khalifa se comporteraient comme des cow boy sur un territoire « pacifié ».
Pour accéder à Anfgou, quand les conditions météorologiques sont clémentes, il faut emprunter la route qui mène de Rabat à Errchaidia. Arrivé à Zaida (20 kilomètres avant Midelt), vous tournez à droite. Après une vingtaine de kilomètre, virer à gauche et traverser Boumia vers Tounfit. A Tounfit, renseignez-vous bien. La route est parsemé de dangers : verglas, crues, éboulements, froid. Quatre heures, minimum, sont nécessaire pour aller de Tounfit à Anfgou (environ 80 kilomètres), en passant par Taoudit, Agouddim et Anmzi. Une piste dangereuse que n'empruntent que les véhicules solides : les camions et les 4/4.  Sur le chemin, la peur vous prend par les tripes. Au froid glacial, qui peut atteindre moins 10° le jour, se conjuguent les innombrables ravins qui vous donnent le vertige.
Par moments, vous ne pouvez vous empêcher de vous demander si votre destination existe réellement. Stoïque vous continuez à slalomer sur un sentier aux abords incertains. La rivière vous guette à chaque virage. De temps à autres vous croisez des hommes ou de femmes à dos de mulet qui vous dévisagent et dont le regard semble vous dissuader de continuer la route. Des hommes ou des femmes qui se déplacent de Tirghist, Aghddou, Anfgou ou Anmzi, traversent la piste pour arriver au seul souk hebdomadaire qui se tient tous les dimanche à Tounfit. Il faut dire que le déplacement à dos de mulet est plus sûr et plus rapide que le voyage par camion. Car sur un camion, vous voyagez avec le bétail et les vivres et les risques sont énormes. Imaginez un bovin ou un mouton qui vous charge !
Après un voyage homérique, vous arrivez à Anfgou. Hameau adossé au bas de la montagne. Des dizaines d'enfants se ruent vers vote véhicule, pieds nus, les cheveux hirsutes et le regard interrogateur. Ils vous guident pour traverser la rivière et vous diriger vers les ères de battage. Espace où l'assemblée de la tribu vous attend. Une dizaine d'hommes emmitouflés dans des burnous de laine blanche veillent à ce que la distribution des dons soit équitable. Chacun des 260 foyers qui composent la fraction aura sa part. Les décisions sont prises collectivement auparavant et sont rigoureusement respectées.
Quelques heures plus tard, vous retrouvez le chemin du retour. Une véritable épreuve. A Tounfit, au contact des premiers rudiments de la « civilisation », vous restez étourdi. Vous avez l'impression de sortir d'un cauchemar. Tellement les disparités entre votre monde et celui de la population d'Anfgou sont énormes que vous vous demandez si vous vivez dans le même pays qu'elle.
Aujourd'hui, des enfants continuent à mourir à Anfgou. La réaction médiatisée de l'Etat ne fut qu'un feu d'artifice. Seules les ONG continuent à acheminer l'aide. La population est soulagée momentanément, mais son calvaire reprendra dès les prochaines chutes de pluie et de neige. Le problème principal, c'est la route et le droit d'exploiter la forêt, unique ressource spoliée par l'Etat et des élus corrompus. Toute autre solution relèverait du replâtrage. A Anfgou, la population vit sous une forme de colonisation aux couleurs nationales. Sa forêt ne lui appartient plus. Plus d'une vingtaine de coupes arrivent quotidiennement dans les grandes villes alors que la population d'Anfgou est obligée d'acheter les poutres pour les toits des maisons. Avec quels moyens ?
Sous prétexte que la « mystérieuse maladie » d'Anfgou est « contagieuse », les autorités à Tounfit demandent aux ONG de débarquer leurs dons. Les autorités se chargeront de les distribuer aux douars ! Les populations de Tounfit et ses communes organisent des marches de protestation et demandent : une visite royale*, la construction des routes, le droit d'exploiter la forêt et la traduction en justice des responsables des communes. 

Ils n'ont pas besoin de denrées alimentaires. Ils ont de quoi vivre et travaillent pour assurer leurs besoins. Ce qu'ils réclament, c'est la justice. Un vieux des Aït Amer d'Anfgou dit : « nous amazighes, la faim ne nous tuera pas. Seul des balles peuvent mettre fin à notre existence. A méditer.

