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Affichage des articles dont le libellé est Amina El Filali. Afficher tous les articles
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samedi 11 janvier 2014

Viol des mineures au Maroc : Une loi débattue au Parlement : amendement rejeté.


viol mineures

La commission de justice, de législation et des droits de l’Homme se réunira ce mercredi pour débattre de la proposition de loi du PAM.

Par  Laila Zerrour, 7/1/2014

L’abrogation de l’article 475 du code pénal se fait toujours attendre alors que le gouvernement de Benkirane avait promis de réviser cette disposition. Les députés du PAM sont déterminés à poursuivre leur combat pour mettre un terme à cet article qui protège les violeurs à la condition que ceux-ci épousent leurs victimes.
La commission de justice, de législation et des droits de l’Homme se réunira ce mercredi pour débattre de la proposition de loi du PAM visant la révision de cet article. Il n’est pas inutile de rappeler à ce sujet que le groupe parlementaire du PAM avait déposé une loi au Parlement le 26 juin 2012. Le texte en question modifie une partie du premier alinéa de l’article 475 du code pénal qui stipule que : «Quiconque, sans violences, menaces ou fraudes, enlève ou détourne, ou tente d’enlever ou de détourner, un mineur de moins de dix-huit ans, est puni de l’emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 200 à 500 dirhams».
Les députés du PAM veulent des sanctions plus sévères en proposant une peine de «cinq à dix ans» de prison. Ils souhaitent également abrogé l’alinéa 2 dudit article qui souligne que «Lorsqu’une mineure nubile ainsi enlevée ou détournée a épousé son ravisseur, celui-ci ne peut être poursuivi que sur la plainte des personnes ayant qualité pour demander l’annulation du mariage et ne peut être condamné qu’après que cette annulation du mariage a été prononcée».
Pour le PAM comme pour l’ensemble des ONG œuvrant pour la défense des droits de l’Homme, il s’agit d’une issue de secours pour permettre au violeur d’échapper à la justice. Depuis le suicide de Amina Filali en mars 2012, des voix au sein de la société civile et de la classe politique se sont élevées pour abroger cet article.
Plusieurs partis, en l’occurrence l’USFP, le PJD et le PAM, avaient manifesté des positions différentes dans cette affaire. L’USFP avait annoncé, à l’issue d’une réunion de son groupe parlementaire au mois de mars 2012, la création d’une commission d’information pour examiner le code pénal.
Du côté du PJD, rappelons que la ministre de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social, Bassima Hakkaoui, avait reconnu que la loi, qui incrimine les victimes de viol, est un véritable problème et avait appelé à l’ouverture d’un débat national pour la réformer. L’affaire Amina Filali qui est loin d’être un cas isolé dans notre pays a révélé les nombreuses failles du système de protection de l’enfance. Face à ces dysfonctionnements, les organismes de protection de l’enfance avaient appelé à un respect de la Convention internationale des droits de l’enfant.
http://www.aujourdhui.ma/maroc-actualite/societe/viol-des-mineures-au-maroc-une-loi-debattue-au-parlement-107202.html

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samedi 9 mars 2013

Amnesty : le Code pénal marocain met les femmes et les jeunes filles en danger

Des militantes manifestent à Rabat pendant la Journée internationale de la Femme  Amnesty : la partialité du Code pénal marocain met les femmes et les jeunes filles en danger


Des militantes manifestent à Rabat pendant la Journée internationale de la Femme en 2008 © www.resistingwomen.net/

Suite à la mort tragique d’Amina Filali en mars 2012 et l’indignation qu’elle a suscitée dans la société marocaine, les autorités ont modifié l’article 475 du Code pénal qui permettait aux violeurs d’échapper aux poursuites s’ils épousent leur victime. Mais de nombreux autres articles du Code pénal portent atteinte aux droits des femmes et doivent être modifiés. 
En mars 2012, Amina Filali, une jeune Marocaine de 16 ans, s’est suicidée en avalant de la mort-aux-rats après avoir été forcée à se marier avec un homme qui l’avait selon elle violée.
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L’histoire bouleversante d’Amina n’a rien de rare au Maroc, où l’article 475 du Code pénal permet aux violeurs d’échapper aux poursuites s’ils épousent leur victime.

