Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Montassir Sakhi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Montassir Sakhi. Afficher tous les articles

jeudi 17 avril 2014

TR: Rencontre-débat à Paris "Mehdi Ben Barka à l'heure des mouvements sociaux actuels"





Bonjour,
Vous trouvez ci-joint l'invitation à notre rencontre autour
du thème "Mehdi Ben Barka à l'heure des mouvements sociaux actuels". 
La rencontre est organisée par l'Association Autre Maroc et la médiathèque Cedidelp. Elle aura lieu samedi 19 avril à 15h au CICP-Salle verte, 21 ter, rue voltaire, Paris 75011 (métro Rue des boulets-Ligne 9).

Interviendront lors du débat:


- Bachir Ben Barka, Universitaire - Fils de Mehdi Ben Barka
- Maurice Buttin, avocat de la famille Ben Barka
- Ayad Ahram, Président de l'ASDHOM

Solidairement, Montassir Sakhi


Association Autre Maroc

samedi 29 mars 2014

Retour sur la question de l’égalité entre les sexes dans l’héritage

Par Montassirsakhi, 27/3/2014

Image Cet article fait écho à la rencontre organisée à Paris par l’Association Autre Maroc au mois de mars 2014 sur le thème "la réforme de la loi successorale, un pas vers l’égalité sociale".

La cause de l’égalité des sexes en matière de l’héritage ne relève pas d’une simple revendication féministe de reconnaissance culturaliste. Elle ne peut être considérée comme une formulation petite-bourgeoise. Elle est intrinsèquement liée à la répartition juste des capitaux dans une société qui, comme le Maroc, connait des graves injustices sociales et économiques entre les classes.
Les femmes pauvres subissent doublement l’injustice dans les milieux pauvres : Elles sont victimes d’un cumul de handicaps puisqu’elles sont appauvries non seulement à travers les systèmes de domination économiques mais par les lois masculines et la stigmatisation culturelle aussi. Les femmes ne sont pas égaux avec les hommes dans la société marocaine et dans toutes les classes sociales (bien entendu, il ne s’agit pas de comparer une femme appartenant à une classe aisée et dominante à une homme souffrant de l’exclusion économique dans la classe des subalternes; il s’agit de tirer la conclusion des rapport de genre dans un groupe social homogène économiquement!).
Les changements que connait la société marocaine, notamment dans les milieux urbain, qui constituent d’ailleurs plus de 55% de la population marocaine, ne doivent pas être éclipsés dans l’analyse. Il s’agit des transformations ayant affecté le cadre de la famille. Cette dernière, depuis le protectorat, a entamé une mutation vers un modèle nucléaire au détriment du modèle de la famille élargie et la tribu qui prennent en charge les groupes et les individus (femmes et hommes d’ailleurs). Les femmes ont par ailleurs entamé un long processus pour accéder au travail et occupent aujourd’hui des travaux rémunérés, notamment dans le cadre des services, de l’agriculture et de l’industrie et dans des conditions très précaires. Encore ici, une carence étonnante s’introduit souvent dans le discours des détracteurs de la cause de l’égalité en matière de l’héritage : Quand on considère que ce sont les hommes qui travaillent et qui prennent en charge les femmes, nous nions arrogamment le travail domestique des femmes (ou le travail du « Care » comme montrent les sociologues féministes américaines). Ce n’est pas parce que le travail de reproduction, le travail au foyer, l’éducation des enfants, etc. n’est pas rémunéré par un Etat défaillant que cet énorme travail (et force de travail) ne doivent pas être considérés.
Côté religion, encore une fois faut-il le rappeler : la cause de l’égalité en matière de l’héritage n’est pas en contradiction avec le texte religieux qui nous incite à la prise en compte de ses dimensions ésotériques pour une meilleure adaptation avec la société et ses structures économiques. Dans ce cadre, une loi progressiste (comme le cas de la Moudawana, bien qu’avec des carences) peut tirer la société vers le haut. Cela parait difficile quand on est témoin d’une politique néolibérale menée par un Etat néopatrimonial où la prédation des dominants semble être une règle établie!
Enfin, l’idée ici est de participer à intégrer cette question cruciale (la réforme du code successoral) dans le débat public. Cela ne signifie en rien l’abandon d’autre questions centrales dans le processus de la justice sociale. Rappelant encore une fois, que cette cause peine à intégrer le débat public car elle reste liée aux fondement hégémoniques d’un pouvoir absolu. Elle touche de près des fondements même du régime (une interprétation conservatrice de l’Islam, la masculinité de l’institution monarchique, la masculinité de la vie politique, etc.).
Plus que jamais, la nouvelle force politique d’opposition au Maroc doit poser l’ensemble des questions politiques et sociétales qui participent à l’assignation des groupes sociaux populaire à une condition de subalternes. La justice sociale est une question globale qui doit être traitée dans sa complexité puisqu’il ne s’agit pas uniquement de critiquer le système de domination, mais de penser un projet de société avec une vision claire et des réponses aux questions sociales.
http://montassirsakhi.wordpress.com/author/antidomination/