(1) ANFGOU : toponyme amazighe, dérivé du nom « AFGOU », qui signifie le cri poussé par la chouette pour mobiliser le lièvre et attaquer. On dit, da tkkat afgou (elle pousse son cri). Dans un vers de poésie amazighe, on retrouve le vocable « afgou », qui signifie le cri :
-Id afgou a gha s utgh mad ism nnes ayd as qqargh i wenna righ ad id iffgh ixamn.


Voir une video, faite par un journaliste marocain, de ce désastre

Auteur: Moha Moukhlis
Date : 2007-02-15
http://www.amazighworld.org/human_rights/index_show.php?id=958
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* Il y a eu une visite du roi (arrivé en hélicoptère, pas par la route.) Il a fait de grandes promesses auxquelles les montagnards ont cru, suivies de peu de réalisations : une portion de route, un dispensaire sans personnel ni médicaments. Il y a encore des morts, chaque hiver, pas par la "mystérieuse maladie", mais de froid, de trop de difficultés pour atteindre le lieu de résidence d'un médecin. Ce sont toujours les ONG qui apportent de quoi tenir le temps du plus dur de l’hiver. L'Etat se désintéresse toujours de ce bout de Maroc considéré comme vraiment inutile ! NDLR

jeudi 25 juillet 2013

Cédraie: silence, on coupe !





Chaque nuit, depuis plusieurs jours déjà, le rythme et les nombres d’abattages clandestins de cèdres centenaires se sont multipliés. L’impunité dans laquelle se font ces abattages a grandi. Les forestiers les plus courageux et les plus déterminés quand à eux, réfléchissent à deux fois avant de « s’interposer » pour essayer d’arrêter l’hémorragie.

Ces agents qui sont armés sans permissions de port d’armes, qui risquent leurs vie à chaque intervention sans pour autant avoir d’indemnités de risques, qui sont appelés à « réagir » de nuit comme de jour alors qu’ils sont considérés comme de simples fonctionnaires, n’ont plus la motivation pour risquer leurs vies comme avant.
Pas par peur, non. Ça n’a jamais été un problème. Pas par paresse, non. On ne devient pas forestier quand on est paresseux. Mais plutôt par crainte du déshonneur. Car aux risques du métier, au manque de moyens et aux conditions difficiles s’est ajouté le risque…d’aller en prison. c’est la goutte qui fait déborder le vase.
Depuis qu’on a mis leurs collègues au cachot avec les criminels de droit commun, qu’on les a séparés pour les mettre chacun dans une cellule, parfois même avec des proches du jeune qui est mort lors de la nuit fatidique, depuis qu’on a sali leurs noms et qu’on les a sacrifiés pour calmer une foule manipulée par les mafias de cèdres et les opportunistes en tout genre, depuis ce moment là, les choses ont changé. Et ce changement est loin de bénéficier à la conservation du cèdre de l’atlas, qui lui, vient de rejoindre la liste rouge des espèces en danger.
Une pétition circule, pour demander la libération des forestiers qui sont en prison, au moins jusqu’à ce que leur « culpabilité » soit avérée. Cette pétition a pu rassembler presque autant de signatures de forestiers que de citoyens conscients des répercussions de pareil incident sur le moral des troupes et par conséquent sur la protection de la cédraie. On n’imaginera pas qu’elle puisse apporter des fruits et des résultats tangibles, mais elle aura au moins eu le mérite de solidariser les citoyens avec les protecteurs de la nature qui siègent aux premières lignes du front.
Loin de tous, plus enclavés que quiconque, le plus souvent isolée dans des endroits où même le réseau téléphonique est introuvable, ces agents du terrain sont actuellement plus démoralisés que jamais.
En réponse à un mail de notre part, le HCEFLCD dira  « qu’il œuvre constamment pour la protection de notre patrimoine et ceux qui en ont la charge et est parfaitement conscient des conditions difficiles dans lesquelles travaillent les forestiers. Vous ne doutez pas un instant qu’il fera tout ce qui est dans ses moyens pour leur assurer les conditions appropriées de travail. »
On lui souhaitera bon courage pour sa quête. Car du courage il en faudra pour pouvoir vraiment « assurer des conditions appropriées de travail » à ses agents sur le terrain.
En attendant ça ne chôme pas chez les forestiers, loin de là. A Tounfit, un incendie de foret a fait des ravages dans la cédraie emportant des dizaines de cèdres sur son passage. Et le feu lui, on le craint pas. On risque autant de mourir, mais là au moins, face aux flammes on ne risque pas de prison.
La nuit, recommence une autre histoire. Celle de mafias qui « surfent » sur la misère des uns et du dilemme cornélien des autres pour couper, détruire, saccager et vendre au plus offrant…
405052_371121556312777_1795719336_nSVP pensez-y la nuit avant de dormir. Pensez que toute la nuit durant, des arbres centenaires sont coupés pour remplir les poches de créatures sans vergognes. Et que les seuls à pouvoir arrêter le massacre, ont été cloués au pilori.