Toutefois, la mort tragique de cette jeune fille a trouvé un écho au sein de la société marocaine, et la vive émotion qu’elle a suscitée a poussé les autorités à proposer une modification de cet article de loi honteux en janvier 2013.

Les organisations de défense des droits humains telles qu’Amnesty International se sont réjouies de cette initiative mais ont signalé que de nombreux autres articles du Code pénal devaient subir le même traitement afin que les femmes et les jeunes filles puissent être protégées contre la violence et la discrimination.

Atteintes aux « mœurs »

L'article 486 figure parmi les dispositions du Code pénal marocain contre lesquelles s’élèvent les organisations de défense des droits humains.

Sous la section dédiée aux « Attentats aux mœurs », il définit le viol comme un acte « par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre le gré de celle-ci », passible de cinq à 10 ans d’emprisonnement.

Si la victime est une jeune fille mineure, une personne handicapée ou une femme enceinte, l’auteur encourt une peine de dix à vingt ans d’emprisonnement.

Les châtiments varient par ailleurs en fonction de la situation familiale de la victime ou du fait qu’elle soit vierge ou non ; l’article 488 prévoit ainsi des peines plus lourdes si une femme perd sa virginité lors d’un viol ou d’un « attentat à la pudeur ».

Dans le cas d’un viol, la peine prévue est alors de 10 à 20 ans de prison, contre cinq à 10 ans si la victime n’était déjà plus vierge.

Les militants estiment que la définition du viol doit être modifiée de sorte à omettre la référence au genre, et que la coercition inhérente à certaines circonstances, qui ne supposent pas forcément un recours à la violence physique, soit prise en considération.

Le viol conjugal doit également être reconnu comme une infraction spécifique.
Le fait que le viol relève de la section consacrée aux " attentats aux mœurs " met en avant la notion de moralité et la situation familiale plutôt que l'atteinte à l'intégrité de la victime. Nous craignons que la modification proposée pour l’article 475 ne maintienne la distinction entre les femmes qui sont vierges et celles qui ne le sont pas, ce qui est discriminatoire et dégradant.


Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

L’autonomie des femmes

D’autres articles du Code pénal doivent également être modifiés afin d’aider à protéger les femmes victimes de violences.

L’article 496, par exemple, dispose que cacher une femme mariée « qui se dérobe à l'autorité à laquelle elle est légalement soumise » est passible d’une peine d’une à cinq années d’emprisonnement et d’une amende.
Ce type de dispositions signifie que les centres accueillant des femmes fuyant la violence domestique pourraient être sanctionnés par la justice. Elles mettent l’accent sur le fait que les femmes sont susceptibles d’être soustraites à l'autorité de quelqu’un d’autre

Hassiba Hadj Sahraoui.
L’article 490 érige en infraction les relations sexuelles consenties entre personnes n'étant pas unies par les liens du mariage, acte pouvant être puni d’un mois à un an d'emprisonnement.

Ériger en infraction les relations sexuelles entre adultes consentants – quelle que soit la situation familiale de ceux-ci – porte atteinte au droit à la vie privée et à la liberté d’expression. Cette disposition dissuade par ailleurs les victimes de viol de porter plainte, parce qu’elles pourraient elles-mêmes être poursuivies pour avoir eu des relations sexuelles en-dehors du mariage.

Protection intégrale pour les femmes

En juillet 2011, le Maroc a adopté une nouvelle Constitution garantissant l’égalité hommes-femmes.

Les experts d’Amnesty International estiment cependant que même ces dispositions juridiques ne suffisent pas à protéger les femmes et les jeunes filles de la violence et de la discrimination.

Les réformes législatives visant à mettre le droit marocain en conformité avec les normes internationales relatives aux droits humains sont essentielles à la protection des droits des femmes, mais modifier la loi ne suffit pas dans une société où les femmes ne bénéficient pas du même statut que les hommes. Cela est non seulement inscrit dans la loi mais également profondément ancré dans les mentalités, ce qui mène à la discrimination.

Parmi les mesures qu’il convient d’adopter en priorité doivent figurer une formation destinée aux policiers et aux personnels judiciaires visant à leur apprendre à faire preuve de tact lorsqu’ils recueillent et traitent les plaintes relatives aux violences perpétrées contre des femmes et des jeunes filles, et à protéger les victimes elles-mêmes, pas ce qu’ils considèrent être leur honneur ou leur moralité.

