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lundi 6 juillet 2015

Affaire Inzegane : Les jeunes filles ont-elles violé les marchands et passants ?

Par Majda Saber, Aujourdhui.ma | 2/7/2015

 Affaire Inzegane : Les jeunes filles ont-elles violé les marchands et passants ?

Le procès-verbal des policiers du commissariat d’Inzegane parle de l’arrestation de deux accusées presque nues, serrées dans des habits moulants et dessinant leurs corps. Ce qui a suscité l’excitation des lyncheurs.
Tout a commencé dans la journée du 14 juin où deux jeunes femmes ont pris la décision d’aller faire leurs achats au souk d’Inzegane. Une sortie qui tournera en séance de lynchage public, de lapidation et d’agressions verbale et physique. Les deux victimes se retrouveront dans la même journée sur le banc des accusés.
Leur crime : porter des robes jugées indécentes. La meute qui a encerclé les filles s’est substituée aux lois en vigueur et a dressé sur la scène publique un tribunal d’inquisition. Apeurées, choquées, la seule issue a été de s’abriter dans une boutique de vente de produits cosmétiques appelant des policiers au secours.
Nous sommes bien au Maroc où des citoyens et citoyennes vivent dans le respect de la pluralité des choix de leurs aspects vestimentaires, depuis de longues décennies. Temps d’attente, temps d’espoir et de désespoir aussi avant l’arrivée des policiers.
Et le temps du salut tant attendu deviendra à son tour une longue nuit passée au commissariat d’Inzegane pour «attentat à la pudeur» avant d’être conduites devant le procureur du Roi le lendemain. 
Pour sortir de ce bourbier les deux jeunes dames ont été habillées de deux robes ramenées par l’un des marchands. Aucun des marchands ni des agresseurs n’a été interpellé. Seules Sihame et Soumia se retrouveront sur le banc des accusés. Sihame a 23 ans et Soumia 19 ans et au casier judiciaire vierge.
Le procès-verbal des policiers du commissariat d’Inzegane dans sa description des faits parle de l’arrestation de deux accusées presque nues, serrées dans des habits moulants et dessinant leurs corps. Ce qui a suscité l’excitation des lyncheurs, ajoutant que les deux jeunes femmes sont sorties ainsi avec préméditation pour attirer les hommes. «Ces robes se vendent dans nos boutiques et marchés et nous étions habillées normalement. Dans un premier temps nous avons été harcelées par un vendeur pour qu’on lui donne nos numéros de téléphone», soulignent indignées les deux jeunes femmes.
Le procès-verbal rapporte également que Siham et Soumia ont été arrêtées en flagrant délit et que la horde les a encerclées pour les empêcher de s’échapper. Selon le même procès-verbal leurs parents ont été informés alors que l’identité de la personne contactée et la manière n’ont pas été mentionnées. L’attentat public à la pudeur retenu comme chef d’accusation est l’article 483.
Dans les couloirs du tribunal d’Inzegane les deux jeunes femmes seront poursuivies en état de liberté. L’audience est programmée pour le 6 juillet.
Un tournant dans l’histoire puisque sur le procès-verbal du procureur du Roi, dont nous détenons une copie, on retient pour chefs d’accusation l’article 485 du code pénal qui renvoie aux affaires de viol : «Est puni de la réclusion de cinq à dix ans tout attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violences contre des personnes de l’un ou de l’autre sexe». Les deux jeunes femmes auraient-elles violé les marchands d’Inzegane ? Ou est-ce une erreur ?
«Les policiers ont suivi dans cette affaire les sifflements et cris de la meute sans ouvrir une enquête vu que des personnes se sont permis de dépasser les lois et institutions de ce pays pour imposer leurs propres lois sur un espace public et c’est une atteinte aux libertés et à la sécurité des citoyennes et citoyens de ce pays. La loi ne répond pas aux désirs et instincts des individus», explique l’avocat Mohamed Al Ghassouli, ajoutant que «l’article de l’attentat à la pudeur est très vague et peut être utilisé pour porter atteinte aux libertés individuelles».
«La poursuite des deux jeunes femmes par l’article 485 au lieu de l’article 483 souligne que cette poursuite est complétement aberrante et nous nous demandons si ce n’est pas fait pour faire tomber cette poursuite anormale», questionne l’avocat. D’autres éléments s’ajoutent à ce dossier comme vice de forme. «Les affaires de viol ne sont pas des attributions du procureur du Roi mais du parquet général. Et c’est une grave violation des lois en vigueur. L’article 485 renvoie à un crime et non à un délit et le dossier est dans ce cas du ressort de la Cour d’appel et non du tribunal de première instance», nous déclare Mohamed El Ghassouli.
L’affaire relayée par les réseaux sociaux et les médias a fait un tollé. Une grande mobilisation a été enregistrée pour s’indigner contre cette atteinte flagrante à la liberté des femmes, le harcèlement sexuel, la sécurité dans l’espace public et la non-arrestation des agresseurs-prêcheurs voulant faire prévaloir leurs propres lois. Plusieurs sit-in ont eu lieu dans différentes villes marocaines portant le slogan et hashtag «Mettre une robe n’est pas un crime !». La mobilisation se poursuit. Les associations féminines et de droits humains, notamment le Conseil national des droits de l’Homme et l’Association marocaine des droits humains se joignent à la vague d’indignation suscitée par cette arrestation.
Des avocats des barreaux de plusieurs villes se portent volontaires pour défendre Soumia et Siham. Un sit-in est programmé le jour de l’audience, la matinée du 6 juillet, devant le tribunal de première instance d’Inzegane. Notons qu’un rassemblement est prévu devant l’ambassade du Maroc à Paris l’après-midi du 4 juillet pour soutenir les deux jeunes femmes.
Il est à souligner que le lynchage des femmes est devenu monnaie courante dans ce souk. Une deuxième jeune femme a reçu des jets de tomates au début du mois de Ramadan en faisant ses achats. «Le vendeur des oranges m’a expliqué qu’ils m’ont lancé des tomates alors que j’avais le dos tourné prétextant que je n’avais pas les vêtements appropriés alors que j’étais normalement habillée. J’ai fini par laisser tomber mes achats et rentrer chez moi», souligne la femme.
Aujourdhui.ma | 2/7/2015

jeudi 5 mars 2015

Ces femmes qui vivent dans des grottes au Maroc…



Reportage par Zineb Ibnouzahir Lahlou , 25/2/2015

A Imouzzer Kandar, le Code de la Famille, on ne connaît pas. Les droits de la femme, on ne connaît pas non plus. Ici, dans cette ville réputée pour ses charmes, des femmes vendent les leurs… pour survivre et nourrir leurs enfants. Acculées par la misère, c’est dans des grottes que certaines trouvent refuge pour “vivre”.