dimanche 14 juillet 2013

Drame de la cèdraie du Moyen Atlas, conflits entre survie d'une population marginalisée et mafia des corrompus



Par Aziz Akkaoui , 11/7/2013
Khénifra : la marche populaire des citoyennes et citoyens de la tribu "AIT AMOU AISSA"
 Suite au décès d'un des leurs "tué" par les gardes forestiers,  la question est : pourquoi la mobilisation des FAR dans une marche pacifique non armée ? en tout cas les photos sont là, ce sont des véhicules des FAR. (forces armée royales) . Les responsables ont- il peur à ce point ???


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Khénifra : Des gardes forestiers accusés d'avoir tué par balle un jeune père de famille


Par Adam Sfali - Slate- Lemag -


PHs tazamondenews.com
PHs tazamondenews.com
Lemag : Les habitants de la commune rurale d’Ait Ammou Aissa, à 24 km de la ville de Khénifra, dans le moyen Atlas, s’est massée devant le siège de la préfecture de la ville, pour y manifester leur colère. 

En effet, l’un d’eux, un jeune homme de 24 ans, père de famille, a été abattu par balle, accusés de cela, des gardes forestiers. 

La victime, père d’une petite fille et dont l’épouse était enceinte d‘un deuxième enfant, s’était introduit, selon des sources médiatiques sur place, dans la foret protégée d’Ajdir, pour y couper du bois. 


Détecté, il lui sera donné la chasse, par les gardes forestiers, ces derniers finiront par lui tirer dessus avec leur armes de services, mettant ainsi fin à ses jours. 

Les mêmes sources ont indiqué, que le Sit In des Ait Ammou Aissa, a été dispersé par la force, par les forces de police.

Khénifra : Des gardes forestiers accusés d'avoir tuer par balle un jeune père de famille [Photos]
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 Les deuils de la cédraie


 Par O.A., 12/7/2013

 La loi est claire. La coupe non autorisée et non réglementée de cèdre est interdite. Ce qui n’empêche pas les mafias des cèdres de sévir en profitant de toutes les failles possibles pour ce faire.

D’un autre coté, beaucoup de bonnes volontés parmi les agents des eaux et forêt font de leur mieux pour remédier à ça et pour faire leur travail par rapport à ce sujet : Réglementer et contrôler l’exploitation, tout en essayant d’optimiser au mieux le programme de reboisement national qui n’a d’autre objectif que celui de viabiliser la régénération de la cédraie.

Ce que vous ne savez peut être pas, c’est que souvent, quand les agents du HCEFLCD s’interposent ou essayent de stopper des opérations d’abatage clandestin, ça tourne au vinaigre.

Les délinquants, qui le plus souvent font leurs délits la nuit, sont armés d’armes blanches et parfois de fusils artisanaux meurtriers, ce qui dans la grande majorité des cas rend  la confrontation sanglante, avec des victimes d’un coté ou de l’autre. Plusieurs cas et histoires peuvent témoigner que des dégâts de guerre et parfois des morts sont le résultat de ces confrontations nocturnes qui se passent sous les sons de scieuses à gazole et des armes à feu.

Le problème est très complexe.

Le cèdre constitue l’une des rares « ressources » conséquentes de la région pour les tribus qui vivent dans la forêt. Depuis la nuit des temps, ce fut une source de revenus garantis et accessibles à ces familles qui n’ont d’autres activités lucratives et/ou de subsistance que l’élevage ou la chasse. La culture des champs étant difficile voire par endroit impossible, abattre un arbre et le vendre est une option qui a toujours été pratiquée en moment de nécessité.

Ces dernières décennies la donnée a changé. La forêt qui appartenait aux tribus qui y vivaient, et depuis devenu une « chasse gardée » gérée et administrée par une structure étatique, qui entre autres, et devenue l’autorité concernée par la gestion de l’exploitation de la cédraie et de sa sauvegarde.