Allez plus loin :


vendredi 8 juin 2012

La libération du peuple passe par la libération de la femme

Interview avec @SamiraKinani 
 La mort d’Amina Filali, jeune fille âgée de 16 ans, a provoqué en Maroc un cri d'indignation dans la société en mi-mars. Selon la version officielle, la jeune fille s’est suicidée suite au mariage forcé avec son violeur. L’article 475 du code pénal marocain dit qu’un violeur peut épouser sa victime pour éviter d’avoir à purger sa peine tant que les parents de la victime donnent leur accord.  Ensuite dans les pays maghrébins le mariage des mineurs est couvert par le code de la famille, le Moudawana. 
 Samira Kinani est la secrétaire adjointe de l’association marocaine des droits humains (AMDH). La militante âgée de 52 ans et domiciliée à Rabat est membre de l’union marocaine du travail (UMT). Le journaliste Pascal Muelchi parlait avec elle de l’affaire Amina Filali, de la libération des femmes au Maroc et leur rôle dans les protestations du Mouvement du 20 Février. 

 Interview : Le remous médiatique autour de l’affaire Amina Filali s’est calmé – me paraît-il – depuis sa mort en mi-mars. Madame Kinani, racontez-nous en bref : qu’est-ce qui s’est passé depuis? 
 Ce qui s’est passé depuis, je crois, il y a eu quand même un colloque où sont intervenus le ministre de la famille et plusieurs associations (par exemple la ligue démocratique pour les droits de la femme), dont la présidente d’AMDH, et tout le monde a discuté de ce qui s’est passé. Mais je voudrais vous dire une chose, le viol des enfants et le mariage forcé, est un phénomène très répandu. Amina Filali a mis en lumière un fait courant. C’est un sujet assez fréquent et assez tabou, en même temps. Ce sont des choses qui ne se disent pas, mais qui sont pratiquées dans la société. Et normalement, les associations défendant les droits des femmes devraient tout faire pour enlever ces tabous. Depuis lors, il y a des petits groupes par exemple sur Facebook qui parlent de cette affaire. Mais on n’a pas encore changé la loi qui interdit au violeur d’épouser sa victime, sous prétexte qu’il Y a des particularités culturelles. Donc jusqu’à présent rien a été fait. 

Quel impact a eu l’incident d’Amina Filali, qui est devenue un symbole, sur la société marocaine ? 
  Il a déchiré le voile sur ce tabou de viols de jeunes filles. Dans ce sens, c’est extraordinaire, parce qu’on n'en parlait pas avant de cette manière avec des marches, des sit-in et cetera. Il a fallu qu’une jeune fille meure, pour que les gens se décident de sortir dans la rue pour dénoncer ceci. Ça a eu ce mérite ! La ministre marocain de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social Bassima Hakkaoui avait annoncé suite à cet incident un débat pour réformer la loi. Les points litigieux, ce sont l’article 475 du code pénal qui exempte un ravisseur du viol d’une mineure si elle l’épouse et l’Article 20 du code de la famille qui permet le mariage des mineurs. Une pétition en ligne (cf. avaaz.org) demande l’abrogation de l’article 475. 

Est-ce que la réforme voire l’abrogation de ces articles de lois se dessine vraiment? 
Comme j’ai déjà dit, pour le moment rien de concret n’a été fait. Concernant le débat, après quelques conférences sur cette affaire et le viol des enfants par ci, par là, on n'entend même plus parler de ce sujet. En termes de mobilisation virtuelle ça a aussi refroidi, je dirais. 

 Le parti pour la justice et du développement (PJD), le parti le plus fort dans le gouvernement, comment a-t-il traité cette affaire ? 
 « Plus fort» c’est une façon de voir. Vous savez parfaitement que ce qui gouverne au Maroc ce ne pas le gouvernement, c’est le makhzen[1]. C’est un gouvernement de façade. Mais en tant que parti, ce que je peux vous dire, c’est que les membres du PJD disent qu’il n’y a pas eu de viol puisque Amina Filali et son violeur avaient eu une relation ensemble.