“Excusez-moi de vous faire entrer ici ! Excusez-moi vraiment…”. C’est ainsi que nous reçoit chez elle, dans sa grotte, Fatima, 45 ans, terriblement gênée. Oui, c’est bien d’une grotte qu’il s’agit, aussi incroyable que cela puisse paraître… Au détour d’une ruelle, au fond d’une impasse où se succèdent d’étroites maisonnettes, il y a un trou dans la paroi rocheuse ; c’est là que vivent Fatima et ses enfants. Il y fait très sombre et très froid. A même le sol, une paillasse fait office de lit, contre “le mur” une armoire délabrée et une gazinière. L’endroit est éclairé par la flamme d’une petite butane. Un intérieur minimaliste, dans un état de dépouillement total. On ne peut être que révoltée en découvrant l’endroit.
Fatima aimerait nous inviter à nous asseoir, nous proposer un thé et des gâteaux comme le veut la légendaire hospitalité marocaine mais elle n’a rien… rien à offrir, pas même une chaise pour s’asseoir, pas même un verre d’eau car, ici, l’eau et l’électricité sont un luxe. L’histoire de Fatima est des plus ordinaires dans la région… Un mari décédé, une femme au foyer qui ne parvient plus à payer son loyer, une mère et ses enfants expulsés de leur logement. Cet abri, c’est à la générosité de sa belle-famille qu’elle le doit car c’est à elle que la grotte appartient.
Comment vit Fatima ? Du salaire journalier que lui rapporte la récolte des pommes, des cerises, des petits pois ou autres fruits et légumes de saison. Ce salaire, dans le meilleur des cas, peut s’élever à 50 DH, voire 100 DH quelques rares fois. Mais en ce mois de février, les temps sont très durs car en pleine saison hivernale, la neige et le froid ne sont pas propices aux récoltes. Trois mois de disette pendant lesquels il faut pourtant bien se nourrir… et surtout se chauffer. “Ici, l’or c’est le bois” annonce Zahira, responsable du centre de rapprochement familial de SOS Villages d’Enfants installé dans la région. D’ailleurs, poursuit-elle, “ces gens préfèrent ne pas manger plutôt que d’avoir froid”. Fatima, en manipulant avec précaution un bout de bois enveloppé dans un linge, confie :“Regarde, j’ai pu acheter une bûche au marché noir.” Elle ajoute, en couvant du regard son lingot de bois :“Il est de bonne qualité et bien sec.”Ces femmes qui vivent dans des grottes…

Quand l’associatif se substitue à l’État

Seul soutien aux mères célibataires d’Imouzzer Kandar, l’association SOS Villages d’enfants qui tente de les aider dans leur combat pour survivre. Au centre de rapprochement familial, leurs enfants sont sûrs de pouvoir manger à leur faim chaque jour. Ils y trouvent aussi un refuge quand ils sont désœuvrés, un substitut d’école quand ils ont besoin d’un soutien scolaire, un endroit où jouer, où lire, un endroit où on les respecte et où ils se sentent bien. 

Mais le centre fait aussi office de dispensaire, littéralement pris d’assaut par la population de la région. Et pour cause, les médicaments de base et le lait infantile y sont distribués gratuitement. Sans compter qu’une infirmière et un médecin généraliste y donnent des consultations plusieurs fois par semaine à titre gracieux. “Nous traitons de nombreux cas d’anémie et de malnutrition chez les enfants”, explique Malika, l’infirmière. Le planning familial fait également partie des services disponibles au centre, et c’est dans ce cadre que pilules et préservatifs sont distribués. “Les couples de la région sont-ils si soucieux de limiter les naissances ? Quant aux mères célibataires, que peuvent-elles faire de moyens de contraception ?” L’infirmière qui officie dans ce dispensaire estime à 50 % le nombre de mères-célibataires à avoir recours à la contraception… Mais là où le bât blesse, c’est que bon nombre d’entre elles a recours à la contraception dans le cadre de la prostitution. En effet, ici, le commerce du sexe bat son plein.

30 DH, le prix à payer pour le plaisir
“Quand j’étais adolescent, nous passions tous nos étés à Imouzzer” se souvient Mehdi avec nostalgie. “C’est là-bas que j’ai vécu ma première expérience sexuelle. ça m’a coûté 10 DH à l’époque. Je me trouvais devant une épicerie, une fille m’a interpellé, je lui ai offert une limonade et très vite elle m’a proposé de s’occuper de moi. Bien sûr, je n’ai pas refusé même si j’étais tétanisé.” C’est un fait, au Maroc, Imouzzer Kandar est réputée pour ses femmes qui se prostituent. Ici, les passes ne coûtent pas cher… 30 DH, c’est le prix à payer pour le plaisir.
C’est du moins le tarif pratiqué par F.  C’est le visage baigné de larmes,au comble du désespoir, que cette mère- célibataire nous confie son quotidien. Victime d’un viol, ou plutôt d’une tournante, elle s’est retrouvée enceinte. Âgé aujourd’hui de 11 ans, son petit garçon vit toujours avec elle. F. a également adopté son neveu dont le père est en prison ;  et elle a la charge de sa vieille mère paraplégique. Le matin, lorsque le temps est clément, elle la porte dans ses bras pour l’asseoir sur une marche devant la maison, ou plutôt dans la minuscule pièce qui leur sert à tous les quatre de maison. Zahira constate que dans cette région, “les femmes ne se séparent jamais de leurs enfants, peu importent les circonstances dans lesquelles ils ont vu le jour. Certaines vont même jusqu’à adopter des orphelins qu’elles élèvent comme leurs propres enfants”.
“Je ne vais pas te mentir, je me prostitue, confie F. . Je n’ai pas d’autre solution. Quand le temps des récoltes arrive, je gagne honnêtement ma vie, mais en hiver, comment faire pour nourrir ma famille ?”. Elle a essayé de trouver un travail en Espagne en tant qu’ouvrière agricole saisonnière, mais sa candidature a été refusée. Car pour partir, il faut pouvoir prouver qu’on est mariée ou divorcée, ce qui n’est pas son cas.
F. a peur de perdre sa maison, cette petite pièce que lui loue sa tante, mais pour combien de temps encore ? Elle aimerait bien partir ailleurs, dans une grande ville, mais la vie y est tellement chère ! Et comment ferait-elle avec ces trois bouches à nourrir ?
Paroles d’enfants…
FDM : Vous aimez aller à l’école ?
- Oui , mais à chaque fois , le maître nous envoie faire ses courses ou laver ses vêtements, et on est obligés de rater les cours.
FDM : Expliquez-nous ça…
- A moi, il me demande de laver ses chaussettes.
- Et moi, il me donne ses affaires sales de la semaine pour que je les lave.
- Moi, il m’a demandé de lui trouver une maison à louer.
FDM : Et ça vous ennuie ?
- Oui beaucoup. Je fais exprès de m’asseoir au fond de la salle pour qu’il m’oublie.