À propos de montassirsakhi

- Etudiant-chercheur en Sciences Sociales (EHESS-Paris). - Activiste et militant de gauche

jeudi 26 septembre 2013

Maroc : Qu’est ce qui a manqué au Mouvement du 20 février ?


 Home  >  Politique  >  Current Article

Maroc : Qu’est ce qui a manqué au Mouvement du 20 février ? [Analyse]

23 septembre 2013  /   No Comments
Dès 2012, Yabiladi analysait les raisons de la quasi disparition du Mouvement du 20 février, à peine un an après sa création. Aujourd’hui, l’un de ces militants, Montassir Sakhi, livre sa propre analyse depuis l’intérieur du Mouvement.
« Le Mouvement [du 20 février] existe toujours comme le montre l’organisation mensuelle des journées militantes nationales (la 30e est prévue pour le 22 septembre) », indique l’AMDH, dans un communiqué rendu publique mercredi 18 septembre, pour la Journée Internationale de la Démocratie du 15 septembre, dimanche dernier. S’il n’est pas mort, le M20 a au moins disparu de la scène politique et médiatique. Dans un mémoire achevé il y a quelques jours Montassir Sakhi, étudiant en Sciences politiques à l’Université Vincennes-Saint-Denis, à Paris, intitulé « Le Mouvement du 20 février marocain : Conditions de naissance et évolution d’un mouvement protestataire », revient notamment sur les raisons de ce qu’il appelle « son essoufflement ».
« Un mouvement doit parler au nom d’un groupe, d’une nation, d’un peuple, d’une catégorie sociale partageant des intérêts, etc. afin de constituer son identité qu’on retrouve dans les revendications ou le discours de ses acteurs. Or, nous l’avons vu dans le cas du M20 (comme celui des mouvements de 2011 en général, les mouvements arabes en particulier) les acteurs ont maintenu une charte de revendication ouverte et vague. Dans le souci de convaincre le plus grand nombre d’adhérents ou encore pour éviter des divisions précoces, le M20 ne s’est pas identifié à un groupe social ou une classe donnée », explique Montassir Sakhi.
Le M20 héritier des opposants à Hassan II
Et pour cause, le mouvement ne s’est pas créé ex-nihilo via Facebook dans un soudain mouvement unificateur. Au contraire, il s’est fondé sur la pluralité des mouvements d’opposition qui existaient en 2011. La thèse majeure du mémoire de Montassir Sakhi est la suivante : le M20 puise ses origines dans l’histoire de l’opposition marocaine à Hassan II, de son effondrement et des nouvelles formes de contestations contemporaines.
Selon son analyse de l’histoire marocaine, l’opposition structurée de gauche au régime de Hassan II, sous les années de plombs, a perdu sa pertinence en 1998, quand l’USFP, arrivée au gouvernement, a échoué à réformer le pays. Elle n’a cependant pas définitivement disparue. « Ces dynamiques se sont accélérées depuis 2007, date qui a connu l’organisation des élections législatives déclarant la faillite du système électoral suite à un absentéisme record », estime Montassir Sakhi.
« Révoltes symboliques »
En 2008, la formation « Espace de Dialogue de la Gauche », est créée à Casablanca par des anciens militants de l’USFP et du PSU. L’étudiant d’aujourd’hui raconte également comment, au côté de plusieurs militants de gauche, notamment les jeunes du Parti Avant-gardiste Démocratique Socialiste (PADS), le Parti Socialiste Unifié (PSU), le Congrès National Ittihadi (CNI) et une tendance militante des jeunes de l’USFP et du Parti pour le Progrès et le Socialisme (PPS), il a participé à la création de l’association Mouvement Nouvel Horizon (MNH). Ces jeunes gens sont, comme l’auteur de l’étude lui-même, les enfants de familles d’anciens militants opposant à Hassan II à l’époque des années de plombs, leurs héritiers, en somme.