 Selon vous, Amina Filali était victime de qui, finalement?
 Elle est victime de toute une société, de toute une façon de penser qui règne dans notre société et qui prend la femme comme un objet. Donc la fille est victime d’un côté d’une société hypocrite, patriarcale et machiste où les lois ne protègent pas les femmes fragiles et de l’autre coté, elle est victime de son entourage, parce qu’on l’a marié – soi-disant – pour ne pas avoir de scandale, ou bien pour l’écarter. Parce qu’une fille qui est plus vierge et pas mariée est une fille mal vue, surtout dans les campagnes. 

 Quel rôle jouaient les valeurs de l’Islam, par exemple le fait « de garder son honneur » respectivement de « laver sa honte » dans cette affaire ?  
Ce ne sont pas des valeurs de l’Islam, c’est les valeurs de toute une société machiste. D’ailleurs, la loi pratiquée au Maroc, c’est une loi française, ce n’est même pas une loi musulmane. Alors, je ne peux pas parler d’Islam. Je veux vous dire que dans nos sociétés, le machisme c’est un mal qui gangrène et qui étouffe toutes les aspirations d’une société épanouie pour que femmes et hommes puissent vivre en toute liberté et égalité. Donc c’est ne pas une question de l’Islam, du christianisme, du judaïsme, donc de la religion, mais plutôt du machisme. Parce que ce sont les hommes dans nos sociétés qui font les lois et qui sont donc favorisées. Dans la nouvelle constitution qui va bientôt avoir un an, c’est écrit noir sur blanc que la politique, et le roi veulent en finir avec la discrimination à l’égard des femmes et des filles et proclame l’égalité des sexes. Il apparaît qu’il y a un clivage incroyable entre ce qui est écrit là-dedans et ce qui représente la réalité en Maroc… Écoutez-moi, la régression de ce qui se passe au Maroc, c’est le fait que ceux qui gouvernent ont fait un choix pour se défendre contre la démocratie, contre les aspirations à la dignité des Marocains et ils ont fait en sorte de prendre seulement le coté vraiment rétrograde de la religion islamique et de l’enseigner à nos enfants. Bref : Moi je considère que ce qui arrive au Maroc aujourd’hui, l’État est en premier lieu responsable par son programme politique, dans l’école, dans les mosquées, dans la télévision et cetera. Parce que c’est l’Etat qui détient tous les pouvoirs. S’il avait vraiment la volonté de changer les choses, on l’aurait vu et on l’aurait su. J’ai l’impression qu’on nous envoie simplement des paroles ! Depuis des années des ONG – et également AMDH – demandent et appellent fortement pour une féminisation de la Justice à travers un code pénal plus équitable envers les femmes, une désacralisation du code de la famille, inspirée des droits humains. Un mémorandum était élaboré et soumis au ministère de la justice pendant le «Printemps de la dignité » en 2010. Mais le sujet reste – paraît-il –  aussi avec l’affaire Filali, toujours loin, d’être à l’ordre du jour de la politique. Pourquoi? La libération des femmes est une libération de toute une société, et au Maroc on n’a pas vraiment l’envie que la société se libère. En plus, croyez-vous que les occidentaux ont vraiment envie qu’on soit un pays libre ? 

 Vous êtes impliqué dans les luttes sociales en particulier dans celles des femmes, depuis des années. La libération de la femme marocaine, qu’est-ce que ça veut dire au Maroc de nos jours? 
 Je vais vous dire une chose, Amina Filali est une jeune fille marginalisée dans un Maroc où il n’y a pas de travail où les gens n’ont rien à faire. Il y a plusieurs facteurs qui entrent en ligne de compte: On ne peut pas seulement parler de la libération juste par des lois. La libération est une libération économique et culturelle. Je vous donne un exemple : vous pourrez mettre dans les lois que l’homme n’a pas le droit d’avoir une deuxième épouse si la femme ne lui donne pas l’autorisation. Mais quand une femme n’a pas sa liberté économique, peut-elle avoir vraiment le choix ? Pour une libération économique, il faut que le peuple puisse déterminer ce qu’il veut exactement. Et ça, c’est actuellement impossible au Maroc. Donc parler juste de la libération de la femme dans une société appauvrie, marginalisée et qui ne peut pas décider, auquel beaucoup de choses sont imposées, c’est de la pure hypocrisie. Si on veut lutter pour la libération de la femme, pour sa dignité, il faut qu’on lutte en même temps pour l’autodétermination de notre peuple qui est toujours, à ce jour, sous la tutelle des politiques occidentales. Le Mouvement du 20 Février demande depuis un an des 
réformes démocratiques, voire une modernisation du pays. 