… Et préoccupations d’enfants
- J’ai très peur qu’on m’enlève et qu’on me fasse du mal.
- Oui, moi aussi. La dernière fois, en rentrant à la maison après l’école, deux hommes ont essayé de me suivre. Je suis sûr qu’ils voulaient m’emmener dans la forêt.
- Il se passe plein de choses horribles dans la forêt. On y tue des gens, on viole des femmes et des enfants.
- Moi, j’ai vu un mort la dernière fois. Je marchais le long de la forêt avec ma mère et on a vu le pied d’un cadavre sorti de terre.
- Et moi, j’ai vu une fille s’en échapper en courant… Son visage était lacéré et elle saignait beaucoup.

Le Code de la Famille ? Jamais entendu parler !
La situation socio-économique de la région est à ce point catastrophique que la prostitution ne cesse de se développer. Mouna aussi en a fait l’expérience. Il y a quelques années, elle était mariée et mère d’une petite fille. Puis son couple a volé en éclats et, à l’instar des autres mères-célibataires de la ville, elle a touché le fond. Délogée, elle a trouvé refuge dans une grotte souterraine prêtée par une voisine. Pour y accéder, il faut descendre une pente escarpée. A gauche de l’entrée de la grotte, un trou dans le sol, recouvert de quelques pierres plates… Ce sont les commodités. Mouna a bien tenté de résister en gagnant sa vie dignement mais la misère l’a très vite rattrapée et la prostitution est devenue sa seule porte de secours. Chance ou malchance, de l’une de ses unions furtives est né un petit garçon auquel Mouna se raccroche de toutes ses forces. A la naissance de son fils, elle se l’est juré : plus jamais elle ne vendrait son corps. Quant à sa fille, celle-ci a préféré fuir la grotte et la misère. A peine âgée de 16 ans, elle a épousé un homme déjà marié. “Et ton homme, que fait-il ? Est-ce qu’il t’aide ?”, demande-t-on à Mouna, désireuse d’en savoir plus sur sa manière de vivre. “Un homme ? Mais de quel homme parles-tu ?” nous répond-elle, d’un air incrédule, stupéfaite par cette question. “Je n’ai qu’un homme dans ma vie, c’est mon fils !”, précise-t-elle. “Et le Code de la Famille, en as-tu déjà entendu parler ?”, la questionne-t-on. “Le quoi ?” répond-elle, l’air de ne vraiment pas comprendre. “Le Code de la Famille dans lequel on parle des droits des femmes. Les droits des femmes, tu les connais un peu ?”. “Non, je n’en ai jamais entendu parler et personne n’est jamais venu ici pour discuter de ça avec moi”, conclut-elle.

Quand la religion dit oui et que la loi dit non !
Pour Béatrice Beloubab, directrice nationale de l’association, “les Berbères ont une mentalité bien à part. Force est de constater que les femmes ne sont pas rejetées par leurs familles quand elles tombent enceintes en-dehors des liens du mariage, contrairement à ce qui se passe dans les grandes villes du Royaume”. Une chance pour les jeunes filles de la région dont un grand nombre tombe enceinte à l’âge de 13 ou 14 ans. Comme nous l’explique Zahira, “les couples se forment ici très tôt et très vite”. Les jeunes gens entretiennent des rapports sexuels sans se protéger et dans bon nombre de cas, ces unions aboutissent à une grossesse. Deux cas de figures sont alors possibles : soit l’homme n’assume pas ses responsabilités et laisse la jeune mère se débrouiller seule, soit il décide au contraire de l’épouser. Cette deuxième option ne s’avère pourtant pas simple. En effet, encore faut-il que le couple ait suffisamment d’argent pour se rendre à la ville la plus proche et entreprendre les formalités liées au mariage, ce qui n’est pas le cas de tous. Une fois arrivés devant  l’adel, les tourtereaux se retrouvent confrontés à un autre problème… Ils n’ont pas le droit de se marier lorsque la jeune fille a moins de 18 ans… Nouveau Code de la Famille oblige. C’est donc en récitant la Fatiha que le couple s’unit religieusement mais non aux yeux de la loi. Bien souvent malheureusement, les conjoints en viennent à se séparer, ceux-ci s’étant mariés trop jeunes et étant devenus parents trop tôt. Vient alors la question épineuse du divorce. Facile à dire mais pas facile à faire, surtout quand le mariage n’a pas fait l’objet d’un acte officiel. Alors, comment faire appliquer ses droits et réclamer une pension alimentaire quand la loi ne reconnaît pas son mariage ?

Des enfants sans identité






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Des enfants sans identité
t le piège dans lequel tombent la majorité des jeunes mères esseulées comme Yamna, divorcée et mère de deux enfants. La jeune femme ne peut compter que sur elle-même pour nourrir ses enfants car son mari n’est pas tenu de lui verser une pension alimentaire. Il s’est d’ailleurs remarié et a fondé une autre famille qui vit à l’abri du besoin grâce à ses revenus de menuisier. Quant à sa première famille, il la croise régulièrement en rendant visite à son frère qui l’héberge dans une petite pièce au rez-de-chaussée de sa maison. Pour payer ses factures, Yamna fait de temps en temps le ménage chez une famille de Sefrou.
Les enfants issus de ces brèves unions subissent également les répercussions de ces dysfonctionnements juridiques, car la plupart d’entre eux n’ont pas d’état civil et n’existent donc pas aux yeux de la loi. Que leurs parents soient mariés religieusement ou pas ne change rien à leur situation, car il est impossible pour un père de reconnaître un enfant né en-dehors des liens du mariage. Quant aux mamans, il leur est répondu qu’elles ne peuvent transmettre à leurs enfants leur nom de jeune fille… La loi l’interdit, leur dit-on… On sait donc du nouveau Code de la Famille ce qu’on veut bien en savoir. La loi applique donc la même procédure que pour les orphelins à qui on attribue un nom choisi au hasard. Un comble, quand le nouveau Code de la Famille stipule qu’une mère célibataire est en droit de donner son nom à son enfant ! Dans le cas de Khadija, ses trois enfants portent donc tous un nom différent du sien et de celui de leur géniteur. Deux d’entre eux sont issus d’un précédent mariage et le troisième est le fruit d’un rapport sexuel avec un client. Quand l’ex-mari de Khadija a appris qu’elle était enceinte après leur divorce et de surcroît en se prostituant, il a décidé de ne plus lui verser de pension alimentaire et de ne pas reconnaître ses propres enfants.
A l’heure où le combat pour les droits des femmes semble stagner quelque peu, à l’heure où la lutte pour l’obtention de la réforme du Code de la Famille est loin derrière nous, des femmes et leurs enfants, toujours aussi nombreux, luttent chaque jour qui passe pour survivre dans l’ignorance la plus totale de leurs droits les plus élémentaires. Inutile d’aller bien loin pour rencontrer ces personnes : nous les côtoyons chaque jour.