En parallèle de ces mouvements politiques en formation apparaissent ce que Montassir Sakhi appelle des « révoltes symboliques » face au pouvoir central. « [...] On cite la prolifération de l’économie informelle, de l’habitat insalubre, des bidonvilles, l’empiètement sur la propriété publique ayant transformé les villes en monstres explosifs. Les autorités sont restées incapables de faire face aux milliers de vendeurs ambulants et aux activités commerciales et aux marchés informels dans les grandes villes et les avenues centrales par exemple », rappelle-t-il. Le mouvement des diplômés chômeurs ont « transformé l’avenue Mohamed V de Rabat en un lieu de mobilisations permanentes. L’investissement de la rue va devenir depuis lors une pratique courante », explique-t-il.
Dénonciation désorganisée
« La peur des « années de plomb » a cédé la place à des formes de dénonciation inorganisée, un refus de la « hogra », du pouvoir, des représentants de l’Etat, notamment la police », conclut Montassir Sakhi. Sûr ce terrain historique et social naîtra le M20 dans le contexte des révolutions arabes, sans pour autant parvenir à former un groupe fort et unifié. Trop hétérogène, il reste également coupé de la plus grande partie de la population. « L’adhésion au mouvement ne peut être considérable tant que les organisations syndicales, les partis politiques et les associations qui composent et soutiennent le mouvement sont coupés des populations », explique l’auteur du mémoire.
Il lui manque un soutien essentiel pour prendre une véritable force : « les marginaux », selon le mot employé par Montassir Sakhi. « Le M20, en créant de nouveaux espaces (les assemblées générales, des grandes manifestations dans l’ensemble du territoire national, des groupes de débat sur internet), n’a pas réussi à intégrer tous les groupes sociaux dominés – les marginaux en particulier – [...] », reconnait Montassir Sakhi.
Coupé des marginaux
L’auteur du mémoire les définit ainsi : « Ces populations provenant de campagnes pauvres et victimes de sécheresse et de l’absence de services publics (notamment en matière de santé, d’enseignement, d’électricité et d’eau potable), viennent s’installer dans des bidonvilles contenants des milliers de familles ou encore construisent des villes entières insalubres (l’exemple de la ville de Salé ou encore Sidi Taybi – à proximité de Kénitra – est frappant). Ces populations sont généralement au chômage, sous-employées, ou vivent des emplois informels précaires. »
Alors que les jeunes du M20 sont issus de familles d’anciens militants et possèdent un capital culturel conséquent, les marginaux n’ont pas les « moyens de se constituer [...] en forces homogènes pour le changement », souligne-t-il. Incapables de former des organisations de luttes. « Combien de militants [du M20] s’étonnent quand leurs appels à manifester ne trouvent pas d’échos chez cette catégorie, se rappelle le jeune étudiant. L’étonnement est d’autant plus grand quand ils trouvent que les Baltagis sont recrutés en particulier de cette catégorie. »
« Seuls les organisations islamistes ont commencé à concurrencer le régime au sein des quartiers populaires qui constituent la base des marginaux », remarque Montassir Sakhi. L’organisation islamiste Al Adl Wal Ihssane a ainsi été la principale pourvoyeuse de manifestants tout au long de 2011. Quand elle décide de se retirer des manifestations du M20, début 2012, elle signe la fin progressive des manifestations.