Quel rôle jouent les femmes dans ce mouvement protestataire, et quelles sont leurs principales revendications ? 
  Il y a une très grande présence des femmes dans le M20F, surtout des jeunes femmes et filles, venant souvent des quartiers populaires qui aspirent le plus à un changement et qui revendiquent l’égalité des sexes et leur dignité. Par contre le mouvement traditionnel des femmes, et donc les associations qui travaillent justement avec des plans de développement presque imposé par l’étranger et qui, à mon avis, ne se penchent pas sur les vrais problèmes de la société marocaine, on ne les a pas vus. 

 [1] C’est une expression dans le langage courant et familier au Maroc pour nommer l'État marocain et ses institutions régaliennes, voire le lien corrompu entre maison royale, l’appareil de l’État et les intérêts économiques. 


mercredi 21 mars 2012

Amina, Nabil, Azzedine, les victimes d'un Maroc qui va mal


Par Ibn Kafka, 20/3/2012
Entre crimes contre l’humanité commis par le régime baathiste en Syrie et assassinat d’écoliers juifs en France, l’actualité au Maroc peut sembler anodine vu de l’extérieur. Les Marocains savent, eux, qu’il n’en est rien. Une économie menacée par la sécheresse – au pays de « gouverner, c’est pleuvoir » (formule du Maréchal Lyautey), chacun sait ce que cela signifie – et une société confrontée à ses maux persistants de pauvreté, marginalisation et criminalité, nul besoin d’éplucher les rapports confidentiels de la Banque mondiale pour ne pas être exagérément optimiste. Et je ne parle même pas de politique… C’est la jeunesse marocaine qui paie le prix fort : je cite comme témoins à la barre Amina, Azzedine et Nabil – deux sont morts et un se laisse mourir.

Amina Filali n’est plus là pour témoigner, mais son acte a parlé pour elle. Vous connaissez tous son histoire : violée par un jeune homme, elle accepte, sous la pression combinée du procureur du Roi, de la famille de l’auteur et enfin, ce qui est pire encore, de ses propres parents, d’épouser son violeur, ce qui aboutit à la fin des poursuites. C’est en application erronée d’un texte de loi ne visant pas le viol mais le détournement de mineur sans contrainte ni violence que la justice marocaine a violé Amina pour une deuxième fois. Ne supportant pas une vie conjugale qu’on imagine guère portée sur le romantisme, elle a mis fin à ses jours le samedi 10 mars en ingurgitant du poison. Si sa vie fut anonyme, sa mort à déclenché une tempête de protestations au sein de l’opinion publique, choquée par l’instrumentalisation de l’article 475 du Code pénal relatif au détournement de mineur sans contrainte (c’est ce texte qui interdit toute poursuite si auteur de l’infraction et victime se marient) dans un cas concernant le viol (réprimé lui par l’article 486 du Code pénal). Des juges ne sachant pas lire la loi, un texte de loi directement copié du Code Napoléon de 1810 et des parents acceptant de marier leur fille violée à son violeur, ce fait divers éclaire brutalement la société marocaine.
Ce samedi 17 mars, c’est Nabil Zouhri qui a laissé sa vie dans un village non loin de Taza, ville secouée par de violentes émeutes depuis le 4 janvier. Si la version officielle parle de chute accidentelle de Nabil dans un ravin, la famille affirme que la police, lancée à ses trousses dans une colline avoisinante où s’étaient regroupés des jeunes, aurait précipité la chute mortelle de Nabil. Comme on le sait sur la base de l’expérience algérienne (les émeutes de Kabylie), française (les émeutes déclenchées à la suite de violences policières) ou palestinienne, la mort de Nabil a renforcé la mobilisation, 20.000 personnes ayant participé à ses funérailles, qui se sont terminées par des affrontements violents avec la police.