Quelques chiffres :
- 30 % des foyers d’Imouzzer Kandar sont composés de familles monoparentales.
- 50 % des familles vivent avec des revenus instables de moins de 1.000 DH par mois, soit 4 DH par jour pour une famille de 5 personnes.
- 35 % des enfants de moins de 17 ans travaillent. 9 % sont des filles.
- 5,58 %  de taux de mortalité infantile.
- 2/3 des mères sont analphabètes.
- 4 % d’entre elles seulement ont fait des études.

dimanche 26 octobre 2014

Les Marocaines s'inquiètent de leur condition

femmes maroc
© Copyright : DR

Par Asmaa El Kezit , le 360,  le 23/10/2014 

500 associations nationales oeuvrant pour l'égalité homme-femme organisent samedi 25 octobre une journée festive sur le thème "L'égalité en fête". Une opération de sensibilisation qui ne masque pas leur inquiétude face aux régressions de leur condition dans la société.
"Nos droits on y croit". Cette phrase choc est de Fouzia Assouli, présidente de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes, lors d'une conférence de presse annonçant l'organisation d'une journée festive à Casablanca, place des Nations-Unies, samedi 25 octobre. Une initiative qui vise à attirer l'attention de la société civile sur les problématiques des droits des femmes au Maroc, et notamment les blocages à la mise en œuvre effective de l'article 19 de la constitution.
Selon les organisateurs, les indicateurs de la précarité de la situation de la femme au Maroc sont alarmants. Le retard de l'installation de L'Apald (Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination) et le manque de visibilité sur les mécanismes de travail de cette institution suscitent de vives inquiétudes au sein de ces associations. Les chiffres sont éloquents et soulignent une régression en matière des droits fondamentaux des femmes. 

Moins actives et moins diplômées
A titre d'exemple, le taux d'activité de la population féminine âgée de15 ans et plus est passé de 28% en 2000 à 25,5% en 2011. La même constatation s’applique au taux de femmes diplômées qui est passé, en 11 ans, de 60,9% à 51,3%. Ces régressions manifestes expliquent le classement du Maroc en bas de l'échelle (129e place) par le forum économique mondial (WEF) par rapport aux droits des femmes. Les quelque 500 associations regroupées considèrent qu'un débat s'impose. Elles sont appelées à unir leurs efforts face à "certaines forces obscurantistes et conservatrices" qui se dressent contre l'amélioration de la situation de la femme au Maroc. 
L'évènement "l'égalité en fête", pour sa première édition, est marqué par l'organisation de diverses activités culturelles et sportives, dont une course de 5000 mètres. De nombreux prix seront attribués, notamment à des jeunes femmes journalistes ayant travaillé sur la problématique de la parité homme-femme. L'évènement est ouvert au public, samedi à partir de 8h30, place des Nations Unies, à Casablanca.

jeudi 24 juillet 2014

Un collectif d’associations féminines dépose plainte contre Abdelilah Benkirane




Un collectif d’associations féminines dépose plainte contre Abdelilah Benkirane
 (Photo AIC press)
C’est devant la Justice que le débat sur la situation de la femme au Maroc va être porté. Un collectif d’associations féminines dépose plainte contre Abdelilah Benkirane. Certains propos du Chef du gouvernement et de ses ministres sont jugés "insultants". Explications.

Depuis ce mercredi 23 juillet, Abdelillah Benkirane, chef du gouvernement est l’objet d’une plainte collective. Le procureur du roi auprès de la cour d’appel de Rabat a enregistré une procédure dans ce sens.
"Nous sommes une dizaine d’associations qui portons plainte contre le chef du gouvernement pour insultes et discrimination fondée sur le sexe", confirme Aatifa Timjerdine, présidente de la section casablancaise de l’Association démocratique des femmes du Maroc ADFM.
Sont signataires de la plainte, d’autres associations commeInitiatives pour la protection des droits des Femmes, Insat pour femmes victimes de violence et mères célibataires,  Mains solidaires pour le droit à la dignité et à la citoyenneté, Voix de la femme amazighe, Association marocaine des droits humains (AMDH), le Réseau amazighe pour la citoyenneté "Azetta Amazigh", Annakhil, Epanouissement féminin, Fondation Ytto pour l'hébergement et la réhabilitation des femmes victimes de violence.
Cet échantillon représentatif de la société civile crie son ras-le-bol. "Nous n’avons aucun retour quant au projet de loi de lutte contre les violences à l’égard des femmes, les principes de la parité ne sont pas non plus appliqués", accusé Aatifa Timjerdine.
Mais la goutte fait déborder le vase, ce sont "les déclarations dégradantes du chef du gouvernement, lors de la séance mensuelle à la chambre des conseillers du 17 juin dernier. L’objet de la discussion portait sur les questions et les attentes des femmes marocaines dans les programmes et les politiques du gouvernement", s’insurge-t-elle, relayée par les membres des associations signataires de la plainte.
Autres points considérés comme particulièrement outrageants pour les défenseurs des droits des femmes et humains réside d’une part dans "l'absence de réaction de la part de la primature, en tant qu'institution, reconnaissant le préjudice porté par ces propos et présentant des excuses".
D’autre part, les plaignants s’indignent "des propos d'un nombre de dirigeants du parti majoritaire au gouvernement, y compris plusieurs ministres. Ces derniers, au lieu de défendre les dispositions législatives et veiller au respect de la loi et à son effectivité via une bonne application conformément aux prérogatives liées à leur mandat, ont paradoxalement préféré prendre la défense du chef du gouvernement en justifiant ces déclarations voire en les glorifiant".
Nos féministes vont encore plus loin. Elles soulignent "une pratique idéologique systématique, dont l'objectif est d'approfondir intentionnellement la division au sein de  la société et de satisfaire les courants conservateurs et tendances fondamentalistes, en violation de la constitution".
En somme, l’ensemble de ces considérations "consacre et fait perdurer la discrimination en portant atteinte à la dignité des femmes en général et des mères travailleuses en particulier."
Le collectif justifie son action judiciaire: "il devient nécessaire de prendre les mesures requises et proportionnées à la gravité des propos du Chef du gouvernement qui vont jusqu'à la démission ou au limogeage dans des Etats de droits ou du moins la présentation d'excuses publiques pour réparation de préjudices".
Parmi les cinq avocats qui se sont saisis de l’affaire, on retrouve l’ancien bâtonnier, Abderrahim Jamaï. Tout laisse à croire que si le procureur  du roi accepte l’opportunité des poursuites, le procès prendra une certaine ampleur médiatique.