Source : yabiladi.com
Share     Print    
- See more at: http://www.wibme.com/?p=31519__&?utm_source=wibme.ma&utm_medium=NLWibme.ma&utm

Maroc : Qu’est ce qui a manqué au Mouvement du 20 février ? [Analyse]

Dès 2012, Yabiladi analysait les raisons de la quasi disparition du Mouvement du 20 février, à peine un an après sa création. Aujourd’hui, l’un de ces militants, Montassir Sakhi, livre sa propre analyse depuis l’intérieur du Mouvement.
« Le Mouvement [du 20 février] existe toujours comme le montre l’organisation mensuelle des journées militantes nationales (la 30e est prévue pour le 22 septembre) », indique l’AMDH, dans un communiqué rendu publique mercredi 18 septembre, pour la Journée Internationale de la Démocratie du 15 septembre, dimanche dernier. S’il n’est pas mort, le M20 a au moins disparu de la scène politique et médiatique. Dans un mémoire achevé il y a quelques jours Montassir Sakhi, étudiant en Sciences politiques à l’Université Vincennes-Saint-Denis, à Paris, intitulé « Le Mouvement du 20 février marocain : Conditions de naissance et évolution d’un mouvement protestataire », revient notamment sur les raisons de ce qu’il appelle « son essoufflement ».
« Un mouvement doit parler au nom d’un groupe, d’une nation, d’un peuple, d’une catégorie sociale partageant des intérêts, etc. afin de constituer son identité qu’on retrouve dans les revendications ou le discours de ses acteurs. Or, nous l’avons vu dans le cas du M20 (comme celui des mouvements de 2011 en général, les mouvements arabes en particulier) les acteurs ont maintenu une charte de revendication ouverte et vague. Dans le souci de convaincre le plus grand nombre d’adhérents ou encore pour éviter des divisions précoces, le M20 ne s’est pas identifié à un groupe social ou une classe donnée », explique Montassir Sakhi.
Le M20 héritier des opposants à Hassan II
Et pour cause, le mouvement ne s’est pas créé ex-nihilo via Facebook dans un soudain mouvement unificateur. Au contraire, il s’est fondé sur la pluralité des mouvements d’opposition qui existaient en 2011. La thèse majeure du mémoire de Montassir Sakhi est la suivante : le M20 puise ses origines dans l’histoire de l’opposition marocaine à Hassan II, de son effondrement et des nouvelles formes de contestations contemporaines.
Selon son analyse de l’histoire marocaine, l’opposition structurée de gauche au régime de Hassan II, sous les années de plombs, a perdu sa pertinence en 1998, quand l’USFP, arrivée au gouvernement, a échoué à réformer le pays. Elle n’a cependant pas définitivement disparue. « Ces dynamiques se sont accélérées depuis 2007, date qui a connu l’organisation des élections législatives déclarant la faillite du système électoral suite à un absentéisme record », estime Montassir Sakhi.
« Révoltes symboliques »
En 2008, la formation « Espace de Dialogue de la Gauche », est créée à Casablanca par des anciens militants de l’USFP et du PSU. L’étudiant d’aujourd’hui raconte également comment, au côté de plusieurs militants de gauche, notamment les jeunes du Parti Avant-gardiste Démocratique Socialiste (PADS), le Parti Socialiste Unifié (PSU), le Congrès National Ittihadi (CNI) et une tendance militante des jeunes de l’USFP et du Parti pour le Progrès et le Socialisme (PPS), il a participé à la création de l’association Mouvement Nouvel Horizon (MNH). Ces jeunes gens sont, comme l’auteur de l’étude lui-même, les enfants de familles d’anciens militants opposant à Hassan II à l’époque des années de plombs, leurs héritiers, en somme.