Et depuis, on a le cas de l’étudiant Azzedine Rouissi, (ou Ezedine Eroussi) militant d’extrême-gauche et membre du mouvement du 20 février, détenu depuis le 1erdécembre
2011 après une condamnation à cinq mois de prison suite à une procédure arbitraire pour avoir participé aux manifestations de Taza. Il a relaté ses tortures – notamment un pistolet introduit dans sa bouche – dans une lettre rendue publique, expliquant son combat. Il a entamé une grève de la faim le 19 décembre, et serait à 93 jours de grève de la faim (encore un record mondial à portée du Maroc : le record serait celui d’un Indien, Swami Nigamanda, décédé après 115 jours de grève de la faim), encore que des informations non-confirmées font état de sondes gastriques qui le nourriraient de force. Et si vous voulez empêcher qu’un troisième jeune marocain décède, vous pouvez toujours signer la pétition en sa faveur.

Pour paraphraser le général De Gaulle, le Maroc a une apparence : Morocco Mall, le TGV et le festival de Marrakech, qui passent en boucle dans la communication sur l’image de marque du produit Maroc entre deux communiqués de Hillary Clinton. Il a une réalité : un pays ou une enfant est contrainte, par des juges et des familles, à épouser son violeur, et ou des étudiants meurent au contact des forces de l’ordre ou se laissent mourir faute de se résigner à un procès arbitraire. Tout cela aurait pu être si facilement évité : il aurait suffi au procureur traitant la plainte pénale contre le violeur d’Amina et au juge de la famille la mariant à son violeur de faire leur travail, et elle serait sans doute encore parmi nous. Il aurait suffi à la police de chasser plutôt les pickpockets et voleurs à l’arraché que les manifestants pour que Nabil soit encore parmi nous. Et il suffirait à la justice de garantir des procès équitables pour que Ezzedine ne courre pas le risque de les rejoindre dans l’au-delà.

Nous sommes maintenant au bout de trois mois de gouvernement PJD. Pour quelques avancées – la liste des grimates bien évidemment – combien de déconvenues ? J’avais exprimé en novembre l’espoir d’un mieux au Maroc, vers moins d’autocratie et plus de démocratie, tout en étant sceptique. Comme souvent au Maroc, si le catastrophisme ne se réalise pas toujours, le pessimisme résigné est l’option la plus réaliste. Ceux qui croient que le Maroc dispose de temps et de marges de manœuvre lui permettant de faire l’économie de réformes profondes entraînent le pays dans leur chute.
http://www.yabiladi.com/articles/details/9503/amina-nabil-azzedine-victimes-d-un.html



dimanche 18 mars 2012

Les Marocaines dans la rue contre le viol

Par Libération(fr), 17/3/2012

Hamida, la sœur de la jeune femme qui s'est suicidée après avoir été contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée, à Larache le 15 mars.(Photo Abdelhak Senna. AFP)

Une semaine après le suicide d'une adolescente contrainte d'épouser son violeur, un sit-in s'est tenu ce samedi à Rabat pour réclamer la réforme d'une loi discriminatoire envers les femmes.

Une semaine jour pour jour après le suicide d'une adolescente contrainte d'épouser son violeur, plusieurs associations féminines marocaines ont organisé samedi un sit-in devant le parlement pour réclamer la réforme d'une loi discriminatoire envers les femmes.

"Nous sommes des Amina", "Halte aux violences contre les femmes", "Abrogez la loi" scandaient les militantes et sympathisantes de ces associations des droits de la femme, rassemblées à l'appel de Woman-Shoufouch, un groupe et réseau social anti-harcèlement.

Les femmes, au nombre de deux cents au début du rassemblement, brandissaient des banderoles réclamant l'abrogation ou la refonte d'un article du code pénal qui punit le violeur d'emprisonnement si la victime est mineure, sauf en cas de mariage. En cas de mariage, consenti par les parents de la fille violée, l'agresseur n'est plus poursuivi par la justice.
Electrochoc
"Amina martyre", "La loi m'a tuer", "Mettons fin au mariage des mineures", pouvait-on lire sur les pancartes tenues par des militantes de plusieurs associations féminines, rassemblées sous la houlette de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes.

"Amina et les autres, victimes de l'article 475 du code pénal", lisait-on sur une banderole d'Anaruz, mot berbère qui signifie espoir. Anaruz est un mouvement d'écoute des victimes d'agressions sexuelles qui travaille en coordination avec l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM).

"En 2008, le gouvernement avait déposé un projet, qui est resté lettre morte, pour réclamer la refonte du code pénal en vue de mettre fin à la discrimination et à la violence", a indiqué à l'AFP Houda Bouzil, présidente du bureau de Rabat de l'ADFM.