 https://www.facebook.com/l/SAQGWfa8tAQG23WqsaDl3DjnjxE0FEEHKFHwyhEbuBQftnA/www.medias24.com/ECONOMIE/ECONOMIE/13412-Un-collectif-d-associations-feminines-depose-plainte-contre-Abdelilah-Benkirane.html

samedi 5 juillet 2014

Maman, ça veut dire quoi être Marocaine ?


Ce témoignage fort est une contribution de Mme Fifani, que nous publions dans son intégralité, 3/7/2014. 

hotel
J’ai mis longtemps à rédiger cet article. Pourquoi ? Manque d’idées ?  Manque de courage ? Ou tout simplement parce qu’il fallait surmonter ce sentiment de dégoût, cette nausée qui m’a assaillie violemment ce soir-là, et qui depuis ne me quitte plus.

Dimanche premier juin. Une nuit comme les autres à Rabat. Mawazine bat son plein, la ville est animée, les gens ont l’air heureux. Je me présente à un grand hôtel de la place, avec l’intention simple, dénuée de tout background socio-politico-militant, la simple intention dis-je, de trouver une chambre pour passer la nuit.

L’employé à l’accueil m’annonce qu’il y a effectivement des chambres libres, et me prie d’attendre qu’il termine le check-in d’un groupe de touristes japonais, avant de s’occuper de moi.

Je m’assois donc dans un des fauteuils disposés dans le hall et j’attends. Je suis fatiguée, la journée a été longue et un début de migraine a pris d’assaut ma tempe gauche.

On m’appelle enfin et on me demande une pièce d’identité. Jusque-là, rien d’anormal. Et soudain, le  visage du réceptionniste  se ferme, il me dévisage, revient vers ma carte d’identité et me la tend en prononçant d’un ton péremptoire la sentence : « Nous ne pouvons pas vous donner de chambre !»

Je sais bien que la photo sur ma CIN est loin d’être à mon avantage mais tout de même…Je demande alors pourquoi, et l’employé m’explique, en me regardant droit dans les yeux, avec l’aplomb d’une personne sûre de son bon droit : «  L’adresse qui figure sur votre CIN mentionne Rabat, et la seule raison qui pousse une femme qui habite Rabat à venir passer la nuit à l’hôtel, est qu’elle soit…euh vous voyez…une femme peu respectable. Et nous sommes un hôtel respectable. Nous ne voulons pas d’ennuis avec la police ! »

L’espace d’un instant, j’éprouve ce sentiment de déréalisation que mes patients me décrivent souvent. Ceci n’est pas vrai, ceci n’est pas en train de se produire, je ne suis pas cette femme. L’instant d’après, je me désintègre. Je ne suis personne. Personne. Ce type vient de m’annuler. Il vient de piétiner mon humanité, ma dignité, mon intégrité. Pire, il vient d’arracher une par une,  toutes mes illusions. Une voix sépulcrale hurle dans ma tête, les mots s’entrechoquent sur les parois de ma boite crânienne. Je suis une femme, je suis une citoyenne libre de ce pays, je suis psychiatre, j’ai fait 12 ans d’études après le bac, je vote, je paie mes impôts, je respecte la loi…Pour quelle raison dois-je justifier à qui que ce soit que je suis respectable !?

La colère, compagne charitable, me sauve de la folie. J’ignore ce que j’ai dit à cet individu. Je lui aurais volontiers crevé les yeux et arraché la langue.

J’ai menacé, tempêté, exigé de voir quelqu’un de la direction…et j’ai fini par avoir cette chambre, et quelques heures plus tard, les excuses du directeur financier de l’hôtel qui a donné comme justificatif que la police est à l’origine de ces consignes !

C’est pire que tout ce que je pensais. Un employé zélé et misogyne se permet de m’insulter en toute impunité parce qu’il a reçu des consignes de sa direction qui elle-même, les aurait reçues de la police de mon propre pays, ce pays où j’ai voté pour une constitution qui est censée me garantir des droits à savoir « … protection de l’intégrité physique et de la dignité des citoyens comme partie intégrante de leurs droits et libertés, y compris la liberté de circulation et d’accès en toute sécurité aux espaces publics sans discrimination en raison du sexe, de la couleur, des croyances, de la culture, de l’origine sociale ou régionale, de la langue, de l’handicap ou de quelque circonstance personnelle que ce soit…» (Avant dernier paragraphe du préambule de la Constitution 2012).

Au moment où je me présente chez le procureur, au tribunal de première instance de Rabat, pour porter plainte, j’apprends qu’aucune loi, dans le code pénal marocain, ne permet d’intenter une action en justice en raison de discrimination basée sur le sexe.

Que faire alors ? Si je suis une sous-citoyenne dans mon propre pays, ayez le courage de me le dire et arrêtez de me parler de droits et d’équité. Si la constitution n’est pas respectée, quelqu’un doit répondre de cela, ou alors qu’on la jette aux orties.

Aucune excuse au monde et aucun jugement ne me rendra jamais ce que j’ai perdu, ce jour là.

Si ces derniers soubresauts de dignité, que je rassemble tant bien que mal, me font encore réagir, c’est pour ma fille.

Dussé-je ne vivre que pour cela, je ne permettrai pas qu’elle subisse un jour, ce que je viens de subir.

Si vous, qui êtes en train de lire en ce moment, hommes, femmes, société civile, institutions, ne faites rien pour que ça change, vos filles se feront aussi dépouiller de leur dignité demain, sous vos regards impuissants.

Ma fille m’a demandé hier : « Maman, sur mon passeport, j’ai lu marocaine, ça veut dire quoi ? ».  Et j’ai dit: «  Je te répondrai plus tard, car pour l’instant, je ne sais plus très bien ce que ça veut dire ………».

samedi 21 juin 2014

Benkirane: «il faut reconnaître le rôle sacré de la femme au foyer»

Abdelilah Benkirane a livré, devant les parlementaires, 

sa vision de la femme active marocaine.