En parallèle de ces mouvements politiques en formation apparaissent ce que Montassir Sakhi appelle des « révoltes symboliques » face au pouvoir central. « [...] On cite la prolifération de l’économie informelle, de l’habitat insalubre, des bidonvilles, l’empiètement sur la propriété publique ayant transformé les villes en monstres explosifs. Les autorités sont restées incapables de faire face aux milliers de vendeurs ambulants et aux activités commerciales et aux marchés informels dans les grandes villes et les avenues centrales par exemple », rappelle-t-il. Le mouvement des diplômés chômeurs ont « transformé l’avenue Mohamed V de Rabat en un lieu de mobilisations permanentes. L’investissement de la rue va devenir depuis lors une pratique courante », explique-t-il.
Dénonciation désorganisée
« La peur des « années de plomb » a cédé la place à des formes de dénonciation inorganisée, un refus de la « hogra », du pouvoir, des représentants de l’Etat, notamment la police », conclut Montassir Sakhi. Sûr ce terrain historique et social naîtra le M20 dans le contexte des révolutions arabes, sans pour autant parvenir à former un groupe fort et unifié. Trop hétérogène, il reste également coupé de la plus grande partie de la population. « L’adhésion au mouvement ne peut être considérable tant que les organisations syndicales, les partis politiques et les associations qui composent et soutiennent le mouvement sont coupés des populations », explique l’auteur du mémoire.
Il lui manque un soutien essentiel pour prendre une véritable force : « les marginaux », selon le mot employé par Montassir Sakhi. « Le M20, en créant de nouveaux espaces (les assemblées générales, des grandes manifestations dans l’ensemble du territoire national, des groupes de débat sur internet), n’a pas réussi à intégrer tous les groupes sociaux dominés – les marginaux en particulier – [...] », reconnait Montassir Sakhi.
Coupé des marginaux
L’auteur du mémoire les définit ainsi : « Ces populations provenant de campagnes pauvres et victimes de sécheresse et de l’absence de services publics (notamment en matière de santé, d’enseignement, d’électricité et d’eau potable), viennent s’installer dans des bidonvilles contenants des milliers de familles ou encore construisent des villes entières insalubres (l’exemple de la ville de Salé ou encore Sidi Taybi – à proximité de Kénitra – est frappant). Ces populations sont généralement au chômage, sous-employées, ou vivent des emplois informels précaires. »
Alors que les jeunes du M20 sont issus de familles d’anciens militants et possèdent un capital culturel conséquent, les marginaux n’ont pas les « moyens de se constituer [...] en forces homogènes pour le changement », souligne-t-il. Incapables de former des organisations de luttes. « Combien de militants [du M20] s’étonnent quand leurs appels à manifester ne trouvent pas d’échos chez cette catégorie, se rappelle le jeune étudiant. L’étonnement est d’autant plus grand quand ils trouvent que les Baltagis sont recrutés en particulier de cette catégorie. »
« Seuls les organisations islamistes ont commencé à concurrencer le régime au sein des quartiers populaires qui constituent la base des marginaux », remarque Montassir Sakhi. L’organisation islamiste Al Adl Wal Ihssane a ainsi été la principale pourvoyeuse de manifestants tout au long de 2011. Quand elle décide de se retirer des manifestations du M20, début 2012, elle signe la fin progressive des manifestations.
SUIVRE YABILADI
  