Et comme dans n’importe quelle autre administration, la corruption, et le détournement des ressources ne sont jamais à exclure complètement. Des cas pareil ont été constatées et parfois les responsables ont été jugés et écroué. Parfois aussi, l’impunité et l’injustice n’ont pas pu être évitées.

Bien sur, l’essentiel du personnel et agents des eaux et foret, sont des personnes honnêtes qui font tant bien que mal leur travail, vu qu’ils sont conditionnés par les moyens qu’ils ont pour le faire.

Ces agents travaillent dans l’optique qui veut que la cédraie appartient à tous les Marocains, et que gérer son exploitation comme sa conservation est une responsabilité par rapport à toute une nation, (voire le monde entier) et pas seulement à quelques tribus locales.

Seulement pour pouvoir faire ce travail efficacement, ces tribus devraient théoriquement avoir les mêmes égards qu’ont tous leurs concitoyens et donc vivre dans un degré de décence qui leur éviterait de recourir au braconnage. Mais comme on peut facilement le constater, à part un programme de maigres dédommagements annuels des tribus par rapport à la fermeture de « zones en processus de régénération » aux troupeaux des éleveurs, ainsi que quelque programme de production et de valorisation des produits de terroirs (couscous aux herbes, produits d’artisanats..) rien n’est vraiment fait pour empêcher que cette population fragilisée puisse être hors du besoin et donc loin de l’urgence de devoir faire du trafic et de l’abatage clandestin pour survivre…

Troisième aspect de cette situation, c’est que les ressources n’augmentent pas. Bien au contraire. A l’heure ou les tribus qui vivent dans la cédraie, ont des populations de plus en plus nombreuses, le cèdre lui se fait de plus en plus rare ou alors de plus en plus malade.

C’est pourquoi il n’est pas surprenant de le voir rejoindre la liste rouge des espèces « en danger » dans le dernier rapport 2013 de l’UICN.

L’horreur serait qu’un jour cette cédraie arrive à un point ou toute régénération viable soit impossible.et ce point de non retour, on l’atteindra très bientôt si rien n’est fait.

Car pour l’instant, dans la situation actuelle, le forestier est entre le marteau et l’enclume.

Le marteau de sa mission de travailler sur la pérennisation de la cédraie, et l’enclume de ne pas devoir ignorer les réalités sociales de ces délinquants qui agissant contre la loi, mais perpétuent une tradition qui n’a pas toujours été illégale, de jouir de la richesse de cette foret, qui est un peu la terre de leurs ancêtres et celle de leurs enfants.

Quatrième aspect, les autres membres « externes » des mafias. Ceux la, sont les plus malins et les plus enrichis de cette situation.

Ils impliquent des jeunes délinquants appartenant aux tribus locaux pour commanditer des abatages clandestin, ou les abatteurs reçoivent s’ils réussissent leurs mission, leurs part en cash la nuit même. Souvent la somme d’argent qu’il gagne est vraiment dérisoire par rapport aux gains finaux que l’arbre abattu générera un fois au bout de la chaine.

Seulement, quand ça tourne mal, c’est les délinquants qui se trouvent dans une guerre ou chacun pense d’abord à se protéger et malheureusement, un autre de ces « incident » a eu lieu à Khenifra hier.

La patrouille des agents des eaux et forets a tué, (la nuit alors qu’ils avaient engagé le combat contre un groupe de délinquants) à coups de fusil, un homme de la tribu des ait Amou Laissa. Marié et père d’un enfant en bas âge, il laissera derrière lui une femme enceinte.

Selon des sites qui ont relayé l’information, et suite à ce déplorable incident, -qui aurait pu d’autant bien concerner un forestier à la place du contre venant- « une manifestation a été organisée devant le siège de la Province à Khénifra. Elle a été dispersée par les forces de l’ordre après que des éléments perturbateurs se soient mêlés aux manifestants et commis des actes de violence. »

Il faut aussi comprendre cette grogne.

Ces populations, « propriétaires historiques de ces forêts », voient depuis le protectorat défiler des dizaines de camions chargés du précieux bois de cèdre, alors qu’elles sont pour la plupart réduites à acheter de la tôle ondulée ou du plastique pour se protéger du froid glacial des hivers neigeux au Moyen Atlas.