Lors de son intervention mensuelle à la chambre des conseillers, mardi 17 juin, le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane a affirmé « que les femmes qui travaillent ne trouvent plus le temps pour se consacrer à leurs enfants et à leur famille ». Benkirane ne s’est pas arrêté en si bon chemin, expliquant qu’il faut « sacraliser les femmes au foyer au lieu de les voir d’une manière condescendante ». « C’est notre point de vue au PJD, si nous avons tort, nous assumons notre erreur », a-t-il conclu.

Les femmes marocaines en colère contre Benkirane et son "lustre qui illumine le foyer"


21/6/2014

Les femmes marocaines en colère contre Benkirane et son "lustre qui illumine le foyer"

Les propos imagés de Abdelilah Benkirane chef du gouvernement marocain, comparant la femme "à un lustre qui illumine le foyer" ont fait polémique au Maroc.
Pour les adversaires du premier ministre, issue du Parti de la Justice et du développement (PJD, Frère Musulman), ces déclarations faites devant la Chambres des Conseillers (deuxième chambre du parlement marocain) dévoilent "le fond de sa pensée" et celle de son parti.
La twittosphère marocaine s’en est saisie en critiquant une vision dévalorisante de la femme. Un Hashtag #AnaMachiTria a été lancé à la suite de ce discours pour le commenter.
 http://www.art19.ma/liste-politique/3100-les-femmes-marocaines-en-col%C3%A8re-contre-benkirane-et-son-lustre-qui-illumine-le-foyer.html#.U6V_0k
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Le Maroc est il condamné a être la risée du monde, avec un pseudo ministre clown de son état ??? Combien d'années encore devrons nous subir ses divagations ??? N'y a t il pas de psychiatre à la hauteur pour l'enfermer ?? Si nous restons inactifs, cela voudra dire que nous acquiesçons et nous nous rendons coupable de complicité. Si nous le laissons déblatérer de la sorte nous le verrons un jour se proclamer pape. Montrons lui qu'en tant que femmes nous pouvons briller et illuminer le paysage sans pour autant être une TRIA. DEGAGE benzmar rak hmaditi o bssalit.
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L'expression "être un lampadaire" prend tout son sens..

Ces Marocaines obligées de se prostituer dans le Golfe

Par Fatima Moho (Twitter) ,15/6/2014
 
TRAFIC HUMAINS
© Copyright : DR
 
Kiosque360. Dans son dernier rapport, la rapporteuse spéciale de l'ONU sur la traite des personnes estime le nombre de femmes marocaines obligées de se prostituer à plus de 2.500.
En un peu plus de dix ans, 2.500 Marocaines ont fait les frais des réseaux de trafic des êtres humains. C'est l'une des conclusions d'un récent rapport réalisé par Joy Ngozi Ezeilo, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la traite des personnes. Akhbar Al Yaoum, qui s'intéresse au sujet dans son édition de ce lundi 16 juin, fait savoir que la responsable onusienne a précisé que ces réseaux organisés piègent leurs proies principalement sur l'axe Rabat-Casablanca. Joy Ngozi Ezeilo, poursuit Akhbar Al Yaoum, s'est aussi basée dans son rapport sur une précédente étude élaborée en 2007 par l'Observatoire de la communauté marocaine à l'étranger. Cette étude avait indiqué que les victimes de ces réseaux obtiennent d'abord des contrats de travail avant de partir vers les pays du Golfe. Sauf qu'une fois sur place, elles se trouvent obligées de faire un autre travail : se prostituer et rester à la merci de véritables mafias. Sinon, se retrouver en prison.

Al Massae s'intéresse lui aussi au rapport de Joy Ngozi Ezeilo, particulièrement à la partie réservée à la traite des enfants. Les autorités judiciaires marocaines, écrit le journal, n'ont relevé aucun cas de rapt d'enfants ces dernières années. Et ce contrairement à l'époque allant de 1978 et 1985 avec 11 cas portant presque tous sur des affaires de traite de nourrissons. Quant aux autres affaires d'enlèvement, elles ont été surtout l’œuvre de parents séparés cherchant chacun à arracher la garde des enfants. Al Massae conclut, en citant le ministère de la Justice, que la seule année 2011 a été marquée par 130 affaires d'exploitation d'enfants dans la mendicité, alors que le nombre des agressions sexuelles a été de 11.

Un ancien rapport de la Ligue marocaine pour la citoyenneté et les droits humains (LMCDH) avait attiré l'attention sur la traite des personnes au Maroc. Le pays a fini par devenir une sorte de plaque tournante non seulement pour l'envoi de femmes aux pays du Golfe, mais aussi en Afrique subsaharienne. D'autres ONG n'ont cessé d'attirer l'attention sur la corrélation qui existe entre réseaux de trafic d'êtres humains et réseaux de prostitution. La traite des femmes enregistrent annuellement entre 600.000 et 800.000 cas à travers le monde.

samedi 29 mars 2014

Retour sur la question de l’égalité entre les sexes dans l’héritage

Par Montassirsakhi, 27/3/2014

Image Cet article fait écho à la rencontre organisée à Paris par l’Association Autre Maroc au mois de mars 2014 sur le thème "la réforme de la loi successorale, un pas vers l’égalité sociale".