Dans le même thème

_campaign=Wibme.ma#sthash.LUSZ2ypB.dpuf

Maroc : Qu’est ce qui a manqué au Mouvement du 20 février ? [Analyse]

Dès 2012, Yabiladi analysait les raisons de la quasi disparition du Mouvement du 20 février, à peine un an après sa création. Aujourd’hui, l’un de ces militants, Montassir Sakhi, livre sa propre analyse depuis l’intérieur du Mouvement.
« Le Mouvement [du 20 février] existe toujours comme le montre l’organisation mensuelle des journées militantes nationales (la 30e est prévue pour le 22 septembre) », indique l’AMDH, dans un communiqué rendu publique mercredi 18 septembre, pour la Journée Internationale de la Démocratie du 15 septembre, dimanche dernier. S’il n’est pas mort, le M20 a au moins disparu de la scène politique et médiatique. Dans un mémoire achevé il y a quelques jours Montassir Sakhi, étudiant en Sciences politiques à l’Université Vincennes-Saint-Denis, à Paris, intitulé « Le Mouvement du 20 février marocain : Conditions de naissance et évolution d’un mouvement protestataire », revient notamment sur les raisons de ce qu’il appelle « son essoufflement ».
« Un mouvement doit parler au nom d’un groupe, d’une nation, d’un peuple, d’une catégorie sociale partageant des intérêts, etc. afin de constituer son identité qu’on retrouve dans les revendications ou le discours de ses acteurs. Or, nous l’avons vu dans le cas du M20 (comme celui des mouvements de 2011 en général, les mouvements arabes en particulier) les acteurs ont maintenu une charte de revendication ouverte et vague. Dans le souci de convaincre le plus grand nombre d’adhérents ou encore pour éviter des divisions précoces, le M20 ne s’est pas identifié à un groupe social ou une classe donnée », explique Montassir Sakhi.
Le M20 héritier des opposants à Hassan II
Et pour cause, le mouvement ne s’est pas créé ex-nihilo via Facebook dans un soudain mouvement unificateur. Au contraire, il s’est fondé sur la pluralité des mouvements d’opposition qui existaient en 2011. La thèse majeure du mémoire de Montassir Sakhi est la suivante : le M20 puise ses origines dans l’histoire de l’opposition marocaine à Hassan II, de son effondrement et des nouvelles formes de contestations contemporaines.
Selon son analyse de l’histoire marocaine, l’opposition structurée de gauche au régime de Hassan II, sous les années de plombs, a perdu sa pertinence en 1998, quand l’USFP, arrivée au gouvernement, a échoué à réformer le pays. Elle n’a cependant pas définitivement disparue. « Ces dynamiques se sont accélérées depuis 2007, date qui a connu l’organisation des élections législatives déclarant la faillite du système électoral suite à un absentéisme record », estime Montassir Sakhi.
« Révoltes symboliques »
En 2008, la formation « Espace de Dialogue de la Gauche », est créée à Casablanca par des anciens militants de l’USFP et du PSU. L’étudiant d’aujourd’hui raconte également comment, au côté de plusieurs militants de gauche, notamment les jeunes du Parti Avant-gardiste Démocratique Socialiste (PADS), le Parti Socialiste Unifié (PSU), le Congrès National Ittihadi (CNI) et une tendance militante des jeunes de l’USFP et du Parti pour le Progrès et le Socialisme (PPS), il a participé à la création de l’association Mouvement Nouvel Horizon (MNH). Ces jeunes gens sont, comme l’auteur de l’étude lui-même, les enfants de familles d’anciens militants opposant à Hassan II à l’époque des années de plombs, leurs héritiers, en somme.