Le suicide le 10 mars d'Amina Al Filali, 16 ans, contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée, a fait l'effet d'un électrochoc au Maroc où se sont multipliés les appels à la réforme d'une loi qui bénéficie le plus souvent davantage au violeur qu'à sa victime.

"Je ne voulais pas aller avec eux chez le juge pour les marier. Mais ma femme m'y a obligé. Elle m'a dit qu'il fallait le faire pour que les gens arrêtent de se moquer de nous, pour faire taire la honte", a déclaré il y a quelques jours à l'AFP le père de la victime, Lahcen Al Filali, présent à un premier sit-in dans la localité de Larach, près de Tanger (nord) d'où la famille est originaire.
Nouvelle Constitution

"Est-ce qu'on peut imaginer qu'un homme qui force une fille à le suivre avec un couteau et qui la viole peut ensuite vouloir l'épouser?", a-t-il demandé.

Cette affaire est révélatrice des contradictions d'une société à la fois traditionaliste et aspirant à la modernité, comme en atteste la nouvelle Constitution adoptée en juillet, qui prévoit l'égalité des sexes et bannit "toute discrimination".

Ce drame continue de susciter diverses réactions dans le pays, y compris au sein du gouvernement qui a promis un réexamen de la loi.

"C'est la loi, une règle sociale absurde, grotesque, que celle qui veut remédier à un mal, le viol, par un autre encore plus répugnant, les épousailles avec le violeur (...) Qui punissons-nous au final, la victime ou son bourreau?", écrit le journal Al Sabah (Le matin, indépendant) dans un long éditorial.

Un article du code de la famille prévoit que la décision du juge autorisant le mariage d'un mineur – comme cela a été le cas dans cette affaire – n'est susceptible d'aucun recours.

L'époux de l'adolescente a été entendu par la police, après le suicide de sa femme qui a absorbé de la mort aux rats, et laissé en liberté.
(AFP)

vendredi 16 mars 2012

Non au viol avec la complicité de l'Etat !

MANIFESTATION SAMEDI 17MARS
 DEVANT LE PARLEMENT A RABAT


 لا للاغتصاب مع تواطؤ الدولة
Par : Khansa Batma
Parce que l'avenir de notre pays est entre nos mains. Dites NON à l'article 475. Qui concerne "l'enlèvement ou le détournement" et qui est délibérément utilisé par les procureurs, juges et avocats pour "NSATROU BNATNA"

L'Article 475
Quiconque, sans violences, menaces ou fraudes, enlève ou détourne, ou tente d'enlever ou de détourner, un mineur de moins de dix-huit ans
[176]
, est puni de l'emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 200
[177]
à 500 dirhams.
Lorsqu'une mineure nubile ainsi enlevée ou détournée a épousé son ravisseur, celui-ci ne peut être poursuivi que sur la plainte des personnes ayant qualité pour demander l'annulation du mariage et ne peut être condamné qu'après que cette annulation du mariage a été prononcée.

Le violeur :
 -Parce qu'un violeur est un sujet particulièrement agressif, soucieux de manifester sa domination et sa capacité à humilier des victimes.
- Parce qu'un violeur est un sujet qui a un idéal de virilité exacerbé témoin de sa fragilité identitaire au plan sexuel.
-Parce qu'en règle générale, l’agresseur sexuel apparaît indemne de pathologie mentale caractérisée.
-Parce qu'un violeur est narcissique marqué par sa perversité relationnelle marquée par sa dimension sexuelle et génitale.
-Parce qu'un violeur peut récidiver et de ce faite connaître des dérives à type de perversions sexuelles répétitives, pouvant adopter une attitude de prédateur et se rendant coupable d’une grande quantité de viols caractérisés.
-Parce le violeur es un criminel qui doit être jugé et condamné.
-Parce que payer pour son crime et son aspect expiatoire sont important pour la réhabilité sociale des criminels.

La victime
-Parce que les traumatismes d’abus comptent parmi les plus destructeurs pour une personne humaine
-Parce que le viol met en péril le développement de:
*la confiance en soi.
*Dans les autres.
*Dans la vie.
-Parce que le viol met en péril le développement:
*Psychologique.
*Social.
*Sexuel.
-Parce que les traumatismes d’abus laissent ses victimes aux prises avec des sentiments destructeurs tels:
*Des sentiments de honte.
*De culpabilité.
*De solitude.