La cause de l’égalité des sexes en matière de l’héritage ne relève pas d’une simple revendication féministe de reconnaissance culturaliste. Elle ne peut être considérée comme une formulation petite-bourgeoise. Elle est intrinsèquement liée à la répartition juste des capitaux dans une société qui, comme le Maroc, connait des graves injustices sociales et économiques entre les classes.
Les femmes pauvres subissent doublement l’injustice dans les milieux pauvres : Elles sont victimes d’un cumul de handicaps puisqu’elles sont appauvries non seulement à travers les systèmes de domination économiques mais par les lois masculines et la stigmatisation culturelle aussi. Les femmes ne sont pas égaux avec les hommes dans la société marocaine et dans toutes les classes sociales (bien entendu, il ne s’agit pas de comparer une femme appartenant à une classe aisée et dominante à une homme souffrant de l’exclusion économique dans la classe des subalternes; il s’agit de tirer la conclusion des rapport de genre dans un groupe social homogène économiquement!).
Les changements que connait la société marocaine, notamment dans les milieux urbain, qui constituent d’ailleurs plus de 55% de la population marocaine, ne doivent pas être éclipsés dans l’analyse. Il s’agit des transformations ayant affecté le cadre de la famille. Cette dernière, depuis le protectorat, a entamé une mutation vers un modèle nucléaire au détriment du modèle de la famille élargie et la tribu qui prennent en charge les groupes et les individus (femmes et hommes d’ailleurs). Les femmes ont par ailleurs entamé un long processus pour accéder au travail et occupent aujourd’hui des travaux rémunérés, notamment dans le cadre des services, de l’agriculture et de l’industrie et dans des conditions très précaires. Encore ici, une carence étonnante s’introduit souvent dans le discours des détracteurs de la cause de l’égalité en matière de l’héritage : Quand on considère que ce sont les hommes qui travaillent et qui prennent en charge les femmes, nous nions arrogamment le travail domestique des femmes (ou le travail du « Care » comme montrent les sociologues féministes américaines). Ce n’est pas parce que le travail de reproduction, le travail au foyer, l’éducation des enfants, etc. n’est pas rémunéré par un Etat défaillant que cet énorme travail (et force de travail) ne doivent pas être considérés.
Côté religion, encore une fois faut-il le rappeler : la cause de l’égalité en matière de l’héritage n’est pas en contradiction avec le texte religieux qui nous incite à la prise en compte de ses dimensions ésotériques pour une meilleure adaptation avec la société et ses structures économiques. Dans ce cadre, une loi progressiste (comme le cas de la Moudawana, bien qu’avec des carences) peut tirer la société vers le haut. Cela parait difficile quand on est témoin d’une politique néolibérale menée par un Etat néopatrimonial où la prédation des dominants semble être une règle établie!
Enfin, l’idée ici est de participer à intégrer cette question cruciale (la réforme du code successoral) dans le débat public. Cela ne signifie en rien l’abandon d’autre questions centrales dans le processus de la justice sociale. Rappelant encore une fois, que cette cause peine à intégrer le débat public car elle reste liée aux fondement hégémoniques d’un pouvoir absolu. Elle touche de près des fondements même du régime (une interprétation conservatrice de l’Islam, la masculinité de l’institution monarchique, la masculinité de la vie politique, etc.).
Plus que jamais, la nouvelle force politique d’opposition au Maroc doit poser l’ensemble des questions politiques et sociétales qui participent à l’assignation des groupes sociaux populaire à une condition de subalternes. La justice sociale est une question globale qui doit être traitée dans sa complexité puisqu’il ne s’agit pas uniquement de critiquer le système de domination, mais de penser un projet de société avec une vision claire et des réponses aux questions sociales.
http://montassirsakhi.wordpress.com/author/antidomination/

À propos de montassirsakhi

- Etudiant-chercheur en Sciences Sociales (EHESS-Paris). - Activiste et militant de gauche

samedi 15 mars 2014

Des Marocaines vivent l'enfer sous le ciel du makhzen...

Loin des palaces, loin des caméras des "journalistes" inféodé-es au système étouffant, ignorées par les moyens audiovisuels du makhen, ignorées par la presse financée par des forces occultes, ignorées par les pseudo "intellectuelLEs" , ignorées par les organisations féministes des bourgeoises... les femmes victimes des violations, victimes de l'oppression, victimes de la précarité...ont parlé, ont crié, ont scandé au cours de la rencontre organisée par l'AMDH, sections de Casa, de Bernoussi, de Mohammedia et de Berrechid et ce, le 9 mars 2014 à la bibliothèque municipale de Bernoussi.
Marchande ambulantes, ouvrière , femme au foyer, lycéenne, étudiante, militante pour un logement décent...se sont exprimées dans la salle pleine à craquer. Des larmes de colère, de compassion, ont coulé. Ce sont des citoyennes sans droits de citoyenneté. Ce sont des marocaines qui vivent l'enfer sous le ciel du makhzen.
Ali Fkir
Photo de Khadija Wahid Artiste Peintre.Photo de Khadija Wahid Artiste Peintre.
‎طرد أسرة للشارع .. أم حامل وأربعة أطفال يعيشون في العراء تحت عربة خضر مغطاة بالبلاستيك .. شهادة الأم.‎
الجم

vendredi 8 juin 2012

La libération du peuple passe par la libération de la femme

Interview avec @SamiraKinani 
 La mort d’Amina Filali, jeune fille âgée de 16 ans, a provoqué en Maroc un cri d'indignation dans la société en mi-mars. Selon la version officielle, la jeune fille s’est suicidée suite au mariage forcé avec son violeur. L’article 475 du code pénal marocain dit qu’un violeur peut épouser sa victime pour éviter d’avoir à purger sa peine tant que les parents de la victime donnent leur accord.  Ensuite dans les pays maghrébins le mariage des mineurs est couvert par le code de la famille, le Moudawana. 
 Samira Kinani est la secrétaire adjointe de l’association marocaine des droits humains (AMDH). La militante âgée de 52 ans et domiciliée à Rabat est membre de l’union marocaine du travail (UMT). Le journaliste Pascal Muelchi parlait avec elle de l’affaire Amina Filali, de la libération des femmes au Maroc et leur rôle dans les protestations du Mouvement du 20 Février. 

 Interview : Le remous médiatique autour de l’affaire Amina Filali s’est calmé – me paraît-il – depuis sa mort en mi-mars. Madame Kinani, racontez-nous en bref : qu’est-ce qui s’est passé depuis? 
 Ce qui s’est passé depuis, je crois, il y a eu quand même un colloque où sont intervenus le ministre de la famille et plusieurs associations (par exemple la ligue démocratique pour les droits de la femme), dont la présidente d’AMDH, et tout le monde a discuté de ce qui s’est passé. Mais je voudrais vous dire une chose, le viol des enfants et le mariage forcé, est un phénomène très répandu. Amina Filali a mis en lumière un fait courant. C’est un sujet assez fréquent et assez tabou, en même temps. Ce sont des choses qui ne se disent pas, mais qui sont pratiquées dans la société. Et normalement, les associations défendant les droits des femmes devraient tout faire pour enlever ces tabous. Depuis lors, il y a des petits groupes par exemple sur Facebook qui parlent de cette affaire. Mais on n’a pas encore changé la loi qui interdit au violeur d’épouser sa victime, sous prétexte qu’il Y a des particularités culturelles. Donc jusqu’à présent rien a été fait. 

Quel impact a eu l’incident d’Amina Filali, qui est devenue un symbole, sur la société marocaine ? 
  Il a déchiré le voile sur ce tabou de viols de jeunes filles. Dans ce sens, c’est extraordinaire, parce qu’on n'en parlait pas avant de cette manière avec des marches, des sit-in et cetera. Il a fallu qu’une jeune fille meure, pour que les gens se décident de sortir dans la rue pour dénoncer ceci. Ça a eu ce mérite ! La ministre marocain de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social Bassima Hakkaoui avait annoncé suite à cet incident un débat pour réformer la loi. Les points litigieux, ce sont l’article 475 du code pénal qui exempte un ravisseur du viol d’une mineure si elle l’épouse et l’Article 20 du code de la famille qui permet le mariage des mineurs. Une pétition en ligne (cf. avaaz.org) demande l’abrogation de l’article 475. 