En parallèle de ces mouvements politiques en formation apparaissent ce que Montassir Sakhi appelle des « révoltes symboliques » face au pouvoir central. « [...] On cite la prolifération de l’économie informelle, de l’habitat insalubre, des bidonvilles, l’empiètement sur la propriété publique ayant transformé les villes en monstres explosifs. Les autorités sont restées incapables de faire face aux milliers de vendeurs ambulants et aux activités commerciales et aux marchés informels dans les grandes villes et les avenues centrales par exemple », rappelle-t-il. Le mouvement des diplômés chômeurs ont « transformé l’avenue Mohamed V de Rabat en un lieu de mobilisations permanentes. L’investissement de la rue va devenir depuis lors une pratique courante », explique-t-il.
Dénonciation désorganisée
« La peur des « années de plomb » a cédé la place à des formes de dénonciation inorganisée, un refus de la « hogra », du pouvoir, des représentants de l’Etat, notamment la police », conclut Montassir Sakhi. Sûr ce terrain historique et social naîtra le M20 dans le contexte des révolutions arabes, sans pour autant parvenir à former un groupe fort et unifié. Trop hétérogène, il reste également coupé de la plus grande partie de la population. « L’adhésion au mouvement ne peut être considérable tant que les organisations syndicales, les partis politiques et les associations qui composent et soutiennent le mouvement sont coupés des populations », explique l’auteur du mémoire.
Il lui manque un soutien essentiel pour prendre une véritable force : « les marginaux », selon le mot employé par Montassir Sakhi. « Le M20, en créant de nouveaux espaces (les assemblées générales, des grandes manifestations dans l’ensemble du territoire national, des groupes de débat sur internet), n’a pas réussi à intégrer tous les groupes sociaux dominés – les marginaux en particulier – [...] », reconnait Montassir Sakhi.
Coupé des marginaux
L’auteur du mémoire les définit ainsi : « Ces populations provenant de campagnes pauvres et victimes de sécheresse et de l’absence de services publics (notamment en matière de santé, d’enseignement, d’électricité et d’eau potable), viennent s’installer dans des bidonvilles contenants des milliers de familles ou encore construisent des villes entières insalubres (l’exemple de la ville de Salé ou encore Sidi Taybi – à proximité de Kénitra – est frappant). Ces populations sont généralement au chômage, sous-employées, ou vivent des emplois informels précaires. »
Alors que les jeunes du M20 sont issus de familles d’anciens militants et possèdent un capital culturel conséquent, les marginaux n’ont pas les « moyens de se constituer [...] en forces homogènes pour le changement », souligne-t-il. Incapables de former des organisations de luttes. « Combien de militants [du M20] s’étonnent quand leurs appels à manifester ne trouvent pas d’échos chez cette catégorie, se rappelle le jeune étudiant. L’étonnement est d’autant plus grand quand ils trouvent que les Baltagis sont recrutés en particulier de cette catégorie. »
« Seuls les organisations islamistes ont commencé à concurrencer le régime au sein des quartiers populaires qui constituent la base des marginaux », remarque Montassir Sakhi. L’organisation islamiste Al Adl Wal Ihssane a ainsi été la principale pourvoyeuse de manifestants tout au long de 2011. Quand elle décide de se retirer des manifestations du M20, début 2012, elle signe la fin progressive des manifestations.
SUIVRE YABILADI
  