Des solutions doivent être trouvées afin que les populations de la région puissent profiter un peu plus des rentrées importantes qu’engendre l’aspect « exploitation » de la forêt par les autorités concernées.

Car ce que ces gens -qui pour la plupart sont dans une situation très précaire, se posent comme questions, c’est surtout par rapport aux communes qui engloutissent un grande part des recettes: où va l’argent des recettes des ventes des coupes forestières? Pourquoi les infrastructures manquent alors que ces communes sont riches? Où sont les pouvoirs publics de tutelle et autre organismes sensés contrôler les dépenses publiques? Pourquoi les requêtes adressées à ce sujet aux responsables concernés n’aboutissent pas? Autant de questions qui expliquent le malaise social et le risque d’explosion populaire comme celle qu’on a vue hier à Khénifra. »

Pour contrer le problème de l’abattage clandestin des cèdres, il est possible d’agir sur cinq grands axes:

1- Donner les moyens qu’il faut aux habitants des cédraies de ne pas avoir recours à l’abattage pour survivre (les habitants protègent leur environnement des braconniers mais n’ont pas de choix de braconner eux même quand ils sont dans l’urgence du besoin, c’est pourquoi les mafias parient sur leurs détresse pour se couvrir en recrutant et utilisant les jeunes et moins jeunes hommes afin de réaliser leurs razzias dans les forêts. Il faut que l’état arrête d’ignorer ses populations,  il est impératif : d’aider ses gens a éduquer leurs enfants (internats et prises en charge de scolarisation), de leurs garantir un minimum de soins médicaux (caravanes itinérantes ou petits dispensaires de forets), et aussi leur garantir des activités génératrices de revenus…)

2- Renforcer les effectifs, améliorer les conditions et donner les moyens aux responsables et agents des eaux et forets pour mieux agir et intervenir spontanément (surtout la nuit quand ils sont informé d’un abattage en cour): matériel, moyens de transports adéquat, dispositifs de vision nocturne…)

3- Renforcer et sensibiliser les gendarmes et agents de la route pour mieux contrôler les véhicules susceptibles de transporter le bois coupé clandestinement. Au delà des périmètres forestiers.

4- Faire des enquêtes sur les sociétés et lobbies qui achètent ce bois clandestinement abattu. Et créent donc la demande qui encourage les mafias à continuer à exploiter nos ressources.

5- Appliquer les lois en vigueurs (les lois existent mais ne sont malheureusement pas appliqués automatiquement) et arrêter de couvrir ou de fermer les yeux sur la corruption et l’impunité que certain semblent prendre pour normal acquis.

Si aucun programme global et bien financé ne se met en place en haut lieu pour couvrir les lacunes de chaque aspect de la problématique, alors la situation risque de devenir encore plus difficile, voire catastrophique.

Le forestier entre le marteau et l’enclume aura plus de difficultés à faire son devoir, les tribus quand à elles seront poussé jusqu’à la limite de la désobéissance civile car empêchées de perpétuer leurs tradition d’exploitation forestière « de dernier recours », et le cèdre dans tout ça, le composant même de tout un écosystème fragilisé qui protège en son sein plus de la moitié de la biodiversité du royaume, commencera à ressembler à cette poule aux œuf d’or déplumée que tout le monde convoite sans vraiment se soucier du meilleur parti à en tirer… Au pire, dans quelques années ni les forestiers ni les tribus ni nous autres Marocains lambda ne pourrons jouir de la majesté de ces arbres qui constituent le dernier rempart d’une biodiversité en danger.

O.A

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Relire :  dimanche 22 août 2010 Trafic du bois de cèdre et de chêne liège au Maroc.


vendredi 22 février 2013

RSF proteste contre la condamnation du citoyen-journaliste environnementaliste Mohamed Attaoui

21/2/2013.
 