Est-ce que la réforme voire l’abrogation de ces articles de lois se dessine vraiment? 
Comme j’ai déjà dit, pour le moment rien de concret n’a été fait. Concernant le débat, après quelques conférences sur cette affaire et le viol des enfants par ci, par là, on n'entend même plus parler de ce sujet. En termes de mobilisation virtuelle ça a aussi refroidi, je dirais. 

 Le parti pour la justice et du développement (PJD), le parti le plus fort dans le gouvernement, comment a-t-il traité cette affaire ? 
 « Plus fort» c’est une façon de voir. Vous savez parfaitement que ce qui gouverne au Maroc ce ne pas le gouvernement, c’est le makhzen[1]. C’est un gouvernement de façade. Mais en tant que parti, ce que je peux vous dire, c’est que les membres du PJD disent qu’il n’y a pas eu de viol puisque Amina Filali et son violeur avaient eu une relation ensemble.

 Selon vous, Amina Filali était victime de qui, finalement?
 Elle est victime de toute une société, de toute une façon de penser qui règne dans notre société et qui prend la femme comme un objet. Donc la fille est victime d’un côté d’une société hypocrite, patriarcale et machiste où les lois ne protègent pas les femmes fragiles et de l’autre coté, elle est victime de son entourage, parce qu’on l’a marié – soi-disant – pour ne pas avoir de scandale, ou bien pour l’écarter. Parce qu’une fille qui est plus vierge et pas mariée est une fille mal vue, surtout dans les campagnes. 

 Quel rôle jouaient les valeurs de l’Islam, par exemple le fait « de garder son honneur » respectivement de « laver sa honte » dans cette affaire ?  
Ce ne sont pas des valeurs de l’Islam, c’est les valeurs de toute une société machiste. D’ailleurs, la loi pratiquée au Maroc, c’est une loi française, ce n’est même pas une loi musulmane. Alors, je ne peux pas parler d’Islam. Je veux vous dire que dans nos sociétés, le machisme c’est un mal qui gangrène et qui étouffe toutes les aspirations d’une société épanouie pour que femmes et hommes puissent vivre en toute liberté et égalité. Donc c’est ne pas une question de l’Islam, du christianisme, du judaïsme, donc de la religion, mais plutôt du machisme. Parce que ce sont les hommes dans nos sociétés qui font les lois et qui sont donc favorisées. Dans la nouvelle constitution qui va bientôt avoir un an, c’est écrit noir sur blanc que la politique, et le roi veulent en finir avec la discrimination à l’égard des femmes et des filles et proclame l’égalité des sexes. Il apparaît qu’il y a un clivage incroyable entre ce qui est écrit là-dedans et ce qui représente la réalité en Maroc… Écoutez-moi, la régression de ce qui se passe au Maroc, c’est le fait que ceux qui gouvernent ont fait un choix pour se défendre contre la démocratie, contre les aspirations à la dignité des Marocains et ils ont fait en sorte de prendre seulement le coté vraiment rétrograde de la religion islamique et de l’enseigner à nos enfants. Bref : Moi je considère que ce qui arrive au Maroc aujourd’hui, l’État est en premier lieu responsable par son programme politique, dans l’école, dans les mosquées, dans la télévision et cetera. Parce que c’est l’Etat qui détient tous les pouvoirs. S’il avait vraiment la volonté de changer les choses, on l’aurait vu et on l’aurait su. J’ai l’impression qu’on nous envoie simplement des paroles ! Depuis des années des ONG – et également AMDH – demandent et appellent fortement pour une féminisation de la Justice à travers un code pénal plus équitable envers les femmes, une désacralisation du code de la famille, inspirée des droits humains. Un mémorandum était élaboré et soumis au ministère de la justice pendant le «Printemps de la dignité » en 2010. Mais le sujet reste – paraît-il –  aussi avec l’affaire Filali, toujours loin, d’être à l’ordre du jour de la politique. Pourquoi? La libération des femmes est une libération de toute une société, et au Maroc on n’a pas vraiment l’envie que la société se libère. En plus, croyez-vous que les occidentaux ont vraiment envie qu’on soit un pays libre ? 

 Vous êtes impliqué dans les luttes sociales en particulier dans celles des femmes, depuis des années. La libération de la femme marocaine, qu’est-ce que ça veut dire au Maroc de nos jours? 
 Je vais vous dire une chose, Amina Filali est une jeune fille marginalisée dans un Maroc où il n’y a pas de travail où les gens n’ont rien à faire. Il y a plusieurs facteurs qui entrent en ligne de compte: On ne peut pas seulement parler de la libération juste par des lois. La libération est une libération économique et culturelle. Je vous donne un exemple : vous pourrez mettre dans les lois que l’homme n’a pas le droit d’avoir une deuxième épouse si la femme ne lui donne pas l’autorisation. Mais quand une femme n’a pas sa liberté économique, peut-elle avoir vraiment le choix ? Pour une libération économique, il faut que le peuple puisse déterminer ce qu’il veut exactement. Et ça, c’est actuellement impossible au Maroc. Donc parler juste de la libération de la femme dans une société appauvrie, marginalisée et qui ne peut pas décider, auquel beaucoup de choses sont imposées, c’est de la pure hypocrisie. Si on veut lutter pour la libération de la femme, pour sa dignité, il faut qu’on lutte en même temps pour l’autodétermination de notre peuple qui est toujours, à ce jour, sous la tutelle des politiques occidentales. Le Mouvement du 20 Février demande depuis un an des 
réformes démocratiques, voire une modernisation du pays. 

Quel rôle jouent les femmes dans ce mouvement protestataire, et quelles sont leurs principales revendications ? 
  Il y a une très grande présence des femmes dans le M20F, surtout des jeunes femmes et filles, venant souvent des quartiers populaires qui aspirent le plus à un changement et qui revendiquent l’égalité des sexes et leur dignité. Par contre le mouvement traditionnel des femmes, et donc les associations qui travaillent justement avec des plans de développement presque imposé par l’étranger et qui, à mon avis, ne se penchent pas sur les vrais problèmes de la société marocaine, on ne les a pas vus. 

 [1] C’est une expression dans le langage courant et familier au Maroc pour nommer l'État marocain et ses institutions régaliennes, voire le lien corrompu entre maison royale, l’appareil de l’État et les intérêts économiques.