Parce qu'une victime de viol développe des comportements de survie. Comme la dépersonnalisation et la dissociation du corps, qui servent à protéger la personne de blessures plus graves.

Parce que l’attitude des frères et sœurs et des parents,si elle reproduit celle du violeur à savoir; humilier, ridiculiser, rabaisser, accuser. ça accentue le supplice de la victime.

Parce que la victime d'un viol a besoin et d'urgence d'une prise en charge psychologique.

MARIER LA VICTIME A SON VIOLEUR EST UN ACTE PERVERS ET CRIMINEL.
DONNER LA POSSIBILITÉ AU VIOLEUR D'ÉCHAPPER A SA CONDAMNATION C'EST ÊTRE COMPLICE.
CHERCHER A PROTÉGER LA VICTIME EN LA METTANT SOUS LA TUTELLE DE SON VIOLEUR EST CONTRE TOUTE LOGIQUE HUMAINE.
 -------------------------------------
 http://youtu.be/BzpvoEW4Uzg (en français)
 -----------------------------------------------------
Réaction du Porte Parole du Gouvernement sur l'affaire Amina El Filali.mpg

www.youtube.com http://youtu.be/zc18lUe1bmY
http://youtu.be/WH3UFYx-zzQ (traduction française officielle)

Passages relevés par Ali Fkir qui n'apparaissent pas dans cette traduction..:
Quand on parle pour ne rien dire, ou plutôt quand on ressuscite le discours des "années de plomb" à savoir:
- "la démocratie hassanienne protège le droit des citoyens à protester pacifiquement
- le devoir des "forces de l’ordre" à protéger les biens publics, la libre circulation...
- Si toutefois des citoyens se considèrent victimes de dépassement éventuels, la justice de sidna leur ouvre les bras
- sur le sol national pas grand'chose à signaler ( à part les inaugurations, les grands chantiers...). Tout est calme.
Les milliers de victimes de la répression à Beni Bouayach, d'Imzourne, de Boukidarn, Taza, Beni Mellal, à Rabat, Oujda, Agadir..., les prisonniers politiques, les grévistes de la faim...n'existent que dans la tête des traîtres à la "nation".
Barbu ou sans barbe, quand on est makhzenien, on adopte le même langage. On dit ce qu'on nous dit de dire. On dit ce que nos maîtres voudraient entendre.
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Infos et réactions sur facebook
Mehdi El Bayad
‎JEF (Jeunesse Estudiantine Féministe) condamne fermement le jugement du tribunal de Larache qui a marié AMINA FILALI à son violeur. Consternés, choqués, les mots à eux seuls ne suffisent pas pour exprimer l'indignation des membre du club JEF, femmes et hommes... Nous soutenons naturellement ce Sit-in et toute action allons dans ce sens.

 JEUNE FILLE VIOLÉE SE SUICIDE
Je ne puis m'expliquer, ni expliquer aux autres, cette fatalité : un homme viole une jeune fille de 16 ans, il abuse d'elle , l'humilie, la "traine dans la boue"...Avertis, ses parents n'ont d'autre souci, nulle autre préoccupation que de sauver la face, d'échapper à la honte sociale. Ils trouvent un arrangement avec les parents du violeur...Et le tour est joué ! On croyait les apparences sauves...Or, la jeune fille a préféré se donner la mort pour sauver son honneur et nous interpeller gravement sur un énorme dysfonctionnement moral . Elle a fait don de sa vie à l'hypocrisie sociale et aux archaïsmes. Nous en sommes encore à ce stade...aujourd'hui.
Je ne vous cache pas mon écœurement

Aziz Enhaili et Ibtissame Betty Lachgar ont partagé un lien.
Appel à modifier à loi après le suicide d'une adolescente violée
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La ministre marocaine de la Solidarité, de la Femme et de la Famille a demandé jeudi une révision de la loi permettant le mariage d'un violeur avec sa victime, à la suite du suicide d'une adolescente de 16 ans contrainte d'épouser son agresseur.
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Ibtissame Betty Lachgar
Y'a pas que le pénis, y'a aussi le clitoris !
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 Histoire d'Amina Filali et raison de son suicide: le père, le violeur...(en français)