Maroc : Qu’est ce qui a manqué au Mouvement du 20 février ? [Analyse]

Dès 2012, Yabiladi analysait les raisons de la quasi disparition du Mouvement du 20 février, à peine un an après sa création. Aujourd’hui, l’un de ces militants, Montassir Sakhi, livre sa propre analyse depuis l’intérieur du Mouvement.
« Le Mouvement [du 20 février] existe toujours comme le montre l’organisation mensuelle des journées militantes nationales (la 30e est prévue pour le 22 septembre) », indique l’AMDH, dans un communiqué rendu publique mercredi 18 septembre, pour la Journée Internationale de la Démocratie du 15 septembre, dimanche dernier. S’il n’est pas mort, le M20 a au moins disparu de la scène politique et médiatique. Dans un mémoire achevé il y a quelques jours Montassir Sakhi, étudiant en Sciences politiques à l’Université Vincennes-Saint-Denis, à Paris, intitulé « Le Mouvement du 20 février marocain : Conditions de naissance et évolution d’un mouvement protestataire », revient notamment sur les raisons de ce qu’il appelle « son essoufflement ».
« Un mouvement doit parler au nom d’un groupe, d’une nation, d’un peuple, d’une catégorie sociale partageant des intérêts, etc. afin de constituer son identité qu’on retrouve dans les revendications ou le discours de ses acteurs. Or, nous l’avons vu dans le cas du M20 (comme celui des mouvements de 2011 en général, les mouvements arabes en particulier) les acteurs ont maintenu une charte de revendication ouverte et vague. Dans le souci de convaincre le plus grand nombre d’adhérents ou encore pour éviter des divisions précoces, le M20 ne s’est pas identifié à un groupe social ou une classe donnée », explique Montassir Sakhi.
Le M20 héritier des opposants à Hassan II
Et pour cause, le mouvement ne s’est pas créé ex-nihilo via Facebook dans un soudain mouvement unificateur. Au contraire, il s’est fondé sur la pluralité des mouvements d’opposition qui existaient en 2011. La thèse majeure du mémoire de Montassir Sakhi est la suivante : le M20 puise ses origines dans l’histoire de l’opposition marocaine à Hassan II, de son effondrement et des nouvelles formes de contestations contemporaines.
Selon son analyse de l’histoire marocaine, l’opposition structurée de gauche au régime de Hassan II, sous les années de plombs, a perdu sa pertinence en 1998, quand l’USFP, arrivée au gouvernement, a échoué à réformer le pays. Elle n’a cependant pas définitivement disparue. « Ces dynamiques se sont accélérées depuis 2007, date qui a connu l’organisation des élections législatives déclarant la faillite du système électoral suite à un absentéisme record », estime Montassir Sakhi.
« Révoltes symboliques »
En 2008, la formation « Espace de Dialogue de la Gauche », est créée à Casablanca par des anciens militants de l’USFP et du PSU. L’étudiant d’aujourd’hui raconte également comment, au côté de plusieurs militants de gauche, notamment les jeunes du Parti Avant-gardiste Démocratique Socialiste (PADS), le Parti Socialiste Unifié (PSU), le Congrès National Ittihadi (CNI) et une tendance militante des jeunes de l’USFP et du Parti pour le Progrès et le Socialisme (PPS), il a participé à la création de l’association Mouvement Nouvel Horizon (MNH). Ces jeunes gens sont, comme l’auteur de l’étude lui-même, les enfants de familles d’anciens militants opposant à Hassan II à l’époque des années de plombs, leurs héritiers, en somme.
En parallèle de ces mouvements politiques en formation apparaissent ce que Montassir Sakhi appelle des « révoltes symboliques » face au pouvoir central. « [...] On cite la prolifération de l’économie informelle, de l’habitat insalubre, des bidonvilles, l’empiètement sur la propriété publique ayant transformé les villes en monstres explosifs. Les autorités sont restées incapables de faire face aux milliers de vendeurs ambulants et aux activités commerciales et aux marchés informels dans les grandes villes et les avenues centrales par exemple », rappelle-t-il. Le mouvement des diplômés chômeurs ont « transformé l’avenue Mohamed V de Rabat en un lieu de mobilisations permanentes. L’investissement de la rue va devenir depuis lors une pratique courante », explique-t-il.
Dénonciation désorganisée
« La peur des « années de plomb » a cédé la place à des formes de dénonciation inorganisée, un refus de la « hogra », du pouvoir, des représentants de l’Etat, notamment la police », conclut Montassir Sakhi. Sûr ce terrain historique et social naîtra le M20 dans le contexte des révolutions arabes, sans pour autant parvenir à former un groupe fort et unifié. Trop hétérogène, il reste également coupé de la plus grande partie de la population. « L’adhésion au mouvement ne peut être considérable tant que les organisations syndicales, les partis politiques et les associations qui composent et soutiennent le mouvement sont coupés des populations », explique l’auteur du mémoire.
Il lui manque un soutien essentiel pour prendre une véritable force : « les marginaux », selon le mot employé par Montassir Sakhi. « Le M20, en créant de nouveaux espaces (les assemblées générales, des grandes manifestations dans l’ensemble du territoire national, des groupes de débat sur internet), n’a pas réussi à intégrer tous les groupes sociaux dominés – les marginaux en particulier – [...] », reconnait Montassir Sakhi.
Coupé des marginaux
L’auteur du mémoire les définit ainsi : « Ces populations provenant de campagnes pauvres et victimes de sécheresse et de l’absence de services publics (notamment en matière de santé, d’enseignement, d’électricité et d’eau potable), viennent s’installer dans des bidonvilles contenants des milliers de familles ou encore construisent des villes entières insalubres (l’exemple de la ville de Salé ou encore Sidi Taybi – à proximité de Kénitra – est frappant). Ces populations sont généralement au chômage, sous-employées, ou vivent des emplois informels précaires. »
Alors que les jeunes du M20 sont issus de familles d’anciens militants et possèdent un capital culturel conséquent, les marginaux n’ont pas les « moyens de se constituer [...] en forces homogènes pour le changement », souligne-t-il. Incapables de former des organisations de luttes. « Combien de militants [du M20] s’étonnent quand leurs appels à manifester ne trouvent pas d’échos chez cette catégorie, se rappelle le jeune étudiant. L’étonnement est d’autant plus grand quand ils trouvent que les Baltagis sont recrutés en particulier de cette catégorie. »
« Seuls les organisations islamistes ont commencé à concurrencer le régime au sein des quartiers populaires qui constituent la base des marginaux », remarque Montassir Sakhi. L’organisation islamiste Al Adl Wal Ihssane a ainsi été la principale pourvoyeuse de manifestants tout au long de 2011. Quand elle décide de se retirer des manifestations du M20, début 2012, elle signe la fin progressive des manifestations.