Reporters sans frontières dénonce la condamnation, le 14 février 2013, du citoyen-journaliste Mohamed Attaoui, à dix mois de prison ferme, officiellement pour “exercice de sa fonction de fonctionnaire malgré sa suspension” et demande sa libération conditionnelle en attendant le jugement en appel. L’organisation dénonce le harcèlement dont cet acteur de l’information fait l’objet depuis de nombreuses années, du fait notamment de son engagement en faveur de la protection de l’environnement. “Une nouvelle fois, Monsieur Attaoui a été arrêté et condamné pour un prétexte fallacieux, afin de l’empêcher de continuer de dénoncer les pratiques mafieuses des autorités locales”, dénonce Reporters sans frontières.
Mohamed Attaoui a été arrêté, le 21 janvier dernier, dans la commune rurale de Tounfite (Wilya de Meknès), alors qu’il prenait des photos de logements insalubres dans cette commune dont il est originaire, dans le cadre d’une enquête qu’il comptait publier sur Internet (voir les vidéos qu’il avait publiées avant son arrestation).
Le président de l’association “Groupe de Tounfite” à laquelle appartient Monsieur Attaoui ainsi que son secrétaire général ont  respectivement à un an et huit mois de prison ferme.également été arrêtés, et condamnés
Placé à l’isolement par le directeur de la prison, Mohamed Attaoui n’a pu recevoir de visite de son épouse que le 18 février dernier.
En mars 2010, Mohamed Attaoui, alors correspondant du quotidien arabophone Al-Monataf et président de l’Association Avenir pour le cèdre et le mouflon ainsi que fonctionnaire dans la commune rurale de Tounfite, avait été condamné à deux ans de prison ferme par le tribunal de Midelt (Atlas oriental, au sud-est de Rabat), officiellement pour avoir extorqué la somme de 1000 dirhams (environ 90 euros). Il avait été détenu quarante-cinq jours avant d’être remis en liberté. Reporters sans frontières avait alors dénoncé cette affaire montée de toutes pièces afin de l’empêcher de poursuivre ses investigations sur “la mafia du cèdre” dans sa région. Ce cas avait également été mentionné dans un rapport d’enquête publié en juin 2010 (Des enquêtes à hauts risques, déforestation et pollutions). Mohamed Attaoui avait alors fait appel de cette condamnation. La cour d’appel a reporté à plusieurs reprises les audiences et le prononcé du verdict. L’affaire n’a toujours pas été tranchée.
En parallèle, Mohamed Attaoui avait déposé, le 22 mars 2010, une plainte pour enlèvement et contrefaçon de documents officiels contre quatre officiers de police judiciaire de Midelt auprès du Procureur du Roi de Midelt. Malgré l’existence de témoins et d’éléments circonstanciés, la plainte avait été classée sans suite le 24 juin 2010. Dans un courrier adressé le 10 octobre 2012 au ministre de la Justice Mustafa Ramid, et resté sans réponse, Reporters sans frontières avait souligné que les tentatives de réactiver la plainte avaient été vouées à l’échec. L’organisation avait également déploré “les actes d’intimidation et la stratégie de réduire au silence ce journaliste, dans l’impunité la plus totale”, contraires aux engagements internationaux du Maroc, et demandé “l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale”.
En représailles, Mohamed Attaoui avait été suspendu en août 2012 de ses fonctions d’employé communal.

vendredi 29 juillet 2011

Khénifra : l'AMDH pour "une intervention urgente" pour cesser le déboisement "systématique de la forêt de cèdres

Par MAP, 26/7/2011

Des acteurs associatifs ont plaidé en faveur d'une "intervention urgente" pour faire cesser le déboisement "systématique" de la forêt de cèdre au Moyen-Atlas, considérée comme un héritage national et universel.
"L'urgence de la situation nécessite la mise œuvre immédiate de programmes alternatifs et de développement local durable", ont constaté des membres de l'association marocaine des droits de l'Homme (AMDH) lors d'une conférence mardi à Rabat.
Les mesures prises par le Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification en vue de prévenir ce phénomène demeurent "insuffisantes, voire inefficaces", déplorent des militants de l'association, originaires de la région de Khénifra, entourés d'agriculteurs touchés par la déforestation.
Voir la vidéo :
Ils ont souligné que la préservation de ce patrimoine forestier national est "l'affaire de tous" : État, associations, partis politiques et habitants riverains.
La section de l'AMDH à Khénifra avait préparé et présenté une série de rapports qui attirent l'attention sur le processus de déboisement, de déprédation et de pillage de la forêt de cèdre. Dans ce contexte, elle a observé de nombreux sit-in pour réclamer l'arrêt de "cette hémorragie" et la mise sur pied d'un plan pour l'implication des agriculteurs à l'effort de protection de l'environnement.
Le Haut commissariat s'engage dans une stratégie de sauvegarde de la forêt de cèdre du Moyen-Atlas ayant permis jusqu'ici le reboisement de 8.000 ha et le parachèvement de plans pour l'aménagement de 146.000 ha.